Ysa : MDR ! congelera ? congèlera pas ?
Melynee: On sent qu'on touche les mêmes thèmes, j'aime beaucoup ce que tu me dis
Au programme : Drago est toujours un petit con arrogant, Potter est toujours un jerrican prêt à s'enflammer, et Kieran Price est de plus en plus une mauvaise idée !
Drago était déjà à fleur de peau avec la présence de Kieran Price si proche de son petit cocon personnel. Voir Potter surgir, essoufflé, la baguette sortie, prêt à en découdre, lui donna soudain envie de disparaître. Pendant quelques secondes, il imagina ce dont il avait l'air, bras dessus, bras dessous avec l'architecte, dans un couloir noir et désert, à quelques pas de son lit.
Et puis rapidement, la colère s'empara de lui. Il en voulait à Kieran Price, qui était venu jusqu'ici dans y avoir été invité, contre lui-même, qui aurait dû aménager les lieux d'une façon moins pitoyable, et surtout contre Potter dont l'avis aurait dû l'indifférer.
C'est contre lui qu'il se mit à hurler :
« Qu'est-ce que tu viens foutre ici, Potter ?! C'est mon couloir ! Ma cellule ! »
Presque instantanément, l'expression du Sorcier passa de l'inquiétude à la rage :
« Ton couloir ?! Je te signale que je suis venu parce que j'étais inquiet ! Je te rappelle que c'est ma magie qui protège cet endroit des étrangers ! Pour toi !
– Je ne t'ai rien demandé !
– Non ?! Je devrais peut-être te laisser te débrouiller tout seul alors ?!
– Précisément, oui ! »
Ils échangèrent quelques autres hurlements bien sentis, jusqu'à ce que le pauvre Kieran Price ne tente de se mêler à la dispute :
« Monsieur Potter, vous vous méprenez, je pense : nous…
– Vous, sortez d'ici ! Immédiatement !
– Je t'interdis de lui donner des ordres ! J'invite bien qui je veux chez moi ! »
Ils se jaugèrent du regard, leurs poitrines agitées de grandes respirations essoufflées. Le regard de Potter oscilla plusieurs fois entre Price et Drago, et ce fut finalement vers le prisonnier qu'il pointa un index menaçant :
« Je n'enlèverai pas les sorts d'alarme et de cafardage. Tu peux l'amener ici autant que tu veux, mais je débarquerai à chaque fois pour m'assurer que tu vas bien, que tu le veuilles ou non. »
Son discours avait commencé sur un ton agressif et rageur, mais s'était fini sur un pitoyable hoquet de détresse.
Drago ne répondit pas. Il toisait Potter de toute sa hauteur, mais avait aperçu du coin de l'œil quelque-chose qui l'inquiétait…
Après quelques instants et de nouvelles respirations laborieuses, Potter renifla, fit volte face, et, sa cape volant dans son dos, il quitta les lieux.
Kieran Price reprit la parole :
« Merde. Je pensais pas que Harry Potter était du genre à s'énerver comme ça. Enfin, j'avais lu des trucs dans la Gazette, mais je pensais que… »
Drago ne l'écoutait déjà plus. Il se rendit là où Potter s'était tenu, s'accroupit, et tâta le sol du bout des doigts.
Si son sens du toucher l'avait trompé, son souffle formant un nuage blanc l'aurait corrigé : la pierre était glaciale sous ses doigts. Il fit glisser sa main sur le sol pour confirmer ce qu'il avait pressenti : ici, on avait l'impression de toucher un glaçon, et le froid était si piquant que sa peau s'accrochait à la pierre. Une paume plus loin, plus rien. La limite était nette, incroyablement acérée.
Potter avait laissé sa magie s'échapper mais l'avait contenue dans un cercle étroit autour de ses pieds.
Il n'entendit pas la fin du discours de Kieran Price mais perçut la note interrogative qui le clôturait. Il répondit donc, en partant des derniers mots qu'il avait compris :
« La Gazette n'est pas plus fiable que le Chicaneur. Potter n'est pas quelqu'un de dangereux la plupart du temps. »
Il y eut un silence, puis Kieran Price répéta :
« La plupart du temps ?
– Il a vaincu le Seigneur des Ténèbres alors qu'il n'était qu'un enfant, énonça Drago en se relevant et en époussetant ses mains sur sa robe. Bien sûr qu'il lui arrive d'être dangereux. Mais il se maîtrise.
– Il était maîtrisé, là ? »
Drago haussa les épaules. Pour autant qu'il pouvait en juger, oui. Mais ça restait Potter : Une espèce de Dragon particulièrement imprévisible.
« Je t'aime bien, Drago, mais pas au point de me mettre Harry Potter à dos. »
Et Drago n'aimait pas Kieran Price au point d'insister pour maintenir leur relation.
Il se retourna et considéra Kieran Price qui n'avait pas bougé. Sa bouche était pincée, jugeante. C'était décidément bien désagréable de le voir dans ce couloir-ci.
« Allons ailleurs, proposa Drago. Tu ne dois plus venir par ici. Je récupérerai des feuilles jumelles pour que tu puisses me contacter si jamais tu…
– C'est bon, non ? Il a dit que je pouvais rester ici. Qu'il viendrait juste vérifier de qui il s'agit à chaque fois, mais que c'est ok. »
Drago poussa un soupir.
Les règles et décisions de Potter rentraient peu en compte. Le fait était qu'il n'avait pas envie de partager sa cellule avec Kieran Price. Ses yeux se posèrent sur la porte des cuisines, et il hésita à inventer une histoire de sécurité pour justifier son choix. Il décida finalement d'être honnête, puisque la technique lui avait plutôt réussi jusqu'ici et avec cet homme-là.
« Ne t'occupe pas de ce que dit Potter. C'est simplement que j'ai peu d'intimité par ici, et que je tiens donc à ce que cet endroit-là reste le mien. »
Le mensonge aurait peut-être été préférable. Kieran Price fronça les sourcils :
« C'est juste comme si je venais te rendre visite chez toi, n'en fais pas tout un plat.
– C'est plus compliqué. C'est plutôt comme si tu fouillais dans mes affaires. Je n'aime pas ça.
– Je n'ai rien fouillé. »
Draco soupira :
« Non, mais je n'aime pas ça quand-même. Est-ce qu'on peut aller ailleurs ?
– Pourquoi tu n'as pas transformé la grille en mur, si tu tiens tant que ça à garder tes petits secrets ?
– Parce que je me suis habitué à cette grille. Et puis avec un mur, ça sentirait le renfermé.
– Tu pourrais créer une ventilation. Je peux te faire ça en cinq minutes.
– Je ne veux pas de mur, je ne veux pas de ventilation, je veux seulement qu'on aille ailleurs. »
Kieran Price croisa les bras et le toisa d'un air sévère.
« Tu vois ? C'est exactement ça que je te reproche. Pourquoi tu refuses tout le temps de t'ouvrir à moi ? Tu me fais pas confiance ? Qu'est-ce que tu caches de si important dans ta cellule ? »
Draco ferma les yeux un instant. Les disputes conjugales. Il n'avait jamais connu ça. Il y avait un début à tout. Pendant quelques secondes, il blâma Potter, mais pour être honnête, celui-ci était loin d'être totalement responsable.
Dans une relation, il fallait savoir faire des concessions.
« Je ne te cache rien. Tu veux visiter ? »
Kieran Price ne répondit pas et un silence désagréable s'installa entre eux. Drago lui ouvrir la porte de sa cellule et regarda, affreusement gêné, l'architecte déambuler dans les quelques mètres carrés d'espace disponible, juger la souche et les cartons, le petit lavabo au dessus des toilettes, avec sa vieille chaussette encore humide, blêmir en levant les yeux vers les anneaux de fer au sommet du mur, tâter le mur humide…
C'était comme si ses secrets les plus honteux étaient révélés au monde entier : sa peur débile des Épouvantards, son amour immature des choses mignonnes et des bestioles à papouiller, sa jalousie maladive des pouvoirs de Potter…
« C'est de la bonne magie, observa finalement Kieran Price en tripotant les rideaux du baldaquin. C'est toi qui l'a fait ? »
Sa voix était déformée par l'écho souterrain, désagréable. Drago eut plus que jamais le besoin de voir cet homme quitter les lieux alors il lui mentit une seconde fois :
« Oui. »
Il ne souleva pas le fait que la magie de Potter était reconnaissable à des lieues à la ronde et se retint de faire remarquer qu'il fallait être sacrément ignare pour penser que Drago aurait le pouvoir de faire durer un charme d'illusion aussi longtemps.
« Ça te dérange vraiment à ce point que je sois ici ? »
Drago haussa une nouvelle fois les épaules. Un troisième mensonge aurait été de trop, et la vérité aurait été insultante.
« Très bien, soupira Kieran Price. Allons ailleurs. »
Ils déambulèrent jusqu'à la plage presque sans échanger un mot. Pour se faire pardonner sa froideur, Drago emmena Kieran Price voir le bébé albatros. La mère gonfla ses plumes et claqua du bec pour leur interdire de trop s'approcher et, une nouvelle fois, Drago en voulut à l'homme de venir gâcher sa soirée.
Ils s'accroupirent à quatre ou cinq mètres du nid, et Drago jeta consciencieusement quelques friandises à l'oiseau pour la calmer et l'encourager à laisser apercevoir un peu plus qu'un postérieur noir piqué de follicules plumaires immatures.
Au bout d'un moment, Kieran Price reprit la parole :
« C'est vraiment fini entre vous ? demanda-t-il d'un ton agacé.
– Par Morgan… répondit Drago en levant malgré lui les yeux au ciel. Oui, c'est vraiment fini.
– Ça n'a pas l'air d'être fini, de son côté.
– Et que veux-tu que j'y fasse ?
– Tu pourrais lui dire, franchement, que c'est fini.
– Je le lui ai déjà dit. Potter n'est pas du genre à accepter facilement une situation qui ne lui plaît pas.
– Tu as l'air de bien le connaître. »
Drago tourna la tête pour observer Kieran Price qui n'avait jamais employé un ton aussi acerbe jusqu'à présent. Il serrait les dents à tel point que sa mâchoire semblait presque prognathe.
« Je le connais bien, en effet. Nous avons le même âge. Nous étions dans la même promotion à Poudlard.
– Vous étiez déjà ensemble ?
– Par tous les Sangs, non, s'exclama Drago, dégoûté par l'idée. Je te l'ai déjà dit : nous ne nous supportions pas.
– Mais aujourd'hui, ça a bien changé, pas vrai ? Vous passez tout votre temps libre ensemble. »
Son regard était suspicieux et son ton accusateur. Drago devina sans peine pourquoi Kieran Price avait choisi ce jour-ci pour venir visiter sa cellule.
« Potter a eu des ennuis avec la presse. C'est pour ça qu'on a dû passer la journée à travailler ensemble. D'habitude, nous nous voyons moins. »
Il n'obtint aucune réponse et reporta donc son attention sur la maman albatros. Il arrivait à la fin des friandises que ses poches contenaient mais ne s'inquiétait pas pour ça : les sacs de nourriture GullGrub faisaient partie de ces cadeaux que Potter abandonnait en quantité à son intention aux quatre coins de la prison.
Puisque le silence s'établissait, il jeta un coup d'œil nerveux à Kieran Price et précisa en maugréant :
« Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi… »
C'était un nouveau mensonge : Drago avait bien plus apprécié de passer la journée à travailler avec Potter que cette soirée à traîner avec Kieran Price.
Comme si ça ne suffisait pas, celui-ci cracha enfin ce qu'il avait sur le cœur :
« Combien de temps tu l'as fait mariner, lui, avant de coucher avec lui ? »
La bouche de Drago s'ouvrit en grand mais aucun son n'en sortit.
« Remarque, j'ai toujours été trop bon, trop con. »
Il avait une dizaine de répliques cinglantes à lui balancer, et qui allaient du fait que ces informations ne le concernaient pas, à celui que les situations n'avaient rien à voir, en passant par le rappel que Kieran Price avait été celui à lui faire miroiter un simple baisser pendant des jours ! Plus que tout, le sous-entendu était obscène et lui donna immédiatement envie de le planter là et de regagner sa cellule sans lui accorder un regard.
Drago hésita une seconde, puis se leva d'un coup.
« Attends ! »
Il avait déjà pris la direction des grandes portes du château. Il se retourna et fixa Kieran Price avec mépris.
« Désolé ! » râla l'architecte sans sembler l'être une seconde. Il se releva et en épousseta ses mains sur son pantalon. « C'est juste que ça me stresse d'être tout le temps comparé à lui pour le moindre truc. Tu peux comprendre ça, non ?
– C'est toi qui te compares à lui pour le moindre truc, observa Drago avec froideur. Ne me mets pas ça sur le dos. »
Kieran Price serra une nouvelle fois les mâchoires dans l'intention manifeste de retenir les mots auxquels il pensait.
Pour avoir été bouffé par la jalousie pendant des années, Drago pouvait comprendre les émotions qui le tenaillaient. Il poussa un soupir resigné et revint vers lui.
« Et c'est aussi toi qui me plais », assura-t-il.
Kieran Price lui adressa un sourire contrit.
C'était normal de se disputer dans un couple. Pansy le lui avait assuré à plus d'une reprise. Drago aussi devait prendre sur lui pour aplanir les choses.
Il retourna ses poches pour laisser les dernières miettes dans de friandises pour albatros être emportées par le vent, puis tendit la main à Kieran Price pour l'aider à se redresser.
Une fois debout, il ne lui lâcha pas la main.
Ils retournèrent dans la petite salle de torture que l'architecte avait transformé en nid douillé.
Puis, puisque Drago devait prendre sur lui pour aplanir les choses, il s'accroupit entre les jambes ouvertes de Kieran Price et lui prouva son intérêt.
