Estonie

5 mai 1991

Danil était inquiet pour Altaïr depuis le départ de Juhan. L'Anglais se comportement de la même façon qu'à l'accoutumée, il faisait comme si rien n'avait changé. Mais Danil n'était pas dupe. Il voyait bien que le lycanthrope faisait semblant et il devait avouer qu'Altaïr était terriblement doué.

Lui-même y aurait cru si la veille au soir, Danil n'avait pas vu l'Anglais perdre le contrôle en sortant de la douche. C'était allé si vite, Altaïr avait simplement été bousculé par un groupe de garçons qui ne l'avait pas vu, mais ça avait suffit pour le faire démarrer au quart de tour. Celui qui l'avait bousculé n'avait même pas eu le temps de finir de s'excuser que déjà, il était épinglé à un mur.

Danil s'était empressé de faire lâcher prise au lycanthrope et l'avait traîné hors des douches. Altaïr ne semblait même pas avoir remarqué qu'il avait perdu le contrôle, reprenant immédiatement son image de prisonnier parfait. Les deux garçons n'en avaient pas parlé, parce que Danil ne savait pas comment réconforter l'Anglais et qu'Altaïr lui, semblait vouloir continuer à vivre sa vie dans le déni.

L'Estonien avait réfléchi à son problème une partie de la nuit et le lendemain, il jugea qu'il était vraiment urgent d'intervenir. Altaïr avait dû accueillir son nouveau colocataire en revenant dans sa cellule après sa promenade habituelle dans la cour et ça ne lui avait visiblement pas fait plaisir. Le petit nouveau avait été accueilli si froidement que même Danil eut de la peine pour lui. Pourtant il était habituellement le premier à se moquer de l'air perdu des nouveaux et à les bizuter.

Mais là, Danil n'avait pas pu. Lennart n'avait que deux ans de moins que lui mais ne semblant même pas en avoir onze avec ses grands yeux larmoyants et sa petite taille. A peine les cellules s'étaient ouvertes pour le dîner que Lennart avait déguerpi en direction du réfectoire. Visiblement, le garçon connaissait Abel à leur table habituelle et y était déjà installée lorsqu'ils arrivèrent.

Danil articula silencieusement à Abel s'il devait s'asseoir à une autre table, mais le brun lui fit non de la tête. Altaïr n'avait même pas prêter d'attention à leur échange, s'asseyant à sa place habituelle. Il posa quelques secondes sur le garçon à la droite d'Abel avant de retourner à son repas. Il avait si peu porté attention à son nouveau colocataire qu'il ne l'avait même pas reconnu. S

«Hey Altaïr, Danil! Je vous présente mon p'tit-frère, Lennart Abel!» s'exclama Abel en secouant les épaules de son frère ce qui lui tira une grimace.

Altaïr quitta enfin ses œufs brouillés du regard pour froncer des sourcils en direction de son ami.

«Je croyais que c'était ton prénom, Abel. Pas ton nom de famille.

- Mais c'est vrai ça!» remarqua Danil.

D'autres adolescents s'intéressèrent à la discussion, apprenant eux aussi la nouvelle.

«C'est parce qu'il s'appelle Mieczyslaw, mais personne n'arrive à dire son nom.» s'amusa son cadet. «Alors il veut qu'on l'appelle Abel.

- Ce n'est pas un peu bizarre d'appeler ton frère par son nom de famille?» demanda Danil.

«Si carrément. Mais dans la famille tout le monde l'appelle M…»

Abel essaya de plaquer sa main sur la bouche de son frère, l'empêchant de parler davantage. Il était rouge jusqu'à la racine des cheveux. Autour d'eux, les adolescents débattaient à propos de l'utilisation de surnom.

«Je comprends.» Tous se turent, écoutant Altaïr. Lennart était surpris de voir tout le monde porter tant d'attention au garçon taciturne. «Altaïr, c'est mon troisième prénom. Alors je comprends qu'on puisse ne pas aimer son prénom.»

«D'abord Abel et maintenant toi! Est-ce qu'il y a au moins une personne ici qui utilise son vrai nom?»

Tous rirent à l'exclamation d'un garçon à deux places de lui. Danil semblait curieux, il avait le même air sur le visage que lorsque Juhan découvrait un potin croustillant.

«C'est quoi ton premier prénom alors? Et pourquoi pas ton deuxième?

- Mon deuxième prénom c'est Remus, tu comprendras que je ne veux pas l'utiliser.

- Ah oui, comme ton parrain, c'est ça?» Altaïr hocha la tête. «Quand même, c'est fou que vous soyez tous les deux des loups-garous et que vous ayez Remus dans vos noms.s C'est un loup de naissance?»

Altaïr nia: «C'est juste le hasard.»

Il était rare de croiser un loup-né. La plupart du temps, un enfant de loup-garou n'héritait pas de la maladie. Ça pouvait arriver, mais ça restait rare. Non, les loups-nés étaient généralement conçu au sein d'un couple de lycanthrope et même là, l'enfant n'avait pas forcément la malédiction.

Altaïr n'en connaissait que deux. Le premier était un enfant polonais qui vivait dans la meute que Remus et lui rejoignaient parfois lorsqu'il était enfant. En pensant à lui, Altaïr se dit qu'il devrait demander des nouvelles de la meute à son parrain. Le second loup-né qu'il avait rencontré n'était autre que Fenrir Greyback, l'homme qui l'avait mordu.

Altaïr n'aimait pas penser à lui. A chaque fois, sa morsure le tiraillait affreusement. Il se massa le flan machinalement, ne faisant déjà plus attention à son environnement. Auparavant, il en rêvait au moins une fois par mois, si ce n'était plus. Mais avec Juhan dans son lit et à ses côtés, ses cauchemars s'étaient taris. Altaïr supposa qu'en y pensant maintenant, ce cauchemar viendrait certainement hanter sa prochaine nuit.

«Ça va?» murmura Danil par-dessus la table.

«Ouai.» grogna Altaïr en revenant à son assiette.

Danil soupira, la bonne humeur de l'Anglais n'avait pas duré bien longtemps. Mais visiblement, leurs amis n'avaient pas autant de tact que lui et ne virent pas son visage s'assombrir en même temps qu'il se plongeait dans ses pensées.

«Et ton premier prénom? Si Altaïr est le troisième et Remus le second, c'est quoi le premier?» fit Abel excité, il ne voulait pas être le seul à dévoiler son prénom honteux. Si déjà, autant entraîner l'autre garçon avec lui dans sa chute.

«Harry.» fit Altaïr après un moment de réflexion.

«Quoi? Mais c'est super normal pour un anglais de s'appeler comme ça.» fit Abel, dépité. Lui qui avait pensé pouvoir charrier son ami.

« Pourquoi utilises-tu Altaïr alors?» finit par céder Danil face à sa curiosité grandissante.

«Quand j'ai été renié par mon père, la famille de ma mère a décidé que je devrais utiliser mon troisième prénom désormais. Dans la famille, on ne porte que des noms liés aux étoiles. Alors si leur héritier déroge à la tradition, c'est comme dire ouvertement que je suis un bâtard.» haussa-t-il des épaules. «Comme de base, mes parents étaient censés avoir deux enfants, c'est le second né qui aurait dû devenir l'héritier des Black, mais le hasard a fait que finalement, ce rôle m'appartient. D'où le changement de prénom.

- Je ne comprendrais jamais les Sangs-Purs.» soupira Abel, un Sang-mêlé. «C'est juste un prénom, non?

- En Angleterre, c'est assez différent des pays slaves.» expliqua Altaïr lorsqu'il vit que ses amis semblaient plutôt d'accord avec Danil. «Les statuts de sangs ont une grande importance puisque ce sont les Sangs-Purs qui font en majorité les lois et qui dirigent le pays aussi bien politiquement qu'économiquement. Il y a des Nés-de-Moldus ou des Sangs-Mêlés qui ont des postes importants, mais ça reste rare. En réalité, il n'y a plus que quelques familles qui pensent ainsi, mais vu que ce sont elles au pouvoir, les choses restent ainsi. Ma famille fait partie de celle-ci, même si je ne partage pas forcément ses opinions, je dois m'y plier puisque j'en représenterai plus tard l'image. Plus tard, quand Pollux mourra et que je serai le dernier à porter ce nom, je pourrai changer cela, mais pas avant.

- Mais si vous n'êtes plus que deux, peut-on vraiment dire que ta famille est si importante?

- Je sais que pour vous, ça doit être bizarre, mais oui.»

Altaïr comprenait leur désarroi. Ici, les familles pouvaient devenir importante ou riche, mais généralement, elles se rassemblaient en clan. Plus le clan était grand, plus il était puissant. Dans les pays de l'Est, on s'appuyait sur le nombre pour créer un empire politique ou financier, pas sûr la puissance d'une seule personne à sa tête.

«Qu'il y ait deux ou cent personnes dans la famille, seul le Lord régnant a mains mises sur la fortune et le pouvoir politique. Les autres membres suivent son avis, qu'on soit d'accord ou non. Avant la guerre, on était l'une des plus grandes familles du Royaume-Uni. Je n'ai pas connu cette époque, mais ma grand-mère disait qu'on comptait plus d'une quarantaine de membres. Désormais, ils sont soit morts, soit en prison. Mais ça ne change pas grand-chose, ça réduit juste un petit peu le carnet d'adresse, mais à peine.» haussa des épaules Altaïr, comme s'il ne venait pas de juste réduire la mort des siens à la perte de quelques contacts.

« Attends une minute.» réalisa soudainement Abel. «De quelle guerre tu parles? L'Angleterre n'a pas participé à celle contre Grindelwald, hormis Dumble-truc.

- Dumbledore.» soupira son petit-frère. «Et tu saurais qu'il parlait de celle contre Voldemort si tu avais écouté en cours d'anglais.

- Ouai, ben dans ce cours, le prof parle justement anglais et je n'y comprends jamais rien.» râle Abel. «Donc, c'est qui ce Voldemort?

- Arrêtez de prononcer son nom.» siffla Altaïr, plaquant une main sur sa manche. La marque le brûlait et des frissons douloureux remontaient jusqu'à son épaule.

«Tu portes sa marque?» réalisa Leonnart, pâle comme un mort.

Il était apparemment une des rares personnes ici à avoir suivi ses cours d'histoire et qui comprenait la signification de ce tatouage hideux. Altaïr n'était pas le seul à avoir un tatouage, plusieurs délinquants utilisant ce moyen pour défier leur famille ou montrer leur appartenance à un gang. Alors personne n'y avait vraiment fait attention jusqu'alors, surtout qu'Altaïr passait la plupart de son temps avec un sweatshirt à manche longue sur le dos. Mais visiblement, les choses n'allaient pas rester ainsi. Pourtant Altaïr refusait de participer à la conversation si on allait parler de la guerre.

«Allez les gars!» soupira Leonnart en voyant que tout le monde à la table les regardait avec un air complètement perdu. « C'est le tatouage que Voldemort apposait à ses suivants, ceux qui voulaient éradiquer les Moldus et les Nés-de-Moldus. Ils en ont tué des centaines pendant la guerre en Angleterre.

- Je t'ai dit d'arrêter de dire son nom.» haleta Altaïr, sa main serrant presque douloureusement son avant-bras. Son visage crispé ne pouvait tromper personne, il souffrait affreusement.

«Je ne vois pas pourquoi je devrai le faire.» fit effrontément Leonnart, perdant sa timidité. «Tu faisais parti d'un groupe terroriste qui a massacré des populations innocentes.»

Leurs amis fixaient l'échange, ne semblant pas réussir à choisir un camp. Ils ne pensaient pas qu'Altaïr puisse être ce genre de personne, surtout qu'il n'était qu'un enfant pendant la guerre. Mais d'un autre côté, l'Anglais venait de leur expliquer que si son chef de famille lui l'ordonnait, il devait se plier à sa volonté. Peut-être que ça n'avait pas été entièrement volontaire, mais Altaïr avait fini d'une façon ou d'une autre par se mettre au service d'un tel mage noir.

«Je ne suis pas un Mangemort.» siffla dangereusement Altaïr, les dents serrer. «Je n'avais que cinq ans et la famille de mon père était dans le camp opposé. C'était la guerre et tous les moyens étaient bons pour obtenir ce qu'on souhaitait. Torturer un enfant pour faire parler les parents étaient une des méthodes les plus efficaces. Ma belle-mère a fait ce qu'il voulait avant qu'il ne est morte pour nous protéger, mon frère et moi, se sacrifiant pour que nous puissions vivre.» Altaïr remonta sa manche, dévoilant sa marque incomplète, prouvant ses dires. «Alors ne parle pas de la guerre, parce que tu ne sais rien de ce que c'est. Voir sa famille massacrée et torturer devant ses yeux, courir dans les bois à en perdre haleine pour échapper à un loup-garou, devoir ramper dans des tunnels enfumés à peine plus larges que soit pour s'enfuir, voir une boutique exploser sous ses yeux en voulant aller faire ses courses, se faire torturer par un Seigneur des Ténèbres. Tu ne sais rien de ce que ça fait de vivre tout ça, alors je ne te permettrais pas de juger ce que j'ai vécu ou de donner ton avis sur cette foutue marque.»

Le silence était de plomb autour de lui. Sans même s'en rendre compte, Altaïr s'était levé, les mains plaquées sur la table et le corps penché vers Lennart, le dominant de toute sa hauteur. Les discussions aux tables alentours s'étaient stoppés, son éclat de voix attirant l'attention. Il jeta un dernier regard noir à l'enfant qui s'était ratatiné sur sa chaise face à sa tirade. Puis, Altaïr quitta le réfectoire, les poings serrés. Il n'aimait pas se laisser aller ainsi, mais entendre ce petit prétentieux parler d'une chose qu'il ne connaissait visiblement pas l'avait enragé.

«Je crois que là, tu l'as vraiment mis en colère.» souffla Danil après un moment, ayant retenu son souffle tout ce temps.

Il se doutait qu'Altaïr n'avait pas eu une vie facile, mais il n'avait pas imaginé que ce soit à ce point. De plus, il devait vraiment être à fleur de peau ces temps-ci pour se laisser emporter ainsi. Ça ne lui ressemblait pas. Pourtant, Danil pouvait le comprendre. S'il avait vécu la guerre au premier plan, entendre quelqu'un qui ne l'avait pas connu en parler ainsi devait être extrêmement agaçant. Sur ce coup, il ne pouvait qu'être d'accord avec Altaïr. Et puis, ça apprendrait à Lennart à ne pas chercher plus fort que soit, surtout ici.

«T'inquiète.» fit Abel en voyant la mine paniquée de son frère, même s'il ne semblait pas vraiment avoir envi d'être de son côté cette fois-ci. «Il n'est pas comme ça d'habitude. Mais il vit une période difficile en ce moment.»

«Ouai, il s'est fait larguer il y a une semaine par son ancien colocataire.» ricana un de leurs amis, recevant un quignon de pain sur le front de la part de Danil.

«Ne te moque pas de lui.»

L'adolescent rouspéta et finit par se disputer avec Danil et Abel. Lennart fixait son frère avec inquiétude, mais ce dernier ne le remarqua pas. Il venait d'apprendre que son colocataire était un loup-garou, en plus d'être gay et surtout, il était dans une colère noire contre lui. Pourquoi est-ce que son grand-frère ne s'inquiétait-il pas qu'il doive partager sa cellule? Pourquoi tout le monde semblait accepter de cohabiter avec un monstre? Lennart ne comprenait pas. Il avait peur.

XXXXXXX

Estonie

12 mai 1991

«Putain vous avez entendu la nouvelle les gars?

- Ouai, il parait que sa famille l'a mis à la porte.

- Ouai, il vit chez un de ses oncles maintenant.

- Mais pourquoi?» demanda le premier.

«Il parait qu'il a de nouveau essayé de voler des potions dans le stock de son frère pour les revendre.

-Ouai, et puis Juhan était une sacrée pédale.» rit un autre.

Danil sut aussitôt qu'il allait y avoir des problèmes par ici. Altaïr sauta sur ses pieds, quittant le siège sur lequel il était installé dans la cantine. Il ne lui fallut que trois pas pour rejoindre la table où les trois adolescents riaient du malheur de Juhan.

«Répète ce que tu viens de dire.» tonna le lycanthrope.

Danil l'attrapa par le bras, le tirant à nouveau vers leurs places. Il voyait déjà les gardes tirés leurs baguettes de leurs fourreaux.

«Ne joue pas au con Altaïr, tu sors dans un mois.»

Le lycanthrope tira sur son bras, mais accepta de se calmer. Pourtant, Danil aurait dû savoir que ce n'était pas normal que son ami soit aussi docile. Altaïr n'était pas du genre à penser aux conséquences, agissant toujours selon ses émotions. Et pour l'instant, le lycanthrope fulminait contre ces garçons qui avaient insulté Juhan, surtout le plus grand des trois, celui qui l'avait insulté de tapette.

Danil aurait dû savoir qu'Altaïr avait quelque chose en tête et que les choses allaient déraper.

XXXXXXX

«Dégage de là.»

Lennart se fit soulevé de son lit par le col et flanquer dans le couloir par Altaïr. C'était la première fois que son colocataire lui adressait directement la parole et franchement, il s'en serait bien passé.

«Va à la douche, chez ton frère ou fais ce que tu veux. Mais laisse-moi la cellule pendant une heure.» fit le lycanthrope en le poussant un peu plus loin.

« Je ne vois vraiment pas comment mon frère fait pour être ami avec toi.» fit Lennart en s'éloignant.

Altaïr se renfrogna, s'adossant au chambranle de la porte de sa cellule et dévisagea les adolescents sortants et entrant dans les douches. Il y avait finalement un avantage à se trouver à seulement quelques cellules de ces dernières. Quand Juhan était encore là, c'était gênant d'entendre leurs camarades passés devant leur cellule alors qu'ils faisaient des cochonneries derrière le drap tiré. Aujourd'hui, cet emplacement était bien arrangeant.

Il n'eut à attendre qu'une dizaine de minutes pour que passe devant lui le garçon qu'il attendait. Il ne le connaissait pas et ne l'avait vu qu'une seule fois auparavant. C'était l'adolescent qui avait insulté Juhan au dîner. C'est tout ce qu'il avait besoin de savoir. Altaïr lui attrapa le bras et le tira dans sa cellule, dressant le drap devant la porte qu'il avait préalablement accroché.

« Je crois que tu avais des choses à dire propos de Juhan. Et si tu me les racontais?

- Bl, Black? Tu crois faire quoi là? » bégaya affoler l'adolescent.

Mais Black l'ignora, le plaquant au sol d'une balayette et s'asseyant sur son bassin.

«Moi aussi, je suis putain de tapette?» demanda-t-il rageusement en reprenant ses mots.

L'adolescent leva les bras devant lui dans un geste se voulant apaisant.

«Hey, du calme mon pote.» Il se prit une droite, visiblement Altaïr n'aima pas être appelé son ami. «Je… nan, bien sûr que nan. T'es pas une comprends, vraiment. Il faut parfois relâcher la pression, même si c'est dans le cul d'un mec. Ça ne fait pas de toi une tapette. »

Altaïr fut pris d'un rire qui glaça le sang de l'adolescent. Putain, il ne savait pas comment il allait se sortir de ce bourbier. Mais visiblement, il n'était pas du tout sur la bonne voie.

«Je suis sortie pendant quatre mois avec Juhan, tu crois vraiment que je n'ai jamais été en-dessous. Ce n'est pas parce que je fais une tête de plus que lui que je n'aime pas avoir une bite dans le cul. T'es encore plus homophobe que je le pensais.» cracha Altaïr alors que l'autre blanchissait à vue d'œil. «N'insulte plus jamais Juhan devant moi.»

Altaïr frappa encore et encore le visage de l'adolescent sous lui. Parfois, il arrivait à se protéger de ses avant-bras, mais il ne parvenait pas à éviter tous les coups. Les poings du lycanthrope se teintaient de rouge alors que la rage déformait ses traits.

«Black, je peux savoir ce que tu as dit à mon fr…» Abel se coupa dans sa phrase alors qu'il poussait le drap.

Il avait simplement pensé que l'Anglais avait mit Lennart dehors pour tirer son coup, lorsqu'il avait vu le drap tiré. Mais Abel s'en fichait de surprendre Altaïr dans une position honteuse. Il avait fait pleurer son frère et il était bien décidé à lui tirer les oreilles. Mais c'était une tout autre scène qui se déroulait sous ses yeux.

«Putain!» s'exclama Abel. «Putain de merde! Mais qu'est-ce que tu fous Altaïr?»

Abel poussa le lycanthrope sur le côté et se pencha sur l'adolescent évanouit sous lui. Il croisa le regard du lycanthrope et pâlit en apercevant ses iris parfaitement grises. Altaïr n'était pas sous le contrôle du loup, il avait pleinement conscience de ce qu'il faisait et Abel n'aurait pas cru un jour être plus effrayé par l'humain que la bête.

«Putain, aide-moi à le traîner hors de là avant qu'un garde ne passe par ici.»

Comme une marionnette recevant les ordres de son maître, Altaïr se releva et attrapa l'une des chevilles de l'adolescent. Abel passa sa tête dans le couloir et fit signe à son ami que la voix était libre. Le garde était en train de rouspéter deux garçons un peu plus loin dans le couloir et leur tournait le dos. L'un des deux trouble-fêtes écarquilla les yeux en voyant le lycanthrope traîner l'évanouis derrière lui. Mais Abel lui fit signe de faire comme si ne rien était en plaçant un doigt devant sa bouche et l'adolescent se reconcentra sur le garde qui le grondait.

«Mets-le là, Altaïr.» chuchota Abel en désignant une cellule vide, ses occupants devaient être aux douches.

Lennart les observait de loin, accompagné de Danil. Abel et lui partageait la même cellule et était parti à la poursuite de son ami quand son petit-frère avait raconté en pleurant la façon dont Altaïr lui avait parlé. Danil n'appréciait pas vraiment Lennart, il était un vrai petit pleurnichard et risquait d'en voir de toutes les couleurs lorsque son frère partirait avant lui. Personne n'aimait les fayots dans son genre ici. Abel allait devoir remettre les idées en place à son petit-frère.

Altaïr lâcha la jambe du garçon évanouit, se penchant au-dessus de lui. Il lui mit une baffe, soupirant de soulagement en l'entendant gémir.

«T'es réveillé?» Pas de réponse, il le giffla à nouveau. «C'est bon là, tu m'écoutes?

- Ouai.» gémit l'adolescent.

«Pas un mot à personne, comprit?»

Le garçon hocha difficilement de la tête, satisfaisant son tortionnaire. Altaïr soupira de soulagement, retournant finalement vers sa cellule. Il soupira en voyant les taches de sang maculer le sol. Il jeta son drap par terre, ça ferait l'affaire pour l'instant avant que les gardes ne s'en rende compte. Altaïr trouverait une solution plus tard.

Danil s'assit sur le lit, face à lui et ignora Lennart qui se plaignait de ne toujours pas pouvoir retrouver sa cellule. Son ami était complètement perdu et il fallait que ça cesse.

«Ne me regarde pas comme ça, il a insulté Juhan.

- Et alors? Ça méritait d'aller aussi loin?» le gronda Danil. «Ce gars était évanouit, Altaïr! Tu aurais fait quoi si Abel n'était pas intervenu? Tu l'aurais tué?»

Altaïr détourna le regard en grimaçant. Franchement, il n'avait aucune idée de ce qui serait arrivé à cet adolescent s'il n'avait pas été stoppé. Il avait honte, terriblement honte. Il perdait les pédales et pour la première fois de sa vie, c'était le loup qui gémissait de peur dans son esprit et pas l'inverse.

«Altaïr, Juhan n'est plus là, tu n'as plus besoin de le défendre. Ces gars, ils ne méritent pas que tu perdes ton temps avec eux. Il faut tourner la page.

- Je sais.» soupira Altaïr en grimaçant. «Je sais.» répéta-t-il, comme pour se convaincre.

Danil se redressa et lui tapa sur l'épaule, un sourire doux aux lèvres.

«Allez mon pote, ne décourage pas. Tu vas en trouver des dizaines des mecs prêt à sortir avec toi.

- Je ne suis pas gay, Danil.» fronça des sourcils Altaïr.«Il n'y avait que Juhan qui m'attirait.

- Eh bien, si ce n'est pas un gars ce sera une fille. T'as très bien compris ce que je voulais dire, ne casse pas le moment. » se plaignit Danil en faisant rire son ami.

«Merci Danil, t'es un chic type.

- Je sais, il n'y en a pas deux comme moi.» se pavana l'Estonien. «Et soit plus cool avec Lennart, il fait de la peine à pleurer sans arrêt à cause de toi.

- Je ne lui parle même pas.»

Danil secoua la tête, dépité. Justement, c'était bien ce type de comportement qui faisait chouiner son colocataire. Il était navrant que l'Anglais ne réalise pas ceci. Vraiment, il n'avait aucune capacité sociale.

«Dans tous les cas, j'en ai marre de le voir se réfugier dans notre chambre. Abel lui dit tout le temps de rester avec nous et je peux plus me le voir.

- Tu penses qu'on pourrait échanger vos cellules, Lennart avec son frère et toi avec moi?

- On n'est pas en camp de vacances!» rit Danil, pourtant bien d'accord avec la vision de son ami. «Bon, je vais te laisser. J'ai un gamin chouineur à faire fuir de ma cellule.»

Danil jeta un dernier regard à Altaïr avant de disparaître dans le couloir. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait dans la tête de son ami, mais il espérait bien qu'il allait suivre ses conseils. Le lycanthrope devait oublier Juhan, ce n'était pas saint de rester accroché au passé ainsi. Altaïr devait avancer.

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Estonie

14 mai 1991.

Il n'avait fallu qu'une seule journée pour que quelqu'un finisse par dénoncer Altaïr. Bien qu'il ne s'en préoccupe plus vraiment, sa lycanthropie n'était pas acceptée par tous et ces personnes-là sautaient sur la moindre occasion pour lui attirer des ennuis. L'un d'eux avait dû être dans le couloir pendant qu'il traînait le gars évanoui derrière lui et rapporter aux gardiens.

Danil avait eu raison, il n'avait vraiment pas réfléchi avant d'agir. La date de sa sortie avait été repoussée d'un mois et il était placé en isolement jusque-là. Désormais, Altaïr allait devoir attendre le deux juillet pour quitter cet endroit et il n'en était pas ravi, loin de là. Mais il l'avait mérité, il avait joué au con et devait en payer les pots cassés.

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20 juin 1991

Altaïr avait déjà passé quelques jours en isolement. Une fois pour avoir cassé le nez à Romanov, une autre fois pour avoir rejoint Juhan dans une bagarre et une dernière parce qu'il avait séché les cours pour passer la matinée avec Juhan. Le garçon rougit en repensant à cette journée, le matin avait été terriblement intense.

Puis il repensa à Romanov. C'était si injuste, le Russe était en liberté depuis quatre mois déjà à ça le faisait fulminer de rage. Cet enfoiré avait osé lui envoyer une lettre pour le narguer en se plaignant de ses cours et en lui racontant qu'il avait oublié à quel point les desserts étaient bons à l'école. Altaïr n'avait pas pris la peine de lire la suite, déchirant la lettre en petits morceaux. Juhan s'était plaint parce qu'il l'avait laissé ramasser les petits carrés de papiers.

Altaïr soupira, il s'ennuyait tellement ici, coincé dans sa petite cellule. Il avait certes le droit de recevoir du courrier et quelques livres, ça n'était clairement pas assez pour le garder concentré. Altaïr en avait assez de lire toute la journée et d'avoir pour seule diversion de faire un peu de sport.

Il avait l'impression de devenir fou. Ici, toutes les journées étaient les mêmes. Certes, c'était la même chose en dehors du mitard, les journées des prisonniers étaient chronométrées à la seconde près. Mais ici, il ne voyait personne à part le garde lui ramenant à manger et le guidant aux douches quand plus personne n'y était. C'était une véritable torture que d'être isolé ainsi.

«Hey! On est quel jour?»

Mais aucune réponse ne lui vint, le garde n'avait pas l'autorisation de lui parler. Pire, sa cellule était insonorisée pour que les autres détenus punis dans ce couloir ne puissent pas communiquer entre eux et avec lui. Certain jour, Altaïr ne voyait même pas le jour. Habituellement, il avait le droit à deux promenades d'une demi-heure dans une cour à part, uniquement utilisé par les détenus en isolation. Mais il y avait des manques de gardes certains jours, surtout les week-ends. Alors, Altaïr ne sortait pas du tout.

Il n'aurait jamais cru que simplement voir un carré d'herbe ou le ciel pouvait le maintenir saint d'esprit. Ces jours-là, où personne ne venait le faire sortir, Altaïr se sentait tomber dans un état apathique qui le rongeait de l'intérieur. Il restait immobile, assis sur son lit à observé le mur d'en face, même pas éloigné d'un mètre. Tout ici était gris, c'était à le rendre fou, que sa soit son uniforme, les barreaux de sa porte, les draps de son lit, les murs. Tout était de l'exacte même teinte et Altaïr n'avait d'autre choix que de fixer ses propres mains pour se souvenir que oui, il y avait d'autres couleurs qui existaient.

Parfois, à force de fixer ce mur vierge, Altaïr avait des hallucinations. Quelquefois, c'étaient les murs qui se resserraient autour de lui et lui donnait l'impression de suffoquer. Il se précipitait alors de rentrer ses pieds sous sa couette, priant pour que les parois ne se rapprochent pas davantage, qu'elles s'arrêtent à la bordure du cadre de lit. D'autre fois, le mur restait bel et bien à sa place, à quelques dizaines de centimètres. Mais des lignes se dessinaient sur le béton, donnant du relief à la matière et avant même que le lycanthrope ne le réalise, il se trouvait dans le cachot miteux où Cygnus l'avait enfermé tant de fois. Alors Altaïr se roulait en boule sur son matelas en fermaient les yeux aussi fort qu'il le puisse. Comme si en se réfugiant dans son esprit, son environnement allait disparaître.

Mais lorsqu'il rouvrait ses paupières, Altaïr se rendait compte que tout ceci était faux, que ce n'était que son esprit et sa claustrophobie qui lui jouait des tours. Les murs étaient toujours aussi loin et toujours aussi lisses. Alors Altaïr hurlait. Il hurlait de rage, de peur, de peine. Il hurlait pour évacuer tous ces sentiments qu'il ne maitrisait plus et qui lui donnait l'impression de suffoquer.

Altaïr détestait cet endroit. C'était si rageant d'être enfermé à ne rien faire, fabriquer des balais à la chaine lui en manquerait presque. Altaïr n'avait qu'une hâte, sortir d'ici.

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Estonie

1er juillet 1991

«Putain, tu m'as tellement manqué!»

Danil se figea, c'était la première fois qu'Altaïr le prenait dans ses bras et il ne savait pas comment réagir. C'est que l'Anglais n'était tactile avec personne et toutes les personnes à leur table semblait s'être figé fasse à ce comportement étrange.

«T'es bien sûr d'être Altaïr Black? Le cas qui me tape dès que je le touche?» hésita l'Estonien.

«Ouai, c'est bien moi.» grogna le lycanthrope en le lâchant.

Il posa son plateau repas sur la table et s'empressa de l'engloutir. C'était fou comme simplement manger dans le réfectoire, avec plein de bruits de bouches dégoutants autour de lui rendait son repas infiniment meilleur. Ce jour-là, Altaïr profita de chaque seconde qu'il pouvait partager avec ses amis, ne fuyant même pas vers sa cellule après le dîner comme il en avait l'habitude auparavant. Non, il préféra rejoindre celle d'Abel et Danil, là où se regroupaient la plupart d'entre eux en attendant le couvre-feu.

«C'est lundi prochain le grand jour, n'est-ce pas?» remarqua finalement Danil alors que lui et Altaïr était installé sur le lit d'Abel pendant que ce dernier jouait au poker avec quelques uns de leurs amis par terre. Il se sentait toujours un peu mélancolique lorsqu'un de ses amis quittait la prison.

Altaïr hocha la tête, un sourire barrant son visage. Danil en serait presque effrayé de le voir de si bonne humeur. Juhan lui avait raconté que l'anglais changeait presque de personnalité lorsqu'ils n'étaient qu'eux deux. L'Estonien ne l'avait pas cru à l'époque, pensant simplement que le roux essayait de justifier que non, il n'était pas tombé amoureux d'une brique de glace. Mais en voyant Altaïr si différent, si détendu, Danil n'avait plus d'autre choix que de le croire.

«C'est si horrible, le mitard?» osa-t-il demander après un long silence.

«Tu n'y étais jamais?» Danil nia, il n'avait jamais fait de bêtise assez grosse pour cela, on lui avait raconté suffisamment de mal des cellules d'isolement pour qu'il s'y tienne au maximum à l'écart. «C'est l'enfer. Tu ne vois personne, parfois, tu ne sors même pas de ta cellule sauf pour aller à la douche. Les gardes n'ont pas le droit de te parler, il n'y a que du silence. Parfois, tu te retrouves à parler seul et tu ne réalises même pas que tu le fais, parce que de toute façon soit tu t'entends penser dans ta tête, soit à voix haute et tu ne fais même plus la différence. Et de temps en temps, ta même des annulations quand ça dure trop longtemps.

- Des hallucinations?» glapit Danil.

«Ouai, genre les murs qui se rapproche de toi ou des formes qui apparaissent dessus.»

Les deux garçons furent tirés de leur conversation par Abel qui venait d'éclater de rire. Visiblement les autres adolescents avaient mis de côté leur partie de poker pour les écouter. La plupart avait l'air pâle, c'était ceux qui comme Danil, n'était jamais allé au mitard. Les autres, regardait Altaïr avec un sourire aux lèvres, comme s'il venait de raconter une bonne blague.

«T'abuse Altaïr, arrête de le faire flipper comme ça.» rit Abel. «C'est vrai que c'est horrible, de ne voir personne et de devoir supporter le silence, mais parler seul et des hallucinations?» Il rit de plus belle.

Pourtant, il cessa rapidement de rire face au regard martèlement sérieux du Black. Visiblement, il n'avait pas plaisanter? Abel aurait dû s'en douter. Altaïr était peut-être plus détendu aujourd'hui que les autres jours, mais il n'était pas du genre et à faire des blagues.

«Tu es sérieux?» Fit un autre garçon, qui avait pensé comme Abel qu'il avait voulu faire flipper Danil pour rien.

«Vous n'en avez pas eu vous? Des hallucinations?» fronça des sourcils le Black, n'aimant pas attiré l'attention sur lui.

Tous nièrent de la tête.

«C'est peut-être parce que je suis claustrophobe alors.» haussa-t-il des épaules. «Ou juste fou.

- Claustrophobe je veux bien te croire, mais tu n'es pas fou Altaïr.» fit Danil qui n'aimait pas voir son ami se déprécier ainsi.

«Fou n'est peut-être pas le mot. Mais je sais que j'ai des problèmes et depuis longtemps.»

Danil n'aimait pas la façon dont Altaïr parlait de ça. Il faisait comme si c'était totalement normal de penser être fou et c'était étrange. Le Black pétait un câble parfois, mais comme ça pouvait arriver à la plupart des gens. Selon Danil, il était une des rares personnes ici à avoir toute sa tête, un cerveau brillant et à ne pas avoir un petit pète au casque. Si Altaïr n'avait pas eu ce dérapage avec Romanov, il n'aurait jamais mis les pieds ici. Il était très différent de tous les autres détenus, dont lui. Il n'avait pas l'air d'être un criminel dans l'âme, il n'en donnait juste pas l'impression.

«Que veux-tu dire?» ne put-il s'empêcher de demander, voulant comprendre Altaïr.

«Quand j'étais petit, j'ai été torturé par un mage noir.» Sa main s'était plaqué sur le tatouage qui marquait son avant-bras, le grattant mécaniquement comme à chaque fois qu'il parlait de la guerre. «Les médicomages ont dit que c'était un miracle que je ne sois juste pas devenu un légume. Juste après l'attaque, un Legilimens a lu dans mon esprit. Ce n'était pas pour m'aider, juste pour savoir ce qu'il s'était passé. Mais en recollant les morceaux de mon esprit pour avoir le souvenir complet, il a en quelque sorte réparé les dégâts des Doloris. Mon père disait que j'ai changé depuis ce jour-là, que je ne suis plus vraiment le même. Quand j'étais petit, je devais même voir un psychomage. Et avec mon ancien tuteur, ça n'a pas dû améliorer la situation.

- Comment ça?» fit Danil, devenant de plus en plus pâle. C'était juste horrible. Altaïr avait déjà parlé de la guerre devant eux, mais il n'avait pas imaginé que ça avait été horrible à ce point.

« Cygnus, il était du genre à s'énerver pour un rien. Il ne pouvait pas maintenir leDolorisaussi longtemps que le Seigneur des Ténèbres qui pouvait le maintenir pendant des minutes entières. C'était juste une poignée de seconde, dix tout au plus. Mais c'est suffisamment pour qu'à force de le subir au quotidien, ça laisse des traces. C'est pour ça que parfois, quand il y a trop d'émotions d'un coup, je pète juste un câble, ça disjoncte là-haut.» il tapota son crâne d'un doigt.

- C'est horrible. » C'était Abel, qui couvrait sa bouche avec horreur. Il avait honte d'avoir plaisanter sur la confession d'Altaïr à propos du mitard plus tôt, visiblement il faisait un effort fou pour parler de tout ça.

«A force de me punir, je pense que j'ai passé plus de temps dans la cave que dans ma chambre. C'est peut-être pour ça qu'être à l'isolement, ça me fait ça et pas à vous. Au moins à la cave, je voyais des elfes de maison et la douleur me maintenait dans la réalité. Au mitard, c'est différent. J'avais juste l'impression de devenir fou.» haussa finalement des épaules Altaïr, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.

Il piocha quelques chips dans le paquet qui traînait sur le lit, ignorant tant bien que mal les regards qui ne le quittaient pas. Altaïr n'aimait généralement pas parler de son passé. Même avec ses amis ou Juhan, il n'y arrivait pas. C'était peut-être parce que les personnes présentes, hormis Abel et Danil, n'étaient pas ses amis proches. Ou alors, c'était parce qu'il savait qu'une fois sorti d'ici dans une semaine, il ne révérait certainement plus jamais ces gens. Ou encore que son isolement d'un mois l'eût marqué plus que prévu et lui faisait baisser ses barrières.

«Bref, tout ça pour dire, Danil, ne va jamais au mitard.»

Danil n'eut aucun mal à lui promettre qu'il continuerait à se tenir éloigné de ce lieu. Si son ami était si chamboulé au point de leur parler de son passé que pourtant, il n'évoquait jamais, c'est que cet endroit était véritablement un enfer.

«Plus que trente minutes avant le couvre-feu.» fit un garde, brisant le silence devenu pesant. Il ne fit pas plus attention à eux, se dirigeant déjà vers la cellule voisine.

«J'y vais, je dois encore passer à la douche.» fit finalement Altaïr, se sentant un peu coupable d'avoir cassé l'ambiance.

Ses amis le saluèrent chaleureusement, essayant de rester naturels pour ne pas le gêné mais n'y arrivant pas vraiment. Cela eut au moins le don de le faire sourire. Ces gars étaient peut-être des criminels, mais on ne pouvait pas leur retirer qu'ils étaient loyaux. Danil le suivit, sans surprise, il fut le seul.

Les deux garçons prirent chacun leur douche de leur côté et Danil attendit son ami pour rejoindre leurs cellules. Sur le chemin du retour, l'Anglais se stoppa soudainement. Il venait de penser à quelque chose, une chose qu'il avait complètement oublié de vérifier.

«Ces gars, ce qu'ils disaient, c'était vrai?

- A quel propos?» fit Danil, ne comprenant pas où son ami voulait en venir.

«A propos de Juhan. Il ne vit plus chez ses parents?»

Danil soupira, il se doutait qu'un jour il allait devoir en parler avec Altaïr. Il espérait juste que ça ne lui mine pas trop le moral.

«Je n'ai pas tous les détails. Mais apparemment, ses parents voulaient le renier mais l'un de ses oncles est intervenu pour le prendre avec lui.

- Mais pourquoi? Juhan savait que ses parents avaient pensé le faire, mais son frère lui a dit qu'ils ont abandonné l'idée.»

Danil grinça des dents. Il n'était pas au courant de cela et son estime pour les parents de Juhan ne faisaient que baisser. Ces enfoirés avaient osé le menacer de l'éjecter de la famille, ils étaient ignobles.

«Il a joué au con.» soupira-t-il. «Son frère dirige un laboratoire de potions et Juhan a réussi à voler de la potion de sommeil-sans-rêves dans ses stocks. Ça se revend cher ce genre de truc.

- C'est pour ça qu'il était ici?

- Ouai, vous n'en avez jamais parlé?

- Pas vraiment, Juhan évitait le sujet. Est-ce qu'il consomme?» s'inquiéta Altaïr.

«Non! Bien sûr que non!» s'offusqua Danil. « Il sait à quel point ce genre de truc est addictif. Mais c'est le moyen le plus rapide qu'il ait trouvé pour se faire de l'argent et il a récidivé à peine deux semaines après sa sortie. Ses parents l'ont dénoncé aux autorités et ont voulu le mettre à la porte après ça.

- Pourquoi est-ce qu'il a autant besoin d'argent?»

Altaïr fronçait les sourcils, la famille de Juhan n'était pas aussi riche que d'autres, mais ils avaient tout de même un niveau de vie aisé. Leur fils ne devrait pas avoir besoin de faire ce genre de magouille pour réussir à s'en sortir.

«Après notre première année, Juhan a faillit se faire renvoyer.

- Il m'a dit qu'il avait tout juste eu la moyenne.

- C'est ça.» approuva Danil. «Ses parents lui ont coupé les vivres pour le motiver à plus s'appliquer en cours.» grinça le garçon, visiblement il était du même avis qu'Altaïr pour dire que ces deux adultes étaient horribles. «Pendant l'année scolaire, ça ne posait pas vraiment problèmes, l'école fournit la nourriture et il se passait de sorti à Puhja. Mais pendant les vacances, ça devenait problématique. Il ne pouvait pas payer ses fournitures scolaires ou ses uniformes. On est des ados, on grandit vite et Juhan avait la plupart du temps des pantalons qui ne lui allait même pas aux chevilles. Heureusement qu'il n'est pas gros, sinon il n'aurait même pas pu s'habiller en deuxième année. C'est pendant l'été entre notre deuxième et troisième année qu'il a commencé à voler dans le labo de son frère et il savait que j'ai quelques contacts pour pouvoir vendre ses stocks.

- C'est pour ça que tu es ici toi aussi?» Danil hocha la tête, honteux. «Mais pourquoi tu n'es pas sorti en même temps que lui?

- Les peines pour vol et pour trafic et revente de stupéfiants ne sont pas les mêmes. J'en ai encore pour un an.»

Danil se triturait les doigts. Il n'aimait pas parler de son passé, il n'en était pas fier. Contrairement à Juhan, lui ne recommencerait plus jamais à tremper dans ce genre de choses. Son ami l'avait trouvé pile dans la période où il commençait à s'éloigner du milieu et de ses mauvaises influences. Mais pour Juhan, Danil avait continué et même s'il ne regrettait pas d'avoir aidé le roux, il aurait aimé trouver une autre solution pour le faire.

«Bref, Juhan a récidivé. Apparemment, son grand-frère à intervenu en sa faveur auprès de leurs parents. Ils étaient à deux doigts de le dénoncer aux autorités. Mais je pense que c'est la dernière fois qu'il intervient en sa faveur, son frère obéira à ses parents s'ils lui disent de couper les ponts totalement avec lui.

- Ils sont tous pourris dans cette famille.» grogna Altaïr et Danil était bien d'accord avec lui.

Le lycanthrope était content de connaître le fin mot de l'histoire. Il n'aimait pas dépendre uniquement des commérages et la version de Danil était bien loin de ce qu'il avait pu entendre dans les couloirs. Ils étaient arrivés devant la cellule de l'Estonien et Altaïr s'apprêtait à continuer sa route quand ce dernier l'interpella.

«Tu sais, Juhan ne voulait pas te blesser. Il avait peur de te traîner dans la boue s'il restait avec toi.

- Je comprends.» grimaça Altaïr.«Mais ce n'était pas à lui de faire ce choix pour moi.»

Danil lui offrit un dernier sourire compatissant, comprenant le point de vue d'Altaïr. Les deux garçons se souhaitèrent bonne nuit, ayant tous les deux l'esprits bien trop remplis pour vouloir poursuivre la discussion. Cette soirée avait été plutôt mouvementé, entre les confessions d'Altaïr et les dernières nouvelles à propos de Juhan, aucun d'eux ne pensaient pouvoir s'endormir rapidement ce soir.

XXXXX

Estonie

7 juillet 1988

Altaïr soupira en entrant dans les douches. Visiblement, il n'avait pas été le seul à profiter du manque de surveillance ici pour chercher les ennuis. Quelques mois plus tôt, il en avait profité pour casser le nez de Romanov. Cette fois-ci, il semblerait que ce soit son nouveau colocataire qui s'attirait des ennuis.

Lennart était plaqué contre en lavabo, fixant ses pieds et pourtant, les larmes qui dévalaient ses joues étaient parfaitement visible, s'échouant sur le sol carreler des douches. Altaïr soupira. D'un côté, il était toujours en froid avec le garçon, aucun des deux ne voulant s'excuser pour leur dernière dispute à table, deux mois plus tôt. Depuis, ils ne s'étaient plus parlé et s'évitaient la plupart du temps. Ou plutôt, Lennart le fuyait comme la peste, Altaïr se contentant de lui lancer des regards noirs pour obtenir ce résultat.

Mais d'un autre côté, l'anglais n'aimait pas le harcèlement. Il avait vu ce que sa pouvait engendrer aussi bien en première année avec Yvan Melnik qu'en deuxième année avec Romanov. Alors détourner les yeux alors que Lennart allait certainement se faire passer à tabac dans les minutes à venir, ça ne lui ressemblerait pas. Altaïr n'aimait pas se mêler des affaires des autres, mais il supposait que si c'était pour le frère d'Abel, il pourrait faire l'effort. Il espérait seulement que ça n'allait pas lui attirer de nouveaux ennuis.

«Les gars, vous êtes dans le passage.

- De quoi tu te mêles.» s'agaça un des adolescents, déjà prêt à faire dégager le gêneur. Pourtant, il pâlit en découvrant le Black derrière lui, l'air passablement agacé.

«C'est mon coloc' que vous êtes en train de faire chier.

- Merde, tu ne m'avais pas dit ça.» jura un autre, laissant déjà en plan ses deux compères. Le troisième ne tarda pas à le suivre. «Tu ne les suis pas?»

Le premier adolescent jeta un regard rageur à Lennart, mais fini par déguerpir lui aussi. Tout le monde savait le carnage qu'avait fait Altaïr un mois plus tôt et personne ne voulait être sa prochaine victime. Il supposait que jusqu'à son départ, Lennart serait intouchable.

« Attends-moi là, je te raccompagne dès que j'ai fini.» ordonna Altaïr en s'enfermant dans une des douches.

Il se dépêcha, pas parce qu'il s'inquiétait pour Lennart, mais parce qu'il était l'un des derniers à passer et donc, l'eau était à peine tiède. Alors moins de cinq minutes plus tard, le voilà à retraverser les couloirs dans l'autre sens, Lennart le suivant comme son ombre.

«Pourquoi tu ne t'es pas défendu?» brisa-t-il finalement le silence.

«Ils étaient trois, tu voulais que je fasse quoi?» pleurnicha Lennart.

« Viser les couilles.» La mâchoire de Lennart en tomba, ne s'attendant pas à ça. «De toute façon, t'allais te faire taper, alors autant te défendre. Et peut-être qu'avec l'effet de surpris, t'aurais pu t'échapper.

- J'y penserai la prochaine fois.» fit Lennart, peu convaincu.

«Et arrête de jouer au faiblard, tu agaces tout le monde. Ici, tu dois avoir la tête haute, ne montre jamais que ta peur. Insulte-les comme il t'insulte, rentre leur dedans et finis les pleurnicheries. Ton frère ne sera pas toujours là pour te protéger, tu dois apprendre à te débrouiller seul. Commence déjà par te faire des amis, ce n'est jamais bon d'être seul.

- Je… je vais essayer.

- Et plus de bégaiement. Si t'es pas d'accord avec moi, dis-le. Sinon, dis clairement «oui» au lieu de marmonner.

- D'accord, je le ferai.» fit plus distinctement Lennart.

«Bien.»

Altaïr se retourna vers lui lorsqu'ils furent arrivés à leur cellule, faisant face au garçon qui le suivait un pas en arrière. Il tendit une paume vers lui.

«T'as déjà frappé quelqu'un?» Lennart pâlit, secouant vivement la tête de gauche à droite. «Alors essaie, frappe ma main.»

Lennart donna un petit coup de poing, se sentant ridicule avec ses bras faibles. Altaïr corrigea sa posture, le faisant répéter le geste encore et encore jusqu'à ce qu'il soit satisfait, ce qui prit un moment.

«Je connais un gars, il s'appelle Juhan. Il était aussi frêle que toi, une vraie brindille. Pourtant, personne ici n'osait se castagner avec lui. Et si t'en as marre d'être faible, entraî toute façon, tu le feras forcément si tu viens à te battre, parce que ça te frustrera de perdre à chaque fois. »

Lennart déglutit face au regard moqueur d'Altaïr, visiblement il semblait persuader que le garçon allait se prendre pas mal de raclée dans le futur.

«Bien, maintenant avec les deux poings. Un, Deux.» rythma Altaïr, appréciant sentir les frappes de Lennart devenir de plus en plus assurées.

«Esquive.» prévint Altaïr, donnant subitement un coup de pied dans le mollet de Lennart. Ce n'était pas assez fort pour le blesser, mais suffisamment pour lui tirer une petite grimace. «Ne focalise pas ton regard sur mes mains, regarde l'ensemble de mon corps. Au début, tu ne seras pas assez rapide pour ça, alors concentre-toi sur mes hanches et mes épaules pour l'instant. Le reste, tu pourras le voir dans ta vision périphérique. Peu importe le coup que je vais te donner, je vais devoir prendre de l'élan, donc soit bouger mes jambes, soit pivoter mon torse, même légèrement. Plus tard, tu pourras certainement prévoir les attaques un peu à l'avance, si ton adversaire ne sait pas non plus se battre.» Nouveau coup dans le mollet. «Et bouge tes jambes, ne reste pas statique.

Lennart fut rapidement à bout de souffle, mais ne demanda à aucun moment de faire une pause. Il était conscient que c'était la méthode d'Altaïr pour faire la paix. De plus, ce garçon savait visiblement sa battre et Lennart n'était pas assez stupide pour refuser l'aide qu'il lui offrait.

«Qu'est-ce que vous faites?»

Les deux adolescents cessèrent un instant de se battre, observant Abel et Danil qui se tenait dans l'entrebâillement de leur porte. Visiblement, ils étaient surpris de ne pas avoir eu de visite de Lennart ce soir, le garçon profitant pourtant de chaque occasion pour se réfugier dans leur cellule.

«Il m'apprend à me baAHH…» ne put finir Lennart, trop surprit parce qu'Altaïr venait de donner un léger coup de pied dans le creux de son genou, le faisant s'effondrer.

«Je t'ai dit de te focaliser sur moi. Debout, on n'a pas fini.»

Lennart gémit de dépit, il était épuisé. Pourtant, il se remit en garde, devenant de plus en plus rouge face aux rires de leurs deux amis. Visiblement ça les amusaient bien de le voir transpirer à grosses gouttes.

«Où est-ce que tu frappes en premier?

- Les yeux, le menton, le nez, le plexus solaire, le foie, les reins et les genoux

- Non.» fit Altaïr, arrêtant son pied à peine un centimètre avant de frapper l'entrejambe de son adversaire. «Et tu as oublié les tempes.»

Lennart, gémit lorsque le coin du point d'Altaïr le frôla à la tempe droite. Pourtant le coup n'avait pas été fort.

«Et qu'est-ce qu'il faut toujours surveiller?

- Une échappatoire pour prendre la fuite!» fit cette fois-ci Lennart, sûr de lui.

Il profita d'ailleurs de ce rappel pour courir derrière son frère, pouvant enfin respirer un peu. Altaïr avait l'air satisfait, ayant certainement prévu qu'il fasse ça. Lennart était si prévisible.

«De toute façon, tu es trop nul pour viser pour le moment. Alors hormis les genoux, la gorge et les couilles qui sont des grosses zones, privilégie toujours la fuite. Va chercher un maton ou tes amis, mais n'essaie pas de te battre.

- Il semblerait que quelqu'un décide enfin de mettre du plomb dans ta tête, on dirait.» rit Danil, taquinant Lennart. Si cela voulait dire que le gamin arrêterait de traîner dans leurs pattes, Altaïr pouvait continuer à l'épuiser ainsi jusqu'au petit matin.

«Au fait, pourquoi vous êtes venu?C'est bientôt le couvre-feu.» remarqua Altaïr, jetant un rapide coup d'œil accroché au bout du couloir.

«On voulait juste te dire au revoir, si on ne se revoit pas demain.» sourit Danil. «Et te souhaiter bonne chance pour la suite.

- Merci les gars, bon courage à vous aussi pour survivre ici. Surtout avec lui.» ricana Altaïr, Lennart s'insurgeant sous la pique.

Abel salua lui aussi son ami, puis il traîna un peu à l'écart son frère, laissant aux deux amis un peu d'intimité. Danil étreignit rapidement Altaïr, sachant très bien qu'il n'aimait pas les contacts physiques, mais n'ayant pu s'en empêcher.

«Fais attention à toi.» Danil devint un peu plus sérieux. «Je ne rigole pas, je ne veux plus te revoir ici.

- Evidemment.» sourit Altaïr, appréciant l'inquiétude de son ami. «Je resterai loin des problèmes. Et toi, n'oublie pas, ne va jamais au mitard.

- Mais oui, mais oui.» rit Danil. «Ne t'inquiète pas pour moi.»

C'était toujours aussi étrange de faire ses adieux dans ce genre d'endroit. La plupart du temps, on savait qu'on ne reverrait plus jamais ses codétenus une fois à l'extérieur. Pourtant, ça nous rendait toujours heureux de voir un ami quitter cet enfer. C'était un subtil mélange de mélancolie et de joie qui bouleversait toujours Danil. Vu son regard, Altaïr devait ressentir la même chose.

«Bonne nuit Danil.

- Bonne nuit.»

Les deux garçons se firent une dernière accolade avant de se séparer pour la nuit. Ils ne se promirent pas de se revoir à l'extérieur ou Altaïr de venir lui rendre visite au parloir. Ils savaient tous deux que ces promesses ne seraient certainement pas tenues, ce n'était pas nécessaire. C'était triste, mais c'était ainsi. Les amitiés crées ici restaient ici, elles ne franchissaient pas souvent les grilles de la prison.

XXXXX

Estonie

2 juillet 1991

Altaïr inspira profondément, observant la campagne avoisinante et l'immense ciel bleu qui se dressait au-dessus de lui. Il était enfin libre.

Pollux l'attendait à quelques mètres de là, un livre à la main alors qu'il était assis sur un banc qu'il avait certainement invoqué. Le lycanthrope rajusta son sac sur son épaule et s'approcha de son tuteur. Au son des pas s'enfonçant dans le gravier, l'homme releva la tête et sauta presque sur ses pieds en voyant Altaïr. Il ne lui fallut que quelques enjambées rapides pour serrer son pupille contre lui.

Pollux fut surpris lorsque l'adolescent lui rendit son étreinte. C'était la première fois qu'Altaïr l'enserrait de ses bras et le vieux sorciers un sourire mi-heureux, mi-amer. Parce que cette étreinte était la preuve que son précieux pupille fut profondément marqué par son séjour en prison. Ou en tout cas, bien plus que ce qu'il ne laissait paraître aux parloirs.

«Tu as grandi.

- On s'est vu il y a deux mois.» ricana Altaïr.

«Je sais, mais ce n'est pas pareil. Je ne m'en étais pas rendu compte.»

Pollux réalisait seulement maintenant que son pupille avait perdu une année de sa vie dans ce lieu grisonnant. A la fin de son procès, il avait serré Altaïr dans ses bras et le garçon ne lui allait qu'au niveau de la poitrine. Désormais, ils avaient presque la même taille. Pollux ne le dépassait plus que de quelques centimètres. Il grandissait si vite, s'en était presque effrayant.

«Attrape ça.» conseilla Pollux en lui tendant une clé.

Altaïr comprit qu'il s'agissait d'un Portoloin et grimaça en attrapant entre deux doigts un bout de la tige en métal.

«Je sais que tu n'aimes pas ça, mais c'est le moyen le plus rapide.» sourit gentiment Pollux, tentant de le réconforté.

Altaïr lui avait parlé du décès de Walburga. La sorcière était décédée suite à un Transplannage raté et le garçon avait faillit perdre lui aussi la vie ce jour-là. Pollux comprenait le dégoût de ce dernier pour les Portoloins, les sensations étaient similaires au Transplannage. Mais au moins ici, aucun d'eux ne contrôlait le transport. Il n'y avait aucune volonté à avoir pour garder le cap, les risques de blessures étaient presque minimes.

«Maison.»

Aussitôt, l'espace autour d'eux se mit à tanguer et tourbillonner follement alors qu'il se faisait aspirer par le nombril dans un tunnel. Quelques secondes plus tard, ils atterrissaient devant le manoir Black, Pollux avait obtenu une dérogation pour ne pas avoir à passer par le Ministère après le changement de pays.

Altaïr trébucha et fit quelques pas mal assurés. Il retint de justesse un haut le cœur et se cramponna à la rambarde menant au porche pour garder l'équilibre. Lorsqu'il rouvrit les yeux, la terre avait cessé de tourner sous ses pieds et sa vision était nette. Altaïr prit une profonde inspiration avant d'assurer à son tuteur qu'il allait bien.

«Entrons, Kreattur et Derry t'ont préparé un gâteau pour fêter ta sortie.»

Altaïr sourit et espéra qu'il s'agissait d'une tarte à la mélasse. Ce plat n'existait pas en Estonie et c'était certainement l'une des choses qui lui manquait le plus lorsqu'il s'y trouvait. Pollux lui ouvrit la porte et le guida jusqu'à salon.

Altaïr se figea dans le chambranle de la porte. Juste devant lui ne se tenait pas uniquement les deux elfes de maison. Non, il y avait aussi Remus qui se tenait adossé à la cheminée, un grand sourire aux lèvres. Mais ce n'était pas lui que voyait Altaïr. Son regard s'était figé sur le garçon qui se triturait nerveusement les doigts, debout devant le canapé. Thomas Potter se tenait là, à seulement trois mètres de lui et Altaïr n'arrivait pas à enregistrer l'information.

L'enfant avait bien grandit pendant ces années qui les avaient séparés. Son teint était un peu plus bronzé, signe de l'été chaud qui se déroulait en été. Ses vêtements étaient bien plus simples que les tenues de bébés multicolores que lui achetait James à l'époque. Sa dentition inégale avait été rectifié par un médicomage et il n'avait plus qu'une fossette sur les deux qu'il possédait autrefois. Mais dans le fond, rien n'avait changé. Thomas avait toujours les mêmes cheveux ébouriffés, les iris émeraude de Lily la même bouille ronde et l'air candide que possède tous les enfants.

Mal à l'aise face au silence d'Altaïr, son petit-frère s'approcha timidement. Le Black ne ressemblait plus aux souvenirs qu'il avait de lui. Mais Thomas n'en était pas non plus étonné, ça faisait presque sept ans qu'ils ne s'étaient pas vus. Altaïr restait immobile, le regard figé sur lui et la bouche entrouverte, ce qui inquiéta quelque peu Potter.

Thomas fit quelques pas de plus, se grattant nerveusement la nuque sous ce regard persistant.

« Hum, salut Harry. » rigola-t-il d'un air gêné. «Comme je ne pouvais pas venir te voir en Estonie, on s'est dit que je pourrai t'attendre ici.» Toujours aucune réponse ne venait et Thomas était terriblement nerveux. «Surprise!» fit-il d'une voix tremblante.

Mais il n'eut pas le temps de se demander si ça avait été une si bonne idée que ça de venir ici. Altaïr lui fonça dessus, franchissant le dernier mètre qui les séparaient et tomba à genoux devant lui, le visage déjà baigné de larmes alors que de lourds sanglots s'échappaient de sa gorge. Altaïr l'attrapa dans ses bras dans une étreinte désespéré. Si forte que Thomas expulsa toute l'air de ses poumons. Mais il ne dit rien, parce qu'Altaïr semblait avoir terriblement besoin d'évacuer toutes la frustration de ses dernières années et le soulagement qui l'envahissait, le visage caché dans son pull.

C'était la première fois que Thomas le voyait pleurer, même pour son départ du manoir Potter sept ans plus tôt, son frère n'avait pas craqué. Alors il entoura ses épaules de ses bras et le serra un peu plus contre lui, tentant de ne pas fondre en larmes. Altaïr n'avait jamais eu l'air aussi vulnérable et Thomas voulait que pour une fois, ce soit lui qui soit fort pour Altaïr.

Altaïr ne semblait plus pouvoir arrêter le flot de larmes imbibant le pull de son frère. Bientôt, il fut vidé de toute énergie. Ses bras glissèrent le long de leur corps et le jeune loup-garou finit par simplement se reposer contre l'abdomen de Thomas, appréciant les caresses dans ses cheveux.

Il avait l'impression de flotter et ne remarqua même pas qu'une fois calmé, Remus l'avait guidé jusqu'au canapé où il plaça une tasse de chocolat chaud dans ses mains. Altaïr ne reprit ses esprits qu'au moment où Thomas s'assit à ses côtés, adossant son épaule à la sienne. Le lycanthrope l'écouta attentivement raconter sa journée et ses folles aventures au manoir Potter.

Rapidement, Altaïr oublia tout ce qui l'entourait, son attention se focalisant sur ce frère qu'il avait perdu de vue bien trop longtemps. Cette journée-là, il fondit en larmes plus de fois qu'il ne l'avait jamais fait de toute sa vie. Mais ce fut aussi le seul jour où il ne se força pas à porter un quelconque masque, riant pleinement, souriant à s'en faire mal aux joues et parlant avec toute la joie qu'il ressentait. Ce fut certainement le plus beau jour de sa vie, le plus merveilleux des cadeaux qu'il n'eut jamais reçus et la seule fois où il s'autorisa à vivre aussi ouvertement.

Ce soir-là, avant d'aller au lit, Altaïr s'arrêta au bas des marches pour souffler un rapide « Merci. » avant de décamper vers sa chambre. Derrière lui, Pollux eut un grand sourire aux lèvres. Il avait définitivement bien fait d'accueillir Remus Lupin et Thomas Potter dans leurs vies.