En passant : Arf, je suis contente si j'ai pu un tout petit peu égayer ta journée ! J'espère que celle-ci sera plus agréable !
Merci x1000 à toi pour tes encouragements réguliers !

Eiilys : XD ça lui aura pris 20 ans, un sort de legilimantie et un coma, mais oui ! Comme quoi, tout arrive !
Merci pour ce commentaire, ça m'a bien fait rigoler !


L'information était le résultat d'une Cheminette arabe déformée : Potter avait expliqué à Kenaran ce qu'il pensait être l'espoir qu'il avait arraché à Drago, puis Kenaran avait résumé l'affaire à Nguyen, et celui-ci avait tenté de la retransmettre à Drago :

« Une espèce de rêve, de fantasme. Un avenir imaginaire parfait.

– Est-ce que ça pourrait expliquer pourquoi j'ai du mal à me projeter dans le futur ?

– Je l'ignore, Monsieur Malfoy. Je suis loin d'être un spécialiste de la question. Je suppose que le Professore saura mieux vous informer que moi. J'ai cru comprendre que votre départ pour le Maléfistinat n'était que reporté. »

Rien n'avait de sens. Que Potter joue avec ses espoirs, ce n'était pas nouveau. Qu'il prévienne l'infirmier, en revanche, c'était un mauvais calcul de sa part, même en gardant à l'esprit son manque de stratégie. Nguyen n'était pas spécialement de son côté.

« Avant de quitter définitivement Azkaban, reprit ce dernier, je vous suggère de discuter de votre situation avec Wihelma ou Medwin Welbert. Ils sont tous deux en nets progrès. Vous n'êtes pas seul, Monsieur Malfoy. Beaucoup de gens ici se soucient de vous. »

·

Il retourna dans sa misérable petite cellule et s'installa dans son lit.

Il n'avait aucune envie de se souvenir. Aucune envie de retrouver ce qu'on lui avait arraché.

Ne jamais espérer, c'était son mantra le plus important, quasiment le seul qui comptait. C'était à cause d'un espoir idiot que le Détraqueur avait fini par devenir fou, et Drago était capable de prendre la même direction s'il se risquait à se laisser aller.

Le discours de Nguyen tournait cependant en boucle dans sa tête, et il ne pouvait s'empêcher de remarquer que certaines choses ne collaient pas.

Il refusait, de chaque fibre de son être, d'envisager le fait que son bonheur puisse être lié à Potter. C'est vital, c'était essentiel : Comment pourrait-il espérer se supporter lui-même s'il avait pu avoir la faiblesse de s'amouracher de ce crétin sadique, arrogant, et tout bonnement dangereux ?! Il lui fallait trouver une réponse, une explication.

Il se rappelait les viols, les violences, les insultes, les menaces, les humiliations. Il se rappelait de la peur, de la crainte permanente qu'il ne s'énerve et se défoule sur lui. Il se rappelait du discours de ce crétin, devant ses deux meilleurs amis, quand il leur avait affirmé qu'il l'aimait après qu'ils les aient surpris, et se rappelait parfaitement les sentiments d'horreur et d'effarement qu'il avait éprouvé à ce moment-là. Il se rappelait avoir démenti fermement l'allégation.

Il ne se rappelait pas ce qu'ils faisaient quand ils avaient été surpris.

Il se souvenait… Il se souvenait qu'il sentait mauvais. Le détergent et les produits ménagers. Il avait les mains sales. Il avait été occupé à nettoyer les siphons des salles de douches de la Patinoire. Est-ce que ça faisait partie des fantasmes de Potter ? Le prendre sur le sol répugnant et glacé, entre deux boulettes de cheveux perdus abandonnées ? Mais dans ce cas, pourquoi aurait-il oublié ça ?!

Parce qu'il le voulait ? Aurait-il pu oublier volontairement tout ça ?

Il voulait, il voulait, il voulait oublier. Il voulait reprendre de zéro, sur des bases saines. À Rome, là où il serait en sécurité.

Le serait-il, cependant ?

La pensée tournait en boucle, le tourmentait.

Et puis il y avait ses mains. La main gauche était normale : abimée, crochue, déformée… Celle de droite, en revanche, était parfaite. Il n'avait rongé aucun ongle, n'avait cassé aucun doigt. Aucune cicatrice ne l'ornait, aucune morsure, aucune griffure, rien. Est-ce que ça signifiait qu'il allait bien, à l'époque ? Ou bien simplement qu'il avait su se contrôler ?

Il finit par sortir de sa poche la petite souris de papier de Rosier, et joua un peu avec elle, incertain de savoir s'il voulait la déballer. Peu de chances que le message ait un réel intérêt : Rosier était qui il était. En la gardant en forme de boulette, il pouvait cependant projeter n'importe quoi dans les mots inconnus. Des encouragements. Une promesse. Une affirmation que les choses allaient s'arranger, qu'il était compris, attendu, souhaité, aimé…

Ses yeux s'humidifièrent, et puisqu'il était seul, il s'autorisa à pleurer.

Il y avait quelque chose de répugnant dans sa manière d'être, dans sa façon d'aimer.

Il savait. Il avait toujours su qu'il n'était pas assez aux yeux de son père, et pourtant… Qu'aurait-il pu faire de différent ? Qu'aurait-il faire ? Est-ce que quoi que ce soit aurait été suffisant ?

Il y avait quelque chose de répugnant dans sa manière d'être, dans sa façon d'aimer.

Sa simple existence était un problème. Parce qu'il lui ressemblait, et que Lucius Malfoy ne supportait pas cette vision.

Parfois, dans les livres, on pouvait lire que pleurer un bon coup permettait de se vider de toutes ses pensées douloureuses et tristes, de se purger.

Pour avoir expérimenté la chose, Drago savait que c'était faux. On pouvait verser des torrents de larmes, pendant des heures, et tout ce que ça apportait, c'était un mal de tête à cause de la déshydratation et des paupières gonflées. Et des gifles, quand c'était remarqué. il avait tenté la chose en sixième année.

Un grincement le fit se redresser en sursaut et s'essuyer le visage en panique. Des bruits de pas succédèrent au claquement de la porte qui se refermait, puis Potter apparut devant la grille de sa cellule.

« Qu'est-ce que tu veux, encore ?! » cracha-t-il dans sa direction, vexé d'être découvert dans un tel état de faiblesse.

« Je… » Potter bafouilla un moment. Ses cheveux hirsutes étaient mouillés et rebiquaient dans toutes les directions, comme s'il sortait de la douche. Il avait fini par se raser, et ses vêtements avaient changé. « C'est Nguyen qui m'a dit que tu avais préféré quitter l'infirmerie. Je peux entrer ?

– Trop aimable de me demander l'autorisation. Est-ce que tu partiras si je te réponds que non ? »

Potter ricana et se passa une main dans les cheveux, révélant la cicatrice sur son front, puis poussa la porte de la cellule et entra, en maître des lieux.

« Si tu veux, mentit-il. Mais pas avant de t'avoir donné ça. »

Il lui tendit alors une petite fiole de verre dans laquelle flottait une brume liquide et argentée, que Drago reconnut être un amas de souvenirs solidifiés. Par réflexe plus que par intérêt, il s'en empara et observa les lambeaux de fumées qui dansaient et s'entrelaçaient.

« T'es pas obligé de les consulter maintenant, affirma Potter. Enfin… De toute façon, tu ne pourrais pas. Mais, enfin, bref, j'ai pas eu le temps de bien t'expliquer à l'infirmerie. On va quand même s'arranger pour que tu puisses rejoindre le Maléfistinat. Quand tu voudras. Quand tu te sentiras prêt. Une fois en Italie, Vissarion pourras t'accorder une immunité diplomatique, et moi, je trouverais bien comment gérer les choses ici. »

Une nouvelle fois, Potter évoquait l'idée de le laisser partir mais ne précisait pas le prix à payer, et Drago refusa donc de montrer son intérêt pour la suggestion. Il garda les yeux sur la fiole, sans répondre, et Potter continua son monologue :

« Il a une Pensine là-bas. Je pense que tu pourras lui emprunter. C'est des souvenirs de notre relation, que je pense que tu as oublié, pour que tu… »

La main de Drago trembla une seconde avant qu'il ne balance la fiole au sol, et qu'il ne se lève pour écraser de son talon nu les éclats de verre déjà brisés.

« QU'EST-CE QUI TE FAIT CROIRE, hurla-t-il comme un possédé, QUE JE PUISSE AVOIR ENVIE DE CONSULTER CES TRUCS ?! »

Potter sursauta devant la réaction de Drago, et se retrouva sans voix un moment. Finalement, il sortit sa baguette, marmonna un « Reparo » en direction du sol, et les éclats de verre se rassemblèrent et se solidifièrent dans sa main, rendant à la petite fiole son aspect d'origine. Ceux qui s'extraillèrent de la chair de son pied le firent en le griffant davantage et laissèrent des traces colorées dans l'objet réparé. Un « Collogento » plus tard, et les souvenirs étaient de nouveau à l'abri du récipient. Potter ignora crânement Drago, passa devant lui, et posa l'objet sur la souche.

« Comme je disais, reprit-il comme s'il n'y avait pas eu d'interruption, il n'y a pas d'urgence. Tu regarderas tout ça quand tu t'en sentiras prêt. »

Drago fulminait, avait envie de l'étrangler.

« Maintenant, poursuivit Potter, assis-toi sur le lit, je vais soigner ton pied.

– Va te faire foutre, Potter ! cracha Drago.

– Drago, tu ne…

– Et tant qu'à faire, j'aimerais bien que tu cesses de m'appeler par mon prénom ! Je ne suis plus ni ton prisonnier, ni ton employé ! »

Le corps de Potter se figea quelques secondes, puis il se retourna pour faire face à Drago avec une expression décidée.

« Tu sais quoi, Drago ? Non. C'est toi qui avais proposé qu'on s'appelle par nos prénoms. Alors tu peux t'amuser à piétiner ce qui me tiens à cœur, affirma-t-il en désignant la fiole réparée, mais non, je vais certainement pas abandonner tout ça parce que toi, tu as tout oublié !

– Je n'ai rien oublié, Potter ! mentit Drago avec hargne. Je me souviens parfaitement de tout ce que tu m'as fait !

– Non. Tu ne te souviens que de ce qu'il y a eu de pire entre nous, et…

– Et ça me suffit pour me faire une idée assez précise de notre relation ! Maintenant, casse-toi !

– Je m'en irais dès que tu m'auras laissé soigner ton pied !

– Va te faire foutre, Potter ! répéta Drago en haussant en ton. Je ne veux rien de toi !

– Oui, je m'en doute ! Mais il n'empêche que c'est à moi que tu dois l'état dans lequel tu es ! Alors laisse-moi… »

Drago, d'un geste rageur, sortit sa baguette de sa manchette et la brandit vers le cou de Potter qui tressaillit à peine, se contenta de plisser les paupières.

« Dégage, Potter, grogna-t-il, ou je pourrais bien finir par te le lancer, ce sortilège de mort. »

Potter ne recula pas d'un iota, et ne fit aucun geste pour se défendre :

« C'est des menaces en l'air, et on le sait tous les deux, prétendit-il. T'es incapable de lancer ce sort. D'abord, parce que tu n'es pas un tueur… » Drago sentit son souffle se bloquer et ses doigts se crisper sous cette affirmation, « … Et ensuite, parce qu'il y a une part de toi qui m'aime encore et que…

Avada K… »

Les yeux verts s'écarquillèrent une fraction de seconde derrière le verre des lunettes rondes, et Potter fit finalement un pas en arrière. L'extrémité de la baguette avait eu le temps de luire d'une couleur verte.

Drago, le souffle court, laissa légèrement retomber son bras et son regard, pointant désormais la poitrine de Potter qui se soulevait à un rythme plus rapide qu'à l'accoutumée.

Après quelques secondes d'immobilité, Potter pointa sa propre baguette vers la souche, marmonna un sort de convocation, et fit apparaître sur la surface du bois un petit rouleau serré de bandage blanc et propre.

« Ne tarde pas trop à retourner voir Nguyen, indiqua-t-il avant de faire demi-tour. C'est pas seulement le saignement qui m'inquiète, c'est aussi que je sais pas comment les souvenirs réagissent devant une plaie ouverte. »

Et enfin, il quitta les lieux.

Drago avait baissé la tête, laissant le rideau de ses cheveux longs cacher son expression.

Sa gorge s'encombrait à nouveau, et ses paupières papillonnaient.

Il se rappelait parfaitement de la dernière fois où Potter l'avait mis au défi de lui lancer ce sort, juste après l'avoir violé brutalement contre la porte et lui avoir ordonné de hurler.

Il se souvenait parfaitement ne pas en avoir été capable.

Cette fois-ci, il n'avait aucune raison valable de le faire, et pourtant, il n'avait pas hésité.

Il y avait quelque-chose d'aberrant dans son comportement. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il s'était toujours considéré comme une personne logique et réfléchie.

Une seule explication était possible : La chose qui lui avait été arraché concernait bel et bien Potter, et Drago était incapable de comprendre ce qui avait bien pu se passer.

Ce fut à ce moment-là qu'il commença à douter du bien fondé de partir. Il ne pouvait pas s'expliquer pourquoi. Il n'avait jamais été friand de mystère, et dans le fond, il se fichait bien de qu'il avait perdu, puisqu'il ignorait même ce dont il s'agissait…

Mais le fait de douter… Le simple fait de douter d'un choix si évident et logique était un indice que quelque chose n'allait pas. Comme un minuscule flocon qui viendrait se poser avec douceur sur un tas instable et en menacer l'équilibre, ce doute était un danger. Drago présageait déjà le frémissement, le glissement, l'écroulement progressif qui mènerait inévitablement à l'avalanche brutale... Il finirait englouti sous une montagne s'il ne se débarrassait pas très vite de ce doute.

Il se força à élever de nouveau la voix, tandis que le bruit des pas s'éloignait :

« Potter… »

Le bruit s'interrompit.

« Même sans parler d'amour, si tu as le moindre respect pour moi, alors laisse-moi tranquille. »