6 Octobre : Fascination 2
Un long frisson supplémentaire était remonté dans le dos de QingMing. L'esprit, le dieu, était si proche de lui qu'il sentait sa respiration sur son visage. Il ne bougea pas lorsqu'il tourna autour de lui comme le prédateur qu'il était. S'il montrait la moindre peur, l'esprit allait le dévorer. S'il se rebellait, il allait le tuer. Il ne pouvait que rester immobile, digne et tranquille. L'agressivité de l'esprit coulait sur lui comme de l'eau sur les plumes d'un canard.
Il le laissait tenter de le submerger comme un rocher au milieu d'une mer déchaînée. La violence de l'esprit se heurtait à son calme tranquille, QingMing avait apprit depuis longtemps à ne pas montrer de réaction devant la violence de ses frères. Eux lui voulaient du mal. L'esprit tentait juste de le tester. Puis soudain, la brutalité animale de l'esprit disparue. Il enfouit son nez dans le coup du jeune maitre pour inspirer longuement son odeur. Un nouveau frisson remonta dans le dos de QingMing qui ne put retenir un soupir de soulagement lorsque le dieu s'écarta enfin.
"- Fascinant."
QingMing s'inclina mais sans jamais quitté des yeux l'esprit.
"-Vous m'en voyez flatté."
"- Vous pouvez m'appeler Boya."
"- Salutation, Seigneur Boya."
"- Juste Boya."
QingMing s'inclina encore.
Le dieu sauta sur son rocher et s'y posa d'un coup du bout des ailes. QingMing ne put s'empêcher de le trouver absolument charmant. Il connaissait assez les aviens humanoïdes pour reconnaitre que Boya frimait. QingMing avait souvent vu Xue TianGou faire la même chose quand il flirtait avec Kuang HuaShi.
Les jambes ballantes dans le vide et les mains posées de chaque coté des hanches sur le rocher, le dieu-oiseau faisait enfant grandit trop vite. Il était un étrange mélange de dureté, d'innocence curieuse et de cruauté naturelle de prédateur.
"- Que comptez vous faire, Anbei QingMing?"
"- Prévenir les miens que j'ai trouvé l'esprit mais qu'il était inutile et bien incapable de faire du mal à qui que ce soit. Chercher à faire de lui un shishen serait une perte de temps et d'énergie."
Boya se redressa, outré. Un cri agressif lui échappa.
"- PARDON ?"
QingMing grimaça intérieurement. Le dieu avien ne connaissait rien de la duplicité que nécessitait la vie avec les humains. Il chercha aussitôt à l'apaiser.
"- Seigneur Boya, je ne veux pas vous manquer de respect. Juste vous protéger de l'avidité égoïste du Yin Yang."
"- Comme si de misérables humains pouvaient me retenir ou me faire du mal ! à moi !" Ses ailes battaient très fort et envoyaient de la poussière en tout sens.
QingMing leva sa manche pour protéger ses yeux. Son instinct premier lui hurlait de se prosterner devant Boya pour implorer son pardon. Le dieu avien était puissant. Assez pour intimider même le renard agressif qui somnolait tout au fond de QingMing.
"- Je ne doute pas de vous, Boya. Mais je connais bien le Yin Yang. Ils ne reculeront devant rien pour vous soumettre." L'amertume dans la voix du prêtre fit se calmer l'esprit qui fondit sur lui.
QingMing se retrouva très vite enroulé dans les longues ailes brulantes comme une endive dans du jambon
"- Que t'ont-ils fait, petit renard, pour que tu sois si aigri et pourtant que tu restes auprès d'eux." La voix de l'avien était proche d'un roucoulement délicat.
"- Ils m'ont sauvé la vie."
"- Vraiment ? en échange de quoi ?"
De quoi ? là était la question. Son intégrité ? Son âme ? sa joie de vivre ? sa vie ?
Le tout ?
QingMing soupira silencieusement.
"- Cela a-t-il vraiment de l'importance ?" Il n'avait pas le choix que d'obéir.
Mais s'il devait obéir, il pouvait choisir comment et sous quelle forme. Le meilleur moyen de mentir était souvent de dire la vérité.
