Chapitre 24 (suite)
27 avril 1990
Altaïr serra la main de Marian Hristov, le remerciant de ses services. Puis Pollux l'attrapa pour une longue étreinte. C'était la première fois qu'il laissait Pollux le serrer sans se crisper et surtout, qu'il lui rendait son étreinte bien qu'il ne s'agisse que de tenir entre ses doigts les pans de sa robe le long de ses côtes. Habituellement, il restait simplement debout à attendre que l'homme le lâche. Cependant, il ne s'était pas non plus sentit prêt à aller de lui-même vers l'homme.
Lorsque Pollux le lâcha, Altaïr suivit les deux Aurors qui l'attendaient un peu plus loin. Ces derniers le menèrent jusqu'à une petite salle adjacente au tribunal et le fit pénétrer dans la cheminée. Il vit du coin de l'œil Romanov être traîné dans une salle similaire bien que son transport semblait bien plus tumultueux. L'adolescent criait à qui voulait bien l'entendre que son père allait le venger, si bien qu'un des Aurors lui lança un sortilège de mutisme.
Les deux garçons avaient été condamnés à passer les prochains mois dans un centre pour jeunes délinquants. Un joli mot pour dire maison de redressement ou prison pour mineur. Romanov y resterait pendant dix mois, jusqu'en février de l'année prochaine. Alors qu'Altaïr en sortirait seulement dans un peu plus d'un an, un an et deux mois précisément. Il pensait que les juges avaient été particulièrement cléments envers lui, même s'il avait été encore plus envers Romanov. Après tout, il avait essayé de jeter du dixième étage son camarade. Bien sûr, il sortirait en juin prochain à condition qu'il ne cause pas de soucis et se tienne à carreau. De même lorsqu'il retournera à l'école, il avait écopé d'une peine de cinq ans supplémentaires en libération conditionnelle. Cela signifiait que s'il se battait à nouveau ou causait du grabuge, il pourrait à tout moment retourner en centre pour finir sa peine.
Il avait écrit une lettre à Viktor et Lev le matin même. Altaïr n'avait pas réussi à leur faire part de son procès lorsqu'ils étaient encore à l'école et avait oublié de le faire pendant le bal. Les vacances d'Ostara n'étant pas encore finies, Altaïr n'avait pas revu ses deux amis depuis. Il avait donc pris la décision d'écrire une lettre à ses amis pour leur expliquer la situation.
Altaïr en avait fait de même pour Venus. C'était la première fois qu'il lui écrivait, habituellement il ne se parlait que lors des bals où ils se rencontraient. Cependant Altaïr ne doutait pas que la presse anglaise entendrait parler de son enfermement, d'autant plus que le père de Venus était le directeur du journal Le Chicaneur. Dans ses souvenirs, le média ne parlait pas vraiment d'actualité people ou judiciaire, mais dans le doute, Altaïr préférait la prévenir. Il ne voulait pas non plus qu'elle lise en premier une version de l'histoire autre que la sienne, alors écrire une lettre avait été la meilleure des solutions.
Altaïr soupira en songeant que Rita Skeeter, une journaliste anglaise haït par beaucoup de monde, risquait très certainement de sauter sur l'occasion pour écrire un article bien salé sur son dos. Il espérait seulement que comme les juges l'avaient promis, son statut de lycanthrope resterait secret en dehors de la prison. Visiblement, ils avaient compris que la situation en Angleterre n'était pas la même qu'en Estonie et qu'Altaïr risquait bien plus gros que quelques mois en maison de redressement pour ne pas avoir déclaré son état hybride. De plus, faire face à un loup complet ayant bu le filtre lunaire avait semblé faire taire les plus réticents quant à la mise en place du secret autour de sa lycanthropie.
Lorsqu'Altaïr sortit de ses pensées, il faisait face à une grande bâtisse grise où il ne semblait pas y être des plus agréables d'y vivre. Les Aurors le poussèrent à avancer. Une fois dans le grand hall, un garde vint à leur niveau et parcourut du regard le compte rendu du procès concernant sa peine. Il hocha de la tête avant de saluer les deux Aurors. Ces derniers repartirent alors qu'Altaïr était mené jusqu'à une sorte de petit vestiaire.
Le garde lui tendit une tenue grise et lui demanda de se changer, déposant tous ses objets dans une grande bassine bleue. Altaïr récupérerait ses affaires à sa sortie, dans un an. Retirer la chevalière de son majeur lui fit un pincement au cœur. Lorsque Cygnus lui avait coupé l'annulaire de la main droite, il avait cru ne plus jamais revoir sa chevalière. Heureusement, Derry avait fouillé de fond en comble son cachot et avait fini par remettre la main dessus. Altaïr avait beaucoup hésité à la mettre à la main droite, mais cela pourrait faire croire qu'il n'était pas l'héritier principal des Black. A la place, il avait préféré glisser sa chevalière sur le majeur de sa main gauche.
Plus tard, Pollux lui avait promis de rendre visite à une clinique spécialisée dans la fabrication de prothèse pour lui fabriquer un annulaire artificiel. Altaïr ne trouvait pas cela des plus nécessaire, mais il comprenait aussi le point de vue de Pollux. Tout d'abord, il y avait le souci de la chevalière, on pourrait croire qu'Altaïr ne connaît pas les traditions en la portant ainsi. Ensuite, il était mal vu pour un Noble de vivre avec un membre amputé. Les autres familles pourraient croire que les Black ne sont plus assez riches pour offrir une petite prothèse à son héritier, qu'elle soit de bonne ou de mauvaise facture. Finalement, Pollux devait avoir peur qu'à trop se différencier, Altaïr se fasse à nouveau harceler à l'école.
C'est pourquoi, bien que ne tenant pas forcément à recevoir une prothèse pour un seul malheureux doigt, Altaïr suivrait les souhaits de Pollux. L'homme avait déjà fait tant pour lui, il n'allait pas déshonorer la famille pour ce détail.
Une fois changé, Altaïr rejoignit le garde et lui tendit la bassine. Il grimaça en réalisant qu'ainsi en t-shirt, tout le monde pouvait voir la marque sur son bras. Il était interdit de garder des pansements ou des bandages sans blessure le justifiant, Altaïr avait donc dû retirer le bandage couvrant sa Marque des Ténèbres. Voldemort s'était assuré que ses partisans ne pourraient pas la cacher grâce à la Magie, les vêtements et bandages étaient la seule solution restante.
Le garde grimaça à la vue du tatouage, mais ne fit aucune remarque. Altaïr lui en fut reconnaissant. A la place, il rangea la bassine sur une étagère et lui en tendit une autre. Puis le garde le guida à travers couloir, chaque porte nécessitant un mot de passe et l'empreinte magique du garde pour pouvoir s'ouvrir. C'est ainsi qu'il atterrit dans une chambre comportant deux lits simples en acier, deux petites étagères juste au-dessus et la porte du fond devait donner sur les toilettes. Altaïr posa son petit bac sur le lit libre, l'autre côté de la chambre étant visiblement occupé. Il ne savait pas qu'on avait le droit d'avoir autant de posters et de babioles dans ce type de centre ou prison.
« Le petit-déjeuner est tous les jours à huit heures, nous venons de toute façon vous réveiller et ouvrir la porte. Puis, il y a des classes ou des travaux en groupes jusqu'à midi, un garde viendra te donner ton groupe demain matin. L'après-midi, il y a quartier libre jusqu'à seize heures avec obligation de rejoindre la bibliothèque ou la cour extérieur, ton camarade de cellule reviendra donc d'ici dix minutes. Puis, jusqu'au dîner vous resterez en cellule. Après ça, il y a un nouveau quartier libre, mais uniquement dans ce couloir-ci et jusqu'au douche, là-bas. » indiqua le garde en pointant une porte du doigt un peu plus loin. « Pour les pleines lunes, tu iras dans cette cellule-là, elle est vide de toute façon. Sinon, on t'en trouvera une autre. »
Altaïr hocha de la tête. Bien que n'étant pas à l'aise avec l'idée de se transformer juste en face de son camarade de cellule, il comprenait cependant qu'il n'avait pas d'autres choix.
« Bien, si t'as des questions, je suis sûr que tu trouveras quelqu'un pour y répondre. » conclut le garde en refermant la porte.
En attendant que les autres prisonniers reviennent, Altaïr décida de ranger ses quelques affaires sur son étagère. Il avait deux tenues de rechange, une brosse à dent et du dentifrice, une plume enchantée pour ne pas pouvoir être utilisée autrement que pour écrire ainsi que deux cahiers vierges. Certainement était-ce pour les cours dont le garde avait parlé.
Il était en train de glisser sa bassine vide sous son lit lorsque la porte s'ouvrit. Un garde qu'il ne connaissait pas lui fit face avant de se décaler et de laisser entrer dans la cellule un garçon qui semblait un peu plus âgé que lui. La porte se referma derrière lui. L'adolescent sourit en le voyant et tendit rapidement sa main vers lui.
« Oh tu dois être le nouveau. T'es lequel des deux ? L'eunuque ou le fou furieux ? » rigola-t-il.
Altaïr fut surpris qu'ici aussi, le nouveau surnom de Romanov était connu. Cependant, si on y réfléchissait bien, ce n'était pas si surprenant que cela. C'était un centre rempli d'adolescents, dont une partie devait soit être, soit fut à Durmstrang et donc y avoir des connaissances.
« Je ne suis pas un eunuque. » répondit simplement Altaïr en serrant la main. « Altaïr Black
- Juhan Poliakoff
- Tu es de la famille d'Igor ?
- Mon petit-frère. » sourit Poliakoff.
Altaïr fut surpris de réaliser que les deux garçons n'avaient rien en commun. Là où Igor était un garçon doux et petit, premier de classe (juste après lui-même), toujours en train de lever la main en cours et dont les cheveux étaient toujours coiffés au millimètre près de la même façon. Juhan était quant à lui plutôt grand, bien qu'Altaïr ne connaisse pas exactement son âge, ses cheveux roux bataillaient dans tous les sens et son sourire était provoquant. De plus, l'ecchymose à son œil droit et ses piercings aux oreilles prouvaient son tempérament de feu, tout le contraire du faible Igor qu'Altaïr connaissait.
Pourtant Altaïr chassa bien vite ses pensées. Lui non plus ne ressemblait en rien à Thomas Potter et pourtant, il était son demi-frère. Il haussa des épaules et s'assit sur son lit, observant le plafond.
Juhan en fit de même. Visiblement, Altaïr était tombé sur une vraie pipelette, le roux ne cessa de parler jusqu'à l'heure de dîner. Et même là, Juhan le traîna par le bras à une table un peu à l'écart où se trouvait une petite dizaine d'adolescents de son âge. Altaïr ne montra pas son mécontentement, il préférait ne pas faire de vague dès le premier jour.
Sentant un regard sur sa nuque, Altaïr se détourna de la conversation et balaya du regard le réfectoire. Il croisa avec surprise le regard de Romanov, il ignorait jusqu'alors qu'ils finiraient dans le même centre. Altaïr leva son verre à sa santé, ce qui sembla faire enrager le russe. Mikhaïl grinça des dents et se leva avec force. Sa chaise vacilla derrière lui mais ne tomba pas au sol. Les gardes se tournèrent vers lui et lui ordonnèrent de se rasseoir ou de quitter le réfectoire s'il ne pouvait pas rester en place. Romanov prit la seconde option.
Un rire moqueur à sa droite attira l'attention d'Altaïr. Visiblement, toute sa table avait observé l'échange silencieux et semblait amusé de voir le prince russe se faire humilier aussi facilement.
« Tes yeux, ils ont changé de couleur. » remarqua un garçon autour de la table.
Altaïr se tendit et observa son regard dans sa cuillère. En effet, il croisa son regard carmin.
« C'est la pleine lune. » offrit-il simplement comme réponse avant de quitter à son tour la table. Il alla vider son plateau à l'autre bout de la pièce avant de rejoindre la cellule que lui avait montrée le garde le matin même. Pourquoi fallait-il que la pleine lune tombe sur son premier jour ici? La chance n'était vraiment pas de son côté.
Il sentit un garde le suivre, mais ne dit rien. Soit, il voulait s'assurer que la porte de sa cellule était bien verrouillée lors de sa transformation, soit il vérifiait simplement qu'il ne suivait pas Romanov. Le garde soupira de soulagement lorsqu'il prit le chemin de son dortoir, mais il continua tout de même à le suivre. Visiblement, il était présent pour s'assurer des deux suppositions d'Altaïr.
Une fois dans sa cellule, Altaïr attendit patiemment que le garde verrouille sa porte. Il capta le regard de son geôlier sur les runes tracées au sol et sur les barreaux de métal les séparant. Le garde ne semblait pas croire que cette sécurité était suffisante pour protéger les autres détenus et le personnel du loup-garou.
«Je ne vais pas m'échapper.» marmonna Altaïr, n'appréciant pas le regard de l'homme sur lui.
«Désolé de ne pas faire confiance à un loup-garou.» grogna ironiquement le garde, il n'était pas du tout désolé. «Normalement tu devrais être enfermé de l'autre côté de la prison. Je ne sais vraiment pas ce que les juges avaient en tête pour te foutre ici.»
Altaïr braqua son regard dans celui de l'adulte, conscient que ses yeux étaient rouge carmin et le mettrai terriblement mal à l'aise. Comme il l'avait prévu, le garde recula d'un pas avant de disparaitre de l'autre côté du couloir. Il refusait d'être la personne la plus proche du loup si jamais il réussissait à s'échapper comme il le craignait.
Une fois le garde parti, Altaïr rejoignit toilettes. Là, il se déshabilla et attendit patiemment que sa transformation ne débute. C'était certainement stupide de tenir ainsi à son intimité dans ce genre de lieu. Mais Altaïr refusait de se sentir épié alors qu'il se tordait de douleur sur le sol, nu comme un ver.
Heureusement, il n'eut pas à attendre longtemps. Sa transformation débuta avant même que les autres délinquants ne reviennent du réfectoire.
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Juhan Poliakoff était intrigué. Altaïr Black semblait être des plus intéressants. Son physique était atypique avec ses yeux gris changeant de couleur, ses cicatrices barrant son visage et une partie de ses bras, sa poigne bien trop forte pour un mioche de trois ans son cadet et son tatouage hideux sur le bras qui lui disait vaguement quelque chose. Mais surtout, il n'avait pas peur de Romanov, il l'avait défié et ne comptait visiblement pas baisser la tête maintenant qu'il était en prison.
Alors Juhan se dirigea d'un pas guilleret vers sa cellule. Les trois prochains mois allaient être intéressants, d'autant plus que les rumeurs à son sujet ne semblaient même pas décrire la moitié du personnage.
Pourtant, il fut déçu en constatant que la cellule était vide à son retour. Peut-être que Black était aux douches ou bien avait-il été transféré dans une autre cellule ? Peut-être qu'une erreur s'était produite et qu'il ne devait pas être dans la sienne depuis le début ? Non, ça ne pouvait être ça. Les maigres affaires de Black étaient toujours posées sur son étagère.
Puis un grognement s'éleva derrière lui. Juhan déglutit et se tourna lentement. Il n'y avait qu'une seule créature capable de produire un tel son.
Juste derrière lui, de l'autre côté du couloir se tenait en gros loup noir aux yeux carmins. Deux cictraices barraient son visage, l'une sur son museau, l'autre barrant son œil gauche.
Juhan laissa un rire mi-excité, mi-effrayé lui échapper. Black était un loup-garou !
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Chapitre 25
Bien qu'étant séparé par deux portes et une barrière runique gravée autour de la cellule face à la sienne, Juhan n'était pas rassuré à l'idée de faire face à un loup-garou. La bête cessa rapidement de grogner, mais continua de le fixer intensément. L'adolescent se sentait mis à nu par le regard du loup, ce n'était pas normal qu'il soit si calme.
Juhan n'avait jamais rencontré de loup-garou avant ce jour, mais il était certain que la bête ne devrait pas rester debout à rien ne faire. Non, ça l'inquiéterait bien moins de le voir se déchaîner dans sa cage ou même baver et grogner dans sa direction en imaginant le dévorer. Mais ce calme n'avait rien de normal.
Juhan finit par laisser échapper un rire nerveux lorsque le loup finit par se détourner pour s'allonger sur le lit de sa propre cellule. Bordel, ce n'était pas possible qu'une créature aussi sauvage ait l'air si humaine dans se comportement.
«Putain» soupira Juhan en s'asseyant à même le sol pour garder le loup dans son champ de vision. «Je crois que je suis en train de virer fou.»
Il pâlit davantage lorsque le loup laissa échapper un son étrange de sa gueule. Juhan secoua la tête. Non, un animal ne pouvait définitivement pas le comprendre et encore moins laisser échapper un rire, ou quoi que ce fut se bruit de gorge.
Après de longues minutes à fixer le loup-garou, le rouquin finit par comprendre qu'il ne s'intéressait pas le moins du monde à lui. Juhan se permit alors de se détendre légèrement, rejoignant son lit le plus silencieusement possible. L'adolescent grimaça lorsque son sommier grinça dans un bruit qui lui sembla horriblement sonore, alors que jusqu'à maintenant il n'avait jamais réalisé que son lit grinçait.
Il tendit le cou pour voir si le loup avait bougé, mais ce n'était pas le cas. La créature avait légèrement bougé pour s'étendre sur le lit, lui faisait dos désormais.
Juhan fixa longtemps son plafond cette nuit-là. Si bien qu'au petit matin, il n'eut pas l'impression d'avoir réellement dormi tant il était épuisé.
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28 avril 1990
Lorsqu'il reprit forme humaine, gémissant sur son matelas, Altaïr s'empressa de rejoindre les toilettes de sa cellule. Il y avait laissé ses vêtements la veille et ne tenait pas à se retrouver nu devant les autres adolescents ou les gardes.
Lorsqu'il sortit des toilettes, Altaïr fut surpris de voir le même garde que la veille patienter devant la porte de sa cellule. Se dernier le fixa bêtement jusqu'à ce que l'adolescent se racle la gorge, certainement que l'homme avait imaginé qu'il s'enfuirait pendant la nuit. Ou bien ne s'attendait-il tout simplement pas à voir l'adolescent intact. Les transformations des lycanthropes avaient la réputation d'être autodestructrices et dangereuses pour les malades si elles n'étaient pas passées avec une meute.
Lorsque le garde reprit ses esprits, il ouvrit la porte et fit signe à l'adolescent de quitter sa cellule. Puis, le gardien ouvrit celle d'en fasse avant de l'y pousser. Altaïr n'aurait le privilège de passer ses nuits seules qu'une fois par mois, lors de la pleine lune.
Le lycanthrope ne rouspéta pas, se contentant d'attraper un livre qu'il avait eu le droit d'apporter avec lui avant de s'asseoir sur son lit, s'adossant au mur derrière lui. Le levé du soleil avait lieu aux alentours de six heures du matin et le petit-déjeuner n'était qu'à huit heures. Altaïr avait donc deux heures devant lui avant que les gardes n'ouvrent les cellules.
Il était encore tôt, mais l'adolescent n'avait plus sommeil. Bien que se réveillant habituellement tôt, c'était plutôt lié à quelques cauchemars ou les sons de ses camarades de dortoir qui le réveillait. C'était bien là l'un des seuls avantages à ses transformations. Sous sa forme de loup, sa conscience humaine s'effaçait légèrement bien qu'il garde un léger contrôle sur le loup grâce au filtre lunaire. Ces nuits-là, il ne rêvait pas ou alors ce n'était jamais rien de bien important.
Altaïr aimait dormir sous sa forme de loup. Il rattrapait généralement ses précieuses heures de sommeil perdues à réviser ou cauchemarder et cela lui faisait beaucoup de bien. Il se sentait donc en pleine forme et c'était difficile pour lui de se contenir alors qu'habituellement, il profitait de ce pique d'énergie pour faire un footing avant le réveil de ses camarades.
Il eut beaucoup de mal à se concentrer sur sa lecture, Pollux ne lui avait pas donné un roman très intéressant pour son séjour en prison, si bien qu'il remarqua immédiatement les pas des gardes se rapprochant des cellules. Altaïr entendit les cellules s'ouvrirent quelques couloirs plus loin et lorsque les matons pénétrèrent dans son aile, il était déjà debout devant sa porte. Il avait une fin de loup, sans mauvais jeu de mot.
«Debout Poliakoff! C'est l'heure du petit-déjeuner.» cria le garde en laissant sortir Altaïr.
Il lança un regard moqueur à Juhan qui rouspétait face à ce réveil bruyant, le visage enfouit dans son oreiller. Altaïr pensa un instant à l'attendre, mais son estomac le fit bien vite changer d'avis. Si le roux voulait lui parler de la veille et de sa maladie, il le retrouverait au réfectoire.
Altaïr eut le temps de dévorer trois œufs au plat, cinq tranches de bacon et deux tartines avant que Juhan ne s'installe face à lui, le regard toujours endormi. Le garçon se contentait de somnoler sur sa chaise, ne remarquant même pas qu'il avait oublié de prendre son plateau repas avant de s'asseoir.
Le lycanthrope, d'humeur charitable, se leva pour chercher le petit-déjeuner de son colocataire. Il empila difficilement deux assiettes bien rempli et un verre de jus de fruit sous le regard réprobateur du cantinier.
«Vous ne pouvez prendre qu'une seule fois du rab, jeune homme.» le gronda-t-il.
Altaïr fit un geste de la tête vers le rouquin.
«C'est pour lui, pas pour moi.»
Le cantinier le regarda suspicieusement, il doutait que le gamin filiforme que lui montrait Black allait réellement engloutir tout ce qui se trouvait sur le plateau. Cependant il abandonna bien rapidement le débat, c'était encore trop tôt pour chercher des ennuis à un gamin qui avait visiblement juste très faim. Ce n'était pas très grave de le laisser prendre plus de nourriture qu'autorisé.
Altaïr attrapa deux croissants supplémentaires avant de retourner à sa table, déposant le plateau bien chargé devant Juhan. Ce dernier sembla enfin sortir de son état de somnolence face au bruit sec.
«Je ne vais pas manger tout ça.» grogna le rouquin, n'aimant pas l'idée de gaspiller de la nourriture.
«Ça et ça, c'est pour moi.»
Altaïr attrapa une des deux assiettes et un croissant avant de mordre dans ce dernier. Poliakoff le fixa comme si une deuxième tête venait de lui pousser. C'est qu'il y avait déjà quatre assiettes vides sur le propre plateau d'Altaïr.
«Comment tu peux manger autant et être aussi bien gaulé.» gémit Juhan, clairement jaloux.
«Quidditch.» L'autre adolescent lui lança un regard peu convaincu. «Et loup-garou.» ajouta Altaïr, moqueur.
«La vie est vraiment injuste.» grogna Juhan en picorant dans son assiette.
Altair s'assombrit quelque peu mais ne répondit pas à son nouvel ami. Juhan ne pouvait pas savoir qu'il préférerait cent mille fois mesurer un mètre trente ou être obèse plutôt que d'être un loup-garou. C'était une maladie avec laquelle il devait vivre au quotidien. Mais ce n'était surprenant que l'autre adolescent ne s'en rende pas compte, personne ne le faisait. Pour les sorciers normaux, il s'agissait juste d'avoir un peu mal une nuit par mois.
Mais pour les lycanthropes, il ne se passait pas un jour sans que leur condition ne se rappelle à eux. Ça pouvait simplement être une cicatrice sur leurs corps obtenue lors d'une pleine lune. Ou bien devoir faire semblant d'être essoufflé après un effort physique ou ne pas porter un objet trop lourd alors qu'il le pouvait clairement, mais un humain normal non. Surveiller ses émotions pour que ses iris ne changent pas de couleur. Se couper les ongles qui même sous sa forme humaine, était plus solide et tranchant que ceux d'un sorcier lambda. Ne pas réagir à une discussion se déroulant à une dizaine de mettre de lui ou ne pas gémir à un son trop aigu pour lui mais inaudible pour les autres.
Altaïr ressentait sa différence tout au long de la journée, mais Juhan ne pouvait pas le savoir. Alors il se contenta de croquer une nouvelle bouchée de son croissant en baissant les yeux. Un silence qui ne semblait pesant que pour lui les engloba jusqu'à ce que Juhan redresse vivement la tête, abandonnant son petit-déjeuner.
«Putain t'es un loup-garou.» chuchota-t-il furieusement. «J'en reviens pas que j'ai pu oublier ça.»
Altaïr secoua la tête, amusé. Il ne lisait aucune peur sur le visage de Juhan, juste de la surprise et du choc. Certainement que savoir le loup terriblement calme pendant les pleines lunes avait suffit à éteindre ses craintes.
«C'est … Wouah. Putain.» Altaïr se fit la réflexion que Juhan jurait beaucoup.«Et t'étais tout calme, on aurait dit un petit chien gentil.
- Ne me compare pas à un clébard.» grogna Altaïr, insulté dans sa fierté.
Juhan balaya sa remarque d'un revers de la main, trépignant sur son siège.
«Comment ça se fait que tu ne t'es pas jeté sur les barreaux en me voyant. Je veux dire, on nous apprend en cours que vous êtes des bêtes sanguinaires et que vous pouvez même vous attaquer à vous-même. Mais là non, t'as juste pioncé pendant huit heures.
- Toi aussi t'aurais envie de sauter sur tout ce qui bouche si t'étais enfermé pendant trente jours et que t'étais libre juste une nuit par mois.»
Juhan le fixa étrangement, un air un peu perdu sur le visage.
«Comment ça enfermé? Tu veux dire que ce n'est pas juste toi qui changes d'apparence?
- Non, c'est plus compliqué que ça.» nia Altaïr, réfléchissant à un moyen simple d'expliqué la lycanthropie au roux. «C'est plus comme être deux dans le même corps et se partager le contrôle. Habituellement, les lycanthropes n'ont aucun contrôle sur le loup. Mais pour moi, je peux sentir le loup dans un coin de mon esprit continuellement. C'est plutôt dur à expliquer, mais le loup peut penser et est conscient, même en dehors de la pleine lune et inversement à la pleine lune. C'est lui qui m'entend dans un coin de sa tête et c'est pour ça qu'il est aussi calme. Parce que je lui laisse parfois un semblant de contrôle même en dehors des pleines lunes et je le calme pour pas qu'il ne soit trop sauvage quand il a le contrôle.
- Tu veux dire que là, tu l'entends penser dans ta tête?» Juhan semblait mi-excité et fasciné par cette révélation, mi-effrayé à l'idée de ne pas avoir le total contrôle sur son propre corps.
Altaïr pouvait comprendre que ça ne devait pas être facile pour quelqu'un d'extérieur à la situation de comprendre le fonctionnement de sa drôle de cohabitation avec son loup.
«Ce n'est pas vraiment des pensées que j'entendre. C'est plus comme avoir conscience d'une partie de ses émotions. Un peu comme de l'empathie, comprendre l'autre sans pour autant ressentir la même chose que lui.»
Altaïr finit son verre de jus d'orange, cherchant un exemple à donner à Juhan pour mieux lui expliquer la situation. Il eut un petit sourire en coin en trouvant la solution à son problème, elle était juste devant ses yeux.
«La nourriture est un bon exemple. J'aime les légumes ou ce croissant. Alors que lui, il a juste envie de prendre le bacon de ton n'est pas pour autant que je ne mange que de la viande, je prends mes propres décisions même si parfois je mange un steak pour lui faire plaisir. »
Juhan sourit, comprenant où son ami voulait en venir. Il piqua avec sa fourchette dans deux tranches de bacons avant de les poser dans l'assiette d'Altaïr.
«Comme ça il m'aimera bien et ne pensera jamais à me manger.»
Altaïr écarquilla les yeux. Il ne pensait pas que c'était normal d'accepter aussi facilement que son colocataire de cellule soit un loup-garou et encore moins que le dit colocataire était en train de lui expliquer un concept qu'aucun autre lycanthrope ne connaissait. A part pour les rares ayant bu le filtre lunaire, tout comme lui.
«Il est content.» souffla-t-il du bout des lèvres en mangeant le bacon, ne sachant que dire d'autre.
Juhan hocha la tête satisfait. Altaïr était curieux de voir ce qu'allait donner cette nouvelle amitié, étrange mais simple à appréhender. Poliakoff ne semblait pas être du genre prise de tête et ça le changeait pas mal de Lev ou Viktor, bien qu'Altaïr adorait ses deux amis. Cette nouvelle relation était rafraichissante.
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30 avril 1990
Altaïr suivait Juhan et un groupe d'une quarantaine de jeunes de leur âge à travers les couloirs. Après son premier petit-déjeuner dans le centre de redressement, un gardien lui avait assigné un groupe pour ses classes et un autre pour les travaux manuels. Si pour ses cours, Altaïr n'était pas avec Juhan, il était après tout d'un an le cadet du rouquin, le hasard avait voulu qu'ils se retrouvent ensemble pour le second groupe.
Les deux jours précédents, Altaïr avait eut cours jusqu'à midi. Etant un nouveau, il ne rejoindrait l'autre groupe que deux fois par semaine le premier mois. Altaïr avait reconnu parmi les autres jeunes ceux avec qui il avait mangé son premier soir ici. Il n'avait pas retenu les noms de tout le monde, mais les autres adolescents ne semblaient pas vraiment faire attention à lui, alors ce n'était pas un gros souci. Seul Juhan semblait déterminé à le faire participer à leur discussion alors que les gardiens leur ordonnaient le silence et de marcher plus rapidement.
Ils traversèrent la cour intérieure avant de rejoindre un autre bâtiment qu'Altaïr n'avait encore jamais visité. Ils longèrent les couloirs avant de déboucher sur une autre cour. Il n'y avait pas d'herbe ou de terrain de sport, juste un sol terreux et des piles de gravats entasser le long du terrain.
Juhan se glissa à côté du lycanthrope alors que les gardes répartissaient les adolescents en sous-groupe.
«Notre groupe s'occupe de la rénovation de cette vieille aile de la prison. Elle n'a plus été utilisée depuis les années quarante. Mais à cause d'une nouvelle loi, le directeur va devoir embaucher plus de personnel dans les années à venir. On est chargé de détruire ce vieux truc pour construire à la place une annexe aux quartiers des matons. En plus de nous prendre pour des fichus Cracmols, le directeur croit qu'on est ses esclaves.» lui expliqua Juhan en grognant.
Altaïr le remercia d'un hochement de tête avant de se reconcentrer sur l'un des gardes qui venait de crier son nom.
«… Abel, Black, Dmitrijev, …, Poliakoff, Sõerd, … vous serez le groupe C. Allez chercher des masses. Vous allez vous occuper du mur Est.» cria le garde en pointant en mur à moitié effondré un peu plus loin.
«Putain, tu portes trop la poisse Black. Je voulais être de corvée brouette moi, ils n'ont presque rien à faire eux.
- Au moins on n'a pas à porter les gravats. Ernits a pas de chance, c'est la troisième fois qu'il est à ce poste. » tenta de rationaliser le garçon qu'Altaïr identifia comme étant Sõerd.
Altaïr jeta un coup d'œil vers le dit Ernits qui soulevait des gravats et des pierres pour les poser dans une brouette qu'un autre garçon poussa jusqu'à disparaître derrière un angle de la bâtisse.
«Mouai.» soupira Juhan, peu convaincu.
Poliakoff tendit une masse à Altaïr qui l'empoigna avant de le suivre le roux jusqu'au mur Est. Franchement, ça ne lui semblait pas bien compliqué de taper sur des murs pour les faire s'effondrer. Il ne comprenait pas pourquoi Juhan se plaignait.
Altaïr eut cependant bien vite sa réponse en voyant les six autres garçons de son groupe transpirer à grosses gouttes. Au bout de dix petites minutes, ils retirèrent leurs t-shirts malgré les 12C malheureux degrés que le thermomètre affichait en ce matin d'avril. Le lycanthrope sentait le regard rageur de Juhan lui transpercer la nuque alors qu'un garde un plus sympa que les autres le félicitait pour son efficacité. C'était son premier jour et pourtant, il avançait déjà deux fois plus vite que ses collègues.
« Putain de loup-garou fayot et suceur de bite.» marmonna Juhan dans sa barbe.
«Je t'ai entendu.» dut presque crier Altaïr, ils étaient assez éloignés l'un de l'autre et un humain normal ne l'aurait pas entendu à cette distance.
«Gnagnagna.» bougonna le roux ce qui fit sourire Altaïr.
Le lycanthrope retourna à sa tâche, essayant de ralentir le rythme sans que ça ne soit trop flagrant. Franchement, il avait eu l'impression de se restreindre au niveau d'un humain jusqu'à maintenant, mais visiblement c'était toujours de trop par rapport aux autres adolescents. Juhan avait beau avoir conscience de sa lycanthropie, ce n'était pas pour autant qu'Altaïr voulait éveiller les soupçons de tout le monde sur lui.
C'est alors qu'il entendit un bruit de métal derrière lui. Altaïr se retourna pour observer Poliakoff retirer des tiges en métal planté au milieu de son mur devenu une pile de pierre. Un peu plus loin, Sõerd et un autre garçon en faisait de même. Black observa son propre mur, les sourcils froncés. Il posa alors sa massue au sol et se rendit au niveau de son ami, surveillant du coin de l'œil que le garde avait le dos tourné.
Altaïr prit de ses mains la massue de Juhan avant de lui faire un signe de tête vers son ancien poste de travail.
«Le mur n'est pas renforcé là-bas. Il n'y a pas de béton armé.» expliqua Altaïr.
«T'es sérieux?Ça ne te dérange pas?» s'exclama Juhan, des étoiles dans les yeux.
Altaïr nia de la tête. «J'ai besoin de me dépenser.» lui offrit-il comme seule réponse.
Juhan sautilla jusqu'à l'emplacement que le loup-garou lui avait montré et soupira de soulagement en constatant qu'ici, le mur s'effritait bien plus facilement. Altaïr croisa le regard mécontent du garde, mais il ne vint pas lui faire la morale. Visiblement, le maton n'était pas satisfait qu'une décision ait été prise sans son accord, mais il devait être d'accord dans le fond pour ne pas s'en prendre au lycanthrope. C'était bien plus logique de le laisser gérer ce travail difficile plutôt que ça soit à Juhan, un adolescent chétif, de le faire.
Après ça, Altaïr n'eut plus réellement à faire semblant de travailler au même rythme que les autres adolescents. Les autres étaient presque tous dos à lui et son pan de mur semblait être le plus solide de tous. Ainsi, en ne réprimant qu'un tout petit peu ses capacités, il avançait désormais au même rythme que Juhan.
Altaïr soupira de soulagement, c'était presque plus difficile de faire semblant d'avoir du mal à soulever sa masse que de défoncer le mur de toutes ses forces. Contrairement aux autres adolescents, il sentait qu'il allait se plaire à ce poste.
XXXXXXX
9 mai 1990.
Altaïr s'était rapidement habitué à son nouveau rythme de vie. S'il oubliait le couvre-feu, le manque de communication avec l'extérieur et les gardes faisant constamment des rondes autour des cellule, Altaïr pourrait presque se croire en vacances. Il était bien loin de son rythme de vit acharné que Romanov lui avait imposé à Durmstrang pendant des mois.
Contrairement aux autres adolescents, le travail physique lui faisait du bien et ne l'épuisait que peu. Les cours étaient d'un niveau franchement inférieur à celui de Durmstrang et la charge de devoir était seulement de deux à trois heures par jour. Autrement, il avait quartier libre et pouvait soit sortir dans la cour pendant l'après-midi, soit passer du temps dans sa cellule à lire. Pollux avait fini par lui envoyer deux livres plus intéressant que le roman à l'eau de rose qu'il lui avait confié à la fin du procès. Altaïr n'aurait jamais imaginé le fier Lord lire ce genre de chose.
C'était presque étrange pour Altaïr d'avoir aussi peu de choses auxquelles penser. Les heures de nuits blanches à bûcher sur les devoirs de Romanov en plus des siens étaient lointaines. Désormais il avait même le temps de jouer à quelques stupides jeu de société fabriquer avec quelques bouts de cartons avec Juhan et les deux garçons dans la cellule à côté de la leur. Altaïr pourrait presque s'habituer à ce doux mode de vie, c'était bien loin de l'image qu'il s'était fait de la prison.
XXXXXXX
4 mai 1990.
Juhan tendit sa serviette à Altaïr alors qu'il revenait vers lui et ses amis, le visage couvert de sueur. Il venait de finir son footing et prit le temps de se reposer quelques minutes avant d'entamer une série d'exercice. Altaïr participait parfois à la discussion, entre deux pompes ou pendant une série de gainage.
«Franchement Altaïr, à quoi ça sert de faire ça tous les jours. Rien que de te voir faire, ça m'épuise.» soupira Juhan alors qu'Altaïr s'affalait sur le banc à côté de lui.
« Je ne veux pas perdre mon niveau en Quidditch.»
Un garçon pouffa sur le banc d'en face.
« Ce n'est pas avec ça que tu vas garder ton niveau. C'est qu'en jouant au Quidditch que tu peux t'améliorer, pas en faisant trois pompes.
- Et toi, ça se voit que t'es gardien. » contra Altaïr.
Le garçon prit la mouche, lui envoya un regard noir.
«Et toi un batteur sans cervelle.
- Et qui ne se tape pas des zéros à tous ses devoirs contrairement à un autre.»
L'adolescent rougit, il n'avait pas pensé que Black les écoutait vraiment lorsqu'il faisait ses exercices et qu'ils discutaient de leur dernier contrôle.
«Les gars, calmez-vous. Vous êtes chiants.» intervint Juhan, calmant le jeu. «Donc on a deux fans de Quidditch. C'est qui vos équipes favorites?»
Altaïr se détourna de la conversation lorsque l'adolescent répondit les Gorgones de Varsal, il n'y avait bien qu'un gardien pour aimer cette équipe plutôt moyenne. Il n'y avait qu'Igor Plokor, le gardien, qui remontait le niveau de l'équipe en rattrapant les Souafles que les autres joueurs perdaient sans arrêt.
XXXXXXX
11 mai 1990.
«Comment vas-tu Altaïr? Tu tiens le coup?»
Altaïr hocha de la tête, tentant de rassurer Pollux. L'homme lui rendait visite au parloir pour la première fois et lui avait apporté un sac remplit de babioles. Après avoir été fouillé, Altaïr put en récupérer le contenu et fut heureux d'y trouver quelques livres, un jeu d'échecs et un paquet de carte Moldu. Il y avait également quelques sucreries, bien que les gardes en aient confisqué une partie.
«J'ai essayé de te ramener un jeu de bataille explosive, mais ça n'a pas passé la fouille. Enfin, je suppose que c'est normal.» marmonna Pollux.
«Merci, c'est sympa d'avoir pensé à moi.»
Altaïr n'avait pas réellement cru que Pollux viendrait réellement lui rendre visite. Le voyage en cheminette entre les deux pays était long, désagréable et très coûteux. Il n'imaginait pas quelqu'un dépenser autant de son temps simplement pour lui rendre visite pendant une heure. L'adolescent avait encore du mal à se faire à l'idée qu'il avait désormais quelqu'un à ses côtés et qui voulait prendre soin de lui.
«C'est tout naturel.» sourit Pollux. «Est-ce que tu voudrais quelque chose en particulier pour la prochaine fois?»
Altaïr songea un instant avant de répondre.
«Un manuel d'arithmancie ou de runes, les classes ici sont vraiment faciles et même si je prends les cours de Juhan, je m'ennuie quand même pas mal.
- Juhan?
- Ouai, le gars avec qui je partage ma cellule. Il a un an de plus que moi.»
Pollux hocha de la tête, lui promettant de lui apporter autres choses que des romans dans deux semaines. L'heure passa rapidement, Pollux partageant l'avancée des travaux au 12 Square Grimmaurd et Altaïr racontait son nouveau quotidien. Le vieux sorcier étaient heureux d'entendre que son pupille s'adaptait facilement à l'environnement carcéral et espérait que cela allait durer.
« Les visites prendront fin dans dix minutes.» annonça un garde avec un Sonorus pour que l'ensemble des détenus l'entendent.
«Dans le sac, il y a aussi quelques journaux. J'ai essayé d'étouffer l'affaire comme je peux, mais mon influence n'est plus la même qu'il y a vingt ans.» grogna Pollux.
« C'est si terrible que ça?»
Pollux prit le temps de réfléchir à la situation en Angleterre avant de répondre. Il aurait été certes plus agréable que l'affaire ne sorte jamais d'Estonie, mais ce n'était pas aussi catastrophique que ça aurait put l'être. Le Lord Black fronça des sourcils en se souvenant des vieux journaux qu'il avait trouvé à propos de l'incendie du manoir Prewett quelques années plus tôt.
Après que Narcissa et Robards en aient parlé lors des témoignages après le décès de Cygnus, Pollux avait fait des recherches sur le sujet. Il n'avait pas du tout aimé ce qu'il avait lu dans les vieux journaux. La presse n'avait pas été tendre avec Altaïr, lui prédisant déjà un futur terrible et que la folie des Black le rongeait déjà. Par Merlin, il n'avait que huit ans à l'époque, ce n'était qu'un petit garçon victime de sa magie accidentelle.
«Pollux?» Altaïr angoissait face au manque de réponse, s'imaginant déjà le pire.
«Oh, excuse-moi, je me suis perdu dans mes pensées.» revint-il à lui. «Non, ce n'est pas vraiment terrible. Seulement quelques articles essayant de rester neutre mais ne pouvant s'empêcher de lancer quelques piques à notre famille.»
Altaïr soupira de soulagement. Au vu de sa réputation et de celle de Cygnus, c'était presque positif comme réaction. Il s'attendait à ce que Pollux lui explique que les journalistes campent devant son manoir ou que des aristocrates le blackliste de leurs réunions et bals.
«Mais il y a cette Rita Skeeter, ses articles sont insultants et emplis de mensonge.» ajouta Pollux.
«Ouai, elle est réputée pour sauter sur le moindre sujet croustillant et détruire la réputations des personnes qu'elle n'aime pas.»
Pollux passa une main sur son visage, las de cette situation.
«On ne peut vraiment pas dire que la guerre a facilité la vie à notre famille. A mon époque, on était respecté et jamais les médias n'auraient osé écrire une ligne à notre propos sans en demander l'autorisation.
- Mais tu es là maintenant.» sourit Altaïr. «Tu n'es pas comme les autres Black, je sais que tu vas redonner sa réputation perdue à notre famille.»
Pollux fut touché par la ferveur du garçon qu'il lisait dans ses yeux. C'était toujours plaisant de savoir que quelqu'un croyait en lui.
Altaïr zieuta sur l'horloge, grimaçant en se rendant compte qu'il ne lui restait plus que deux minutes avant de devoir quitter le parloir. Il se pinça la lèvre, hésitant à poser la question qui le tracassait depuis deux semaines.
«Est-ce que tu as vu les Lovegood par hasard? Dans une soirée ou quelque chose comme ça?»
Altaïr n'avait pas eu de réponse aux lettres qu'il avait envoyé avant son procès, ni de la part de Venus, ni de Lev et Viktor. Il ne pouvait pas vraiment demander des nouvelles à son arrière-grand-père pour les deux derniers, mais Altaïr pouvait toujours essayer pour Venus.
Il fut heureux de voir le visage de Pollux s'éclairer, comme s'il venait de se souvenir d'une chose importante.
«Oh oui, j'ai croisé Lady Lovegood au Ministère, Alanna il me semble.» Altaïr hocha de la tête. «Elle m'a dit que son mari voudrait avoir un entretien avec moi pour faire une interview à propos de cette histoire. J'étais plutôt surpris, c'est que Xenophilius ne parle pas souvent de l'actualité politique ou people. Il est plutôt du genre à écrire sur des créatures étranges ou des expériences scientifiques passées inaperçues. Est-ce que je devrais accepter, à ton avis?»
Altaïr se fit songeur, mais il n'avait plus le temps de réfléchir longuement à sa réponse.
«Ça pourrait être une bonne chose pour toi. Quelqu'un pourra raconter notre version de l'histoire et si ça se passe mal, je verrai mal les Lovegood nous dénigrer. Xenophilius est plus du genre à éviter les problèmes et passerait simplement à autre chose plutôt que d'écrire un article haineux.»
Pollux hocha de la tête, d'accord avec le point de vu d'Altaïr.
«Bien, je vais y réflé veux que je dise quelque chose à Venus si je la croise?»
Altaïr se retint de soupirer. D'abord Lev et maintenant Pollux, visiblement il donnait une drôle d'impression à ses proches lorsqu'il fréquentait Lovegood.
« Fin des visites!» cria un garde. «Veuillez rejoindre vos cellules.»
Altaïr se leva.
«Dis-lui juste de répondre à ma lettre.» dit-il d'un air bougon ce qui fit rire Pollux.
«Bien, je lui dirai.» Puis son air se fit plus soucieux alors qu'un garde s'approchait pour dire à Altaïr de partir.«Prends bien soin de toi.
- Toi aussi.»
Puis, Altaïr lui tourna le dos, suivant la file d'adolescents qui quittaient le parloir. Pollux soupira avant de se lever à son tour. Il n'avait pas besoin de rester dans ce bâtiment sinistre plus longtemps.
XXXXXXX
Lorsqu'Altaïr rejoignit sa cellule, Juhan était toujours affalé sur le ventre sur son lit dans la même position dans laquelle il l'avait quitté. Il feuilletait un magazine de Quidditch qu'un garçon d'une cellule un peu plus loin dans le couloir lui avait prêter. Juhan n'avait pas reçu de courrier depuis qu'Altaïr était là et il supposait que ça devait être habituel pour l'adolescent qui n'avait même pas reçu de visite de la part de ses proches aujourd'hui. Alors il empruntait les affaires des autres pour se divertir.
Lorsqu'Altaïr commença à fouiller dans le sac que les gardes avaient posé sur son lit, Juhan finit par quitter son magazine des yeux pour l'observer. Il savait que le lycanthrope partagerait ses affaires avec lui, comme il le faisait depuis deux semaines. Alors le rouquin était curieux de savoir s'il y aurait plus intéressant que des romans ennuyeux cette fois-ci.
Altaïr lui tendit une chocogrenouille et un magazine de mode avant de reprendre ses fouilles. Juhan se jeta presque sur la sucrerie, ça faisait des semaines qu'il n'avait pas mangé de chocolat.
«Je ne pensais pas que t'étais le genre de gars à lire ses trucs.» rit Juhan en feuilletant la revue.
«Je crois juste que mon tuteur ne me connaît vraiment pas.» se renfrogna Altaïr en lui tendant cette fois-ci un bouquin sur le développement personnel.
Il rangea par contre sur sa propre étagère des magazines d'astronomie, il était un Black après tout, deux paquets de bonbons, trois romans policiers, les jeux d'échecs et de cartes et des revues sur le Quidditch. Altaïr garda en main les journaux anglais et fourra le sac sous son lit.
Juhan continua de rire, plongé dans sa lecture à propos de la nouvelle collection d'Adrian Filldor, un styliste qu'Altaïr ne connaissait pas. Mais il avait entendu des filles de son dortoir en parler une fois malgré lui, fichue ouïe lupine.
«Au moins tu ne chiales pas, c'est déjà bien. Même si ton tuteur ne t'apporte pas des trucs très intéressant.
- Pourquoi est-ce que je devrais pleurer?
- Le gars avec qui je partageais ma cellule avant toi ne faisait que ça après chaque parloir ou quand il recevait du courrier. C'était insupportable. J'ai fini par le taper et j'ai été déplacé ici.»
Altaïr détourna son attention de son colocataire pour se plonger dans la lecture de ses journaux. Ça ne l'étonnait pas vraiment que Juhan se soit battu pour si peu, il avait après tout embrouillé un autre adolescent la veille parce qu'il avait renversé son verre d'eau sur lui.
Altaïr tria les journaux par date et décida de ne lire que les articles le concernant pour l'instant. Le lycanthrope s'en fichait pas mal du vol de bijoux de Mrs Guichard pour l'instant. Sa bonne humeur s'envola rapidement lorsqu'il passa à la lecture des articles de Rita Skeeter. Pollux n'avait pas exagéré, la sorcière n'était vraiment pas tendre avec lui. Elle avait même réussi a dégoté une photo prise à la fin de son procès alors qu'il quittait le tribunal pour rejoindre les salles de transplannage. Altaïr ne savait pas que des photos de lui avaient été prises, tous les journalistes étaient si concentrés sur Romanov qu'il avait eu l'impression de passer inaperçu.
«Aujourd'hui a quinze heures sonna l'emprisonnement de l'héritier Black dans une prison pour mineur en Estonie. Non, vous ne rêvez pas chers lecteurs! Altaïr Black, 13 ans, est déjà sur le chemin de la criminalité, suivant les traces de ses aînés. Il semblerait que la folie des Black est déjà atteint la relève et nous pouvons nous estimer heureux que ce garçon ne côtoie pas nos enfants à Poudlard!
Mais à ce stade, vous devez-vous demander la raison de son emprisonnement. Quel crime à bien pu faire un adolescent pour déjà se retrouver emprisonner? Et bien je vais vous le dire. Altaïr Black a été accusé (ET condamné) pour coup et blessure sur quatre camarades et tentative de meurtre sur l'un d'eux, Mikhaïl Romanov, Tsarévitch de l'empire de Russie. Oui, vous ne rêvez pas, 13 ans et l'héritier Black est déjà un meurtrier en puissance!»
Altaïr jeta le journal au sol, il n'avait pas besoin de lire la suite. Le peu qu'il avait lu l'agaçait déjà suffisamment sans voir besoin d'en rajouter une couche. Le lycanthrope refusait de potentiellement découvrir plus loin dans l'article que le nom de Pollux était affilié à lui. Le sorcier souffrait déjà assez des frasques de Cygnus et de ses petits-enfants comme ça. Altaïr n'avait pas envie de lire que lui aussi, freinait la reprise politique de son tuteur.
«Fais chier!» s'exclama Altaïr en frappant le mur, la trace de son point était visible dans la pierre alors que du sang s'égouttait de ses phalanges.
Juhan eut un mouvement de recul fasse au soudain accès de colère de son colocataire. Il quitta du regard sa revue pour porter son attention sur Altaïr, il fut satisfait de constater que cette haine n'était pas dirigée vers lui. Juhan savait se battre, mais il savait aussi que face au loup-garou, il n'aurait aucune chance. La preuve était ses yeux, un humain ne pourrait pas abîmer ainsi un mur en béton.
L'attention d'Altaïr étant focalisé sur un point invisible devant lui, Poliakoff en profita pour ramasser le journal au sol et le feuilleta. Il chercha quelques instants l'article qui avait pu mettre son camarade dans cet état de colère et le trouva rapidement. Le non d'Altaïr était écrit en lettre grasse en haut de la troisième page.
« Elle n'y va pas avec le dos de la cuillère celle-là.»
La colère d'Altaïr se dégonfla d'un seul coup, il rêvait ou Juhan était en train de se moquer de lui. Complètement confus, il se rassit au bord du lit et pencha la tête sur le côté, essayant de comprendre son ami alors qu'il était presque au bord des larmes en lisant l'article. C'était comme si Juhan lisait une comédie.
«Joli profil au passage.» se moqua Juhan en montrant la photo en noir et blanc. «Tentative de meurtre? Elle rêve celle-là, t'es un nounours, ça se voit direct. En plus t'as seulement eu un an et demi de condamnation, elle ne vérifie pas ses sources ou quoi?» rit Juhan.«Et juste après tu passes de bagarreur à meurtrier, toujours plus dans l'abus!»
Juhan commenta ainsi tout le reste de l'article, même la partie qu'Altaïr n'avait pas lu. Le rouquin ne s'en remettait pas de sa lecture, les larmes aux bords des yeux. Altaïr pouvait le comprendre. Depuis qu'ils se connaissaient, l'anglais tirait Juhan par le col à chaque fois que ce dernier démarrait une bagarre. Il l'aidait dans ses devoirs comme un petit intello et échangeait à chaque fois leur poste de travail lorsque ses corvées étaient plus dures que les siennes. Altaïr n'avait rien en commun avec les autres délinquants qui insultaient à tour de bras et se plaignait de leurs cours et travaux manuels. Altaïr était un parfait petit prisonnier, ne se plaignant jamais et en demandant presque plus par ennuis.
«Putain, je ne me remettrai jamais du meurtrier. Toi? Un meurtrier?» et Juhan reparti en fou-rire.
«Juhan.» Mais le garçon ne l'écoutait pas. «Juhan!» appela plus fort Altaïr, captant enfin son attention. «Ce que dit l'article sur ma condamnation est vraie et c'est bien le seul truc potable. Et …» Altaïr hésita avant de souffler d'un ton grave. «…je suis un meurtrier.»
Juhan cessa aussitôt de rire, le regard d'Altaïr était dur et froid, il ne plaisantait pas.
«Mais, mais Romanov est en vie.» Juhan le fixait d'un air perdu, ne comprenant pas ce qu'Altaïr disait.
«Il est en vie parce que quand je l'ai poussé du dixième étage, quelqu'un l'a arrêté d'un sort avant qu'il ne s'écrase au sol. Et j'ai vraiment tabassé quatre gars.
- Alors quand les autres l'appellent l'eunuque, il est vraiment… ?» Juhan ne termina pas sa phrase, s'étranglant sur le mot émasculé.
«Je ne visais pas sa bite, mais ouai.»
Le silence se fit lourd entre eux. Il y avait beaucoup de délinquants dans cette maison de redressement, mais Juhan n'avait jamais côtoyé personne jugé pour tentative de meurtre. Ils étaient enfermés par tranche d'âge et dans cette aile, il n'y avait que des gamins bagarreur, dealeur ou voleur présent pour de petites peines. Les plus dangereux étaient dans l'aile des gars de seize ou dix-sept ans, isolé dans un couloir à part. Ils n'étaient certainement pas dans une cellule partagée et encore moins seulement présent pour un peu plus d'un an.
«Elle parle de pots-de-vin dans l'article, c'est ce qui s'est passé?
- En quelque sorte.» grimaça Altaïr. «C'est le père de Romanov qui a fait pression, les juges devaient simplement penser que c'était absurde de lui donner une peine réduite au minimum si dans le même procès je prenais plusieurs années. Surtout qu'ils semblaient plutôt être de mon côté dans l'histoire.
- Pourquoi est-ce que tu l'as poussé dans le vide?» Juhan voyait mal l'autre adolescent s'en prendre à quelqu'un pour son simple plaisir.
«Il a essayé de violer mon meilleur ami, devant mes yeux alors que ses amis me maintenaient au sol.»
Le rouquin pâlit davantage si c'était encore possible. En fait, son teint devint presque verdâtre. Voyant la catastrophe arriver, Altaïr tira le roux jusqu'aux toilettes et le fit s'agenouiller devant. Il tint ses cheveux en arrière alors que Juhan régurgitait son repas dans la cuvette.
L'estonien prit de profondes inspirations, Altaïr pouvait entendre son cœur battant la chamade. Toute cette histoire était horrible, mais il voulait savoir. Il voulait comprendre Altaïr et il sentait que l'adolescent ne serait pas enclin à répondre à ses questions tous les jours.
«Tu as dit que tu es meurtrier.
- Oui.
- Mais Romanov a survécu.
- Oui.»
C'était suffisant pour que Juhan comprenne où le lycanthrope voulait en venir. Il existait une autre affaire, pour laquelle Altaïr n'avait pas été jugé, mais qui était très certainement encore plus grave que celle-ci.
«C'était pendant une pleine lune?» demanda Juhan, tentant de se rassurer, espérant ne pas faire ami-ami avec un criminel depuis deux semaines.
«Non.»
Altaïr tira une nouvelle fois les cheveux mi-long de Juhan en arrière alors qu'il se penchait un peu plus au-dessus de la cuvette.
Une fois ses esprits retrouvés, Juhan frappa d'un geste sec les mains d'Altaïr.
«Ne me touche pas, je … je veux juste être seul un instant.» haleta l'estonien.
«Je comprends.»
Altaïr lança un dernier regard hésitant à son colocataire avant de retourner dans la chambre, il ferma la fine porte derrière lui. Il s'allongea sur son lit, faisant face au mur, le visage fermé. Il pouvait entendre Juhan prendre de profonde inspiration en marmonnant des «putains» et «c'est quoi cette histoire de fou».
Altaïr s'en voulait d'avoir été si naïf. Il s'était bêtement imaginé qu'ici, personne ne trouverait son comportement étonnant. Mais il y avait une différence entre des bagarreurs, des dealeurs et un assassin. Il y avait même toute un monde entre eux.
Altaïr ne sut pas exactement combien de temps s'écoula avant que Juhan ne rejoigne son propre lit. Aucun mot ne fut échangé. Les deux garçons s'endormant dos à dos, le corps tendus et l'esprit tourmenté.
Chapitre 26
14 mai 1990.
«Black, du courrier pour vous.» annonça un garde en passant à travers les barreaux deux enveloppes.
Altaïr quitta son lit pour attraper les lettres et s'empressa de les ouvrir. La première venait de Pollux, la seconde de Viktor et Lev, ils l'avaient écrit ensemble. Il lut rapidement celle de son tuteur. Pollux parlait un peu de tout, mais surtout de rien en particulier. L'homme écrivait simplement à propos de son quotidien, qu'il s'était embrouillé avec Kreattur qui refusait de jeter un vieux vase ébréché et qui gâchait la nouvelle décoration du salon. Puis que sa première réunion au Magenmagot s'était bien passé malgré que Barty Croupton Sr s'était montré contrarié qu'un nouveau Lord Black occupe le siège vacant de Cygnus.
Un peu plus loin, Altaïr apprit que Pollux avait écrit à Xenophilius Lovegood et attendait une réponse de sa part. Son tuteur allait essayer de suivre les souhaits d'Altaïr et donner une interview à l'homme. Il espérait juste que le journaliste n'allait pas lui jouer un mauvais tour et détourner ses propos.
Lorsqu'il eut fini de lire la première lettre, Altaïr la rangea sur son étagère entre deux piles de bouquins avant de se réinstaller sur son lit. Il attrapa la seconde lettre et entama sa lecture.
«Salut Altaïr,
On n'a bien reçu tes lettres et crois-nous, ça nous a fait un sacré choc! Tu aurais pu nous dire plus tôt que tu allais devoir passer devant un juge à causse Romanov. Ce conCet abruti… » Altaïr sourit, Lev avait effacé le gros mot de Viktor.«… mériterait de rester en prison jusqu'à la fin de sa vie!
Bref, il y a eu un article dans le journal à propos du procès, même si le journaliste parlait plus de Romanov. Lev dit que c'est la première fois depuis cinquante ans qu'un prince russe se fait juger et condamner. À Durmstrang, on est tous content de ne plus l'avoir dans les pattes. Même si toi, tu nous manques! Il ne disait pas dans l'article combien de temps tu vas rester là-bas, tu pourrais nous écrire une lettre pour nous le dire?»
La calligraphie changea, bien plus fine et élégante que celle de Viktor, preuve que c'était Lev qui écrivait désormais.
«Et toi, est-ce que tu t'en sors? Ce n'est pas trop horrible? Tu survis? J'ai entendu dire que la nourriture était super mauvaise en prison et qu'en plus, il y avait des bagarres partout. J'espère que tu ne t'attires pas trop problème!»
En tout cas, j'ai hâte que tu reviennes. Je crois que tu manques aussi à Georgiev, tu étais son favori et il note encore plus sévèrement qu'avant maintenant. C'est pareil pour le prof de créatures magiques, il a dit la dernière fois qu'on était des «petites fiotes» pour ne pas oser approcher les manticores et que je cite «Black au moins n'avait pas de cerveau et n'avait pas peur du risque.» Un vrai trou du cul ce prof.»
Viktor reprenait la plume ensuite.
«Wouah, Lev a écrit une insulte! Je ne vais pas le laisser la barrer, ça lui fera les pieds à essayer de me voler la plume. Bref, j'espère que tu vas vite revenir parce qu'on n'a toujours pas de batteur pour monter notre équipe l'année prochaine. En plus Lev est chiant avec ses idées de noms. Il n'a aucun sens du style, quand même, Les Corbeaux de Hoia Baciu, ça claque! Il faut absolument que tu lui dises!
- N'importe quoi, les Guépards de Poenari c'est beaucoup mieux!
- Et un jour, tu vas devoir te rendre compte que les guépards ne volent pas Lev. Donc c'est nul pour un nom d'équipe. Bref, t'en penses quoi Altaïr? Dis-lui qu'il est stupide par pitié, les autres n'osent pas le faire.
- Parce qu'ils savent que j'ai raison.»
Altaïr eut du mal à lire les lignes suivantes, elles étaient raturées et visiblement, Lev et Viktor s'était disputé sur le parchemin plutôt que de vives voix alors qu'ils étaient côte à côte.
«Ah merde, Mrs Moska a vu qu'on ne suit pas le cours.
Prend soin de toi et on a hâte d'avoir de tes nouvelles!
Lev et Viktor.
PS: Dites à vos amis de ne pas rédiger vos lettres pendant mon cours.»
Altaïr laissa échapper un petit rire. Il aimait bien Mrs Moska, la professeure de magie noire. Il ne comprenait pas que ses deux amis aient choisi son cours pour lui écrire, la femme était incroyablement hypnotisante lorsqu'elle leur partageait son savoir. Altaïr était pressé de retourner à Durmstrang, les cours ici étaient ennuyeux et il en connaissait déjà le contenu la plupart du temps.
Le lycanthrope sentait le regard de Juhan sur le lit, mais lorsqu'il le regarda, le roux détourna le regard et fit mine d'être plongé dans sa lecture. Altaïr soupira, c'était ennuyeux lorsque Poliakoff ne blablatait pas à propos de tout et de rien.
XXXXXXX
16 mai 1990.
«Il s'est passé un truc entre vous deux?» chuchota Sõerd à Juhan alors qu'il poussait des brouettes remplies de gravats vers la défausse.
«Non.» grogna le rouquin.
«T'es sûr de toi? Parce qu'il y a encore une semaine tu le suivais partout comme un petit chien et là c'est à peine si vous vous parlez.» insista Sõerd.
Il n'eut pour toute réponse qu'un regard noir de la part de son ami qui tenta d'avancer un peu plus vite pour le distancer et éviter cette discussion. Mais Sõerd était plus grand que lui d'une tête et avait de longues jambes. Il le rattrapa rapidement.
«Nan mais vraiment, il s'est passé quoi? Ce n'est pas toi qui disais que tu le trouvais sexy?» Sõerd pâlit brusquement. «Oh non, me dis pas qu'il t'a sauté avant de te jeter de son lit? Ou alors c'est un homophobe? Ou pire, un mauvais coup?
- Par pitié, ferme ta gueule Danil.» rougit Juhan et ce n'était pas à cause de la lourde brouette qu'il poussait. « Et dans quel monde qu'être un mauvais coup est pire qu'être un homophobe?»
Cette fois-ci, c'est Danil qui le fixait bêtement, comme s'il était impensable que Juhan ne soit pas de son avis et ne comprenne pas son cheminement tordu de pensée.
«Tu sais quoi, laisse tomber.» secoua la tête Juhan.
«Non, je ne te laisserai pas tranquille tant que tu ne m'auras pas dit ce qu'il se passe. Si ce n'est pas parce que vous avez couché ensemble, pourquoi vous vous faites la gueule? Vous vous êtes disputez?»
Mais Juhan ne répondit pas. Il sentait le regard d'Altaïr lui brûler la nuque, certainement qu'il écoutait leur discussion. Il refusait de lui donner le plaisir d'entendre son opinion sur toute cette situation alors qu'il espionnait.
Les deux adolescents vidèrent leurs brouettes avant de retourner sur leurs pas. Cette fois-ci, Altaïr et Juhan n'occupait pas le même poste. Si les prières du rouquin avait été entendu et il était enfin assigné à son poste préféré, Altaïr devait quant à lui ramasser les gravats et remplir les brouettes. Lorsque Sõerd arriva au niveau du lycanthrope, il se plaignit de voir qu'il avait déjà deux brouettes d'avance et attendait qu'il ramène la sienne pour la remplir.
Danil laissa échapper un gémissement de débit. Habituellement son binôme avait à peine le temps de remplir une brouette avant qu'il ne revienne à son niveau. Sõerd avait même parfois le temps de faire une petite pause en l'attendant, c'est pourquoi tout le monde aimait ce poste. Mais avec Altaïr, c'était juste épuisant car en une heure, il n'avait pas eu le temps de s'arrêter une seconde, l'anglais devant à chaque fois attendre qu'il revienne pour se remettre à la tâche. Est-ce qu'Altaïr était au moins humain pour se baisser et se relever ainsi en portant des charges aussi lourde et pelleter sans discontinuer?
«Arrête de bavarder et va plus vite.» grogna le lycanthrope, Sõerd se renfrogna, comment est-ce que Black pouvait bien savoir qu'ils avaient ralenti avec Juhan pour parler.
«Et toi tu pourrais pas ralentir la cadence?
- Non.» claqua Altaïr.
Juhan faillit laisser échapper un rire. Altaïr n'était vraiment pas facile à vivre lorsqu'il était mécontent. Le roux jeta un rapide coup d'œil à son propre binôme et soupira de dépit en réalisant qu'il n'avait que remplit la moitié de sa brouette pour l'instant. Il était l'opposé d'Altaïr. Il lui vint alors une idée qu'il jugea merveilleuse. Juhan allait pouvoir embêter l'anglais tout en permettant à Sõerd de ralentir un peu le rythme.
«Hey Abel!» le blond releva le regard vers eux. «Lâche ta pelle et ramène ta poire! On va aider Danil!» cria Juhan.
Altaïr fronça des sourcils mais ne broncha pas. Pendant qu'ils parlaient, il avait réussi à remplir la brouette de Danil venait de rapporter et devait à nouveau attendre qu'il aille déposé les gravats pour se remettre au travail. Mais désormais, en étant seul pour déblayé, il devait remplir à chaque fois trois brouettes pour qu'Abel, Sõerd et Poliakoff puisse toujours être en action. Altaïr se mit alors également à remplir les trois brouettes précédemment utiliser par Abel pour ne pas casser le rythme.
«Putain mais il n'est pas humain!» soupira Sõerd au bout de trois allers-retours. «Même avec trois fois plus de travail pour lui, on n'arrive pas à prendre une pause.
- Ben c'est Altaïr, à quoi tu t'attendais? » rit Juhan en ce moquant des deux autres garçons qui suaient à grosses gouttes.
Peut-être qu'il n'était pas très musclé et avait du mal à soulever une masse, mais Juhan avait de bonnes jambes et il le savait parfaitement. C'est pourquoi il aimait tant ce poste.
Cependant sa bonne humeur s'en alla bien vite lorsqu'en revenant au niveau d'Altaïr, il vit un maton lui parler et il ne semblait vraiment pas content.
«Vous me rejoindrez dans la cour après votre repas.» grogna l'homme en s'éloignant alors que les trois adolescents revenaient avec leurs brouettes vides.
«Qu'est-ce qu'il te voulait?» s'inquiéta Juhan.
Ce n'était pas parce qu'ils étaient en froid que le rouquin voulait qu'Altaïr ait des problèmes à cause de son idée.
«Rien, il est juste chiant.» haussa des épaules le lycanthrope en se remettant au travail.
A midi, le maton revint les voir alors qu'Altaïr aidait les trois garçons à ranger les brouettes dans la remise.
«Poliakoff, vous suivrez Black après le repas. Je sais que l'idée venait de vous.»
Juhan baissa la tête, se sentant coupable vis-à-vis d'Altaïr. Il n'aurait pas dû vouloir aider Danil à ses dépens. Mais avant qu'il ne puisse trop se flageller, une main chaude lui ébouriffa les cheveux. Lorsque Juhan releva la tête, Altaïr était déjà à quelque pas de lui, marchant vers la sortie.
Poliakoff rougit. Alors même que c'était le rouquin qui lui faisait la tête, Altaïr ne semblait pas lui en tenir rigueur. Au final, il était vraiment un bon gars, même s'il avait fait des choses terribles par le passé.
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A la fin de son repas de midi, Juhan se leva lorsqu'il vit Altaïr en faire de même une table plus loin. Le roux le rattrapa facilement avant qu'il ne quitte la cantine, le suivant jusque dans la cour où ils s'asseyaient habituellement sur un banc l'après-midi ou faisaient une partie de foot pendant leur temps de pause. Juhan n'aurait jamais cru un jour voir une dizaine de Sang-Pur jouer à un sport Moldu.
Le maton qui les avait interpellés un peu plus tôt était posté au milieu de la cours, le dos droit et le regard lançant des éclairs.
«Monsieur, c'était mon idée. Altaïr n'y était pour rien.» tenta de plaider Juhan, mais l'expression du garde ne fit que se durcir un peu plus.
«Tous les deux, au sol, position planche.»
Alors qu'Altaïr obéit immédiatement, Juhan tenta de continuer à défendre son ami. C'était injuste, mais le garde n'en avait que faire. D'un coup de baguette, il fit trébucher le roux qui faillit s'écraser le nez contre le sol. Heureusement qu'il avait eu le réflexe de se rattraper avec ses mains.
Avec un regard noir pour son geôlier, Juhan finit par se mettre en position de gainage. Cependant il ne tint pas bien longtemps, s'effondrant au bout de deux minutes seulement. Le garde, n'étant finalement pas entièrement sans cœur, lui laissa trente secondes pour souffler avant de le faire se remettre en position.
«Ne cambre pas ton dos et ne baisse pas la tête.» lui conseilla Altaïr alors que Juhan faiblissait à nouveau.
L'adolescent poussa un grognement et tenta de suivre les conseils d'Altaïr. Finalement, il aurait peut-être dû lui aussi faire un peu plus de sport et suivre l'exemple de l'anglais.
«Vous êtes faible.» constata le garde lorsque Juhan s'effondra pour al troisième fois, le visage dégoulinant de sueur. «Debout.»
Poliakoff ne se fit pas prier, trop heureux que l'exercice se finisse. Altaïr, pensant que l'ordre s'appliquait aussi à lui posa un genou au sol, mais le maton claqua de la langue.
«Pas vous, Black. Bien, monter sur son dos Poliakoff.
- Mais c'est impossible, ça va être trop dur pour lui!» s'insurgea le roux.
«Et je vous ai peut-être demandé votre avis?» c'était une question rhétorique, alors Juhan ne répondit pas, se mordant la langue pour ne pas insulter le maton. «Puisque ça vous semble si insupportable de le voir puni à votre place, ça me semble correct que votre punition soit de lui compliquer la tâche en vous tournant les pouces.»
Juhan baissa la tête, mais ne bougea toujours pas.
«Juhan, c'est bon. Fais juste ce qu'il te dit.» soupira Altaïr qui avait juste envie d'en finir avec tout ça.
Poliakoff finit par abdiquer et s'installa en tailleur entre les omoplates de son ami. Ce dernier trembla un peu jusqu'à ce que Juhan trouve une bonne position.
«Ça va?» Altaïr hocha de la tête. «Je ne suis pas trop lourd?» Altaïr nia cette fois-ci. «T'es sûr?
- Loup-garou, tu te souviens?»
Juhan se sentit alors bête d'avoir oublié ce détail sur son ami. C'est vrai que vu comme ça, Altaïr devait à peine sentir la différence avec lui sur son dos et le garde devait le savoir.
Les minutes s'écoulèrent et bientôt, les autres détenus arrivèrent dans la courpour y passer leur temps de pause. Il y eut bien quelques curieux qui vinrent les taquiner, mais ils se désintéressèrent bien vite face aux regards noirs du maton et de Juhan. Enfin, plus à cause de celui du maton. C'est qu'ainsi perché, l'adolescent n'était pas très crédible.
L'exercice ne prit fin que lorsqu'un autre garde arriva pour dire à son collègue qu'il avait fini son service et lui demandait de l'accompagner en pause déjeuner. Juhan sauta aussitôt du dos de son ami, l'aidant à se relever.
«Pourquoi est-ce que tu fais du sport tous les jours alors que tu es un loup-garou?
- C'est juste pour me dépenser un peu. Sinon je ne suis pas assez fatigué le soir pour dormir.»
Juhan pouffa en trainant son ami par le bras jusqu'à leur table habituel. Sõerd y était déjà installé avec deux autres garçons qui applaudirent en les voyant arriver. Le rouquin fit une petite courbette, comme si c'était lui qui venait de faire un effort physique impressionnant.
Altaïr sourit, il était content que Juhan lui parle à nouveau.
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21 mai 1990
Comme tous les lundis, un adolescent à l'uniforme bleu passait dans le couloir distribuer le courrier et récupérer les lettres écrites par les autres détenus pour leurs proches. Deux gardes le surveillaient de l'autre bout du couloir. Altaïr donna au garçon ses deux enveloppes, l'une pour Pollux et l'autre pour Lev et Viktor et en récupéra une de la part du courtier.
Altaïr s'empressa d'ouvrir son courrier mais perdit bien vite toute trace de bonne humeur lors de sa lecture. Pollux ne viendrait pas lui rendre visite ce week-end. Lovegood lui avait donné rendez-vous le samedi en début d'après-midi, il n'aurait donc pas le temps de faire l'aller-retour jusqu'en Estonie.
«Mauvaise nouvelle?» demanda Juhan en voyant son air renfrogné.
«Mon tuteur ne peut pas venir ce samedi.»
L'estonien eut un petit rire amer.
«Il va falloir t'y habituer. Ça commence toujours comme ça, d'abord c'est juste une visite qui saute. Puis ils ne viennent pas pendant tout un mois pour ne plus jamais venir.
- Tu parles de tes parents?»
Juhan ne répondit pas, se retournant dans son lit pour lui montrer son dos. Bien qu'il ne laisse habituellement rien paraitre, Altaïr pouvait voir que le comportement de ses proches blessait terriblement l'adolescent.
«Ils ne sont même pas venu pour mon anniversaire.
- C'était quand?
- Samedi dernier. »
Altaïr fit une grimace. Il se revoyait partir au parloir rencontrer Pollux de bonne humeur alors que son ami faisait semblant de lire un magazine, la tête ailleurs. Il avait tiré une sale tête toute la journée et maintenant, l'anglais comprenait pourquoi.
«Joyeux anniversaire en retard.»
Juhan pouffa, légèrement de meilleure humeur désormais.
«Merci.»
Altaïr vit l'adolescent en bleu retraverser le couloir avec son chariot de courrier, ayant terminé sa tournée. Il le héla, lui demandant de lui rendre une de ses lettres parce qu'il avait oublié d'y glisser une partie de sa lettre.
« Je n'ai pas que ça à foutre, fais plus attention la prochaine fois.» grogna le garçon.
Altaïr haussa les épaules, il s'en fichait pas mal de faire perdre son temps à l'autre garçon. Le lycanthrope attrapa l'enveloppe destinée à Viktor et Lev et en décolla un coin pour y glisser un petit bout de papier qu'il venait de griffonner.
Juhan l'observa faire du coin de l'œil mais se désintéressa bien vite du comportement étrange de son colocataire.
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5 juin 1990
Altaïr était plutôt étonné qu'il ait fallu plus d'un mois à Romanov pour enfin réagir à ses regards noirs. Quelques mois plutôt, le Russe aurait démarré au quart de tour et aurait menacer de s'en prendre à Lev pour pouvoir le tabasser dans un couloir abandonné.
Sauf qu'ici, Romanov n'avait pas beaucoup d'allier et Altaïr n'avait qu'un seul ami, Juhan. Or ce dernier n'était pas réputé pour être une petite chose faible et fragile. Le garçon n'était peut-être pas aussi musclé que Mikhaïl, mais il avait un physique nerveux et avait prouvé à plusieurs reprises que sa rapidité compensait facilement sa petite taille lors de quelques rares combats dans la cour. Ça n'allait jamais bien loin, personne ne voulait attirer l'attention des gardes. Mais c'était suffisant pour que Romanov n'essaye pas de s'en prendre à Altaïr à travers le rouquin.
La journée n'avait rien eu de particulier, leurs regards s'étaient simplement accrochés pendant alors qu'ils sortaient de leurs cabines de douche. Altaïr n'avait même pas remarqué que le tsarévitch prenait sa douche dans la cabine adjacente à la sienne. Le hasard avait voulu qu'ils sortent en même temps et aucun des deux n'avaient voulu détourner les yeux en premiers.
Puis, Romanov avait craqué, faisant un pas en avant, le point serré.
«J'en peux plus de voir ta gueule de petit con tous les jours.» avait-il grogné, menaçant.
Mais Altaïr n'avait pas reculé, restant stoïque face à son aîné. Puis, Juhan et Sõerd était entré à leur tour dans les douches, leurs rires cessant dès qu'ils virent les deux adolescents face à face.
Bien qu'étant habituellement celui qui débutait les bagarres, Juhan savait qu'ici n'était pas le bon endroit pour que les deux autres règles leurs différends. Pas assez de garde pour stopper la bagarre avant qu'elle ne commence réellement.
«Hey les gars, calmez-vous un peu.» conseilla Juhan en se plaçant entre eux, les mains en l'air comme signe de paix.
Mais ni Altaïr, ni Romanov ne fit un mouvement pour bouger, leurs regards restants ancrés dans celui de l'autre au-dessus de la tête du roux.
«Dégage la fiotte.» grogna Romanov en poussant Juhan.
Le garçon trébucha à cause du sol humide et faillit tomber sur les fesses, ne se rattrapant que grâce à Sõerd qui lui tendit attrapa son bras. Les yeux d'Altaïr flashèrent, plus que de l'insulter, il ne supportait pas qu'on s'en prenne à ses proches.
Altaïr fit un pas un avant, sentant que Juhan essayait de le retenir par le bras. Mais la force de l'humain n'était rien comparé à la colère qui montait en lui, il fit un pas de plus. Altaïr agrippa le col de Romanov de sa main libre et le tira à lui. Son front rencontra dans un craquement sonore le nez de son opposant.
Altaïr relâcha sa prise alors que Romanov tombait en arrière, les deux mains sur son visage.
«Ne touche plus jamais Juhan.» ordonna le loup-garou avant de quitter les douches, Poliakoff et Sõerd à ses trousses.
«Putain mais qu'est-ce qui t'as pris. Si les gardes découvrent que c'est toi qui a pété son nez, tu vas avoir des problèmes.
- Vous devriez attendre avant de prendre votre de douche.» fut la seule réponse d'Altaïr alors qu'il se défaisait de la prise de Juha, d'un mouvement d'épaule, accélérant le pas pour retrouver sa cellule.
Il laissa en plan les deux adolescents, toujours arrêtés à quelques pas de l'entrée des douches.
«Je vois ce que tu voulais dire maintenant quant tu parlais de son côté sauvage et sexy.» pouffa Danil en couvrant son sourire face au regard noir de Juhan.
Altaïr se retourna, un sourcil levé vers Juhan.
«Vraiment?»
L'estonien rougit comme une pivoine alors que Sõerd se fendait la poire en deux.
«Putain vous faites chier les gars.» se plaignit Juhan en prenant lui aussi la direction de leurs cellules.
«Désolé mec, je ne pensais pas qu'il allait m'entendre.» rit encore plus fort Danil face à l'embarras de son ami.
Juhan ne répondit pas, accélérant le pas en gémissant de dépit. Altaïr le suivit alors qu'il venait de le dépasser, plutôt flatter par l'opinion de son ami sur lui. Il avait déjà oublié son altercation avec Romanov.
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6 juin 1990.
Altaïr fixait le plafond de sa petite cellule avec ennui.
Comme il s'y attendait, Romanov avait cafeté auprès de l'infirmier et dès le lendemain matin, Altaïr avait été placé en cellule d'isolement pour le restant de la semaine. La cellule était minuscule, il n'avait la place que pour faire trois pas, le petit lit prenant presque toute la place. Altaïr avait grogné en réalisant que même s'il n'était qu'un adolescent, il n'arrivait même pas à s'étendre complètement sur le matelas dur.
Ça ne faisait que cinq heures qu'il était là et il avait déjà l'impression de devenir fou. Après avoir passé la première heure à fixé une tâche sur le plafond, Altaïr avait fait un peu de sport avant de se rallonger, épuisé. Qu'est-ce que le temps pouvait passer lentement sans un livre ou Juhan pour lui parler de la crasse que Billy avait fait à Adrian de la cellule 24.
Altaïr n'écoutait jamais vraiment les blablas de son ami, mais il se jura d'y porter plus attention quand il le reverrait. Il n'avait jamais imaginé qu'entendre des potins lui manquerait autant.
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11 juin 1990.
Altaïr rejoignit sa cellule le lundi après le dîner. Il fut surpris de voir un paquet posé sur son lit. Comme il n'était pas présent le matin-même pour récupérer son colis, l'anglais s'était imaginé qu'il ne le recevrait que la semaine suivante.
«J'ai signé à ta place.»
Altaïr se tourna vers Juhan qui venait de rejoindre la cellule. Il le remercia avant de prendre les lettres en main, il y en avait trois cette fois-ci, et tendit le paquet à son colocataire.
«En quel honneur?» demanda Juhan en prenant le carton dont le scotch avait été décollé avant d'être remis en place.
Les gardes avaient visiblement contrôlé le contenu et Altaïr cru mourir de honte à cette réalisation. Déjà que demander une telle faveur à ses amis l'avait achevé, il souhait maintenant creuser un trou très profond et s'y enterrer. Il espérait seulement que les matons n'avaient regardé que la première revue avant de refermer le carton en imaginant que les autres étaient du même type.
«Ton anniversaire. Je suis en retard mais, mais joyeux anniversaire.»
Un large sourire étira le visage de Juhan alors qu'il s'empressait de déballer son cadeau. Il attrapa la pile de magazine, souriant en voyant que le premier portait sur son équipe de Quidditch préféré. Puis, il rougit vivement en voyant les couvertures des suivants.
«T'es sérieux mec? Du porno?» gémit Juhan face aux images mouvantes d'hommes à moitié nu.
«Je sais que tu prends ceux des gars de la cellule 24 pour aller aux douches, t'es pas discret.» se moqua Altaïr. «Au moins maintenant t'auras les tiens.»
« Je n'arrive pas à croire que t'es demandé à ton arrière-grand-père de t'envoyer ça.»
Altaïr grimaça de dégouts.
«Non, j'ai demandé à des amis de Durmstrang.»
Juhan hocha de la tête. Ça le rassurait. Bien qu'il ne connaisse pas Pollux, il ne voulait pas que son tuteur imagine que le seul ami de son descendant soit un pervers.
«Merci!» s'exclama finalement Juhan, claquant une bise sur la joue de son ami.
Altaïr n'eut même pas le temps de réagir que le roux disparaissait déjà dans le couloir, un de ses magazines en main. Altaïr rougit en sachant très bien ce que Juhan allait faire dans les douches. Finalement, ça n'avait peut-être pas été la meilleur des idées que de lui offrir ce type de cadeau.
Il secoua la tête, amusé avant de s'asseoir sur son lit pour lire ses lettres. La première venait de Viktor et Lev qui passaient presque deux pages à se moquer de lui et de la faveur qu'il leur avait demandée. Altaïr sentait qu'il allait entendre parler de cette histoire jusqu'à la fin de sa scolarité, Viktor ne semblant pas du tout croire que c'était effectivement pour un ami qu'il lui avait demandé quelques magazines pornographiques.
Altaïr passa rapidement à la seconde lettre, celle de Pollux. L'homme lui racontait que son entrevu avec Xenophilius Lovegood s'était bien passé et qu'ils en parleraient plus longuement à sa prochaine visite. L'article devrait sortir au courant de la semaine et son tuteur lui promettait de lui en envoyer une copie.
La dernière lettre provenait de Venus. Altaïr sourit en comprenant que Pollux avait réussi à la voir et lui faire passer le message d'Altaïr.
«Salut Altaïr,
Je suis désolée de ne pas avoir répondu à ta lettre plus tôt. Je ne savais pas quoi écrire et à dire vrai, je ne suis toujours pas certaine de ce que je devrai te dire.
J'ai lu les journaux, ils sont vraiment affreux avec toi. Je suis contente que tu ne sois pas ici pour les lire. Heureusement, Papa a décidé de publier un article sur l'actualité people cette semaine. Mais je suppose que tu le sais déjà, Pollux a dû te le dire.
Ton grand-père est vraiment sympa. Il a l'air bien mieux que ton ancien tuteur, au moins il ne fait pas peur celui-ci. J'espère qu'il s'occupe bien de toi!»
Altaïr sourit, Lovegood était bonne pour cerner les gens et il était heureux qu'elle apprécie Pollux.
«Je suis un peu déçu qu'on ne puisse pas se voir aux réceptions cet été. Maman semble plus déterminée que jamais à me traîner de bal en bal. Elle m'a envoyé des photos des nouvelles robes qu'elle m'a achetées et même si elle a bon goût, ça m'énerve qu'elle ne me demande même pas mon avis. Elle sait pourtant que je préfère le bleu au rouge ou au violet. Au moins, il y en a une verte. Je pense que je ne mettrai que celle-là pour lui faire les pieds.»
Altaïr eut un petit rire. Il n'aurait jamais imaginé que Venus soit du genre à donner de l'importance à sa tenue. Elle semblait toujours porter des colliers ou des boucles d'oreilles étranges.
«Enfin, au moins ça me fait penser à autre chose que mes révisions. Les BUSES ne sont que l'année prochaine, mais les professeurs nous en parlent déjà à chaque cours. Je crois que c'est encore pire avec ma classe, comme nous sommes à Serdaigle. Pricillia, une fille de mon dortoir, en parle même pendant son sommeil. Ma maison me rend folle parfois!
Je suis désolée, j'ai fini par ne faire que me plaindre et raconter mes soucis. J'espère que tu n'as pas la vie trop dure, là où tu es. J'essayerai de te répondre plus rapidement désormais.
Avec tout mon soutient,
Venus Lovegood.»
Altaïr relit la lettre une deuxième fois avant de sortir un parchemin pour lui écrire sa réponse. Il ne trouvait vraiment pas ça pratique, de devoir donner son courrier le même jour où il le recevait. Cela l'obligeait à répondre avec une semaine de retard à chaque fois, ce n'était pas pratique.
Juhan finit par le rejoindre, un air satisfait sur le visage ce qui fit grimacer Altaïr. L'estonien n'avait pas besoin de rendre sa aussi évident qu'il venait de s'adonner à un petit plaisir solitaire.
«Qu'est-ce qui te fais sourire aussi niaisement?
- Une amie vient enfin de répondre à une de mes lettres.» expliqua Altaïr, ne quittant pas son parchemin du regard.
«Je vois.» La voix de Juhan avait perdu toute sa joie.
Altaïr porta son attention sur lui, remarquant immédiatement sa mine déçue alors qu'il rangeait ses nouveaux magazines sur son étagère, gardant celle de Quidditch en main.
Ça faisait un petit moment que le lycanthrope s'en doutait, mais cette réaction ne faisait que confirmer ses soupçons. Juhan en pinçait pour lui. Il suffisait d'écouter les blagues de Sõerd à ce sujet lorsqu'il pensait qu'Altaïr était trop éloigné pour l'entendre. Mais jusqu'alors, il pensait simplement que Juhan le trouvait attirant, pas qu'il avait un petit béguin pour lui.
Altaïr secoua la tête, reprenant la rédaction de sa lettre. Si Juhan voulait lui en parler, il le ferait déjà. En attendant, ça n'avait de réelle importance et ne le dérangeait pas.
«Tu peux prendre des bonbons sur mon étagère, je n'aime pas les Suçacides.»
Juhan retrouva toute sa bonne humeur, se jetant presque sur le lit de son ami pour atteindre l'étagère la plus haute du mur. Altaïr sourit, il avait l'impression de voir Viktor lorsque le rouquin agissait ainsi. Il devrait aussi écrire une réponse à ses amis, il lui manquait un peu.
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16 juin 1990.
Altaïr offrit un sourire sincère à son tuteur lorsqu'il entra dans le parloir. C'était étrange de le rencontrer à travers une vitre et ne pas pouvoir le toucher. Les accolades chaleureuses de Pollux lui manquaient en peu, Altaïr avait hâte de sortir d'ici.
Un journal était posé de son côté du parloir, certainement que Pollux l'avait fait contrôler à un garde avant de recevoir l'autorisation de le passer à travers la barrière magique du côté d'Altaïr. Le lycanthrope écouta Pollux lui raconter les dernières nouvelles à propos du réaménagement du Square Grimmaurd alors qu'il entamait sa lecture.
«Kreattur a une cachette secrète sous la cuisine. Tu n'as qu'à lui dire de mettre son vase là-bas.
- Une cachette? Je n'étais pas au courant.» soupira Pollux.
«Evidemment, sinon elle ne serait plus secrète.» sourit Altaïr, replongeant dans sa lecture.
Pollux avait dû se montrer sacrément convainquant pour que Xenophilius se montre aussi clément envers lui dans son article. Ce n'était pas que l'homme lui jetait des fleurs ou quoi que ce soit dans le genre. Mais simplement voir la vérité, sa vérité, écrite dans le journal lui faisait un bien fou. Il allait devoir écrire une lettre pour remercier le journaliste de leur avoir laissé une chance de s'expliquer, à Pollux et lui.
Xenophilius Lovegood était neutre dans ses propos, il ne défendait aucun camp. Il retranscrivait simplement les faits et Altaïr se dit que ça devait bien être le seul journaliste britannique à fonctionner ainsi. Lovegood était l'antithèse de Rita Skeeter.
L'homme expliquait dans un premier paragraphe les peines auxquelles Black, Romanov et ses quatre compères avaient écopé. Il vulgarisait les thermes judiciaires pour que le grand publique puisse plus facilement comprendre le déroulement du procès. Puis, Xenophilius fit un résumé des évènements ayant mené à ces arrestations avant de laisser deux pages d'interview de Pollux retranscrite par une plume à papote.
Pollux, comme tout homme politique, savait parler aux foules. Seul des lecteurs aguerris pourraient remarquer certaines tournures de phrases faites pour accuser discrètement Romanov ou dédouaner Altaïr. Mais à aucun moment, Pollux ne posait son pupille comme LA grande victime de cette affaire. Il disait clairement qu'Altaïr avait sa part de responsabilité dans l'affaire, sinon il ne serait pas en centre pour jeunes délinquants (Pollux n'avait jamais employé le therme prison, encore une petite manipulation habile de sa part).
Altaïr était satisfait que le vieux sorcier n'ait pas essayé de maquiller la vérité. Il ne voulait pas faire appel à Lovegood pour qu'il raconte la même merde que Skeeter mais en se plaçant dans l'autre camp. Altaïr voulait simplement que sa version des faits soient au moins une fois entendue par les Anglais.
«Est-ce que ça te convient?» demanda Pollux lorsque son pupille referma le journal. «J'aurai peut-être dû omettre la partie sur l'émasculation ou sur le chantage. Ça ne te met pas vraiment en valeur, mais tu m'avais demandé de raconter la vérité, alors je …
- C'est parfait.» le coupa Altaïr. «Merci de ne pas avoir nommé directement le nom de Lev.
- C'est tout naturel.» sourit Pollux. Il ne voulait pas non plus qu'un gamin de treize ans soit connu dans un pays étranger pour avoir été victime d'attouchements sexuels.
«Je ne veux pas que Lovegood me défende et ce n'est pas ce qu'il fait. Il te laisse juste t'exprimer à ce sujet sans jamais donner son opinion. C'est bien. Les gens auront moins de mal à le croire que s'il avait écrit tout l'article en contredisant frontalement les dires des autres journaux.»
Pollux hocha la tête, bien d'accord avec Altaïr.
«J'ai donné aux gardes quelques livres à te livrer.» changea Pollux de sujet. «Je me suis permis de lire les cours que tu as ramené de Durmstrang pour en prendre qui sont à ton niveau. Je comprends maintenant pourquoi Georgiev parlait de te faire sauter une classe quand tu sortiras d'ici.»
Pollux crut voir le garçon rougir un instant, mais il reprit son expression stoïque si rapidement qu'il crut rêver.
«Merci. On n'a pas le droit d'emprunter des livres ici pour les ramener à notre cellule. C'est plutôt ennuyeux.»
Les deux sorciers discutèrent un peu d'astronomie jusqu'à ce que les visites prennent fin. Altaïr put lire dans le regard de Pollux qu'il n'était pas le seul à qui leurs étreintes manquaient. Cela réchauffa quelque peu son cœur. Juhan avait tort, Pollux n'était pas comme sa famille. Même si parfois il ne pourrait pas venir, Pollux finirait toujours par réapparaître de l'autre côté de la vitre du parloir.
Chapitre 27
Angleterre.
13 juin 1990.
Thomas Potter fixait depuis dix bonnes minutes le journal posé sur la table basse de son oncle. Remus n'était pas encore rentré du travail, mais le garçon n'avait pas réussi à attendre plus longtemps et avait sauté dans sa cheminette pour rendre visite à Remus. L'ambiance était étrange au manoir Potter depuis un mois et même si Remus n'était pas totalement normal non plus, au moins n'était-il pas d'aussi mauvaise humeur que son père.
En arrivant chez son oncle, Thomas avait rapidement cherché une boîte de cookies dans la réserve à sucreries de Remus. Puis, il avait décidé de s'installer devant la télévision en attendant que Lupin finisse son service de midi au pub du coin de la rue. Parfois, Thomas allait lui rendre visite sur son lieu de travail, mais aujourd'hui il préférait regarder une VHS.
Mais alors que Thomas se penchait sur la table basse pour attraper la télécommande, son regard tomba sur un journal abandonné là. Le garçon fixait depuis l'image d'un garçon qui semblait plus vieux que lui de quelques années et qui figurait en première page. L'article titrait «Altaïr Black: enquête sur son procès.».
Thomas dévisagea un moment le cliché de l'adolescent. Il avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part mais ignorait où. Il finit par haussez les épaules et attrapa le journal qu'il ouvrit en page deux, lisant l'article. Thomas avait entendu son père marmonner à propos de ce garçon quelques temps plus tôt alors qu'il lisait la gazette. James n'aimait pas beaucoup la famille Black et le petit garçon avouait qu'elle l'effrayait un peu. On ne disait pas de bonne chose sur ses membres.
Il suffisait de regarder la photographie de cet Altaïr pour comprendre sa peur. A peine treize ans et il avait déjà deux cicatrices sur le visage, l'une barrant son œil et l'autre son nez. Une autre photo, plus petite et à la fin de l'article, présentait l'adolescent debout entre deux gardes. Thomas remarqua tout de suite qu'il lui manquait un doigt, Black ne portait pas sa chevalière au bon doigt, et il était déjà presque aussi grand que les adultes. Ce garçon était effrayant et le jeune Potter était bien content qu'il ne serait pas à Poudlard lorsqu'il rejoindrait l'école un an plus tard.
Pourtant, cette impression de déjà-vu ne le quittait. Pourtant Black avait un visage et une aura difficile à oublier. Thomas finit par hausser des épaules, s'imaginant simplement qu'il avait dû croiser le Black à l'une des rares réceptions où son père l'avait traîné.
Thomas énuméra mentalement les réceptions auxquelles il était allé ces dernières années. Cela fut rapide, il n'y en avait que cinq depuis ses cinq ans, il lui semblait. James Potter n'aimait pas attirer l'attention sur le Survivant, il avait l'impression qu'un ancien Mangemort allait sortir de nulle part pour assassiner son fils.
«Oh! C'était au bal de Néville.» S'exclama le garçon, félicitant sa bonne mémoire.
Il se souvenait maintenant de l'adolescent qu'il avait rapidement vu un an plus tôt. Thomas s'était senti un peu mal à l'aise à cause de lui. Bien que tout le monde se retourne sur son passage pour voir le Survivant, jamais personne ne l'avait fixé aussi intensément et longtemps qu'Altaïr Black.
A l'époque, Thomas avait pensé que l'autre garçon était juste timide et n'osait pas venir lui parler. Mais maintenant, il comprenait bien mieux l'expression dur de l'adolescent étrange s'il était un Black. Altaïr avait une bonne partie de sa famille enfermée à Azkaban à cause des Aurors dont son père fait partie. D'autant plus que Thomas était l'une des causes de la disparation du Seigneur des Ténèbres.
Pourtant, Il avait finit par tomber sur Black en sortants ses toilettes et il n'avait pas semblé les haïr comme les faisait d'autres familles des mages noirs. Non, il lui avait sourit et lui avait même offert une montre. Lorsque cet adolescent lui avait dit qu'il avait l'air triste, Thomas s'était senti complètement déboussolé. C'était bizarre qu'un inconnu puisse le cerner aussi facilement. Même sa famille ne s'était jamais aperçut de ses regards mélancolique par moment.
C'était comme s'il lui manquait quelque chose. Parfois, il se retrouvait à fixer le petit bureau dans un coin de la bibliothèque, ou il se levait la nuit à cause d'un cauchemar à marcher dans le couloir avant de se souvenir qu'il était seul, son père travaillant de nuit. C'était comme s'il cherchait la présence d'une personne qui pourtant n'avait jamais existé. Pourtant, ça avait toujours été lui, son père et Remus. Il n'y avait jamais eu personne d'autre. Alors entendre ce garçon lui parler de ça, ça avait vraiment étonné Thomas. Apprendre qu'il était un Black et donc un ennemi de sa famille n'était que plus étrange.
Thomas sortit de ses pensées lorsque les flammes de la cheminée s'allumèrent, laissant apparaître son oncle. Remus lui souriait et le salua joyeusement jusqu'à ce qu'il voie le journal dans les mains de l'enfant.
Remus s'empressa de le lui tirer des mains, mais il ne semblait pas en colère. Il semblait juste paniqué, comme s'il craignait la réaction de Thomas.
«Tu l'as lu?
- Ouai. Il fait un peu peur ce Black, il faut être fou pour tabasser comme ça un gars.
- Il l'avait mérité, il lui lancé le Doloris et il a fait des choses horribles à son ami.»
Thomas pencha la tête sur le côté, ne comprenant pas. Puis, il se souvint de la partie à propos de trucs sexuels qu'il n'avait pas vraiment compris. Remus devait parler de ça.
«Tu défends Black?
- Harry est un bon garçon. Il ne ferrait pas ça pour rien.
- Harry?» Thomas semblait complètement perdu. «Il s'appelle Altaïr Black, pas dois juste confondre.»
Remus pâlit avant de disparaître dans sa chambre avec le journal. Thomas se souvint alors que cet adolescent avait aussi dit s'appeler Harry lorsqu'il lui avait demandé son nom. Encore une chose étrange à son sujet. Le garçon haussa finalement des épaules, ça ne le concernait pas de toute façon. Il ne fit pas plus attention au comportement étrange de son oncle, attrapant finalement la télécommande et alluma la télévision. C'était après tout l'objectif premier qu'il s'était fixé en s'asseyant sur le canapé, le journal avait juste été une distraction.
Dans sa chambre, Remus jeta le journal sur son lit. Il ouvrit son armoire et attrapa des vêtements un peu plus décontractés que sa chemise et son pantalon serré. Ainsi en jogging, il serait bien plus à l'aise pour son après-midi jeu avec son neveu.
Puis, son regard se posa sur l'image d'Altaïr marchant dans les couloirs palais de justice estonien. Il lançait un regard ennuis aux journalistes, comme s'il se moquait d'eux pour s'agglutiner ainsi autour de Romanov. On voyait le Russe crier et se débattre au fond de l'image, contrastant avec le calme de Black.
Remus sourit tristement à la photographie. Son petit Harry avait bien changé avec les années. Il ne l'avait plus revu depuis le décès de Walburga il y a six ans de cela. Remus n'aurait jamais imaginé retomber sur lui dans un article de journal le traitant comme un monstre. C'est après l'article de Rita Skeeter à ce sujet que le lycanthrope prit la décision de ne plus acheter la Gazette du Sorcier.
A la place, il lisait désormais le Chicaneur. Le journal n'était pas du tout du même genre que celui de la Gazette, mais ça faisait du bien à Remus de lire des nouvelles ne portant pas uniquement sur le Ministère, les actualités morbides ou les dramas people. Les Lovegood parlait surtout des informations liées aux créatures magiques, l'histoire et de temps en temps d'un peu de Quidditch en dernière page.
Ce fut donc une surprise de voir une nouvelle fois le visage de son filleul en première page. Remus avait voulu jeter le journal à la poubelle, il refusait de lire une fois de plus des immondices sur Harry, ou plutôt Altaïr désormais. Mais un doute l'avait envahi. Pourquoi est-ce que Xenophilius Lovegood voulait parler d'un type d'actualité qu'il n'abordait habituellement jamais. D'autant plus que Remus avait croisé l'homme à Poudlard, il avait cinq ans de plus, alors le loup-garou ne le connaissait pas très bien. Mais Lovegood n'avait jamais été du genre à dire du mal des autres.
Alors Remus avait ouvert le journal et fut surpris de découvrir que même si Xenophilius ne défendait pas le garçon, il avait au moins le mérite d'être neutre. Non, celui qui défendait Harry, c'était Pollux Black, son nouveau tuteur. Black semblait avoir les intérêts de son pupille à cœur et ne semblait vouloir que le meilleur pour son futur.
Remus s'était alors mis à espérer que peut-être, cet homme là l'autorise à voir Harry.
Mais le lycanthrope n'avait pas encore trouvé le courage d'envoyer une lettre à l'homme. Il ne savait même pas réellement ce qui le bloquait, mais Remus n'arrivait jamais à écrire plus d'une ligne. Remus n'arrivait pas à arrêter de penser à la façon dont l'homme l'accueillerait, si Altaïr avait réellement envie de le revoir ou si sa classe sociale n'allait pas encore une fois lui mettre des bâtons dans les roues.
Remus savait que rien ne lui coûtait d'essayer. Mais il ignorait s'il arriverait à subir un nouveau refus.
«Lunard! Tu viens!» cria Thomas depuis le salon. Il n'avait pas envi de regarder le film seul.
Remus rangea délicatement la page du journal dans sa table de nuit, à côté de l'album photo qu'il complétait petit à petit depuis sa sortie de Poudlard.
Le lycanthrope prit une profonde inspiration avant de revenir dans le salon. Il savait bien qu'un jour, il allait devoir apprendre à Thomas qu'il avait un demi-frère puisque son père ne semblait pas vouloir le faire. Mais ça ne serait pas pour tout de suite, ça pouvait encore un peu attendre.
Pour l'instant, il allait déjà essayer de prendre contact avec Pollux Black.
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Estonie
18 juin 1990.
Altaïr lisait son courrier alors qu'il était assis à la bibliothèque en face de Juhan et Danil. Il avait fini ses devoirs depuis une bonne heure et aidait ses deux camarades à faire leurs propres exercices. Sõerd avait un peu rouspété au départ, c'était humiliant qu'un adolescent d'un an son cadet l'aide avec ses cours. Mais face au puit de savoir qu'était Altaïr, il s'était rapidement résigné à lui demander lui aussi de l'aide.
«Tu es amoureux d'elle?»
Altaïr quitta des yeux la lettre de Venus pour fixer le roux d'un air surpris. D'abord Pollux qui voulait le fiancer à la Lovegood, puis Lev qui l'avait taquiné lors du bal où il l'avait rencontré l'adolescente et maintenant Juhan. Altaïr allait finir par croire lui aussi qu'il était tombé sous le charme de la jolie blonde.
Altaïr secoua la tête, c'était absurde. Il le saurait s'il avait des sentiments pour quelqu'un.
« Non.
- Mais tu as cet air étrange quand tu lis ses lettres. Et tu n'as jamais sourit comme ça, même pas quand tu reviens du parloir pour voir ton tuteur.» insista Juhan.
Danil se contentait de suivre l'échange. Il savait que son ami avait un béguin pour l'anglais et ne comprenait pas où il voulait en venir avec ses questions. Juhan se faisait du mal pour rien. Surtout qu'il cachait mal son jeu et sa jalousie.
Altaïr réfléchit un instant avant de répondre. C'était difficile de décrire ce qu'il ressentait pour Lovegood. Ils avaient une relation plutôt particulière tous les deux.
«J'ai rencontré Venus quand j'avais huit ou neuf ans. A l'époque, on était juste deux enfants qui n'avaient pas d'amis et on était forcé d'aller à des réceptions ennuyeuses. Personne ne nous parlait, alors on a fini par parler et on s'est plutôt bien entendu. Elle était intrigante parce qu'elle semblait pouvoir voir et ressentir des choses que les autres ne voyent pas. Et moi, j'étais un gamin à la mauvaise réputation, elle doit me voir comme une sorte d'énigme ou de défi à résoudre. Elle a été ma première amie et m'a aidé quand ma vie était à chier.»
Juhan sentit son cœur se serrer. Encore une fois, le regard de son ami se faisait rêveur alors qu'il parlait de cette fille. Le pire était qu'il ne s'en rendait même pas compte.
«Et donc c'était le coup de foudre au premier regard?» Il puait la jalousie et Juhan le savait. Mais il voulait qu'Altaïr l'admette.
«Un coup de foudre amical.» insista Altaïr.
«Ouai, si tu le dis.» marmonna Juhan en se levant.
Une minute plus tard, il avait quitté la bibliothèque, laissant Danil et Altaïr en tête à tête. Les deux garçons se fixèrent d'un air gêné, enfin surtout Sõerd. C'était la première fois qu'il se retrouvait juste entre eux et ils ne se parlaient jamais si Juhan n'était pas là.
«Tu aurais juste dû lui dire que t'aimes cette meuf.
- Mais ce n'est pas le cas.
- Putain je n'ai jamais vu un asocial pareil.» grogna Juhan.«Tu lui donnes juste de faux espoirs. Et ne me dis même pas que tu n'as pas remarqué qu'il en pince pour toi.
- Je sais, mais je ne vais pas lui mentir.»
Les deux adolescents se défièrent du regard. Ils n'étaient pas d'accord et n'étaient pas sur le point de se ranger à l'avis de l'autre.
«T'es vraiment un con.» râla Danil en rassemblant à son tour ses affaires. «Je vais lui parler.»
Altaïr soupira. Il n'était plus d'humeur pour répondre à la lettre de Venus. Il le ferrait plus tard. A la place, il alla chercher un livre dans une étagère de la petite bibliothèque et retourna à sa table. Il n'avait pas envie de rejoindre Danil et Juhan pour l'instant. Ils s'étaient assez pris la tête comme ça pour aujourd'hui.
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Angleterre
25 juin 1990
Pollux était installé dans la salle à manger, sirotant son thé, lorsque ses deux elfes de maison poppèrent à ses côtés. Kreattur se chargea de débarrasser la table de son petit-déjeuner et la nettoyer alors que Derry déposait son courrier sur un coin qui était resté propre.
Le sorcier décacheta une à une les enveloppes. Une courte missive lui indiquait le planning des réunions du Magenmagot pour cette semaine. Une autre provenait de la Lady Greengrass qui l'invitait à l'une de ses réceptions, la semaine suivante. L'homme soupira en ouvrant la troisième lettre, les gobelins voulaient encore le voir pour régler quelques papiers liés à ses coffres.
Pollux laissa le journal de côté pour l'instant et attrapa la dernière enveloppe. Le sceau était vierge, aucun blason de famille ou d'instance administrative ne le décorait. Le sorcier l'ouvrit avec méfiance, lançant au préalable quelques sorts de détections de maléfices sur le papier. Cependant tous furent négatif, ce correspondant jusqu'alors anonyme ne semblait lui vouloir aucun mal.
Le Lord Black décacheta délicatement l'enveloppe et en tira un long parchemin. L'écriture, bien que soignée, n'était visiblement pas celle d'un homme de bureau. Avec l'expérience, Pollux arrivait aisément à deviner l'âge ou le corps de métier de quelqu'un par sa façon de tenir une plume. Son correspondant ne semblait pas écrire très souvent, il y avait des hésitations entre quelques mots ou lettres, laissant de légères traces plus épaisses d'encre sur le parchemin. L'écriture était appliquée, bien que semblant plus fluide et donc moins jolie vers la fin.
Pollux secoua la tête. Préférant porter son attention sur le contenu de la lettre plutôt que sur sa calligraphie.
«Bonjour Lord Black,
J'ignore si vous savez qui je suis ou au contraire, avez déjà fait des recherches à mon propos après avoir hérité de la garde de Had'Altaïr. Dans les deux cas, j'aimerai me présenter avec mes propres mots plutôt que de dépendre d'une opinion pré-faite à mon propos.
Je m'appelle Remus Lupin, mon nom n'est pas celui d'un Noble ou d'une célébrité, cependant j'aimerai vous demander de poursuivre votre lecture. Je m'excuse de mes piètres qualités d'écrivain, j'ai longtemps réfléchi à ce que je devrai vous dire sur ce parchemin ou ce qui devrait plutôt être dit de vive voix. Mais j'ignore encore si vous accepterez ma demande, alors je vais m'efforcer de vous convaincre.
Il y a treize ans, le 31 octobre 1976, j'étais au côté de votre petite fille, Aquila, à Ste-Mangouste alors qu'elle donnait naissance à Altaïr. Ayant vous-même plusieurs enfants, vous devriez comprendre ce que j'ai ressenti en tenant la main d'Aquila pendant l'accouchement et encore davantage cette joie immense qui m'a submergé lorsque les médecins ont déposé Altaïr dans mes bras. Je ne suis pas son père, mais pendant des années, je me suis occupé de lui comme d'un fils.
Je l'ai vu grandir et je l'ai aimé profondément. Non, même aujourd'hui, je l'aime encore de tout mon cœur, c'est pourquoi je vous écris. Après le décès de Walburga, je n'ai plus été autorisé à le voir et cette situation m'a détruit pendant toutes ses années. Mais aujourd'hui, j'ai le sentiment que la situation a changé. Vous êtes désormais son tuteur et la façon dont vous avez parlé de lui dans l'article à son propos publié dans le Chicaneur me donne l'impression que vous souhaitez réellement son bonheur.
Je ne dis pas que je suis indispensable à son bonheur ou qu'il est malheureux sans moi. Je ne l'ai pas vu depuis si longtemps, je n'ai aucune idée de la façon dont Altaïr vit aujourd'hui. Mais je suis aussi sa famille, pas de sang, mais je pense tout de même être lié à lui.
Alors si après m'avoir lu, vous juger que ma présence puisse être utile auprès de lui, je vous le demande, autorisez-moi à reprendre contact avec mon précieux filleul. Même si ce n'est que pour lui envoyer une lettre, ça signifierait déjà tant pour moi.
Je vous remercie de m'avoir accordé un peu de votre temps en lisant cette lettre.
Cordialement,
Remus Lupin.»
Dire que Pollux était sous le choc serait un euphémisme. Une simple lettre chamboulait toute une partie de sa vision d'Altaïr.
L'homme, une fois remit de ses émotions, grimpa au grenier, la lettre toujours dans sa main. En grimpant les escaliers, il la relut une seconde fois, trébuchant sur quelques marches. Une fois dans les combles de la bâtisse, il chercha du regard une vieille malle noire. Ne la trouvant pas, Pollux appela son elfe.
«Kreattur! Sais-tu où sont les papiers des Black? Tu sais, la vieille malle avec les certificats de naissance.»
L'elfe chercha un instant dans sa mémoire avant de claquer des doigts. Du raffut se fit entendre au fond du grenier avant que la dite malle apparaisse, soulevant un gros nuage de poussière sur son passage et bousculant quelques breloques. Pollux remercia distraitement Kreattur, ne remarquant même pas qu'il avait déjà disparu.
Le sorcier se jeta sur la grosse caisse et en souleva le couvercle d'un sort. Pollux trifouilla de longues minutes à l'intérieur jusqu'à trouver le certificat de naissance d'Altaïr au milieu d'une dizaines d'autres papiers.
Pollux lut attentivement la petite liasse de papier, sautant les pages sur son état de santé à la naissance et les échographies d'Aquila qui s'étaient glissées entre les pages. Puis, le sorcier stoppa tout mouvement.
«Prénom de l'enfant: Harry Remus Altaïr.
Nom de l'enfant: Black
Nom de la mère: Aquila W. Black.
Nom du père: Inconnu
Marraine: Bellatrix D. Lestrange
Parrain: Remus J. Lupin.»
Pollux sourit amèrement en se rappelant que la marraine de son pupille était Bellatrix, que pouvait bien avoir Aquila en tête en nommant cette femme comme marraine de son fils? Elle avait dû être terriblement secouée par l'accouchement, Pollux ne pouvait imaginer que cette option.
Pourtant, il pâlit en découvrant que ce fameux Remus Lupin qui lui avait écrit était effectivement le parrain d'Altaïr. Le vieux sorcier se morigéna de ne pas y avoir fait plus attention lorsqu'il avait hérité de la garde du garçon. Mais à l'époque, il avait été bien plus choqué d'apprendre qu'Aquila n'avait même pas indiqué le nom du père de l'enfant et qu'en plus, son premier prénom ne respectait pas la tradition des Black.
Pollux avait déjà tenté de parler de ce sujet avec son pupille, mais Altaïr esquivait toujours le sujet. Il prétextait généralement que ça n'avait pas d'importance, puisqu'il vivait désormais avec lui ou alors qu'il n'en savait rien. Mais jamais Altaïr n'avait parlé de son parrain. Pollux avait simplement imaginé qu'il était soit décédé, soit qu'il était à Azkaban. Sinon, pourquoi l'homme n'avait-il pas hérité sa garde? C'était un mystère que le sorcier était bien décidé à résoudre.
Mais avec les informations contenues dans la lettre, Pollux arrivait à imaginer pourquoi son pupille n'avait jamais parlé d'un certain Remus. Visiblement, la décision de les séparer venait de Lucretia et Cygnus, leur refusant chacun leur tour l'autorisation de se voir.
Pollux refusait d'être un aussi mauvais tuteur que son fils avait pu l'être. Depuis son décès, il avait réussi à assimiler et comprendre que Cygnus avait fait beaucoup de mal autour de lui de son vivant. Apprendre que cette liste de méfaits semblait encore s'allonger était comme un poignard dans le cœur.
Pollux se jura de rectifier les erreurs de son fils, alors il rejoignit son bureau et rédigea une réponse à Lupin. Ce n'était pas le genre de sujet qu'il voulait aborder dans une conversation épistolaire, alors Pollux donna simplement rendez-vous à l'autre homme pour le week-end. Ce serait à Lupin de prouver que ce n'était pas que des paroles en l'air dans sa lettre et qu'il souhaitait réellement revoir son filleul. S'il ne venait pas, alors c'est que ses propos n'étaient pas très sérieux.
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Angleterre
30 juin 1990.
Remus était stressé. Pour ce qui devait être la vingtième fois de la journée, il invoqua un miroir face à lui, vérifiant que sa tenue n'était pas tâchée ou qu'il n'avait pas l'air ridicule dans sa chemise bleue et sa robe noire. Comme les fois précédentes, il hocha la tête en en marmonnant un «parfait» avant de faire disparaître la glace d'un coup de baguette.
Son regard se porte sur l'horloge accroché au-dessus de la cheminée. Il inspira profondément lorsqu'il vit qu'elle affichait 9h. Remus attrapa une poignée de poudre de cheminette, pénétra l'antre en pierre et fit attention de ne pas salir sa tenue avec de la suie. Il jeta la poudre à ses pieds et énonça clairement «12 Square Grimmaurd, Londres» lorsque les flammes vertes apparurent.
Un instant plus tard, il se tenait dans le salon du vieux manoir Black. Remus crut un instant s'être trompé d'adresse en apercevant le tapis vert forêt duveteux et les canapés noirs à l'air moelleux. La tapisserie grisonnante et recouverte de divers tableaux sinistres avait disparu pour laisser place à une peinture d'un vert pâle joliment décoré. Plusieurs étagères remplies de livres y étaient accrochées, aux côtés de quelques ornements luxueux faits de fer forgé, d'or et de quelques pierres qu'il ne saurait nommer.
Remus réalisa qu'il était à la bonne adresse seulement lorsqu'il aperçut dans les escaliers menant à l'étage le portrait d'Orion Black. Il sourit tristement en remarquant que celui de Walburga était fixé à ces côtés, réunissant ainsi le couple dans la mort.
«Bonjour, vous devez-être Remus Lupin?»
Remus se tourna vers l'homme qui venait de pénétrer dans le salon, son expression était froide, mais pas dénigrante pour autant. Il serra la main de l'homme lorsqu'il la lui tendit.
«En effet, enchanté de vous rencontrer, Lord Black.»
Pollux hocha la tête, le parrain d'Altaïr, bien que n'étant pas de lignée noble, était poli et bien élevé. Il appréciait la première impression qu'il avait de lui.
«Vous pouvez m'appelez Pollux.» Remus se détendit quelque peu lorsque le sorcier esquissa un semblant de sourire. «Installez-vous, Kreattur va nous apporter un peu de thé et des biscuits.»
Remus prit place sur le fauteuil faisant face à celui que Pollux avait choisi, la petite table basse les séparant. Les deux hommes se jugeaient du regard, tentant vainement de découvrir ce qui se passait dans la tête de l'autre. Ce ne fut que lorsque Kreattur disparu que les sorciers prirent conscience du silence assourdissant qui grandissait entre eux. Le lycanthrope se racla la gorge en serrant entre ses longs doigts sa tasse de thé.
«Je tenais à vous remercier pour m'avoir accordé ce rendez-vous. Je …» Remus se racla une nouvelle fois la gorge, mal à l'aise face au regard perçant de son interlocuteur. «Je n'espérais même pas une réponse, à dire vrai. Vous m'avez pris au dépourvu.» rit-il nerveusement.
«Il semblerait que nous nous ressemblons plus que ce que vous pensez. Je ne pensais pas que vous alliez réellement vous montrer.»
Les deux hommes échangèrent un regard amusé. Visiblement, aucun d'entre eux n'était vraiment à l'aise pour cette première rencontre. C'était étrange de réalisez que face à eux, se trouvait une personne importante pour Altaïr et que pourtant, ils ne s'étaient jamais rencontrés. Ils avaient partagé des périodes de la vie du garçon très différente et ils mourraient tout deux de questionner l'autre sur ces années qui leurs étaient inconnues.
«Bien, et si vous commenciez par me raconter comment vous en êtes venu à devenir le parrain d'Altaïr et un ami de ma petite-fille.» continua Pollux.
Remus se détendit. Il ignorait jusqu'alors par où commencer. Devait-il parler de sa relation avec son filleul? Ou bien parler de lui, se présenter un peu plus précisément que dans sa lettre? Pollux lui offrait par sa simple question un ouverture pour prouver au nouveau tuteur d'Altaïr qu'il tenait réellement à lui.
«Aquila et moi étions à Poudlard en même temps, elle était de quatre ans mon aînée. Elle était à Serpentard et moi à Gryffondor et si on rajoute que Sirius était mon meilleur ami à l'époque, nous n'avons jamais été très proches à l'école. C'était même l'exact opposé.»
Remus but une petite gorgée de thé, souriant avec nostalgie derrière sa tasse. Parfois, il aimerait retourner à cette époque où sa seule préoccupation était de concocter des potions étranges pour les Maraudeurs ou aider Sirius à se défaire d'un enchantement humiliant de sa sœur.
«Sans la grossesse d'Aquila, nous n'aurions certainement jamais mis la hache de guerre de côté, certainement. Le contexte n'était pas évident.» Remus hésita à parler de la guerre, il fut surpris que ce soit Pollux qui mette le sujet sur le tapis.
«Vous parlez de la guerre contre Voldemort. J'ai cru comprendre que ma famille faisait parti de ses partisans.
- Vous n'avez pas participé à la guerre?» s'étonna Remus.
Pollux secoua la tête de droite à gauche.
«Hélas non, je vivais à l'étranger à cette époque. Je n'en connais que ce qui est dit dans les livres et de vieux journaux.»
Remus hocha la tête, compréhensif.
«Aquila était effectivement une Mangemorte. Sirius et James étaient des Aurors et nous faisions tous trois partis d'une organisation dirigée par Dumbledore. Nous étions dans des camps opposés, mais Sirius tenait à supporter sa sœur dans sa grossesse tenue secrète par leurs parents. Nous avons fini par devenir ami au fil de nos visites et le soir de son accouchement, c'est moi qu'elle a appelé à son chevet. Walburga et Orion était en France. Je pense que j'étais la seule personne à qui elle a pu penser sur le moment, mais je lui serai pour toujours reconnaissant d'avoir dit mon nom aux infirmières. J'ai cherché Sirius au Ministère et nous avons transplané à l'hôpital. La sage-femme a supposé que j'étais le père et m'a amené dans la salle d'accouchement. Aquila a juste attrapé ma main, elle n'a même pas demandé pourquoi j'étais là, à côté d'elle à la place de son frère.» rit Remus.«La naissance d'Altaïr nous a beaucoup rapproché. Je ne sais pas vraiment si me nommer parrain était son idée ou celle de James, mais pour rien au monde je n'aurai voulu rater ce moment.»
Remus avait presque les larmes aux yeux. Il pouvait encore se souvenir de l'instant où la sage-femme avait déposé le bébé contre son torse, Altaïr semblait alors si frêle entre ses bras. C'était sans nul doute le plus beau moment de sa vie.
«James? Est-ce le père d'Altaïr?»
Les deux sorciers se fixèrent avec surprise, tous deux partageant la même lueur d'incompréhension dans le regard. Pollux était perdu, il ne comprenait pas pourquoi c'était Lupin qui tenait la main de sa petite-fille pendant son accouchement et pas ce fameux James qui semblait totalement absent du récit de l'homme. Remus, quant à lui, n'arrivait pas à croire que Pollux s'était tant éloigné de sa famille pendant son séjour à l'étranger qu'il ne fut même pas au courant du mariage arrangé entre les Potter et les Black.
Pollux sortit une petite pochette de sa poche et la fit glisser sur la table jusqu'à Lupin. Celui-ci l'attrapa et l'ouvrit à la page d'où dépassait un signet. Remus remarqua immédiatement l'absence de nom face à l'identité du père d'Altaïr. Il prit une minute pour réfléchir à cette étrange situation, comprenant désormais que Black ne voulait pas seulement qu'il justifie pourquoi il était le parrain d'Altaïr. Pollux ne voulait pas être convaincu de le laisser rencontrer l'adolescent, mais comprendre son passé et les mystères entourant sa naissance.
Le vieux sorcier sembla suivre le cheminement de ses pensées, brisant le silence.
«Il y a des sujets desquels Altaïr refusent de parler. Son père en fait partie. Il me parle parfois de Walburga ou de ses autres grands-parents qu'ils refusent de nommer. Il sait que je l'aime, je lui ai dit et j'espère réussir à lui le prouver. Mais je comprends qu'il y a des choses qu'il n'arrive tout simplement pas à me dire. Pas parce qu'il pense que je ne suis pas digne de confiance, mais simplement parce que le sujet est trop douloureux à aborder. Ses parents en font partis, Altaïr n'en parle jamais. Pour dire la vérité, je ne savais même pas qu'Altaïr était une sorte de surnom avant de lire son acte de naissance à son adoption. Si je vous ai demandé de me rencontrer, c'est pour essayer de comprendre la raison de ce tabou, par pour vous autoriser ou non à le voir.»
Remus hocha la tête, compréhensif. Lorsqu'Altaïr était petit, il refusait également de parler d'Euphemia et Fleamont Potter. Leur décès était un véritable traumatisme pour le petit garçon et cela le surprenait qu'il arrive désormais à en parler avec Pollux. Il semblerait qu'avec le temps, les bons souvenirs étaient revenus à la surface et l'aidait à surmonter sa peine. Il espérait que les blessures infligées par James finiront elles aussi par se refermer.
«Peu importe les réponses à mes questions, si Altaïr veut vous voir, alors vous aurez mon autorisation.» reprit Pollux. «Ce n'est pas à moi qu'il faut plaire, mais à lui. Je pense que vous m'avez assez prouvé votre bonne foi comme ça. Mais si vous pensez que moi, je suis à la hauteur, alors parlez-moi de ce James.»
Le regard de Pollux était criant de sincérité. Si bien que Remus ne réfléchit pas à deux fois avant de lui répondre. Altaïr, s'il était toujours le même, ne lui en voudrait pas de parler à Pollux d'une partie de son passé.
«James Potter, c'est le nom du père d'Altaïr.
- Potter? Mais, James Potter était marié à une certaine Lily Evans et leur fils. Le Survivant.» Pollux en perdait ses mots.
Remus eut un petit rire amusé. Il aurait très certainement eu la même réaction à la place de l'autre homme.
«James s'est remarié après qu'Aquila est été enfermée à Azkaban.»
Il laissa une minute à Pollux pour qu'il se remette de son choc. Lorsqu'il fut à nouveau concentré sur la discussion, Remus reprit.
«James et Aquila ont été fiancé pendant leurs années à Poudlard. C'était avant que la guerre ne débute et ni Orion, ni Fleamont ne pensaient que cette alliance entre leurs familles mettrait la vie de leurs enfants en danger, mais aussi celle d'Altaïr. C'est pourquoi la grossesse d'Aquila et la naissance d'Altaïr a été gardé secrète. James n'a jamais réussi à accepter la décision de ses parents et bien qu'il se soit plié au contrat en ayant un héritier, il n'a jamais voulu tenir le rôle d'un père pour Altaïr.»
Le regard de Remus se perdit sur la table alors qu'il se plongeait dans des souvenirs douloureux.
«Après l'emprisonnement d'Aquila, c'est James qui a hérité de sa garde. C'était la première fois depuis sa naissance qu'il voyait Harry.» Pollux tiqua au nom, mais ne releva pas. «Après ça, c'est Fleamont et Euphemia qui se sont occupés de lui. A leur décès, James n'a pas eu d'autres choix que d'accueillir Harry, surtout que Lily tenait à ce qu'il prenne son rôle de père au sérieux. Mais à ses sept ans, James l'a renié.»
Pollux bondit de sa chaise. C'était une hérésie pour lui qu'un enfant de cet âge ait été renié de la famille. Il n'était pas blanc comme neige lui non plus. Il n'avait pas été un bon père pour ses enfants, il avait abandonné sa famille pendant vingt ans à cause de problèmes judiciaires alors qu'une guerre se préparait dans son pays natal. Mais jamais, au grand jamais, il n'aurait pu renier son fils.
Il savait que Walburga, sa fille, avait renié Sirius à ses seize ans alors qu'il avait fugué de la maison. Puis, la Lady avait renié Alphard, son frère, lorsqu'il était venu en aide au fugueur. Mais ils avaient gardé les noms des Black et leurs titres. Walburga les avait certes effacés de la tapisserie, mais pas de la famille.
Mais pour effacer totalement la présence d'Altaïr de la famille Potter, James ne devait pas simplement ne pas vouloir être son père. Non, il devait haïr cet enfant.
Remus comprenait la colère du Lord Black, sa réaction avait été bien plus virulente lorsque James lui avait annoncé la nouvelle. Il avait détruit son bureau et son ami avait eu de la chance de s'en tirer avec seulement quelques brûlures. Heureusement que James était un Aurore, sinon Remus n'aurait pas donné cher de sa peau.
Lorsque Pollux sembla se calmer et fut de retour sur son fauteuil, le lycanthrope reprit son récit.
«Walburga nous a autorisé à continuer de voir Altaïr, avec son frère. Evidemment, James n'était au courant de rien. Mais à son décès, ni Lucretia, ni Cygnus n'a voulu que je fasse parti de la vie d'Altaïr.
- C'est pourquoi vous avez mis tant de temps à m'écrire?»
Remus hocha la tête.
«J'avais peur de subir un nouveau refus. Altaïr est comme un fils pour moi, je … je n'aurai pas supporté de le voir s'éloigner encore un peu plus.»
Pollux le fixait avec compréhension. Il ne connaissait pas l'adolescent depuis très longtemps, mais il s'était déjà beaucoup attaché à lui. Il n'arrivait même pas à imaginer ce que devait ressentir Lupin après s'être fait arracher Altaïr de sa vie d'une façon aussi brutale. Il n'avait même pas pu donner son avis, subissant la situation.
Pollux était plein d'empathie pour cet homme qui semblait si désespéré, alors il ne réfléchit pas à deux fois avant de faire une proposition à Remus, une proposition qu'il avait préférée ne même pas envisager en se présentant ici. Pollux savait que c'était le bon choix à faire.
«J'ai un rendez-vous au Ministère dans vingt minutes.
- Oh, je comprends. Je ne voulais pas vous prendre autant de votre temps.» s'excusa Remus en se levant, ne laissant même pas le temps à Pollux de poursuivre.
Pourtant, il fut obligé de se rasseoir lorsque l'homme lui fit signe de rester.
«J'aimerai que vous m'accompagner.» Remus le fixait avec un air perdu, faisant sourire Pollux. «Je vais voir Altaïr aujourd'hui et je suis certain qu'il serait ravit de vous revoir.»
Remus essuya ses mains sur ses genoux. Il avait l'impression de suer à grosses gouttes alors que son pouls s'accélérait avec frénésie. Il ne put que hocher la tête, la gorge nouée alors que ses yeux s'emplissaient de larmes. Pourtant il ne craqua pas, Remus ne voulait par avoir les yeux bouffis pour sa première rencontre en plus de cinq ans.
Pollux lui offrit un sourire compatissant alors qu'il lui expliquait le déroulement de la journée. Dix minutes plus tard, ils empruntaient la cheminée du manoir pour se rendre au Ministère.
Pollux guida son invité à travers les couloirs, passant le contrôle des baguettes avec succès à l'entrée du bâtiment. Ils empruntèrent l'ascenseur jusqu'au deuxième sous-sols, tournèrent deux fois à droite, se présentèrent à deux guichets différents avant d'enfin accéder aux cheminettes internationales.
Remus suivait son guide comme un automate, n'arrivant toujours pas à réaliser qu'il allait voir Altaïr. Ce n'était pas les retrouvailles qu'il s'était imaginées, mais pour rien au monde il ne cracherait sur l'occasion ou se défilerait.
Une fois sur le sol Estonien, les deux sorciers empruntèrent un autre réseau pour rejoindre le centre pour jeunes délinquants d'Altaïr. Bien que se raidissant lors des examens de contrôles, Remus se laissa faire. Pollux se contentait de le surveiller du coin de l'œil alors qu'il passait les contrôles avec habitude. Il donna son sac contenant les affaires d'Altaïr à l'accueil avant de rejoindre les parloirs.
Les deux hommes s'installèrent côte à côte face à la vitre, patientant calmement que les détenus apparaissent de l'autres côtés des box. Calmement, pas vraiment. Remus trépignait sur sa chaise dans un mélange d'impatience et d'anxiété. Pollux se contentait de le fixer avec amusement, il avait l'impression de se revoir lors de sa première visite en ce lieu.
Et au bout de dix longues minutes, une porte de l'autres côtés de la vitre, au fond du couloir, s'ouvrit. Une vingtaine de jeunes pénétrèrent dans la pièce, se laissant guider par les gardes vers leurs box. Altaïr était comme à son habitude le dernier de la file et l'espace sembla se figer lorsqu'il fit face à ses deux visiteurs.
Chapitre 28
Altaïr se dressa comme un ressort lorsqu'un garde ouvrit la porte en lui annonçant qu'il avait de la visite. Habituellement, Pollux venait plutôt en début d'après-midi, mais il semblerait que son emploi du temps habituel ait été chamboulé.
Sur son propre lit, Juhan remonta sa couette au-dessus de sa tête, faisant semblant de faire une grasse matinée. Altaïr savait très bien qu'il était réveillé depuis deux bonnes heures, bien qu'il ait sauté le petit-déjeuner. Le lycanthrope soupira, il en avait marre que le rouquin lui fasse la tête depuis leur drôle de dispute à la bibliothèque. Cependant il ne dit rien, Juhan lui reparlerait dès qu'un potin trop croustillant pour ne pas être partagé circulerait dans les couloirs.
Altaïr jeta un dernier regard vers son colocataire avant de suivre le garde et se placer à la fin de la queue d'adolescent patientant pour accéder aux parloirs. Il suivit les indications d'un garde, s'approchant du septième box.
Mais alors qu'il allait attrapé la petite chaise en bois pour s'y installer, Altaïr se figea. Face à lui était certes assis Pollux, mais surtout, il y avait à sa gauche Remus. L'adolescent détailla son parrain du regard alors qu'il expulsait brusquement toute l'air de ses poumons.
Remus avait changé, mais en même temps, il semblait toujours être le même. Il y avait une nouvelle cicatrice sur sa joue et une autre griffure barrait une partie de sa gorge. Quelques petites rides commençaient à apparaitre aux coins de ses yeux et jamais Altaïr ne l'avait vu aussi bien habillé. Pourtant, Remus avait les mêmes sourire doux et regard plein de tendresse et d'amour que lorsqu'il était encore un enfant.
Et soudain, Altaïr prit conscience de la situation. Remus était là, pour lui. Il ne l'avait pas oublié, il avait souhaité le revoir au point de venir lui rendre visite dans cet endroit miteux.
«Salut louveteau.»
Cela eut le don de faire refonctionner le cerveau d'Altaïr, qui cessa enfin d'agir comme une statue et finit par s'asseoir sur sa chaise.
«Salut Lunard.
- Ça va?»
Altaïr sourit. Peut-être que d'un point de vue extérieur, la conversation semblait impersonnelle, presque gênante. Mais pour lui, ça lui rappelait simplement ses week-ends chez son parrain. Toutes leurs conversations commençaient comme ça, c'était devenu une sorte d'automatisme pour eux.
«Mon coloc' me fait la tête.
- Te connaissant, c'est que tu as forcément fait quelque chose de mal.»
Et alors, Altaïr éclata de rire comme il ne l'avait plus fait depuis longtemps, peut-être même des années. Etrangement, c'était ici dans une prison qu'il avait pour la première fois en cinq ans l'impression d'être chez lui. Parce que Remus était sa famille et qu'il l'avait enfin retrouvé.
«Ouai, une histoire de jalousie. Danil dit que je suis un con.» sourit-il a pleines dents.
Pollux observait simplement les deux sorciers conversés. Il ne se sentait pas offusqué d'être ainsi exclu de leur petite bulle. Altaïr avait toujours un petit sourire en coin lors de ses visites, mais jamais encore il ne l'avait vu si détendu. C'était la première fois que Pollux voyait son pupille rirent aussi franchement. Altaïr semblait avoir rajeuni de plusieurs années, sans le pli barrant continuellement son front et sa mâchoire desserrée. Il faisait enfin son âge et le cœur de Pollux se réchauffa, il avait fait le bon choix en invitant Lupin ici.
Remus réfléchit un instant avant que son regard ne s'éclaire.
«Laisse-moi deviner. Ce gars est amoureux de toi et toi, tu as parlé de quelqu'un d'autre. Forcément une fille, sinon tu ne serais pas un con.
- Je ne vois pas en quoi le fait que ce soit une fille ou un garçon fasse de moi un con ou non.» grogna Altaïr, faussement vexé.
«Donc il y a bien une fille.» sourit victorieusement Remus.«Ce gars pense que tu l'aimes et toi tu as démenti, parce que tu n'as pas encore réalisé que c'est le cas. Et Danil dit que t'es un con parce que comme ça, tu fais croire à ton coloc' qu'il a une chance avec toi.»
Altaïr le fixait d'un air éberlué.
«Comment tu as pu deviner tout ça?
- Tu es exactement comme ton oncle. Sirius aussi était une quiche niveau romantisme.» expliqua malicieusement l'aîné. «Alors? Elle s'appelle comment?
- Oh non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi? Il n'y a pas de fille!»
Remus le fixa d'un air pas du tout convaincu. Son filleul avait vraiment un don pour se mettre des œillères pareil.
«Venus Lovegood.» souffla Pollux.
«Espèce de traître.» grogna l'adolescent.
Remus se contenta de sourire, victorieux. Il comprenait mieux pourquoi Xenophilius Lovegood avait accordé à Pollux une interview désormais. Certainement que sa fille avait quelque chose à voir là-dedans si elle était aussi proche d'Altaïr.
«Est-ce que tu la trouve belle?» Remus leva la main pour faire taire son filleul lorsqu'il fit signe de vouloir protester. «Pas juste belle dans le sens joli. Mais belle comme si elle égaille une pièce rien que par sa présence, si à chaque fois que tu la vois, tu ne peux regarder qu'elle. Si tu écoutes tout ce qu'elle dit comme si chacun de ses mots étaient un précieux sourire et que son sourire te réchauffe le cœur, alors oui Altaïr, tu es amoureux d'elle.
- Remus, si toi aussi tu l'avais vu, tu dirais qu'elle est belle et qu'elle illumine une pièce à elle toute seule. Et si je l'écoute, c'est parce qu'elle est intelligente.
- Des papillons dans le ventre?
- On se voit à des réceptions et les petits-fours sont bons.
- Tu as envie de l'inviter à danser alors que tu détestes ça.
- C'est elle qui me force à chaque fois.
- Mais tu acceptes.»
Pollux observait l'échange comme s'il s'agissait d'un match de tennis, tournant la tête à chaque réplique.
«Tu regardes ses lèvres au lieu de ses yeux.
- Elle met du rouge à lèvre, ça attire l'œil.
- Sa taille de bonnet?
- T'es sérieux Lunard? Je ne suis pas un pervers. » rougit Altaïr avant de répondre d'une petite voix. « Elle ne met pas de soutien-gorge.»
Remus éclata de rire alors que Pollux masquait son sourire derrière sa main. Altaïr sourit d'autant plus que son parrain semblait être arrivé à la fin de son interrogatoire. Pourquoi devait-il s'arrêter sur cette question-là précisément? Mais Altaïr n'était pas connu pour se laisser faire, il savait déjà comment se venger.
«C'est comme ça que tu as su que tu aimais ma mère? En matant ses seins?»
Ce fut au tour de Remus de rougir comme une pivoine alors que Pollux n'arrivait plus à retenir son rire.
«Je ne suis pas amoureux d'Aquila.
- Est-ce que tu la trouves belle? Pas belle comme jolie mais comme…» imita Altaïr, embarrassant l'autre lycanthrope.
«Franchement, il n'est pas comme son oncle, mais comme son parrain, niveau romantisme.» se moqua Pollux.
Les deux loups-garous se vexèrent, croisant leurs bras sur leurs torses dans une symétrie parfaite. Pollux voulait bien le croire maintenant, c'est cet homme qui avait en partie éduqué Altaïr. Ils se ressemblaient beaucoup.
«Comment vas Tommy?» changea brusquement de sujet Altaïr.
Remus perdit son sourire.
«Il va bien. Il… Je suis désolé Altaïr, mais il…
- … Ne se souvient pas de moi. Je sais.» compléta Altaïr.
«Tu le sais? Comment est-ce possible?
- Je l'ai croisé. Deux fois.» sourit amèrement l'adolescent. «Une fois sur le Chemin de Traverses et une fois à un bal des Londubat. «Ce n'est pas grave, c'est peut-être mieux comme ça. Je ne veux pas qu'il soit triste ou déçu.»
Remus aurait tant voulu prendre son filleul dans ses bras. Mais c'était impossible à cause de cette fichue vitre les séparant. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était de serrer ses poings sur ses genoux et d'offrir un sourire réconfortant à Altaïr.
«Harry, il n'y a rien à propos de toi qui pourrait le décevoir.»
L'adolescent essuya ses yeux alors qu'il sentait les larmes monter. Il était un adolescent en prison, avait fait la une des journaux en Angleterre à cause de ça et avait failli se faire renvoyer de son école. Pourtant, Remus n'était pas déçu de ce qu'il était devenu. Altaïr savait qu'il n'aurait jamais réussi à faire le premier pas et demander à le revoir auprès de Pollux, parce qu'il avait honte de ce qu'il était. Il ne le montrait pas, mais Altaïr se détestait.
Mais Remus, avec ses yeux débordant d'amour alors qu'il le regardait, lui faisait comprendre que peut-être, tout n'était pas à jeter chez lui.
«Thomas va bien.» reprit Remus, comprenant que c'était difficile pour Altaïr de parler de se qu'il ressentait envers lui-même. «Il n'arrête pas de me tanner avec la sortie du prototype du Nimbus 2000. Il veut absolument le recevoir quand il sortira l'année prochaine pour entrer dans l'équipe de Quidditch à Poudlard.
- Il arrive à monter sur un vrai balai maintenant.» souffla Altaïr, réalisant à peine que son petit-frère n'avait plus quatre ans. «Il sera un bon attrapeur.»
Remus sourit. C'était rassurant de constater qu'après tant d'années, ni lui, ni Altaïr et ni Thomas n'avait réellement changé. Ils avaient évolué, mais ils restaient les mêmes au fond.
«Fin des visites! Veuillez rejoindre vos cellules!» tonna un garde grâce à un Sonorus.
Mais Altaïr ne bougea pas. Il ne voulait pas partir, il avait peur de ne plus jamais revoir son parrain s'il se détournait de lui maintenant. La dernière fois qu'ils s'étaient quittés, ils ne s'étaient plus revus pendant cinq ans et demi.
«On revient dans deux semaines.» l'encouragea Pollux, envoyant un regard à Remus.«N'est-ce pas?
- Oui, oui! Bien sûr! On revient dans deux semaines.» s'empressa-t-il de confirmer face au regard oppressant de Black.
Remus n'allait certainement pas le laisser regretter de lui avoir donné sa confiance. Il refusait également de lire encore une fois de la tristesse sur le visage de son filleul, il ferait tout en son pouvoir pour qu'Altaïr puisse retrouver sa joie de vivre passé. Si Pollux avait eu l'impression de le voir plus heureux que jamais aujourd'hui, Remus avait l'impression de voir une pâle copie du petit garçon plein de joie de vivre qu'il avait été.
Un garde posa sa main sur l'épaule d'Altaïr, baguette en main. Ce ne fut qu'à ce moment que l'adolescent dénia quitter sa chaise. Pourtant, il ne quitta pas du regard Remus, se tordant le cou alors qu'il marchait vers la sortie des parloirs.
«Je t'aime louveteau!» cria Remus, rougissant jusqu'à la pointe des cheveux alors que tous les adolescents et les gardes se tournaient vers lui.
Il cacha son visage dans ses mains, honteux, alors qu'Altaïr disparaissait dans un grand éclat de rire. Black posa sa main sur son épaule alors que le loup-garou gémissait de honte. Pollux savant qu'il avait fait le bon choix en emmenant Remus ici.
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Lorsqu'Altaïr rejoignit sa cellule, il avait l'impression de flotter sur un nuage. Il s'en fichait des rires moqueurs des autres adolescents parce que c'était censé être honteux à leur âge qu'un parent leur dise qu'il les aime. Mais Altaïr n'était pas comme eux. On ne lui avait que trop rarement dit ses mots et il les savourait pleinement.
Lorsqu'il resta debout au milieu de leur petite cellule, Juhan daigna enfin sortir la tête de sa couette pour observer son colocataire au comportement étrange.
«T'es malade ou quoi?
- Je crois que t'avais raison.» Face au regard empli d'incompréhension du roux, Altaïr développa sa pensée. «Je suis amoureux d'elle. T'avais raison.
- C'est tout ce que t'as trouvé à me dire après deux semaines? Tu te fous vraiment de ma gueule.» bouda Juhan.
«Non, je pensais juste que vu ton insistance sur le sujet, tu aimerais savoir que je ne me voile plus la face. Je ne veux pas te mentir.»
Juhan le jaugea du regard. Il voulait être certain qu'Altaïr ne se moquait pas de lui. Il hocha la tête après un long moment, semblant trouver ce qu'il cherchait dans le regard du lycanthrope.
«C'est elle qui est venue te voir?»
Altaïr nia de la tête.
«C'était mon parrain.» Puis, il écarquilla les yeux. «Oh putain, mon parrain est venu me voir.»
Juhan secoua la tête avant de se détourner d'Altaïr. Il ne comprenait rien au comportement étrange de son ami et préférait fouiller dans ses affaires plutôt que d'essayer de le comprendre. Il attrapa un magazine parmi les bouquins que Pollux venait de faire parvenir à son pupille et se réinstalla sur son lit.
Altaïr tira le sac à lui, rangeant ses affaires sur son étagère qui commençait à bien se remplir, un sourire aux lèvres. Un sourire qui ne le quitta pas de la journée.
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Angleterre
8 juillet 1990.
Thomas était intrigué. Si son père était constamment de mauvaise humeur dernièrement, il semblerait que ça soit tout l'inverse pour Remus. Les deux derniers week-ends, son oncle avait été d'une bonne humeur impossible à entacher, même lorsqu'il avait malencontreusement renversé un vase le matin même. C'était le préféré de Remus, mais l'homme l'avait simplement réparé d'un sort et ne s'était même pas énervé en constatant qu'il restait quelques traces de fissures sur la porcelaine.
A l'inverse James, bien que s'étant apaisé depuis le mois de mai, continuait de bougonner en lisant le journal, surtout lorsque le nom d'Altaïr Black était évoqué par Rita Skeeter. Thomas n'aimait pas cette journaliste, elle l'avait suivi une fois pendant plus de deux heures sur le Chemin de Traverse alors qu'il faisait des courses avec son père. A chaque fois que James avait le dos tourné, Skeeter se jetait presque sur lui pour lui poser plus d'une dizaine de question à la minute, ne lui laissant même pas le temps de lui répondre. Elle faisait les questions et les réponses et Thomas avait détesté cette expérience.
Depuis l'article de Lovegood sur le sujet Black, la femme semblait d'autant plus motivé à prouvé au monde entier qu'il n'était qu'un gamin horrible. Encore la veille, Skeeter avait ressorti de vieux dossiers, abordant l'incendie du manoir Prewett quelques années plus tôt. Elle ne semblait pas croire à la théorie de l'accident magique et ne mâchait pas ses mots envers Black. Thomas avait presque de la peine pour lui. Il relativisait en se disant qu'au moins, lorsque Rita parlait de lui, c'était pour lui inventer des exploits ou une biographie glorieuse. Certainement pas pour le traîner dans la boue comme elle le faisait avec Altaïr Black.
Thomas commençait à se demander si cet adolescent avait un lien avec le comportement de son père et de son oncle. James avait été d'une humeur massacrante le jour où la nouvelle de son emprisonnement avait été reporté en Angleterre. Remus quant à lui avait cessé d'acheter la Gazette du Sorcier au profit du Chicaneur à la même période.
Le jeune Potter se souvenait également de sa conversation étrange avec Remus lorsqu'il l'avait vu lire l'interview de Pollux Black. Thomas trouvait étrange que son parrain prenne ainsi la défense d'un Black. Mais ce qu'il retenait, c'est que son oncle l'avait appelé Harry, pas Altaïr. Comment avait-il pu se tromper de prénom? Les deux noms ne se ressemblait même pas un peu.
Cet Altaïr Black semblait lié d'une façon ou d'une autre à sa famille et Thomas voulait découvrir pourquoi il semblait être le seul à ne pas être au courant.
«Dis Remus, c'est qui Harry?»
Le loup-garou se figea, la fourchette qu'il avait en main tomba au sol alors qu'il s'étouffait avec sa bouchée de brocolis. Thomas le fixait droit dans les yeux, déterminé à obtenir une réponse.
«Je … Quoi? Où as-tu entendu ce prénom?» bégaya Remus, sous le choc.
«C'est toi qui en a parlé la dernière fois, quand on parlait d'Altaïr Black.»
Remus soupira en se frottant les yeux. Thomas était le fils du bureau des Aurors, Remus aurait dû se douter qu'il ne tarderait pas à suspecter son comportement étrange ces derniers temps et ne passerait pas à côté de sa bévue.
Mais Remus ne savait pas ce qu'il devait répondre à cette question. Devait-il mentir ou bien dire la vérité? C'était un dilemme impossible. Il se voyait mal annoncer à Thomas qu'il avait un demi-frère caché et qui se trouvait être Altaïr Black, l'adolescent dépeint de la pire des façons depuis deux mois dans la Gazette.
D'un autre côté, Remus ne voulait pas mentir. Thomas avait le droit de savoir et bien qu'Altaïr ne l'ait pas montré, il était évident que ça le blessait profondément que son petit-frère n'ait plus aucun souvenir de lui. Mais Remus ne se sentait pas légitime à être celui qui apprendrait la nouvelle à Thomas. Il n'était que son parrain, pas son père, ni son frère.
Alors le lycanthrope opta pour une semi-vérité. Il ne mentirait pas, mais ne donnerait pas non plus une réponse compète à Thomas.
«C'était un garçon que je connaissais.
- Il ressemble à Altaïr Black?
- Oui. Il lui ressemble beaucoup, en quelque sorte.» sourit Remus, la situation était terriblement ironique.
Thomas hocha la tête, bien que n'étant pas réellement satisfait de la réponse de Remus. Ça ne l'avançait pas vraiment dans son enquête. Mais le garçon comprenait que si son oncle ne lui répondait pas clairement, c'est qu'il devait y avoir une raison. Alors il ne poussa pas plus loin. Thomas allait devoir découvrir la vérité par lui-même à propos de cet Harry.
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Estonie
14 juillet 1990
Juhan soupira pour ce qui semblait lui être la centième fois de la journée. A chaque fois que des gardes entraient dans le couloir pour chercher les adolescents recevant des visites de leurs proches, Altaïr se dressait comme ressort sur son lit. Parfois, il se levait même pour faire les cent pas. C'était le même cinéma toutes les heures et Juhan pensait vraiment que si à leur prochaine ronde, les gardes n'emmenaient pas le lycanthrope avec eux, il allait devenir fou.
«Altaïr, ça ne sert à rien de t'exciter comme ça. Et arrête de tourner en rond, tu me donnes le tournis.» râla-t-il une fois de plus.
Mais Altaïr ne l'écoutait pas. Il entendait au loin le bruit des pas des adolescents revenant vers leurs cellules, signe que les gardes allaient chercher le prochain groupe pour les visites. Et comme si les prières de Juhan avaient été entendu, un maton se posta devant la porte de leur cellule et l'ouvrit.
«Vous avez de la visite, Black.»
Le garde fronça des sourcils lorsque l'adolescent passa à côté de lui en coup de vent, n'attendant même pas que la porte soit entière ouverte. Habituellement, Altaïr ne perdait jamais son calme, se plaçant en fin de queue pour éviter les bousculades des enfants trop pressés. Pourtant, cette fois-ci le loup-garou se précipita à l'avant de la file, n'écoutant même pas les protestations des adolescents qu'il avait dépassé sans vergogne.
«Box numéro 3.» indiqua un garde lorsqu'il donna son nom, à l'entrée des parloirs.
Altaïr rejoignit ledit box avec impatience. Si courir était autorisé au sein des couloirs, il n'y avait aucun doute qu'il l'aurait fait. Un grand sourire barra son visage lorsqu'il vit Remus assit à la gauche de Pollux, comme la fois précédente. Son parrain avait tenu parole, il était revenu.
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20 juillet 1990.
«Tu sais que je ne suis pas un putain de chien.» râla Altaïr en rejoignant la cellule qu'il partageait avec Juhan après cette nuit de pleine lune.
La veille, le roux avait passé une vingtaine de minutes à lui lancer des petits bouts de viande qu'il avait volé au réfectoire à travers leurs barreaux. Félicitant le loup d'une voix ridicule lorsqu'il arrivait à attraper la viande au vol. Altaïr ne savait même pas si le plus humiliant était le comportement de Juhan ou celui de son loup, qui jappait de joie à chaque encouragement du roux et remuait la queue avec frénésie.
«Mais tu es tellement docile, ce serait une honte de ne pas en profiter.» se moqua Juhan, cachant son sourire derrière son oreiller.
Altaïr grogna lorsque le roux en rajouta une couche.
«La prochaine fois, j'essayerai de t'apprendre quelques tours.
- N'ose même pas essayer.» gronda le lycanthrope, mais cela faisait longtemps que son colocataire ne prenait plus ses menaces au sérieux.
Juhan se contenta de rire plus fort.
«Allez boule de poil, on va prendre notre petit-déjeuner.»
Altaïr fit semblant de vouloir le mordre, le rouquin esquivant habilement ses dents alors qu'il se faufilait à côté de lui pour rejoindre le couloir. Altaïr soupira, son loup était une honte pour sa race, comment pouvait-il se laisser mener par le bout du nez, ou plutôt museau, par un simple humain. C'était incompréhensible.
Altaïr finit par suivre son colocataire, secouant la tête de dépit face à son hilarité et ses enfantillages.
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Angleterre
25 juillet 1990
Thomas Potter était un enfant épanoui et heureux. Son père était un vrai papa poule, il passait tout son temps libre à jouer avec lui, le faisait crouler sous les cadeaux et lui avait même dégotté les meilleurs tuteurs du pays et bien que n'étant pas un élève très doué, il ne le grondait jamais. De plus, Thomas adorait son oncle, Remus Lupin, qui l'accueillait tous les week-ends dans son petit appartement à Londres. Ils regardaient alors la télé ou jouait à quelques jeux de société Moldus, bien plus nombreux et diversifiés que ceux des sorciers.
Pourtant, il existait quelques points noirs à sa vie. L'absence de son père certains soirs ou encore lorsqu'il rentrait complètement ivre d'une « petite fête avec ses collègues. ». Il y avait aussi le changement d'emploi du temps de son oncle depuis un mois. Remus ne l'accueillait plus que les dimanches parfois et même si Thomas ne disait rien, son oncle lui manquait. Il se sentait puéril, après tout, il continuait de le voir toutes les semaines. Mais Thomas avait l'impression de ne plus être la priorité absolu de son oncle et ça l'attristait parfois.
Mais le dernier bouleversement de sa vie, fut lorsque Remus l'avait installé dans son canapé trois jours plus tôt, un chocolat chaud dans les mains et lui avait demandé de l'écouter. Thomas avait eu peur en voyant sa mine sombre et le stress évident qu'il essayait tant bien que mal de cacher. Remus, bien que calme et bien moins blagueur que James, n'était pas souvent aussi sérieux. Il l'avait regardé droit dans les yeux et lui avait annoncé la nouvelle :
« Tu vas bientôt avoir dix ans et je pense que tu es prêt pour l'apprendre. Tu n'es plus un petit garçon.» Remus prit une profonde inspiration avant de se jeter à l'eau. «Je suis un loup-garou. »
Thomas l'avait fixé d'un air éberlué. Il s'attendait à une terrible nouvelle, peut-être un déménagement les empêchant de se voir à l'avenir ou encore que quelqu'un était mort. Mais pas à ça.
«Je sais.» ne trouva-t-il rien de mieux à répondre.
Parce que c'était vrai. Thomas le savait depuis longtemps. Il ne savait plus exactement quand se doutes sur la maladie de son oncle s'était manifesté, mais cela faisait des mois qu'il avait accepté ce fait. Remus était un lycanthrope. En fait, c'était même plutôt évident.
Tout d'abord, il y avait les cicatrices barrant son visage. Lupin disait que c'était des blessures de guerre, mais Thomas n'était pas stupide. Il avait vu des photos de son oncle lorsqu'il était à Poudlard et Remus avait déjà quelques balafres sur le visage. Ensuite, il y avait beaucoup de monde ayant participé à la guerre et très peu était les personnes aussi blessées que lui. Même James, dont le métier était de se battre contre des mages noirs, n'avait pas autant de cicatrices.
Ensuite, Thomas avait remarqué que parfois, lorsque la pleine lune coïncidait avec un week-end, Remus trouvait toutes sortes d'excuses pour ne pas l'accueillir chez lui. Cela allait d'un rendez-vous avec un vieil ami au heures supplémentaires que son patron lui demandait de faire pour remplacer un collègue. Thomas ne croyait plus aux simples coïncidences depuis longtemps.
Alors Thomas s'était mis à mieux observer son oncle. Après des années à le côtoyer, il avait fini par remarquer les teintes ambre que prenait parfois son regard lorsqu'il était mécontent. Remus arrivait à soulever des charges bien trop lourdes pour un simple humain, comme la fois où il avait soulevé le meuble télé pour que Thomas puisse récupérer un crayon qui avait glissé en-dessous. Et un jour, après une pleine lune, Remus avait eu une nouvelle cicatrice au visage. C'était une petite égratignure au coin de son œil, elle pouvait presque passer pour une ride. Mais Thomas n'était pas bête, les rides n'apparaissaient pas du jour au lendemain.
Alors oui, il savait depuis un moment pour la lycanthropie de son oncle. Remus n'était pas très doué pour le cacher.
«Tu le savais?» Remus le fixait avec des yeux de merlan frit.
Thomas hocha de la tête, expliquant à son oncle comment il en était venu à cette conclusion bien avant que Remus lui le dise.
«Et puis, tu aurais pu me le dire plus tôt. Je n'allais pas te rejeter pour ça.» le gronda gentiment son neveu.
Thomas était un peu vexé que son oncle lui ait annoncé la nouvelle comme s'il allait soudainement le repousser. Il pensait pourtant que c'était évident qu'il aimait Remus de tout son cœur et qu'il n'était pas du genre à juger les gens pour quelque chose qu'il ne contrôlait pas.
«Je sais. Je ne sais pas de quoi j'avais si peur.» sourit Remus, le regard attendri.
Il était fier de Thomas pour ne pas juger les gens les aux apparences et ne pas se laisser influencer par des aprioris. Il avait bien grandi depuis ses trois ans, lorsqu'Altaïr lui avait lui aussi annoncé sa lycanthropie. Thomas n'était pas encore prêt à ce moment-là, trop jeune et influençable par les contes effrayants à propos du grand méchant loup. Remus aurait aimé qu'Altaïr soit là pour voir ça.
La suite de la journée se passa tranquillement, comme tous les dimanches depuis des années. Thomas posait de temps en temps une question sur la lycanthropie de son oncle lorsqu'elles lui traversaient l'esprit.
« Je n'en sais rien Tom ! » s'était-il exclamé après une énième question stupide.
« Quoi ? Tu ne t'es jamais posé la question ? Si un jour une louve-garou tombe enceinte pendant la pleine lune, est-ce que le bébé sera un loup ou un humain à la naissance ? »
Remus ne lui répondit même pas, se levant simplement pour aller se chercher une nouvelle tasse de café. Thomas était vraiment un enfant épuisant, lorsqu'il s'y mettait.
Ce ne fut qu'au moment du départ de Thomas que la bonne ambiance fut quelque peu perturbée. Remus l'avait raccompagné jusqu'à chez James en transplanant. Il prendrait ensuite la cheminette jusqu'au Chaudron Baveur, d'où il partirait pour son travail du soir. Thomas l'avait alors pris dans ses bras, lui assurant qu'il ne le repousserait jamais pour sa maladie et qu'il ne comprenait toujours pas pourquoi il avait eu si peur de lui en parler.
Remus s'était alors reculé d'un pas, le regardant étrangement. Comme s'il savait quelque chose, que Thomas devrait aussi savoir, mais qui pourtant ne lui semblait pas du tout évident.
« Eh bien, tu sais avec ce qu'il s'est passé avec Harry, à l'époque, je n'étais pas sûr que tu le prennes aussi bien. »
Thomas fronça des sourcils, ne comprenant pas du tout de quoi ou de qui parlait son oncle.
« Harry ? Le même dont tu m'as parlé la dernière fois?»
Cette fois-ci, ce fut Remus qui ne semblait perdu. Il avait merdé, il le savait. Mais à force de côtoyer son filleul et de lui envoyer des lettres, Remus avait fini par oublier que Thomas n'était au courant de rien.
« Je vais y aller. »
Remus embrassa la joue de Thomas sans répondre à sa question et pénétra dans la cheminée, laissant le garçon confus derrière lui.
Thomas s'était beaucoup interrogé sur ce fameux Harry depuis. Visiblement, il le connaissait également et avait même été suffisamment proche de lui pour découvrir qu'il était lui aussi un loup-garou. Pourtant, il avait beau essayé de se souvenir, rien ne lui revenait. Thomas avait juste gagné une grosse migraine.
Le soir même, il en avait parlé au dîner à son père. Cependant il regretta bien vite d'avoir voulu se confier à James. Ce dernier avait frappé la table de ses poings, effrayant le garçon. Thomas avait déjà vu son père en colère, mais jamais contre lui.
«Ne prononce plus jamais ce nom!» tonna le père. «File dans ta chambre.»
Thomas n'avait pas protesté, effrayé par la haine qui suintait du regard de James. Il ne l'avait jamais vu ainsi et n'allait certainement plus tenter sa chance en le questionnant davantage.
Ce soir-là, au fond de son lit, Thomas avait pris une décision. Si personne ne voulait lui parler de cet Harry, alors il découvrirait par lui-même qui il était.
C'est ainsi que trois jours plus tard, il se retrouvait devant la porte condamnée au fond du couloir où se trouvait sa chambre, mais aussi celle de son père. Depuis toujours, James lui interdisait de rentrer dans cette pièce, prétextant qu'il y rangeait des dossiers importants et des artéfacts dangereux. Thomas avait toujours trouvé ça étrange de ranger ce type de choses ici, plutôt qu'à l'étage au-dessus, à côté de son bureau.
Alors la veille, il avait attendu que son père s'endorme pour descendre les escaliers sur la pointe des pieds. Thomas avait fouillé les poches de la robe d'Auror de son père, cherchant le trousseau de clés que James emportait partout avec lui. Une fois le trousseau en main, le garçon avait testé le plus silencieusement possible les clés une par une sur la serrure de la porte interdite.
Ce ne fut qu'au sixième essai qu'il trouva la bonne. Thomas déverrouilla la porte, mais ne l'ouvrit pas. A la place, il alla remettre le trousseau de clés là où il l'avait trouvé et avait patiemment attendu le lendemain matin pour agir.
A peine son père avait-il disparu dans les flammes de la cheminée en direction du Ministère, que Thomas se précipita dans les escaliers. Il grimpa deux à deux les marches et accéléra le rythme une fois à l'étage. D'un geste sec, il ouvrit la porte de la pièce interdite mais se figea sur le pas de porte.
Ça n'avait rien à voir avec ce que Thomas pensait trouver ici. Au lieu de découvrir des étagères remplies de dossiers ou d'artéfact étranges, collectés au fil des missions de James, il tomba sur une chambre vide.
Il n'y avait pas une seule affaire dans la pièce, le lit n'avait pas de couverture, les armoires étaient vides et la bibliothèque ne contenait aucun livre. Cependant, il était évident que quelqu'un avait vécu ici. Il y avait plein de petits gribouillis sur le bois clair du bureau et des traits sur le dos de la porte indiquait la taille d'un enfant à différents âges. Le tapis était abîmé et il restait un dessin représentant deux garçons et un homme devant une télé. Sous les personnages étaient écrits leurs identités « Lunard, Tommy, Moi ».
Thomas n'avait aucun doute sur l'identité de ce moi. Ce devait être ce fameux Harry dont Remus avait parlé. Mais Thomas avait beau essayé, il ne se souvenait pas d'enfant pouvant correspondre dans ses souvenirs. Il avait des amis, mais aucun n'avait vécu ici et encore moins connaissaient Remus.
Sur le dessin, il semblait être plus petit que ce Harry. Mais même s'il n'avait que trois ou quatre ans, Thomas devrait au moins avoir un semblant de déjà-vu. Mais non, c'était le néant dans sa mémoire. C'était à en devenir fou.
Chapitre 29
Angleterre
5 août 1990
Depuis qu'il avait découvert la chambre à côté de la sienne, Thomas n'avait plus quitté la sienne. Même lorsque son père avait essayé de lui parler, le garçon n'avait pas prononcé un mot. James s'était énervé la dernière fois qu'il avait essayé de lui parler de Harry et Thomas ne préférait pas retenter sa chance. Il avait même refusé de voir Remus ce week-end. Il avait l'impression que tout le monde lui cachait des choses et Thomas n'aimait pas cela.
Sa fête d'anniversaire lui avait changé les idées le temps d'une après-midi, mais ses idées noires revinrent bien vite à la charge. Thomas finit par décidé que s'il voulait obtenir des réponses, Remus serait certainement plus enclins à lui en fournir que son père. C'est pourquoi il emprunta le réseau de cheminette pour se rendre chez son oncle en pleine semaine. Le petit garçon attendit patiemment que Remus rentre du travail, fixant pensivement l'écran de la petite télévision.
Lorsqu'il rentra du travail, Remus eu comme une impression de déjà-vu. Plus de six ans auparavant, Altaïr l'avait lui aussi attendu ainsi toute la journée, recroquevillé sur le canapé et à la recherche de réponses. A l'époque, son filleul voulait comprendre pourquoi son père l'avait renié et le haïssait tant.
Remus s'attendait à une conversation similaire cette fois-ci aussi. Il savait qu'il avait fait trop de lapsus à propos d'Altaïr et que Thomas, en tant que grand curieux, ne tarderait pas à découvrir qui Harry était réellement.
Le lycanthrope s'installa dans son canapé, attendant patiemment que Thomas soit prêt à lui parler.
«Papa m'interdisait toujours de rentrer dans la chambre à côté de la mienne. Il dit qu'il y a des papiers importants et des bibelots dangereux dedans. Je voulais juste trouver un indice sur ce Harry. Je me suis dit que peut-être, il y aurait un document parlant de …» Thomas retint un sanglot. «Mais ce n'était que des mensonges.»
Remus le regardait avec empathie, attendant patiemment que son neveu trouve ses mots. Thomas se sentait enfin écouté. Il comprenait désormais que son oncle ne lui avait pas caché la vérité pour le blesser. Il attendait simplement que Thomas trouve certaines réponses par lui-même, qu'il soit prêt à entendre la vérité.
«C'était sa chambre, n'est-ce pas? C'était la chambre de Harry?»
Remus hocha la tête, voulant voir jusqu'où irait la réflexion de Thomas.
«J'ai trouvé un dessin de nous trois, dans un tiroir. Je le connaissais, mais je n'arrive pas me souvenir de lui.
- Tu n'étais qu'un petit garçon.»
Thomas secoua la tête de droite à gauche. Lui aussi avait pensé ça au début. Il n'était qu'un enfant de trois ans à l'époque, c'était normal d'oublier des choses. Mais Thomas n'avait plus aucun souvenir, plus rien. Ce n'était pas possible d'oublier de façon aussi drastique que quelqu'un avait partagé son toit.
«Tu as dit qu'Altaïr Black lui ressemblait. Et Papa est de mauvaise humeur depuis qu'il y a ses articles sur lui. Et …
- Et?» l'encouragea Remus.
«Et il s'est énervé quand j'ai essayé de lui parler de Harry. Il avait la même expression sur le visage que lorsqu'il a lu le premier article de Rita Skeeter. Cet Altaïr, c'est Harry, n'est-ce pas? C'est pour ça que tu l'as appelé comme ça la dernière fois? Et que tu as dit qu'ils se ressemblaient beaucoup?»
Remus hocha la tête. Il finit par se lever, tendant la main vers son neveu. Thomas l'attrapa et se laissa guider jusqu'à la chambre de son oncle. Ce dernier le fit s'asseoir sur son lit alors qu'il fouillait dans sa table de nuit. Il en sortit un gros album photo où était écrit en lettres dorées sur la couverture «Souvenirs de Harry et Thomas.».
Remus se calla contre les oreillers de son lit, accueillant Thomas entre ses jambes et ouvrit l'album devant eux. Et alors, Remus lui conta son histoire au fil des pages recouvertes de photos. Il lui parla de son frère, de leur complicité, de leurs chamailleries, des moments parfois plus tristes, d'autres emplies de joie comme lors de leur voyage à Disneyland, un parc d'attraction moldu.
Les heures défilèrent, Thomas écoutant religieusement son oncle lui parler d'une période de sa vie dont il n'avait aucun souvenir.
Puis, vint la fin de l'album. Remus abordant le sujet du reniment et la nouvelle identité de Harry Potter, devenu Altaïr Black. Lorsqu'il referma l'album, Thomas était en larmes.
«Je n'y arrive pas, Remus. J'ai beau essayé, je ne me souviens de rien.» pleura à chaudes larmes le garçon.
Son oncle le serra contre son torse un long moment, lui chuchotant des paroles rassurantes à l'oreille. Mais lui aussi, trouvait cette situation suspecte. Ce n'était pas normal que Thomas n'avait plus aucun souvenir d'Altaïr. S'il était plus vieux, Remus pourrait comprendre. Il ne gardait plus qu'une dizaine de souvenirs datant d'avant ses cinq ans. Mais à dix ans, ça ne devrait pas paraitre aussi lointain pour Thomas.
Il y avait anguille sous roches et Remus craignait que son meilleur ami ne soit pas inconnu à ce problème. Il aimerait faire confiance à James, mais Remus le savait capable du pire lorsque sa concernait Altaïr.
XXXXXXX
Estonie
12 août 1990
Altaïr froissa le parchemin et le jeta par terre au milieu d'autres brouillons eux aussi roulés en boule. Il détacha une nouvelle page d'un de ses cahiers et recommença à griffonner dessus.
Juhan l'observait par-dessus son manuel d'histoire. Depuis que l'anglais était revenu du parloir la veille, il agissait étrangement. Altaïr était plongé dans ses pensées et n'avait presque pas mangé au petit-déjeuner, cela avait alarmé le roux. Le lycanthrope mangeait toujours pour trois et lui demandait même parfois d'aller chercher du rab pour lui lorsque deux portions ne lui suffisaient pas. Alors le voir picorer dans son assiette, le regard perdu dans le vide, ça avait de quoi inquiété Juhan.
Depuis qu'ils avaient rejoint leurs cellules, Altaïr n'avait pas quitté sa plume et une jolie pile de boule de papier commençait à s'accumuler au pied de son lit. Juhan hésitait à le questionner sur son étrange comportement. Il avait l'impression que cette fois-ci, le sujet était bien trop personnel pour qu'Altaïr veuille lui en parler.
C'est pourquoi Juhan lui jetait fréquemment des coups d'œil curieux, se mordillant la lèvre inférieure. Il mourait d'envie de le questionner, mais il ignorait comme sa curiosité serait reçue.
Altaïr dû sentir qu'il était observé puisqu'il quitta enfin sa lettre du regard pour porter son attention sur son colocataire. Le lycanthrope posa son cahier et sa plume, s'étirant de tout son long avant de s'allonger sur son lit. Il croisa ses bras derrière sa nuque et son regard se perdit sur le plafond blanc de la cellule.
«Mes parents ont divorcé quand j'étais petit parce que ma mère a été enfermée à Azkaban. Mon père s'est remarié et il a eu un autre fils. Mon frère et moi, on a été séparé il y a des années. Tom était trop petit pour encore se souvenir de moi. Mais hier, pendant sa visite, mon parrain m'a dit que Tom avait appris pour mon existence. Il ne se souvient pas de moi, mais il voudrait me connaître.»
Juhan abandonna son livre, focalisant toute son attention sur son ami. Altaïr ne semblait vraiment pas avoir eu une vie facile, il avait de la peine pour lui.
«Je pensais que je ne pourrai jamais le revoir.» souffla-t-il du bout des lèvres. Comme s'il ne se rendait pas encore compte que Thomas savait pour lui.
«C'est à lui que tu écris une lettre?»
Altaïr hocha la tête. Il avait l'air complètement perdu.
«J'ai deux frères. » Altaïr tourna son visage vers lui, attentif à tout conseil que Juhan pourrait lui donner.«Tu connais Igor, il est dans ta classe. Mais on a aussi un grand-frère, Ian, il est beaucoup plus âgé que moi. Je crois, que c'est son abandon qui m'a le plus fait de mal, au début. Il s'occupait toujours de moi quand j'étais petit. Mais quand il est parti de la maison et que je suis entré à Durmstrang, on s'est éloigné. En première année, j'ai failli louper les examens finaux et je ne suis passé en deuxième année qu'à deux classements près. Pendant les vacances, on se disputait tout le temps avec mes parents, ils étaient tellement déçus. Je suis allé chez Ian un soir, pour lui parler de mes problèmes. J'avais l'impression qu'on avait un lien spécial tous les deux. Mais il m'a crié dessus, il a dit que c'était à moi de faire plus d'efforts, que Papa et Maman avait raison. Ian ne comprend pas que je ne suis pas comme lui, que je n'ai pas son talent pour les études. Quand j'ai atterri ici, il m'a juste envoyé une lettre pour me dire à quel point il était déçu de la façon dont j'avais tourné et que je devrai être reconnaissant qu'il est interféré en ma faveur pour que je ne sois pas renvoyé.»
Juhan et Altaïr se regardait maintenant dans les yeux, couchés face à face sur leurs lits.
«Dis-lui juste que tu l'aimes, c'est le plus important.»
Altaïr hocha la tête. Il ne comprenait pas comment le frère de Juhan avait pu l'abandonner ainsi. Pour lui, son petit-frère avait été toute sa vie pendant des années, le centre de son monde. Il avait mis beaucoup de temps à comprendre qu'il pouvait vivre sans Thomas, qu'être grand-frère n'était pas sa seule fonction. Pour autant, il ne pourrait jamais abandonner son petit-frère, Altaïr ne pourrait jamais lui tourner le dos.
«Mon parrain, il pense que c'est notre père qui lui a effacé la mémoire.»
Juhan écarquilla les yeux, horrifié.
«Tu as été renié, n'est-ce pas?» comprit-il immédiatement.
Juhan n'avait peut-être pas une intelligence scolaire, mais il n'était pas un idiot pour autant. Altaïr avait dit avoir été séparé de son frère et si son père l'avait haï au point de l'effacer de la mémoire de son cadet, c'est que la séparation ne s'était pas faite en douceur. Le rouquin ne voyait qu'une seule option, celle du reniement. Altaïr se contenta de hocher la tête, validant son hypothèse.
«Mais comment c'est possible?» s'insurgea Juhan en se dressant comme un piquet. «Tu es le fils parfait! T'as tout le temps des bonnes notes, tu as de bonnes manières et t'es super poli. Ça n'a aucun sens!
- Je suis un Black.» soupira Altaïr, comme si ce simple fait était suffisant à justifier les agissements de son père. «Et un loup-garou.»
«Altaïr, rien ne justifie le reniment de quelqu'un. La famille, ce n'est pas un truc dont tu peux te débarrasser, encore moins si c'est ton enfant. Ton père est juste un salop.
- Hmm, si tu le dis.» haussa-t-il des épaules, pas vraiment convaincu.
«Ta famille, je veux dire les Black, vous avez vraiment une mauvaise réputation, n'est-ce pas? Déjà la dernière fois dans le journal, la journaliste ne parlait que de ça.
- Ouai, depuis la guerre, on n'est pas vraiment apprécié. La plupart d'entre nous étaient dans le mauvais camp, il n'y a plus que mon arrière-grand-père et une de mes cousines éloignées qui ne sont pas en prison. Le reste est soit mort, soit renié. Ma grand-mère, même si je l'aimais de tout mon cœur, elle était folle. Ça allait un peu mieux quand j'ai commencé à vivre avec elle, mais elle n'allait pas très bien. Renié trois membres de la famille en moins de dix ans, c'était injuste.»
Juhan l'écouta parler de sa famille pendant une bonne partie de la soirée. Altaïr n'était pas du genre à se confier ou à parler de lui. Il ne savait même pas si le lycanthrope avait conscience de sa présence à ses côtés. Altaïr semblait juste parler de ce qui lui traversait l'esprit, ça lui faisait du bien d'un peu vider son sac.
Cette discussion l'aida à mettre au clair les choses dans son esprit. Le soir, il reprit sa plume en main et réussit bien plus facilement à coucher ses pensées sur le papier. La lettre n'était pas très longue, Altaïr n'avait pas écrit la moitié des choses qu'il aimerait partager avec son frère. Mais c'était l'essentiel, ça serait suffisant pour le moment.
«Merci Juhan.
- Pour quoi?
- De m'avoir écouté.»
Juhan lui offrit un sourire réconfortant. «C'est normal, entre amis.»
Altaïr s'endormit paisiblement ce soir-là, il n'y eut ni insomnie, ni cauchemars. Juhan était un type bien. Il était heureux de l'avoir rencontré.
XXXXXXX
Estonie
13 août 1990
Il y avait eu des roulements au sein des groupes de travaux manuels. Désormais, Altaïr et Juhan ne s'occupait plus de la démolition de l'aile abandonnée près des quartiers des gardes. A la place, ils travaillaient dans un entrepôt, au plus grand plaisir du roux qui détestait les travaux physiques et au damne de l'anglais qui aimait bien se dépenser avant le repas de midi.
Désormais, ils étaient assis devant un établi, taillant du bois. Altaïr ne savait même pas que la marque de balais Kiirust se ravitaillait dans ce centre pénitentiaire pour mineur. C'était une marque bas de gamme et désormais, le lycanthrope en comprenait la raison. Ils étaient bien loin du travail de précision des Margotins ou Nimbus.
Chacun avait son poste, Altaïr à la taille du bois, Danil fixait les arceaux pour les pieds, Juhan sanglait les branchages au bout des balais. Un garçon qu'Altaïr ne connaissait pas gravait le nom de la marque dans les bois. Un autre chargeait les balais dans de grosse caisse. C'était du travail à la chaine et Altaïr avait hâte qu'un nouveau roulement ait lieu pour quitter cet entrepôt.
Lorsque les gardes tournaient le dos, les garçons chuchotaient entre eux, tentant vainement de se divertir. La matinée passa horriblement lentement et lorsque l'alarme sonnant la pause de midi retentit, les adolescents s'empressèrent de ranger leurs outils pour rejoindre le réfectoire.
L'après-midi n'avait pas été mieux. Altaïr s'était séparé de Danil et Juhan pour rejoindre sa classe. Si à Durmstrang, il avait eu l'impression d'être dans une école militaire, à force de ne marcher qu'à gauche dans les couloirs, ne pas avoir le droit de courir ou en se faisant gronder par les professeurs lorsque des adolescents riaient trop fort dans les couloirs. Ce n'était rien comparé aux déplacements quotidiens dans la prison. Tout se déroulait selon un emploi du temps chronométré, tout se déroulait tous les jours à l'exact même heure.
Alors à 14h tapantes, Altaïr se plaça au septième rang des élèves de sa classe, derrière le même blond que d'habitude et devant le même châtain qui le suivait toujours. Deux gardes se placèrent à l'avant de la file, deux autres fermant la marche. D'un même pas, les adolescents se déplacèrent à travers les couloirs, rejoignant finalement leur salle de classe attitrée.
Le bureau d'Altaïr se trouvait au fond de la pièce, il aimait cette place. Les professeurs ne remarquaient même pas la plupart du temps qu'il ne suivait pas leur cours ou griffonnait sur ses cahiers tout sauf ce qu'ils écrivaient au tableau. De toute façon, les enseignants ne quittaient jamais leur estrade, récitant comme des robots leurs leçons à la cinquantaine d'élèves leur faisant face.
S'il fallait réprimander quelqu'un, c'était à l'un des deux gardes postés près de la porte d'agir. Altaïr pensait parfois qu'ils avaient vraiment dû merder dans leur carrière pour finir ici, à surveiller des adolescents turbulents. Il haussa des épaules, c'était leur problème, pas le sien.
Le lycanthrope écoutait d'un air distrait la leçon portant sur les sortilèges de disparition et de camouflages. Ces cours n'avaient aucun intérêt s'ils ne pouvaient pas pratiquer les sortilèges appris. Le professeur semblait en être arrivé à la même conclusion vu le peu d'effort qu'il mettait dans son exposé. Altaïr étouffa un ricanement moqueur lorsque pour la troisième fois de l'heure, son enseignant leur donna une mauvaise information.
«Un problème, Mr Black?» s'agaça le professeur.
Tous les regards se tournèrent vers lui, alors qu'Altaïr était surpris que l'enseignant se soit coupé dans son monologue à cause de sa réaction. Habituellement, les professeurs préféraient ne pas chercher le conflit, faisant comme s'il n'entendait ou ne voyait rien.
«Evanesco n'a pas été inventé par les Romains, mais part les Egyptiens. Les Romains ont juste repris le sort et l'ont nommé différemment. Il ne fait pas disparaître totalement l'objet, mais le fait réapparaître de façon aléatoire quelque part dans le monde, généralement dans le même bâtiment ou ville. Et enfin, le sortilège Celare ne fait que fondre un objet dans son décor. Il ne le rend ni impalpable, ni inodore ou insonore. Donc non, si vous voulez échapper à une créature magique, ça ne sert à rien de se lancer sur soi-même. Elle pourra toujours vous sentir, entendre votre respiration et vous aurez mal si elle vous charge. Surtout que la taille maximale conseillée d'objet conseillé pour lancer ce sort est de soixante centimètres, quatre-vingts si on est un sorcier expérimenté.» Altaïr offrit un sourire effronté à l'adulte.«C'est écrit dans le manuel.»
Le professeur devint rouge d'embarras face à la moquerie évidente d'Altaïr. Les autres adolescents se mirent à rire de la honte de l'adulte, ne faisant qu'accentuer la colère de ce dernier.
«Si vous vous croyez si malin, vous n'avez qu'à faire le cours à ma place, Black!» rugis le professeur.
A la surprise de toute la classe, Altaïr le prit au mot. Il quitta sa chaise et s'avança vers l'estrade à l'avant de la salle. Il vit du coin de l'œil les gardes tirer leurs baguettes, mais il ne semblait pas vouloir s'en servir. Comme Altaïr l'avait imaginé un peu plus tôt, ils devaient terriblement s'ennuyer et appréciaient le divertissement.
L'adolescent prit des mains le parchemin de son enseignant, ce dernier était trop hébété pour réagir. Il lu rapidement le plan du cours avant de prendre la parole.
«Donc, comme je l'ai dit, Celare est l'un des nombreux sortilèges de disparition existant. Peut-être que vous avez déjà vu vos parents l'utiliser, mon parrain cachait les bonbons dans les placards avec. L'inconvénient est que le lanceur lui-même est incapable de voir l'objet disparu et que si vous êtes malin, vous pouvez facilement le retrouver. Dans mon exemple, il suffirait de toucher à tous les bocaux d'un placard jusqu'à en trouver un qui est invisible.
C'est pourquoi, en 1865, Caspar Troppmann, un chercheur allemand, a inventé Invisibilis. Bien qu'étant visiblement très nul pour nommer ses inventions, Troppmann était un homme brillant. Ce sort, en plus de masquer l'apparence d'un objet, le rend également impossible à toucher. Il n'a malheureusement pas réussi à faire en sorte que son sortilège puisse aussi rendre un objet inodore et insonore.
Il faudra attendre cinquante ans pour que son fils résolve le problème. Au lieu d'essayer de créer un seul sort alliant ces quatre problématiques, il créa simplement deux sorts différents pouvant coexister avec le premier: Odoriferum et Sine Sonus. Désormais, il est possible de rendre un objet invisible, impossible à toucher, à sentir ou à entendre.
On pourrait croire que Troppmann Jr a inventé un équivalent à la cape d'invisibilité, sur le papier, ce sort est même plus efficace. Mais comme dit, ce n'est que sur le papier. Ses sortilèges sont dans la pratique, bien plus difficile à mettre en place. Le premier inconvénient est qu'avec un détecteur de magie, il suffit de rentrer dans la pièce pour détecter l'objet camoufler. La quantité de magie demandé par ses trois sorts est telle qu'après la création de ce sort, la plupart des cambrioleurs se sont fournis en détecteur d'aura magique. Avec ses artéfacts, plus besoin de fouiller une maison entière à la recherche de bijoux, il suffit juste de suivre les indications de l'artéfact.
C'est pourquoi, ces sorts ne sont aujourd'hui plus qu'utilisé par quelques ménagères qui veulent insonoriser une pièce lorsque leur bébé dort dans la chambre d'à côté ou pour camoufler l'odeur d'un plat odorant, comme du poisson par exemple. Ou alors, comme pour mon parrain qui voulait cacher des bonbons.»
Quelques rires se firent entendre. Altaïr quitta finalement le point qu'il fixait au fond de la pièce pour balayer les élèves du regard. Ils l'écoutaient. Le lycanthrope en était presque choqué, c'était la première fois qu'ils voyaient quelqu'un écouter un cours ici. Il y avait même deux garçons, au premier rang, qui prenaient des notes.
Altaïr eut un petit sourire en coin lorsqu'il vit le visage décomposé de son professeur.
«Ce n'est pas très utile ici, mais voici les gestes pour lancer ces sorts.» Altaïr mima avoir une baguette en main et fit quelques gestes. «Plus personne n'utilise le sort Invisibilis car il demande trop de geste. Il en faut cinq au total et bien accentuer le «bi». Les autres sont plus simples.»
Altaïr eut tout juste le temps de finir sa petite démonstration lorsque la sonnerie retentit. C'était l'heure de leur deuxième cours. Le garçon posa le parchemin de son professeur sur son bureau, il ne l'avait pratiquement pas utilisé au final. Altaïr jeta un rapide coup d'œil aux autres papiers de l'adulte et en désigna un.
«Si c'est le cours de la semaine prochaine, vous devriez relire le chapitre 8 du manuel.» se moqua-t-il en rejoignant sa place.
Les gardes calmèrent rapidement les élèves alors que leur enseignant fuyait la salle de classe.
Pendant le second cours, un élève s'exclama au bout de dix minutes des plus ennuyeuses.
«Et Black, tu ne veux pas refaire cours?»
Quelques élèves ricanèrent alors que le nouvel enseignant semblait confus. Altaïr se contenta de secouer la tête, amusé. Le discours de Mr Griska était juste et pourrait presque être intéressant s'il mettait un peu plus de conviction dans ses propos. Il n'avait aucune raison de le reprendre.
Au repas du soir, Juhan se plaignait comme chaque soir de ses leçons, Danil approuvant ses propos en rajoutant quelques anecdotes. Pourtant, il se coupa net quand trois garçons s'approchèrent de leur table et que l'un d'eux frappa Altaïr dans le dos.
« C'était trop classe cet aprèm Black, tu le refais quand tu veux.» ricana un autre alors qu'il s'éloignait.
Quelques minutes plus tard, un autre adolescent déposa simplement son dessert sur le plateau du lycanthrope, sans dire un mot. Ce ne fut que lorsqu'une troisième personne demanda à Altaïr s'il pourrait lui donner des cours de soutient que Juhan finit par succomber à sa curiosité.
«Tu nous expliques ce qu'il se passe?»
Altaïr hocha des épaules, il n'avait pas envi de subir l'interrogatoire qui s'en suivrait certainement de la part du rouquin. Juhan finit par interpelé un gars qu'il savait être dans la classe d'Altaïr, lui ordonnant de lui expliquer la situation.
« Vous n'êtes pas au courant? Tout le monde en parle.» s'excita l'adolescent. «Black à rembarrer Mr Tojur en plein cours. Il a fini par faire cours à sa place. Franchement Black, c'est tellement plus intéressant quand c'est toi qui expliques, rien à voir avec ce robot à face de cul.» rit le garçon en rejoignant des amis un peu plus loin.
Ses deux amis le fixaient d'un air ahuri, ils n'arrivaient pas à croire qu'Altaïr avait osé faire ça. Danil finit par éclater de rire, ça ressemblait tellement à l'anglais, de se montrer aussi insolent sans même essayer de le faire.
«T'as vraiment fait cours?
- Il n'avait qu'à ne pas le proposer.» marmonna Altaïr, penché sur son assiette.
Le fou rire de Danil ne fit que s'amplifier, il était plié en deux sur sa chaise.
«Mec, t'es vraiment pas croyable.» soupira Juhan, cachant bien mal son, amusement. «Pas étonnant que Tojur était d'aussi mauvaise humeur pendant notre cours, si t'as fait ça juste une heure avant.»
Altaïr fronça des sourcils, il ne savait pas que les deux estoniens avaient le même professeur de sortilèges que lui.
«Je vérifierai tes notes ce soir, ce prof ne raconte que de la merde.»
Le roux grimaça. Il ne suivait jamais ce que les enseignants disaient et à chaque fois qu'Altaïr l'aidait pour ses devoirs, c'était la même chose. Il le grondait pour ne pas être plus appliqué. Juhan allait encore se faire rouspéter quand il verrait les pages blanches de ses cahiers.
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Angleterre.
15 août 1990
«Cher Tommy,
C'est étrange pour moi de t'écrire cette lettre après tant d'années. Ce doit être tout aussi bizarre pour toi de la lire. Je me suis imaginée des centaines de fois en train de t'écrire, te demandant des nouvelles. Je n'ai réussi qu'une seule fois à passer ce cap et ça a été un cuisant échec. Je n'ai jamais eu le courage de réessayer.
Mais même si j'ai plusieurs fois pensé à t'écrire, je n'arrive toujours pas à savoir ce que je devrai te dire. Un ami m'a dit de ne te dire que ce que je ressens pour toi, que c'est le plus important. Je pense qu'il a raison.
Alors Thomas, sache que je suis heureux, profondément heureux, d'avoir eu de tes nouvelles. Plus que le manque, c'était l'incertitude qui était la plus dure à surmonter toutes ses années. J'ignorais si tu allais bien, si Remus allait bien, si tu étais heureux, si un jour peut-être, nous nous reverrions. Si, à cause de nos familles, tu me haïrais ou m'ignorerais. J'avais peur de ce futur dont je ne connais rien, parce que peut-être, et je n'osais même pas l'imaginer, nous ne nous reparlerions plus jamais.
Mais Remus est réapparu et il m'a parlé de toi. Quand il m'a dit que tu voulais avoir de mes nouvelles, me revoir, j'ai fondu en larmes. Parce que je pensais que jamais plus tu ne te souviendrais de moi. J'étais si heureux!
Ce n'est pas grave que tu ne te souviennes pas de moi. Parce que des souvenirs, ça se recréer et si tu d'accord, j'aimerai beaucoup en créer de nouveaux avec toi. Mais si tu changes d'avis et que tu préfères mettre un terme à nos échanges, ce n'est pas grave. Je serai triste, mais je ne t'en voudrai pas. Je comprendrais. Ce doit être terriblement décevant de découvrir que tu as un frère, mais qu'il s'agit de moi.
Tout ce qui m'importe, c'est que tu saches que tu es la personne la plus importante de ma vie. Longtemps, j'ai pensé que sans toi, je ne pourrai pas survivre. Peu importe la raison, tu pourras toujours compter sur moi pour t'aider. Même si tu décides de couper les ponts pendant les vingt prochaines années, je serai toujours là pour toi en cas de problèmes.
Ton grand-frère qui t'aimes,
Harry.»
Thomas Potter fixait la lettre posée sur ses genoux d'un regard qui transpirait de centaines d'émotions différentes. On pouvait lire au fond de ses yeux émeraudes en mélange de surprise, de joie, de tristesse, de culpabilité, de souffrance et une pointe de soulagement.
La surprise d'avoir reçu du courrier de la part de cet étrange frère dont il ne savait encore rien quelques jours plus tôt. La joie de savoir qu'il tenait à lui, assez pour essayer de reprendre contact avec lui. La culpabilité de l'avoir blessé, parce que Harry avait compris lors de leurs rencontres au bal de Neville et sur le Chemin de Traverse, Thomas ne se souvenait plus de lui. La souffrance de ne même pas savoir s'il pouvait faire confiance à Harry lorsqu'il disait l'aimer, parce que Thomas n'avait aucun souvenir sur lequel se baser pour essayer de le cerner. Et enfin, il y avait le soulagement. Le soulagement de savoir que Harry ne lui en voulait pas, qu'il ne le forçait pas non plus à lui répondre, qu'il se contenterait de tout ce que Thomas voudrait bien lui donner.
Ses pensées se bousculaient dans l'esprit du jeune Potter, le rendant de plus en plus confus. Il y avait dans cette lettre tout ce qu'il avait voulu entendre de la part de Harry. C'était presque comme s'il avait lu dans son esprit. Thomas s'en voulait profondément d'avoir ignoré son frère lors de la réception de Neville. Mais Harry avait apaisé tous ses doutes, il ne lui en voulait pas. Mieux encore, il le comprenait.
Thomas s'empressa d'aller chercher du papier, de l'encre et une plume. Il devait répondre à Harry. Contrairement à ce que le désormais Black pensait, il n'était pas déçu d'apprendre qu'il était son demi-frère. Thomas avait été surpris, mais pas déçu, à aucun moment. Il avait toujours voulu avoir un frère ou une sœur, cessé de se sentir si seul au manoir Potter. Certes, il avait son parrain et son père, mais c'était différent. Thomas rêvait d'avoir quelqu'un pour partager ses journées, pas seulement pour jouer avec lui les week-ends ou le soir après le travail.
Découvrir que cette opportunité lui avait été arraché lui brisait le cœur. Si Thomas devait être déçu, ce n'était pas par Harry mais par son père. James les avait tous les deux fait souffrir et son image de père parfait s'effritait petit à petit.
Thomas n'était pas bête. Il avait compris grâce à sa discussion avec Remus sur sa lycanthropie et son lapsus à propos de Harry, que l'adolescent devait aussi être un loup-garou. Un enfant n'était pas renié sans raison d'une famille, simplement être un Black n'était pas un motif suffisant. Leur père avait renié Harry parce qu'il était atteint de lycanthropie. Et ça, Thomas ne pouvait pas l'accepter. Comment James, dont le meilleur ami avait la même maladie, avait pu blâmer son fils pour cela. Ça n'avait pas de sens.
Le garçon savait qu'un jour ou l'autre, il devrait confronter son père à ce sujet. Mais ça ne serait pas pour tout de suite, Thomas n'était pas encore prêt. Non, ce qui importait pour l'instant, c'était de répondre à Harry.
XXXXXXX
Estonie
1er octobre 1990.
Comme tous les lundis, Altaïr ouvrit son courrier avec hâte, il n'avait pas pu le faire pendant la journée et avait impatiemment attendu de quitter le dîner pour rejoindre sa cellule. Cela faisait un mois et demi que son frère lui envoyait toutes les semaines une lettre. Les deux premières semaines, ça avait été étrange. Aucun d'eux ne savait réellement ce qu'ils devaient écrire à l'autre. Thomas ne connaissait pas Altaïr, il ignorait ses centres d'intérêts, ses passions. Pour Altaïr, c'était l'inverse. Il connaissait Thomas sur le bout des doigts, ou plutôt le Thomas de quatre ans. Pas celui de dix ans.
Au final, Altaïr avait décidé de tenter sa chance. Les Potter n'étaient pas du genre à changer drastiquement de personnalité. Fleamont avait été fan d'échecs pendant soixante-dix ans, James n'avait jamais abandonné sa passion pour le Quidditch. Alors Thomas devait très certainement adorer, encore aujourd'hui, les Disney et son amour pour les films de princesses.
Thomas avait râlé, normalement il n'y avait que Remus qui connaissait son secret. Même son père ou Neville, son meilleur ami, n'en savait rien. La glace s'était brisée entre eux après ça et leurs échanges étaient devenus bien plus amicaux et sincères. C'était une bonne chose, Altaïr aimait lire les divagations de son petit-frère, partager ses confidences et savoir qu'il avait pleuré tous le mardi soir en regardant Bambi pour la première fois.
Altair rangea la lettre sur son étagère, prenant soin de ne pas en corner les coins et de bien la poser à plat. Cette relation épistolaire avec son frère était certainement son bien le plus précieux, ici. Il savait déjà que jamais, il en jetterait ses lettres. Il ne le pourrait pas, elles étaient bien trop précieuses.
Puis, le loup-garou attrapa la dernière enveloppe, il avait déjà lu les nouvelles de Remus, Lev, Viktor et Pollux. La missive venait de Venus, ça faisait un mois qu'elle ne lui avait pas écrit et Altaïr pensait qu'elle avait fini par l'oublier.
Altaïr perdit cependant bien vite son sourire. Il était resté bloqué à la première phrase, n'arrivant même pas à poursuivre sa lecture.
«Mère et Père se dispute beaucoup en ce moment. Mère m'a fiancé à Yanick Fawley pendant les vacances, c'est un Serpentard de sixième année. Je ne sais même pas comment annoncer la nouvelle à Sam, je ne veux pas rompre avec lui…»
Altaïr n'arrivait même pas à lire la suite, la rage brouillait sa vision. Venus était marié à un autre homme et pire encore, elle semblait déjà être en couple. Pourquoi ne lui avait-elle rien dit? Pourquoi ne l'apprenait-il que maintenant? Il sentait son cœur se briser, lui qui venait à peine d'accepter ses sentiments pour la jolie blonde, voilà qu'il devait déjà tracer un très dessus.
Il cria de rage alors qu'il jetait la lettre sur le sol. Altaïr s'enfonça contre ses coussins, serrant ses genoux contre sa poitrine en les entourant de ses bras. Le lycanthrope ne fit pas attention à Juhan qui ramassait la lettre, s'agenouillant entre leurs deux lits. A force de vivre dans la même cellule que lui, Altaïr ne faisait même plus attention à garder son air aristocratique en sa présence.
Lorsqu'il eut fini sa lecture, Juhan s'assit à ses côtés sur son petit matelas. Il sembla hésité un instant avant de serrer l'autre adolescent dans ses bras. Altaïr se crispa, mais ne tenta pas de s'échapper de cette étreinte. Cela faisait des mois que Pollux ne lui avait pas fait d'accolade et la distance entre lui et Remus lors des parloirs le brisait. Altaïr était affreusement en manque de contact humain et même s'il n'était pas très à l'aise, cette étreinte lui fit du bien.
Au bout de longues minutes, l'anglais finit par défaire sa prise sur ses genoux et étendit ses jambes. Les mains libres, il agrippa la taille de son ami. Juhan, pour ne pas tomber de tout son long sur Altaïr, finit par atterrir à califourchon sur ses cuisses, le visage de l'autre garçon enfouit dans son cou. L'estonien rougit face à cette proximité soudaine, mais ne s'écarta pas. Son ami semblait affreusement vulnérable à cet instant. Juhan savait qu'il aimait cette fille, mais il n'avait jamais imaginé que c'était à ce point.
Le silence s'étendit entre eux un long moment, Altaïr tentant de retrouver son calme. Au bout de ce qui lui sembla être une dizaine de minutes, il finit par desserrer sa prise sur Juhan. Pourtant, son visage resta fourré dans le cou de l'estonien.
«Pollux voulait créer un contrat de mariage entre nous. J'avais refusé, parce que je pensais que jamais, la famille de Venus ne ferait une chose comme ça à leur fille. Si j'avais su…» Altaïr soupira. «Si j'avais su, je n'aurais rien fait de toute façon.» finit-il par se contredire. «Elle ne m'aime pas, je ne lui aurai pas fait subir ça.»
Juhan caressait ses cheveux dans un geste réconfortant, mais certainement automatique et instinctif.
«Je veux juste pouvoir l'oublier.»
C'était un simple chuchotement, mais sa bouche presque collé à l'oreille du roux, celui-ci l'entendit parfaitement. Juhan rougit jusqu'à la pointe la racine de ses cheveux. Ce n'était pas le moment pour avoir des pensées salaces, à lui sur les genoux du garçon qui lui plaisait, à son souffle dans sa nuque et son souhait auquel il avait envie de donner une réponse très clichée.
Soudain, le calme fut brisé. Altaïr s'était précipitamment reculé, leurs visages n'étaient séparés que d'une dizaine de centimètres. Juhan rougit encore davantage, si c'était seulement possible.
«Pourquoi est-ce que tu es excité?»
L'estonien maudit l'odorat de son colocataire lycanthrope. Ne pouvait-il donc pas faire comme si ne rien était?
«Je peux te faire oublier pour ce soir, si c'est ce que tu veux.» Juhan n'en revenait pas lui-même de son audace.
Altaïr fronça ses sourcils, il craignait de comprendre où son ami voulait en venir. Il était tenté d'accepter l'offre, tout était mieux que de penser à Venus. Pourtant, l'anglais se refusait à céder à sa faiblesse. Juhan était amoureux de lui et ce n'était pas réciproque, ce n'était pas bien.
«Je ne pourrai jamais t'offrir ce que tu cherches, Juhan.
- Je sais.» Ils chuchotaient doucement, comme pour ne pas briser le calme réconfortant de la petite cellule. «Mais je te veux et je ne te demanderai rien de plus que du sexe.»
Altaïr semblait lire au fond de son âme et cela le mit profondément mal à l'aise. Il ignorait ce que l'anglais cherchait à découvrir en le fixant ainsi, mais Juhan n'appréciait pas l'inspection. C'était terriblement gênant.
«Si tu ne veux pas, ce n'est pas grave. Je ne vais pas le prendre mal, je suis capable de faire la part des choses et je ne te …
- Je ne veux pas profiter de toi.» le coupa Altaïr.
«Tu rigoles, c'est moi qui devrais dire ça?» s'exclama Juhan la magie de l'instant définitivement brisé. Il reprit plus bas. « Tu viens d'apprendre que la fille que tu aimes va se marier à un autre. Je suis celui qui profites de toi.»
Altaïr hocha la tête, peu convaincu. Il finit cependant par détendre le pli qui barrait son front. Juhan supposa qu'il venait d'en arriver à une conclusion, bien qu'il ignorât laquelle. Il eut cependant bien vite sa réponse lorsqu'une main baladeuse se faufila à travers l'élastique de son uniforme pour caresser du bout des doigts son sexe à semi-érigé. Puis, Altaïr l'empoigna à pleine main.
Le contact n'avait rien de doux, les gestes d'Altaïr était pressé et parfois un peu maladroit. Il n'avait clairement aucune expérience dans le domaine et Juhan se demanda s'il s'était déjà branlé lui-même auparavant. Il sentait le regard du loup-garou sur lui, ne manquant aucunes de ses expressions et écoutant attentivement chacun de ses soupirs.
A force de tâtonnement, Altaïr finit par trouver le rythme qui plaisait à Juhan, la fermeté avec laquelle il devait empoigner son sexe pour le faire soupirer de plaisir, sur quelle zone il fallait insister. L'anglais se surpris à apprécier le moment. Il découvrait un jeu qui ne l'avait jusqu'alors jamais intéressé et ça lui plaisait follement.
Sa seconde main passa sous le pull de l'Estonien, parcourant son dos parfois de la pulpe de ses doigts, parfois avec la paume de ses mains. Juhan ferma les yeux, la tête légèrement penchée en arrière, profitant pleinement de l'instant. Il ignorait si une telle occasion se représenterait et il voulait graver ses sensations dans sa mémoire.
Juhan, même les paupières clauses, pouvait sentir le regard de son ami, désormais amant, sur lui. Il n'était plus gêné de ce regard, le rouquin comprenait que c'était la méthode d'Altaïr pour s'assurer qu'il ne le blesse pas et lui procure du plaisir.
Puis, les orteils de Juhan se contractèrent alors que ses doigts agrippaient avec force les épaules d'Altaïr. Il gémit longuement alors qu'il se déversait dans la main de son amant.
Désormais aussi mou qu'une poupée de chiffon, l'Estonien s'effondra contre le torse d'Altaïr, le souffle court. Il sentit le lycanthrope bouger contre lui, certainement pour attraper un mouchoir et essuyer sa main souiller.
Juhan resta un moment-là, le front contre la poitrine de l'Anglais, tenant de reprendre son souffle et de retrouver ses esprits. Il écarquilla subitement les yeux lorsqu'il réalisa ce qu'il venait de se produire. Son crush venait de le branler. Juhan était aux anges, mais aussi terriblement gêné. Est-ce qu'il devait se lever et rejoindre son propre lit? Mais il sentait le membre gonflé d'Altaïr contre son ventre, il ferait peut-être mieux de lui rendre la pareille? Juhan ne savait plus ce qu'il pouvait faire ou non, maintenant que cette ligne avait été franchie entre eux.
Altaïr répondu à ses questions silencieuses une minute plus tard, alors qu'il le renversait sur le lit. Juhan se laissa faire lorsqu'Altaïr tira sur son pantalon et son boxer pour les jeter au sol, toujours sous le coup de la surprise. Il se reprit finalement et finit par retirer son pull lorsqu'Altaïr en fit de même.
Juhan l'admira alors que l'adolescent se penchait sur lui pour caresser son torse pâle. Il se sentait ridicule face à la musculature du loup-garou. Ce n'était pas le physique d'un gars de treize ou quatorze ans. Ce n'était juste pas possible, Juhan en baverait presque. Les abdominaux d'Altaïr éclipsaient totalement les cicatrices sur ses bras, la marque noire sur son avant-bras et la trace de morsure qui traversait son flanc. Le roux ne les voyait pas, il était hypnotisé par les muscles secs roulant sous la peau fine d'Altaïr.
De ses abdominaux, il remonta à ses pectoraux, suivant la clavicule, Juhan posa son regard sur sa pomme d'Adam. Il détailla la mâchoire serrée du lycanthrope et lorsqu'il croisa son regard, tous ses doutes s'envolèrent. Peut-être que Juhan ne se trouvait pas assez beau pour le loup-garou, mais le regard empli de luxure d'Altaïr lui prouvait le contraire. Il gémit. Juhan ne sut même pas pourquoi, peut-être était-ce de frustration, ou bien de plaisir à être ainsi fixé avec désir.
Toujours est-il que ce simple gémissement, accéléra subitement le choses. Le roux comprenait que bien qu'il désirait le toucher, Altaïr n'osait juste pas. Juhan, étant le plus expérimenté des deux, pris les choses en main. Il inversa leurs positions, faisant s'allonger le lycan alors qu'il grimpait sur ses hanches.
Le visage rouge, mais avec des gestes expérimentés, Juhan recueillit entre ses doigts un peu du sperme qui m'acculait encore son sexe redevenu mou. Altaïr avait nettoyé sa main, mais pas les parties intimes du roux. Juhan écarta un peu plus les cuisses, glissant ses doigts lubrifiés entre ses fesses et se prépara sous le regard scrutateur du lycanthrope.
C'étant étrange, Juhan était terriblement gêné, mais son excitation ne faisait qu'augmenter. Avec des ex, c'était toujours eux qui menaient la cadence, ils s'occupaient de tout. Bien qu'étant toujours le passif, l'Estonien découvrait une nouvelle sorte de plaisir. C'était lui qui avait le dessus et ça l'émoustillait follement.
Lorsqu'il fit entrer en lui un deuxième doigt, Altaïr sembla sortir de sa transe. Il se tortilla pour baisser son pantalon sur ses hanches et sortit son sexe de son caleçon humide. Il se masturba vigoureusement alors que son regard ne quittait pas les doigts de son amant qui sortaient et venaient en lui.
Altaïr ne mit pas longtemps à jouir, il ne se masturbait pas souvent et c'était la première fois qu'il était si stimulé. Mais il était un adolescent, ce n'était pas un souci pour la suite des évènements. Il remarqua cependant le regard déçu de Juhan et cela l'amusa. Altaïr se redressa, passant ses mains dans le dos de l'adolescent.
« Je suis toujours dur, n'est pas l'air aussi déçu.»
Juhan rougit, comprenant que ce qu'il avait lu à propos des loups-garous n'était apparemment pas que des rumeurs. Depuis qu'il savait qu'Altaïr en était un, il avait lu un livre ou deux dans la bibliothèque. Juhan avait piqué un fard en lisant que les jours précédents la pleine lune, la libido des loups-garous étaient insatiables. A l'âge adulte, nombre d'entre eux se rendaient dans des bars pour trouver un coup d'un soir ou, s'ils ne trouvaient pas de partenaires, rendaient visite à quelques prostituées. Il était satisfait de savoir Altaïr dans son lit plutôt qu'à se masturber dans les douches de la prison.
Altaïr parcourait son corps de ses grandes paumes calleuses. Traçant des traînées brûlantes sur la peau du roux sous son passage. Puis, Altaïr fit glisser l'une de ses mains jusqu'au fesses d'Altaïr. Il en massa une avant de glisser le long de sa raie. Juhan haleta lorsque le majeur de son amant se joignit à ses deux doigts en lui.
Altaïr se recula légèrement pour voir le visage de Juhan. Il fut rassuré en y lisant que du plaisir, pas de la douleur. Son autre main continua de parcourir le corps de Juhan caressant parfois son sexe avant de remonter sur sa poitrine, ses épaules avant de glisser dans son dos pour redescendre sur ses cuisses.
Puis, Juhan retira ses doigts de son rectum, faisant comprendre qu'il était prêt. Altaïr l'imita, empoignant ses hanches alors que le roux se collait un peu plus à lui, empoignant son sexe d'une main pour le guider entre ses fesses. Altaïr remonta ses mains afin de les écarter, facilitant le travail de Juhan.
Ils soupirèrent de plaisir lorsque Juhan s'empala sur le membre du lycanthrope jusqu'à la garde. Les deux adolescents restèrent ainsi un moment, jusqu'à ce que l'Estonien bouge légèrement des hanches, testant ses limites. Il offrit un sourire pervers à Altaïr lorsqu'il constata qu'il ne ressentait aucune douleur. Cela faisait longtemps que Juhan n'avait pas eu de sexe, il avait donc veillé à bien se préparer et visiblement, il avait bien fait.
Les premiers coups de bassin furent maladroits, le temps de trouver leur rythme. Puis, Juhan jeta sa tête en arrière lorsqu'Altaïr toucha sa prostate. Les coups de reins s'accélérèrent brusquement alors que le loup-garou frappait à chaque fois au même endroit.
«Ejaculateur précoce.» rit Juhan lorsqu'Altaïr cessa brusquement de bouger.
Il se leva, faisant mine de vouloir se finir à la main. Mais il ne put parvenir à ses fins, le loup-garou le plaquant contre le lit, reprenant place entre ses cuisses écartées et s'enfonçant d'une longue poussée en lui. Juhan eut le souffle coupé.
«Je t'ai dit que ce n'était pas un problème.» grogna l'Anglais.
«Putain de loup-garou.» rit Juhan, comblé.
Dans cette position, Altaïr put accélérer la cadence, ralentissant parfois lorsque l'un d'eux était trop proche de la jouissance. Il voulait faire durer le plaisir le plus longtemps possible, malgré les suppliques de Juhan.
Cependant, l'instant ne pouvait pas durer éternellement. Altaïr se savait proche de la jouissance et que cette fois-ci, il aurait du mal à poursuivre l'acte comme si ne rien était. Alors il attrapa le sexe dur de Juhan entre eux et le masturba vigoureusement pendant qu'il le pilonnait de plus en plus profondément, pressant un peu plus fort à chaque coup contre sa prostate.
De sa main libre, Altaïr plaqua la bouche de son amant. Certainement que leurs voisins les avaient entendu depuis un moment, mais il savait que le roux avait sa fierté et ne voudrait pas être entendu aussi clairement. Les grincements du lit était déjà suffisant. Dans un cri étouffé, Juhan se répandit entre eux. Altaïr ne tarda pas à se retirer, mêlant son sperme à celui du roux sur son torse.
Prit d'une étrange fascination, il toucha de la pulpe de ses doigts les semences, les mêlant encore davantage. Altaïr fixait avec satisfaction le corps alanguit devant lui. Juhan était beau ainsi abandonné, sa poitrine se soulevant erratiquement, les paupières fermées et les membres détendus.
Lentement, le roux papillonna des yeux, son attention quittant le plafond blanc pour se porter sur Altaïr. Ce dernier le fixait avec satisfaction alors qu'il lécha son index.
«Tu es beaucoup plus pervers que je ne pensais.» rougit Juhan.
Altaïr eut un léger rire, ce qui surprit l'Estonien. C'était la première fois qu'il le voyait aussi détendu, Altaïr ne riait jamais vraiment, il ricanait mais rien de plus. Il était toujours sous le choc lorsque l'Anglais commença à nettoyer leurs torses.
Sentant un liquide visqueux couler entre ses fesses, Juhan se releva en grimaçant. C'est pour ça qu'il préférait lorsque ses amants se retiraient avant de jouir. C'était toujours à lui de s'occuper de la tâche ingrate après l'acte. Il croisa le regard surpris d'Altaïr, Juhan ne put que rougir. C'était humiliant de dire ça à voix haute.
«Je vais me nettoyer. Tu as joui en moi.» se sentit-il obligé d'ajouter face au regard perdu d'Altaïr.
Ce dernier cessa de fixer ses yeux pour porter son attention entre ses jambes, là où un peu de sperme commençait à couler sur les cuisses du roux. Mais à la plus grande surprise de Juhan, Altaïr ne le laissa pas rejoindre les toilettes. A la place, il le fit se rallonger sur le lit d'une pression sur son torse. Puis, le lycanthrope attrapa un mouchoir qu'il glissa sous ses fesses et inséra deux doigts en lui pour évacuer le sperme.
Juhan était mortifié, il couvrait son visage de ses mains alors qu'il s'empêchait de gémir de honte. Putain, il préférait presque lorsque ses ex le laissaient se démerder tout seul pour se laver. Mais d'un autre côté, c'était plaisant de se faire chouchouter ainsi. Alors Juhan ne protesta pas, se laissant manipuler comme une poupée, essayant de ne pas penser aux doigts d'Altaïr en lui. De toute façon, il ne pourrait pas bander avant un moment, même s'il le voulait.
Lorsqu'il eut fini, Altaïr tira Juhan hors de son lit et le fit s'allonger sur le sien. Il eut un petit pincement au cœur, l'Estonien avait été prévenu, Altaïr ne lui offrirait pas ce qu'il cherchait. Mais il y avait une différence entre être sex-friend et se faire jeter ainsi hors du lit du lycan.
Pourtant, Juhan fut plus que surprit lorsque l'Anglais le poussa contre le mur pour pouvoir s'allonger à ses côtés.
«Mon lit put le sexe et le sperme.» grogna Altaïr comme seule explication.
Juhan rit alors qu'Altaïr callait son oreiller sous sa tête. Ils remontèrent la couverture sur leurs corps et ne tardèrent pas à s'endormir, presque collé l'un à l'autre. Ce n'était peut-être pas la situation idéale, mais Juhan saurait se contenter de ce qu'Altaïr avait lui offrir. C'était déjà bien plus que ce qu'il n'avait jamais imaginé.
Chapitre 30
Estonie
2 octobre 1990.
Juhan fronça des sourcils en sentant une masse chaude contre son dos. Il se tourna dans l'intention de pousser ce truc qui prenait la moitié de son lit, mais se figea en croisant le regard d'Altaïr. Son mouvement brusque l'avait réveillé.
«Rendors-toi, il n'est que cinq heures. On a encore du temps.»
Juhan eut un petit sourire, se rallongeant contre le torse d'Altaïr. Son sourire ne fit que s'élargir lorsque le bras du lycanthrope l'entoura, sa main se posant sur son ventre. Il était satisfait, Altaïr ne semblait pas regretter leur nuit ensemble et les choses n'étaient pas étranges entre eux. C'était bien.
XXXXXXX
Estonie
4 octobre 1990
Altaïr pouvait sentir son loup s'agiter en lui. C'était étrange, pas comme avant, lorsqu'il ne le maitrisait pas encore. Ce n'était pas une excitation de colère et de rage. Non, c'était tout l'inverse. Le loup était juste terriblement joyeux.
Altaïr laissait le contrôle total au loup depuis un moment lors des pleines lunes. Il préférait ne pas se voir en train de remuer la queue et d'attraper au vol les bouts de viande que Juhan lui lançait depuis la cellule d'en face. C'était humiliant et il préférait donc ne rien savoir de ce que son loup faisait dans ses moments-là.
Comme à son habitude, il sauta le dîner pour suivre un garde qui l'enferma dans la cellule face à celle de Juhan. Altaïr s'enferma dans les toilettes, les autres prisonniers ne devaient pas voir qu'il avait changé de cellules avant le couvre-feu. C'était plus facile à dissimuler avant, lorsque le soleil se couchait tardivement et qu'il se levait tôt. Avec les nuits qui se rallongeait, bientôt Altaïr terminerait ses transformations après que les autres étudiants ne se réveille et cela risquait de poser les problèmes.
Il soupira en se déshabillant. Altaïr penserait à cela plus tard, pour l'instant, il devait juste faire en sorte que son loup reste sagement dans cette petite pièce au lieu de rejoindre le lit immédiatement. Etrangement, la bête aimait beaucoup dormir sur un matelas, bien que jusqu'à maintenant, il ne s'était jamais plaint de dormir dans la forêt autour de Durmstrang.
Lorsque sa transformation débuta, Altaïr fit de son mieux pour ne pas gémir. Les prisonniers circulaient dans les couloirs, voyageant entre leurs cellules et les douches. Il ne devait pas se faire repérer.
Puis, le noir se fit et bientôt, de léger ronflement se firent entendre. Le couvre-feu avait pris place. Lentement, Altaïr s'effaça de l'esprit du loup et le laissa rejoindre la pièce adjacente. La dernière chose qu'il vit avant que sa conscience ne s'efface totalement fut le sourire de Juhan.
«Salut loup-loup.» chuchota Juhan. Il savait que le loup pouvait parfaitement l'entendre, même à cette distance.«J'ai une surprise pour toi ce soir.»
Le loup focalisa toute son attention sur l'humain, pressé à l'idée qu'il lui donne un peu de viande qu'il cachait toujours dans ses poches. Mais à la place, il tendit vers lui d'un air triomphale une petite sphère rouge. Les oreilles du loup se baissèrent de déception, il tourna le dos à l'humain, vexé.
«Eh! Reviens là! Tu sais comme j'ai eu du mal à voler ça à l'infirmerie.» bouda Juhan, tentant de ne pas trop élever la voix.
Lorsqu'il avait vu la balle en mousse, il avait tout de suite pensé au loup-garou. Initialement, elle devrait servir pour la rééducation des muscles de la main et du bras après avoir porté un plâtre. Mais Juhan avait pensé que ça plairait au loup. Après tout, ça restait une sorte de très gros chien.
Il lança la balle à travers ses barreaux, visant du mieux qu'il pouvait la cellule d'en face. Le loup regarda la balle rouler entre ses pattes d'un air curieux. Il l'attrapa dans sa gueule et fut surpris que la matière caoutchouteuse soit si amusante à mâchouillée.
«Tu ne dois pas la casser, mais me la renvoyer.» râla l'humain.
Le loup noir l'observa agiter la main à travers la porte. D'une manière ou d'une autre, il sembla comprendre l'ordre et poussa la balle avec sa patte à travers les barreaux. Elle roula jusqu'à la cellule de Juhan qui le félicita en sortant un carré de viande son autre poche.
Le loup se jeta sur la viande. Il ne comprenait pas pourquoi l'humain s'embêtait à la cuire, il préférait la viande crue. Mais le loup n'allait pas se plaindre. Contrairement à l'humain qui partageait sa tête, au moins l'humain roux lui donnait à manger.
Juhan retenta l'expérience, lançant la balle au loup. Ce dernier l'attrapa au vol et jappa fièrement lorsqu'il sortit un autre bout de steak de sa poche. Le temps sembla se figer pour Juhan. Il entendit un peu de bruit dans la cellule face à la sienne. Il fit signe au loup de se taire, mais ce dernier ne fixait que la nourriture, ne lui portant aucune attention.
«Putain de clébard, rêve de merde.» grogna l'adolescent qui venait de faire du bruit un peu plus loin dans le couloir.
Juhan soupira de soulagement. Bien, personne ne semblait se douter qu'il y avait un loup-garou emprisonné avec eux. Voyant que le loup semblait prêt à faire une nouvelle fois du bruit, le roux s'empressa de lui lancer tous les morceaux de viande qu'il avait en sa possession.
Pourtant, cela eut l'effet inverse de l'intention voulue. Le loup était terriblement heureux. D'habitude, l'humain lui donnait sa nourriture au compte-goutte. C'était la première fois qu'il lui en donnait autant d'un seul coup. Un drôle d'instinct s'installa au fond de sa gorge et alors, il hurla. Il était si heureux.
Dans la cellule d'en face, Juhan était dans un état d'esprit diamétralement opposé. Malgré ses «Chut!» sonore, le loup l'ignorait. Et alors, le pire se produisit, plusieurs étudiants s'animèrent dans les cellules autour d'eux.
«Putain, dites-moi que je ne suis pas le seul à avoir entendu un loup.
- Nan, moi aussi je l'ai entendu!» cria un autre.
Paniqué, Juhan vit le loup plaqué une de ses lourdes pattes sur sa tête. Il resta une dizaine de secondes dans cette position avant de se redresser, le dos droits et la mâchoire crispée. Le loup lança un regard noir à l'humain avant de se détourner. Il grimpa sur le lit et se roula en boule, toujours dos au roux.
Face au brusque changement de comportement du loup, Juhan comprit qu'Altaïr avait reprit le contrôle. Il avait merdé de la plus belle des façons. Jamais Altaïr n'allait lui pardonner.
Le rouquin ne dormit pas de la nuit, angoissant en imaginant la réaction de son ami le lendemain matin. Lorsqu'un garde vint pour ouvrir sa cellule à Altaïr et le replacer dans celle qu'il partageait avec Juhan, le roux était assis sur son lit, droit comme un i. Il était près à entendre tous les reproches.
A la place, Altaïr s'allongea à côté de lui, posant sa tête sur ses cuisses. Juhan resta figé un long moment, ne sachant s'il avait le droit de bouger ou non. Il finit par simplement s'adosser contre ses coussins. L'Estonien savait que s'il s'allongeait maintenant, il tomberait comme une masse et ne se réveillerait pas avant un moment. Or les gardes ne le laisseraient pas pioncer tranquillement alors qu'il avait cours le matin.
Juhan fit glisser une de ses mains dans les cheveux bouclés d'Altaïr. Depuis qu'il était arrivé ici, ils avaient bien poussé. Le roux ne comprenait pas pourquoi Karkaroff tenait tant à ce qu'ils se coupent les cheveux si courts à l'école. Il sourit en constatant que désormais, les petites cicatrices parcourant le crâne d'Altaïr n'était plus visible, sous cette masse de cheveux noirs.
«Je suis désolé.» souffla-t-il, brisant enfin le silence.
«Ils auraient bien fini par l'apprendre, un jour ou l'autre.
- Mais tu es si doué pour le cacher, j'ai tout fait foirer.» contesta Juhan, se sentant encore plus coupable face à l'indulgence d'Altaïr.
«En décembre, le soleil se lèvera après le début des classes ou des travaux en groupe. Ils auraient fini par constater mes absences.»
Juhan soupira. Il n'était toujours pas convaincu, alors poursuivit, toujours aussi calme.
«Tu es la première personne que je rencontre et qui n'a pas peur du loup. Lev et Viktor, mes amis à Durmstrang, ils sont au courant. Mais parfois, je peux voir qu'ils sont inquiets en sachant que je passe la pleine lune dans la forêt à côté des dortoirs. Mon père m'a renié parce que je l'effraye. Mon petit-frère m'a évité pendant des jours et des semaines en découvrant ma lycanthropie. Pollux n'aime juste pas en parler. Même mon parrain, qui est aussi un loup-garou, est terrifié par lui-même. Tu es la première personne comme moi, tu comprends le loup, tu ne le rejettes pas.
- Et Venus?» ne put s'empêcher de demander Juhan.
«Venus est … particulière. Elle a toujours su pour ma lycanthropie. Elle a des dons, qui font que même si je l'aime, parfois elle me fait peur. J'ai peur qu'elle sache bien plus sur moi que ce que j'imagine.
- Elle est une voyante?» Altaïr nia de la tête, enfouissant son visage contre les jambes de Juhan.
«Je ne sais pas. Ça a l'air différent. Elle ne ressent pas les choses, elle les voit.»
Juhan soupira. Plus Altaïr parlait de cette fille et plus il comprenait qu'il n'avait aucune chance face à l'Anglaise. Le roux comprenait que ce n'était une simple amourette comme il en avait déjà eu. Non, Altaïr ressentait une profonde fascination pour cette fille. Même si un jour, il finissait par ne plus éprouver de sentiments amoureux pour elle, l'Anglais continuerait par être obsédé, d'une façon ou d'une autre. Altaïr semblait être attiré plus par les mystères et les particularités des gens, plus que par leurs qualités, leurs défauts ou leurs physiques. Dans le cas de Venus, ça semblait être son don étrange, dans le sien, c'était l'acceptation étrange de la part d'un sorcier pour sa lycanthropie.
«Qu'est-ce que tu vas faire?» changea de sujet Juhan.
«Pour?
- Pour les autres, à propos du loup.»
Altaïr ne répondit pas immédiatement. Il prenait le temps de réfléchir à la question.
«Rien. Je ne vais rien faire pour l' vais juste voire comment les choses vont évoluer.»
Juhan voulut lui dire que ce n'était pas une bonne idée, qu'il valait mieux contrôler l'information. En laissant les choses ainsi, les rumeurs ne feront qu'empirer et que ça éclaterait forcément au pire moment.
Mais Juhan n'eut pas le temps de faire part de ses inquiétudes à Altaïr, un garde venait d'ouvrir la porte. Il lança un regard moqueur aux deux adolescents avant de poursuivre sa ronde. Juhan rougit, se souvenant que trois jours plus tôt, ce même garde les avait découvert au petit matin dans le même lit. La couverture avait été jetée au sol pendant la nuit et le roux avait cru mourir de honte en se retrouvant nu comme un verre devant le maton.
Altaïr se dirigea calmement vers le réfectoire alors que derrière lui, Juhan se rongeait les ongles. Comme à son habitude, Altaïr s'installa à la table que l'Estonien occupait habituellement, entouré de ses nombreux amis. Il entendait les chuchotements, la nouvelle avait rapidement circulé, les adolescents de leurs couloirs avaient s'étaient empressé de partager leur étrange expérience à toute la prison. A peine furent-ils assis, que Dmitrijev se pencha par-dessus la table, prenant un air complice.
«Vous avez aussi entendu cette nuit? Abel dit qu'il y a un loup-garou dans votre couloir.»
L'adolescent avait un air terriblement excité. Altaïr donna un coup de coude à Juhan. C'était étrange de voir le roux aussi calme alors que sa réputation de commère n'était plus à refaire. L'Estonien sembla se réveiller, se dressant comme un ressort sur son siège alors qu'il se mêlait à la conversation enjouée. Altaïr pouvait voir que son expression n'était pas totalement détendue, mais son jeu d'acteur sembla convaincre les autres adolescents.
Personne ne fit réellement attention à l'anglais alors qu'il sondait les conversations alentours. Ce n'était pas inhabituel de le voir aussi silencieux, Altaïr n'était pas réputé pour être un bavard. Le lycanthrope ne se détendit légèrement en n'entendant pas son nom ressortir aux autres tables. Il semblerait que personne n'avait réussi à localiser le hurlement de son loup la veille. Les adolescents s'étaient réveillés en sursaut pour la plupart et l'esprit encore embrumé par le sommeil, ils n'avaient pas clairement entendu d'où venait le son.
Altaïr se reconcentra sur le débat qui se déroulait à sa table. Son regard croisa celui de Danil un peu plus loin, le garçon ne le lâchait pas du regard. Il semblait se douter de quelque chose. Altaïr, bien qu'ayant dit à Juhan de ne pas s'inquiéter, ne pouvait s'empêcher de paniquer à l'idée de déjà se faire découvrir. Dans un geste pressé, il attrapa le bras de son colocataire et le tira vers le buffet.
«Viens avec moi chercher du rab.» répondit-il simplement à l'exclamation surprise du roux.
Lorsqu'ils furent suffisamment éloignés, Altaïr se pencha vers Juhan pour lui chuchoter à l'oreille.
«Danil se doute d'un truc.»
Juhan jeta un coup d'œil discret par-dessus son épaule et capta en effet le regard de leur ami qui ne quittait pas le lycanthrope.
«Il n'a pas l'air d'avoir parlé aux autres de ses soupçons.» répondit tout aussi bas Juhan, laissant Altaïr empilé des œufs sur son assiette.
Le roux détaillait son ami, il avait appris à lire ses expressions faciales depuis toutes ses semaines de cohabitations. Altaïr était clairement stressé et mal à l'aise.
«Tu es sûr de ne pas vouloir le dire aux autres? Plus tu le cacheras, plus la révélation sera rude à encaissée.
- Et tu veux que je dise quoi? Salut les gars, le loup-garou que vous avez entendu, en fait c'est moi?» se moqua ironiquement Altaïr.
«Je dis juste que ce serait peut-être mieux que ce soit toi qui décides quand et où tu veux que tout le monde l'apprenne. Plutôt que ça se sache de façon incontrôlée à un mauvais moment.»
Altaïr se tourna vers le réfectoire, balayant du regard la centaine d'adolescents discutant et mangeant. Même si au fond de lui, il savait que le roux avait raison, il lui semblait impensable d'affronter tous ses regards. Il ne voulait pas être exclu et pointé du doigts comme il l'avait été toute son enfance. Altaïr n'avait rien fait pour se faire des amis en Angleterre dans son enfance, mais il comprenait maintenant qu'il avait de vrais amis, qu'il ne pourrait plus subir une telle situation.
Altaïr avait peur que Juhan lui tourne le dos. Ils ne se connaissaient pas depuis longtemps et l'Estonien avait des amis dans la prison avant son arrivée. Rien ne lui assurait que Juhan supporterait la pression que les autres mettront sur Altaïr. Il ne voulait pas se retrouver seul alors qu'ils partageaient la même cellule.
«Tu penses vraiment que c'est la meilleure solution?»
Juhan le fixa un long moment, tentant de croiser son regard, en vain. Comprenant le dilemme intérieur de son ami, le roux glissa sa main dans la sienne et le tira vers leur table. Personne n'en faisait attention à eux, laissant le temps à Altaïr de se ressaisir.
«Peu importe ton choix, tu auras mon soutient. Je te le promets.» chuchota-t-il pour que les autres ne l'entende pas.
Altaïr daigna enfin tourner la tête vers son ami, s'assurant de sa sincérité. Juhan ne détourna pas le regard, il voulait que le lycanthrope lui fasse confiance. L'Anglais hocha lentement de la tête, prenant une profonde inspiration.
«Les gars.» Le silence se fit aussitôt autour de la table, Altaïr n'était pas du matin et il était rare qu'il prenne part aux discussions. « Le loup-garou, c'est moi.»
Il vit des mâchoires se décrocher alors que d'autres inspiraient bruyamment sous le coup de la surprise. Le silence durait autour d'eux, tout le monde le fixait et Altaïr était terriblement mal à l'aise. Il sentait la prise de Juhan se faire plus forte autour de sa main, sous la table.
«Et désolé de vous avoir réveillé, cette nuit.»
Juhan pouffa à sa droite, ce qui sembla redonner vit à tout le monde. Les bouches se refermèrent et les yeux se plissèrent.
«Je crois que c'est le cadet de leurs soucis, Altaïr.» se moqua le roux.
Altaïr rougit très légèrement, il n'avait rien trouvé de mieux à dire pour briser le silence.
«De toute façon c'est de ta faute.
- Quoi?» se vexa faussement le roux.
«Si tu ne me prenais par ou un foutu chien à me lancer une balle, on n'en serait pas là.» râla l'Anglais.
Les autres adolescents fixaient l'échange avec effarement. Ils se sentaient quelque peu rassuré à l'idée que Juhan, l'ami le plus proche d'Altaïr, soit déjà au courant de sa lycanthropie et que leur relation semblait toujours aussi bonne. Leurs cerveaux fonctionnaient à toute allure, tentant d'assimiler la nouvelle.
«La prochaine fois, je t'apprends à faire assit et donner la patte.»
Le rouquin éclata de rire lorsque la lycanthrope lui pinça le bras. Un raclement de gorge un peu plus loin sortit les deux adolescents de leur bulle. Les ramenant durement sur la terre ferme. Altaïr croisa le regard de Danil et fut heureux de le voir un peu plus détendu qu'en début de repas.
«Je suppose que c'est logique, finalement. Avec ta taille, les cicatrices, ton endurance et ta force pendant les travaux en extérieur, ça a du sens.»
Quelques Estoniens hochèrent de la tête, mais la plupart d'entre eux semblaient plus très rassuré de partager leur table avec un loup-garou. Altaïr hocha la tête en direction de Danil, confirmant que ses capacités étaient en effet liées à sa maladie. Puis, il reprit son petit-déjeuner comme si ne rien était, piochant de temps en temps dans l'assiette de Juhan. Il voulait juste oublier tous les regards qui ne le quittaient plus, détaillant chacun de ses gestes.
Altaïr sentait que les prochains jours allaient être très longs.
XXXXXXX
Estonie
Samedi 6 octobre 1990.
Remus était assit seul cette fois-ci dans le parloir, face à son filleul. Altaïr était plutôt surpris de l'absence de son tuteur, Pollux n'avait raté que deux visites jusqu'à maintenant. L'adulte, comprenant son désarroi lui expliqua rapidement les raisons de l'absence du Lord.
«Pollux a une réunion d'urgence au Magenmagot aujourd'hui. Elle semble durer en longueur et il m'a envoyé un hibou pour me demander de venir seul aujourd'hui. Il dit qu'il est désolé.
- Ce n'est pas grave, j'étais juste surpris.»
Remus hocha la tête, avant d'embrayer sur un autre sujet de conversation. Thomas ne semble plus quitté son nouveau balai, l'emmenant même en cours et dormant avec le soir.
Bien qu'Altaïr adorait entendre parler de son frère, son esprit était ailleurs. Il avait besoin de parler avec quelqu'un de tous les changements qui s'opéraient dans sa vie dernièrement. L'adolescent avait tout de suite pensé à son parrain, l'homme l'écoutait toujours attentivement, sans aucun jugement. Cependant cela l'avait gêné de penser que Pollux assisterait à leur discussion. Altaïr avait alors pensé à lui écrire une lettre, un peu plus tard pour garder tout ça privé.
Mais le hasard avait que Pollux n'était pas présent aujourd'hui. Pourtant, il ne savait pas vraiment comment parler de son quotidien et faire dévier la discussion sur ce sujet. Altaïr n'était pas habitué à parler de lui aussi personnellement, bien qu'avec le temps, il apprenait à le faire.
«Qu'est-ce qui te tracasses?»
Remus avait visiblement compris que l'attention de son filleul n'était pas avec lui. Altaïr croisa son regard doux et cela lui permit de se détendre. Il prit une profonde inspiration.
«Venus, la fille que j'aime bien. Je ne sais si tu t'en souviens.
- La jeune Lovegood?» Altaïr hocha de la tête. Remus était surpris que son filleul accepte enfin de reconnaître ses sentiments pour elle.
«Elle sort avec un autre gars, à Poudlard. Et elle a été fiancé par sa mère a un autre garçon. Elle m'a écrit une lettre à ce propos, je ne savais même pas qu'elle était déjà en couple avant ça. Je… J'avais l'impression qu'on avait un lien spécial. Que peut-être, c'était réciproque.
- Ce n'est pas tout, n'est-ce pas?» poussa Remus, qui sentait bien que son filleul avait besoin de vider son sac.
«J'ai couché à avec Juhan. Il est amoureux de moi et quand j'ai reçu la lettre, de fil en aiguille, on a fini par coucher ensemble. Il dit que c'est lui qui a profité de moi, que j'étais bouleversé et que je n'avais pas à me sentir coupable. Mais la vérité, c'est que je me sens comme une merde. On a mis les choses au clair avant de … tu vois. Je lui ai dit que je ne comptais pas me mettre en couple, mais je me sens quand même coupable.»
Avant même que Remus ne puisse en placer une, Altaïr poursuivit.
« Et hier, tout le monde a découvert que je suis un loup-garou. Juhan jouait à la balle avec mon loup et ce crétin à hurlé de joie. Les autres dans le couloir l'a entendu et au petit-déjeuner, tout le monde parlait du loup-garou qui se cache parmi les élèves. Juhan, il m'a dit que c'était mieux de dire la vérité tout de suite, que ça serait forcément pire si ça finissait par se découvrir par accident plus tard. Mais, je ne sais pas si c'était la meilleure solution. C'est bizarre maintenant, j'ai l'impression que tout le monde me regarde. Je peux juste me détendre le soir, dans notre cellule.»
Altaïr ne quittait pas du regard ses mains alors que ses doigts se tordaient nerveusement. Ce qui l'effrayait le plus était la réaction que son parrain aurait à l'annonce de sa bisexualité. Il n'en avait jamais parlé jusqu'à maintenant et ne voulait même pas prendre le risque de lire une expression dégoutée sur le visage de son parrain. Pourtant, lorsque Remus prit la parole, sa voix était encore plus douce qu'à l'habitude, clairement compatissante.
«Tu as une semaine bien chargée, dit moi.» sourit l'adulte, bien qu'Altaïr fixait toujours ses mains.«Pour Venus, je suis vraiment désolé. Je sais ce que c'est que de voir la personne que tu aimes être avec quelqu'un d'autre. Je ne vais pas te dire que ça va passer, que ça ira mieux avec le temps. Parce que je détestais quand Sirius disait ça, même si je dois admettre qu'il a eu raison sur ce coup, pour une fois.» chuchota-t-il sur un ton amusé. «Mais il semble que tu n'as pas le choix, Altaïr. Ça n'a pas besoin de se faire maintenant, tu es jeune, tu as le temps. Mais ne te force pas a espéré que cette situation va changer, si effectivement Venus a été fiancé, ça ne te fera que du mal de t'accrocher à elle.»
Altaïr grimaça. Il savait que son parrain avait raison, mais c'était dur à entendre.
«Je le sais, mais ça fait quand même mal.
- Bienvenu chez les grands louveteaux, tu viens de te manger ton premier râteau.» tenta de blaguer Remus, ce qui eut au moins le don de voler un faible sourire à l'adolescent.
«A propos de ta lycanthropie, je trouve que tu t'en sors très bien.»
Altaïr fronça les sourcils. Son parrain avait esquivé le sujet Juhan et il ne savait pas comment le prendre. Pourtant, il ne l'interrompit pas, écoutant son avis sur la question.
«Personnellement, je n'ai avoué qu'une seule fois à quelqu'un que je suis un loup-garou de mon propre chef. C'était une ex et je l'ai fait uniquement parce qu'elle s'entendait bien avec son cousin qui en est un aussi.
- Même pas pour James? Ou Sirius?»
Remus se plongea dans ses souvenirs, un sourire nostalgique sur les lèvres.
«La première qui l'a su à Poudlard, c'était Lily. Elle était terriblement intelligente et m'a confronté à ce sujet dès qu'elle l'a découvert. Lily m'a beaucoup soutenu, essayant de me convaincre de le dire à mes amis, même si elle n'aimait pas beaucoup James, Sirius et Peter à ce moment-là. Elle savait qu'ils ne me tourneraient pas le dos, mais je n'ai jamais écouté ses conseils.
- Lily m'aidait beaucoup pendant mes premières pleines lunes. Elle me mettait de la pommade le matin et me réconfortait toujours.
- Elle t'aimait comme son propre fils.»
Les deux hommes échangèrent un regard douloureux. Pour eux, la perte d'une amie pour l'un et d'une mère de substitution pour l'autre était toujours très douloureuse à évoquer. Parfois, cette peine était si vive qu'ils avaient l'impression que ça ne remontait qu'à quelques jours. Ils se comprenaient.
«Les Maraudeurs ont fini par l'apprendre pendant notre cinquième année. En cachette, ils ont appris à se transformer en Animagus et un soir de pleine lune, ils sont entrés dans la Cabane Hurlante. C'est là que je passais mes pleines lunes à Poudlard. Je n'ai compris que le lendemain matin qu'ils étaient au courant pour moi quand je me suis réveillé à leurs côtés.»
Remus fit une petite pause dans son récit, tentant de retrouver le fil de ses idées.
«Il y a trois mois, je l'ai dit à la vérité à Thomas. Ce petit chenapan m'a dit être au courant depuis un moment. Je pense qu'il sait pour toi aussi, ou au moins qu'il s'en doute. Il a beaucoup grandi depuis ses trois ans.»
Altaïr serra les poings sur ses cuisses. Il se souvenait encore du regard effrayé du petit garçon sur lui après lui avait dit qu'il était un loup-garou. Cette réaction l'avait traumatisée et si Pollux, Lev, Viktor et Juhan n'avait pas aussi bien réagit à la nouvelle, certainement qu'il serait toujours aussi terrifié à l'idée que l'on apprenne pour sa maladie. Pour lui, si ses rares proches au courant avait eu une réaction positive, c'était à cause de leur éducation. En Europe de l'Est, bien que les loups-garous n'étaient pas clairement acceptés dans la société, la situation n'avait rien en commun avec celle en Angleterre. Ils étaient considérés comme des malades, pas comme des monstres. Ce devait être la même chose pour Pollux, qui avait vécu plus vingt ans en Amérique du Sud, continent réputé pour accueillir toutes sortes de créatures.
L'adolescent sortit de ses pensées lorsque Remus reprit la parole.
«Tes amis, comment ont-ils réagi?
- Et bien, Juhan est au courant depuis un moment et ça n'a pas l'air de le gêner. Danil m'a fixé toute la journée hier, mais ça va mieux aujourd'hui. Il a plus l'air curieux et surpris qu'effrayé. Poliakoff et Abel me posent des questions, mais ils s'en fichent la plupart du temps.»
Remus hocha la tête, satisfait.
«Bien, c'est l'essentiel. L'avis de la masse, tu t'en fiches. Le plus important, ce sont tes amis, Altaï ne suis peut-être pas très bien placé pour dire ça, puisque je le cache du mieux que je le puisse. Mais tu as fait un choix et sur ce coup, je suis d'accord avec ce Juhan. Si tu avais laissé traîner la situation, peut-être que ça aurait été bien pire. Tes amis t'en auraient peut-être voulu de leur avoir caché la vérité, des élèves auraient pu faire circuler des ados auraient pu faire circuler d'horribles rumeurs dans ton dos. Tu aurais pu être martyrisé pour ça. Ou alors, tout se serait bien passé. Tu n'as aucun moyen de le savoir et ce n'est pas un gros souci puisque tes amis semblent t'accepter. C'est le plus important.»
Altaïr hocha de la tête, comprenant l'opinion de son parrain. Il était vrai que vu comme ça, la situation était plutôt bonne.
«Et pour Juhan? Je ne te dégoûte pas?» osa-t-il demander alors que le silence s'étendait entre eux.
«Non, bien sûr que non Altaïr!» s'offusqua Remus, avant de retrouver son calme.«De ce que tu m'as dit, aucun de vous d'eux ne semble être dans le tort, mais je ne pense pas que vous soyez dans le juste non plus. Ce garçon sait que tu traverses une période difficile et il devait savoir que c'était sa seule occasion pour essayer de se rapprocher de toi. Mais d'un autre côté, ce n'est pas non plus très correcte de ta part de l'avoir utilisé pour essayer d'oublier Venus.»
Altaïr se gratta la nuque, gêné. Pourtant, Remus n'avait pas encore fini.
«Mais vous avez mis les choses aux claires dès le début. Dans ce genre de situation, c'est important de communiquer et c'est ce que vous avez fait. Je pense que vu la situation, tu as essayé de le gérer au mieux et non, tu n'es pas une personne horrible.»
Le sourire doux de Remus détendit l'adolescent.
«Mais à l'avenir, je te conseillerai de ne plus coucher avec lui. Cette fois-ci, tu n'auras pas l'excuse du choc et de la tristesse. Alors que lui, il est toujours amoureux de toi. Ce ne serait pas bien de profiter de lui davantage.»
Altaïr hocha vigoureusement la tête alors qu'il rougissait jusqu'à la pointe des oreilles. Il savait que son parrain avait raison. Pourtant, quand il repensait aux mains de Juhan sur lui, à son sexe en lui et la totale libération qu'il avait ressenti pendant l'acte, Altaïr n'avait qu'une envie, recommencer. Mais il savait que ce n'était pas bien et comme le disait Remus, il ne profiterait plus des sentiments de son ami. Alors, Altaïr résisterait à la tentation, parce que c'était la bonne chose à faire.
«Je sais Remus, je ne le ferai plus.»
Maintenant que l'esprit de l'adolescent était en paix, ils purent reprendre leur précédent sujet de conversation. Parlant de sujet plus légers, Altaïr avait besoin de se détendre avant de rejoindre à nouveau les autres adolescents et leurs regards.
XXXXXXX
Estonie
10 octobre 1990.
Après la visite de Remus, Altaïr avait abordé bien plus sereinement son quotidien au centre pénitentiaire. Il n'accordait plus aucune attention aux chuchotements des adolescents dans son dos. Parfois, l'Anglais lançait un regard noir à un groupe de jeune, lorsqu'ils discutaient de lui alors qu'ils pensaient qu'Altaïr ne pouvait pas l'entendre et que leurs propos étaient un peu trop racistes.
A deux reprises, il avait dû recadre des garçons de sa classe en les bousculant légèrement lorsqu'ils avaient un peu trop essayé de le chercher. Mais rapidement, tous avaient comprit que ce n'était pas une bonne chose de chercher la confrontation avec lui. Ici, personne n'avait de baguette, ça se jouait avec leurs poings. Et personne n'était assez fou pour penser pouvoir battre physiquement un loup-garou, surtout quand il faisait une tête de plus qu'eux.
De plus, les évènements avec le professeur Tojur, une sorte de respect pour lui s'était créer envers lui. Altaïr avait même surpris une fois un garçon de sa classe reprendre ses amis alors qu'ils insultaient le loup-garou. L'Anglais n'était pas habitué à ce genre de comportement et il avait mit un peu de temps à comprendre que tout le monde ici n'était pas un ennemi.
Pendant tout le week-end, Abel et Dmitrijev lui avaient posé toutes sortes de questions. Altaïr y répondait la plupart du temps, même s'il s'offrait le luxe de les ignorer lorsqu'elles étaient vraiment trop tordues. Non, il n'avait jamais couché avec une vraie louve pendant les pleines lunes.
Danil avait été le plus compliqué à gérer. Le garçon s'était contenté de le fixer pendant trois jours, ne le quittant jamais du regard. C'était comme s'il avait peur qu'il perde le contrôle à tout moment et s'en prenne à lui ou Juhan. Altaïr avait l'impression de voir le comportement d'un Anglais, pas d'un Estonien.
Puis, tout était redevenu subitement normal entre eux, d'un jour à l'autre. Une fois dans leur cellule, le lycanthrope avait parlé du comportement étrange de Sõerd envers lui à Juhan. Le roux lui avait alors expliqué en rougissant qu'il l'avait pris à part en cours pour lui parler. Il n'avait pas trouvé son comportement correct envers Altaïr et voulait le confronter. Juhan lui fit alors un débrief de leur conversation, serrant la gorge du loup-garou.
«Son oncle était un loup-garou. Il était horrible, se mettait tout le temps en colère et il a déjà essayé de frapper Danil. Son père devait parfois se mettre entre eux, pendant les repas de famille quand son oncle devenait trop violent avec l'alcool. Il a fini par mourir lors d'une pleine lune, se blessant si profondément qu'il n'a pas survécu aux blessures.»
Altaïr serra les dents. Il savait que jamais lui ou Remus n'agirait ainsi et ça lui tordait le ventre de savoir que certains lycanthropes utilisaient leur maladie pour justifier leurs méfaits.
«Il était juste une personne horrible et un ivrogne. Peut-être qu'il vivait mal d'être un loup-garou, mais ce n'est certainement pas à cause du loup qu'il agissait ainsi. Si son propre loup se blessait autant, c'est qu'il devait lui aussi le haïr.»
Juhan l'avait serré contre lui, comprenant que cette conversation touchait profondément son ami.
«Je sais, c'est ce que je lui ai dit. Il a compris que tu n'es pas son oncle. Tu es Altaïr Black, un loup-garou terriblement mignon… pendant les pleines lunes.» se reprit Juhan sous le rire d'Altaïr.
Et effectivement, Danil l'avait pris à part le lendemain pour s'excuser de son comportement. Mais Altaïr ne lui en voulait pas. Tout le monde avait un passé et le plus important était que Sõerd arrive à faire la part des choses entre ce dernier et le présent. Petit à petit, Danil voyait les différences entre les loups-garous et bientôt, il se mit à poser autant de questions loufoques que Dmitrijev et Abel.
Parfois, Altaïr sentait le regard de Romanov sur lui. Le tsarévitch semblait encore plus le haïr maintenant qu'il connaissait la vérité à son propos. Pourtant, il n'avait rien fait pour l'approcher. Visiblement, son cassage de nez dans les douches lui avait servit de leçon.
Altaïr était convaincu désormais qu'il avait bien fait de suivre les conseils de Juhan. La situation n'aurait pas pu être meilleur pour lui.
XXXXXXX
Estonie
17 octobre 1990.
Juhan fouillait sur son étagère lorsqu'Altaïr revint des douches. Le roux finit par trouver ce qu'il cherchait et cacha un magazine dans son dos alors qu'il passait à côté du loup-garou, son visage rouge.
«Je vais aux douches.» indiqua-t-il.
Altaïr avait réussi à percevoir une image mouvante sur la couverture de la revue avant que son ami ne la dissimule, c'était l'un des magazines pornographiques qu'il avait offert au roux pour son anniversaire. Sans réellement réfléchir, il attrapa le poignet de Juhan et le poussa sur son lit, s'installant entre ses jambes.
Ça faisait deux semaines qu'ils avaient couché ensemble et depuis, Altaïr pouvait sentir le regard de son colocataire le détailler le soir, dans leurs cellules. Plusieurs fois, le loup-garou avait senti son excitation, mais faisait comme si ne rien était. Il avait promit à Remus de ne plus rien faire avec le roux, mais Altaïr ne pouvait plus se retenir. Savoir que Juhan le désirait tant et que c'était réciproque, le lycanthrope ne pouvait plus résister.
«Que du sexe, ça te va?»
Altaïr aurait pu formuler sa question autrement, être plus gentil ou compatissant. Mais ce n'était pas lui et Juhan ne semblait pas s'en offusquer. Le roux hocha la tête vigoureusement, visiblement il n'attendait que ça. Pourtant, Altaïr attendait un accord oral et il sembla le comprendre.
«Ouai, que du sexe, c'est parfait.»
Il n'en fallut pas plus à Altaïr pour tirer sur le pantalon et le caleçon de l'Estonien.
«J'ai envie de te sucer.»
Juhan gémit, cachant son visage entre ses mains. Putain, Altaïr n'avait-il donc aucune gêne? Ce n'était même pas encore le couvre-feu et la porte de leur cellule était encore ouverte. N'importe qui passant dans le couloir pourrait les voir, mais le lycanthrope ne semblait pas s'en soucier. Altaïr se mit à genoux devant le lit, tirant sur le bassin du roux pour le rapprocher. Et lorsque sa bouche entoura son sexe, Juhan n'ont plus, ne se soucia plus de rien.
Chapitre 31
Angleterre
20 novembre 1990.
Thomas se dandinait inconfortablement sur sa chaise face au regard scrutateur de son père. James avait bien senti que quelque chose n'allait pas avec son fils depuis quelques mois. Au départ, il avait pensé que c'était une simple lubie de ce dernier. Mais la situation n'avait pas changé, elle s'empirait même.
Son fils l'évitait. Il refusait de jouer avec lui au Quidditch alors même qu'il ne faisait que voler seul dans le jardin dès qu'il avait une minute de libre. Thomas engloutissait ses repas avant de rejoindre sa chambre. Et depuis peu, le garçon lui lançait même de temps en temps des regards confus ou noirs dans le pire des cas.
Quelque chose clochait avec son petit garçon et James ne savait pas de quoi il s'agissait. Complètement perdu, il avait essayé de demander conseil à son meilleur ami. Mais Remus lui avait simplement rétorqué que lorsqu'il serait prêt, Thomas lui parlerait de ses soucis. Mais James n'en pouvait plus d'attendre, il lui fallait des réponses.
Alors ce soir-là, après le dessert, il ne laissa pas son fils filer dans sa chambre. A la place, il attendait depuis cinq longues minutes que Thomas veuille bien s'ouvrir à lui.
«Thomas.» soupira-t-il, agacé par l'attente.«Tu peux me dire ce qui ne va pas avec toi en ce moment?»
James grimaça. Il n'avait pas voulu dire ça comme ça, mais il était à bout. Ça le tuait de voir son fils s'éloigner de lui ainsi. Depuis combien de temps avaient-ils perdu leur complicité? Auparavant, Thomas lui disait toujours tout.
«Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à me souvenir de Harry?»
Cette question eut l'effet d'une douche froide pour le père.
«Remus t'en a parlé?»
Il savait que son fils n'aimait pas quand il répondait à une question par une autre, mais le choc était tel qu'il ne put s'en empêcher.
«Non!» défendit immédiatement Thomas son parrain. «Enfin oui, mais parce que je le lui ai demandé. J'ai vu la chambre au fond du couloir et il y avait un dessin de Harry, Remus et moi. Je trouvais juste ça bizarre que je ne me souvienne pas avoir partagé une maison avec ce garçon.
- Je vois. Je comprends.» James prit un instant pour réfléchir à sa réponse.«Tu n'étais qu'un bébé Thomas, c'est normal de ne plus s'en souvenir.
- Non, je n'étais pas un bébé. J'avais quatre ans la dernière fois que je l'ai vu.» contra-t-il.
James fronça des sourcils. Son fils avait trois ans lorsqu'il avait renié Harry. Il comprenait désormais que Remus emmenait le garçon voir en cachette son demi-frère chez Walburga. Il comprenait mieux pourquoi Thomas avait commencé à réellement s'attrister de l'absence de Harry seulement un an après le départ de ce dernier du manoir.
«Remus, il parle avec Harry par lettre. Je les ai lu.» Thomas ne voulait pas encore révéler à son père que lui aussi, il était en contact avec son frère. De toute façon, ce n'était pas un mensonge, il avait effectivement lu en cachette les correspondances de Remus. «Ils pensent que tu m'as effacé la mémoire.»
Thomas était au bord des larmes alors que son père le fixait dans un mélange de surprise et d'angoisse. Pourquoi est-ce que James était-il effrayé à l'idée de Thomas pense cela? Le garçon ne voyait qu'une seule solution.
«C'est vrai.» souffla-t-il du bout des lèvres alors qu'il pleurait désormais à chaude lèvres.
Son père ne nia pas immédiatement, se levant pour s'agenouiller devant sa chaise. Il tourna son fils vers lui, serrant ses petites mains dans les siennes. James semblait terriblement désespéré alors que la situation lui échappait.
«Thomas, j'ai fait ça pour ton bien, crois-moi.
- Pour mon bien?» éructa le garçon, sa voix partant dans les aigus alors qu'il se défaisait de la prise de son père.
Thomas n'avait pas voulu y croire, lorsqu'il avait lu les lettres que Remus avait envoyé à Harry. Il avait sincèrement pensé que son oncle se faisait des films, que jamais James ne pourrait lui faire ça. Mais il y avait il y avait eu ses rêves étranges qui hantaient de plus en plus ses nuits, plus il essayait de se souvenir de son frère. Pourtant, au matin, Thomas ne se souvenait jamais de rien. Mais il avait l'impression que ces rêves étaient important, qu'ils étaient à propos de son frère.
Alors, Thomas avait commencé à douter. Et si Remus avait raison. Peut-être que c'était le cas, mais Thomas refusait de penser que son père irait aussi loin. Mais visiblement, il avait eu tort.
«Tu n'étais plus toi-même. Tu ne mangeais plus, ne dormais plus. Tous les soirs, tu faisais des cauchemars et tu pleurais à chaque fois que tu voyais la chambre de ton frère. Comprends-moi, je t'en supplie.»
Mais Thomas secouait la tête, refusant de croire que son père avait pu lui faire ça.
«Je te voyais dépérir. Je, je … Je ne supportais plus de voir mon précieux bébé dans cet état. Je ne savais plus quoi faire pour te rendre heureux.» La voix de James était suppliante alors que son regard tentait vainement de croiser celui de son fils, voulant prouver sa sincérité.
«Il fallait peut-être penser à ça avait de renier mon frère!» cria Thomas, brisé par cette trahison.
James vacilla, comme si ses mots l'avaient physiquement atteint.
«Je veux me souvenir, je veux retrouver mes souvenirs.» pleura le garçon.
James était pris dans un dilemme qui tirait ses traits dans une expression de souffrance. D'un côté, il refusait que son fils puisse vouloir revoir Harry et tisser des liens avec les Black. Mais d'autre part, il sentait que s'il refusait d'accéder à la demande de Thomas, alors il le perdrait définitivement. Alors lentement, il leva sa baguette pour la poser sur la tempe de son fils.
Thomas ferma les yeux alors que son père récitait une longue litanie en latin. Lorsqu'il eut fini, le garçon se sentit partir, s'évanouissant dans les bras de son père. James le prit délicatement dans ses bras et le porta jusqu'à sa chambre. Il invoqua un fauteuil et attendit patiemment le réveil de son fils, tenant sa main. S
L'attente fut longue, presque insupportable. Mais lorsque Thomas papillonna des yeux, James se surprit à avoir espérer que cela dure plus longtemps. Il ne voulait plus être en conflit avec son fils, il ne voulait pas voir leur famille se déchirer.
Le jeune Potter fixait le plafond de son lit à baldaquin un long moment. Il se souvenait, désormais et c'était étrange. Thomas revoyait le visage de son frère à l'époque et pas uniquement grâce aux photos de Remus. Non, il s'en souvenait vraiment.
Pourtant, il était un peu déçu de ne pas se souvenir d'autant de choses que son oncle lui avait racontées. Mais Thomas supposa que ce n'était pas si anormal que cela. A quatre ans, il n'avait déjà plus aucun souvenir de lorsqu'il n'était encore qu'un bébé. Il ne se souvenait que de quelques souvenirs entre ses trois et quatre ans. Ces derniers étaient encore un peu flous, mais plus il essayait et plus ils devenaient précis.
Thomas se souvenait leurs rires, leurs dimanches sur le canapé de Remus, leurs balades dans les bois, leurs après-midi à jouer et dessiner, les histoires que Harry lui racontait le soir, les nuits où il le réconfortait après un cauchemar, leurs volent de gâteaux dans la cuisine, les réprimandes amusées de Moby.
Ce n'était que quelques dizaines de souvenirs sur quatre ans de vie commune. Mais pour Thomas qui se torturait depuis des mois à essayer de se remémorer le moindre petit évènement, c'était déjà beaucoup. Des larmes de joies coulèrent sur ses joues, alors que les images du passé défilaient devant ses yeux.
Puis, il y eu quelques souvenirs moins plaisants, leurs disputes, Harry qui le plaquait contre un mur, Harry qui l'avait étranglé, Harry qu'il avait rejeté pour sa lycanthropie, les remontrances de Remus, Harry qui avait été détruit par son rejet, Harry qui s'était fait battre par leur père, Harry qui avait été renié.
«Je pourrai être un peu seul.» James semblait sur le point de le contredire, alors il ajouta:«s'il te plaît», d'une voix brisée par les sanglots.
Le père serra un instant sa main un peu plus fort avant d'abdiquer. Il comprenait avoir commis des erreurs, beaucoup d'erreurs. Mais ce n'était pas le bon moment pour essayer de se rattraper. Pour l'instant, James allait devoir se plier aux demandes de son fils.
Lorsque la porte de la chambre claqua derrière son père, Thomas sauta sur ses pieds, ouvrant chaque tiroir de sa chambre, chaque placard et chaque coffre. Il finit par tomber sur la montre que Harry lui avait offert lors du bal des Londubat dans une petite boîte où il rangeait les cadeaux que certains fans lui offrait parfois. La plupart du temps, il ne les utilisait pas ou les donnait à ses amis. Mais parfois, certain lui semblait plus précieux que les autres et n'osaient juste pas s'en débarrassé. Cette montre lui avait donné cette impression et Thomas était heureux de ne pas l'avoir perdu.
Il s'effondra au sol, serrant le bijou contre son cœur, les larmes débordant de ses yeux. Bon sang, Harry avait été si gentil avec lui alors même que lui-même ne se souvenait plus de lui. Il avait voulu le réconforter malgré qu'il ne soit qu'un étranger à ses yeux. Harry lui avait donné un bien très précieux à son cœur, ne sachant même pas si Thomas allait le jeter ou non. Ce simple geste faisait réaliser à Thomas à quel point son frère l'aimait.
C'est la voix secoué par des sanglots qu'il appela finalement Moby, il voulait sortir de cet maison. Il voulait partir loin de James qui l'avait éloigné de son frère. Leur père les avait tellement fait souffrir. Il était si injuste! Rester ici semblait insupportable à Thomas.
«Je veux aller chez Remus. J'ai besoin de le voir.»
La vieille elfe de maison n'hésita pas une seule seconde avant d'obéir. Il était rare de voir le petit garçon aussi désespéré et triste, elle ferait tout son possible pour l'aider. Moby tira légèrement sur les draps, attrapant la main de l'enfant et le fit transplaner jusqu'à l'appartement de Lupin.
Là, l'homme sembla surpris de voir son neveu apparaître au milieu de son salon. Il ne se posa cependant pas plus de questions en voyant les larmes couler sur ses joues, s'empressant de le rejoindre au sol pour lui offrir une étreinte réconfortante. Aucun des deux sorciers ne firent attention aux deux tasses de chocolat chaud que l'elfe posa sur la table basse avant de disparaître dans un «pop» sonore.
« Je suis désolé Remus. »
Remus serra un peu plus l'enfant contre son torse, confus.
« Désolé pour quoi, Tom ?
- Je t'ai dit des choses horribles ce jour-là. Et aussi à Harry, je vous ai traité comme des monstres, c'est affreux. »
Les sanglots de Thomas redoublèrent d'intensité. Remus attrapa délicatement son visage entre ses deux grandes paumes calleuses et essuya ses larmes de ses pouces. Il offrit au garçon un sourire chaleureux, lui signifiant qu'il ne lui en voulait plus depuis longtemps. Il avait immédiatement compris que le garçon avait retrouvé d'une façon ou d'une autre ses souvenirs. Remus trouvait cela regrettable qu'il ait aussi à se souvenir de son rejet face à lycanthropie de son frère.
« Ce n'est plus important, aujourd'hui. Tu as grandi et beaucoup changé, Tom. Tu es devenu un grand garçon, très gentil et ouvert d'esprit. Tu n'as rien fait de mal, compris ? »
Thomas hocha lentement de la tête, bien qu'il fût clairement visible dans son regard qu'il n'était pas tout à fait convaincu.
«Tu avais raison, Papa m'a effacé mes souvenirs.» renifla Thomas dont les larmes avaient enfin cessé de couler.
Il était affalé dans les bras de son oncle, complètement vidé de son énergie à cause des derniers évènements. Remus ne lui demanda pas comment il savait pour ses soupçons ou pourquoi il avait fouillé dans ses lettres. Thomas lui en fut reconnaissant, un léger sourire étirant ses lèvres. Son oncle était vraiment le meilleur.
«Je me souviens de Disneyland. T'avais raison, c'était vraiment chouette.»
Le lycanthrope éclata de rire. Il fit s'asseoir son neveu sur le canapé alors qu'il glissait dans ses mains une tasse, sirotant la seconde.
«Est-ce que tu voudrais lui écrire une lettre?
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je … je n'ai pas été très sympa avec lui, vers la fin.» hésita le garçon, se mordillant la lèvre.
«Thomas, si je suis bien certain d'une chose, c'est que Harry ne t'en jamais voulu. Il t'aime plus que quiconque et s'il t'a accepté sans tes souvenirs, il t'acceptera avec.»
Thomas sourit. Il aimait entendre Remus parler de son grand-frère. C'était plaisant de se sentir aimé aussi inconditionnellement. Parfois, il avait l'impression qu'il pourrait être le plus horrible des sorciers que Harry l'aimerait toujours.
«Bien, je vais lui écrire.» accepta le garçon. «Mais demain matin, je veux aller au lit.
- Bien. Fini ta tasse et tu n'oublieras pas de te brosser les dents.»
Thomas sourit face à l'infantilisation de son oncle, il n'était plus un bébé et ne fuyait plus depuis longtemps le brossage des dents. Ce soir-là, Thomas eut le droit de dormir dans le grand lit de Remus, entouré de ses bras réconfortants.
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Estonie
22 novembre 1990
En lisant son courrier, Altaïr faillit bondir de joie lorsqu'il arriva à la lettre de Thomas.
«Juhan, regarde ça!» ordonna Altaïr, excité. «Mon frère, il se souvient de moi! Il a retrouvé ses souvenirs! Il sait de nouveau à quel point je suis un grand-frère génial. Regarde, il le dit ici.
- En tout cas ce n'est pas la modestie qui t'étouffe toi.» rit Juhan, amusé par la joie enfantine de son ami.
Altaïr ne se laissait pas souvent aller ainsi. Généralement, il n'était de bonne humeur qu'après les visites aux parloirs ou après le sexe. Autrement, il y avait toujours se pli renfrogné qui barrait son front et un peu d'agacement qui transparaissait à travers sa mâchoire crispée.
Juhan était heureux que son ami se sente aussi à l'aise en sa présence. Ils s'étaient bien rapprochés depuis son arrivée en avril et c'était plaisant à savoir. Il rougit en pensant qu'il s'était même plus que juste rapproché. Ils couchaient ensemble. Juhan savait que ce n'était pas bien, que plus le temps passait et plus il tombait amoureux.
Si auparavant, il se rassurait en se disant que ce n'était qu'une petite passade, une amourette d'adolescent comme avec ses ex. Il était de plus en plus dur de s'auto-convaincre. Et ce genre de moment lui le rappelait affreusement. Juhan aimait voir son compagnon de cellule aussi détendu en sa présence, parce qu'il savait que c'était un privilège. Il avait compris au fil des discussions que même avec ses meilleurs amis, Viktor et Lev, Altaïr n'était jamais aussi ouvert.
Juhan avait l'impression d'être spécial pour Altaïr et d'une certaine façon ça devait être le cas. Mais pas de la façon dont il le voudrait. Il était son confident certains soirs, son ami le plus proche à la prison, son amant de temps en temps. Mais il n'était pas et ne serait jamais son petit-copain. Juhan le savait et même si c'était douloureux, il était reconnaissant à Altaïr de lui demander son accord par rapport à cette situation avant chaque rapport.
Altaïr ne l'embrassait jamais, ce n'était que du sexe, il avait été clair sur ce sujet. Juhan hésitait parfois à poser ses lèvres sur les siennes, après ou même pendant le sexe. Il se demandait comment réagirait le lycanthrope. Est-ce qu'il le repousserait, lui expliquant une nouvelle fois qu'il ne pouvait pas lui offrir ce genre d'espoir? Ou bien cèderait-il à sa demande?
Mais Juhan savait qu'il ne cèderait pas à la tentation. Parce que peu importe la réaction d'Altaïr, il serait blessé. Un refus le ramènerait durement à la réalité et un accord ne ferait qu'accroître cet espoir que peut-être, un jour Altaïr oublierait Venus Lovegood et se tournerait vers lui.
«Je ne pensais même pas qu'il se souviendrait de moi un jour.»
L'exclamation de son ami sortit soudainement Juhan de ses pensées moroses. Il posa un regard doux sur Altaïr alors que ce dernier s'adossait inconsciemment à ses jambes. Parfois, Juhan avait l'impression qu'il cherchait le contact physique. Il ignorait si Altaïr avait conscience de tendre sa tête en arrière, réclamant inconsciemment des papouilles dans les cheveux.
Le roux secoua la tête, décidant de ne pas y réfléchir davantage. Il glissa ses doigts fins dans ses boucles noirs, massant son crâne et enroulant des mèches autour de ses doigts. Préférant cesser de pensées à son impossible relation amoureuse avec le Black, Juhan se recentra sur l'instant présent, partageant la joie d'Altaïr. Pour l'instant, il allait se contenter de ses moments privilégiés que son ami lui offrait. C'était suffisant, Juhan saurait se contenter de ça, parce qu'après tout, il l'avait promis à Altaïr.
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Angleterre
29 novembre 1990.
Pollux fixait d'un regard noir Albus Dumbledore qui présidait actuellement la réunion du Magenmagot. Avec sa fonction de directeur de Poudlard, il déléguait habituellement cette tâche au Ministre ou à l'un de ses éminents amis du conseil. Pollux n'était pas dupe, si Dumbledore était présent, c'était à cause de sa demande de réforme du système carcéral anglais. Le vieux sorcier devait craindre que Pollux veuille tenter de réduire la peine des Mangemorts enfermés dans la prison.
Pollux n'était pas dupe. Il avait déposé son nouveau projet de loi des mois auparavant et pourtant, sa demande n'était que traiter aujourd'hui. Il faudrait être stupide pour ne pas comprendre que Dumbledore avait organisé l'agenda du Magenmagot de telle sorte que ce sujet soit abordé seulement deux jours avant la date commémorative de la fin de le guerre contre Voldemort.
De plus, Lord Nott, Lord Parkinson et Lady Greengrass étaient absents de l'hémicycle. Pollux ne croyait pas aux hasards, pas alors que ces trois familles seraient certainement en accord avec ses propos. C'était bien trop suspect que ces trois familles doivent se rendre à des réunions importantes dans d'autres départements du Ministère ce jour-ci précisément. Dumbledore était un fin manipulateur, mais Pollux avait travaillé son discours. Il ne commettrait pas l'erreur de parler de ses petits-enfants enfermés à Azkaban ou d'autres Mangemorts. Il ne voulait pas paraitre en ennemi, mais en un homme juste.
Lorsque, en fin de réunion, ce fut au tour de Pollux de présenter son projet, l'homme se leva calmement. Son visage était placide, il ne laisserait pas Dumbledore avoir connaissance de son désarroi face à ses manipulations.
«Mes chers collègues. J'aimerai aujourd'hui porter à votre attention un sujet qui, malheureusement, a été ignoré durant des années.»
Pollux se détendit en voyant l'attention des membres du Magenmagot se porter sur lui. Habituellement, les sujets de fins de séances étaient d'un ennui profond. C'était bien rare de voir un Lord s'exprimer à ce moment-là et non dans la première heure.
«Comme vous le savez très certainement tous ici, grâce au travail de Rita Skeeter.» grinça-t-il ironiquement. «Mais aussi de celui de Xenophilius Lovegood, mon pupille a été jugé et condamné par le gouvernement Estonien. Depuis, j'ai pu étudier le système carcéral de ce pays et le comparer au notre. Quel ne fut pas ma surprise de constater qu'en Angleterre, aucune évolution dans le traitement de nos prisonniers n'a été effectué depuis plus de vingt ans, date de mon départ.
C'est pourquoi aujourd'hui, je vous propose ce projet de loi, mais pas seulement. Il y a dans le dossier qui vous sera transmit à la fin de cette réunion, des projets de réforme et de mises en place d'aide pour nos prisonniers.»
Un brouhaha commença à s'élever dans la salle. Certain chuchotait à propos de ce Mangemort qui voulait faire évader ses proches, d'autres criaient au scandale. Plus rarement, les anciens partisans de Voldemort hochait la tête avec assentiment. Pollux retint un sourire en coin de lui échapper. Pour l'instant tout ce passait comme il le souhaitait.
L'homme claqua la paume de sa main contre le pupitre lui faisant face, ramenant le silence dans l'hémicycle.
«J'aimerai abordé avec vous les quatre points de mon programme qui me semble être les plus importants à traiter. Tout d'abord j'aimerai vous rassurer, Mrs Marchebank…» la femme rougit en comprenant qu'elle s'était insurgé si fortement que l'homme avait tout entendu de ses propos.«… Je ne compte pas vous demander de voter pour le bannissement des Détraqueurs ou la libération des Mangemorts. Je dois bien avouer que même si je me suis renseigné sur cette guerre qui a terrassé notre pays pendant mon absence, je ne me sentirai aucunement dans mon droit à aborder ce sujet ici.»
Cette fois-ci, tout le monde l'écoutait attentivement alors que du coin de l'œil, Pollux voyait Malefoy et Rosier grincer des dents. Ils semblaient comprendre que cet homme n'était pas dans leur camp. Ou du moins, il ne ferait rien à leur place, s'ils voulaient que les propositions données soient également applicables à leurs anciens camarades, ce serait à eux de se battre.
«Non, j'aimerai aujourd'hui vous parler des personnes condamnées à des peines moins lourdes. Qui ne sont pas condamnés à perpétuité à Azkaban. Ce sera mon premier point. Savez-vous, chers amis, quel est le taux de récidives dans notre beau pays?»
Personne ne répondit, Pollux balaya la pièce du regard. Il croisa le regard de Dumbledore qui semblait sincèrement s'intéresser à ses propos, désormais. Pollux poursuivit, ne quittant plus du regard le doyen de l'assemblée.
«67, 8%. Ce taux est de presque 70%. Mais ce chiffre, ne signifie rien si on ne peut le comparer. Je suis alors allé voir du côté de nos voisins, les Français. Chez eux, ce taux ne dépasse pas 11%!Oui, je vous comprends, moi non plus je n'y croyais pas en découvrant cela.» soupira de défaitisme Pollux, entendant les hoquet surpris de ses collègues. «Alors j'ai voulu confirmé mes hypothèses. En Allemagne, le taux de récidives après la prison est de 13%, en Espagne il est de 10,3% et en Italie, seulement de 6,7%. Je dois dire Lady Zabini, que votre pays de naissance a fait un formidable travail dans ce domaine.»
L'italienne rit à la remarque, charmée par l'attention qui se tournait vers elle désormais.
«Les Anglais sont-ils des criminels dans l'âme? Non, je ne pense pas. Ce que je pense, c'est que c'est notre système carcéral qui est défaillant!» s'exclama-t-il vigoureusement. «Nous emprisonnons à côté de tueurs, de simple voleur ou fraudeur. A Azkaban, que votre peine soit d'un mois ou de dix ans, vous avez le droit au même traitement: des Détraqueurs survolant votre cellule à longueur de journée, la peau abimée par l'air marin, des murs à peine isolés du froid hivernal. A Azkaban, vous n'êtes plus un humain, vous êtes traité en monstre!Pas étonnant qu'à leur retour sur le sol britannique, ces hommes et femmes le deviennent. »
Plus aucun bruit n'était perceptible dans l'hémicycle. Tout le monde était pendu aux lèvres du Lord Black qui s'exprimait avec une ferveur qu'on ne lui connaissait pas. Jamais encore il n'avait eu l'air aussi investit dans une affaire.
«C'est pourquoi, j'en viens à mon second point. J'aimerai, avec votre vote, lancer la construction d'un nouveau centre pénitentiaire. Un centre sans Détraqueurs, où bien qu'enfermé et purgeant leurs peines, les petits criminels ne seraient pas abandonnés par notre société. Un centre où ils seraient toujours des hommes et des femmes avec l'espoir d'un avenir meilleur. Un centre avec du personnel formé et non des gardes aux idées noirs et haineuses.
J'ai conscience, que ça ne sera pas suffisant pour atteindre les mêmes taux faibles de récidives de nos pays voisins. C'est pourquoi, j'aimerai vous proposer une loi qui obligerait nos prisonniers, à la fois pendant leur incarcération mais aussi après, à voir régulièrement des assistants sociaux et des psychologues. Qu'ils soient accompagnés à leur retour à la vie normale et non lâchés dans la nature, sans travail et avec le statut de prisonnier collé à la peau.
- Savez-vous combien cela va coûter à notre gouvernement?» s'insurgea au fond de la salle un homme, Pollux ne parvint pas à détecter précisément de qui provenait la plainte.
«Voulez-vous dire qu'il est préférable de laisser les criminels proliférer et mettre la population en danger plutôt que de faire preuve d'humanité?» répondit d'un ton sec Pollux.«Tous les ans, notre gouvernement débourse des milliards pour le budget du Ministère de la Justice. 7,2 en 1998, 7,5 en 1989 et alors que notre année n'est même pas achevée, nous venons de dépasser les 8 milliards de Galions. Et nous sommes bien le seul pays en Europe à investir autant dans des procès et autres procédures judiciaires alors même que le coût d'entretien d'un prisonnier est le plus faible et de loin, de nos voisins.
- Lord Black, pourriez-vous en venir au troisème point de votre plaidoyer.» suggéra Dumbledore face au lourd silence qui pesait sur le Magenmagot.
Pollux se râcla la gorge, se donnant quelques secondes pour retrouver le fil de son discours.
«J'aimerai que dans ce centre pénitencier, ou dans un autre, se trouve une aile réservée aux mineurs.
- C'est inadmissible!
- Vous entendez-vous parler?
- N'est-ce pas ironique alors qu'Altaïr Black est enfermé dans ce genre de prison en Estonie?» ricana une voix que Pollux aurait préféré ne pas entendre.
Son regard se braqua dans celui de James Potter et quelques sorciers frissonnèrent face à la haine qu'ils se vouaient. Même avec Lucius Malefoy, le chef du bureau des Aurors ne se montraient pas aussi véhéments. En public, les deux hommes savaient gardés leurs différents de côté. Mais face à face, Potter n'avait plus rien de l'Auror bienveillant et Black avait perdu son expression neutre, presque froide.
«Altaïr a commis des erreurs. Je ne dis pas que j'aime le voir enfermé. Mais il doit apprendre qu'il a des responsabilités et qu'il ne peut pas agir comme il l'entend. Peut-être qu'avec une meilleure famille, il n'aurait pas agi ainsi.»
Pour tout le monde, Pollux faisait référence à l'évidente mauvaise éducation de Cygnus. Mais pour James, les propos de l'homme avaient un tout autre sens. Il le traitait de mauvais père et pour lui, c'était la goutte de trop.
«Ou peut-être que s'il n'avait pas été aussi fou qu'un Black ou un monstre, il…
- Potter!» le coupa Pollux.
La bulle qui semblait s'être crée autour d'eux se brisa et James sembla se souvenir d'où il se trouvait. Il avait failli parler de la lycanthropie d'Altaïr et bien que ça ne le gêne pas, il savait ce que ces mots représentaient pour Pollux. Parce lui aussi, il haïssait lorsque Remus était qualifié de monstre. James n'était pas inhumain au point de souhaiter la haine et la stigmatisation à Altaïr. Alors, il se rassit sur son siège, croisant les bras sur son torse, continuant pourtant à fusiller Pollux du regard.
Black ne se détourna de lui que lorsqu'une voix féminine s'élever un peu plus loin. Il fut surpris de découvrir que Mrs Marchebank, la même qui s'était opposé à lui un peu plus tôt, prenait désormais sa défense.
«Je comprends votre opinion. Je dois avouer que mon fils, dans son adolescence, n'a pas été facile à canaliser, même s'il s'est bien assagi avec le temps.» Quelques rires se firent entendre, après tout Marchebank fils était désormais un éminant avocat, réputé pour sa sagesse et son dur labeur. «Parfois, il me répondait juste que de toute façon, il ne risquait rien. J'ai eu peur, longtemps, qu'à ses dix-sept ans, il ne comprenne pas que cette fois-ci, c'est la prison qui l'attendait s'il continuait ses courses de balais sauvages ou ses petits vols.»
Le témoignage toucha l'assemblée, certains de ses collègues hochaient même la tête, ayant vécu des situations similaires. Etrangement, c'était le côté des mages noirs qui semblaient le plus approuver ses propos. Mais ce n'était pas étonnant puisque la majorité d'entre eux avaient un proche enfermé à Azkaban et que la plupart d'entre eux avait été condamné dans les premières années de leur majorité. Ils étaient juste des adolescents qui n'avaient aucune idée des risques qu'ils encouraient à continuer à agir comme des petits rois.
La discussion se poursuivit un long moment. Pollux était satisfait de constater qu'avec ce point, il avait réussi à attirer l'attention de ses pairs sur son dossier. Désormais, il était certain que le sujet ne serait pas simplement oublié, mais sérieusement discuté lors des prochaines rencontres.
Par manque de temps, Dumbledore dû écourter la conversation afin de permettre à Pollux de présenter son dernier point.
« Je vais cette fois-ci, malheureusement, devoir parler de mon expérience personnelle. Je vous avais promis de ne pas le faire, mais je pense que c'est le mieux à faire pour illustrer mon propos. Cependant, j'aimerai, avant toute chose, préciser que mes propositions ne s'appliqueront pas aux Mangemorts, bien que j'utilise leur exemple.»
Les regards se froissèrent. Est-ce qu'après sa longue plaidoirie en faveur des droits humains des prisonniers condamnés à courte peine, Pollux allait-il retourner sa veste? Les membres du Magenmagot craignait le pire.
Quand Altaïr a été incarcéré, j'ai vécu l'enfer. Je pensais ne plus avoir de nouvelle de lui pendant des mois. Parce que mes petits-enfants qui ont été emprisonnés à Azkaban, je n'ai jamais pu les voir. Moi, je ne suis rentré qu'il y a un an et demi au pays. Mais je pouvais imaginer la torture pour leurs parents qui ont vécu dans l'incertitude la plus totale pendant des années. Je sais qu'un jour, si je reçois une lettre à leur propos, ce sera pour m'annoncer leur décès alors je pris pour ne jamais recevoir de nouvelles à leur propos. Alors même que l'ignorance me ronge de l'intérieur.
Quand j'ai vu Altaïr être emmené par les Aurors à la fin de son procès, je pensais qu'il ressortirait de prison brisée, qu'il ne serait plus que l'ombre de lui-même. Parce que c'est dans cet état que ressorte nos prisonniers d'Azkaban. Mais en Estonie, les prisonniers sont traités comme des humains. Le gouvernement a compris l'importance qu'avait les liens sociaux sur le mental des sorciers.
Ils ont instauré un système qui me permet de recevoir de ses nouvelles une fois par semaine et même mieux, je peux lui rendre visite deux fois par mois. Et pourtant, la distance lors des parloirs, la vitre se dressant entre nous, cela me blesse profondément. Alors imaginé la douleur d'un parent, d'un frère, d'une sœur, d'un ami ou d'un enfant quand ils voient un proche disparaître pour Azkaban et qu'ils savent ne jamais pouvoir le retrouver comme avant à sa sortie.
C'est une torture pour les prisonniers. Mais dans mon point, j'aimerai mettre l'accent sur les familles. Parce que ces hommes et ses femmes ont un proche ayant commis un crime, ils devraient également être punis? Ce n'est pas juste, eux n'ont rien fait. Ils ne méritent pas ça.»
Pollux pouvait voir les yeux rougeoyants de certains membres du Magenmagot. Lady McNair essuyait les larmes qui coulaient sur ses joues alors que Lord Rosier reniflait bruyamment. Lucius semblait impassible, mais Pollux pouvait voir dans son regard qu'il avait touché une corde sensible. Lui-même eut du mal à ne pas céder à ses émotions et c'est la gorge serrée qu'il reprit son discours.
«C'est pourquoi, j'aimerai vous demander d'instaurer un droit de visites.» Voyant les protestations venir, il ajouta: «Ou au moins, un droit sur les échanges de lettres.
- Et vous pensez sincèrement que qui que ce soit voudrait aller à Azkaban pour voir un prisonnier?» se moqua Elphias Doge, installé à côté de Potter.
«Une belle paire de con» pensa Pollux avant de répondre. «Oui, j'en suis persuadé. Parce que si je n'avais pas un enfant à ma charge, je n'hésiterais pas à rejoindre une cellule là-bas, si cela signifie que je pourrai revoir ma famille une dernière fois avant ma mort.»
Son ton grave fit comprendre la sincérité de ses propos à l'homme et ce dernier cessa de rire grassement. Les regards noirs de certains membres du Magenmagot le punirent de son indélicatesse, d'autant plus qu'une partie d'entre eux avaient également des proches enfermées. Ils comprenaient mieux maintenant pourquoi Pollux disait qu'en Angleterre, leurs prisonniers n'étaient pas traités en humain. Cet homme en était la parfaite démonstration. Même Dumbledore, son fidèle ami, lui lança un regard d'avertissement.
«Bien. Il semblerait que nous ayons beaucoup à penser pour notre prochaine réunion. Je vous remercie, Lord Black, de nous avoir fait part de ce qui semble être une sérieuse faille de notre système judiciaire. Je vous souhaite à toutes et à tous une joyeuse journée. La réunion est terminée.»
Bien que Dumbledore quitta rapidement l'hémicycle, accompagnée de ses amis habituels, une bonne partie d'entre se rassemblèrent en petit groupe pour discuter des différents points de la réunion. Pollux voyagea de groupe en groupe, étoffant certaines de ses idées.
Ce ne fut qu'une longue heure plus tard qu'il put enfin rejoindre son manoir, complètement exténué. Bien, lorsque ce sujet aura avancé et que les sorciers dits de la lumière auront comprit qu'il n'est pas un fidèle Mangemort et que ceux dits sombres comprendront qu'avec les changements pourront dans le long therme certainement aussi s'appliquer aux Mangemorts, Pollux pourra passer à la deuxième étape de son plan. Une fois appréciée de ses pairs, il pourra mettre en avant la cause qui lui réellement à cœur: adoucir le statut des lycanthropes dans ce pays.
Il avait conscience que James Potter n'avait pas renié son fils uniquement parce qu'il était un Black. Un héritier hybride était une honte pour n'importe quelle famille. Mais Altaïr était atteint d'une maladie incurable. Alors la seule solution de Pollux était de faire en sorte que sa lycanthropie ne soit plus une honte, mais une fierté.
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Estonie
2 décembre 1990
Comme Altaïr l'avait prédit, l'heure du lever du soleil ne permettait désormais plus au lycanthrope de se transformer avant que ses camarades ne se fassent réveiller par les gardes. L'adolescent ne reprendrait sa forme humaine une heure après l'heure du petit-déjeuner désormais. Le mois dernier, sa transformation avait eu lieu seulement quelques minutes avant que les gardes n'ouvrent les cellules.
Ce matin, c'était donc la première fois que les voisins de cellules de Juhan et Altaïr passait devant le loup-garou, frôlant le mur opposé en le voyant à travers les barreaux. Le loup observait attentivement les adolescents défilés devant lui, comprenant que bientôt, son humain préféré quitterait à son tour sa cellule.
Juhan n'était pas du matin. Habituellement, c'était Altaïr qui le tirait du lit pour le traîner vers le réfectoire. Cette fois-ci, il dut se réveiller seul et il se frottait encore les yeux lorsqu'il tomba nez-à-nez face au gros loup noir. Cela le réveilla instantanément.
Le loup jappa joyeusement en le voyant, se redressant sur ses pattes et sa queue frétillait joyeusement derrière lui. Son brusque mouvement fit sursauter Danil qui attendait son ami à quelques mètres de sa cellule, il ne voulait pas patienter juste devant le loup-garou. Il vit, horrifié, le roux s'approcher de la cellule en babillant comme on le ferait devant un bébé chien.
Danil voulut tirer son ami en arrière lorsque Juhan passa une main entre les barreaux. Mais il ne fut pas assez rapide, le roux caressait déjà la tête massive de l'animal. Sõerd se figea dans son mouvement en voyant la bête pencher sa tête pour approfondir le contact. Juhan et le loup semblait complètement déconnecté de la réalité, ne voyant même pas tous les regards se poser sur eux.
Le temps semblait s'être suspendu dans le couloir. Tous observaient le sorcier audacieux câliner le loup-garou comme s'il s'agissait de l'animal le plus inoffensif au monde. Pourtant cette bulle hors du temps se brisa subitement lorsque le loup se recula d'un pas pour grogner contre le garde qui venait de tirer le roux en arrière.
«Poliakoff, je peux savoir à quoi vous jouer?»
C'était la première fois que Danil voyait un garde perdre son expression froide, les traits déformés par l'inquiétude.
«Ben quoi? Il m'aime bien.» haussa des épaules Juhan, comme si la réponse était évidente.
Le garde le poussa vers Danil, jurant contre l'adolescent impulsif et inconscient. Danil était si choqué qu'il ne pensa même pas à gronder son ami, se contentant de le suivre les yeux écarquillés.
«On te ramènera du bacon loup-loup!» s'exclama le roux en prenant la direction du réfectoire.
Derrière eux, le loup jappa joyeusement, comme s'il avait compris la promesse de l'humain.
Chapitre 32
7 décembre 1990
«Je peux savoir à quoi tu joues avec Juhan?»
Danil et Altaïr était seul à la bibliothèque, c'était rare que le rouquin ou d'autres de leurs amis ne soient pas présent. Mais Juhan s'était battu avec un adolescent dans sa salle de classe et les deux garçons avaient écopé d'une semaine en isolement. Danil et Altaïr avait donc tout le loisir d'apprendre à se connaître, ou plutôt de continuer à s'asseoir ensemble dans la cour, à la bibliothèque ou au réfectoire dans un silence terriblement pesant.
Danil songeait qu'il était le seul à être mal à l'aise face au mutisme de l'Anglais, Black semblait en être satisfait. Mais après trois jours de silence complet, l'Estonien s'était décidé à enfin briser la glace. Peut-être que ce n'était pas le sujet le plus sûr, mais il n'en pouvait plus de voir son ami fixer Black avec espoir alors que ce dernier ne semblait pas prêt de lui retourner ses sentiments.
Sõerd savait que Juhan n'était pas stupide. Il le connaissait bien, étant allé à Durmstrang en même temps et ayant partagé un dortoir pendant quatre ans. Mais Juhan était amoureux et il semblait avoir perdu toute son objectivité concernant ses chances de relations avec l'Anglais. Mais Danil n'était pas dupe, il voyait bien qu'Altaïr ne regardait pas Juhan comme le roux le regardait.
«Il est amoureux de toi et tout ce que tu trouves à faire, c'est de coucher avec lui. Je ne te voyais pas être ce genre de type.» poursuivit Danil face au manque de réponse de son vis-à-vis.
«On a discuté, il a dit que ça lui allait.
- Bien sûr qu'il a dit ça! Tout le monde aurait dit ça!» s'énerva Danil. «Il est prêt à attraper la moindre occasion que tu lui donnes pour se rapprocher de toi. Il pense que tu vas finir par tomber amoureux de lui.»
Altaïr fronça ses sourcils. Il avait mis les choses au clair avec Juhan, à plusieurs reprises. Ce n'était pas sa faute s'il continuait à espérer. Mais d'un autre côté, il comprenait ce que Danil essayait de lui expliquer. Altaïr aussi aurait saisi l'occasion si Venus lui l'avait proposé.
Il se surpris à ne pas ressentir la poigne douloureuse et habituelle qui enserrait douloureusement son cœur à la pensée de l'adolescente. Remus avait eu raison, avec le temps, il oubliait petit à petit ses sentiments pour elle. Pourtant, Altaïr restait fortement attaché à Venus.
«Tu penses vraiment que ce sera mieux pour lui?
- Oui, très clairement.» acquiesça Danil, l'air déterminé.
Altaïr soupira, promettant à l'Estonien de discuter avec Juhan de tout ça. Il était si compliqué pour lui de gérer l'humain, il n'y était pas habitué.
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12 décembre 1990
Altaïr attrapa la main de Juhan lorsque ce dernier fit mine de vouloir la glisser dans le pantalon de l'Anglais. Juhan avait quitté le matin même sa cellule d'isolement et le lycanthrope avait pu sentir son regard sur lui une bonne partie de la journée. Peut-être que Danil avait raison finalement, ce n'était pas bien de laisser le roux espérer et s'accrocher à lui.
«Il faut qu'on arrête Juhan.» murmura-t-il, fixant son regard anthracite dans celui de l'Estonien, à califourchon sur lui.
«Quoi? Pourquoi? Tu n'aimes plus ça?» paniqua Juhan.
«Ce n'est pas bien, je ne veux plus continuer à profiter de tes sentiments.
- Tu ne profites de rien du tout. J'en ai envie et toi aussi, où est le mal?
- Tu es amoureux de moi et ce n'est pas réciproque.» La voix d'Altaïr était sans appel, il ne voulait plus laisser son ami espérer pour quoi que ce soit.
Juhan s'éloigna, s'asseyant à l'autre bout du lit comme si les mots d'Altaïr l'avait physiquement atteint. C'était douloureux.
«Ça ne me dérange pas. Je le sais très bien que tu es amoureux de cette fille, je ne te demande pas de m'aimer. Je veux juste du sexe.»
C'était un mensonge évident et ils le savaient tous deux. Altaïr n'avoua pas à son ami qu'il ne pensait plus aimer autant que deux mois plus tôt Lovegood, ce n'était pas le bon moment. Juhan n'avait pas besoin de le savoir, c'était mieux s'il le pensait éperdument amoureux d'une autre.
«Juste une dernière fois.» Altaïr sembla hésité un instant, avant de secouer la tête de gauche à droite.«Bien, je vois.»
Juhan était amer, rejoignant bien sagement son côté de sa cellule pour attraper ses affaires de douches. Lui qui avait espéré pouvoir fêter la fin de son isolement avant de se laver, il était loin du compte.
«Dans ce cas, je vais me chercher une autre bite à chevaucher.» grogna-t-il en quittant la cellule d'un pas rageur.
Il savait qu'il était dur avec Altaïr, que ce dernier avait simplement voulu faire au mieux pour ne pas le blesser davantage qu'il ne le faisait déjà. Juhan ne vit pas la tristesse tirer le temps d'une seconde les traits de son colocataire.
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15 décembre 1990.
«Qu'est-ce qui t'arrives louveteau? La dernière fois que je t'ai vu comme ça, tu venais d'apprendre que Venus allait se fiancer, toute la prison a appris que tu es un loup-garou et tu avais couché avec ton colocataire. Qu'est-ce que c'est cette fois-ci?» s'amusa Lupin.
Altaïr eut un petit rire, ne prenant pas mal les moqueries de Remus. Il essayait de le détendre tant bien que mal et il lui en était reconnaissant. Depuis qu'il avait mis un terme à son semblant de relation avec Juhan, ce dernier refusait de lui parler et Danil collait à longueur de journée le rouquin pour s'assurer qu'il allait bien. L'ambiance était électrique dans leur cellule et Juhan ne prenait même pas la peine de cacher le fait qu'il voyait un ou deux garçons dans les douches ou dans leurs cellules de temps en temps, lors de leurs temps-libres.
Altaïr était blessé par ce comportement, il avait espéré que Juhan comprenne sa décision. Mais il supposait qu'il faudrait du temps à l'Estonien pour se remettre de leur discussion, de son rejet. S
«J'ai continué de coucher avec Juhan.
- Altaïr, je t'avais…
- Oui je sais.» coupa l'adolescent. «Je sais Remus. Mais il était d'accord et je… putain je ne sais même pas pourquoi j'ai voulu continuer ça.» Remus claqua de la langue face à sa vulgarité, mais le laissa s'exprimer.«On était d'accord qu'il n'y aurait pas de sentiments entre nous. Mais Danil dit que ce n'est pas juste pour Juhan et je suis d'accord avec lui. Je ne voulais pas le blesser, j'aurai dû t'écouter.»
Remus était empli de compatie pour son filleul. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un peu de déception mêlée à de l'amusement. Il était déçu qu'Altaïr ne se soit pas montré plus mature et n'ait pas suivi ses conseils. De son point de vue il était évident que les choses de dérouleraient ainsi, c'était inévitable. Pourtant, Remus était amusé de constater à quel point Altaïr était semblable à son oncle parfois. Il ne se souvenait même plus du nombre de fois où Sirius l'avait retrouvé en panique à cause de ses gaffes auprès de ses conquêtes.
Remus était rodé pour gérer ce type de situation, avec Sirius qui lui avait servi de meilleur ami pendant des années. L'homme avait beau avoir trahit les Potter, les bons souvenirs restaient, malgré tout.
«Il faut que tu comprennes que Juhan a besoin de temps pour tirer un trait sur ses sentiments envers toi. Regarde avec Venus, tu ne lui as toujours pas répondu, alors qu'elle t'a écrit il y a plus de deux mois. La situation ne va pas se régler juste parce que tu t'excuses ou que tu penses avoir fait la bonne chose.
- Mais tu ne comprends pas.» contra Altaïr, n'écoutant qu'à moitié la sagesse de son parrain. «Il fait n'importe quoi. Il couche à droite et à gauche et avec des cons la plupart du temps. Je… je ne veux pas le voir comme ça!
- Est-ce que c'est le voir triste par ta faute qui t'embêtes tant ou que tu ne puisses plus coucher avec lui. »
Altaïr rougit jusqu'à la pointe de ses cheveux. Il n'aimait pas parler de ce genre de sujet avec son parrain. Pourtant l'adulte était de bon conseil et s'il n'était pas aussi perspicace, il serait presque heureux de partager ses soucis avec lui. L'adolescent réfléchit quelques instants à la question, n'y trouvant pas réellement de réponse.
Oui, il détestait que Juhan se sente si blessé par sa faute. Parce qu'Altaïr avait joué au con et bien que s'étant persuadé de l'inverse, il comprenait qu'il avait tout de même joué avec ses sentiments. Et oui, il détestait l'idée de savoir Juhan avec d'autres garçons.
Ce n'était pas comme avec Venus, où la savoir promis à un autre homme lui avait déchiré le cœur. Altaïr n'était pas dévasté. Pourtant, il y avait cette pointe de colère qui pointait le bout de son nez lorsqu'il entendait Juhan donné rendez-vous à un autre garçon dans un coin discret où les gardes ne les verraient pas. Jusqu'alors, Altaïr ne comprenait pas pourquoi il ressentait cette colère. Mais grâce à Remus, il arrivait enfin à mettre des termes dessus. Il était jaloux de ces garçons qui avaient le droit de toucher Juhan alors que lui, il s'en était volontairement privé.
«Tu dois lui laisser du temps Altaïr. Ne force pas les choses, rien de bon n'en sortiras.» dit Remus d'un ton sérieux. «Je sais à quoi tu penses, je peux entendre tes pensées d'ici. Tu es amoureux de Venus et même si tu penses avoir tiré un trait sur elle, il est évident que tu continues de ressentir un petit quelque chose. Ne va pas te mettre en couple avec ce garçon à cause d'une jalousie mal placé.»
Altaïr baissa la tête, honteux d'être si lisible pour son parrain. Il était bien la seule personne à réussir à le comprendre aussi facilement.
«Nous sommes des loups-garous, ne l'oublie pas.» grimaça Remus. «Pour l'instant, ce n'est peut-être même pas toi qui ressens cette colère. Le loup n'aime pas qu'on touche aux personnes qu'il juge être de sa meute. Juhan est un ami précieux pour toi et ton loup semble beaucoup l'aimé, de ce que tu m'as dit. Il doit être terriblement furieux contre toi pour l'avoir éloigné de vous deux et il doit encore moins aimer sentir tout un tas d'odeurs sur lui.»
Altaïr fixait toujours ses mains, tordant nerveusement ses doigts comme un petit garçon qui se faisait réprimander.
«Regarde-moi, Altaïr.» demanda doucement Lupin. «Promets-moi de ne rien faire de stupide.
- Ouai. Ouai, je te promets.» grimaça Altaïr.
Il savait que Remus avait raison. Altaïr avait aussi pensé à cette option qui voulait que ce soit son loup, qui lui fasse ressentir cette jalousie. Il avait eu l'impression d'avoir le contrôle sur lui, puisque le loup devenait de plus en plus docile. Altaïr avait oublié que le filtre lunaire créait un lien entre eux qui n'était pas unilatéral. Le loup aussi pouvait l'influencer. Moins que pour un lycanthrope normal, mais il l'influençait tout de même, d'une autre manière. Altaïr captait ses envies plus que Remus ne le faisait par exemple avec son propre loup. Mais lui, il se contentait de recevoir ces informations sans les ressentir et se laisser envahir par le loup.
Cela faisait des mois qu'Altaïr n'arrivait pas à différencier ses propres émotions de celle du loup. Mais contrairement à son parrain, il voyait ce fait sous un tout autre angle. Ce n'était pas normal qu'Altaïr n'arrive pas à faire cette distinction qui lui semblait habituellement évidente. Pour lui, ça ne signifiait qu'une seule chose, son loup et lui était pour une fois en accord. Leurs sentiments étaient les mêmes et se fondaient parfaitement ensemble.
Mais il était d'accord avec Remus pour dire qu'il était trop tôt pour définir clairement ses sentiments envers Juhan. Si ça se trouvait, il était simplement triste de ne plus être son ami et était jaloux des autres garçons avec qui il parlait à cause de ça. Peut-être que ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait ressenti pour Venus et qu'il ressentait encore parfois. Alors il tiendrait sa promesse cette fois-ci, il ne tenterait plus rien envers Juhan qui pourrait le blesser.
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Angleterre
15 décembre 1990 (même journée)
Pollux fut surpris de découvrir Remus Lupin dans son salon lorsqu'il rentra du Magenmagot en fin d'après-midi. Il avait été triste de devoir encore une fois rater l'une des visites de son pupille. Pollux avait pensé qu'étant convoqué en début de matinée, la réunion d'urgence du Magenmagot se terminerait avant l'heure du déjeuner. Il fut terriblement contrarié lorsque celle-ci se poursuivit jusqu'à dix-sept heures passées, l'empêchant de se rendre en Estonie.
Il s'installa dans le fauteuil en face du lycanthrope et accepta avec plaisir la coupe de thé qu'il lui tendait. Ce n'était pas l'heure pour une collation, mais Pollux avait terriblement besoin de se détendre et Remus semblait l'avoir compris.
Les deux hommes s'étaient beaucoup rapprochés avec les mois. Ils étaient tous deux avides de détails sur une partie de la vie d'Altaïr qu'ils ne connaissaient pas. Pollux découvrit qu'il avait été un petit garçon plein de vie et très protecteur envers son frère. Remus apprit toutes les mauvaises choses qu'il avait vécu, mais également qu'il était un étudiant brillant et plein de ressources. Mais une seule chose commune ressortait de leurs échanges, les deux sorciers étaient déterminés à rendre cette innocence perdue à Altaïr. Ils feraient tout ce qui était en leur capacité pour cela.
«Altaïr est exactement comme Sirius.» entama Remus pour changer les pensées de son ami. «Un vrai coureur de jupon et pourtant incapable de comprendre les sentiments des autres.»
Pollux s'autorisa un petit rire, ne voulant tout de même pas trop se moquer des déboires de son pupille. Il se souvint avec nostalgie des premières années de Sirius, de Regulus et d'Aquila à Poudlard. L'homme avait quitté le pays pendant la deuxième année de Sirius, un an seulement avant que la guerre n'éclate au grand jour. Et pourtant, il se souvenait encore de ce repas de Noël 1969 où Aquila avait pris un malin plaisir à raconter à qui voulait bien l'entendre que son frère avait embrassé une fille dans le dos de sa petite-amie. Cette dernière n'avait pas tardé à l'apprendre et avait giflé le garçon devant tout le monde dans la Grande Salle. Regulus enchaîna en racontant que Sirius avait gardé la trace de la baffe sur sa joue toute la journée.
Pollux apprit par la suite de Remus que son petit-fils ne s'était pas assagi avec le temps. Il semblerait que bien qu'ayant un peu plus de valeur morale que son oncle, Altaïr n'était pas près d'arriver à la fin de ses déboires côté cœur.
Il était heureux de savoir que Remus était présent pour son pupille. Pollux avait conscience de ne pas être la personne idéale pour parler de ce genre d'histoires. Il était trop vieux et les mœurs de son époque était bien différentes de celle d'aujourd'hui. Altaïr ne lui parlerait certainement jamais de ses amours de jeunesses et bien qu'étant triste de ce fait, Pollux en était aussi soulagé. Il ne saurait pas conseiller le garçon alors qu'il serait l'homme lui trouvant très certainement une femme et brisant ses espoirs d'amour réciproque, d'ici quelques années.
En attendant, il était bien content que Remus surveille la situation du coin de l'œil. Altaïr semblait en avoir terriblement besoin.
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Estonie
20 décembre 1990
«Salut Harry,
Je suis allé sur le Chemin de Traverse avec Lunard ce week-end, il m'a acheté un magazine sur les Flèches d'Appleby. Neville dit qu'ils sont nuls cette année, mais leur nouvel entraineur à l'air bien et j'espère qu'ils remonteront dans le classement en janvier. Ils disent dans le magazine qu'il va y avoir un changement d'attrapeuse et de gardien.
Je te vois déjà me répondre qu'un bon gardien ou attrapeur ne sert à rien sans des batteurs corrects. Mais je pense que c'est déjà un bon début. Papa a dû travailler pas mal ces derniers temps parce qu'il a perdu un pari avec l'un de ses collègues. Je n'arrive pas à croire qu'il a parié cinq jours de gardes que les Flèches gagneront face aux Frelons de Wimbourne. Ils ont gagné la coupe cinq fois d'affilées, c'était vraiment stupide.
Enfin, je ne suis pas trop triste de ne plus le voir très souvent. Papa refuse de me laisser venir te voir. Il est vraiment con! (Ne dit pas à Remus que j'ai écrit un gros mot). Il dit qu'il a bloqué mes souvenirs pour mon bien, mais je ne le crois pas.
Dans tous les cas, je suis vraiment content d'avoir retrouvé la mémoire! Avec Lunard, on pense retourner à Disneyland quand tu pourras revenir en Angleterre. Je crois que ça photo préférée de son album, c'est celle où on fait du carrousel tous les trois. Je l'aime bien aussi cette photo, même si elle n'est pas magique.
Au fait, je ne me suis jamais excusé. Parler de ça m'as fait me souvenir que je devais le faire. Je n'aurai pas dû réagir comme ça quand tu m'as dit que tu es un loup-garou. Je n'avais vraiment rien dans le cerveau à l'époque. Un vrai véracrasse! Mais je veux que tu saches que maintenant, je m'en fiche. Je t'aime comme tu es! (Par Merlin, je vire Poufsouffle)
J'espère que tout va bien de ton côté!
Tommy.»
Altaïr se sentit soulagé de savoir que James refusait à Thomas de le rejoindre ici. Il n'était pas fier d'être déjà en prison à seulement quatorze ans, treize au moment de son procès. Il refusait que Thomas le voit ainsi, dans son uniforme de détenu enfermé dans un bâtiment lugubre et sans aucune joie humaine.
Altaïr avait été son modèle pendant des années, lorsqu'ils étaient enfants. Il avait honte de son parcours et ne voulait pas se montrer ainsi face à son petit-frère. Thomas n'avait pas besoin de voir cette image du grand-frère idéal s'effriter un peu plus.
De plus, Altaïr en voulait pas que leurs retrouvailles se fassent à travers une vitre. Il voulait pouvoir enlacer son frère, s'assurer que tout cela n'était pas un rêve, le sentir contre lui. Parfois, il se réveillait en pleine nuit à cause d'un cauchemar où son frère ne s'était jamais souvenu de lui et ne lui avait jamais écrit. D'autre fois, Thomas lui écrivait des lettres injurieuses, le blâmant de l'avoir abandonné ou le traitant de monstre à cause de sa lycanthropie. Alors, Altaïr fixait son plafond jusqu'au petit matin et lorsque les gardes allumaient les lumières du couloir, il s'empressait d'attraper l'une des lettres que Thomas lui avait écrites. Il la relisait parfois des dizaines de fois, s'assurant que son rapprochement avec son frère n'était pas juste un rêve.
Au moins, Altaïr était désormais certain que son frère n'avait plus peur de sa lycanthropie. Thomas semblait l'accepter et le jeune Black savait que cette lettre deviendrait sa favorite, en plus de la première que lui avait écrite son frère.
Dans un réflexe dû au mois passé en compagnie de Juhan, Altaïr se tourna vers son ami pour lui partager la nouvelle. Mais le roux était obstinément allongé dos à lui, il était clair qu'il ne souhaitait toujours pas lui parler. L'Anglais soupira, rangea la lettre sur son étagère et s'allongea à son tour. Le couvre-feu prendrait place dans quelques minutes. Altaïr répondrait le lendemain à son frère. Il avait hâte de lui écrire, comme Thomas l'avait prédit, que les Flèches feraient mieux de remplacer leurs batteurs plutôt que leur attrapeuse. Après tout, Judith Garvick n'était pas la pire dans le milieu, contrairement aux jumeaux Torbas qui étaient véritablement de terribles batteurs.
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Estonie
25 décembre 1990
Bien que Noël tombe un mardi et non un lundi, les occupants de la prison reçurent du courrier en ce jour heureux. Les lettres avaient été distribuées le soir, après le dîner. D'ici, Altaïr n'avait pas pu offrir de cadeaux à sa famille, bien qu'il chargea son tuteur d'acheter quelques présents à ses proches en piochant dans son coffre à Gringotts. Il avait dit à Pollux de se choisir quelques livres dans une librairie qu'il aimait bien sur l'Allée des Embrumes de sa part. Altaïr avait promis que l'année prochaine, il se rattraperait en lui offrant un présent plus adéquat.
Le lycanthrope ouvrit avec hâte ses lettres. Ici, il ne pouvait pas recevoir grand-chose et Altaïr savait déjà ce que contenait les quelques colis qui avaient passé les contrôles de la prison. Certainement des magazines de sports et quelques livres de magie.
Il fut cependant bien vite stoppé dans sa lecture, un reniflement provenant de l'autre coin de la cellule. Altaïr abandonna immédiatement ses lettres pour porter son attention sur Juhan. Pris par sa joie, il n'avait pas remarqué que son colocataire avait lui aussi reçu du courrier, une unique lettre qu'il froissait entre ses doigts crispés alors que des larmes coulaient sur ses joues.
C'était la première fois que Juhan recevait du courrier depuis les huit mois que l'Anglais avait passé à ses côtés. Visiblement, ce n'était pas une bonne nouvelle. Altaïr oublia aussitôt que Juhan et lui était en froid, que le roux refusait de lui parler depuis presque trois semaines.
Il s'assit à côté de Juhan sur son lit et le serra entre ses bras. L'Estonien s'agrippa à son pull comme à une bouée de sauvetage, ses sanglots emplissaient la cellule. Altaïr se contenta de le soutenir en silence. Il ignorait ce qu'il y avait d'écrit dans cette lettre et pour l'instant, il n'avait pas besoin de le savoir.
Altaïr voulait simplement faire comprendre à son ami qu'il était là pour lui. Peu importe les disputes, il le soutiendrait. Juhan pleura longtemps et finit par simplement se laisser bercer dans les bras du lycanthrope, s'endormant contre lui. Il était complètement vidé de toute énergie et l'Estonien ne sentit même pas son ami le glisser sous ses draps avant de s'allonger à ses côtés.
Cette nuit-là, Altaïr se réveilla à quelques reprises, Juhan gémissant parfois dans son sommeil. Visiblement, cette lettre l'avait complètement chamboulé et le hantait même dans son sommeil. A chaque fois, Altaïr se contentait de le serrer un peu plus fort, ne le lâchant à aucun instant. Il lui chuchotait à l'oreille quelques paroles réconfortantes et ne se permettait de se rendormir que lorsque Juhan était complètement apaisé.
Au petit matin, Altaïr émergea de son sommeil lorsque le rouquin commença à gigoter à ses côtés, signe qu'il se réveillait. L'Anglais quitta le lit de son ami sans dire un mot, bien conscient que Juhan n'était pas encore prêt à se rapprocher à nouveau de lui. La veille, il avait été chamboulé et avait besoin de son soutient. Aujourd'hui, la situation était différente, elle était la même que les jours précédents.
«Merci Altaïr.» chuchota l'Estonien, s'emmitouflant dans sa couette.
Altaïr lui ébouriffa les cheveux avant de rejoindre son propre lit. Il comprit ce que signifiait ce merci, «merci d'avoir été là pour moi, mais je ne suis toujours pas prêt à ce qu'on redevienne ami.»
«Je comprends.» se contenta-t-il de chuchoter.
Il sut qu'il avait bien agi en voyant le corps crispé du roux se détendre sous la couverture. Pour une fois, Altaïr avait l'impression de ne pas faire tout foiré et cela lui fit du bien. Parfois, il semblerait qu'il savait lui aussi agir de la bonne façon et comprendre son ami.
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Estonie.
31 décembre 1990.
Alors qu'il se transformait comme à son habitude dans les toilettes faisant face à sa cellule habituelle, Altaïr comprit que cette pleine lune ne serait pas aussi plaisante que les précédentes. Il sentait l'agitation de son loup en lui depuis quelques jours. La bête n'aimait pas être privé de son humain préféré et le faisait comprendre à son hôte.
Cette nuit-là, le loup grogna, il hurla, gratta le sol à s'en faire saigner les pattes en essayant de creuser un tunnel pour rejoindre l'humain dans la cellule face à la sienne, il se jeta contre les barreaux, coupa la peau épaisse de son ventre en essayant d'évacuer le mal-être qui l'habitait. Aucun prisonnier ne passa une bonne nuit, sans cesse réveillé par le bruit que faisait le loup.
Altaïr n'avait plus aucun contrôle sur lui. Il avait l'impression de revenir à l'époque où son père l'enfermait dans un cachot du manoir Potter et que son loup se détruisait dans l'espoir d'échapper à ce corps d'humain dans lequel il était emprisonné. C'était un cauchemar éveillé dont il ne pouvait sortir.
Lorsque les gardes vinrent ouvrir les cellules les adolescents assistèrent à spectacle bien différent de la pleine lune précédente. Le loup était allongé au sol, grognant contre toute personne s'approchant de trop près, des taches de sang recouvraient le sol. Lorsque Juhan passa devant la cellule, la bête cessa subitement ses grognements, se roulant sur le dos en gémissant. Il voulait que son humain favori lui porte la même attention qu'à l'habitude. Il n'avait pas joué avec lui de la nuit, l'ignorant froidement.
Mais une nouvelle fois, le roux l'ignora, passant à côté de lui en ne quittant pas des yeux le sol de la prison. Ce ne fut que lorsque Danil, alors à ses côtés, haleta d'effroi que Juhan mit fin à sa froide ignorance. De profondes entailles barraient son poitrail, un fin ruissellement de sang coulant le long de sa fourrure pour s'écraser au sol.
«Monsieur, il faut le soigner!» cria Juhan, sa colère envers son colocataire envolé.
Un garde s'approcha de la cellule et grimaça en voyant l'état de la bête. L'infirmier allait avoir du travail. C'est pour ça qu'habituellement, les rares prisonniers atteints de lycanthropie était enfermé dans un bâtiment à part lors des pleines lunes.
«Nous devons attendre qu'il se transforme. Nous ne pouvons pas le déplacer pour l'instant.
- Mais, il saigne et il … il est blessé!» s'exclama d'indignation le roux.
«Dans tous les cas, nous ne pourront rien faire tant qu'il est sous cette forme. Les sorts de soins ne fonctionnent pas sur les loups, comme beaucoup d'autres sorts.» renseigna le garde. «Nous le transfèrerons à l'infirmerie dès qu'il redeviendra humain.»
C'était rare de voir un garde faire preuve d'empathie ici. Mais il n'était pas un monstre, il pouvait comprendre l'inquiétude de Poliakoff pour son ami. Il préféra ne pas préciser que pour l'emmener à l'infirmerie, il faudra que Black survive à la transformation. Ce n'était pas la nuit qui était la plus dangereuse pour les lycanthropes, mais l'aube. Lors de la transformation, toutes les plaies se rouvraient et pouvaient même s'aggraver. Il n'y avait plus qu'à espérer que les entailles ne soient pas assez profondes pour atteindre les organes internes du garçon.
Juhan n'eut même pas conscience que Danil le poussait vers le réfectoire. Il ne reprit ses esprits que lorsque son ami posa un plateau devant lui. Mais le roux n'avait pas faim, il était bien trop inquiet pour avaler le moindre aliment.
A peine Danil eut-il finit son assiette que Juhan le traînait déjà vers sa cellule. Il était bientôt neuf heures, les gardes ne tarderaient pas à les guider vers leurs salles de classe. Mais avant ça, le rouquin voulait voir si son ami allait bien. Les deux adolescents furent accueillis dans leur couloir par des cris d'agonie.
A l'autre bout de l'allée, plusieurs gardes et l'infirmier de la prison s'afférait devant la cellule d'Altaïr. Dans quelques secondes, le garçon aurait repris totalement sa forme humaine et alors, ils pourraient abaisser les barrières de protection et lui venir en aide.
Juhan s'avança de quelques pas afin de voir ce qu'il se passait dans la cellule. Danil ainsi que quelques autres adolescents l'imitèrent alors que la plupart d'entre eux préférèrent rester le plus loin possible de la scène. Bien que les gardes faisaient barrage, l'Estonien put voir son ami se tordre de douleur sur le sol alors que ses entailles se rouvraient, laissant le sang jaillirent.
Altaïr s'évanouit au moment même où sa transformation s'acheva. L'infirmier fut à ses côtés en moins d'une seconde et commençait déjà à lui jeter sorts sur sorts alors que l'un des matons jetaient une couverture sur le bas du corps de l'adolescent. Voir souffrir le garçon le rendait étrangement empathique envers lui, il lui éviterait la honte d'être vu nu par l'ensemble des prisonniers.
L'infirmier passa de longues minutes à masser les quatre entailles sur le torse du lycanthrope avant de passer aux petites griffures et traces de morsures qui parsemaient ses mains, ses avant-bras et ses flancs. Le loup, dans sa colère et sa frustration, s'était mordillé les pattes avant, presque rongé à certains endroits.
Juhan fixait la scène avec horreur, une main devant la bouche pour retenir un haut le cœur. Il avait les larmes au bord des yeux et ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable. S'il n'avait pas tourné le dos au loup, il ne serait jamais auto-détruit de cette façon.
Il observa avec inquiétude l'infirmier donner des ordres à voix basses à ses collègues. Sa mine paniquée ne rassurait en rien Juhan. L'homme finit par enrouler Altaïr dans la couverture qu'un garde avait placé plus tôt sur lui. Il lui lança un sortilège de lévitation et s'empressa de le conduire à l'infirmerie où du matériel plus adéquat lui serait bien utile pour remettre le garçon en état.
Lorsqu'Altaïr disparut à l'autre bout du couloir, Juhan s'effondra, le visage baigné de larmes. Danil le prit dans ses bras et il se haït pour songer que ce n'était pas comme les étreintes d'Altaïr. Juhan avait l'impression que plus le temps passait et moins il arrivait à faire le deuil de ses sentiments.
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Estonie
2 janvier 1991
Cela faisait deux jours qu'Altaïr était alité à l'infirmerie et personne n'avait reçu de ses nouvelles depuis. Juhan était assis dans la cour au milieu de ses amis et fixait depuis une bonne trentaine de minutes un garde, lorsqu'enfin il trouva le courage de l'approcher. Ses amis ne le questionnèrent pas, ils savaient déjà ce que le roux allait demander au maton.
Heureusement pour lui, Yuka était de surveillance aujourd'hui. Il était le garde le plus sympa de leur bâtiment, même si sympa était un grand mot pour le qualifier. Dire qu'il était le moins aigri serait plus juste. Mais Juhan avait bon espoir que sa requête soit acceptée, il était après tout le garde qui l'avait rassuré le lendemain de la transformation d'Altaïr.
«Un problème Poliakoff?» fit le garde en le voyant s'approcher.
Habituellement, il n'avait pas le droit de discuter avec les détenus. Mais ses supérieurs seraient certainement compréhensifs au vu de la situation.
«Est-ce qu'il serait possible de rendre visite à Altaïr?»
Le garde grimaça. Yuka n'avait pas droit de faire quitter la cour à un détenu et encore moins de l'autoriser à visiter un malade. Mais putain, ce garçon avait un vrai regard de chien battu et même le plus strict des matons craqueraient face à ses yeux implorants.
«Vous vous sentez mal? Je suppose que l'infirmier pourra faire quelque chose.» songea le garde en le poussant en avant.
D'un geste de la main, Yuka fit le signal indiquant qu'il emmenait le détenu à l'infirmerie à l'un de ses collègues. Ce dernier hocha la tête avant de se détourner.
«Vous avez intérêt à sortir le meilleur jeu d'acteur de votre vie à l'infirmier, Poliakoff.» marmonna Yuka, il n'aimait pas transgresser les règles de cette façon.
Juhan chuchota un «merci» en faisant mine de se tordre en avant pour simuler un terrible mal de ventre. Danil lui fit un pouce en l'air un peu plus loin, lui signalant qu'il était terriblement crédible. Le rouquin lui répondit par un clin d'œil, il avait réussi sa mission.
Yuka le poussa dans l'infirmerie et claqua la porte derrière lui lorsque l'infirmier sortit de son bureau. L'homme soupira avant de faire signe au roux de s'approcher.
«J'ai vraiment mal au ventre depuis ce matin.» gémit faussement Juhan.
Il espérait que l'homme le fasse s'allonger sur le lit face à celui que le forme endormit d'Altaïr occupait.
« Pas de ça avec moi. Vous avez cinq minutes.» soupira l'infirmier, pas dupe pour un sou.
Il avait vu le garçon près de la cellule d'Altaïr lorsqu'il l'avait soigné. L'infirmier avait vu toute l'inquiétude qui le hantait et en avait très bien déduit la raison de sa présence. D'autant plus que si Yuka l'avait laissé faire, c'est que ce rouquin était un bon gars.
Le visage de Juhan se barra d'un large sourire alors qu'il se précipitait au chevet de son ami. Altaïr sembla déranger dans son sommeil par le son de sa chaise raclant le sol. Le lycanthrope entrouvrit les yeux et essayait de se redresser en le reconnaissant, en vain. Les potions de l'infirmier l'avaient complètement assommé et des courbatures tiraillaient son corps. Juhan posa une main sur son épaule, lui faisant comprendre de rester allongé.
«Ce n'est pas à toi que je veux parler. Je veux parler au loup.» murmura Juhan.
Il était parfaitement conscient du regard de l'infirmier sur eux et c'était déjà assez gênant de faire cette demande à Altaïr pour qu'en plus, l'homme l'entende. Le lycanthrope lui offrit un sourire fatigué avant de fermer les yeux. Il se concentra sur la présence lupine tapit au fond de son esprit, lui laissant le monopole de sa conscience pour l'instant. Bien sûr, Altaïr avait toujours le contrôle sur son corps mais le loup était désormais suffisamment conscient pour écouter les paroles de Juhan.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, ces derniers avaient quitté leur teinte anthracite pour briller d'un rouge carmin. L'Estonien inspira fortement face à ce regard, il l'avait déjà entraperçu à quelques reprises. Des reflets rouges apparaissaient parfois dans le regard de l'Anglais à l'approche de la pleine lune, lorsqu'il avait de fortes émotions ou encore, Juhan rougit en y repensant, pendant le sexe.
«Je suis désolé loup-loup.»
Juhan rougit jusqu'à la pointe des oreilles, se sentant stupide de parler ainsi à son ami. Il avait l'habitude de parler ainsi au loup pendant les pleines lunes et bien qu'il sache qu'Altaïr devait en avoir conscience, c'était une tout autre chose de le faire face à lui. Pourtant, un hochement de la tête encourageant de l'Anglais le convainquit de poursuivre.
«Je suis désolé de t'avoir ignoré cette nuit. Je suis en colère contre Altaïr et s'était méchant de ma part de reporter ma frustration sur toi. Je ne veux plus que tu te blesses comme ça. Plus jamais. Et moi, je te promets de ne plus t'ignorer.»
Le regard carmin redoubla d'intensité, brillant presque à cause de la magie lupine. Lentement l'une des mains d'Altaïr apparut de sous les draps et attrapa la sienne. Ses gestes étaient maladroits et Juhan songea que ce devait être à cause de la douleur, ses avant-bras étaient couverts de bandages. Mais il comprit que c'était loin d'être la raison lorsque son ami porta sa main à sa bouche et lécha ses doigts avant de poser sa paume sur ses cheveux.
Altaïr avait laissé pour la première fois de sa vie le loup prendre le contrôle en dehors des pleines lunes. La bête n'avait pas l'habitude de manipuler ce corps d'humain, d'où les gestes maladroits. Loin d'être gêné de se faire lécher les doigts part un sorcier, Juhan obéit sagement à la demande du loup et frotta doucement son crâne, emmêlant ses doigts dans les cheveux ébènes de l'adolescent.
L'Anglais, ou bien était-ce le loup, ferma clôt ses paupières et bientôt, son souffle calme emplit le silence. Altaïr s'était endormi, apaisé de savoir son loup en paix avec le rouquin. Il s'était senti coupable que sa dispute avec lui ait tant affecté sa part lupine et le lycanthrope était heureux que Juhan ait trouvé une solution à se problème.
Juhan profita du peu de temps que l'infirmier lui avait accordé pour observer le visage détendu de son ami. Habituellement, il était toujours le premier à s'endormir et le moindre de ses mouvements réveillaient Altaïr. C'était la première fois qu'il le voyait si paisible, si calme.
Juhan aurait aimé rester à son chevet pendant des heures. Mais l'infirmier se rappela bien vite à lui en ouvrant la porte de son antre, il lui fit signe d'un geste du menton de déguerpir. Juhan s'autorisa une dernière caresse sur le visage endormit du lycanthrope avant d'obéir à l'ordre silencieux. Derrière la porte, Yuka l'attendait pour le ramener dans la cour.
«Si on te demande, l'infirmier t'as donné une potion pour les indigestions.»
Juhan hocha de la tête.
«Merci.»
Yuka fit une sorte de grognement dont Juhan n'en comprit pas vraiment le sens. Cela pouvait aussi bien signifier que c'était la dernière fois qu'il l'aidait, que l'adolescent l'emmerdait ou un «pas de quoi». Mais ça n'avait pas d'importance. Juhan était soulagé d'avoir pu rassurer le loup et peut-être apaisé le sommeil d'Altaïr. Mais cela, il n'était pas près de se l'avouer.
Chapitre 33
Estonie
6 janvier 1990
Lorsqu'Altaïr quitta enfin l'infirmerie six jours après son admission, il sentit parfaitement tous les regards le suivre alors qu'il traversait le réfectoire. Il s'installa à une table vide dans un coin de la grande pièce, sachant parfaitement que depuis que Juhan ne lui parlait plus, ses amis ne l'accueilleraient plus à leur tablée.
L'Anglais fut surpris de voir Danil quitter le rouquin et transporter son plateau jusqu'à s'asseoir face à Altaïr. Il le détailla un long moment, visiblement inquiet pour lui. Altaïr se tenait droit, le dos crispé alors que chaque respiration tiraillait ses plaies sur sa poitrine. Il n'utilisait que sa main droite pour se nourrir alors que des bandages apparaissaient par moment sous son pull gris.
Altaïr n'aurait pas pensé que Danil soit le premier à s'inquiéter pour lui. L'Estonien n'aimait pas les loups-garous à cause de son passé avec son oncle. Mais Danil semblait réellement se soucier de son état. Il devait savoir, plus que quiconque, à quel point les plaies infligées par le loup était douloureuse et pouvaient être mortel pour le lycanthrope. Son oncle n'avait pas survécu à sa dernière transformation et avait profondément marqué Sõerd.
«Ça va?»
Altaïr hocha de la tête, massant distraitement son torse là où quatre longues balafres déchiraient sa peau.
«Est-ce que ça ira pour les travaux, avec ton bras?
- Je vais voyager de groupe en groupe cette semaine pour ne suivre que des cours. Peut-être la semaine prochaine aussi, en fonction de ma cicatrisation.
- Bien.» approuva Danil, soulagé que son ami puisse se reposer un peu plus longtemps.
Les deux garçons mangèrent quelques minutes en silence. Danil se proposant gentiment pour aller chercher du rab au lycanthrope afin de lui éviter de trop bouger. Son souffle s'était fait erratique lorsqu'Altaïr avait fait mine de se lever. Visiblement, l'infirmier aurait dû le garder quelques jours de plus.
«Je suis désolé pour Juhan. Je ne penserai pas que ça irait aussi loin.» s'excusa Danil en se rasseyant.
«Non, tu avais raison. J'ai été stupide de me comporter comme ça avec lui.
- Est-ce que tu es certain que cette situation te va?» osa timidement demander l'Estonien. «J'ai parfois l'impression que tu ne le regardes pas que comme un ami.»
Altaïr brisa le contact visuel pour trifouiller distraitement son omelette. Il ne savait pas quelle réponse donner à Sõerd. Quelques semaines plus tôt, la réponse aurait été évidente. Juhan n'était qu'un ami, il aimait Venus. Mais maintenant, il n'était plus sûr de rien.
Oui, il aimait toujours Venus, mais moins fort qu'avant et d'une façon différente. Altaïr était toujours fasciné par l'Anglaise et ses dons étranges. Il ressentait toujours un petit tiraillement dans sa poitrine en songeant que plus jamais, il n'aurait l'occasion de gagner son cœur. Mais ce n'était plus aussi douloureux qu'auparavant d'y penser.
D'un autre côté, il y avait Juhan. Juhan qu'il avait appris à connaître et apprécié au fil des mois. Il était la personne dont il était le plus proche, hormis Remus. Parfois, Altaïr se sentait plus à l'aise avec lui qu'avec Pollux, Thomas ou même Venus. Juhan était important pour lui, il lui manquait profondément. Mais le lycanthrope ignorait si ce manque venait de la fin de leur amitié ou si c'était plus profond, plus intime. Altaïr ne savait plus quoi penser et ça lui torturait l'esprit.
«Est-ce que c'est possible d'aimer deux personnes en même temps?» souffla-t-il après un long moment.
Danil dut se pencher en avant pour entendre son murmure, mais il l'avait parfaitement compris. Ses yeux s'écarquillèrent, comprenant que ses doutes vis-à-vis du comportement étrange d'Altaïr n'était pas complètement infondé.
«Juhan avait raison, ça a été le coup de foudre au premier regard avec Venus. Je ne sais pas si je pourrai l'oublier complètement un jour et je resterai toujours proche d'elle, même si nous ne serons jamais plus que des amis. Mais avec Juhan, c'est différent.
- Il n'est pas une roue de secours.» fit Danil d'un ton brusque, clairement réprobateur.
«Je sais, ce n'est pas ce que j'essaye de dire.
- Alors explique moi.» proposa l'Estonien plus doucement.
Altaïr rassembla ses pensées, c'était très différent de penser à ses sentiments et de mettre des mots dessus. Ce n'était pas un exercice facile pour lui.
«Avec Juhan, on a appris à se connaître. Je ne sais même pas comment on a fini par si bien s'entendre, c'est venu progressivement. J'ai parfois l'impression que si on avait continué comme on le faisait, on aurait fini par sortir ensemble, pas juste rester des sex-friend.
- Parce que ça aurait été la suite logique?
- Parce qu'il m'a fait l'apprécier, l'aimer.» avoua Altaïr.
Danil le fixa un long moment, s'assurant que l'Anglais ne mentait pas. Il finit par hocher la tête d'un air satisfait.
«Je suis désolé de t'avoir dit d'arrêter tout ça. Je pensais que tu profitais de lui.
- Non, j'avais besoin de ce déclic. Je ne m'en serai peut-être jamais rendu compte autrement ou alors dans bien plus longtemps.» rassura Altaïr. «Je ne voulais pas le blesser.
- Je le comprends maintenant.Réfléchis-y encore un peu et cette fois-ci, soit certain que tu pourras apporter à Juhan ce dont il a besoin si tu veux retenter quelque chose avec lui.»
Altaïr hocha la tête, il était du même avis que Danil. Il avait assez blessé leur ami pour ne pas vouloir merder une nouvelle fois.
Lorsqu'ils eurent fini de manger, l'Estonien l'aida à débarrasser son plateau et le raccompagne jusqu'à leur cellule. Derrière eux, ils pouvaient sentir le regard de Juhan leur transpercer le dos. Il était clair que le roux était très curieux à propos de leur conversation. Danil et Altaïr ne se parlait pas souvent sans qu'il ne soit présent et la dernière fois que ça avait eu lieu, Altaïr avait mis un terme à leur relation. Juhan finit par soupirer et repris sa conversation avec ses amis. Ce n'était plus son problème, Altaïr n'était plus son ami.
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Estonie
13 janvier 1991
Altaïr ruminait ses pensées alors qu'il sortait des douches. Bien que Juhan ait fait la paix avec son loup, son ami refusait toujours de lui parler. L'Anglais soupira en songeant qu'au moins, le roux ne lui lançait plus des regards noirs à longueur de journée. Désormais, Juhan se contentait de l'ignorer et de faire comme s'il n'existait pas.
Il traversait les couloirs avec morosité, ne faisant même plus attention aux gardes postés dans les couloirs et qui surveillaient leurs déplacements. À son arrivée, Altaïr avait eu du mal à être ainsi surveillé et épié chaque minute de sa journée. Mais avec le temps, il s'y était fait, comme pour tous les changements qu'impliquaient de vivre en prison.
Et puis, il passa devant une cellule d'où s'échappait des bruits suspects. Altaïr n'y fit pas attention aux premiers abords. C'était un comme une sorte de code parmi les détenus. Si quelqu'un avait envie de se faire un petit plaisir solitaire, le plus souvent, ou de partager un moment intime avec un codétenu, alors il accrochait un drap à sa porte pour privé toute personne de voir le spectacle. Les adolescents partageant cette cellule allaient alors en promenade, allait aux douches ou rejoignaient une autre cellule si c'était pendant leur temps libre après le dîner.
Ce n'était pas très intime, mais c'était mieux que rien. Altaïr avait rougit la première fois que Juhan avait étendu son drap. Mais avec le temps, cette habitude aussi était devenu banale pour lui. Les gardes faisaient comme s'ils ne voyaient rien, leur accordant ce droit que pourtant, ils ne possédaient pas.
Comme à son habitude, Altaïr pressa le pas en passant devant la cellule. Il n'avait aucune envie d'entendre deux gars s'envoyer en l'air alors que sa propre vie sexuelle se résumait au néant le plus total. Depuis sa dernière transformation, ses avant-bras le faisaient atrocement souffrir et coupait toute envie. Il avait essayé la veille de se soulager dans les douches, mais l'expérience n'avait fait que le frustrer davantage.
Puis, il sentit une odeur, une odeur qu'il connaissait bien. Juhan était derrière ce drap et putain, ça faisait si mal à Altaïr. C'est lui qui devrait partager ce moment avec le roux, pas un de ses amis quelconques. Il savait que Juhan ne s'était pas mis en couple avec qui que se soit depuis leur «rupture». Danil lui l'avait dit. L'Estonien se contentait de coucher à droite et à gauche, lorsqu'un autre garçon lui faisait des avances.
A bout de nerfs, Altaïr ne réfléchit même pas avant d'agir. Il revint sur ses pas, passa le drap et grimaça en voyant Juhan de dos, s'enfonçant dans un adolescent de sa classe, à quatre pattes devant lui. Le roux n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il se passait. Il eut juste l'occasion de remonter son pantalon sur ses hanches alors qu'Altaïr le tirait en arrière par le bras.
L'Anglais le tira jusqu'à leurs propres cellules. Juhan était bien trop perplexe pour réagir lorsque son colocataire accrocha précipitamment son drap au-dessus de leur porte. Et avant même qu'il ne comprenne ce qu'il se passait, Altaïr l'embrassait avec rage, ça n'avait rien du premier baiser qu'il s'était tant de fois permis d'imaginer. Le lycanthrope était exigeant et le serait contre lui, l'empêchant de fuir.
«Tu es à moi.» grogna Altaïr lorsqu'il mit fin au baiser.
Juhan aurait pu pleurer de joie en entendant son ton possessif et jaloux. Il avait tant espéré qu'un jour, Altaïr le regarde ainsi. Mais il ne pouvait plus supporter cette situation. Il ne voulait pas redevenir juste l'ami pratique et conciliant de l'Anglais. Juhan n'y arriverait plus. Alors il repoussa Altaïr, poussant sur ses épaules de ses paumes.
«Je ne veux plus de ça, Altaïr. Il va falloir t'y faire.» gronda-t-il durement.
Juhan faillit craquer en voyant la mine déconfite de l'Anglais. Le regard d'Altaïr était si expressif à cet instant, c'était si rare de le voir aussi transparent. Il semblait vouloir lui dire tant de choses sans pourtant réussir à y parvenir.
«Je ne supporte plus de te voir avec quelqu'un d'autre que moi. Ça fait mal.» soupira Altaïr comme s'il ne comprenait pas lui-même ce qui lui arrivait.
«Est-ce que tu m'aimes?» demanda Juhan, la voix emplie d'espoir.
«Je ne sais pas, peut-être.»
L'Estonien se recula d'un pas, il ne savait pas à quoi il s'était attendu. Altaïr s'empressa de poursuivre, il ne voulait pas que Juhan se méprenne.
«Je ne sais pas exactement ce que je ressens pour toi. Il m'a fallut cinq ans pour comprendre que j'avais des sentiments pour Venus.» Altaïr grimaça, ce n'était peut-être pas une bonne idée de parler de Lovegood. «Alors j'ai du mal à comprendre ce qu'il m'arrive. Mais tu manques horriblement.
- Le sexe te manque, c'est normal. Ça manque à tout le monde.
- Non!» protesta vivement Altaïr. «C'est toi qui me manques. Pas le fait d'avoir un ami, pas le sexe en général. C'est toi. Et je regrette de ne pas pouvoir t'embrasser ou te prendre dans mes bras quand j'en ai envie. J'ai l'impression de mourir à chaque fois que Danil me dit que tu as couché avec quelqu'un, je ne supporte plus de sentir l'odeur d'autres personnes sur toi.
- Tu es jaloux?
- Oui, terriblement jaloux.»
Juhan lui sourit, étrangement fier de lui-même. Habituellement, il ne supportait pas lorsque ses anciens petits-amis lui piquaient des crises de jalousie. Juhan n'aimait pas le manque de confiance dans une relation. Mais ici, tout était différent. Altaïr et lui n'était pas en couple, il avait le droit d'aller voir ailleurs et savoir que ça avait blessé le lycanthrope, ça lui faisait étrangement plaisir. Le roux se sentait horrible de ressentir ça, mais il était heureux de savoir qu'il avait de l'importance pour Altaïr.
«Je t'apprécie, plus que juste un ami. Je ne sais pas si je suis amoureux. Mais je veux vraiment essayer de créer quelque chose avec toi.» supplia Altaïr.
Le sourire de Juhan barrait son visage. Il se rapprocha d'Altaïr et enroula ses bras autour de sa nuque, posant ses lèvres sur les siennes. Ce baiser était ce qu'aurait dû être leur premier baiser. Il était doux et emplis de sentiments. Comme pour lors de leur première relation, Juhan comprit que son partenaire n'avait aucune expérience dans le domaine. Il prit les devant, guidant Altaïr dans le baiser, lui apprenant toutes les techniques qu'il avait apprises au fil de ses relations.
C'était magique. Juhan avait imaginé cette scène des centaines de fois et jamais, il n'avait osé espérer pour la réaliser. Les mains d'Altaïr se glissèrent sous son pull et parcourait son corps presque avec frénésie. Juhan soupira de plaisir, les étreintes du lycanthrope n'était en rien comparable à celles des autres garçons qu'il avait connus.
A bout de souffle, Juhan posa son front contre celui de l'Anglais, un sourire aux lèvres.
«Si j'avais su qu'il suffisait de coucher avec quelqu'un d'autre pour te faire réagir, je l'aurai fait bien plus tôt.» plaisanta-t-il.
Juhan apprécia sentir les bras d'Altaïr se resserrer autour de lui, dans un geste terriblement possessif.
«Ne le fais plus jamais.
- Promis.» murmura-t-il contre les lèvres d'Altaïr alors que ce dernier commençait déjà à le déshabiller.
«Est-ce que tu essayes de marquer ton territoire?» s'amusa Juhan alors qu'il était étendu sur son lit.
Altaïr parcourait son corps de baiser brûlant, léchant chaque parcelle de peau dont Juhan savait que son coup d'un soir y avait posé ses mains.
«Tu as son odeur.» grogna le loup-garou, ne cessant pas pour autant son manège.
Juhan se laissa faire. Il avait conscience que le lycanthrope ne pourrait pleinement se détendre si une odeur autre que la leur était présente sur lui. Une fois, Altaïr n'avait même pas réussi à bander parce que le roux avait porté le pull de Danil toute une journée. Il avait eu froid en cours et le soir, Altaïr n'avait pas réussi à obstruer l'odeur de l'autre Estonien qui le recouvrait.
Le rouquin haleta de plaisir lorsque son amant commença à masser et lécher son sexe. Il fourra ses doigts dans la tignasse d'Altaïr le poussant à continuer. Son sexe avait été dans le cul dans autre et le lycanthrope se fit un malin plaisir d'effacer l'odeur inconnue.
«Je te veux en moi. Je veux que tu me baises comme tu l'as fait avec lui.»
Juhan se redressa sur ses coudes, plongeant son regard dans celui d'Altaïr qui avait cessé de le sucer. Il était surpris par sa demande. Juhan était toujours celui qui se faisait pénétrer et aucun d'eux deux n'avaient jamais pensé à inverser les rôles.
«Je ne veux pas te baiser.» Altaïr grogna.«Je veux te faire l'amour. Je t'aime.»
Bien qu'il ne reçût aucune réponse, Juhan se sentit plus libre que jamais. C'était la première fois qu'il le disait à voix haute à ça lui fit un bien fou.
«Alors fais-moi l'amour.» ordonna Altaïr, amusant son amant.
Juhan inversa leurs positions. Il s'alarma en voyant les bandages au poignet d'Altaïr se tinter lentement de carmin. Ils avaient rouvert ses blessures et Juhan ne doutait pas que s'il continuait, celles à son torse ne tarderait pas à subir le même sort. Il était prêt à tout arrêter, il ne voulait pas blesser son amant. Mais Altaïr voyait les choses autrement et le retint lorsqu'il fit mine de vouloir se relever.
«Continue, je t'en supplie.»
Altaïr avait affreusement besoin de lui, de le sentir contre sa peau et de savoir qu'il était pardonné pour son comportement. Juhan sembla le comprendre et l'embrassa doucement. Cette nuit-là, il prit soin de lui répondit à chacune des demandes de son désormais petit-ami. Jamais le sexe n'avait été aussi doux entre eux. Et alors qu'il le préparait, puis le pénétrait et finalement s'allongeait épuisé à ses côtés, jamais Juhan et Altaïr ne cessèrent de s'embrasser. Les lèvres finissaient toujours par se retrouver dans un besoin primitif. Ils voulaient s'assurer que tout ceci n'était pas qu'un rêve, que cette réconciliation était bien réelle.
A plusieurs reprises dans la nuit, Juhan se réveilla en sursaut. Il craignait que tout ceci ne soit qu'un rêve. Mais à chaque fois, Altaïr était bien là, allongé à ses côtés. Souvent, ce dernier était réveillé par ses gestes, il se contentait de le serrer dans ses bras ou d'embrasser sa tempe, parfois ses lèvres. Puis, Juhan se rendormait, soulagé.
Il n'en revenait toujours pas. Altaïr Black était son petit-ami.
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Angleterre
15 janvier 1991
Pollux lisait avec contentement le journal. Ce n'était qu'un début et il faudrait des mois pour que toutes ses propositions voient le jour. Mais c'était officiel, une nouvelle prison allait être construite en Angleterre, au Nord de Londres. Un centre pénitencier où les détenus seraient traités en humain, recevant une aide psychologique et sociale et non subissant la torture des Détraqueurs. C'était un grand pas pour la société anglaise.
Pollux était surpris de voir la nouvelle si bien accueillie. La décision avait été pris la veille et déjà, la nouvelle faisait la une des journaux. Certes, il existait quelques détracteurs et il faudrait du temps pour que le peuple accepte pleinement cette réforme. Mais Dumbledore l'avait ouvertement soutenu lors d'une interview et plusieurs membres de son cercle privé avait voté pour cette réforme. C'était rassurant pour les sorciers et sorcières de ce pays, bien que cette proposition de loi ait été déposée par une famille dite sombre.
Bientôt, Pollux savait que d'autres lois allant dans ce sens seraient votées. Le Magenmagot n'avait pas encore débattu du droit aux visites ou relations épistolaires avec les prisonniers. Le sujet des prisons pour mineur était encore loin d'être à l'ordre du jour et pourtant, Pollux était confiant en l'avenir.
Il devait écrire à Altaïr. Il était certain que l'adolescent serait intéressé par le sujet. Sa mère était après tout enfermé à Azkaban. Bien qu'étant Mangemorte, elle n'était pas concernée par la réforme, mais Pollux ne doutait pas que d'ici quelques mois ou années, Lucius Malefoy et ses amis feraient appliqués ces lois aux anciens partisans de Voldemort. Altaïr était suffisamment intelligent pour le comprendre.
Pollux était terriblement de bonne humeur, il devait partager la nouvelle avec Lupin. L'homme le voyait travailler sur ce dossier depuis des semaines et serait heureux de savoir que son travail avait porté ses fruits. Oui, cette journée était définitivement merveilleuse.
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Estonie
26 janvier 1991
La mise en couple de Juhan Poliakoff et Altaïr Black avait rapidement fait le tour de la prison. Tout le monde avait vu leur amitié éclater en décembre et les commérages avaient rapidement appris à tout le monde que c'était parce que l'Anglais ne retournait pas les sentiments de Juhan. Alors les voir agir du jour au lendemain comme si ne rien était avait été un choc pour tout le monde.
Deux jours plus tard, un camarade de classe du roux les avait vu s'embrasser dans un coin discret de la cour et il ne fallut que quelques heures pour que tout le monde soit au courant. Altaïr songeait qu'ici, tout le monde devait terriblement s'ennuyer pour tant s'intéresser à sa vie amoureuse. A Durmstrang, personne ne faisait réellement attention à lui, c'était étrange d'être si populaire soudainement. Mais ce n'était pas très étonnant. Juhan avait tant d'amis de toutes périodes d'âge que rapidement, tout le monde savait qui était son colocataire de cellule, puis son meilleur ami, son amant et enfin, son petit-ami.
Altaïr savait que quelques garçons continuaient d'approcher le roux, parce que Juhan se plaignait de ses «gros lourds qui ne veulent pas lui lâcher la grappe». Mais c'était la première fois qu'il assistait au spectacle.
L'Anglais avait dû rapidement se rendre à l'infirmerie à son réveil. Le médecin de la prison voulait s'assurer que ses plaies seraient correctement refermées pour la pleine lune qui n'aurait lieu que trois jours plus tard. Altaïr avait reçu un sacré sermon lorsqu'après sa première nuit avec Juhan, il avait dû rejoindre l'infirmerie au petit matin, du sang tâchant ses bandages et ses plaies le tiraillant affreusement. L'infirmier avait été terriblement effrayant.
Lorsqu'il put enfin quitter l'infirmerie après l'exactement minutieux du médecin, le petit-déjeuner était déjà servi et Altaïr se pressa de rejoindre le réfectoire. Il s'approcha de sa table habituelle et fronça des sourcils en voyant un blond terriblement proche de Juhan, chuchotant à son oreille.
Altaïr avait confiance en Juhan et le regard noir du roux en disait long sur ce qu'il pensait de son interlocuteur. Il se sentit flatter de savoir que l'Estonien n'était intéressé par personne d'autre que lui-même désormais. Pourtant Altaïr sentit la rage monter en lui à l'idée que quelqu'un veuille le toucher et le lui prendre.
Le lycanthrope arriva dos aux deux adolescents, il ne vit pas Danil froncer des sourcils en le voyant s'approcher avec une mine aussi grave. Altaïr ne voyait que la main qui s'était glissé sur la chaise de Juhan et qui bientôt, caresserait sa cuisse. Le blond ne semblait pas comprendre les non que le roux articulât pourtant clairement.
Altaïr se fit un plaisir d'attraper la main baladeuse et de la tordre en la sortant de sous la table. De sa main libre, il plaqua le dos de Juhan contre son ventre, sa paume pressant contre son thorax. Le blond glapit de douleur, se tournant vers lui en tirant sur sa main, mais Altaïr ne le lâcha pas.
«Ne le touche plus jamais.» Le grognement qui s'échappa de sa gorge fit taire les conversations avoisinantes.
C'était étrange d'entendre un tel son provenir d'un humain. Mais Black était un loup-garou et la magie pouvait faire bien des choses. Alors non, ce n'était pas si surprenant de l'entendre grogner, de voir ses iris rougeoyer et ses ongles se planter profondément dans la peau du blond.
Juhan eut un petit rire, il aimait sentir la possessivité d'Altaïr dans ses gestes. Il quitta sa chaise et lui prit la main. Le roux déposa un baiser sur sa joue pour le détendre et le tira un peu plus loin.
«Viens Altaïr, on va manger à une autre table.»
Le lycanthrope sembla hésiter à lâcher sa prise sur le blond, mais finit par abdiquer et suivit son amant, sa main se refermant sur la sienne.
«Tu ne vas pas pouvoir faire peur comme ça à tous mes prétendants, j'ai tellement de charme.» rit Juhan.
«Je n'aime pas ça. Je veux être le seul à voir à quel point tu es beau.»
Juhan rougit, appréciant le compliment. Pendant le reste du petit-déjeuner, Altaïr ne cessa de poser sa main sur celle du roux, sur sa cuisse ou son dos. Il marquait son territoire comme un animal pourrait le faire. Bien que sa possessivité était terriblement mignonne aux yeux de Juhan, cela allait devenir problématique si ça continuait ainsi.
«Tu sais que je t'aime? Je n'irai jamais voire ailleurs.»
Altaïr le fixa quelques secondes avant de lentement hocher la tête. Il le savait, il faisait confiance à Juhan. Mais c'était aux autres, à ceux avec qui il avait déjà couché et qui voulait continuer cette routine, que le lycanthrope ne faisait pas confiance.
Juhan soupira, mettant le comportement surprotecteur de son petit-ami sur le dos de la pleine lune qui arrivait à grand pas. L'Estonien était stressé, il espérait qu'elle ne se déroulerait pas comme la précédente. Il ne voulait plus voir Altaïr être blessé aussi gravement qu'il l'avait été la dernière fois.
XXXXXXX
Estonie
29 janvier 1990
Juhan observa avec angoisse un garde chercher Altaïr dans la cour. Les journées étaient courtes en Estonie à cette période de l'année. Bien que sa transformation ne débuterait pas dès le coucher du soleil, Altaïr devait tout de même rejoindre sa cellule à seulement dix-sept heures, il faisait déjà sombre depuis plus de deux heures.
Pour éviter que les détenus de soient davantage que nécessaire en contact avec le loup-garou. La période libre des personnes occupant ce couloir avait été prolongé jusqu'à l'heure du dîner. Puis leurs cellules seraient fermées dès que ce dernier prendrait fin, laissant tout juste le temps aux adolescents de prendre leur douche.
Juhan ne retrouva donc le lycanthrope qu'après vingt heures. Il courut presque jusqu'à sa cellule, craignant de voir le loup-garou en train de s'auto-mutiler. Mais à la place, il découvrit le gros loup noir patiemment allongé au sol, observant les détenus passer devant sa cellule en longeant le mur d'en face.
La lueur d'intelligence brillant dans le regard du loup lui fit comprendre que pour l'instant, c'était Altaïr qui était au contrôle. Juhan s'approcha de lui et passa prudemment ses doigts à travers les barreaux. Dans des gestes sans aucune agressivité, le loup se leva et s'approcha de lui, fourrant de lui-même sa tête duveteuse contre sa main.
Juhan sourit, appréciant le contact et le privilège que lui octroyait Altaïr. Le loup finit par se reculer de quelques pas. Le rouquin comprit au balancement de sa tête que la bête essayait de reprendre le dessus.
«C'est bon Altaïr, laisse-le sortir.»
Le loup plongea son regard inquiet dans celui de l'humain. Mais Juhan était certain que le loup-garou serait calme cette nuit, il avait après tout laissé le temps à Altaïr de le voir avant de se manifester. Le lycanthrope rassurer face au calme du sorcier et laissa finalement la bête prendre le contrôle de leur corps.
Juhan capta immédiatement le moment où le loup reprit le dessus, sa posture se faisant bien moins raide et sa queue frétillant joyeusement derrière lui. Il jappa joyeusement en sautant presque pour que la main tendue vers lui puisse lui gratouiller l'arrière des oreilles.
«Tiens loup-loup, j'ai plein de viande pour toi.» s'amusa Juhan en déposant par terre la serviette qu'il avait rempli de petits bouts de steak au réfectoire. «Il faudrait te trouver un nom, je ne vais pas t'appeler loup-loup pour toujours.» songea-t-il à voix haute.
« Liba?» Le loup émit un grognement, ne relevant même pas le museau.
Visiblement Altaïr écoutait la conversation et n'aimait pas se prénom qui faisait bien trop fille à son gout. Pourtant, Juhan aimait bien son idée. Après tout, Liba était le diminutif de libahunt, loup-garou en estonien.
« Must, Puna, Tume…» énuméra Juhan au fil de ses idées. «Arm, nan ça veut dire bras en anglais, Kuu, Peni.»
(NDT: en français: Noir, rouge (pour ses yeux), sombre, cicatrices, lune, toutou.)
Le loup redressa vivement la tête, quittant son repas. Il frétillait joyeusement la queue alors qu'il secouait fortement la tête de droite à gauche. Face à ce comportement étrange, Juhan conclu qu'Altaïr protestait fortement alors que le loup lui, semblait beaucoup aimé ce surnom.
«Peni!» appela joyeusement Juhan et le loup jappa. «Ouai, ça te va très bien. C'est qui le bon toutou?» gazouilla-t-il en le grattant.
Altaïr sembla complètement disparaître de l'esprit du loup, trop vexé pour continuer à supporter les enfantillages de Juhan. Ce dernier fut rapidement poussé dans sa cellule par un garde, c'était l'heure du couvre-feu. Mais cela n'empêcha pas l'adolescent de jouer avec le loup une bonne partie de la nuit.
Parfois, il lui lançait la petite balle rouge, d'autrefois il utilisait ses réserves de bonbons pour lui apprendre quelques tours. Juhan ne pensait pas que ce genre de nourriture soient très saines pour un loup, mais il supposa que puisqu'Altaïr reprendrait bientôt forme humaine, ce n'était pas un souci. Ce n'était pas évident d'éduquer le loup à cette distance, mais Juhan était très contente que ce dernier comprenne «assis» et «couché». Les loups-garous étaient définitivement bien plus faciles à dresser qu'un chien.
Il s'endormit que plusieurs heures plus tard, complètement épuisé. Juhan était heureux que sa réconciliation avec Altaïr impacte aussi positivement le loup.
«Bonne nuit Peni.»
XXXXXXX
Estonie
30 janvier 1991 (le lendemain matin)
«Sérieusement Juhan? Peni? Tu n'as rien trouvé de mieux que de m'appeler toutou à la place de loup-loup? J'en préférerai presque ton ancien surnom ridicule.»
Juhan rit en s'approchant de son petit-ami bougon. Il susurra ensuite son oreille:
«Mais ce nom te va si bien, ton pénis est magique après tout.» sourit-il coquinement en massant son sexe à travers son caleçon.
Ce matin-là, Altaïr loupa les cours pour la première fois de sa vie, trop occupé à faire payer à son amant son insolence. Les gardes ne remarquèrent même pas leur absence avant l'heure du déjeuner.
Chapitre 34
Estonie
7 février 1991
«Tu fais quoi?
- J'écris une lettre.» marmonna Altaïr, les sourcils froncés de de concentration.
L'Anglais était assis par terre, adossé au lit de Juhan en utilisant un livre de cours comme support pour écrire. Le roux se pencha par-dessus son épaule, comprenant qu'Altaïr le laissait lire le contenu de sa lettre s'il ne la cachait pas ou ne s'était pas assis plus loin.
«C'est pour cette Venus.» grimaça amèrement Juhan en voyant le nom du destinataire.
Altaïr avait beau sortir avec lui, Juhan n'aimait pas qu'il pense à cette fille. Il savait très bien que si elle ne s'était pas fiancée à un autre garçon, jamais le lycanthrope ne lui aurait donné la moindre chance. Savoir qu'il continuait à converser avec elle le rendait profondément inconfortable. Sentant son malaise, Altaïr fit basculer sa tête en arrière pour le fixer.
«Tu sais que c'est toi que j'aime, n'est-ce pas?»
Juhan en lâcha son magazine. C'était la première fois qu'Altaïr lui disait ces mots. Il avait avoué ressentir quelque chose de plus fort qu'une amitié pour lui, mais jamais le lycanthrope n'avait mis de mot sur cela.
«Tu m'aimes?
- Oui.» assura avec détermination Altaïr.
Il lâcha sa lettre et grimpa sur le lit, embrassant passionnément son petit-ami. Altaïr avait mit du temps à s'en rendre compte mais désormais, il n'avait plus aucun doute, il était fou amoureux de l'Estonien.
Juhan, bien que rassuré, ne pouvait s'empêcher de jalouser cette Anglaise avec qui Altaïr continuait de converser alors qu'il ne l'aimait plus.
«Alors pourquoi tu lui écris?»
Altaïr se décala pour attraper la lettre tombée au sol et la tendit au rouquin. Ce dernier l'attrapa comme s'il s'agissait d'un torchon sale, la tenant par un coin. L'Anglais pouffa de son comportement enfantin.
«Je ne lui ai toujours pas répondu, je laisse traîner ça depuis octobre, je crois. Il est tant que je le fasse.»
Juhan finit par accepter de lire la lettre, il était content au fond de lui que son petit-ami lui fasse assez confiance pour le laisser lire quelque chose d'aussi intime et personnelle.
Lorsqu'il eut fini, il se tourna vers Altaïr et lui offrit un baiser enfiévrer.
«Je t'aime tellement.
- Je sais.» rit Altaïr. «Moi aussi.»
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Angleterre
11 février 1991
Venus fondit en larmes à la fin de sa lecture, enfouit au fond de ses draps et la lettre qu'Altaïr venait de lui envoyer serrée contre sa poitrine.
«Cher Venus,
Je m'excuse du temps que j'ai mis à te répondre. Je ne vais pas te cacher que ça a été dur pour moi de trouver le courage de t'écrire et de trouver les bons mots.
Je sais que tu es au courant de beaucoup de choses, que tu vois beaucoup de choses. J'ai été amoureux de toi pendant longtemps, des années même. Je ne l'ai réalisé qu'en recevant ta lettre, comme si comprendre que plus jamais je ne pourrai t'avoir, m'a fait réaliser mes sentiments pour toi.
J'ai mis longtemps à m'en remettre. Je t'ai détesté de m'avoir envoyé cette lettre et j'ai fini par comprendre que je n'avais pas le droit de t'en vouloir pour ça. Tu cherchais le soutient d'un ami et je ne m'en suis pas montré à la hauteur. J'en suis désolé.
Ne te culpabilise pas trop à ce propos. Je suis heureux aujourd'hui d'avoir reçu cette lettre de ta part. Sans elle, je n'aurai pas reçu tout le soutient qu'un ami devenu précieux m'a offert. Il m'a permis de tirer un trait sur ces sentiments que j'avais pour toi et depuis peu, nous sortons même ensemble.
Je tiens à te rassurer, je n'ai plus que des sentiments amicaux envers toi désormais, j'espère que mon aveu ne rendra pas nos prochaines rencontres étranges. Mais aujourd'hui, je suis amoureux de lui, pas de soucis à avoir de ce côté. (En revanche je te le dis tout de suite, il est hors de question qu'on ait ce genre de conversation de fille ou on compare nos mecs ou tout autres sujets stupides!)
J'ignore si ces fiançailles sont toujours d'actualité aujourd'hui. Mais si c'est le cas, j'espère que tu t'entends bien avec ton fiancé. Sinon, peut-être que ta mère pourrait accepter pour signer un autre contrat avec la famille de ton petit copain. Je ne sais pas si c'est un Sang-Pur ou non, mais si c'est le cas et que tu l'aimes vraiment, elle pourrait peut-être accepter.
Je dois avouer que j'ai été surpris d'apprendre la nouvelle. Je n'ai jamais imaginé que tes parents soient le genre de personne à créer ce type de contrat. Mais je ne connais pas très bien ta mère. Pollux me parle souvent de ton père, je crois qu'ils sont devenus des sortes d'amis après avoir écrit l'article à mon sujet. C'est plutôt étrange de l'entendre parler de ton père, les Black ne sont pas très réputés pour aimer les personnes ayant vos types de personnalités (sans offenses). Je suppose que Pollux ressemble plus à moi qu'à Cygnus ou Walburga. Dans tous les cas, ton père a l'air d'être un type bien. Peut-être que si tu lui parles, il arriverait à convaincre ta mère de changer d'avis.
Je m'excuse si je m'implique un peu trop dans tes soucis. Mais sache que tu as tout mon soutient et je te promets que cette fois-ci, je répondrai plus rapidement à tes lettres.
Avec tout mon soutient (et mes sincères excuses pour mon retard),
Altaïr.»
Altaïr était un abrutit. Non, elle n'avait pas cherché le soutient d'un ami en écrivant cette fichue lettre. Elle avait espéré qu'il lui promettrait de l'emmener loin de sa famille, qua malgré les fiançailles, il trouverait un moyen de la tirer de là. Oui, elle avait compris depuis longtemps que le garçon l'aimait et Venus comprenait enfin la douleur que ça propre lettre avait dû infliger au Black.
Elle se sentait si mal. Venus avait tout perdu à écrire à Altaïr en espérant que lui aussi, devine ses sentiments. Les garçons étaient bêtes, elle le savait. Ils ne réalisaient jamais quand une fille s'intéressait à eux et Black en était la parfaite représentation. Contrairement à ce qu'il semblait penser, sa mère était loin d'être prête à revenir sur sa décision.
Venus était coincé avec ce garçon qu'elle ne connaissait qu'à peine jusqu'à la fin de as vie et celui qu'elle aimait secrètement, avait découvert son homosexualité après son rejet. Elle voulait juste rester roulé en boule au fond de son lit pour toujours, les larmes ne se tarissant pas sur ses joues. Elle tentait vainement de se rassurer en songeant qu'eux deux, au moins Altaïr était heureux désormais.
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Angleterre
20 février 1991
Comme tous les vendredis soir, Thomas se rendit par cheminette chez Remus. Cela faisait des mois qu'il évitait son père et si depuis peu, ils s'entendaient un peu mieux, il n'était pas près de lui pardonner sa trahison. Il n'en revenait toujours pas que James lui ait effacé la mémoire et que s'il n'avait pas découvert par lui-même qu'il avait un frère, jamais il ne lui en aurait parlé. Thomas ne comprenait pas.
Remus avouait par petit bout l'histoire qui liait son père à la famille Black. L'enfant avait comprit que James avait été contraint d'épouser Aquila et qu'Altaïr n'était pas né par choix, mais par devoir. Pourtant, il était incompréhensible pour Thomas d'abandonner son propre enfant à cause d'une haine remontant à Poudlard. Parfois, il avait l'impression que son père n'était pas un adulte, mais un enfant à sa façon de gérer ses sentiments. Même lui se montrait parfois plus mature que l'Auror du haut de ses dix ans.
Remus essayait parfois de lui expliquer la situation du point de vue de James, mais Thomas finissait toujours par se renfrogner. S'il trouvait refuge chez son oncle, ce n'était pas pour qu'il le bassine avec son père. Remus abandonnait généralement au bout de cinq minutes et finissait toujours par lui proposer une partie d'un jeu de société quelconque. Les Moldus étaient tellement plus créatif que les sorciers dans ce domaine!
«Dis Remus, comment ça se fait que tu connaisses si bien le monde Moldu alors que tes parents étaient des sorciers?» demanda le garçon un soir devant une partie de bataille navale.
«C'est grâce à ta maman.» sourit nostalgiquement le loup-garou.
Thomas cessa immédiatement d'observer son jeu, focalisant son attention sur son oncle. James ne parlait jamais de Lily, la douleur de sa perte était toujours bien trop présente pour lui le permettre. Remus, lui, essayait juste de ne pas penser à ses années heureuses et perdues à Poudlard. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas parler de sa mère à Thomas. Mais penser à elle le menait forcément à songer à la mort de Peter et la trahison de Sirius.
«Quand on était à Poudlard, elle se plaignait toujours parce que les échecs étaient ennuyeux et la bataille explosive trop stupides. Un jour James lui a rétorqué qu'elle n'avait qu'à inventé un jeu plus intéressant puisqu'elle était si maligne. C'était l'époque où ils se chamaillaient beaucoup. Une semaine plus tard, ses parents lui avaient envoyé un Monopoly et elle nous a appris à y jouer. Elle était terriblement douée et personne dans notre année n'a jamais réussi à la battre.»
Remus souriait, le regard dans le vague alors que Thomas l'écoutait attentivement.
«Par la suite, elle a continué d'apporter des jeux Moldus dans notre Salle Commune et de nous prouver à quel point les Moldus sont plus avancés que nous dans ce domaine. Quand on a quitté Poudlard, je l'ai accompagné une fois faire du shopping à Londres avec Sirius. Il est tombé amoureux du style Moldu et de leurs vestes de motard en cuir. Lily, elle, elle n'a juste jamais réussi à s'habituer à la mode sorcière. J'ai beaucoup aimé découvrir cette partie de l'Angleterre que je n'avais jamais vu et elle a beaucoup aimé me servir de guide. Le monde Moldu, ce n'était pas vraiment la tasse de thé de James et ça manquait à ta mère de se rendre dans le monde dans lequel elle avait vécu les premières années de sa vie. C'est elle qui m'a emmené pour la première fois à Disneyland.
- C'est qui Sirius? C'est un de tes amis?» releva Thomas, ne connaissant pas ce prénom.
Remus se crispa, mais ne laissa rien paraître.
«C'était un ami de Poudlard, on était dans le même dortoir. Mais avec les années et la guerre, on a fini par perdre le contact.»
Thomas comprit immédiatement ce que voulait dire ces mots. C'est que les adultes disaient lorsqu'il parlait d'un ami qui s'était révélé être un Mangemort ou qui était décédé pendant la guerre. Il décida donc de ne pas questionner davantage Remus sur le sujet. Thomas préféra reconcentrer la conversation sur sa mère, avide d'entendre des histoires à son propos.
C'est pour ça que Remus était son adulte préféré. Il ne lui mentait jamais consciemment sauf si c'était le mieux pour lui ou que ça ne le concernait pas. Pour son frère, Remus ne lui avait jamais réellement caché son existence, laissant même échapper son nom à quelques reprises. C'est grâce à lui que Thomas avait finalement pu reprendre contact avec Harry et il lui en serait toujours reconnaissant.
«Bref, au fil de nos visites dans le Londres Moldu, j'ai fini par beaucoup aimé leur culture. Découvrir les discothèques, les voitures, le métro, les monuments Moldus ou le cinéma a été fantastique.
- C'est pour ça que tu vis ici maintenant? Pour avoir une télé?»
Remus pouffa, hochant vivement de la tête.
«Je n'ai pas pu résister à la tentation.» fit-il en offrant un clin d'œil complice à son neveu.
La soirée se déroula dans la bonne humeur la plus totale, entre les anecdotes de Remus sur Lily et les rires enfantins de Thomas. Ses mauvaises pensées à propos de son père étaient loin derrière lui, le garçon se concentrant sur l'instant présent.
XXXXXXX
Estonie
30 février 1991
«C'est la lettre que tu as reçu à Noël?» osa finalement demander Altaïr après avoir observé pendant les dix dernières minutes son petit-ami fixer la missive.
Ce dernier hocha lentement de la tête, toujours perdu dans ses pensées. A Noël, Altaïr n'avait pas osé lui parler de cette lettre. Ils étaient alors en froid et il s'était seulement permis de réconforter son ami le temps d'une soirée. Ils n'en avaient pas parlé et l'occasion ne s'était plus présentée depuis. Jusqu'à ce soir où Juhan avait tiré l'enveloppe jaunit par la poussière de son étagère et s'était une nouvelle fois plongé dans sa lecture.
«Est-ce que tu veux en parler?» demanda doucement le lycanthrope.
Il mourait d'envie de connaître le contenu de cette lettre, mais Juhan avait le droit à son jardin secret et respectait cela. Altaïr ne le forcerait pas à se confier s'il n'en avait pas envie. Juhan réfléchit longtemps à la question, si bien que le lycanthrope songea qu'il ne l'avait même pas entendu, trop perdu dans ses pensées.
«Je veux un câlin.»
Altaïr sourit et répondit avec plaisir à la demande de son amant. Il grimpa sur son lit et l'attira contre lui, caressant son dos dans un geste de réconfort.
«Mon frère, il m'a écrit à Noël.
- Ian ou Igor?
- Ian. Igor veut bien trop plaire à nos parents pour prendre le risque de m'écrire.» cracha amèrement l'Estonien. «Il ne m'a même pas souhaité de bonnes fêtes. Franchement, pourquoi m'écrire si c'est pour me faire des j'ai l'impression que personne ne m'aime dans cette famille. J'aurai mieux fait de ne jamais naître.» sanglota-t-il.
«Ne dis pas ça, je n'aurai jamais connu tes incroyables talents au lit.» tenta de plaisanter Altaïr en agrippant l'une de ses fesses. Ça n'avait rien de sexuel, Juhan n'était pas en état.
Le roux rit à sa blague, frappant son épaule.
«Comment t'as fait toi, pour supporter le reniement?» demanda Juhan d'un ton plus sérieux.
« Ma situation était très différente de la tienne. A mon reniment, je suis allé vivre avec ma grand-mère et son oncle qui vivait avec nous. Je continuais à voir mon parrain et mon frère en cachette. Mais quand Walburga et Arcturus sont décédés et que j'ai fini par atterrir quelques mois plus tard chez Cygnus, ça a été l'enfer pour moi. Je n'avais plus le droit de voir mon frère et mon parrain et quand j'ai fini par croiser Thomas par hasard, il ne se souvenait plus de moi. Les personnes qui m'aimaient avant mon reniment ont continué de le faire et leur abandon n'a jamais été volontaire. Ils n'avaient pas le choix. Et les nouveaux membres de ma famille que j'ai rencontré à ce moment là ne m'ont jamais aimé dès le premier regard et ça a été réciproque.»
Altaïr serra Juhan un plus fort contre lui. Il n'aimait pas penser aux années qu'il avait vécu sous le toit de Cygnus.
«Je ne sais pas comment je réagirai si mon frère, Remus ou Pollux me tournait soudainement le dos. Je ne sais pas quel conseil te donner à part d'ignorer ses personnes qui ne te méritent définitivement pas.
- Merci Altaïr. Parfois j'ai l'impression que tu es le seul à trouver quelque chose d'intéressant en moi.
- Ne dit pas de bêtises.» Altaïr embrassa son front. « Ta famille est juste trop stupide pour comprendre qu'il n'y a pas que l'école et trouver un travail prestigieux qui compte dans la vie. Un jour, ils comprendront à quel point ils ont merdé et ils s'en mordront les doigts.»
Le silence s'étendit entre eux. Juhan voulait profondément croire aux mots d'Altaïr, mais il n'était pas encore prêt à se détacher de sa famille. Il n'était qu'un adolescent perdu, il avait besoin de ses parents et de ses frères. Mais Juhan espérait qu'Altaïr est raison et qu'un jour, il arriverait à se détacher de leurs avis.
«Tu parles toujours de ton parrain, de ton frère et de ton père. Où est ta mère, est-ce qu'elle est décédée?» osa demander Juhan d'une petite voix. «Mais si tu ne veux pas en parler, ce n'est pas grave.» s'empressa-t-il d'ajouter.
«Je ne l'ai pas connu. Mes parents ont été fiancé pendant leur scolarité et à ma naissance, mon père est allé vivre avec sa maîtresse qui est devenu sa deuxième femme après son divorce. J'ai vécu un an avec ma mère. Mais elle était dans le mauvais camp pendant la guerre et elle a finit par se faire attraper par les Aurors, enfin plutôt par mon père qui est un Auror. Depuis, elle est emprisonnée à Azkaban.
- Azkaban?
- C'est le nom de notre prison en Angleterre. Je ne l'ai jamais revu depuis et je ne me souviens pas d'elle. C'est pour ça que je n'en parle pas beaucoup.»
Juhan fronça les sourcils, confus. Il ne comprenait pas en quoi l'emprisonnement de sa mère empêchait Altaïr de la voir.
«Tu ne lui as jamais rendu visite?
- En Angleterre, les choses sont bien différentes d'ici, même si les choses commencent à changer.» soupira Altaïr.«Les prisonniers n'ont pas de droit de visite, ni d'envoyer des lettres. Ma mère a été condamnée à perpétuité, je ne la rencontrerai jamais.»
La voix d'Altaïr était amer. Il ne savait même pas si sa mère lui manquait, comment pourrait-elle le faire s'il ne l'avait jamais connu. Mais parfois, Altaïr aurait aimé avoir à ses côtés une présence maternelle. Il y avait goûté en vivant sous le toit de Lily Potter, mais voir ses amis retrouvés leurs familles en quittant Durmstrang à chaque vacance ne le rendait que plus amer. Même si Lily n'avait pas été sa mère biologique, elle l'avait traité comme un fils. Savoir que si Aquila n'avait pas choisi de se battre mais plutôt de rester à ses côtés, il aurait connu ça toute sa vie était douloureux. Altaïr préférait généralement ne pas y penser.
«Mais tu as dit que les choses commençaient à changer.» releva Juhan.
«Ouai. Quand Pollux a vu la différence entre les prisons estoniennes et anglaises, il a proposé un projet de loi au Ministère. Il est politicien. Mais ce sont des démarches qui sont longues et franchement, je ne pense pas qu'un jour ses droits s'appliqueront aux Mangemorts. Ce sont les personnes qui suivaient le Seigneur des Ténèbres lors de la guerre.» précisa Altaïr, se doutant que Juhan ne devait pas comprendre le terme. «Pour l'instant, le projet consiste surtout à créer une prison sans Détraqueurs pour les détenus condamnés à de petites peines.
- Des Détraqueurs? » s'exclama horrifier Juhan en se redressant.
Altaïr hocha lentement la tête.
«De toute façon, même si un jour je pourrai rencontrer ma mère, je ne sais même pas si elle sera assez saine d'esprit pour me reconnaître. Tout le monde devient fou à Azkaban.
- C'est horrible.» gémit Juhan.
«Pourquoi est-ce que tu voulais parler de mon reniement?» changea de discussion Altaïr, revenant au point de départ. «Est-ce que ton frère t'a menacé?
- Il dit qu'il a surpris mes parents en parler. Selon lui, je suis sensé m'estimer heureux qu'ils ne semblent pas réellement vouloir le faire, mais juste en émettre l'hypothèse.
- Ton frère est vraiment un gros con.
- Ouai, t'imagines même pas.» sourit Juhan, heureux d'être soutenu par Altaïr. «Enfin, de base il m'écrivait juste pour m'avertir que notre mère était enceinte, encore un garçon apparemment. Il a juste dévié de sujet à la fin pour me rouspéter.
- Ça sera leur quatrième enfant, ils sont motivés, tes parents.» se moqua Altaïr.
«Ouai… J'ai peur qu'il ne me laisse pas l'approcher. Ian dit que je serai une mauvaise influence et que je devrai garder mes distances.
- Pff, n'importe quoi.» s'insurgea Altaïr.«Regarde-moi, je suis un loup-garou en prison et pourtant mon frère et un enfant parfait, ça ne veut rien dire. Ce n'est pas parce que t'as fait une fois une connerie que tu ne peux pas être un bon frère. Tant que tu ne lui apprends pas à cambrioler une banque, je ne pense pas que tu puisses avoir la moindre mauvaise influence.
- Je ne saurai même pas faire ça moi-même, alors je ne pense pas pouvoir lui l'apprendre.» s'exclama Juhan.
«Tu vois, tu n'as aucun souci à te faire dans ce cas.»
Cela fit du bien à Juhan de rire ainsi. La vision d'Altaïr semblait si simpliste pour une fois que ça lui donnait envie de croire à ses théories.
«Merci Altaïr.
- Pourquoi?
- De me soutenir.»
Altaïr l'attira pour un baiser.
«C'est normal. Je serai toujours de ton côté.»
Cette promesse retira un poids des épaules de Juhan. Sa famille était contre lui, mais peut-être qu'il pourrait se créer sa propre famille. Il n'était pas assez optimiste pour espérer qu'Altaïr reste son petit-ami pour les soixante prochaines années. Mais savoir que quelqu'un était de son côté permettait à Juhan qu'un jour, il se fasse de suffisamment bons amis pour les considérer comme des frères qu'il n'avait plus. Altaïr lui redonnait de l'espoir.
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Estonie
15 mars 1990
Altaïr avait appris de Danil qu'il était autorisé d'être jusqu'à trois détenus dans un même parloir. La conversation était venue naturellement lorsque des jumeaux avaient été incarcéré la semaine passée et que l'Anglais s'était demandé comment les visites se déroulaient pour eux. Est-ce qu'il devrait se contenter chacun d'une visite par mois et alterné toutes les deux semaines? Ou bien leurs parents pourraient en voir un lors des visites matinales et le second l'après-midi?
Mais Danil lui avait expliqué que plusieurs détenus pouvaient se rendre dans le même parloir en même temps. Cela avait donné des idées à Altaïr qui s'était empressé d'écrire une lettre à son parrain. Il lui parlait constamment de Juhan et Remus soupirait parfois qu'il aurait aimé rencontrer ce garçon dont son filleul le bassinait tant. Altaïr avait trouvé la solution parfaite à ce souci, d'autant plus qu'il aimerait présenter son parrain à Juhan, ils étaient tous deux importants pour lui. La surprise serait de savoir si Pollux serait là ou non ce week-end. Mais ce n'était pas un souci, l'homme l'aimait trop pour le repousser à cause de ça. Remus le lui avait bien fait comprendre à force d'entendre ses doutes.
«Poliakoff, Black, c'est l'heure de la visite.» tonna un garde en ouvrant leur cellule.
Juhan fronça les sourcils, pensant à une erreur. Ses parents lui avaient bien fait comprendre que plus jamais, ils ne remettraient un pied dans cette prison. Mais la main d'Altaïr qui se referma autour de la sienne pour le tirer de son lit et son sourire conspirateur lui fit comprendre que son petit-ami tramait quelque chose.
«Ne me dis pas que tu vas faire un truc aussi stupide que de me présenter à ta famille?»
Altaïr perdit aussitôt son sourire.
«Tu ne veux pas?
- Putain Altaïr, je suis un prisonnier et un garçon au cas où tu ne l'aurais pas remarqué!
- Je peux te dire que ça, je le sais même très bien.» sourit narquoisement Black. «Ce n'est pas un souci, ni que tu sois un prisonnier, ni que tu sois un homme. Remus est déjà au courant et si Pollux fait une remarque, je lui mettrai mon poing dans la figure en sortant d'ici.
- Tu … Le pire, c'est que je sais que tu es sérieux.» soupira Juhan en acceptant finalement de suivre son amant.
Juhan se tenait un pas derrière Altaïr en entrant dans les parloirs. Ça faisait si longtemps qu'il n'avait pas mis les pieds ici. C'était étrange d'y revenir. Un garde les mena jusqu'au dernier parloir, celui tout au fond du long couloir, avant de faire demi-tour et de guider le prochain détenu. Le lycanthrope sourit à son parrain qui lui rendit son regard espiègle.
Altaïr tira sur le bras de Juhan, le rendant visible aux yeux de sa famille. Il le fit asseoir sur la chaise à sa droite, mais ne lâcha sa main à aucun moment. Pollux avait l'air aussi éberlué que le rouquin et cela amusa intérieurement les lycanthropes.
«Juhan, je te présente Remus Lupin, mon parrain et Pollux Black, mon tuteur. Pollux, Remus, voici Juhan, mon petit-ami.»
La mâchoire de Pollux se décrocha de sa bouche dans une expression de surprise.
«Mais tu avais dit que c'était une fille!» s'exclama-t-il à l'attention de Remus.
«Quoi? Tu lui avais dit?» s'exclama Altaïr au même moment où Juhan lui posait la même question.
Peut-être que le jeune Black avait oublié de dire à son petit-ami qu'en effet, il avait informé son parrain de leur relation et que ce dernier l'acceptait pleinement. Leurs réactions fit bien rire Remus ce qui détendit immédiatement l'atmosphère.
«Quoi? Il fallait bien que je plaigne à quelqu'un de tes discussions pleines de «Juhan par-ci» et «Juhan par-là.»»
Altaïr rougit jusqu'à la pointe de ses oreilles alors que le rouquin semblait étrangement flatter que son amant n'est pas pu résister à l'idée de parler de lui à la personne qu'il voyait comme un père.
«Et ce n'était pas à moi de faire son coming-out.» s'adressa Remus à Pollux, cette fois-ci.
Le vieux sorcier soupira, son ami n'était qu'un petit cachotier.
«Enchanté Juhan.» sourit-il finalement.«Tu es bien plus mignon que ce que j'aurai imaginé qu'Altaïr puisse me présenter.
- Tu doutes de mon charme?» se renfrogna ledit Altaïr alors que l'Estonien rougissait jusqu'à la pointe de ses oreilles.
Il n'était pas très bon en anglais mais grâce aux leçons d'Altaïr, il comprit très bien le compliment de l'homme. Sa propre famille avait réagi si virulemment à son coming-out que Juhan n'avait jamais imaginé que celui d'Altaïr se passerait aussi calmement. Il était bien trop heureux pour le lycanthrope pour ne serait-ce pensé à être jaloux de sa famille qui lui semblait incroyable.
«Je suis aussi enchanté de vous rencontrer. J'ai beaucoup entendu parler de vous deux.» bégaya-t-il essayant de ne pas trop écorché les mots avec son accent estonien.
«Aquila a toujours trouvé les garçons avec un accent plus attirant, je suppose que c'est héréditaire.» se moqua gentiment Remus.
«Pourtant tu parles très bien anglais.» répondit du tac au tac Altaïr.
Juhan se pencha à l'oreille de son ami pour que les deux autres ne l'entendent pas.
«Ton parrain a couché avec ta mère?» chuchota-t-il surpris.
«Non!» s'insurgea Remus de l'autre côté de la vitre.
«Non, mais ils auraient bien aimé.» charia Altaïr.
Juhan haussa les sourcils, surpris d'avoir été entendu à cette distance. Puis il se souvint que Lupin était lui aussi un loup-garou à l'ouïe affutée. Il était un peu mal à l'aise d'avoir été entendu, mais le sourire doux de l'homme lui fit comprendre qu'il n'était pas offusqué.
«Il faudrait que Danil rencontre ton parrain, il en oubliera sa peur des loups-garous.» dit soudain Juhan, réalisant que l'homme, à part pour les cicatrices barrant son visage, n'avait rien en commun avec l'image stéréotypé des lycanthropes.
Lupin avait le regard le plus doux que Juhan n'avait jamais vu. Il semblait être très calme et avoir une personnalité apaisante. Il ne le connaissant que depuis une ou deux minutes et pourtant, l'Estonien réalisait facilement que Lupin était à l'opposé du stéréotype du loup-garou virulent et haineux.
«Il n'a pas peur de moi.
- Ça c'est uniquement parce que je lui ai montré les tours que j'ai appris à Peni.
- Peni?» questionna Remus.
Juhan se fit un plaisir de conter aux deux Anglais la façon dont il avait fait ami-ami avec le loup de son petit-ami, lui avait trouvé un petit nom (Altaïr insista pour préciser qu'il était ridicule) et lui avait appris quelques tours.
«Je ne suis pas un fichu chien. La prochaine fois que tu me fais donner la patte, je te mords.» menaça Altaïr, le rouquin ne prit pas du tout la remarque au sérieux et éclata de rire.
« Ça a une signification ce nom?
«Magic Penis / Toutou en Estonien» répondirent en cœur les deux adolescents.
Pollux soupira en se frottant les yeux face au comportement puéril de son pupille alors que Remus explosait de rire, se tordant en deux sur sa chaise, le souffle cours et les larmes aux yeux.
«On dirait bien que tu as trouvé ton nom de Maraudeurs.» réussit-il à articuler entre deux rires.
«Les Maraudeurs? Qu'est-ce que c'est?» questionna Juhan.
Remus mit quelques secondes à se remettre de son fou-rire, réussissant finalement à se calmer pour répondre à l'Estonien.
«Quand j'étais à Poudlard…»
Altaïr observait le visage de Juhan s'illuminer en entendant le récit de son parrain. Il était incroyable de savoir que trois étudiants avaient réussi à se changer en Animagus à un si jeune âge. Pollux quant à lui avait perdu depuis longtemps le fil de la discussion. Son regard était posé sur Altaïr. Il avait du mal à se remettre de la nouvelle, son héritier avait choisi un homme plutôt qu'une femme et il devrait s'en insurger. Mais le garçon avait l'air si paisible à cet instant, que Pollux ne pouvait se résoudre à lui faire la morale.
Remus lui avait raconté à quel point Altaïr avait été détruit par l'annoncer des fiançailles de Venus. Les semaines qui suivirent, il avait lui-même put voir son pupille avoir le moral dans les chaussettes. Pourtant, en le voyant ainsi, l'air éperdument amoureux, Pollux savait que ce garçon était la meilleure chose qui puisse arrivée à Altaïr à ce moment de sa vie.
Chapitre 35
13 avril 1991
Estonie
«Je ne sais pas comment je vais lui annoncer la nouvelle.» annonça Juhan qui observait de loin son petit-ami courir autour de la cour en compagnie d'un de leurs amis.
Altaïr s'était trouvé en Abel, un des camarades de classe de l'Estonien, un allier pour démontrer à Danil et Juhan que batteur était le meilleur poste dans une équipe de Quidditch. Ils n'étaient pas particulièrement proches, mais les deux adolescents partageaient la même passion sportive et s'était rapidement mis à s'exercer ensemble dans la cour en début d'après-midi.
«Il va bien falloir le faire.»
Juhan sortit soudainement de ses pensées, donnant toute son attention à Danil. Il savait que son ami avait raison, mais il n'arrivait pas à trouver le bon moment pour discuter avec Altaïr.
«Il a l'air tellement détendu en ce moment. Putain, c'est la seule personne que je connaisse qui finisse par aller après un an de prison qu'en y entrant.
- Plus tu attendras et plus ce sera difficile de le faire.
- Je sais.» soupira le roux.
Altaïr et Abel revenaient vers eux, transpirant et à bout de souffle, enfin surtout dans le cas d'Abel. Juhan sentit son ami le pousser en avant, lui faisant comprendre de ne pas laisser les choses traîner plus en longueur. Le rouquin prit une grande inspiration et s'approcha de son petit-ami. Il lui attrapa le bras et lui fit d'un signe de tête qu'ils devaient discuter à l'écart. Altaïr le suivit docilement, inquiet face à la mine grave de Juhan.
«J'ai reçu une lettre la semaine dernière.
- Je sais, je vis dans la même cellule que toi.» sourit Altaïr, l'encourageant à poursuivre.
L'Anglais avait bien vu que Juhan semblait perturbé depuis la réception de cette fameuse lettre. Mais Altaïr n'avait pas insisté lorsque son amant l'avait rangé sur son étagère, loin de son regard curieux. Il comprenait que le roux avait besoin de son jardin secret et n'avait pas insisté. Altaïr avait simplement supposé que si c'était vraiment important, Juhan lui en parlerait, à juste titre, visiblement.
« Je vais sortir à la fin du mois, le vingt-neuf.»
Juhan triturait ses doigts, nerveux. Il ignorait quelle serait la réaction d'Altaïr et encore moins celle qu'il attendait de sa part. Juhan ne voulait pas qu'il soit triste de son départ. Mais d'un autre côté, il espérait qu'Altaïr tienne suffisamment à lui pour en être déçu.
« C'est super.» soupira Altaïr, le serrant contre lui. «Vraiment, je suis contente pour toi.»
Mais Juhan n'était pas dupe, le lycanthrope essayait davantage de se convaincre lui-même que son petit-ami.
«J'attendais ça depuis des mois, les gars vont être tellement jaloux et … et putain, je n'ai pas envie de partir maintenant.»
Altaïr lui caressa le dos, comprenant ce que son amant essayait de lui dire. Toutes les personnes ici rêvait de fuir cet endroit, de retrouver la liberté. A cet instant, le lycanthrope serait prêt à tout pour revoir une ville, retrouver la civilisation, porter autre chose que son uniforme gris, pouvoir manger ce dont il avait envie ou décider de dormir à l'heure de son choix et faire une grasse matinée le lendemain. Mais Juhan était amoureux de lui. Peut-être que dans un autre contexte, hors de la prison, ils ne seraient jamais parlés ou devenus amis. Il avait mis des mois à mettre Altaïr dans son lit et encore plus de temps à le faire tomber amoureux. Il ne voulait pas perdre de ça, bien qu'aux yeux de quiconque, ça devait ressembler à un stupide amour de jeunesse.
«Je sors en juin normalement, on s'écrira des lettres en attendant.» murmura Altaïr presque comme une question.
Il ignorait comment la distance les impacterait. Les quelques rares autres adolescents en couple ici ne faisaient jamais durer leurs relations, d'autant plus lorsqu'il s'agissait de leur colocataire. Une telle proximité pouvait être très dure à vivre, l'intimité était une chose importante pour garder le moral. Mais Juhan et lui, ne s'était jamais connu autrement qu'en vivant dans la même petite pièce de 9m. Pour leur relation, le monde extérieur était une terrible inconnue à surmonter.
«Tu promets?» demanda d'une petite voix Juhan.
«Oui, je te le jure.»
Altaïr embrassa doucement sa tempe. Les deux garçons s'installèrent dans un coin d'herbe mal entretenu, ils avaient besoin de s'isoler un peu avant de rejoindre le reste de leurs amis.
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Estonie
29 avril 1990
Le mois s'était écoulé terriblement vite. Altaïr et Juhan était devenu encore plus inséparables qu'ils ne l'étaient déjà. La moindre occasion était bonne pour se tenir la main, s'embrasser lorsque leurs amis leur tournaient le dos ou s'enfermer dans leur cellule pour partager un moment intime. Ils ne voulaient rien regretter et profitaient au maximum de la présence de l'autre.
Avant même que les deux tourtereaux ne le réalisent, le grand jour était arrivé. Juhan avait sortit la bassine noire de sous son lit, celle dans laquelle ses premières affaires de détenus lui avaient été confiées. Elle était bien plus remplie désormais, elle débordait de magazines en tout genre et de Juhan avait rougi en fourrant tout au fond les revues pornographiques qu'Altaïr lui avait offertes pour son anniversaire.
Puis, les deux adolescents avaient patiemment attendu qu'un garde ouvre la cellule pour chercher le rouquin. Altaïr devrait bientôt aller en cours, mais pour l'instant, il voulait juste tenir son petit-copain dans ses bras. Ils ne s'étaient pas rendus au réfectoire ce matin, voulant simplement profiter de la présence de l'autre.
«Altaïr, il faut qu'on parle.
- Hmm?» fit l'Anglais, ne comprenant pas où Juhan voulait en venir.
« Je crois que …» l'Estonien inspira bruyamment pour se donner du courage. «… Qu'on devrait s'arrêter là.»
Altaïr le tourna brusquement vers lui, plongeant son regard dans le sien. Juhan ne l'avait jamais vu avoir l'air si paniqué et ça lui brisait le cœur. Mais il savait que c'était la bonne chose à faire.
«Pourquoi? Je ne veux pas.
- Il y a des tonnes de raisons Altaïr.» souffla gentiment Juhan, cherchant ses mots. «Nous sommes deux garçons et en dehors d'ici, notre relation ne sera jamais acceptée. Ton tuteur ne t'a peut-être rien dit quand tu m'as présenté à lui, mais c'était évident qu'il n'était pas ravi de ton choix.
- Je m'en fiche de ce qu'il pense.» nia fortement Altaïr.
«Laisse-moi finir, s'il te plaît. Tu es l'héritier d'une grande famille, dans ton pays. Tu vas devoir avoir des enfants, construire une famille et marier une Anglaise avec une bonne situation. Ma famille et mon nom ne serait jamais assez bien pour toi.» Voyant qu'Altaïr était sur le point de protester, Juhan s'empressa de poursuivre. «Et même sans voir aussi loin, notre relation n'est pas quelque chose que nous pourrons poursuivre en dehors d'ici. A Durmstrang, deux garçons ne peuvent pas sortir ensemble, personne ne l'acceptera.
- Mais ça n'a jamais posé problèmes ici!
- Parce qu'ici, si tu veux avoir du sexe, c'est forcément avec un garçon. Tout le monde sait qu'une fois sorti, on n'en parlera plus parce que ce n'est pas normal.»
Altaïr lâcha la main de son petit-ami, comme si le mot «normal» l'avait brûlé. Il avait été qualifié d'anormal ou de monstre toute sa vie. Parce qu'il était un loup-garou, un Black, un ancien Potter, un meurtrier, un Anglais, un adolescent en prison. Tout le monde avait toujours trouvé une raison de le traiter différemment, que ce soit son père, Cygnus, Lucretia, les aristocrates anglais ou ses camarades de classes. Et maintenant, alors qu'il avait enfin trouvé grâce à sa relation avec Juhan un équilibre, ce dernier lui crachait qu'aimer un homme n'était pas normal.
Juhan aurait voulu se rattraper, lui dire que ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire, pas de cette façon. Mais la porte de la cellule s'était ouverte derrière eux. C'était l'heure de partir pour lui.
«Black, allez en cours. Poliakoff, suivez-moi.» ordonna le maton.
Juhan ne put bouger, toisé ainsi par le regard froid de son petit-ami. Altaïr s'empressa de prendre son manuel de Sortilège posée sur son lit, ne le lâchant pas des yeux. Il se pencha sur le rouquin toujours assis en tailleur sur son matelas. Altaïr attrapa de sa main libre son visage et écrasa avec force ses lèvres sur les siennes.
«Tu n'es qu'un lâche.»
Puis, Altaïr sortit de leur cellule, sans un regard en arrière. Juhan ne le retint pas, les larmes aux yeux. Black avait raison, il n'était qu'un lâche qui préférait mettre un terme à leur relation maintenant avant qu'Altaïr ne le fasse plus tard, en sortant d'ici. L'Estonien était mort de trouille à l'idée qu'une fois libre, le lycanthrope retrouve Venus Lovegood en Angleterre ou réalise à Durmstrang qu'il y avait bien mieux que lui, peu importe où il poserait les yeux. Parce que Juhan n'était qu'un garçon banal, avec des mauvaises notes, recevant des retenus à la pelle et ayant été condamné à seulement quatorze ans. Il préférait mettre un terme aux choses maintenant plutôt que de souffrir bien plus dans quelques mois.
Oui, il était lâche, mais Juhan restait persuadé que c'était la meilleure solution pour eux, pour lui.
XXXXXXX
Estonie
5 mai 1991
Danil était inquiet pour Altaïr depuis le départ de Juhan. L'Anglais se comportement de la même façon qu'à l'accoutumée, il faisait comme si rien n'avait changé. Mais Danil n'était pas dupe. Il voyait bien que le lycanthrope faisait semblant et il devait avouer qu'Altaïr était terriblement doué.
Lui-même y aurait cru si la veille au soir, Danil n'avait pas vu l'Anglais perdre le contrôle en sortant de la douche. C'était allé si vite, Altaïr avait simplement été bousculé par un groupe de garçons qui ne l'avait pas vu, mais ça avait suffit pour le faire démarrer au quart de tour. Celui qui l'avait bousculé n'avait même pas eu le temps de finir de s'excuser que déjà, il était épinglé à un mur.
Danil s'était empressé de faire lâcher prise au lycanthrope et l'avait traîné hors des douches. Altaïr ne semblait même pas avoir remarqué qu'il avait perdu le contrôle, reprenant immédiatement son image de prisonnier parfait. Les deux garçons n'en avaient pas parlé, parce que Danil ne savait pas comment réconforter l'Anglais et qu'Altaïr lui, semblait vouloir continuer à vivre sa vie dans le déni.
L'Estonien avait réfléchi à son problème une partie de la nuit et le lendemain, il jugea qu'il était vraiment urgent d'intervenir. Altaïr avait dû accueillir son nouveau colocataire en revenant dans sa cellule après sa promenade habituelle dans la cour et ça ne lui avait visiblement pas fait plaisir. Le petit nouveau avait été accueilli si froidement que même Danil eut de la peine pour lui. Pourtant il était habituellement le premier à se moquer de l'air perdu des nouveaux et à les bizuter.
Mais là, Danil n'avait pas pu. Lennart n'avait que deux ans de moins que lui mais ne semblant même pas en avoir onze avec ses grands yeux larmoyants et sa petite taille. A peine les cellules s'étaient ouvertes pour le dîner que Lennart avait déguerpi en direction du réfectoire. Visiblement, le garçon connaissait Abel à leur table habituelle et y était déjà installée lorsqu'ils arrivèrent.
Danil articula silencieusement à Abel s'il devait s'asseoir à une autre table, mais le brun lui fit non de la tête. Altaïr n'avait même pas prêter d'attention à leur échange, s'asseyant à sa place habituelle. Il posa quelques secondes sur le garçon à la droite d'Abel avant de retourner à son repas. Il avait si peu porté attention à son nouveau colocataire qu'il ne l'avait même pas reconnu. S
«Hey Altaïr, Danil! Je vous présente mon p'tit-frère, Lennart Abel!» s'exclama Abel en secouant les épaules de son frère ce qui lui tira une grimace.
Altaïr quitta enfin ses œufs brouillés du regard pour froncer des sourcils en direction de son ami.
«Je croyais que c'était ton prénom, Abel. Pas ton nom de famille.
- Mais c'est vrai ça!» remarqua Danil.
D'autres adolescents s'intéressèrent à la discussion, apprenant eux aussi la nouvelle.
«C'est parce qu'il s'appelle Mieczyslaw, mais personne n'arrive à dire son nom.» s'amusa son cadet. «Alors il veut qu'on l'appelle Abel.
- Ce n'est pas un peu bizarre d'appeler ton frère par son nom de famille?» demanda Danil.
«Si carrément. Mais dans la famille tout le monde l'appelle M…»
Abel essaya de plaquer sa main sur la bouche de son frère, l'empêchant de parler davantage. Il était rouge jusqu'à la racine des cheveux. Autour d'eux, les adolescents débattaient à propos de l'utilisation de surnom.
«Je comprends.» Tous se turent, écoutant Altaïr. Lennart était surpris de voir tout le monde porter tant d'attention au garçon taciturne. «Altaïr, c'est mon troisième prénom. Alors je comprends qu'on puisse ne pas aimer son prénom.»
«D'abord Abel et maintenant toi! Est-ce qu'il y a au moins une personne ici qui utilise son vrai nom?»
Tous rirent à l'exclamation d'un garçon à deux places de lui. Danil semblait curieux, il avait le même air sur le visage que lorsque Juhan découvrait un potin croustillant.
«C'est quoi ton premier prénom alors? Et pourquoi pas ton deuxième?
- Mon deuxième prénom c'est Remus, tu comprendras que je ne veux pas l'utiliser.
- Ah oui, comme ton parrain, c'est ça?» Altaïr hocha la tête. «Quand même, c'est fou que vous soyez tous les deux des loups-garous et que vous ayez Remus dans vos noms.s C'est un loup de naissance?»
Altaïr nia: «C'est juste le hasard.»
Il était rare de croiser un loup-né. La plupart du temps, un enfant de loup-garou n'héritait pas de la maladie. Ça pouvait arriver, mais ça restait rare. Non, les loups-nés étaient généralement conçu au sein d'un couple de lycanthrope et même là, l'enfant n'avait pas forcément la malédiction.
Altaïr n'en connaissait que deux. Le premier était un enfant polonais qui vivait dans la meute que Remus et lui rejoignaient parfois lorsqu'il était enfant. En pensant à lui, Altaïr se dit qu'il devrait demander des nouvelles de la meute à son parrain. Le second loup-né qu'il avait rencontré n'était autre que Fenrir Greyback, l'homme qui l'avait mordu.
Altaïr n'aimait pas penser à lui. A chaque fois, sa morsure le tiraillait affreusement. Il se massa le flan machinalement, ne faisant déjà plus attention à son environnement. Auparavant, il en rêvait au moins une fois par mois, si ce n'était plus. Mais avec Juhan dans son lit et à ses côtés, ses cauchemars s'étaient taris. Altaïr supposa qu'en y pensant maintenant, ce cauchemar viendrait certainement hanter sa prochaine nuit.
«Ça va?» murmura Danil par-dessus la table.
«Ouai.» grogna Altaïr en revenant à son assiette.
Danil soupira, la bonne humeur de l'Anglais n'avait pas duré bien longtemps. Mais visiblement, leurs amis n'avaient pas autant de tact que lui et ne virent pas son visage s'assombrir en même temps qu'il se plongeait dans ses pensées.
«Et ton premier prénom? Si Altaïr est le troisième et Remus le second, c'est quoi le premier?» fit Abel excité, il ne voulait pas être le seul à dévoiler son prénom honteux. Si déjà, autant entraîner l'autre garçon avec lui dans sa chute.
«Harry.» fit Altaïr après un moment de réflexion.
«Quoi? Mais c'est super normal pour un anglais de s'appeler comme ça.» fit Abel, dépité. Lui qui avait pensé pouvoir charrier son ami.
« Pourquoi utilises-tu Altaïr alors?» finit par céder Danil face à sa curiosité grandissante.
«Quand j'ai été renié par mon père, la famille de ma mère a décidé que je devrais utiliser mon troisième prénom désormais. Dans la famille, on ne porte que des noms liés aux étoiles. Alors si leur héritier déroge à la tradition, c'est comme dire ouvertement que je suis un bâtard.» haussa-t-il des épaules. «Comme de base, mes parents étaient censés avoir deux enfants, c'est le second né qui aurait dû devenir l'héritier des Black, mais le hasard a fait que finalement, ce rôle m'appartient. D'où le changement de prénom.
- Je ne comprendrais jamais les Sangs-Purs.» soupira Abel, un Sang-mêlé. «C'est juste un prénom, non?
- En Angleterre, c'est assez différent des pays slaves.» expliqua Altaïr lorsqu'il vit que ses amis semblaient plutôt d'accord avec Danil. «Les statuts de sangs ont une grande importance puisque ce sont les Sangs-Purs qui font en majorité les lois et qui dirigent le pays aussi bien politiquement qu'économiquement. Il y a des Nés-de-Moldus ou des Sangs-Mêlés qui ont des postes importants, mais ça reste rare. En réalité, il n'y a plus que quelques familles qui pensent ainsi, mais vu que ce sont elles au pouvoir, les choses restent ainsi. Ma famille fait partie de celle-ci, même si je ne partage pas forcément ses opinions, je dois m'y plier puisque j'en représenterai plus tard l'image. Plus tard, quand Pollux mourra et que je serai le dernier à porter ce nom, je pourrai changer cela, mais pas avant.
- Mais si vous n'êtes plus que deux, peut-on vraiment dire que ta famille est si importante?
- Je sais que pour vous, ça doit être bizarre, mais oui.»
Altaïr comprenait leur désarroi. Ici, les familles pouvaient devenir importante ou riche, mais généralement, elles se rassemblaient en clan. Plus le clan était grand, plus il était puissant. Dans les pays de l'Est, on s'appuyait sur le nombre pour créer un empire politique ou financier, pas sûr la puissance d'une seule personne à sa tête.
«Qu'il y ait deux ou cent personnes dans la famille, seul le Lord régnant a mains mises sur la fortune et le pouvoir politique. Les autres membres suivent son avis, qu'on soit d'accord ou non. Avant la guerre, on était l'une des plus grandes familles du Royaume-Uni. Je n'ai pas connu cette époque, mais ma grand-mère disait qu'on comptait plus d'une quarantaine de membres. Désormais, ils sont soit morts, soit en prison. Mais ça ne change pas grand-chose, ça réduit juste un petit peu le carnet d'adresse, mais à peine.» haussa des épaules Altaïr, comme s'il ne venait pas de juste réduire la mort des siens à la perte de quelques contacts.
« Attends une minute.» réalisa soudainement Abel. «De quelle guerre tu parles? L'Angleterre n'a pas participé à celle contre Grindelwald, hormis Dumble-truc.
- Dumbledore.» soupira son petit-frère. «Et tu saurais qu'il parlait de celle contre Voldemort si tu avais écouté en cours d'anglais.
- Ouai, ben dans ce cours, le prof parle justement anglais et je n'y comprends jamais rien.» râle Abel. «Donc, c'est qui ce Voldemort?
- Arrêtez de prononcer son nom.» siffla Altaïr, plaquant une main sur sa manche. La marque le brûlait et des frissons douloureux remontaient jusqu'à son épaule.
«Tu portes sa marque?» réalisa Leonnart, pâle comme un mort.
Il était apparemment une des rares personnes ici à avoir suivi ses cours d'histoire et qui comprenait la signification de ce tatouage hideux. Altaïr n'était pas le seul à avoir un tatouage, plusieurs délinquants utilisant ce moyen pour défier leur famille ou montrer leur appartenance à un gang. Alors personne n'y avait vraiment fait attention jusqu'alors, surtout qu'Altaïr passait la plupart de son temps avec un sweatshirt à manche longue sur le dos. Mais visiblement, les choses n'allaient pas rester ainsi. Pourtant Altaïr refusait de participer à la conversation si on allait parler de la guerre.
«Allez les gars!» soupira Leonnart en voyant que tout le monde à la table les regardait avec un air complètement perdu. « C'est le tatouage que Voldemort apposait à ses suivants, ceux qui voulaient éradiquer les Moldus et les Nés-de-Moldus. Ils en ont tué des centaines pendant la guerre en Angleterre.
- Je t'ai dit d'arrêter de dire son nom.» haleta Altaïr, sa main serrant presque douloureusement son avant-bras. Son visage crispé ne pouvait tromper personne, il souffrait affreusement.
«Je ne vois pas pourquoi je devrai le faire.» fit effrontément Leonnart, perdant sa timidité. «Tu faisais parti d'un groupe terroriste qui a massacré des populations innocentes.»
Leurs amis fixaient l'échange, ne semblant pas réussir à choisir un camp. Ils ne pensaient pas qu'Altaïr puisse être ce genre de personne, surtout qu'il n'était qu'un enfant pendant la guerre. Mais d'un autre côté, l'Anglais venait de leur expliquer que si son chef de famille lui l'ordonnait, il devait se plier à sa volonté. Peut-être que ça n'avait pas été entièrement volontaire, mais Altaïr avait fini d'une façon ou d'une autre par se mettre au service d'un tel mage noir.
«Je ne suis pas un Mangemort.» siffla dangereusement Altaïr, les dents serrer. «Je n'avais que cinq ans et la famille de mon père était dans le camp opposé. C'était la guerre et tous les moyens étaient bons pour obtenir ce qu'on souhaitait. Torturer un enfant pour faire parler les parents étaient une des méthodes les plus efficaces. Ma belle-mère a fait ce qu'il voulait avant qu'il ne est morte pour nous protéger, mon frère et moi, se sacrifiant pour que nous puissions vivre.» Altaïr remonta sa manche, dévoilant sa marque incomplète, prouvant ses dires. «Alors ne parle pas de la guerre, parce que tu ne sais rien de ce que c'est. Voir sa famille massacrée et torturer devant ses yeux, courir dans les bois à en perdre haleine pour échapper à un loup-garou, devoir ramper dans des tunnels enfumés à peine plus larges que soit pour s'enfuir, voir une boutique exploser sous ses yeux en voulant aller faire ses courses, se faire torturer par un Seigneur des Ténèbres. Tu ne sais rien de ce que ça fait de vivre tout ça, alors je ne te permettrais pas de juger ce que j'ai vécu ou de donner ton avis sur cette foutue marque.»
Le silence était de plomb autour de lui. Sans même s'en rendre compte, Altaïr s'était levé, les mains plaquées sur la table et le corps penché vers Lennart, le dominant de toute sa hauteur. Les discussions aux tables alentours s'étaient stoppés, son éclat de voix attirant l'attention. Il jeta un dernier regard noir à l'enfant qui s'était ratatiné sur sa chaise face à sa tirade. Puis, Altaïr quitta le réfectoire, les poings serrés. Il n'aimait pas se laisser aller ainsi, mais entendre ce petit prétentieux parler d'une chose qu'il ne connaissait visiblement pas l'avait enragé.
«Je crois que là, tu l'as vraiment mis en colère.» souffla Danil après un moment, ayant retenu son souffle tout ce temps.
Il se doutait qu'Altaïr n'avait pas eu une vie facile, mais il n'avait pas imaginé que ce soit à ce point. De plus, il devait vraiment être à fleur de peau ces temps-ci pour se laisser emporter ainsi. Ça ne lui ressemblait pas. Pourtant, Danil pouvait le comprendre. S'il avait vécu la guerre au premier plan, entendre quelqu'un qui ne l'avait pas connu en parler ainsi devait être extrêmement agaçant. Sur ce coup, il ne pouvait qu'être d'accord avec Altaïr. Et puis, ça apprendrait à Lennart à ne pas chercher plus fort que soit, surtout ici.
«T'inquiète.» fit Abel en voyant la mine paniquée de son frère, même s'il ne semblait pas vraiment avoir envi d'être de son côté cette fois-ci. «Il n'est pas comme ça d'habitude. Mais il vit une période difficile en ce moment.»
«Ouai, il s'est fait larguer il y a une semaine par son ancien colocataire.» ricana un de leurs amis, recevant un quignon de pain sur le front de la part de Danil.
«Ne te moque pas de lui.»
L'adolescent rouspéta et finit par se disputer avec Danil et Abel. Lennart fixait son frère avec inquiétude, mais ce dernier ne le remarqua pas. Il venait d'apprendre que son colocataire était un loup-garou, en plus d'être gay et surtout, il était dans une colère noire contre lui. Pourquoi est-ce que son grand-frère ne s'inquiétait-il pas qu'il doive partager sa cellule? Pourquoi tout le monde semblait accepter de cohabiter avec un monstre? Lennart ne comprenait pas. Il avait peur.
XXXXXXX
Estonie
12 mai 1991
«Putain vous avez entendu la nouvelle les gars?
- Ouai, il parait que sa famille l'a mis à la porte.
- Ouai, il vit chez un de ses oncles maintenant.
- Mais pourquoi?» demanda le premier.
«Il parait qu'il a de nouveau essayé de voler des potions dans le stock de son frère pour les revendre.
-Ouai, et puis Juhan était une sacrée pédale.» rit un autre.
Danil sut aussitôt qu'il allait y avoir des problèmes par ici. Altaïr sauta sur ses pieds, quittant le siège sur lequel il était installé dans la cantine. Il ne lui fallut que trois pas pour rejoindre la table où les trois adolescents riaient du malheur de Juhan.
«Répète ce que tu viens de dire.» tonna le lycanthrope.
Danil l'attrapa par le bras, le tirant à nouveau vers leurs places. Il voyait déjà les gardes tirés leurs baguettes de leurs fourreaux.
«Ne joue pas au con Altaïr, tu sors dans un mois.»
Le lycanthrope tira sur son bras, mais accepta de se calmer. Pourtant, Danil aurait dû savoir que ce n'était pas normal que son ami soit aussi docile. Altaïr n'était pas du genre à penser aux conséquences, agissant toujours selon ses émotions. Et pour l'instant, le lycanthrope fulminait contre ces garçons qui avaient insulté Juhan, surtout le plus grand des trois, celui qui l'avait insulté de tapette.
Danil aurait dû savoir qu'Altaïr avait quelque chose en tête et que les choses allaient déraper.
XXXXXXX
«Dégage de là.»
Lennart se fit soulevé de son lit par le col et flanquer dans le couloir par Altaïr. C'était la première fois que son colocataire lui adressait directement la parole et franchement, il s'en serait bien passé.
«Va à la douche, chez ton frère ou fais ce que tu veux. Mais laisse-moi la cellule pendant une heure.» fit le lycanthrope en le poussant un peu plus loin.
« Je ne vois vraiment pas comment mon frère fait pour être ami avec toi.» fit Lennart en s'éloignant.
Altaïr se renfrogna, s'adossant au chambranle de la porte de sa cellule et dévisagea les adolescents sortants et entrant dans les douches. Il y avait finalement un avantage à se trouver à seulement quelques cellules de ces dernières. Quand Juhan était encore là, c'était gênant d'entendre leurs camarades passés devant leur cellule alors qu'ils faisaient des cochonneries derrière le drap tiré. Aujourd'hui, cet emplacement était bien arrangeant.
Il n'eut à attendre qu'une dizaine de minutes pour que passe devant lui le garçon qu'il attendait. Il ne le connaissait pas et ne l'avait vu qu'une seule fois auparavant. C'était l'adolescent qui avait insulté Juhan au dîner. C'est tout ce qu'il avait besoin de savoir. Altaïr lui attrapa le bras et le tira dans sa cellule, dressant le drap devant la porte qu'il avait préalablement accroché.
« Je crois que tu avais des choses à dire propos de Juhan. Et si tu me les racontais?
- Bl, Black? Tu crois faire quoi là? » bégaya affoler l'adolescent.
Mais Black l'ignora, le plaquant au sol d'une balayette et s'asseyant sur son bassin.
«Moi aussi, je suis putain de tapette?» demanda-t-il rageusement en reprenant ses mots.
L'adolescent leva les bras devant lui dans un geste se voulant apaisant.
«Hey, du calme mon pote.» Il se prit une droite, visiblement Altaïr n'aima pas être appelé son ami. «Je… nan, bien sûr que nan. T'es pas une comprends, vraiment. Il faut parfois relâcher la pression, même si c'est dans le cul d'un mec. Ça ne fait pas de toi une tapette. »
Altaïr fut pris d'un rire qui glaça le sang de l'adolescent. Putain, il ne savait pas comment il allait se sortir de ce bourbier. Mais visiblement, il n'était pas du tout sur la bonne voie.
«Je suis sortie pendant quatre mois avec Juhan, tu crois vraiment que je n'ai jamais été en-dessous. Ce n'est pas parce que je fais une tête de plus que lui que je n'aime pas avoir une bite dans le cul. T'es encore plus homophobe que je le pensais.» cracha Altaïr alors que l'autre blanchissait à vue d'œil. «N'insulte plus jamais Juhan devant moi.»
Altaïr frappa encore et encore le visage de l'adolescent sous lui. Parfois, il arrivait à se protéger de ses avant-bras, mais il ne parvenait pas à éviter tous les coups. Les poings du lycanthrope se teintaient de rouge alors que la rage déformait ses traits.
«Black, je peux savoir ce que tu as dit à mon fr…» Abel se coupa dans sa phrase alors qu'il poussait le drap.
Il avait simplement pensé que l'Anglais avait mit Lennart dehors pour tirer son coup, lorsqu'il avait vu le drap tiré. Mais Abel s'en fichait de surprendre Altaïr dans une position honteuse. Il avait fait pleurer son frère et il était bien décidé à lui tirer les oreilles. Mais c'était une tout autre scène qui se déroulait sous ses yeux.
«Putain!» s'exclama Abel. «Putain de merde! Mais qu'est-ce que tu fous Altaïr?»
Abel poussa le lycanthrope sur le côté et se pencha sur l'adolescent évanouit sous lui. Il croisa le regard du lycanthrope et pâlit en apercevant ses iris parfaitement grises. Altaïr n'était pas sous le contrôle du loup, il avait pleinement conscience de ce qu'il faisait et Abel n'aurait pas cru un jour être plus effrayé par l'humain que la bête.
«Putain, aide-moi à le traîner hors de là avant qu'un garde ne passe par ici.»
Comme une marionnette recevant les ordres de son maître, Altaïr se releva et attrapa l'une des chevilles de l'adolescent. Abel passa sa tête dans le couloir et fit signe à son ami que la voix était libre. Le garde était en train de rouspéter deux garçons un peu plus loin dans le couloir et leur tournait le dos. L'un des deux trouble-fêtes écarquilla les yeux en voyant le lycanthrope traîner l'évanouis derrière lui. Mais Abel lui fit signe de faire comme si ne rien était en plaçant un doigt devant sa bouche et l'adolescent se reconcentra sur le garde qui le grondait.
«Mets-le là, Altaïr.» chuchota Abel en désignant une cellule vide, ses occupants devaient être aux douches.
Lennart les observait de loin, accompagné de Danil. Abel et lui partageait la même cellule et était parti à la poursuite de son ami quand son petit-frère avait raconté en pleurant la façon dont Altaïr lui avait parlé. Danil n'appréciait pas vraiment Lennart, il était un vrai petit pleurnichard et risquait d'en voir de toutes les couleurs lorsque son frère partirait avant lui. Personne n'aimait les fayots dans son genre ici. Abel allait devoir remettre les idées en place à son petit-frère.
Altaïr lâcha la jambe du garçon évanouit, se penchant au-dessus de lui. Il lui mit une baffe, soupirant de soulagement en l'entendant gémir.
«T'es réveillé?» Pas de réponse, il le giffla à nouveau. «C'est bon là, tu m'écoutes?
- Ouai.» gémit l'adolescent.
«Pas un mot à personne, comprit?»
Le garçon hocha difficilement de la tête, satisfaisant son tortionnaire. Altaïr soupira de soulagement, retournant finalement vers sa cellule. Il soupira en voyant les taches de sang maculer le sol. Il jeta son drap par terre, ça ferait l'affaire pour l'instant avant que les gardes ne s'en rende compte. Altaïr trouverait une solution plus tard.
Danil s'assit sur le lit, face à lui et ignora Lennart qui se plaignait de ne toujours pas pouvoir retrouver sa cellule. Son ami était complètement perdu et il fallait que ça cesse.
«Ne me regarde pas comme ça, il a insulté Juhan.
- Et alors? Ça méritait d'aller aussi loin?» le gronda Danil. «Ce gars était évanouit, Altaïr! Tu aurais fait quoi si Abel n'était pas intervenu? Tu l'aurais tué?»
Altaïr détourna le regard en grimaçant. Franchement, il n'avait aucune idée de ce qui serait arrivé à cet adolescent s'il n'avait pas été stoppé. Il avait honte, terriblement honte. Il perdait les pédales et pour la première fois de sa vie, c'était le loup qui gémissait de peur dans son esprit et pas l'inverse.
«Altaïr, Juhan n'est plus là, tu n'as plus besoin de le défendre. Ces gars, ils ne méritent pas que tu perdes ton temps avec eux. Il faut tourner la page.
- Je sais.» soupira Altaïr en grimaçant. «Je sais.» répéta-t-il, comme pour se convaincre.
Danil se redressa et lui tapa sur l'épaule, un sourire doux aux lèvres.
«Allez mon pote, ne décourage pas. Tu vas en trouver des dizaines des mecs prêt à sortir avec toi.
- Je ne suis pas gay, Danil.» fronça des sourcils Altaïr.«Il n'y avait que Juhan qui m'attirait.
- Eh bien, si ce n'est pas un gars ce sera une fille. T'as très bien compris ce que je voulais dire, ne casse pas le moment. » se plaignit Danil en faisant rire son ami.
«Merci Danil, t'es un chic type.
- Je sais, il n'y en a pas deux comme moi.» se pavana l'Estonien. «Et soit plus cool avec Lennart, il fait de la peine à pleurer sans arrêt à cause de toi.
- Je ne lui parle même pas.»
Danil secoua la tête, dépité. Justement, c'était bien ce type de comportement qui faisait chouiner son colocataire. Il était navrant que l'Anglais ne réalise pas ceci. Vraiment, il n'avait aucune capacité sociale.
«Dans tous les cas, j'en ai marre de le voir se réfugier dans notre chambre. Abel lui dit tout le temps de rester avec nous et je peux plus me le voir.
- Tu penses qu'on pourrait échanger vos cellules, Lennart avec son frère et toi avec moi?
- On n'est pas en camp de vacances!» rit Danil, pourtant bien d'accord avec la vision de son ami. «Bon, je vais te laisser. J'ai un gamin chouineur à faire fuir de ma cellule.»
Danil jeta un dernier regard à Altaïr avant de disparaître dans le couloir. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait dans la tête de son ami, mais il espérait bien qu'il allait suivre ses conseils. Le lycanthrope devait oublier Juhan, ce n'était pas saint de rester accroché au passé ainsi. Altaïr devait avancer.
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Estonie
14 mai 1991.
Il n'avait fallu qu'une seule journée pour que quelqu'un finisse par dénoncer Altaïr. Bien qu'il ne s'en préoccupe plus vraiment, sa lycanthropie n'était pas acceptée par tous et ces personnes-là sautaient sur la moindre occasion pour lui attirer des ennuis. L'un d'eux avait dû être dans le couloir pendant qu'il traînait le gars évanoui derrière lui et rapporter aux gardiens.
Danil avait eu raison, il n'avait vraiment pas réfléchi avant d'agir. La date de sa sortie avait été repoussée d'un mois et il était placé en isolement jusque-là. Désormais, Altaïr allait devoir attendre le deux juillet pour quitter cet endroit et il n'en était pas ravi, loin de là. Mais il l'avait mérité, il avait joué au con et devait en payer les pots cassés.
XXXXXXX
20 juin 1991
Altaïr avait déjà passé quelques jours en isolement. Une fois pour avoir cassé le nez à Romanov, une autre fois pour avoir rejoint Juhan dans une bagarre et une dernière parce qu'il avait séché les cours pour passer la matinée avec Juhan. Le garçon rougit en repensant à cette journée, le matin avait été terriblement intense.
Puis il repensa à Romanov. C'était si injuste, le Russe était en liberté depuis quatre mois déjà à ça le faisait fulminer de rage. Cet enfoiré avait osé lui envoyer une lettre pour le narguer en se plaignant de ses cours et en lui racontant qu'il avait oublié à quel point les desserts étaient bons à l'école. Altaïr n'avait pas pris la peine de lire la suite, déchirant la lettre en petits morceaux. Juhan s'était plaint parce qu'il l'avait laissé ramasser les petits carrés de papiers.
Altaïr soupira, il s'ennuyait tellement ici, coincé dans sa petite cellule. Il avait certes le droit de recevoir du courrier et quelques livres, ça n'était clairement pas assez pour le garder concentré. Altaïr en avait assez de lire toute la journée et d'avoir pour seule diversion de faire un peu de sport.
Il avait l'impression de devenir fou. Ici, toutes les journées étaient les mêmes. Certes, c'était la même chose en dehors du mitard, les journées des prisonniers étaient chronométrées à la seconde près. Mais ici, il ne voyait personne à part le garde lui ramenant à manger et le guidant aux douches quand plus personne n'y était. C'était une véritable torture que d'être isolé ainsi.
«Hey! On est quel jour?»
Mais aucune réponse ne lui vint, le garde n'avait pas l'autorisation de lui parler. Pire, sa cellule était insonorisée pour que les autres détenus punis dans ce couloir ne puissent pas communiquer entre eux et avec lui. Certain jour, Altaïr ne voyait même pas le jour. Habituellement, il avait le droit à deux promenades d'une demi-heure dans une cour à part, uniquement utilisé par les détenus en isolation. Mais il y avait des manques de gardes certains jours, surtout les week-ends. Alors, Altaïr ne sortait pas du tout.
Il n'aurait jamais cru que simplement voir un carré d'herbe ou le ciel pouvait le maintenir saint d'esprit. Ces jours-là, où personne ne venait le faire sortir, Altaïr se sentait tomber dans un état apathique qui le rongeait de l'intérieur. Il restait immobile, assis sur son lit à observé le mur d'en face, même pas éloigné d'un mètre. Tout ici était gris, c'était à le rendre fou, que sa soit son uniforme, les barreaux de sa porte, les draps de son lit, les murs. Tout était de l'exacte même teinte et Altaïr n'avait d'autre choix que de fixer ses propres mains pour se souvenir que oui, il y avait d'autres couleurs qui existaient.
Parfois, à force de fixer ce mur vierge, Altaïr avait des hallucinations. Quelquefois, c'étaient les murs qui se resserraient autour de lui et lui donnait l'impression de suffoquer. Il se précipitait alors de rentrer ses pieds sous sa couette, priant pour que les parois ne se rapprochent pas davantage, qu'elles s'arrêtent à la bordure du cadre de lit. D'autre fois, le mur restait bel et bien à sa place, à quelques dizaines de centimètres. Mais des lignes se dessinaient sur le béton, donnant du relief à la matière et avant même que le lycanthrope ne le réalise, il se trouvait dans le cachot miteux où Cygnus l'avait enfermé tant de fois. Alors Altaïr se roulait en boule sur son matelas en fermaient les yeux aussi fort qu'il le puisse. Comme si en se réfugiant dans son esprit, son environnement allait disparaître.
Mais lorsqu'il rouvrait ses paupières, Altaïr se rendait compte que tout ceci était faux, que ce n'était que son esprit et sa claustrophobie qui lui jouait des tours. Les murs étaient toujours aussi loin et toujours aussi lisses. Alors Altaïr hurlait. Il hurlait de rage, de peur, de peine. Il hurlait pour évacuer tous ces sentiments qu'il ne maitrisait plus et qui lui donnait l'impression de suffoquer.
Altaïr détestait cet endroit. C'était si rageant d'être enfermé à ne rien faire, fabriquer des balais à la chaine lui en manquerait presque. Altaïr n'avait qu'une hâte, sortir d'ici.
XXXXXXX
Estonie
1er juillet 1991
«Putain, tu m'as tellement manqué!»
Danil se figea, c'était la première fois qu'Altaïr le prenait dans ses bras et il ne savait pas comment réagir. C'est que l'Anglais n'était tactile avec personne et toutes les personnes à leur table semblait s'être figé fasse à ce comportement étrange.
«T'es bien sûr d'être Altaïr Black? Le cas qui me tape dès que je le touche?» hésita l'Estonien.
«Ouai, c'est bien moi.» grogna le lycanthrope en le lâchant.
Il posa son plateau repas sur la table et s'empressa de l'engloutir. C'était fou comme simplement manger dans le réfectoire, avec plein de bruits de bouches dégoutants autour de lui rendait son repas infiniment meilleur. Ce jour-là, Altaïr profita de chaque seconde qu'il pouvait partager avec ses amis, ne fuyant même pas vers sa cellule après le dîner comme il en avait l'habitude auparavant. Non, il préféra rejoindre celle d'Abel et Danil, là où se regroupaient la plupart d'entre eux en attendant le couvre-feu.
«C'est lundi prochain le grand jour, n'est-ce pas?» remarqua finalement Danil alors que lui et Altaïr était installé sur le lit d'Abel pendant que ce dernier jouait au poker avec quelques uns de leurs amis par terre. Il se sentait toujours un peu mélancolique lorsqu'un de ses amis quittait la prison.
Altaïr hocha la tête, un sourire barrant son visage. Danil en serait presque effrayé de le voir de si bonne humeur. Juhan lui avait raconté que l'anglais changeait presque de personnalité lorsqu'ils n'étaient qu'eux deux. L'Estonien ne l'avait pas cru à l'époque, pensant simplement que le roux essayait de justifier que non, il n'était pas tombé amoureux d'une brique de glace. Mais en voyant Altaïr si différent, si détendu, Danil n'avait plus d'autre choix que de le croire.
«C'est si horrible, le mitard?» osa-t-il demander après un long silence.
«Tu n'y étais jamais?» Danil nia, il n'avait jamais fait de bêtise assez grosse pour cela, on lui avait raconté suffisamment de mal des cellules d'isolement pour qu'il s'y tienne au maximum à l'écart. «C'est l'enfer. Tu ne vois personne, parfois, tu ne sors même pas de ta cellule sauf pour aller à la douche. Les gardes n'ont pas le droit de te parler, il n'y a que du silence. Parfois, tu te retrouves à parler seul et tu ne réalises même pas que tu le fais, parce que de toute façon soit tu t'entends penser dans ta tête, soit à voix haute et tu ne fais même plus la différence. Et de temps en temps, ta même des annulations quand ça dure trop longtemps.
- Des hallucinations?» glapit Danil.
«Ouai, genre les murs qui se rapproche de toi ou des formes qui apparaissent dessus.»
Les deux garçons furent tirés de leur conversation par Abel qui venait d'éclater de rire. Visiblement les autres adolescents avaient mis de côté leur partie de poker pour les écouter. La plupart avait l'air pâle, c'était ceux qui comme Danil, n'était jamais allé au mitard. Les autres, regardait Altaïr avec un sourire aux lèvres, comme s'il venait de raconter une bonne blague.
«T'abuse Altaïr, arrête de le faire flipper comme ça.» rit Abel. «C'est vrai que c'est horrible, de ne voir personne et de devoir supporter le silence, mais parler seul et des hallucinations?» Il rit de plus belle.
Pourtant, il cessa rapidement de rire face au regard martèlement sérieux du Black. Visiblement, il n'avait pas plaisanter? Abel aurait dû s'en douter. Altaïr était peut-être plus détendu aujourd'hui que les autres jours, mais il n'était pas du genre et à faire des blagues.
«Tu es sérieux?» Fit un autre garçon, qui avait pensé comme Abel qu'il avait voulu faire flipper Danil pour rien.
«Vous n'en avez pas eu vous? Des hallucinations?» fronça des sourcils le Black, n'aimant pas attiré l'attention sur lui.
Tous nièrent de la tête.
«C'est peut-être parce que je suis claustrophobe alors.» haussa-t-il des épaules. «Ou juste fou.
- Claustrophobe je veux bien te croire, mais tu n'es pas fou Altaïr.» fit Danil qui n'aimait pas voir son ami se déprécier ainsi.
«Fou n'est peut-être pas le mot. Mais je sais que j'ai des problèmes et depuis longtemps.»
Danil n'aimait pas la façon dont Altaïr parlait de ça. Il faisait comme si c'était totalement normal de penser être fou et c'était étrange. Le Black pétait un câble parfois, mais comme ça pouvait arriver à la plupart des gens. Selon Danil, il était une des rares personnes ici à avoir toute sa tête, un cerveau brillant et à ne pas avoir un petit pète au casque. Si Altaïr n'avait pas eu ce dérapage avec Romanov, il n'aurait jamais mis les pieds ici. Il était très différent de tous les autres détenus, dont lui. Il n'avait pas l'air d'être un criminel dans l'âme, il n'en donnait juste pas l'impression.
«Que veux-tu dire?» ne put-il s'empêcher de demander, voulant comprendre Altaïr.
«Quand j'étais petit, j'ai été torturé par un mage noir.» Sa main s'était plaqué sur le tatouage qui marquait son avant-bras, le grattant mécaniquement comme à chaque fois qu'il parlait de la guerre. «Les médicomages ont dit que c'était un miracle que je ne sois juste pas devenu un légume. Juste après l'attaque, un Legilimens a lu dans mon esprit. Ce n'était pas pour m'aider, juste pour savoir ce qu'il s'était passé. Mais en recollant les morceaux de mon esprit pour avoir le souvenir complet, il a en quelque sorte réparé les dégâts des Doloris. Mon père disait que j'ai changé depuis ce jour-là, que je ne suis plus vraiment le même. Quand j'étais petit, je devais même voir un psychomage. Et avec mon ancien tuteur, ça n'a pas dû améliorer la situation.
- Comment ça?» fit Danil, devenant de plus en plus pâle. C'était juste horrible. Altaïr avait déjà parlé de la guerre devant eux, mais il n'avait pas imaginé que ça avait été horrible à ce point.
« Cygnus, il était du genre à s'énerver pour un rien. Il ne pouvait pas maintenir le Doloris aussi longtemps que le Seigneur des Ténèbres qui pouvait le maintenir pendant des minutes entières. C'était juste une poignée de seconde, dix tout au plus. Mais c'est suffisamment pour qu'à force de le subir au quotidien, ça laisse des traces. C'est pour ça que parfois, quand il y a trop d'émotions d'un coup, je pète juste un câble, ça disjoncte là-haut.» il tapota son crâne d'un doigt.
- C'est horrible. » C'était Abel, qui couvrait sa bouche avec horreur. Il avait honte d'avoir plaisanter sur la confession d'Altaïr à propos du mitard plus tôt, visiblement il faisait un effort fou pour parler de tout ça.
«A force de me punir, je pense que j'ai passé plus de temps dans la cave que dans ma chambre. C'est peut-être pour ça qu'être à l'isolement, ça me fait ça et pas à vous. Au moins à la cave, je voyais des elfes de maison et la douleur me maintenait dans la réalité. Au mitard, c'est différent. J'avais juste l'impression de devenir fou.» haussa finalement des épaules Altaïr, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.
Il piocha quelques chips dans le paquet qui traînait sur le lit, ignorant tant bien que mal les regards qui ne le quittaient pas. Altaïr n'aimait généralement pas parler de son passé. Même avec ses amis ou Juhan, il n'y arrivait pas. C'était peut-être parce que les personnes présentes, hormis Abel et Danil, n'étaient pas ses amis proches. Ou alors, c'était parce qu'il savait qu'une fois sorti d'ici dans une semaine, il ne révérait certainement plus jamais ces gens. Ou encore que son isolement d'un mois l'eût marqué plus que prévu et lui faisait baisser ses barrières.
«Bref, tout ça pour dire, Danil, ne va jamais au mitard.»
Danil n'eut aucun mal à lui promettre qu'il continuerait à se tenir éloigné de ce lieu. Si son ami était si chamboulé au point de leur parler de son passé que pourtant, il n'évoquait jamais, c'est que cet endroit était véritablement un enfer.
«Plus que trente minutes avant le couvre-feu.» fit un garde, brisant le silence devenu pesant. Il ne fit pas plus attention à eux, se dirigeant déjà vers la cellule voisine.
«J'y vais, je dois encore passer à la douche.» fit finalement Altaïr, se sentant un peu coupable d'avoir cassé l'ambiance.
Ses amis le saluèrent chaleureusement, essayant de rester naturels pour ne pas le gêné mais n'y arrivant pas vraiment. Cela eut au moins le don de le faire sourire. Ces gars étaient peut-être des criminels, mais on ne pouvait pas leur retirer qu'ils étaient loyaux. Danil le suivit, sans surprise, il fut le seul.
Les deux garçons prirent chacun leur douche de leur côté et Danil attendit son ami pour rejoindre leurs cellules. Sur le chemin du retour, l'Anglais se stoppa soudainement. Il venait de penser à quelque chose, une chose qu'il avait complètement oublié de vérifier.
«Ces gars, ce qu'ils disaient, c'était vrai?
- A quel propos?» fit Danil, ne comprenant pas où son ami voulait en venir.
«A propos de Juhan. Il ne vit plus chez ses parents?»
Danil soupira, il se doutait qu'un jour il allait devoir en parler avec Altaïr. Il espérait juste que ça ne lui mine pas trop le moral.
«Je n'ai pas tous les détails. Mais apparemment, ses parents voulaient le renier mais l'un de ses oncles est intervenu pour le prendre avec lui.
- Mais pourquoi? Juhan savait que ses parents avaient pensé le faire, mais son frère lui a dit qu'ils ont abandonné l'idée.»
Danil grinça des dents. Il n'était pas au courant de cela et son estime pour les parents de Juhan ne faisaient que baisser. Ces enfoirés avaient osé le menacer de l'éjecter de la famille, ils étaient ignobles.
«Il a joué au con.» soupira-t-il. «Son frère dirige un laboratoire de potions et Juhan a réussi à voler de la potion de sommeil-sans-rêves dans ses stocks. Ça se revend cher ce genre de truc.
- C'est pour ça qu'il était ici?
- Ouai, vous n'en avez jamais parlé?
- Pas vraiment, Juhan évitait le sujet. Est-ce qu'il consomme?» s'inquiéta Altaïr.
«Non! Bien sûr que non!» s'offusqua Danil. « Il sait à quel point ce genre de truc est addictif. Mais c'est le moyen le plus rapide qu'il ait trouvé pour se faire de l'argent et il a récidivé à peine deux semaines après sa sortie. Ses parents l'ont dénoncé aux autorités et ont voulu le mettre à la porte après ça.
- Pourquoi est-ce qu'il a autant besoin d'argent?»
Altaïr fronçait les sourcils, la famille de Juhan n'était pas aussi riche que d'autres, mais ils avaient tout de même un niveau de vie aisé. Leur fils ne devrait pas avoir besoin de faire ce genre de magouille pour réussir à s'en sortir.
«Après notre première année, Juhan a faillit se faire renvoyer.
- Il m'a dit qu'il avait tout juste eu la moyenne.
- C'est ça.» approuva Danil. «Ses parents lui ont coupé les vivres pour le motiver à plus s'appliquer en cours.» grinça le garçon, visiblement il était du même avis qu'Altaïr pour dire que ces deux adultes étaient horribles. «Pendant l'année scolaire, ça ne posait pas vraiment problèmes, l'école fournit la nourriture et il se passait de sorti à Puhja. Mais pendant les vacances, ça devenait problématique. Il ne pouvait pas payer ses fournitures scolaires ou ses uniformes. On est des ados, on grandit vite et Juhan avait la plupart du temps des pantalons qui ne lui allait même pas aux chevilles. Heureusement qu'il n'est pas gros, sinon il n'aurait même pas pu s'habiller en deuxième année. C'est pendant l'été entre notre deuxième et troisième année qu'il a commencé à voler dans le labo de son frère et il savait que j'ai quelques contacts pour pouvoir vendre ses stocks.
- C'est pour ça que tu es ici toi aussi?» Danil hocha la tête, honteux. «Mais pourquoi tu n'es pas sorti en même temps que lui?
- Les peines pour vol et pour trafic et revente de stupéfiants ne sont pas les mêmes. J'en ai encore pour un an.»
Danil se triturait les doigts. Il n'aimait pas parler de son passé, il n'en était pas fier. Contrairement à Juhan, lui ne recommencerait plus jamais à tremper dans ce genre de choses. Son ami l'avait trouvé pile dans la période où il commençait à s'éloigner du milieu et de ses mauvaises influences. Mais pour Juhan, Danil avait continué et même s'il ne regrettait pas d'avoir aidé le roux, il aurait aimé trouver une autre solution pour le faire.
«Bref, Juhan a récidivé. Apparemment, son grand-frère à intervenu en sa faveur auprès de leurs parents. Ils étaient à deux doigts de le dénoncer aux autorités. Mais je pense que c'est la dernière fois qu'il intervient en sa faveur, son frère obéira à ses parents s'ils lui disent de couper les ponts totalement avec lui.
- Ils sont tous pourris dans cette famille.» grogna Altaïr et Danil était bien d'accord avec lui.
Le lycanthrope était content de connaître le fin mot de l'histoire. Il n'aimait pas dépendre uniquement des commérages et la version de Danil était bien loin de ce qu'il avait pu entendre dans les couloirs. Ils étaient arrivés devant la cellule de l'Estonien et Altaïr s'apprêtait à continuer sa route quand ce dernier l'interpella.
«Tu sais, Juhan ne voulait pas te blesser. Il avait peur de te traîner dans la boue s'il restait avec toi.
- Je comprends.» grimaça Altaïr.«Mais ce n'était pas à lui de faire ce choix pour moi.»
Danil lui offrit un dernier sourire compatissant, comprenant le point de vue d'Altaïr. Les deux garçons se souhaitèrent bonne nuit, ayant tous les deux l'esprits bien trop remplis pour vouloir poursuivre la discussion. Cette soirée avait été plutôt mouvementé, entre les confessions d'Altaïr et les dernières nouvelles à propos de Juhan, aucun d'eux ne pensaient pouvoir s'endormir rapidement ce soir.
XXXXX
Estonie
7 juillet 1988
Altaïr soupira en entrant dans les douches. Visiblement, il n'avait pas été le seul à profiter du manque de surveillance ici pour chercher les ennuis. Quelques mois plus tôt, il en avait profité pour casser le nez de Romanov. Cette fois-ci, il semblerait que ce soit son nouveau colocataire qui s'attirait des ennuis.
Lennart était plaqué contre en lavabo, fixant ses pieds et pourtant, les larmes qui dévalaient ses joues étaient parfaitement visible, s'échouant sur le sol carreler des douches. Altaïr soupira. D'un côté, il était toujours en froid avec le garçon, aucun des deux ne voulant s'excuser pour leur dernière dispute à table, deux mois plus tôt. Depuis, ils ne s'étaient plus parlé et s'évitaient la plupart du temps. Ou plutôt, Lennart le fuyait comme la peste, Altaïr se contentant de lui lancer des regards noirs pour obtenir ce résultat.
Mais d'un autre côté, l'anglais n'aimait pas le harcèlement. Il avait vu ce que sa pouvait engendrer aussi bien en première année avec Yvan Melnik qu'en deuxième année avec Romanov. Alors détourner les yeux alors que Lennart allait certainement se faire passer à tabac dans les minutes à venir, ça ne lui ressemblerait pas. Altaïr n'aimait pas se mêler des affaires des autres, mais il supposait que si c'était pour le frère d'Abel, il pourrait faire l'effort. Il espérait seulement que ça n'allait pas lui attirer de nouveaux ennuis.
«Les gars, vous êtes dans le passage.
- De quoi tu te mêles.» s'agaça un des adolescents, déjà prêt à faire dégager le gêneur. Pourtant, il pâlit en découvrant le Black derrière lui, l'air passablement agacé.
«C'est mon coloc' que vous êtes en train de faire chier.
- Merde, tu ne m'avais pas dit ça.» jura un autre, laissant déjà en plan ses deux compères. Le troisième ne tarda pas à le suivre. «Tu ne les suis pas?»
Le premier adolescent jeta un regard rageur à Lennart, mais fini par déguerpir lui aussi. Tout le monde savait le carnage qu'avait fait Altaïr un mois plus tôt et personne ne voulait être sa prochaine victime. Il supposait que jusqu'à son départ, Lennart serait intouchable.
« Attends-moi là, je te raccompagne dès que j'ai fini.» ordonna Altaïr en s'enfermant dans une des douches.
Il se dépêcha, pas parce qu'il s'inquiétait pour Lennart, mais parce qu'il était l'un des derniers à passer et donc, l'eau était à peine tiède. Alors moins de cinq minutes plus tard, le voilà à retraverser les couloirs dans l'autre sens, Lennart le suivant comme son ombre.
«Pourquoi tu ne t'es pas défendu?» brisa-t-il finalement le silence.
«Ils étaient trois, tu voulais que je fasse quoi?» pleurnicha Lennart.
« Viser les couilles.» La mâchoire de Lennart en tomba, ne s'attendant pas à ça. «De toute façon, t'allais te faire taper, alors autant te défendre. Et peut-être qu'avec l'effet de surpris, t'aurais pu t'échapper.
- J'y penserai la prochaine fois.» fit Lennart, peu convaincu.
«Et arrête de jouer au faiblard, tu agaces tout le monde. Ici, tu dois avoir la tête haute, ne montre jamais que ta peur. Insulte-les comme il t'insulte, rentre leur dedans et finis les pleurnicheries. Ton frère ne sera pas toujours là pour te protéger, tu dois apprendre à te débrouiller seul. Commence déjà par te faire des amis, ce n'est jamais bon d'être seul.
- Je… je vais essayer.
- Et plus de bégaiement. Si t'es pas d'accord avec moi, dis-le. Sinon, dis clairement «oui» au lieu de marmonner.
- D'accord, je le ferai.» fit plus distinctement Lennart.
«Bien.»
Altaïr se retourna vers lui lorsqu'ils furent arrivés à leur cellule, faisant face au garçon qui le suivait un pas en arrière. Il tendit une paume vers lui.
«T'as déjà frappé quelqu'un?» Lennart pâlit, secouant vivement la tête de gauche à droite. «Alors essaie, frappe ma main.»
Lennart donna un petit coup de poing, se sentant ridicule avec ses bras faibles. Altaïr corrigea sa posture, le faisant répéter le geste encore et encore jusqu'à ce qu'il soit satisfait, ce qui prit un moment.
«Je connais un gars, il s'appelle Juhan. Il était aussi frêle que toi, une vraie brindille. Pourtant, personne ici n'osait se castagner avec lui. Et si t'en as marre d'être faible, entraî toute façon, tu le feras forcément si tu viens à te battre, parce que ça te frustrera de perdre à chaque fois. »
Lennart déglutit face au regard moqueur d'Altaïr, visiblement il semblait persuader que le garçon allait se prendre pas mal de raclée dans le futur.
«Bien, maintenant avec les deux poings. Un, Deux.» rythma Altaïr, appréciant sentir les frappes de Lennart devenir de plus en plus assurées.
«Esquive.» prévint Altaïr, donnant subitement un coup de pied dans le mollet de Lennart. Ce n'était pas assez fort pour le blesser, mais suffisamment pour lui tirer une petite grimace. «Ne focalise pas ton regard sur mes mains, regarde l'ensemble de mon corps. Au début, tu ne seras pas assez rapide pour ça, alors concentre-toi sur mes hanches et mes épaules pour l'instant. Le reste, tu pourras le voir dans ta vision périphérique. Peu importe le coup que je vais te donner, je vais devoir prendre de l'élan, donc soit bouger mes jambes, soit pivoter mon torse, même légèrement. Plus tard, tu pourras certainement prévoir les attaques un peu à l'avance, si ton adversaire ne sait pas non plus se battre.» Nouveau coup dans le mollet. «Et bouge tes jambes, ne reste pas statique.
Lennart fut rapidement à bout de souffle, mais ne demanda à aucun moment de faire une pause. Il était conscient que c'était la méthode d'Altaïr pour faire la paix. De plus, ce garçon savait visiblement sa battre et Lennart n'était pas assez stupide pour refuser l'aide qu'il lui offrait.
«Qu'est-ce que vous faites?»
Les deux adolescents cessèrent un instant de se battre, observant Abel et Danil qui se tenait dans l'entrebâillement de leur porte. Visiblement, ils étaient surpris de ne pas avoir eu de visite de Lennart ce soir, le garçon profitant pourtant de chaque occasion pour se réfugier dans leur cellule.
«Il m'apprend à me baAHH…» ne put finir Lennart, trop surprit parce qu'Altaïr venait de donner un léger coup de pied dans le creux de son genou, le faisant s'effondrer.
«Je t'ai dit de te focaliser sur moi. Debout, on n'a pas fini.»
Lennart gémit de dépit, il était épuisé. Pourtant, il se remit en garde, devenant de plus en plus rouge face aux rires de leurs deux amis. Visiblement ça les amusaient bien de le voir transpirer à grosses gouttes.
«Où est-ce que tu frappes en premier?
- Les yeux, le menton, le nez, le plexus solaire, le foie, les reins et les genoux
- Non.» fit Altaïr, arrêtant son pied à peine un centimètre avant de frapper l'entrejambe de son adversaire. «Et tu as oublié les tempes.»
Lennart, gémit lorsque le coin du point d'Altaïr le frôla à la tempe droite. Pourtant le coup n'avait pas été fort.
«Et qu'est-ce qu'il faut toujours surveiller?
- Une échappatoire pour prendre la fuite!» fit cette fois-ci Lennart, sûr de lui.
Il profita d'ailleurs de ce rappel pour courir derrière son frère, pouvant enfin respirer un peu. Altaïr avait l'air satisfait, ayant certainement prévu qu'il fasse ça. Lennart était si prévisible.
«De toute façon, tu es trop nul pour viser pour le moment. Alors hormis les genoux, la gorge et les couilles qui sont des grosses zones, privilégie toujours la fuite. Va chercher un maton ou tes amis, mais n'essaie pas de te battre.
- Il semblerait que quelqu'un décide enfin de mettre du plomb dans ta tête, on dirait.» rit Danil, taquinant Lennart. Si cela voulait dire que le gamin arrêterait de traîner dans leurs pattes, Altaïr pouvait continuer à l'épuiser ainsi jusqu'au petit matin.
«Au fait, pourquoi vous êtes venu?C'est bientôt le couvre-feu.» remarqua Altaïr, jetant un rapide coup d'œil accroché au bout du couloir.
«On voulait juste te dire au revoir, si on ne se revoit pas demain.» sourit Danil. «Et te souhaiter bonne chance pour la suite.
- Merci les gars, bon courage à vous aussi pour survivre ici. Surtout avec lui.» ricana Altaïr, Lennart s'insurgeant sous la pique.
Abel salua lui aussi son ami, puis il traîna un peu à l'écart son frère, laissant aux deux amis un peu d'intimité. Danil étreignit rapidement Altaïr, sachant très bien qu'il n'aimait pas les contacts physiques, mais n'ayant pu s'en empêcher.
«Fais attention à toi.» Danil devint un peu plus sérieux. «Je ne rigole pas, je ne veux plus te revoir ici.
- Evidemment.» sourit Altaïr, appréciant l'inquiétude de son ami. «Je resterai loin des problèmes. Et toi, n'oublie pas, ne va jamais au mitard.
- Mais oui, mais oui.» rit Danil. «Ne t'inquiète pas pour moi.»
C'était toujours aussi étrange de faire ses adieux dans ce genre d'endroit. La plupart du temps, on savait qu'on ne reverrait plus jamais ses codétenus une fois à l'extérieur. Pourtant, ça nous rendait toujours heureux de voir un ami quitter cet enfer. C'était un subtil mélange de mélancolie et de joie qui bouleversait toujours Danil. Vu son regard, Altaïr devait ressentir la même chose.
«Bonne nuit Danil.
- Bonne nuit.»
Les deux garçons se firent une dernière accolade avant de se séparer pour la nuit. Ils ne se promirent pas de se revoir à l'extérieur ou Altaïr de venir lui rendre visite au parloir. Ils savaient tous deux que ces promesses ne seraient certainement pas tenues, ce n'était pas nécessaire. C'était triste, mais c'était ainsi. Les amitiés crées ici restaient ici, elles ne franchissaient pas souvent les grilles de la prison.
XXXXX
Estonie
2 juillet 1991
Altaïr inspira profondément, observant la campagne avoisinante et l'immense ciel bleu qui se dressait au-dessus de lui. Il était enfin libre.
Pollux l'attendait à quelques mètres de là, un livre à la main alors qu'il était assis sur un banc qu'il avait certainement invoqué. Le lycanthrope rajusta son sac sur son épaule et s'approcha de son tuteur. Au son des pas s'enfonçant dans le gravier, l'homme releva la tête et sauta presque sur ses pieds en voyant Altaïr. Il ne lui fallut que quelques enjambées rapides pour serrer son pupille contre lui.
Pollux fut surpris lorsque l'adolescent lui rendit son étreinte. C'était la première fois qu'Altaïr l'enserrait de ses bras et le vieux sorciers un sourire mi-heureux, mi-amer. Parce que cette étreinte était la preuve que son précieux pupille fut profondément marqué par son séjour en prison. Ou en tout cas, bien plus que ce qu'il ne laissait paraître aux parloirs.
«Tu as grandi.
- On s'est vu il y a deux mois.» ricana Altaïr.
«Je sais, mais ce n'est pas pareil. Je ne m'en étais pas rendu compte.»
Pollux réalisait seulement maintenant que son pupille avait perdu une année de sa vie dans ce lieu grisonnant. A la fin de son procès, il avait serré Altaïr dans ses bras et le garçon ne lui allait qu'au niveau de la poitrine. Désormais, ils avaient presque la même taille. Pollux ne le dépassait plus que de quelques centimètres. Il grandissait si vite, s'en était presque effrayant.
«Attrape ça.» conseilla Pollux en lui tendant une clé.
Altaïr comprit qu'il s'agissait d'un Portoloin et grimaça en attrapant entre deux doigts un bout de la tige en métal.
«Je sais que tu n'aimes pas ça, mais c'est le moyen le plus rapide.» sourit gentiment Pollux, tentant de le réconforté.
Altaïr lui avait parlé du décès de Walburga. La sorcière était décédée suite à un Transplannage raté et le garçon avait faillit perdre lui aussi la vie ce jour-là. Pollux comprenait le dégoût de ce dernier pour les Portoloins, les sensations étaient similaires au Transplannage. Mais au moins ici, aucun d'eux ne contrôlait le transport. Il n'y avait aucune volonté à avoir pour garder le cap, les risques de blessures étaient presque minimes.
«Maison.»
Aussitôt, l'espace autour d'eux se mit à tanguer et tourbillonner follement alors qu'il se faisait aspirer par le nombril dans un tunnel. Quelques secondes plus tard, ils atterrissaient devant le manoir Black, Pollux avait obtenu une dérogation pour ne pas avoir à passer par le Ministère après le changement de pays.
Altaïr trébucha et fit quelques pas mal assurés. Il retint de justesse un haut le cœur et se cramponna à la rambarde menant au porche pour garder l'équilibre. Lorsqu'il rouvrit les yeux, la terre avait cessé de tourner sous ses pieds et sa vision était nette. Altaïr prit une profonde inspiration avant d'assurer à son tuteur qu'il allait bien.
«Entrons, Kreattur et Derry t'ont préparé un gâteau pour fêter ta sortie.»
Altaïr sourit et espéra qu'il s'agissait d'une tarte à la mélasse. Ce plat n'existait pas en Estonie et c'était certainement l'une des choses qui lui manquait le plus lorsqu'il s'y trouvait. Pollux lui ouvrit la porte et le guida jusqu'à salon.
Altaïr se figea dans le chambranle de la porte. Juste devant lui ne se tenait pas uniquement les deux elfes de maison. Non, il y avait aussi Remus qui se tenait adossé à la cheminée, un grand sourire aux lèvres. Mais ce n'était pas lui que voyait Altaïr. Son regard s'était figé sur le garçon qui se triturait nerveusement les doigts, debout devant le canapé. Thomas Potter se tenait là, à seulement trois mètres de lui et Altaïr n'arrivait pas à enregistrer l'information.
L'enfant avait bien grandit pendant ces années qui les avaient séparés. Son teint était un peu plus bronzé, signe de l'été chaud qui se déroulait en été. Ses vêtements étaient bien plus simples que les tenues de bébés multicolores que lui achetait James à l'époque. Sa dentition inégale avait été rectifié par un médicomage et il n'avait plus qu'une fossette sur les deux qu'il possédait autrefois. Mais dans le fond, rien n'avait changé. Thomas avait toujours les mêmes cheveux ébouriffés, les iris émeraude de Lily la même bouille ronde et l'air candide que possède tous les enfants.
Mal à l'aise face au silence d'Altaïr, son petit-frère s'approcha timidement. Le Black ne ressemblait plus aux souvenirs qu'il avait de lui. Mais Thomas n'en était pas non plus étonné, ça faisait presque sept ans qu'ils ne s'étaient pas vus. Altaïr restait immobile, le regard figé sur lui et la bouche entrouverte, ce qui inquiéta quelque peu Potter.
Thomas fit quelques pas de plus, se grattant nerveusement la nuque sous ce regard persistant.
« Hum, salut Harry. » rigola-t-il d'un air gêné. «Comme je ne pouvais pas venir te voir en Estonie, on s'est dit que je pourrai t'attendre ici.» Toujours aucune réponse ne venait et Thomas était terriblement nerveux. «Surprise!» fit-il d'une voix tremblante.
Mais il n'eut pas le temps de se demander si ça avait été une si bonne idée que ça de venir ici. Altaïr lui fonça dessus, franchissant le dernier mètre qui les séparaient et tomba à genoux devant lui, le visage déjà baigné de larmes alors que de lourds sanglots s'échappaient de sa gorge. Altaïr l'attrapa dans ses bras dans une étreinte désespéré. Si forte que Thomas expulsa toute l'air de ses poumons. Mais il ne dit rien, parce qu'Altaïr semblait avoir terriblement besoin d'évacuer toutes la frustration de ses dernières années et le soulagement qui l'envahissait, le visage caché dans son pull.
C'était la première fois que Thomas le voyait pleurer, même pour son départ du manoir Potter sept ans plus tôt, son frère n'avait pas craqué. Alors il entoura ses épaules de ses bras et le serra un peu plus contre lui, tentant de ne pas fondre en larmes. Altaïr n'avait jamais eu l'air aussi vulnérable et Thomas voulait que pour une fois, ce soit lui qui soit fort pour Altaïr.
Altaïr ne semblait plus pouvoir arrêter le flot de larmes imbibant le pull de son frère. Bientôt, il fut vidé de toute énergie. Ses bras glissèrent le long de leur corps et le jeune loup-garou finit par simplement se reposer contre l'abdomen de Thomas, appréciant les caresses dans ses cheveux.
Il avait l'impression de flotter et ne remarqua même pas qu'une fois calmé, Remus l'avait guidé jusqu'au canapé où il plaça une tasse de chocolat chaud dans ses mains. Altaïr ne reprit ses esprits qu'au moment où Thomas s'assit à ses côtés, adossant son épaule à la sienne. Le lycanthrope l'écouta attentivement raconter sa journée et ses folles aventures au manoir Potter.
Rapidement, Altaïr oublia tout ce qui l'entourait, son attention se focalisant sur ce frère qu'il avait perdu de vue bien trop longtemps. Cette journée-là, il fondit en larmes plus de fois qu'il ne l'avait jamais fait de toute sa vie. Mais ce fut aussi le seul jour où il ne se força pas à porter un quelconque masque, riant pleinement, souriant à s'en faire mal aux joues et parlant avec toute la joie qu'il ressentait. Ce fut certainement le plus beau jour de sa vie, le plus merveilleux des cadeaux qu'il n'eut jamais reçus et la seule fois où il s'autorisa à vivre aussi ouvertement.
Ce soir-là, avant d'aller au lit, Altaïr s'arrêta au bas des marches pour souffler un rapide «Merci. » avant de décamper vers sa chambre. Derrière lui, Pollux eut un grand sourire aux lèvres. Il avait définitivement bien fait d'accueillir Remus Lupin et Thomas Potter dans leurs vies.
