15 décembre 1984
Aujourd'hui, Harry allait pour la première fois être présenté à l'aristocratie britannique et plus encore, il allait rencontrer le reste de sa famille. Il avait déjà vu Walburga s'absenter en soirée pour rejoindre des réceptions ou aller déjeuner avec des « amies », mais elle ne l'avait encore jamais emmené avec elle. Walburga disait que Harry devait d'abord s'acclimater à son nouveau mode de vie et comprendre ce qu'être un Black signifiait.
Mais le bal de Noël du Ministère aurait lieu la semaine suivante et elle voulait profiter de cette occasion pour présenter le nouvel héritier Black. Or Walburga ne pouvait pas toit simplement le jeter dans la fosse aux lions sans un minimum de préparation. Ils allaient donc se rendre chez Narcissa, la nièce de Walburga pour le thé et rencontrer les plus familles les plus proches des Black.
Aujourd'hui allait donc être le grand jour et Harry n'était pas du tout rassuré. Sa grand-mère avait passé la semaine à lui faire apprendre une centaine de règles de bienséance et il craignait de faire un faux-pas. Walburga ne le lui pardonnerait pas.
« Rappelle-moi les règles. » ordonna la matriarche cinq minutes avant le départ et pour la dixième fois de la journée.
- Je ne dois pas parler des Potter, mon père est décédé avant que je ne naisse pendant la guerre. Un Sang-Pur de la branche française des Malefoy. Si on me demande pourquoi on ne me connait pas, je dois dire que c'est parce que j'ai vécu avec mes grands-parents paternels jusqu'à aujourd'hui.
- Et la troisième règle ?
- Je ne dois pas faire honte au Black.
- Bien. » approuva Walburga en le poussant dans l'âtre de la cheminée. Ils disparurent du 12 Square Grimmaurd au moment même où le coucou au-dessus de la cheminée sonna quinze heures.
Une minute plus tard, Harry se retrouva dans un petit hall richement décoré. Mais il n'eut pas le temps d'admirer le lustre en cristal ou les jolies tapisseries que déjà un petit elfe apparaissait devant eux. Il les guida à travers les couloirs jusqu'à un salon à l'air bien plus chaleureux que le peu du manoir que Harry avait pu voir. Un feu brûlait dans l'âtre et les canapés avaient l'air terriblement confortables recouverts ainsi de gros coussins. La jeune femme assise dans le fauteuil à côté de la fenêtre se leva à leur arrivée, enjoignant son fils à en faire de même et d'abandonner son livre de coloriage.
« Bonjour ma tante. » salua chaleureusement la blonde. « J'espère que vous avez fait bon chemin jusqu'ici ? »
Harry trouvait la question un peu stupide. Il n'y avait rien de compliqué à prendre le réseau de Cheminette. Mais il supposa que ce n'était qu'une question de politesse.
« Tes elfes savent toujours aussi bien accueillir tes invités. » fit vaguement Walburga. « Narcissa, je te présente Altaïr, je fils d'Aquila. »
Elle n'avait pas l'air surprise. Certainement que Walburga lui avait déjà parlé de lui et de sa situation. Contrairement à des personnes extérieures à la famille, Narcissa ne croirait jamais à leurs mensonges. Même une santé fragile ne pourrait pas expliquer qu'elle n'ait jamais rencontré Harry. Draco lui avait les yeux écarquillés comme des soucoupes, n'en revenant pas qu'il avait un cousin depuis des années et que ce n'était que maintenant qu'il le rencontrait.
« Enchanté Altaïr, c'est un plaisir d'enfin faire ta connaissance, Walburga m'a beaucoup parlé de toi. » salua-t-elle poliment en lui tendant sa main.
Altaïr l'attrapa délicatement, la dame avait l'air si précieuse qu'il avait l'impression d'être un rustre face à elle et que jamais, il n'aurait dû avoir la permission de la toucher. Le petit garçon posa son menton contre le dos de sa main dans un baisemain courtois avant de se redresser.
« Tout le plaisir est pour moi, Lady Malefoy.
- Appelle-moi Narcissa, nous sommes de la même famille. » apprécia Narcissa sa politesse. « Et voici Draco, ton cousin. Il est un peu plus jeune que toi, mais je pense que vous vous entendrez bien. »
Les deux garçons se saluèrent poliment. Puis Draco décida d'entraîner son cousin avec lui pour lui faire découvrir le manoir. Walburga n'intervenant pas, Harry prit cela comme une autorisation et le suivit d'un pas un peu plus lent. Draco n'avait pas l'air d'être méchant, mais son ton hautain et sa façon de le prendre de haut lui tapait sur le système. Il n'avait que six ans et pourtant, il se prenait pour le roi du monde. Il n'avait que deux ans de plus que son frère et pourtant, il n'avait rien à voir avec Thomas et sa timidité maladive face à des étrangers.
Draco monopolisait la conversation, lui racontant l'histoire de chaque portrait ou tableau devant lesquels ils passaient. Il était évident qu'il était surexcité à l'idée de rencontrer un potentiel camarade de jeu, mais Harry ne pensait pas pouvoir un jour devenir réellement son ami. Il avait un peu de mal avec les personnes aussi énergiques.
Le jeune Malefoy finit son tour du propriétaire juste à temps pour rejoindre leurs tutrices qui s'étaient entre temps déplacés dans un autre salon. Cette pièce était bien plus grande que l'autre et plusieurs assiettes remplis de scones et autres sucreries en recouvrait la table basse. Ils eurent à peine le temps de s'installer dans un canapé que les flammes de la cheminée se tintèrent de vert et qu'une femme richement habillée pénétra dans le salon. Narcissa et Walburga l'accueillir chaleureusement, ou du moins Harry supposa que ce devait être chaleureux pour des Sangs-Purs. Une minute plus tard, une autre sorcière arrivait.
Draco et lui saluait poliment chaque nouvelle arrivante, le petit blond semblant attendre quelque chose. Ses épaules s'affaissaient à chaque nouvelle arrivante. Il devait certainement attendre quelqu'un. Harry eut sa réponse quand deux fillettes apparurent dans le salon. Elles les rejoignirent rapidement et Draco les accueillit avec joie. Il les présenta à son cousin en lui expliquant qu'il s'agissait de Daphné et d'Astoria Greengrass, leurs mères étaient des amis de longues dates. Harry trouvait ça toujours aussi étrange que lui n'est pas le même genre de règles à suivre que Walburga lui donnait. Il pouvait sourire, soupirer et même sautiller joyeusement en voyant ses amis. Peut-être qu'il était encore trop petit pour apprendre les mêmes choses que lui, se dit le Black.
Ils attendirent dix minutes de plus dans le salon avec les adultes qui avaient désormais toutes une tasse de thé à la main. Les enfants s'étaient assis un peu plus loin, deux petits canapés ayant été installés certainement à cet effet. Les flammes s'allumèrent une dernière fois pour faire apparaître Mrs Nott, elle n'était pas la Lady de la famille mais l'épouse du fils cadet de la famille, ainsi que Bacchus Nott, son fils et Théodore l'héritier et cousin de ce dernier.
A peine furent-ils arrivés que Draco et Daphné les entraînaient déjà vers une salle de jeu quelques portes plus loin. Harry suivait le cortège en silence. Hormis Thomas, il n'avait jamais parlé à des enfants de son âge et n'avait jamais eu d'amis. C'était encore plus dérangeant de rejoindre une bande qui se connaissait certainement depuis leur naissance. Il ne se sentait pas à sa place.
Visiblement, Bacchus n'avait pas l'air très à l'aise, se callant rapidement à son rythme. Il avait l'air d'être un peu plus âgé que lui d'un ou deux ans et ça ne devait pas être amusant de traîner avec des enfants de six ans, quatre pour Astoria.
« Au fait, je n'ai pas eu le temps de me présenter correctement. Je m'appelle Bacchus Nott.
- Altaïr Black. » répondit sobrement Harry.
Les cousins Nott était un peu plus calme que les trois autres et Harry supposa qu'il pourrait bien s'entendre avec Bacchus. Alors que Draco tirait déjà un jeu de société d'une étagère et que les deux filles et Theodore l'aidaient à le mettre en place, Bacchus préféra chercher un ouvrage dans la bibliothèque murale au fond de la pièce. Harry hésita, ne sachant pas ce qui était attendu de lui mais fini par rejoindre le plus vieux.
Le jeune Black grimaça en lisant les dos des livres, il n'y avait que des comptes pour enfants ici. Ce n'était pas surprenant, Draco était trop jeune pour apprendre la magie ou se plonger dans un bon roman.
« La prochaine fois je ramènerai un livre de chez moi. » rouspéta Bacchus pour lui-même.
Harry eut un petit rire, pensant exactement la même chose. Il se reprit bien vite, se souvenant de la première règle que Walburga lui avait enseigné, un Black ne rit pas comme une midinette en manque d'attention. Harry n'était pas certain de savoir ce qu'était une midinette mais la seconde règle « ne pas discuter les ordres de Walburga » lui coupa l'envie de poser la question.
« Qu'est-ce que tu lis en ce moment ? » demanda Bacchus, un peu surpris d'avoir été entendu.
Ce garçon l'intriguait. C'était la première fois qu'il entendait parler d'un héritier Black et ce dernier sortait un peu de nulle part. C'était étrange et il adorait les mystères. Bacchus avait envie d'apprendre à le connaître, mais il avait entendu beaucoup de rumeurs sur cette famille. La sienne n'avait pas non plus une bonne réputation, mais les Black étaient à un autre niveau. On racontait qu'ils étaient tous fous et pouvaient vous tuer pour une simple remarque désobligeante. C'était un peu effrayant. Parler de leurs lectures semblait être un sujet neutre et il voyait mal comment une dispute pourrait débuter avec ça.
« Ça dépend. » hésita Harry. « Pour les cours ou pour le plaisir ?
- Les deux ? »
Visiblement Bacchus semblait être tout aussi incertain que lui quant à la façon d'entamer une discussion. Ça rassura un peu Harry.
« Grand-mère me fait lire pas mal de livres d'histoire en ce moment. Cette semaine, je lis sur la guerre des druides de 1534.
- Ça semble ennuyeux. » grimaça Bacchus. « L'histoire, ce n'est pas vraiment mon truc. Il parait qu'à Poudlard, c'est un fantôme qui enseigne l'histoire de la magie.
- Je n'en ai encore jamais vu. Il doit savoir beaucoup de chose s'il existe depuis si longtemps. » s'émerveilla le petit garçon.
« Bof. Un de mes cousins dit qu'il ne parle que des guerres goblines. »
Harry perdit un peu de son enthousiasme.
« Un professeur raciste donc… Je ne m'attendais pas à ça de Dumbledore. »
Nott éclata de rires, ce garçon avait l'air malin pour son âge et ne semblait pas suivre les sentiers battus. Peu de sorciers affirmeraient haut et fort qu'il existait des discriminations envers les goblins, encore moins s'il provenait d'une famille aussi enfoncée dans les préjugés que les Black.
« Je ne vois pas ce que j'ai dit de drôle. »
Bacchus se stoppa, craignant de l'avoir offensé. Mais Harry penchait juste la tête sur le côté, l'air un peu perdu.
« Je ne me moquais pas. » s'empressa-t-il de se défendre. « Tu m'as juste surpris.
- Je comprends, j'imagine. » fit timidement Harry, semblant soudainement réalisé qu'il n'était plus un Potter mais un Black.
« De toute façon, je pense comme toi. L'histoire des goblins est bien plus riche que juste leurs guerres. C'est dommage qu'on enseigne que ça à Poudlard.
- J'ai trouvé un dictionnaire Gobelbabil dans notre bibliothèque. Mais ce n'est pas une langue facile à apprendre.
- J'ai lu que les goblins ont des cordes vocales différentes des nôtres ce qui leur permet de faire des sons que les humains ne peuvent pas faire.
- Je n'en ai jamais entendu parler. » fit Harry, intéressé. « Mais comment peuvent-ils parler l'anglais alors ?
- Ils ne sont pas non plus si différent que ça et ils ont toujours cet accent étrange quand ils parlent. Ce doit être pour ça. Et sinon, à part lire des livres d'histoire, qu'est-ce que tu lis sur ton temps libre ? » changea-t-il de sujet.
« La Domination des Détraqueurs : l'Histoire véritable d'Azkaban
- C'est encore un livre d'histoire. » remarqua Bacchus, surpris qu'un enfant s'intéresse réellement à ce sujet.
Puis il se souvint de qui était le garçon face à lui. Plusieurs membres de sa famille étaient à Azkaban, ce lieu sinistre devait donc tout particulièrement l'intéresser. Harry haussa des épaules, ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de romans dans la bibliothèque des Black de toute façon.
« Et toi ?
- En ce moment, je lis le tome 3 des aventures de Bibble l'apprenti héros.
- Oh je connais. Mon oncle en faisait la collection ?
- Ton oncle ? » fronça les sourcils Nott.
« Ouai, j'ai fouillé sa chambre et je suis tombé dessus. Il a l'air d'être le seul dans ma famille à avoir lu d'autres choses que des manuels. Qui est ton personnage préféré ? Moi c'est Gustu, il est incroyable avec son immense épée et son bras mécanique. »
Bacchus réfléchit à la question, l'air de devoir faire un choix cornélien.
« Je n'y arrive pas. » soupira-t-il après un moment. « Je ne peux pas juste en choisir un. J'hésite beaucoup trop entre Maria et Casca. Et il y a aussi le méchant, Gritos envoi du pâté avec ses sorts. Et puis Bibble n'est pas si nul que ça, même s'il se plaint un peu trop à mon goût. J'ai presque oublié Zrod. Je dirai Zrod finalement. Non ! » se coupa lui-même Bacchus. « C'est quand même Maria ou à la limite, Freddy.
- Est-ce que tu vas me faire toute la liste des personnages ? » s'amusa Harry.
Bacchus rougit vivement, n'ayant pas réalisé qu'il s'était emporté.
« Viens, allons-nous asseoir là-bas. » proposa Harry en pointant du doigt une pile de poufs juste à côté des autres enfants.
Bacchus accepta facilement, ils n'allaient pas rester debout devant la bibliothèque pendant des heures après tout. Draco et ses amis ne firent pas attention à eux, bien trop concentré sur leur partie d'un jeu que Harry ne connaissait pas. Visiblement, ça se jouait avec des dés et le but était d'arriver en premier au château de la princesse en devant échapper aux pièges du dragon, rôle que détenait Daphné et qui semblait beaucoup s'amuser à brûler les pions de ses amis.
Quand ils furent confortablement installés, Dobby, l'elfe personnel de Draco, leur apporta un chocolat chaud (ils étaient encore trop jeunes pour boire du thé) et des biscuits. Harry posa dans un équilibre précaire le petit plateau entre eux et réchauffa ses mains froides contre la tasse. Leur discussion ne tarda pas à reprendre. C'était essentiellement Bacchus qui faisait la conversation. Il semblait être fan de la série de livres et ne tarissait pas d'éloge pour ce chef d'œuvre. Harry se contentait de l'écouter, apprenant des détails auxquels il n'avait pas fait attention pendant sa propre lecture.
L'après-midi se déroula tranquillement, si bien que lorsque leurs parents vinrent les chercher, aucun enfant n'avait remarqué qu'il était déjà dix-huit heures. Ils se firent rapidement leurs aux revoirs, se promettant de se revoir rapidement. Harry fut le seul à ne pas faire cette promesse, ignorant si Walburga lui laisserait ce choix ou non. Elle n'avait pas l'air de lui faire confiance et ne voulait certainement pas le laisser hors de sa vue trop longtemps de peur que Harry ne trahisse un de ses secrets. Comme pour confirmer les soupçons du garçon, sa grand-mère le fit décrire en détail sa discussion avec Bacchus, s'assurant qu'il n'avait fait aucun faux-pas.
« Bien, il semblerait que tu sois prêt pour le bal de Noël. » approuva finalement Walburga avant de quitter le salon.
Harry fut un peu triste que sa grand-mère ne lui donne pas davantage de d'attention. Il aurait aimé lui parler plus longtemps de Bacchus, son premier ami et lui demander s'il serait autorisé à le revoir. Mais visiblement, Walburga jugea qu'elle lui avait déjà accordé suffisamment de son temps et était parti s'enfermer dans son bureau.
Harry soupira, se demandant que faire en attendant le dîner. Ses pas le guidèrent instinctivement jusqu'à la chambre de Sirius, elle était juste à côté de la sienne. En face se trouvait celle de Regulus, mais Harry avait un peu peur d'y entrer. La dernière fois qu'il avait essayé, il avait reçu un sort cuisant en plein visage en essayant d'ouvrir un des tiroirs de son bureau. Visiblement, son oncle n'aimait pas qu'on fouille dans ses affaires de son vivant.
Le garçon attrapa le tomes cinq de Bibble l'apprenti héros et s'installa sur le lit de Sirius. Il avait abandonné la lecture de cette série en quittant les Potter, Remus en possédait aussi la collection. En découvrant que son oncle avait aussi les livres, Harry avait hésité à les lire. A chaque fois qu'il les voyait, son cœur se serrait dans sa poitrine. Remus lui manquait terriblement et quand il pensait à lui, il finissait immanquablement par penser à Thomas. Mais ce soir, il se fichait bien de la pression qui enserrait sa poitrine. Harry voulait juste ne pas ruiner son début d'amitié avec Nott et il ne voulait pas être à la ramasse sur le sujet quand la prochaine fois qu'ils se reverraient.
XXXXX
24 décembre 1984
Harry se tenait droit dans le salon, trépignant nerveusement d'un pied à l'autre. Il observait les minutes défilés sur la grande horloge accrochée au-dessus de la cheminée. Ils partiraient dans cinq minutes et sa grand-mère n'avait toujours pas quitté sa chambre. Walburga le bassinait sur cette fête depuis des semaines et l'avait même traîné sur le chemin de Traverse pour lui faire essayer des dizaines de tenues.
Lui qui avait été si excité à l'idée de quitter le manoir, Harry regretta bien vite sa joie en devant subir cette torture. Il n'en voyait vraiment pas l'intérêt, pour lui, toutes les tenues étaient les mêmes. Une chemise noire, un veston noir, un pantalon noir, une cape noire. Seule la coupe et quelques broderies changeaient d'un vêtement à l'autre. Il en regretterait presque les habits multicolores des Potter. Tout ça pour qu'au final, sa grand-mère choisisse le premier costume qu'il avait essayé. Harry pourrait s'en tirer les cheveux de frustration rien qu'au souvenir de cette journée.
« Bien, tu es à l'heure. » le sortit Walburga de ses pensées en pénétrant le salon.
« Vous êtes magnifique. » lâcha Harry en contemplant sa grand-mère.
Walburga était une Black pure souche : ses cheveux noirs et bouclés étaient tirés en arrière dans un chignon qui semblait incroyablement complexe à Harry, la pâleur de sa peau était accentuée par sa robe noire en velours et dentelles, son regard anthracite était mis en valeur par un maquillage aux teinte violines, seule touche de couleur qu'elle portait et surtout, elle transpirait la richesse avec ces bijoux luxueux, rien que sa broche à cheveux devaient avoir à elle seule la valeur de la tenue complète de Harry. Et pourtant, même en portant toutes ces richesses, Harry comprenait mieux que jamais ce que Cygnus lui avait enseigné, leur statut ne passait pas par leur apparence, mais par leur prestance. L'enfant se dit qu'à cet instant, Walburga pourrait porter des haillons que pourtant, elle aurait toujours l'air aussi digne. Même ses petites rides, la canne qu'elle tenait à sa main ou son nez un peu crochu n'entachait en rien le tableau. Harry se sentait tout petit face à elle, sa grand-mère pouvait vraiment être intimidante.
« Merci. » apprécia la sorcière. « Nous allons partir ensemble, je ne veux pas que tu te perdes dans le réseau de cheminette. » indiqua Walburga, attrapant une poignée de poudre verte posée sur la cheminée.
Harry la suivit dans l'âtre, essayant de ne pas marcher sur le bas de sa longue robe. Walburga agrippa son épaule et jeta la poudre à leurs pieds, criant « Ministère de la Magie, Londres ». Puis, ils disparurent du manoir pour réapparaître des dizaines de kilomètres plus loin dans l'immense vestibule du Ministère. Walburga prit la tête de la marche, connaissant le chemin par cœur pour se rendre jusqu'à la salle de bal un étage plus bas.
Une minute plus tard, elle présentait leurs invitations à un jeune homme qui leur bégaya une autorisation en voyant leur nom sur le petit carton. Il s'empressa de leur ouvrir la large porte, son collègue annonçant leur arrivée dans la salle de bal à l'aide d'un Sonorus. Harry trouvait ça un peu gênant d'être ainsi présenté à tout le monde, mais il ne le montra pas, suivant sagement Walburga alors qu'elle se dirigeait vers Cygnus. Ce dernier discutait avec deux sorciers à la chevelure blonde. Harry reconnut facilement Narcissa, la fille de Cygnus. Il déduisit que l'homme dont elle tenait le bras devait être Lucius Malefoy.
Harry se demanda distraitement si la couleur noire était une autre de ces traditions familiales stupides qu'il se devait de suivre. Ça semblait terriblement cliché, un Black habillé en noir, s'en était presque ironique. Peut-être que finalement, cette famille avait aussi de l'humour, bien que terriblement tordu.
Les sorciers se saluèrent rapidement. Harry était un peu intimidé par Lucius, le mari de Narcissa. Il dégageait une aura bien différente de Cygnus qui pourtant, terrorisait Harry. Il ne donnait par l'impression qu'à la moindre incartade, il tirerait sa baguette pour lui lancer un maléfice. Non, son regard criait plutôt qu'il était bien trop au-dessus de lui pour ne serait-ce que s'intéresser à ce qu'il aurait à dire. Lucius considérait certainement les personnes présentes ici comme des moucherons qui étaient trop insignifiant pour se donner lui-même la peine de les écraser. Harry n'aimait pas ça, son côté Potter avait envi de lui faire ravaler son air hautain.
Heureusement, il n'eut pas à rester bien longtemps entre Cygnus et Lucius, son cœur ne l'aurait pas supporté. Narcissa le guida d'une main posée sur son épaule vers un petit attroupement d'enfants. Harry grimaça en reconnaissant son cousin au centre du groupe. Draco ressemblait à un paon à se pavaner ainsi devant ses congénères, enveloppé dans une lourde cape argentée. Les enfants autour de lui l'écoutait attentivement, comme s'il était le messie. Être un Malefoy le plaçait visiblement au sommet de l'échelle sociale, même si certain d'entre eux semblaient plus être présents par obligation que par réelle envie.
« Je peux te laisser ici ou est-ce que tu veux que je te présente ? » demanda gentiment Narcissa.
Son fils avait détesté qu'elle l'introduise auprès des autres enfants. Il n'avait que cinq ans à l'époque, mais il jugeait tout de même que c'était la honte de se faire materner devant tout le monde. Narcissa ne voulait pas faire le même faux-pas avec Harry.
« Je ne voudrai pas vous priver plus longtemps de la compagnie de votre mari. » fit poliment Harry.
Narcissa eut un petit rire, ce garçon deviendrait certainement un vrai charmeur plus tard. Elle s'assura d'un dernier regard que Harry pourrait bien s'en sortir par lui-même avant de tourner les talons. Le petit garçon prit une profonde inspiration avant de se glisser aux côtés de son cousin. Lorsqu'il le vit, Draco se chargea à sa place de faire les présentations. Harry avait la tête qui tournait, ça faisait beaucoup de noms à retenir d'un coup.
« Altaïr, je te présente Bulstrode, Crabbe, Goyle, tu connais déjà Théodore, Daphné et Astoria, voici Parkinson, Wilkes, Bletchley, Zabini, Gibon et Macnair. »
Altaïr les salua poliment, essayant tant bien que mal d'ignorer leurs regards curieux. Walburga lui avait fait répéter des dizaines de fois ce qu'il pouvait dire ou non, mais il craignait toujours de faire une erreur.
« Vous parliez de quoi ? » fit-il diversion, Draco tombant facilement dans le panneau, adorant que l'attention se reporte sur lui.
« Je leur racontait comment j'ai croisé une de ces machines Moldus pendant que je faisais du balai autour du manoir. Tu sais, celles avec des hélices et qui font un bruit terrible. Ce sont vraiment des rustres, ces Moldus.
- Un hélicoptère, tu veux dire ? » comprit Harry.
Il ne croyait pas trop à son histoire. Visiblement, certains des autres enfants non plus. Ils semblaient plus rire à l'histoire de Draco pour se moquer que par réelle émerveillement.
« Comment tu connais le nom ? » fit suspicieusement un garçon, Macnair si Harry se souvenait bien.
« Le manoir de ma grand-mère est à Londres. J'ai déjà vu une de ces choses voler au-dessus de la ville. » haussa-t-il des épaules, cherchant rapidement un mensonge crédible. Il ne pouvait pas dire que Remus lui parlait souvent des Moldus et pire encore, qu'il y était souvent allé avec lui pour faire les boutiques ou faire des attractions.
« Et c'est quoi un hélicroptore ? » demanda Daphné.
« Hélicoptère. » la reprit Harry. « C'est une sorte de grosse boîte en métal qui peut voler. Ça ressemble à un œuf avec une queue et des hélices. Il me semble que les aurors Moldus s'en servent pour chercher des gens, comme des criminels ou des personnes perdus ou alors transporter des blessés.
- Oh, donc il devait chercher quelqu'un perdu dans la forêt près de chez toi. » fit sa petit-sœur à l'adresse de Malefoy.
Draco eut un sourire vainqueur. Jusque-là, son mensonge n'avait pas été cru parce que personne ne croyait que des Moldus pourrait se retrouver juste à côté de son manoir. C'est que les Malefoy vivaient à des kilomètres de toute civilisation et que seuls des bois et collines les entouraient. Son cousin venait de lui donner du crédit sans même sans rendre compte. Certes, il avait bien vu cette chose voler dans le ciel, mais il ne l'avait jamais croisé sur son balai. Draco n'avait pas imaginé que ce ne soit pas cette partie là que ses amis ne croiraient pas.
« Je vais saluer Nott. » indiqua Harry en voyant son ami un peu plus loin discuter avec d'autres enfants un peu plus âgés. « Bacchus Nott. » précisa-t-il en voyant l'air confus de Théodore.
Harry n'attendit aucune autorisation pour s'éclipser. Tout d'abord, ça donnerait encore plus l'impression à son cousin d'être supérieur à lui et les chevilles de Draco n'avait vraiment pas besoin de gonfler encore davantage. Ensuite, il se moquait bien de plaire ou non à ces autres enfants. Walburga lui répétait sans cesse qu'un Black n'avait à rendre de compte à personne. Il appliquerait donc ses conseils à la lettre.
« Bonsoir Nott, puis-je me joindre à vous ? » demanda poliment Harry en arrivant à la hauteur de Bacchus.
« Black, je pensais que tu n'allais jamais arriver. » s'enthousiasma son aîné.
Harry se fit la réflexion que les Nott devait certainement avoir le même genre de règle à suivre que lui. Que ce soit Bacchus ou Theodore, ils parlaient rapidement et avec beaucoup d'émotions, mais jamais il n'avait vu un sourire leur échapper.
« Black ? » remarqua un garçon à la peau noire à la droite de Nott.
« Altaïr Black, héritier de la Noble et Ancienne famille Black. » se présenta Harry comme la coutume le voulait.
« Noah Zabini, héritier de la Noble famille Zabini.
- Marcus Flint.
- Venus Lovegood, héritière de la Noble et Ancienne famille Lovegood. »
Harry hocha la tête, acceptant leurs salutations. Les Sangs-Purs suivaient une hiérarchie très stricte. Théoriquement, un enfant né de deux Sang-Mêlés étaient un Sang-Pur, comme Flint, s'il se souvenait correctement des leçons de sa grand-mère. Mais ça ne voulait pas dire qu'il avait le même statut que Harry ou Bacchus. Il était un Sang-Pur, mais sa famille ne l'était pas. Venait ensuite les Anciennes et Nobles familles. Pour devenir une Ancienne famille, il fallait au moins compter dix générations de Sang-Purs. Le terme Noble était un peu plus tendancieux, pouvant être gagner par divers moyens. Soit elle faisait partie des vingt-huit Sacrées, nommé par Merlin lui-même pour faire partie du Magenmagot et décider des lois de ce pays. C'était le cas des Lovegood, des Black ou des Nott. Sinon, comme pour les Zabini, si la famille devenait une des dix plus puissants du pays, elle pouvait également gagner ce titre. Harry avait aussi entendu dire que si deux familles Nobles fusionnaient pour en créer une nouvelle, elle en gagnerait automatiquement le titre. Mais ça n'était encore jamais arrivée, il ne voyait pas qui pourrait vouloir abandonner un nom donnant tant davantage pour rebâtir un empire depuis le début.
« Tu as déjà salué ton cousin ? » demanda Bacchus, brisant le silence devenu un peu gênant.
Harry hocha la tête. « En fait, tu es mon excuse pour réussir à m'éclipser.
- Ça se comprend. Zabini était la mienne. » fit Marcus.
Quelqu'un avait raconté à l'héritier Malefoy qu'il était doué au Quidditch et depuis, le gamin blond le collait à chaque fois qu'ils se voyaient pour lui poser mille et une question sur ses joueurs favoris.
« Vous êtes tellement machiavélique. » fit Noah sur un ton faussement outré. « Nous ne sommes donc que ça pour vous ? De simples excuses ? Je pense qu'on devrait aller raconter ça à Malefoy, n'est-ce pas mon cher Bacchus ?
- En fait, j'ai utilisé Lovegood pour m'échapper.
- Tous des traîtres ! » s'horrifia Zabini. « Lovegood, dis-moi que tu n'es pas le même monstre. »
Venus eut un petit rire, s'amusant des pitreries de ses amis.
« Je ne te ferai jamais ça, Noah. » lui assura la fille.
Harry les trouvait un peu étrange à passer des noms aux prénoms aussi aléatoirement. Venus était la plus étrange, elle le fixait depuis son arrivée et Harry se sentait terriblement mal à l'aise. Il avait entendu dire que les Lovegood était une famille entourée de mystères, qu'ils avaient des dons. Il ne s'attendait pas à voir leur héritière aussi bien intégrée parmi leurs semblables. Habituellement, les sorciers avaient plutôt tendance à se tenir éloigner de ce genre de personne, craignant les dons de voyance ou de vision plus poussée que celles des humains. Ça semblait être le cas de Venus, elle avait l'air de voir des choses que les trois autres ne pouvaient pas. Harry se demandait ce qui était aussi curieux chez lui pour qu'elle le fixe ainsi.
De plus, la présence de la fillette était d'autant plus étrange parmi eux aux vues des inclinations de sa famille. Les Lovegood était une famille de la lumière, même si depuis le mariage de Xenophilius avec Pandora Greengrass, cousine éloignée du Lord Greengrass actuel, ils étaient plutôt considérés comme neutre. Mais voir leur héritière traîner avec un Flint, un Nott et un Zabini, c'était surprenant. Harry ne comprenait pas, Venus n'avait-elle pas des obligations à suivre tout comme lui ? En tant que Black, il devrait décider de retourner avec Draco, être vu avec elle pourrait mettre en colère sa famille. Mais Harry n'en avait pas envie, les amis de son cousin avaient l'air un peu ennuyeux, surtout que personne n'osait le contredire. Au moins ici, ces quatre enfants semblaient réellement être amis et n'hésitaient pas à se charrier malgré les statuts sociaux.
Harry jeta un coup d'œil à Walburga. Elle était à l'autre bout de la pièce et Harry ne voyait que le bout de son chignon dépasser de la foule. Sans sa broche, il ne l'aurait même pas reconnu, elle ne devait donc pas pouvoir le voir. Bien, il resterait donc ici pour l'instant.
« Au fait, tu as lu le tome quatre ? » changea de sujet Nott, sortant Harry de ses pensée et perdant un peu ses amis.
« J'en suis au sept.
- Mais ça fait seulement dix jours ! » s'exclama Bacchus. « Moi je viens à peine de finir le quatrième.
- Je t'attendrai pour lire la suite, dans ce cas. » haussa des épaules Harry.
Rapidement, Bacchus ne fit plus attention à ses autres amis pour l'entraîner dans une discussion passionnée sur ses livres favoris. Il ne sembla pas remarquer que Harry ne lui répondait presque pas, n'ayant pas le temps d'aligner plus de quelques mots entre chaque monologue de Nott. Leurs amis se désintéressèrent rapidement d'eux, entamant leur propre conversation.
Ils ne virent pas les minutes défilés, si bien que quand le ministre de la Magie monta sur l'estrade en bout de salle, ils furent surpris de découvrir qu'il était déjà vingt heures. Bien qu'ils se tussent par politesse, tout comme le reste de la salle, les enfants ne firent pas réellement attention au discours. C'étaient des paroles pompeuses et Fudge était un lèche-botte. Ça n'avait rien d'intéressant.
« Je vous souhaite à toutes et à tous une belle soirée et un bon appétit ! » finit-il son discours sous les applaudissements de la foule.
Les tables qui ne contenaient jusque-là uniquement que quelques verres de champagne et de jus se recouvrirent de plats et d'amuse-bouche. Venus prit les devants, ne demandant même pas leur avis avant de se diriger vers une table un peu plus loin. Les garçons la suivirent, Harry se disant une fois de plus que Lovegood agissait étrangement. Harry ne fit pas attention à son environnement, essayant de suivre la discussion endiablée de Flint et Zabini sur un match de Quidditch quelconque qui avait eu lieu la semaine passée. Apparemment, ils étaient tous les deux allés le voir et ne supportaient pas les mêmes équipes.
Il quitta ses nouveaux amis des yeux qu'au moment où il tomba nez-à-nez avec James Potter qui attrapa une assiette de l'autre côté de la table. Ils se figèrent tous deux, ne se quittant pas des yeux. Puis, Potter réalisa où il se trouvait et que ce n'était pas un bon endroit pour un esclandre. Il fit rapidement demi-tour, retournant discuter avec Lady Londubat. Harry eut bien plus de mal à retrouver ses esprits, il n'avait pas pensé revoir son père après son reniment. Mais il réalisait maintenant qu'étant tous les deux des nobles, ils allaient certainement se revoir de nombreuses fois à des réceptions de ce type. Peut-être même que d'ici dix ou quinze, lorsqu'il reprendrait le titre de Lord Black, ils se reverraient presque tous les jours dans les couloirs du Ministère. James n'accordait peut-être que peu de valeur à son titre de Lord, mais il participait toujours aux réunions du Magenmagot les plus importantes.
Cette réalisation angoissait Harry. Il ne voulait pas revoir son père. Certes, il le haïssait pour l'avoir renié et aurait mille fois préféré rester avec lui que de vivre chez les Black, mais ce n'était pas parce qu'il était attaché à son père. Non, Harry aimait son frère, Remus, Moby et Borgy. C'était tout. Son père, il le détestait du plus profond de son cœur et il le craignait plus encore. Harry savait ce don James était capable, alors maintenant qu'il n'était plus son fils, qui sait ce qu'il pourrait lui faire s'il finissait un jour seul tous les deux dans la même pièce. Rien que d'y penser, Harry était tétanisé.
« Je vais voir ma grand-mère. » déclara-t-il, laissant en plan ses amis.
Ils ne firent pas vraiment attention à lui, Zabini avait réussi à entraîner Bacchus dans le débat et Venus, elle, se fichait juste de ce qu'il pourrait faire. Harry retrouva rapidement Walburga. Peut-être qu'elle aussi pouvait être étrange et un peu effrayante, elle l'était bien moins que Potter. Harry la colla pour le reste de la soirée, essayant de ne pas la gêner en restant un pas ou deux derrière elle. Mais toujours, il s'assura de l'avoir dans son champ de vision. Au moins, il ne risquait rien auprès d'elle. Peut-être que quitter le manoir avait eu quelque chose de palpitant en début de soirée, désormais Harry ne rêvait que de rejoindre la protection de sa chambre.
Walburga mit du temps à le remarquer, peut-être même une heure. Si Harry avait bien appris une chose au manoir Potter, c'était savoir se faire discret. La vieille dame finit sa conversation avec Lady Bulstrode avant de s'éloigner de quelques pas. Walburga fixa son regard perçant sur son petit-fils, essayant de savoir ce que ce gêneur cherchait à ainsi traîner dans ses pattes.
« Est-ce que tu t'ennuis ?
- Non, cette soirée est bien. » fit Harry, ne voulant pas faire penser à Walburga qu'il était un ingrat qui ne comprenait pas que cette soirée était très importante pour eux, c'était la présentation du nouvel héritier Black au monde entier.
« Alors es-tu fatigué ? Veux-tu rentrer ? »
Harry jeta un coup d'œil vers les grandes portes de la salle. L'idée était tentante. Il avait peut-être dit ne pas s'ennuyer, mais ce n'était pas vrai. Certes, discuter avec Nott et ses amis avait été bien, mais maintenant, il avait juste l'impression d'être un piquet planté dans le sol et les minutes défilaient terriblement lentement.
- Non, je ne le suis pas. » fit-il par décider. Il préférait rester avec Walburga.
Sa grand-mère suivit son regard, elle se doutait que pour regarder avec tant d'envie la sortie, le garçon devait lui mentir. Puis, Walburga aperçut le père du garçon posté juste à côté des portes, discutant bruyamment, une coupe à la main. Elle s'était doutée que pour renier si facilement son fils, James n'avait pas dû beaucoup tenir à lui. Après tout, Walburga l'avait au départ approché seulement pour proposer que Harry reprenne le titre des Black en plus des Potter et de lui donner une double éducation dans ce but. C'était James qui avait sauté sur l'occasion pour éjecter le garçon de sa famille et lui le refiler. Mais Walburga n'avait pas imaginé que leurs relations soient si terriblement que son fils soit terrifié par sa simple présence dans la même salle de bal que lui. Elle comprenait mieux son comportement étrange.
Walburga balaya la salle des yeux, cherchant une occupation pour Harry s'il désirait réellement rester ici. Ce ne devait pas être intéressant de l'entendre parler de sujet qu'il ne comprenait pas. Elle remarqua rapidement les enfants avec qui son petit-fils parlait un peu plus tôt à seulement quelques mètres de Potter. Voilà donc la raison de sa soudaine fuite vers elle. Walburga soupira, elle n'était pas douée avec les enfants et devoir s'occuper en prime d'un enfant battu, ça ne l'enchantait pas.
« Viens avec moi. » ordonna-t-elle.
Harry obéit bien sagement, ne désirant pas se faire remarquer davantage. Walburga finit par s'arrêter devant sa nièce, elle poussa Harry devant elle.
« Peux-tu t'occuper de lui un instant ?
- Bien sûr. » sourit gentiment Narcissa, l'air confuse.
Harry paniqua un peu en voyant sa grand-mère partir. Il n'avait pas réalisé être déjà si attaché à elle. Honnêtement, il ne se comprenait pas lui-même. Walburga était froide, sévère et lunatique. Elle pouvait passer une journée sur son dos à le gronder pour la moindre petite bavure ou le féliciter pour chacune de ses réussites, puis le lendemain, elle pouvait passer la journée à l'ignorer complètement et le traiter comme un nuisible. Elle était étrange et même quand elle essayait de se montrer gentille avec lui, Harry était mal à l'aise. Ça n'avait jamais l'air sincère. Peut-être que pour Walburga, ça l'était. Mais ses changements d'humeurs étaient bien trop intenses pour qu'après avoir passé deux heures à le traiter « d'idiot » ou de « honte », Harry imagine qu'elle soit sincère en lui disant « bon garçon » cinq minutes plus tard.
Et pourtant, Walburga était devenu un repère dans sa vie. Même si parfois, elle donnait l'impression de vouloir lui jeter un sort ou une claque, elle ne l'avait fait. C'était suffisait pour Harry. En ayant grandit dans un foyer abusif, voir un adulte faire preuve de retenu lui suffisait pour penser que sa grand-mère l'appréciait. C'était bien. Il se sentait en sécurité avec elle.
« Tout va bien Altaïr ? » fit doucement Narcissa, le faisant quitter des yeux la silhouette de sa grand-mère qui s'éloignait dans la foule.
« Oui, tout va bien. » mentit-il. « Je ne sais pas pourquoi elle m'a laissé ici. Désolé de vous déranger.
- Il n'y a pas de soucis Altaïr. Est-ce que tu aimerais qu'on aille chercher un dessert ? »
Harry hocha timidement la tête. Il aimait bien Narcissa. Elle était douce et gentille, elle ne ressemblait pas à une Black. Face à elle, il avait l'impression d'avoir le droit de n'être qu'un petit garçon de huit ans. Narcissa ne le considérait pas comme un noble héritier, mais juste comme un enfant. Harry enviait Draco pour avoir une mère aussi tendre.
« Je ne t'ai pas vu traîner beaucoup avec Draco. Est-ce tu t'es fait d'autres amis ?
- Les héritiers Zabini et Lovegood, Marcus Flint et Bacchus Nott. On s'est bien entendu la dernière fois quand vous nous avez invité pour le thé.
- Oui, Draco me l'a raconté. »
Harry eut une petite grimace. Il ne voulait pas se mettre Narcissa à dos, mais il était évident qu'elle essayait de le faire se rapprocher de son fils. Sinon, elle n'aurait pas parlé deux fois de lui en moins d'une minute.
« Est-ce que tu ne t'entends pas avec lui ? » confirma-t-elle ses soupçons.
« Ce n'est pas ça » nia-t-il rapidement sur la défensive. « C'est juste que nous sommes trop différents et puis, il est petit. Bacchus lit beaucoup de livres et nous avons des lectures en commun.
- Ce n'était pas un reproche, Altaïr. » s'amusa Narcissa. « Je craignais plutôt qu'il ait été méchant avec toi.
- Pas du tout. Draco a été très gentil.
- Bien, c'est une bonne chose. » approuva-t-elle, lui fourrant dans les mains une petite assiette avec deux brownies dessus. « Regarde, Walburga revient par ici. »
Harry zieuta les alentours, un sourire lui échappant presque en voyant sa grand-mère avancer vers eux. Il admira sa prestance, les gens s'écartant vivement sur son chemin. Elle était vraiment impressionnante. Harry espérait avoir la même aura plus tard.
« Merci Narcissa, je ne vais pas te retenir plus longtemps.
- C'était un plaisir. Altaïr est un garçon très sage. »
Harry rougit vivement, peu habitué aux compliments. Walburga échangea quelques mots de plus avec sa nièce avant de le guider un peu plus loin. Harry remarqua rapidement qu'ils se dirigeaient vers ses amis. Il zieuta rapidement les alentours, son geste n'échappa pas à Walburga.
« Ton père ne viendra pas t'importuner. »
Harry rentra la tête dans ses épaules, honteux. Il n'avait pas imaginé que la raison de son comportement soit aussi évidente.
« Je suis désolé.
- Un Black ne s'excuse pas. » claqua de la langue Walburga. « Tu es encore trop jeune pour t'occuper de ce genre de chose. Pour l'instant, je gérerai Potter à ta place. »
Harry releva enfin les yeux de ses chaussures, fixant sa grand-mère avec des yeux pétillants. C'était certainement la chose la plus gentille qu'elle n'ait jamais fait pour lui. C'était merveilleux.
« Merci. » souffla-t-il, la voix débordante d'émotions.
Walburga se sentait mal à l'aise, elle n'avait pas l'impression d'avoir fait quelque chose qui mérite tant de dévotion. Il lui avait suffit de glisser à l'oreille de Potter que ce n'était pas prudent de laisser le Survivant seul un soir de Noël, que cette information pourrait remonter aux oreilles des mauvaises personnes. Il n'en fallut pas plus pour que la paranoïa de l'Auror fasse le reste du travail et le pousse à rentrer le plus rapidement possible chez lui. James était un idiot. Son fils passait son temps seul, puisqu'il travaillait toute la journée au ministère et pourtant, jamais un ancien Mangemort n'avait attaqué sa demeure. Il n'était pas un Gryffondor pour rien, agissant avant de réfléchir.
« Si tu as de nouveau un problème, viens me voir. »
Walburga n'était pas très à l'aise avec l'idée que Harry ait préféré attendre en silence pendant une heure en paniquant tout seul plutôt que de venir lui parler directement. Elle préférait donc mettre les choses au clair directement.
« Oui, je le ferai. » promit le petit garçon.
Walburga lui fit signe de rejoindre ses amis, Harry obéit sagement, heureux de pouvoir passer la soirée avec l'esprit en paix avec eux. Personne ne fit de remarque sur son départ soudain, sa longue absence et sa réapparition tout aussi soudaine. Nott lui fit un résumé rapide de leur nouvelle discussion, un débat sur quel bois était le plus classe pour fabriquer une baguette. Apparemment, Flint entrerait à Poudlard l'année suivante et il aurait donc sa première baguette d'ici quelques mois. Nott n'y entrerait que l'année suivante, tout comme Lovegood et Zabini.
Les sujets s'enchainèrent les uns après les autres et les enfants ne virent pas les heures défilées. Lorsque les parents de Lovegood vint la chercher, ils se saluèrent en se promettant de se revoir bientôt ou de s'écrire et finirent chacun par rejoindre leurs propres familles. En voyant Harry revenir près d'elle, Walburga jeta un coup d'œil à sa montre. Il était presque minuit et le bâillement discret du garçon ne lui échappa pas.
« Tu as fini de faire tes aux revoirs ?
- Oui, j'ai croisé les Malefoy et Cygnus en venant ici. »
Walburga hocha la tête, satisfaite qu'il n'ait pas oublier de saluer une dernière fois leur famille.
« Bien, allons-y, dans ce cas. »
Harry la suivit docilement, toute la fatigue accumulée lui retombaient sur les épaules maintenant qu'il n'était plus occupé. Comme il le pensait, à peine eut-il posé une oreille sur l'oreiller que Harry sombra dans un sommeil profond. Cette nuit-là, aucun cauchemar ne vint perturber son sommeil, il rêva au contraire de course de balais avec ses amis et de goûters plein de rires.
XXXXX
7 janvier 1985
Harry s'était rapidement acclimaté à son nouveau quotidien. Il recevait un enseignement à domicile par l'un des professeurs les plus renommés du pays tous les matins pendant deux heures. Puis un professeur de langue prenait la relève et enseignait le latin au garçon pendant une heure tous les après-midis. Enfin, son enseignement était complété pendant deux heures en fin d'après-midi par Walburga et parfois même son frère, Cygnus, qui était le Lord régnant de la famille.
Les deux sorciers lui apprenaient comment un Black devait se comporter, comment il devrait gérer les affaires plus tard ou encore les habitudes et secrets familiaux qu'il se devait de connaître. Bien que cela n'occupe qu'une petite partie de son programme à cause de son jeune âge. Ce genre de choses s'apprenait plus au fil des conversations, de toute façon. Mais parfois, Harry se sentait un peu perdu, les deux sorciers ne semblaient pas avoir la même définition du pouvoir et de la famille. Là où Walburga lui enseignait que seul le nom des Black importait et que jamais il ne devrait bafouer le nom de la famille, Cygnus glissait parfois entre deux phrases que si la famille se mettait en travers de sa grandeur, il n'aurait qu'à se débarrasser d'elle.
Harry ne faisait pas vraiment attention à ses divagations. Cygnus n'avait pas l'air d'avoir toute sa tête et le garçon trouvait ça un peu stupide de lui dire de se débarrasser de sa famille si nécessaire alors qu'il était son grand-oncle. Ça semblait un peu stupide. Mais il préférait ne pas se mettre le vieux sorcier à dos, Cygnus pouvait être terrifiant quand il se mettait en colère. La dernière fois qu'il l'avait contrarié, Kreattur avait dû intervenir pour lui permettre de fuir la pièce et ne pas finir dans le même état que le mobilier. D'une certaine façon, cet homme le terrifiait plus encore que James. Peut-être que la haine de son père était dirigée à son encontre, mais au moins n'avait-il jamais eu peur pour sa vie à ses côtés. Cygnus, quant à lui, ne semblait plus faire la différence entre humain et bibelot quand la rage prenait le dessus et il se mettait juste à détruire tout ce qui l'entourait. C'était terrifiant.
Heureusement que l'homme préférait passer son temps libre dans son propre manoir à concocter des potions plutôt que de traîner au Square Grimmaurd. Il ne le voyait donc pas très souvent, juste une ou deux fois par semaine lorsque Cygnus se souvenait subitement qu'il avait un héritier à former. Tout comme son frère, Walburga ne semblait pas vraiment savoir comme s'occuper d'un enfant. Harry trouvait ça bizarre, n'était-elle pas censée avoir trois enfants ? Parfois, elle le fixait comme s'il était une créature inconnue qu'elle était incapable de comprendre.
Harry avait rapidement compris que ce n'était pas elle qui avait éduqué ses enfants. Walburga laissait son rôle de tutrice à Kreattur la plupart du temps. C'est lui qui appelait Harry pour le repas, qui lui disait d'aller au lit quand il se faisait tard et qui lui préparait son bain, bien que le garçon sache très bien le faire seul. Parfois, Kreattur parlait des enfants de la maîtresse, c'était rare, mais Harry l'écoutait toujours avec attention.
Evidemment, il connaissait déjà l'existence de sa mère, Aquila et celle de Sirius. Il était celui qui avait vendu les Potter à Voldemort et même si on ne disait jamais son nom au manoir Potter, il échappait parfois à Remus quand il se plongeait dans ses souvenirs. La grande découverte fut de découvrir qu'il avait un deuxième oncle, Regulus. Kreattur lui avait raconté son histoire alors que le petit garçon observait l'arbre généalogique dans le salon.
« Dis Kreattur, c'est qui Regulus ? » s'était-il étonné.
L'elfe s'était tordu les doigts un moment avant de lui répondre. Moby et Borgy avaient aussi cette habitude quand ils devaient parler d'un secret, ce devait être un truc d'elfe de maison. Harry s'était contenté d'attendre en silence, ne pensant pas réellement recevoir une réponse. Puis, Kreattur avait semblé trouver un peu de courage.
« Le jeune maître Regulus était un bon sorcier. Il était le jeune frère de votre mère. Le jeune maître Regulus était un bon sorcier. » répéta l'elfe avec une ferveur que Harry ne lui avait jamais vu.
« Comment est-il mort ? » osa demander le garçon, bien qu'il se doutât de la réponse : la guerre. C'était toujours pour cette raison, de toute façon.
Kreattur s'était refermé comme une huître et avait disparu dans un « pop » sonore. Visiblement, Regulus était un tabou de plus dans cette famille. Harry était un peu déçu. Lui qui imaginait qu'au sein des Black, il en apprendrait plus sur sa mère et ses oncles, visiblement c'était raté. Certainement que s'il en demandait la raison, on lui répondrait qu'il était trop jeune pour comprendre. Mais Harry n'avait pas l'impression d'être un enfant comme les autres et que ce soit réellement la raison. Il avait été plongé dans l'horreur de la guerre dès son plus jeune âge, avait dû élever son frère car leur père passait son temps au Ministère et on ne lui avait jamais laissé l'occasion d'être innocent. Harry était mature pour son âge, trop mature même. Il ne supportait pas que la seule fois où on lui disait qu'il était trop jeune pour comprendre, fut la seule fois où il aurait aimé être un adulte pour avoir des réponses.
Honnêtement, Harry ne comprenait même pas pourquoi les Black faisaient toutes une histoire autour de la relation des trois frères et sœur. L'un était décédé et les deux autres à Azkaban. Il n'y avait rien à protéger ou à cacher, rien ne pourrait aggraver la situation. Pourtant, Harry n'osa jamais dire ses pensées à voix haute. Walburga n'était peut-être pas aussi folle que Cygnus, mais le garçon préférait ne pas tenter sa chance. A la place, il rongeait son frein jusqu'au jour où enfin, il pourrait satisfaire sa curiosité.
Malgré tous les défauts de cette famille, Harry n'avait au moins plus peur à chaque seconde de sa journée. La première fois qu'il passa la porte du salon sans l'observer une bonne minute avant, il s'était figé dans son mouvement. Au manoir Potter, il devait toujours faire attention à James. Harry n'était pas assez stupide pour le déranger alors que son père n'en avait pas après lui pour une fois. Mais ici, il pouvait se mouvoir comme il le désirait et c'était la première fois qu'il s'en rendait compte.
Pourtant, ça le rendait aussi triste. Ce n'était pas que Walburga ne penserait jamais à le punir comme James le faisait s'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Non, sa grand-mère se fichait juste royalement de ce qu'il pourrait faire. Elle était un peu étrange, mais sa folie semblait différente de celle de Cygnus. Parfois, elle passait la journée à lui tourner autour, le félicitant ou le rouspétant pour la moindre de ses actions. Mais il y avait toujours cet air affectueux dans son regard qui rendait Harry incroyablement mal à l'aise, parce que ça n'avait jamais l'air sincère. Peut-être que pour Walburga, ça l'était, mais pour le garçon, c'était juste étrange puisqu'ensuite, elle pouvait passer des jours à l'ignorer ou pire encore, l'éviter. Harry ne savait jamais sur quel pied danser avec elle et même s'il avait plus ou moins conscience qu'elle ne ferait rien pour le blesser intentionnellement, ça le mettait mal à l'aise.
Au final, Harry finissait la plupart du temps par éviter la vieille sorcière lui aussi, ça semblait plus simple que de devoir l'observer en silence pendant cinq minutes pour deviner son humeur du jour. Le garçon passait donc le plus clair de son temps avec Kreattur. Harry aimait bien le vieil elfe grincheux. Cela lui rappelait ses souvenirs avec Moby et Borgy, même si les elfes des Potter étaient bien plus gentils et attentionnés. Kreattur quant-à-lui préférait prendre soin de ses maîtres dans l'ombre or ce garçon l'obligeait à cuisiner devant lui parce qu'il aimait piocher dans les casseroles pendant la cuisson des aliments ou bien il tenait absolument à l'aider lorsqu'il nettoyait sa chambre. C'était incompréhensible pour l'elfe qui trouvait que le patriarche Potter l'avait définitivement mal éduqué.
La plupart du temps, Harry se fichait bien de ses reproches et de sa mauvaise humeur. Dans le fond, il savait que Kreattur l'aimait bien parce que sinon, il fuirait juste dans une autre pièce. Il était un elfe et même si Harry était son maître, Kreattur était suffisamment malin pour réussir à lui échapper sans que ça ne passe pour de la désobéissance. Puis, lorsqu'il en avait marre de martyriser son elfe (les mots de Kreattur, pas ceux de Harry qui pensait que lui tenir compagnie n'était pas une torture) le jeune sorcier partait à la découverte du manoir.
Harry s'étonnait un peu plus chaque jour de la paranoïa de cette famille. Il ne comptait même plus le nombre de fois où Kreattur avait dû venir à sa rescousse pour le sauver d'un piège. Pourtant, Harry poursuivait toujours ses explorations. Il était à moitié un Potter après tout et le danger ne lui faisait pas peur. C'est ainsi qu'il finit par tomber sur une pièce étrange au dernier étage de la bâtisse, plus haut encore que le grenier. Le petit garçon avait découvert une porte dérobée dans la penderie de son oncle Regulus. Harry avait bien passé quelques minutes à admirer les centaines de potions et de grimoires entreposées sur les étagères, mais il s'en était rapidement désintéressé. Il était trop jeune pour réussir à comprendre quoi qu'il fût écrit dans ces livres.
C'est en touchant un peu à tout qu'il finit par actionner un mécanisme qui fit tomber une échelle du plafond. Harry avait l'impression d'être dans un de ces épisodes de Scooby-Doo qu'il regardait parfois chez Remus. Franchement, cacher un levier dans un livre, c'était plutôt stupide et évident. Le petit garçon chassa bien cite cette pensée, excité à l'idée de découvrir une nouvelle cachette. Harry ignora le malaise qui enserrait sa poitrine alors qu'il grimpait à l'échelle. Il détestait les endroits sombres et petits, mais rien ne pourrait lui faire abandonner sa curiosité.
Harry se faufilait à travers les murs de la maison, tâtonnant pour trouver la prochaine marche. Il avait été prêt à faire demi-tour, la peur devenant de plus en plus forte lorsqu'enfin, son crâne frappa contre le plafond. Harry poussa de toutes ses forces sur la planche en bois et réussit à se faufiler dans la pièce cachée.
Il se retrouva au centre d'une petite salle circulaire où ni lumière, ni aération ne filtrait. Pourtant, Harry réussit à distinguer un tableau accroché à un mur grâce à de petites chandelles qui s'étaient allumés à son arrivée. C'était le seul ornement de la pièce, celle-ci étant complètement vide autrement. Harry était un peu déçu. Alors c'était ça, le grand secret de son oncle ? Ça semblait stupide de cacher un vieux tableau aussi bien.
Harry décrocha le chandelier le plus proche et s'approcha du portrait. Cette personne lui semblait familière, mais il n'arrivait pas à la reconnaître. C'était un jeune homme à la chevelure longue et bouclée et au regard anthracite. Il était un Black, ça ne faisait aucun doute. Plus il s'approchait et plus le garçon arrivait à capter chacun de ses traits. Ce sorcier semblait jeune, peut-être même qu'il n'était pas encore un adulte lorsque cette peinture fut enchantée. Sa peau pâle était dénuée de toutes rides pourtant un pli soucieux barrait son front. Visiblement, il n'était pas heureux de savoir ce garçon ici.
« Qui es-tu ? » demanda le tableau.
« Altaïr et vous ? »
L'expression du sorcier se fit encore plus sombre. Harry se fustigea, sa réponse était des plus vagues et ce devait donner l'impression qu'il se méfiait de lui. Ce n'était pas entièrement faux, c'était étrange de faire tant de mystère autour d'un simple tableau. Mais pour l'instant, il voulait surtout décrypter ce mystère plutôt que d'en devenir un pour ce portrait.
« En fait, mon nom c'est Harry, mais grand-mère dit que c'est une honte pour un Black. Alors maintenant, je m'appelle Altaïr.
- Grand-mère ?
- Je ne pense pas que vous la connaissez, si vous êtes ici depuis longtemps. » réfléchit Harry. « Quel est votre nom, j'ai appris par cœur la tapisserie du salon, je dois certainement vous connaître. »
Le portrait sembla hésiter un instant avant de soupire. Ce n'était qu'un enfant qui avait un peu trop fouiné, pas de quoi en faire toute une histoire.
« Regulus Black. »
Le regard de Harry s'illumina. Lui qui essayait depuis des semaines de tirer les vers du nez à Kreattur sur sa famille, voilà que son oncle lui-même se présentait à lui.
« C'est génial ! » s'exclama-t-il. « J'ai toujours rêvé de vous rencontrer, mais Kreattur refuse toujours de me parler de vous.
- Tu me connais ?
- Bien sûr, vous êtes mon oncle. » expliqua Harry, comme si ça lui semblait inconcevable qu'il ne le sache pas. Puis il se souvint que le plus jeune frère de sa mère était décédé avant même que la guerre ne soit officiellement déclarée et donc, avant sa naissance.
« C'est étrange, je n'aurai pas imaginé que Sirius laisse son fils venir ici.
- Non, ma mère, c'est Aquila. »
- Aquila ? » répéta bêtement Regulus, les yeux écarquillés. « Aquila est ta mère ? »
L'enfant hocha vivement de la tête. Regulus fut soufflé par cette découverte. Sa sœur n'était pas vraiment l'idéal maternel. En réalité, il n'arrivait même pas à l'imaginer avec un enfant dans les bras, alors en avoir un, ça semblait irréaliste. Il avait l'impression d'être tombé dans un monde parallèle, un monde où sa grand-sœur n'était pas la Mangemorte bataillant avec Bellatrix pour savoir laquelle des deux étaient la plus folle et favorite de leur Maître. Mais un monde où elle devait élever un enfant.
Puis, Regulus s'assombrit. Oui, il était lui aussi un Mangemort, un traître à la cause et si cet enfant rapportait sa présence auprès de sa mère, tous ses secrets ne tarderaient pas à être découvert. Ce garçon qui disait être son neveu avait l'air d'avoir sept ou huit ans et à son décès, Aquila n'était même pas engagée dans une quelconque relation amoureuse. Donc il devait au moins être décédé depuis dix ans. Regulus n'avait pas imaginé que ça fasse déjà si longtemps. Est-ce que la guerre avait pris fin ? Et si oui, quel camp avait gagné ? Certainement celui du mage noir, sauf si Kreattur et lui avait bel et bien réussi à détruire son Horcruxe. Sinon, il était impossible qu'il ait perdu la guerre.
Regulus avait beaucoup de question à poser à ce garçon, mais il ne pouvait rien dire en sachant qui était sa mère. Peut-être que laisser Kreattur dans l'ignorance de cette pièce et de son tableau n'avait pas été la meilleure de ses idées. A l'époque, il avait imaginé que l'elfe ne tarderait pas à vendre la mèche auprès de leurs parents. Mais désormais, Regulus risquait bien pire si c'était Aquila qui finissait par découvrir son secret. Surtout que cet enfant disait que son nom était tabou au sein de la famille, sinon pourquoi est-ce qu'on refuserait de lui parler de son oncle ? Sa trahison avait dû être découverte. Ça ne sentait vraiment pas bon pour lui.
Il devait trouver un plan et vite. Mais Regulus n'arrivait même pas à trouver un moyen de le faire préférer le tableau d'un défunt à sa propre mère. Ça semblait perdu d'avance.
« Dis gamin, je te dirai tout ce que tu veux savoir sur moi, si c'est ce que tu désires. » tenta Regulus.
« Et en échange, je dois faire quoi ? »
Regulus se retint de grimacer et trahir ses arrière-pensées. Ce mioche n'était visiblement pas aussi stupide qu'il ne l'avait été au même âge. Visiblement, la famille lui avait déjà enseigné la devise des Serpentards : on ne donne aucune faveur sans en recevoir une en échange. Dans ce cas, Regulus allait tenter de jouer franc-jeu.
« Tu ne dois parler de mon tableau à personne, pas même ta mère. »
Harry pencha la tête sur le côté, comme s'il ne comprenait pas vraiment cette demande. Puis, sa bouche fit un petit « oh », il venait de se souvenir que son oncle ne devait certainement rien savoir de ce qui s'était passé après sa mort. Mais plutôt que de le faire savoir à son oncle, il décida de garder cet avantage dans sa poche. Harry se sentait un peu mal de lui mentir ainsi, mais il n'était plus un Potter. La bienveillance et l'honnêteté n'était plus des valeurs qu'il se devait de respecter. S'il devait devenir un Black, alors ça commencerait aujourd'hui.
« Je ne sais pas si je peux faire ça. » fit semblant d'hésiter Harry. « Elle n'aime pas que je mente. »
Harry ignorait si ce mensonge était crédible, peut-être que sa mère se fichait des menteurs. Mais c'était une chose que Lily détestait qu'il fasse et le grondait toujours pour ses mensonges. Il imaginait simplement que ce devait être un trait commun à toutes les mères.
« Tu es très mauvais à ce jeu-là. » s'amusa Regulus, mais Harry n'eut pas le temps de paniquer qu'il poursuivît déjà. « Bien, que veux-tu de plus ?
- Je ne sais pas trop. Ça semblait juste stupide d'accepter du premier coup. »
Regulus éclata de rire. Harry se dit qu'il était très différent de Cygnus et Walburga. Eux, il ne les avait pas encore vu ne serait-ce que sourire une seule fois.
« Les Black n'ont pas le droit de rire. » s'inquiéta Harry. « Tu vas te faire punir.
- Tu es le seul à savoir que j'ai fait ça, tu vas rapporter ? » s'amusa Regulus, bien qu'intérieurement, toute envie de rire avait disparu.
Visiblement, sa sœur avait les mêmes méthodes éducatives que leur mère. Il n'arrivait même plus à se souvenir du nombre de punition que Sirius avait reçu pour cette raison. Regulus réalisa subitement que malgré l'éclat de voix du garçon une minute plus tôt et sa joie d'enfin le rencontrer, pas un seul sourire n'avait éclairé son visage. Il avait espéré qu'avec son décès et la fugue de Sirius, sa génération soit la dernière à connaître l'enfer d'être un Black. Regulus n'aurait jamais pu imaginer que ce soit Aquila qui perpétue la lignée.
« Non, je ne le ferai pas. » fit Harry après un moment de réflexion. « Je sais ce que je veux en échange. Aidez-moi à apprendre ce qu'il y a écrit dans les grimoires.
- Des grimoires ?
- Oui, ceux juste en-dessous. Vous savez, la pièce secrète pour venir ici. J'ai essayé de les lire, mais je n'y comprends rien.
- Tu es encore trop jeune pour apprendre ces choses. » s'opposa fermement Regulus. Il tenait peut-être à son secret mais il n'était pas irresponsable à ce point.
Harry se renfrogna. Il fit brusquement demi-tour en clamant qu'il n'avait qu'à aller rapporter tout ça à sa mère.
« Si tu fais ça, Aquila va certainement me brûler au moment où elle me verra et dans ce cas, tu n'auras toujours personne à qui poser des questions à mon propos. »
Harry hésita. Ce n'était qu'un mensonge, il n'avait rien prévu de dire à qui que ce soit. Mais il ne comprenait pas pourquoi Regulus faisait tant de mystère sur son existence. C'était vraiment étrange et Harry n'aimait pas les mystères.
« Elle ne ferait pas ça. Kreattur dit que tu étais son préféré et aussi celui de grand-mère. »
Regulus soupira, ça ressemblait bien à Walburga de ne pas cacher à la propre mère du gamin qu'elle n'était pas sa favorite. Il ne se souvenait même plus du nombre de fois où leur mère leur avait répété qu'il aurait dû être l'aîné. Puis, la réalisation le frappa. Sa famille ne savait pas pour sa trahison. Ça n'avait pas de sens, il aurait plutôt imaginé que le Lord punirait ses proches pour ses propres erreurs. C'était habituellement sa façon de faire, détruire toute une famille quand un seul de ses membres le décevait. Mais encore une fois, il était un Black. Même Voldemort devait réaliser qu'il ne pouvait pas se passer d'eux puisqu'ils occupaient pour la plupart des postes importants au sein de ses Mangemorts et qu'ils étaient une des raisons pour lesquelles tant de sorciers sombres l'avaient rejoint. Oui, il avait dû taire l'affaire.
« Je reviendrai une autre fois. » finit par décider Harry. Pour l'instant, il était bien trop excité par sa découverte pour faire parler son cerveau plus que son cœur. Il était prêt à promettre à son oncle n'importe quoi pour attirer son attention et en découvrir plus sur lui, mais surtout sur sa mère.
Il ne laissa pas le temps au tableau d'essayer de le retenir qu'il disparu par la trappe, rejoignant rapidement les étages inférieurs. Evidemment, personne n'avait remarqué son absence, Walburga ne le faisait jamais. Une fois, il avait même réussi à s'échapper dans la rue pendant deux heures pour aller jouer au parc avec des enfants Moldus du quartier. Harry avait eu terriblement peur de la colère de Walburga lorsqu'enfin, il rentra. Mais il n'en fut rien, elle avait été occupée toute la journée avec des papiers du Magenmagot. Si Cygnus était le Lord de la famille depuis le décès d'Orion, il ne s'occupait que des finances. C'était Walburga qui occupait le siège des Black au Magenmagot.
Pour la première fois depuis son arrivée, Harry ne rejoignit pas Kreattur à la cuisine pour préparer le dîner. Il préféra plutôt s'enfermer dans sa chambre et réfléchir à sa découverte. Le garçon ignorait si c'était une bonne chose ou non de se rapprocher de Regulus puisque ce dernier ne semblait pas être en bon terme avec la famille quand ce tableau fut créé. Mais lui non plus ne se sentait pas à l'aise au sein des Black et ça ne lui ferait pas de mal d'avoir au moins un allié ici hormis un vieil elfe de maison.
XXXXX
23 janvier 1984
Deux semaines s'étaient écoulées depuis que Harry avait rencontré le tableau de Regulus. Il ne savait toujours pas si c'était une bonne idée de lui parler ou non. Mais aujourd'hui, ça n'avait plus aucune importance à ses yeux. Cygnus était passé dans la matinée au Square, il devait parler affaire avec sa sœur. Harry était en train de prendre son petit-déjeuner avec Walburga quand il était arrivé et ce qui devait arriver arriva ; il renversa malencontreusement son chocolat chaud et le liquide tâcha un coin de parchemins.
La réaction de Cygnus fut terrible et disproportionnée, comme toujours. Avant même que le petit garçon ne puisse se confondre en excuse ou chercher un torchon pour nettoyer la table, un sort fusa dans sa direction. Harry s'était écroulé au sol en tenant sa main brûlée qui avait laissé glisser la tasse. L'homme avait tempêté un long moment avant de repartir aussi rapidement qu'il était arrivé arguant qu'il n'était plus d'humeur à parler argent.
Harry avait levé son regard blessé sur sa grand-mère, cherchant un peu de soutient. Mais Walburga n'avait rien fait pour prendre sa défense, se comptant de le fixer avec un air songeur. Elle semblait avoir trouvé quelque chose d'intéressant dans cet échange et ses pensées étaient visiblement plus importante que son petit-fils. Ce fut Kreattur qui dû nettoyer la table, ranger les papiers abandonnés et guider le jeune Black vers la salle de potion du sous-sol pour lui donner un baume et soigner sa main.
« Tu vas devoir t'endurcir. » avait seulement dit Walburga quand Harry avait passé le pas de la porte, tiré par l'elfe de maison. « Et ça t'apprendra aussi à faire plus attention autour de Cygnus. »
Le petit garçon avait rongé son frein pour ne pas lui crier au visage qu'elle était une grand-mère horrible. Il avait déjà énervé un adulte et ça lui suffisait pour l'instant. Alors Harry s'était tu et avait gentiment suivi Kreattur. L'elfe avait badigeonné sa main d'une épaisse couche de crème avant de l'entourer d'un épais bandage.
« Le jeune maître devra garder le pensement trois jours, nous le referons ce soir après le bain. » avait expliqué Kreattur.
Puis, Harry avait grimpé les escaliers pour aller s'enfermer dans sa chambre. Pourtant il n'y parvint jamais, son regard restant bloqué sur la porte de la chambre de Regulus qui était juste en face de la sienne. Poussé par son instinct, le garçon s'était précipité à l'intérieur, s'engouffra dans la penderie avant de traverser la pièce secrète. Une minute plus tard, il se retrouvait à grimper la petite échelle qui le rendait si inconfortable. Il avait eu le temps de réfléchir à ce passage, selon lui il devait se trouver entre les murs du bureau à Walburga et sa chambre, un étage au-dessus de la sienne. Le tableau de Regulus devait donc se trouver juste à côté du grenier.
« Je ne pensais pas te revoir. » fit ce dernier en voyant sa tête sortir de la trappe au milieu de la pièce alors que les chandeliers s'allumaient comme la dernière fois à son arrivée.
Altaïr haussa des épaules, s'asseyant en tailleur devant le tableau. Le plafond n'était pas très haut ici et certainement que d'ici quelques années, il ne pourrait plus se tenir debout dans la pièce. Il n'avait donc pas besoin de beaucoup levé les yeux pour parler à son oncle, même en s'asseyant.
« Tu as fait une grosse bêtise n'est-ce pas ? » fit après une longue minute de silence le garçon. « Sinon, tu n'aurais pas si peur de maman et de grand-mère. Mais par chance, elles ne semblent pas au courant et tu l'as certainement compris la dernière fois. » lui partagea-t-il ses conclusions.
« Je suppose qu'on peut dire les choses comme ça. » lui accorda Regulus.
« C'est quoi, cette bêtise ? »
Aucune réponse ne lui fut donnée. Le portrait n'était pas assez stupide pour balancer cette information au premier venu, même s'il s'agissait que d'un simple garçon.
« Je ne compte pas dire à qui que ce soit que tu es là. Je ne m'entends pas bien avec Cygnus et grand-mère est … disons que ça dépend de son humeur. Tu as l'air d'être le seul à peu près normal dans cette famille et j'en ai mare de ne que pouvoir parler au portrait d'Orion et à Kreattur.
- Ta mère ne s'occupe pas de toi ? »
Harry pâlit en comprenant son erreur. Il avait complètement oublié que Regulus n'était pas censé savoir qu'Aquila n'avait jamais fait parti de sa vie.
« Elle est toujours absente. » répondit-il évasivement.
Ça sembla convaincre son oncle. Visiblement, il n'arrivait toujours pas à croire que ça sœur puisse être mère et il n'était pas difficile pour lui d'imaginer qu'elle ne soit pas exemplaire. Elle-même avait grandi dans un foyer dysfonctionnel et visiblement, le schéma se répétait.
« Mon père est décédé ? » releva plutôt Regulus.
« Oui, apparemment il est mort quelques semaines après toi, juste après qu'oncle Sirius se soit enfui. »
Regulus avait du mal à digérer les nouvelles. Son frère n'était certainement plus un Black, sans la protection de leur père, sa mère n'avait plus aucune entrave pour le renier. Peut-être que leurs parents n'avaient jamais été aimants et bons envers eux, mais Orion avait été le mieux des deux. Apparemment, même dans la mort, il restait le plus sage selon les dires de Harry.
« Tu dois avoir plein de questions à me poser, toi aussi ? » devina facilement Harry. « Ça fait au moins dix ans que tu es là et que tu ne peux parler à personne. Ce doit être horrible de juste attendre que quelqu'un te trouve enfin.
- Tu sais, je suis endormi la plupart du temps. Le temps ne passe pas de la même façon pour moi que pour toi.
- Ça doit quand même être nul. »
Regulus eut un petit rire, cet enfant était étrange. Il pouvait se montrer très intelligent comme l'avait prouvé leur première rencontre et ses déductions rapides. Mais à d'autre moment, il semblait juste incroyablement enfantin dans ses réactions. Regulus pourrait presque croire que ce n'était pas Aquila qui l'avait élevé, elle n'aurait jamais autorisé que son fils utilise des mots aussi simplets que « nul » ou « maman » au lieu de « mère ».
« C'est vrai, ma situation est nulle.
- Je te dis tout ce que tu veux savoir et en échange, tu me dis ce que tu as fait, ça te va ? »
Regulus hésita. Sa trahison n'était pas un sujet qu'il pouvait prendre à la légère et ça ne concernait pas un enfant. D'un autre côté, il devait savoir si oui ou non, la guerre était finie et quel camp avait gagné. Il supposa qu'au final, il n'aurait qu'à mentir au garçon.
« J'accepte, mais tu commences.
- Je ne suis pas assez stupide pour accepter, je n'ai pas de garanti. » rouspéta Harry.
Le portrait de Regulus fit quelques pas dans le tableau, semblant réellement réfléchir à un compromis.
« La dernière fois, tu as dit vouloir comprendre les livres que j'ai caché. Je t'autorise à en choisir un et nous l'étudierons ensemble. Tu dois juste me promettre que tant que je ne t'autorise pas à lancer les sorts qui sont dedans, tu ne devras jamais le faire.
- Evidemment. Je n'ai même pas de baguette et je ne sais pas faire de magie. » accepta facilement le garçon, se relevant déjà pour aller fouiller dans la pièce du dessous.
Regulus eut un petit rire, ce garçon lui ressemblait vraiment dans sa jeunesse, le côté effronté en plus, évidemment. Mais ils partageaient la même soif d'apprendre et certainement que d'ici quelques années, il devrait batailler de la même façon que lui avec le Choixpeau pour ne pas finir à Serdaigle.
Il attendit ce qui lui sembla être des heures avant que Harry ne réapparaisse, un grimoire calé sous le bras. Regulus plissa des yeux pour réussir à en lire le titre quand le garçon lui présenta la couverture, la faible luminosité de la pièce et le cuir abimé du livre ne l'aidaient pas beaucoup.
« Un choix intéressant. » approuva-t-il finalement.
Regulus avait douté de sa décision, il ne tenait pas à expliquer à un enfant de sept ans comment la magie noire fonctionnait ou comment dépecer un sorcier en un sort. Harry avait plutôt choisi un livre portant sur les créatures magiques, plus particulièrement les loups-garous. Ce sujet semblait bien plus à la portée d'un enfant de son âge que la plupart des grimoires que Regulus avait accumulé au fil des ans.
« Bien. » fit joyeusement Harry. « Alors, qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Je pense que le plus important, c'est de savoir si la guerre s'est terminée ? » songea Regulus, ne sachant pas encore à quel point l'enfant serait bavard avant de réclamer ses propres réponses. Il ne voulait donc pas griller ses questions inutilement.
« Oui, depuis deux ans et demi.
- Quel camp a gagné ? »
Regulus avait l'air si dépité qu'il était évidant qu'il imaginait que le Lord Noir avait vaincu. Harry pouvait comprendre ça, si comme son oncle le pensait, Aquila était en liberté alors la guerre n'avait pu avoir qu'une seule issue. Mais c'était étrange qu'imaginer ça le dérange autant.
« La lumière. »
Le garçon se délecta de son air ahuri, il adorait toujours autant voir ce jeune homme si semblable à sa grand-mère perdre son masque aristocratique.
« Pardon ? Mais… mais… » bégaya Regulus. « Et Aquila ?
- Ma mère est en prison depuis mes un an, je ne l'ai jamais connu. »
Et alors, Regulus eut la réaction la plus inattendu possible, il éclata de rire.
« Tu m'as bien eu sur ce coup. » fit le portrait, plié en deux par son hilarité.
Harry était confus, il s'attendait plutôt à des remontrances pour avoir menti de cette façon, pas à cet amusement. Il attendit patiemment que son oncle se calme, perturbé par son comportement. Visiblement, lui non plus n'était pas totalement normal, comme tous les autres Black. Harry n'était certain que ce soit la réaction appropriée à ses nouvelles. Regulus devrait plutôt tempêter et hurler d'indignation en apprenant ce qui était arrivé à son maître et sa sœur. Puis la réalisation le frappa, sa réaction semblait prendre tout son sens si au contraire, il n'était pas dans leur camp.
« Tu as trahi les Mangemorts. » réalisa Harry, ce n'était pas une question, il en était certain.
Regulus se calma brutalement, il venait de se trahir de la plus stupide des façons. Il était un tel idiot ! Mais Harry ne semblait pas être sur le point de rapporter la nouvelle à Walburga, bien au contraire, il avait l'air encore plus intéressé désormais.
« Il semblerait que tu connaisses mon secret désormais. Vas-tu tout de même répondre à mes questions ?
- Bien sûr, il y a aussi des questions que je veux te poser. » assura le garçon.
« Chacun son tour, ça te va ? » Le garçon hocha vivement de la tête. « Bien alors… » Regulus ne savait pas vraiment par quoi commencé, il avait tellement de chose en tête que ça semblait impossible de poser une question à la fois. « Pour commencer, comment va Sirius ? »
Regulus s'était toujours senti désolé pour son petit-frère. Il ne l'avait pas assez protégé à son goût. Quand ils étaient enfants, Regulus était encore trop obnubilé par leurs parents et n'osaient rien faire qui pourrait leurs déplaire. Puis, il avait rejoint les Mangemorts à la fin de sa septième année à Poudlard et leurs liens n'avaient que faits s'effriter un peu plus. Lorsqu'il avait décidé de trahir le Lord, Regulus avait espéré pouvoir fuir une fois l'Horcruxe détruit et prendre Sirius avec lui. Mais si son tableau existait toujours dans le manoir Black, c'est que sa mission était un échec ou qu'il était décédé en l'accomplissant. Il espérait seulement que même sans lui, son frère s'en sorte bien.
« Je ne sais pas trop. » hésita Harry. « Je crois qu'il s'est enfoui pendant l'été entre sa sixième et sa sixième année pour aller vivre chez les Potter. Mais personne ne parle de lui. Je sais juste qu'il est à Azkaban pour avoir tué des Moldus et un ami à lui. C'est comme si dans les deux camps, tout le monde le considère comme un traître. »
Regulus accusa difficilement le coup. Sa sœur à Azkaban, c'était facile à imaginer. Aquila avait été une sorcière maléfique et elle méritait de finir ses jours là-bas, même s'il continuerait toujours à l'aimer. Elle était sa grand-sœur avant tout. Mais Sirius, ça ne faisait aucun sens ! Comment les choses avaient pu si mal finir ? Il ne comprenait pas.
« C'est impossible. Sirius n'aurait jamais fait ça ! » tempêta Regulus.
Harry haussa des épaules. « Je n'en sais rien moi, c'est ce qu'oncle Remus et Kreattur m'ont dit, même s'ils n'aiment pas en parler.
- Remus ? » songea Regulus, ce prénom lui disait quelque chose. « N'est-ce pas l'ami de Sirius et de Potter ? Comment le connais-tu si Sirius n'est plus là. »
Harry se tordit les doigts, Walburga lui avait clairement fait comprendre qu'il s'agissait d'un secret. Mais d'un autre côté Regulus était coincé dans ce tableau et il en avait mare de devoir toujours cacher des choses à tout le monde. Même avec les rares personnes au courant de son secret, Harry ne pouvait pas en parler. Walburga se mettait toujours en colère quand le nom d'un Potter venait dans la conversation.
« Tu es sûr de ne pouvoir parler à personne d'autre que moi ?
- Est-ce un secret ? » s'amusa Regulus.
« Je connais le tien, je peux bien te dire le mien, non ? »
Le portrait hocha la tête, même si cette façon de penser lui paraissait bien trop honnête pour un Black.
« Ma mère a eu un mariage arrangé, c'est mon père qui m'a élevé quand elle a été envoyée en prison. C'était James Potter.
- Potter ? Mais qu'est-ce que nos parents avaient en tête ? » grimaça Regulus, il faudrait être fou pour mettre James et Aquila dans la même pièce sans surveillance, alors un mariage ? Ça semblait terriblement idiot.
« Je ne sais pas vraiment. Une histoire de vieux contrats à honorer et de vieilles alliances. Je crois qu'ils étaient déjà fiancés avant la guerre mais qu'ils ne le savaient pas. Je n'ai pas tout compris à ce que Remus m'a expliqué quand je lui ai demandé.
- Mais alors, que fais-tu ici ? » s'étonna Regulus, il allait de surprise en surprise. Beaucoup de choses s'étaient passés en dix ans.
« J'ai été renié, c'est pour ça que je vis avec grand-mère. James s'est remarié et il a eu un autre enfant. Ça semblait être la chose logique à faire, puisqu'il avait un deuxième héritier et que les Black n'en avaient plus. »
Regulus n'aimait pas le voir parler de lui-même comme d'un objet. Il avait l'impression de se revoir enfant, prêt à tout pour attirer l'attention des adultes autour de lui et de se montrer digne de son titre. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre que le petit garçon n'était pas heureux en vivant ici. Le sujet semblait sensible, alors Regulus préféra le laisser de côté pour l'instant.
« Tu as répondu à beaucoup de mes questions. C'est à ton tour.
- Est-ce que tu peux me parler de maman ? »
Ce garçon était vraiment prévisible, se dit Regulus. Il se doutait depuis le début que c'était ce qui intéressait réellement Harry, bien plus que le livre qu'il avait oublié depuis un moment et traînait sur le sol poussiéreux à côté de lui.
« Bien sûr. » sourit-il gentiment. « Aquila était mon ainé de deux ans. Avec Sirius, on se disputait tout le temps et ses farces étaient terriblement affreuses. Une fois, à Poudlard, elle m'a jeté un crache-limaces au plein milieu de la Grande Salle parce que j'avais dis à nos parents qu'elle avait eu une sale note en métamorphose. Ce n'était pas vraiment son truc, étudier la théorie pendant des heures pour transfigurer des objets.
- C'était quoi sa matière préférée ?
- Définitivement la botanique. Elle a même réussi à convaincre nos parents à la laisser planter quelques fleurs dans le jardin pendant l'été après sa première année. Elle adorait ce jardin et je ne compte même plus le nombre de fois où Sirius s'est pris un sort après avoir détruit un parterre de fleurs à force de trop chahuter.
- Elle jetait des sorts à votre petit-frère ? » s'indigna Harry, ça lui semblait impensable de maudire Thomas pour une si petite bêtise.
« Mais ne t'en fais pas, Sirius lui rendait bien la pareille. Il était trop jeune pour avoir une baguette, mais il ne manquait jamais de glisser une potion dans son jus de citrouille pour changer sa couleur de cheveux ou lui faire pousser des écailles de dragon. »
L'enfant éclata de rire. Des rares photos qu'il avait vu de son oncle et de sa mère, ça n'avait pas l'air d'être le genre de choses qu'ils pourraient faire. Ils avaient toujours l'air si nobles et dignes. Sirius peut-être un peu moins qu'Aquila, mais ça restait étrange à imaginer.
« A Poudlard, leurs disputes étaient devenues légendaires. » poursuivit Regulus, aimant se replonger dans cette enfance qui n'avait rien eu d'heureuse, mais qui restait pourtant les meilleures années de sa vie. « Sirius avait peut-être quatre ans de moins qu'Aquila, mais il ne ratait jamais une occasion de la provoquer en duel. Il était vraiment ingénieux et adorait faire tourner en bourrique ta mère.
- Et toi ? Tu te disputais aussi avec eux ?
- Je préférai observer de loin et m'occuper de soigner le perdant. Mais je dois avouer que parfois, j'étais la source de leurs conflits. Comme cette fois-là où j'ai malencontreusement renversé mon jus de citrouille sur le journal intime d'Aquila et qu'elle s'est énervée contre Sirius. »
Harry adora écouter les anecdotes de son oncle. Il avait trouvé un album photo dans le tiroir de son bureau en fouillant sa chambre quelques semaines plus tôt. Mais entendre de vive voix les histoires se cachant derrière ses clichés étaient beaucoup plus divertissant. Les heures finirent par défilées, le petit garçon découvrant un aspect de sa famille qu'il n'avait jamais imaginé alors que Regulus se replongeait dans ses souvenirs heureux.
En décidant de parler de leur famille à Harry, il n'avait pas imaginé qu'il y ait tant de choses à raconter. Avec le début de la guerre, les conflits étaient justes devenus trop grands pour encore se souvenir de l'amour qu'il portait à sa fratrie. Aquila s'était subitement rapprochée de Bellatrix et elles s'étaient tirées mutuellement dans une folie dangereuse. Sirius était devenu encore plus rebelle et n'était pas rentré au manoir Black depuis deux étés. Regulus ne le voyait pas beaucoup plus à Poudlard, son frère l'ayant évité toute sa septième année et après ça, il avait lui aussi rejoint les Mangemorts.
Mais petit à petit, cette guerre fratricide et les maltraitances s'effaçaient de son esprit pour ne laisser place qu'aux souvenirs de trois frangins qui essayaient tant bien que mal de passer le temps dans un manoir ennuyeux. Cette rencontre avec son neveu l'apaisa certainement bien plus qu'elle toucha Harry. Aujourd'hui, ils étaient deux à découvrir qu'Aquila n'avait pas toujours été une guerrière, Sirius un traître à la famille et Regulus l'enfant du milieu, ennuyeux et négligé.
Ce ne fut qu'à une heure bien avancée que Regulus décida de congédier son jeune invité. Il devait être tard désormais et Harry peinait à ne pas dodeliner de la tête. Il semblait épuisé et il était tant pour lui d'aller au lit.
« Je pourrai revenir ?
- Evidemment. Tu es le bienvenu ici. »
Le garçon lui fit un grand sourire, il avait fini par comprendre qu'avec son oncle, il n'avait pas besoin de garder le masque que Walburga s'entêtait à lui faire porter.
« La prochaine fois, on lira le livre ensemble ?
- Si tu veux. » soupira Regulus. Il avait espéré que l'enfant oubli sa lubie et abandonne cet ouvrage bien trop complexe pour lui.
« Super ! Bonne nuit oncle Regulus.
- Bonne nuit, Harry. »
Le garçon eut une mimique étrange avant de finalement quitter la cachette secrète de son oncle. C'était la première fois depuis son arrivée au Square Grimmaurd qu'on l'appelait par ce prénom. C'était étrange mais aussi incroyablement affectueux. Regulus venait implicitement de lui faire comprendre qu'il n'y avait aucune honte à avoir été un Potter. Harry adorait définitivement son oncle, même si ce n'était qu'un portrait.
Même les remontrances de Walburga pour avoir disparu toute la journée ne purent entamer sa bonne humeur. C'est pour la première fois depuis un long moment que Harry rejoignit son lit ce soir-là avec un sourire heureux plaqué aux lèvres.
