77Hildegard - Et oui, je suis qqun de cruel... autant pour mes persos que pour les lecteurs é_è ... J'espère que vous ma pardonnerez X)
Eiilys- La souffrance de Harry aura toujours du mal à rattraper celle qu'il a infligé à Drago, mais oui, pauvre Harry quand-même...
Melynee - °A° ! que de violence ! Tu veux que Harry utilise de nouveau la manière forte ?!
Mais tu as bien deviné : Je voulais que Drago puisse prendre qqes décisions sans être complètement acculé, pour qu'il puisse enfin assumer les conséquences de ses actes ^^
Cela faisait longtemps que Drago n'avait pas fait une nuit blanche. Les genoux rassemblés contre son torse et les ongles entre ses dents, il attendit pendant des heures interminables que Potter vienne lui annoncer une interdiction de quitter sa cellule et un renvoi de Kieran Price.
Ce fût seulement quand les petits chariots enchantés quittèrent les cuisines, au matin, qu'il réalisa ne pas avoir fermé l'œil de la nuit.
Il se leva, se débarbouilla et se changea sans entrain, puis, puisque l'heure de natation quotidienne était probablement terminée, il réemprunta le monte-charge pour accéder au troisième étage. Les portes grincèrent et protestèrent et la vieille machinerie cahota et claqua pour exprimer son mécontentement à avoir été ignorée si longtemps. Il réussit à s'extraire de la cabine malgré l'interstice pitoyable qu'elle lui présenta, et il se fit la promesse encore plus ridicule de revenir s'occuper de ses vieux rouages et de ses câbles centenaires.
Les trois chariots de service avaient disparu, indiquant, sans besoin d'utiliser sa clochette, que le Directeur et ses Majors étaient chez eux. Il cogna à la porte de bois sombre, attendit une réponse qui ne vint pas, recommença, se mordilla les lèvres, puis décida finalement de pousser la porte lui-même.
Le bruit des canalisations lui indiqua que Potter se trouvait dans sa salle de bain et ne l'avait probablement pas entendu. Le feu avait beau ronfler, la température de la pièce était à peine tiède. Après une nouvelle hésitation, il décida d'attendre, sagement, près de la porte. Quelques affaires traînaient, mais l'ordre général semblait suggérer que Potter s'était attendu à sa visite quelque temps auparavant avant d'abandonner cet espoir. Il était aussi possible qu'il surinterête les mouvements du Survivant. Il haïssait cette impression d'être si transparent à ses yeux tout en étant totalement aveugle de son côté.
Il allait quitter la pièce pour partir analyser son ressenti dans un endroit plus tranquille quand le bruit de l'eau qui coule cessa d'un coup. S'il partait maintenant, celui de la porte serait audible. Il se mordilla les lèvres en hésitant et en piétinant, jusqu'à ce que la porte de la salle de bain ne s'ouvre et que Potter en sorte dans un nuage de vapeur, une serviette autour des hanches et le crâne dissimulé sous une seconde avec laquelle il se frottait vigoureusement.
En une fraction de seconde, le Survivant sentit la présence de l'intru, leva la main pour faire apparaître un bouclier magique puis le révoqua en constatant l'identité de Drago. De son côté, lui n'avait eu que le temps de sursauter.
Comme la veille, ils se fixèrent en silence un moment, et Drago regretta de ne pas avoir gardé la porte entrouverte pour se laisser une possibilité de fuir.
Il se racla la gorge, et le son émis, ainsi que la sensation dans sa gorge, lui donnèrent l'impression qu'il avait hurlé.
« Je peux passer plus tard, proposa-t-il finalement.
– Ça dépend, marmonna Potter. C'est peut-être plus prudent. Je me maîtrise à peine, là. »
Tout indiquait le contraire, de son attitude calme à son visage inexpressif.
« Je voudrais parler de ce que tu as vu hier soir, indiqua Drago.
– Ouais ? Alors en effet, il vaut mieux attendre. »
Drago piétina discrètement. Potter avait beau présenter une attitude pacifiste, il craignait que lui tourner le dos le transformerait en tigre prêt à le dévorer.
« C'est urgent ? » demanda tout de même Potter puisque Drago ne bougeait pas. Puis, se redressant d'un coup et en faisant un pas en avant, il éclata : « Putain, il t'a forcé ?! »
Drago recula d'un pas et son dos heurta le mur.
À peine le temps de cligner des yeux, et Potter n'était plus qu'à un bras de lui, presque nu et dégageant cette chaleur sèche et insolite qui lui embrouillait l'esprit. Il s'empara et brandit sa baguette – bien sûr avec un temps de retard – et le silence revint, cette fois troublé par les respirations anxieuses ou enfiévrées.
Potter ne bougeait plus, le front barré de plis inquiets ou furieux. Son visage passait d'une expression à l'autre par vagues floues, comme celles qui surplombent les dunes des déserts.
La main tremblante, Drago rabaissa sa baguette.
« Non, chuchota-t-il en tâchant de passer à travers le mur. Il ne m'a jamais fait de mal.
– C'est vrai ? » enchaîna immédiatement Potter, et Drago ne pouvait pas lui reprocher de douter de sa parole.
« Kieran Price est quelqu'un de bien, marmonna Drago, conscient du fait que ses doigts se crispaient malgré lui sur le manche de sa baguette.
– Qu'est-ce-qui se passe alors ?
– On… Nous en parlerons plus tard, fit-il en ignorant de son mieux l'haleine chaude et mentholée qu'on lui crachait au visage.
– Non, putain. C'est trop tard maintenant : je suis inquiet. »
Drago jura dans sa barbe en détournant le regard. La situation était grotesque. Il prit une grande inspiration, le regretta aussitôt tant ses poumons le brûlèrent et sa peau commença à transpirer, puis clarifia les événements :
« Il ne s'est rien passé, Potter. Rien qui te concerne, en tout cas, se corrigea-t-il en lui accordant un bref regard. Je craignais que tu… que tu ne nous offres un nouveau scandale comme tu en as l'habitude. Si ce n'était pas ton intention, alors j'en suis agréablement surpris, mais il est inutile d'en discuter.
– Ah, prononça Potter au bout d'un moment, faisant grincer les dents de Drago.
– Comme tu dis.
– Ouais, nan, marmonna-t-il ensuite en reculant enfin. T'inquiète pas pour ça. Je suis déprimé, mais pas énervé. »
Drago ne répondit pas mais avala, discrètement, une gorgée d'air frais.
Son corps continuait de réagir à la magie de Potter et l'idée le répugnait et le dérangeait. Il sentait son sexe se réveiller et ses doigts le démanger. Il voulait toucher sa peau, racler de ses ongles l'humidité que ses cheveux continuaient de poser sur ses épaules et dans son dos…
Il tourna la tête.
« Donc, reprit Potter d'une voix calmée, tu… Vous êtes de nouveau ensemble ?
– Oui.
– C'est… J'imagine que c'est ma faute, ronchonna Potter en recommençant à se sécher les cheveux. J'aurais pas dû te re-sauter dessus aussi vite. J'étais content, j'ai pas réfléchi. »
À présent qu'il s'était éloigné et que le dialogue était entamé, toute la tension semblait avoir disparu de la pièce. Drago remit de l'ordre dans les plis de sa robe avant de se décoller du mur et de déclarer avec sarcasme :
« Non, Potter, ce n'est pas ta faute. Aussi étonnant que ça puisse te paraître, tout ne tourne pas autour de toi, et il arrive que des événements se produisent sans qu'ils ne te concernent ou que tu en sois responsable.
– Rarement », affirma l'intéressé en prenant le chemin de sa chambre.
Drago poussa un nouveau juron et le suivit à grandes enjambées rageuses.
« Ma relation avec Kieran Price ne te regarde pas ! J'étais inquiet pour lui et je suis maintenant rassuré, mais… »
Potter laissa tomber la serviette qui protégeait son intimité et Drago détourna les yeux par réflexe. Après deux secondes, il réalisa qu'il n'avait aucune raison d'être gêné et le toisa de nouveau. Potter termina d'enfiler un boxer puis s'assit sur son lit ou il récupéra un pantalon d'alpaga qu'il examina d'un œil critique. Dans cette pièce-ci, le désordre était partout.
« Donc, c'est reparti ?
– Notre relation est solide, prétendit Drago. C'était une dispute comme il en arrive souvent et nous nous sommes réconciliés.
– Jusqu'à la prochaine fois. »
Drago lui adressa un regard meurtrier, mais l'expression peinée de Potter le fit souffler et se détourner.
Il croisa les bras et posa son épaule contre le chambranle pour s'occuper les mains. Le besoin de ranger tout ce fatras le démangeait. À bien y regarder, le désordre semblait pire que ce qu'il avait été du temps de l'arrivée du Survivant sur l'île. Les oreillers étaient incrustés de plis serrés, comme on en obtient quand on se couche les cheveux mouillés.
« Et cette fois, vous avez vraiment couché ensemble ?
– Ça, ça ne te regarde vraiment pas.
– Tu mérites tellement mieux que Price, prétendit Potter en enfilant cette fois une chemise noire.
– Price est très bien. C'est quelqu'un de normal, et c'est ce que j'aime chez lui.
– Price n'est pas normal. Quelqu'un de normal te ferait sentir chaque jour à quel point tu es exceptionnel. »
Drago sentit la commissure de ses lèvres se retrousser. Il camoufla son sourire sous un rictus moqueur et oublia les oreillers.
« Price est quelqu'un de normal qui me fait me sentir normal, et je ne demande rien de plus.
– Price a été violent avec toi », rappela Potter d'un ton morne et en nouant sa cravate à l'aveuglette.
Drago avala sa salive doucement. Il avait déjà remisé l'anecdote dans un coin lointain de son esprit. Elle était sans importance. Un coup de sang, c'était tout.
« Arrête ça, Potter. Tu sais bien que… Que ce n'est pas quelque chose dont il est responsable. N'importe qui aurait réagi de la même manière, et toi le premier. C'est moi qui… » Potter était désormais occupé à lacer ses chaussures. Il était penché en avant et Drago ne pouvait pas voir son visage. Il pouvait remarquer, en revanche, à quel point ses doigts étaient crispés et ses gestes lents. « Qui inspire ce genre de… comportement. Aux gens. »
Le lacet fût doucement tiré dans un sens et une jolie boucle souple se forma sur l'élégant soulier vernis. Le nœud lui rappelait pourtant davantage la corde d'un pendu qu'une jolie pièce de vêtement. Il y avait des traces de semelles poussiéreuses sur le cuir brillant. Potter s'était marché sur les pieds.
Il y eut une minute de silence et d'immobilité, puis Potter poussa un soupir et se releva. Il vint se planter devant Drago et, comme souvent, il replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et en profita pour lui effleurer la joue.
« T'es pas responsable du comportement que j'ai eu envers toi. »
Drago le savait déjà. L'entendre confirmé par Potter ne prouvait absolument rien et ne lui apportait pas davantage. Il n'était pas responsable de ce qu'il faisait ressentir aux gens, mais il le faisait tout de même. Comme Potter. Comme Potter dont la puissance suintait à chaque instant comme une flamme et consumait ses interlocuteurs de crainte, d'admiration ou de jalousie. On ne pouvait pas le lui reprocher, mais c'était ainsi. Le nier ou le cacher ne servaient à rien.
« Arrête de me toucher, s'il te plaît. »
Les doigts de Potter frémirent, puis reculèrent.
« Tu n'as pas commandé d'Attrape-Rêves, accusa Drago.
– Je savais pas comment choisir, répondit Potter d'un haussement d'épaules. Et ces trucs coûtent un rein.
– Tu aurais pu me demander de l'aide.
– On se voit pas souvent. J'ai pas envie de parler de ça quand c'est le cas. »
Drago garda le silence. Ce n'était pas le genre d'achat qu'il pouvait faire à sa place.
Potter semblait préférer même le silence à ce sujet de conversation puisqu'il ne parla pas plus.
Au bout d'un moment, Drago soupira et annonça d'une traite :
« Il est hors de question que je dîne à nouveau avec toi, Potter. Mais j'ai discuté avec Kieran Price et si tu y tiens, je t'accorderai dorénavant un déjeuner en ma compagnie par semaine. »
Les yeux verts s'arrondirent et leur propriétaire afficha cette bouille stupide de petit garçon qui ne comprend rien. À sa décharge, le changement de sujet avait probablement été trop rapide, même pour un esprit supérieur au sien.
« Il serait inconvenant que tu continues à ramener des excentricités de Londres. Nous ferons venir des plateaux du réfectoire, et exceptionnellement, tu pourras compléter avec un dessert de ton choix. Exceptionnellement. Tu pourras enfin utiliser ce congélateur d'une façon à peu près appropriée.
– Pourquoi ? »
Drago haussa les épaules. Il lui avait semblé nécessaire de taper fort pour faire comprendre à Kieran Price qu'il ne pouvait pas complètement lui interdire d'entrer en contact avec d'autres que lui. L'avouer à Potter aurait cependant été une très mauvaise idée : inutile de lui faire savoir à quel point cette relation était fragile, et il aurait été cruel de lui apprendre qu'il n'était qu'un outil et un exemple.
« J'avais le choix entre ça et l'infirmerie, expliqua-t-il tout de même. J'ai pensé que tu…
– Alors c'est non. »
Ce fut au tour de Drago de hausser les sourcils et d'écarquiller les yeux. Potter n'était pas servile, mais Drago l'avait tout de même cru suffisamment entiché pour accepter sans hésitation !
« Désolé, mais ta thérapie prime sur tout le reste. Si ça se joue entre moi et ça alors…
– Par Merlin, bien-sûr que je continue la thérapie ! Il n'a jamais été question d'arrêter. Je parlais du Laboratoire. Des potions. »
S'il avait fallu être tout à fait honnête, la thérapie avait été discutée. Par chance, Kieran Price avait un grand-père moldu et il connaissait le concept du psychologue. Drago avait insisté sur le fait que Nguyen était le seul Sorcier de sa connaissance à exercer cette profession, et le seul habilité à travailler à Azkaban. Rien que des vérités.
« Je croyais que t'aimais ça, aider Nguyen au labo ?
– Tu me fatigues, Potter. Est-ce que ces déjeuners professionnels te…
– Oui, putain. Dix fois oui. » Son visage aurait pu se déchirer en deux tant son sourire était large. « Mais je comprends pas : t'as eu le choix entre moi et le labo, et… »
Drago lui coupa aussitôt la parole :
« Je n'ai pas le temps de discuter avec toi : je dois aller finir mes préparations en cours. Bonne journée. Et achète-toi un Attrape-Rêves »
Et il retourna vers le salon puis la sortie aussi rapidement que possible.
C'était une décision stupide, comme toujours. S'il avait su que Potter accepterait aussi facilement que son histoire avec Price reprenne, alors… Alors quoi ? se demanda-t-il en dévalant les escaliers avec légèreté. Aurait-il pris une autre décision ? Il préférait le Laboratoire, sans l'ombre d'un doute. Le Laboratoire était un refuge sûr, une occupation saine et un passe-temps qui prenait presque la moitié de son emploi du temps. Remplacer cette activité par une autre allait encore être source de questionnements et de déconvenues…
Il avait à peine hésité, cependant, et maintenant qu'il savait qu'il avait réellement eu le choix, que sa décision n'était pas une offrande destinée à calmer les velléités attendues…
C'était une décision stupide, mais elle avait le piquant et l'attrait d'une décision intéressante.
