Un chapitre dont je suis pas du tout satisfaite, je suis désolée TuT
J'ai dû réarranger des bouts et pif paf pouf

Woodynassa - Ahaha, pour le coup, celle la est trééééééééés compliquée X,D

77Hildegard - Disons que je trouve l'histoire d'amour moins intéressante que le reste XD

Lamourloi - Wahou, bravo pour le bingereading ! Et merci x100 pour tous ces commentaires ! Je vais te répondre par mp pour pas surcharger ici ^^ Belle analyse finale sur ton dernier com, ceci dit : Drago se méfie, mais même en ayant vaincu son syndrome de stockolm et remonté la pente coté trauma, il continue d'être attiré par Harry

Melynee - Heeey, ça fait longtemps, en effet ! des félicitations tout plein 3
Je crois que c'est un truc commun à tous mes persos : ils sont toujours pleins de défauts X,D
Du coup, mes antagonistes sont vraiment des immondices XD


« Je vais y réfléchir. »

C'était sa nouvelle promesse, la conclusion de leur dernière entrevue. Retrouver la propriété de ces souvenirs l'angoissait au-delà du possible, mais il y pensait, il l'envisageait, et il ne pouvait rien promettre de plus. C'était déjà énorme.

Il avait vu passer la facture et avait bien failli se rendre dans le bureau directatorial pour protester : Potter avait acheté la pensine la plus bas de gamme qui puisse exister – Drago ignorait même qu'il en exista à ce prix – et s'était même permis de présenter l'acquisition comme un investissement de la prison plutôt que personnel. Comme si ça ne lui suffisait pas d'être radin, il étendait son indigence à l'ensemble du pénitencier.

La pensine était là, quelque part. Elle avait été livrée.

Dès le lendemain de leur discussion, Drago avait trouvé une fiole emplie de méandres argentés sur son bureau. Les souvenirs que Potter lui proposait de récupérer. Aucun mot n'accompagnait le flacon, aucune indication de lieu, aucune suggestion de date, aucune proposition d'accompagnement.

Drago avait mis le récipient à l'abri dans un tiroir verrouillé, et il lui jetait des coups d'œil, de temps en temps. Quand il en était éloigné, il y pensait quasi constamment.

Drago ratissait les feuilles mortes du pommier de Gregory en tentant d'ignorer leur ressemblance avec celles de là-haut. Il était venu tôt parce qu'il savait son entreprise vaine – le vent ne laissait pas le temps à ses tas de grossir – et ne voulait être vu en train de s'acharner inutilement.

Finalement, un seul fruit avait survécu jusqu'ici. L'arbre se croyait déjà en automne et Drago doutait qu'il puisse tenir plus d'une saison. Un sol trop pauvre et une eau trop salée. Il ne pouvait s'empêcher d'agir, cependant : il rassemblait les débris organiques près de ses racines en espérant qu'une espèce de magie parvienne à intégrer leurs nutriments à la roche.

Mais si Potter restait, si Potter poursuivait son rêve fou d'aider la végétation à s'installer sur l'île, alors peut-être, un jour…

Comme s'il l'avait invoqué, par sa simple pensée :

« Pourquoi tu fais ça à la main ? »

Drago sursauta et faillit lâcher son outil. Il ne l'avait pas entendu arriver, pieds nus sur le sol noir. Il portait un jogging noir et un maillot de corps blanc sans manche. La couleur mettait en valeur son bronzage et la forme celle des muscles de ses bras. Drago fronça les sourcils, un peu perdu : il ne se souvenait pas que Potter fût aussi bien développé. Peut-être la natation lui avait-elle déjà élargi les épaules.

« Parce que la magie pourrait retarder leur décomposition, râla-t-il en le détaillant du regard. Je pensais que tu nageais plus tard.

– D'habitude, oui. Mais là, ils faisaient chier. »

Potter désigna la dizaine d'albatros qui se dandinaient autour de lui, picoraient le sol à la recherche de miettes imaginaires, ou fouillaient carrément dans son tas de feuilles mortes et réduisaient ses efforts à néant.

« Ils gueulaient sur le balcon, j'arrivais plus à dormir. Je pensais les emmener pêcher au large et nager là-bas, pour changer.

– Ils étaient très bruyants ? s'alarma Drago. Ils avaient l'air inquiet ?

– Je te laisse juger. »

Deux albatros s'installèrent confortablement dans les feuilles et toisèrent Drago avant de grogner à son encontre, comme pour le mettre au défi de les chasser de leur nouveau nid.

« Ils essayaient peut-être juste de m'expliquer que t'étais là, supposa Potter. Pourquoi t'es venu si tôt ? Les petits déj' ont même pas encore été servis.

– Parce que je ne voulais pas être remarqué ou croiser quiconque.

– Ah. »

Potter hésita en se suçotant les lèvres et en passant son poids d'une jambe à l'autre.

« Tu n'as pas de cape ? interrogea Drago. Tu vas avoir froid si tu t'envoles dans cette tenue.

– Ah ? Ouais, mais mes Sicco abîment les vêtements, apparemment. Genre ça nique les fibres ou je sais pas quoi. Ils rétrécissent.

– Ça me semble évident. Tu utilisais des Sicco directement sur vêtements mouillés ?

– Bah oui. Pour les sécher, quoi. Enfin, bref, du coup je mets des trucs pourris, maintenant. »

Drago ne répondit pas. Les vêtements moldus étaient peut-être pourris, mais ils parvenaient à mettre en valeur le corps des Sorciers d'une façon que les robes étaient très loin d'égaler. Adieu la prestance, mais bonjour les trapèzes saillants et les biceps qui roulaient sous la peau au moindre mouvement.

Potter leva le bras pour se gratter la tête et le tissu se souleva pour révéler les muscles dentelés sous les aisselles.

« Bon, du coup, j'y vais, affirma Potter. Hésite pas si tu veux acheter de l'engrais, ou des machins, ou je sais pas quoi. Tu peux écrire à Neville si tu veux des conseils. Il doit repasser dans les semaines à venir.

– Très bien. »

Potter lui adressa un sourire bravache et enjamba le manche d'un balai qui s'élevait déjà. Les albatros tournèrent tous leurs longs cous vers lui, comme s'il était leur capitaine.

« Attends, Potter !

– Ouais ? »

Il immobilisa son engin à hauteur de poitrine et surplomba Drago en observant la mise en branle des oiseaux. Certains couraient sur la plage en battant des ailes, tandis que d'autres tentaient maladroitement d'escalader un rocher ou une pierre tombale pour pouvoir se laisser tomber en planant.

« Où est-ce que tu comptes aller ? Au nord ?

– Hm, je sais pas trop. Surement, oui. Les icebergs sont pratiques pour déposer le balai et mes lunettes et faire une pause avant le chemin du retour.

– Là où il y a les macareux ?

– Les petits pingouins ? Oui, par là. »

Drago sourit en se rappelant leurs petites courses quand ils fuyaient les albatros ou se précipitaient pour attraper des croquettes GullGrub. Ils avaient réalisé la pire escapade romantique imaginable sur ces étendues de glace inhospitalières, mais le souvenir était agréable tout de même.

« Je te propose pas de m'accompagner, annonça Potter. J'ai encore mon orbe de surveillance là-bas, et je peux t'affirmer qu'il n'y a aucune bestiole mignonne sur place.

– Ah. »

Drago tâcha de ne pas montrer trop ouvertement sa déception.

Ses doigts tapotèrent sur le manche de son rateau. Le simple fait de voir Potter voler lui donnait envie d'aller chercher son propre balai. Une dizaine d'albatros planait déjà autour d'eux, et leur compagnie suffisait largement à combler ses besoins en termes de fréquentation animale.

« Allez, je file, sinon ils vont me le faire payer. À plus ! »

Drago ouvrit la bouche pour protester, puis la referma. Il hocha la tête, adressa un sourire à Potter et recula d'un pas, les doigts crispés sur son outil de jardinage, pour lui indiquer qu'il pouvait le quitter. Potter cligna de l'œil et partit vers l'avant.

Quelque chose l'avait dérangé dans cette entrevue sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus.

Il se remit au travail en maugréant et rougit furieusement quand il parvint à prendre conscience du problème : il aurait voulu que Potter l'invite, macareux ou pas, albatros ou non, balai partagé ou ensemble sur le même engin. Il aurait voulu voler à nouveau.

Il aurait voulu que Potter l'invite et insiste.

Un chevrotement guttural lui répondit et il tourna la tête vers Vif-Eclair qui l'observait, la tête penchée et l'air méprisant. L'oiseau resta immobile et silencieux un moment avant de faire claquer son bec, à nouveau, et de tendre la patte vers lui. Une lettre unique s'y trouvait.

« Pardon. Je n'avais pas vu. »

Drago s'accroupit, détacha l'enveloppe et remercia l'albatros d'une poignée de croquettes qu'il se hâta de dévorer. Il se redressa et sa mains trembla un peu quand il lut le nom du destinataire sur le papier : « Drago Abraxas Cygnus Black Malfoy, Cellule 01, Corridor 11, Pénitencier d'Azkaban, Mer du Nord » Papier beige et épais, encre violette, un sceau avec un « M » orné d'une balance… Magenmagot.

Drago ricana malgré lui. Cellule 01, Corridor 11. Ça ressemblait à une plaisanterie, et Drago espérait que Potter aurait eu la présence d'esprit d'attribuer la gestion de ce corridor imaginaire à la cellule unique à Mullan ou Runcorn.

Il décacheta l'enveloppe et en sortit un parchemin épais, brillant, glissant sur ses doigts.

« À l'intention du détenu Drago Abraxas Cygnus Black Malfoy, incarcéré à Azkaban,

Le Magenmagot a l'honneur et la responsabilité de vous signifier un changement quant à vos conditions de détention. En effet, il a été porté à notre attention que votre comportement exemplaire entre les murs d'Azkaban vous donne la chance et le droit de profiter de notre tout nouveau système de liberté surveillée et de travaux d'intérêts publics, récemment mis en place.

L'hôpital de Sainte Mangouste à d'or et déjà accepté que… »

Ses doigts tremblaient. Sa respiration était hachée. Il avait envie de pleurer, de s'effondrer, de tenir le papier contre son cœur. Il se força à lire chaque mot, de ne rien sauter, de ne rien survoler, et de ne pas se précipiter sur la date inscrite à la fin du paragraphe.

Deux mois.

Il sortait d'Azkaban dans deux mois.

Quelque chose allait arriver, forcément. Potter allait mourir, Drago allait mourir, quelqu'un allait l'attaquer, le blesser, l'handicaper, l'accuser d'un quelconque crime et l'affaire allait être reportée. Un monstre allait survenir. Forcément. Un aléa administratif qu'ils n'avaient pas prévu. Lucius Malfoy allait revenir, graisser quelques pattes auxquelles ils n'avaient pas pensé, poser quelques conditions, marchander. Le ferry ferait naufrage, et Drago serait avalé par les flots ou par un monstre marin.

Il ne pouvait pas partir déjà : il n'avait pas terminé de lire le carnet du Mage, il n'avait pas retrouvé son Détraqueur, il n'avait pas revu Lucile.

Peu importait. Il était prêt ! Qu'ils débarquent à l'instant, s'ils le voulaient, et Drago abandonnerait toutes ses possessions pour monter dans le bâteau.

Il n'était pas satisfait de la fragilité de la relation qu'il entretenait avec Potter, du fait qu'elle évoluait de jour en jour et qu'elle manquait actuellement de stabilité. Il aurait voulu que cet aspect-là, au moins, de sa vie soit simple.

Et ça ne comptait pas davantage. Potter serait heureux pour lui. Potter ne lui en voudrait pas de partir plus tôt que prévu.

Les pensées se mélangeaient dans sa tête, se heurtaient, se brouillaient.

Il fixa l'horizon en souriant comme un dément.

Il pouvait le rejoindre. Il pouvait aller chercher son balai et se diriger vers le Nord. Il repèrerait facilement les albatros à leur vacarme et Potter grâce à eux.

Il fit quelques pas en direction du château, revint en arrière, observa le ciel, la météo, la marée – peut-être Potter ne l'avait pas invité par inquiétude quant à un risque de tempête – relut son parchemin, s'accroupit devant Vif-Eclair et lui flatta l'encolure…

« Tu viens avec moi ? Si je vais le rejoindre, tu viens avec moi ? »

L'albatros tourna la tête vers l'océan et fixa l'horizon de son œil trop sérieux.

Les doigts de Draco s'immobilisèrent dans les plumes chaudes.

« Tu trouves ça cruel ? Tu penses qu'il m'aime encore ? Tu trouverais ça cruel que je lui jette mon bonheur au visage, que je l'abandonne ici ? »

Il se sentait un peu ridicule à bavarder avec un oiseau qui ne comprenait rien ou pas grand-chose. Il était vêtu de sa peau de morse et songea qu'il devait vraiment avoir l'air d'une bête, accroupie ainsi sur la grève.

« Je suis désolé. Cet endroit est formidable pour vous, avec la mer, les poissons et les… Je ne sais pas ce que vous trouvez à cet endroit. Mais moi, ma place n'est pas ici. »

L'oiseau ne réagit pas.

« Mais je reviendrai, tu sais ? Je reviendrai pour vous et pour lui. Je lui écrirai tous les jours si ça peut me permettre de vous voir, toi et toute la colonie… »

Vif-Eclair tourna la tête vers lui, sembla peser le pour et le contre de la déclaration, puis il ouvrit son large bec, souffla son haleine ignoble au visage de Drago, et lui escalada joyeusement les cuisses pour faire claquer son bec dans ses cheveux.

Quand il rentra au château, il fit un détour par le bureau professionnel de Potter pour ouvrir son agenda et il griffonner un petit mot :

« Nous devons parler. J'ai reçu une lettre du Magenmagot. J'ai une date. »

Quand, plus tard, il s'installa à son propre poste de travail, il y avait une réponse sous son invitation :

« Je sais.

Félicitations !

Je crois que Runcorn veut fêter ça avec toute l'équipe. Dis-moi si tu veux que je lui en touche deux mots pour calmer les choses.

Tu peux te charger de mettre une annonce dans la Gazette Emploi pour dire qu'on aura besoin d'un nouveau secrétaire ? »

Il avait réalisé l'un de ses stupides petits autoportraits qui brandissait les deux pouces avec un grand sourire.

Drago déchira la page, la plia soigneusement, et la conserva à l'abri.


Vous le sentez comment le Harry ?