yza - C'était en effet le but de la manoeuvre, mais je crois que j'ai exagéré un peu et pas tout à fait maitrisé mon truc et atteint mon objectif. Je voulais surtout que Drago n'abandonne pas à la première difficulté, fasse des efforts, ne se laisse pas faire mais ne sois pas non plus trop dur... C'est pas facile de maintenir le rythme et la qualité d'écriture, mais j'ai peur de pas réussir à finir si je baisse encore le rythme de parution pour améliorer la qualité... :/

Nouveau Guest qui avait lu 111 chapitre en 24h - Ptete que tu vas lire ce message aujourd'hui, du coup ? XD Merci de ton message 3

Elohpdm - même réponse qu'à yza ^^ L'effet engluage était voulu, mais j'aurais du me débrouiller pour que le lecteur ne le ressente pas... dézoulée

Apolinarya - Merci à vous de commenter !
Cette seconde partie (depuis le détraqueur) est bien moins palpitante et en effet, plus dans une reconstruction "réaliste" et pleine de doutes de Drago.. Contente que ses progrés te plaisent ^^

En passant - C'est trop gentil _ Merci x1000 de ton soutien !


Le bébé albatros n'arrivait à rien et Drago ne savait pas quoi faire. Il avait lu que ses congénères se lançaient du haut des falaises pour prendre leur premier envol, mais ce n'était pas ainsi qu'ils pouvaient procéder sur l'île plate d'Azkaban. Devait-il amener l'oisillon en haut du chemin de ronde et le balancer dans les airs en croisant les doigts ? Il en avait des frissons.

En attendant, sa petite silhouette pataude courait à toute vitesse sur la plage, dans un sens puis dans l'autre, en battant désespérément des ailes. Drago la suivait des yeux en se demandant comment on reconnaissait les albatros handicapés ou crétins.

Au moins était-il déterminé.

Il poussa un soupir et changea la direction de son regard.

Le groupe de prisonniers assignés à la restauration du quai travaillait sous la surveillance de Macnair qui restait là, les bras croisés et l'attitude faussement détendue. Ils étaient tous torse nu, vêtus de braies grises que Drago avait négociées en constatant que les amples robes de prisonniers gênaient leurs mouvements, surtout à proximité de l'eau. Les températures clémentes de l'été permettaient cette coquetterie.

Ces nouveaux vêtements n'avaient presque rien coûté mais les hommes les portaient comme des décorations militaires, fiers d'arborer une apparence un peu plus virile, et Drago observa leurs silhouettes musclées avec un mélange d'admiration, de jalousie et de répulsion. Il n'y avait que quatre hommes du corridor 3 dans le groupe, mais il sentait parfois leurs regards concupiscents sur lui. Il faisait confiance à Macnair pour garder les à leur place, mais il frissonnait parfois de peur en songeant à ce qu'ils pourraient décider de lui faire s'il tombait sur eux sans garde du corps.

À l'instant où il se faisait cette réflexion, Yaxley s'étira, le remarqua, et le regarda d'un air mauvais. Il se trouvait à une cinquantaine de mètres et ne pouvait donc pas lui faire de mal, mais Drago sentit tout de même son cœur s'affoler. Il s'obligea à rester droit et stoïque jusqu'à ce que Macnair ne repère l'oisiveté de son subalterne et ne le rappelle à l'ordre.

Draco profita de l'occasion pour s'enfuir vers le château.

Le grand hall était méconnaissable. Sa rénovation n'avait pas réellement commencé, mais il servait régulièrement d'espace de stockage, d'atelier temporaire, voire de salle de pause. Des extensions magiques avaient été effectuées et il était désormais aussi biscornu que la maison des Weasley. Près de la porte trônaient les aménagements dont Drago était responsable : les porte-manteau, les stock de protège-oreilles, le système d'alarme… Partout ailleurs, le neuf et l'ancien, l'ombre et la lumière se côtoyaient.

Drago traversa la salle et se rendit dans les toilettes du rez-de-chaussée. Après avoir vérifié qu'aucune cabine n'était occupée, il s'immobilisa devant l'un des lavabos et se lava les mains avant de d'asperger le visage.

Il se haïssait d'être encore si émotif.

Il distinguait, dans son champ de vision périphérique, son reflet se mouvoir en même temps que lui. Y échapper était de plus en plus difficile, entre les miroirs qui étaient apparus ça et là, les fenêtres désormais rutilantes, et de manière générale, la douce conviction qu'il était capable de supporter la vue de son apparence… Il refusait toutefois encore de tenter le sort. Dans son esprit, la vision de Waren et de Rockwood se superposait à celle de son visage déformé quand il était sorti des cuisines. Le mélange obtenu était mouvant et presque rassurant dans son invraisemblance.

Quand la porte s'ouvrit, il vit apparaître Kieran Price qui accusa un mouvement de surprise avant de se diriger vers les urinoirs, dans son dos.

« J'imagine que tu veux toujours pas parler ? maugréa-t-il.

– Nous n'avons pas grand-chose à nous dire, dit remarquer Drago en laissant l'eau froide couler sur ses mains. Sauf si c'est le travail qui vous intéresse, mais dans ce cas, le lieu n'est pas très propice à…

– Pour ta gouverne, le coupa Price, sache que des journalistes m'ont contacté. Je n'ai rien dit sur Potter et toi parce que je suis quelqu'un de bien.

– J'ignore ce que vous voudriez que je fasse de l'information, mais…

– Tu voudrais pas au moins me regarder quand je te parle ? Non, c'est trop demander ? Je suis pas assez bien, même pour ça ? »

Drago soupira et se retourna. Merlin soit loué, Price n'était pas déjà en train d'uriner. Il se tenait de profil et le fixait d'un air agacé.

Drago lui rendit son regard en attendant patiemment que son interlocuteur se rende compte par lui-même du ridicule de son exigence.

« Tu pourrais au moins me remercier », sous-entendit Price, puisque le silence s'éternisait.

Drago leva les yeux au ciel et s'empara d'une petite serviette pour se sécher les mains.

« Je ne remercie pas les gens, expliqua-t-il. Maintenant, si vous voulez bien me…

– J'ai pas fini ! » s'exclama Price en lui attrapant le bras.

Drago resta de marbre. S'il pouvait supporter les regards de Yaxley alors il pouvait…

« Putain, c'est quoi, ça : Je remercie pas les gens ?! C'est quoi ce regard ? Arrête de te croire supérieur à tout le monde, putain ! »

Il souligna chacune de ses questions d'une secousse agressive, mais Drago ricana d'un air hautain :

« Mais je suis supérieur à… »

Ses mains étaient prises par la serviette et il avait perdu l'habitude des coups. Il ne vit pas la gifle venir.

Elle claqua sur sa joue, cent fois moins puissante que tout ce qu'il avait déjà vécu mais toujours aussi dévastatrice. Il se retrouva abasourdi, comme extérieur à lui-même. La serviette lui tomba des mains et son corps perdit tout tonus pour devenir un objet que Kieran Price toisa avec répugnance jusqu'à ce que son expression ne se transforme en horreur.

« Qu'est-ce-que tu fous ?! » s'exclama-t-il en le lâchant enfin et en reculant.

Drago l'entendit à peine : une voix tournait en boucle sous son crâne, répétait inlassablement « ça recommence, ça recommence, ça recommence… »

Kieran Price poussa un nouveau cri :

« Arrête ! »

Drago ferma les yeux. Il pouvait… Il pouvait demander de l'aide à… Mais non, bien sûr. Ou alors, il pouvait…

Il entendit le claquement d'une porte et ouvrit les yeux.

Il était de nouveau seul.

Il pouvait…

Il sentit les larmes lui monter les yeux et, puisqu'il était seul, il les laissa sortir. Il renifla sans élégance et s'essuya le visage dans sa manche en tremblant. Le tissu râpeux sembla plus douloureux que le coup lui-même.

« Ça recommence, ça recommence, ça recommence… » La voix ne s'arrêtait pas.

Ses jambes semblaient figées mais il prit une inspiration hachée, réussit à plier les genoux par à-coups, à s'accroupir, et il ramassa avec des doigts fébriles la serviette abandonnée par terre. Il la secoua un peu pour la défroisser avant de retourner devant le lavabo où il la déposa proprement sur son petit support. Il en lissa les plis en se demandant si quiconque serait capable de remarquer qu'elle avait touché le sol.

Il renifla une dernière fois. Le geste l'avait calmé et il était déjà un peu maître de lui-même. Il s'essuya une nouvelle fois le visage.

Sa joue le brûlait. Il recommença à faire couler de l'eau – glaciale cette fois – remplit sa main et la porta à son visage pour soulager la peau.

Il se figea.

Là, sous la pulpe tendre de ses doigts, il les sentait pousser, dures et acérées. Les dents revenaient, elles vibraient et s'entrechoquaient, tiraient sur la peau, perçaient la chair, dévoraient l'espace…

Les yeux de Drago s'arrondirent, sa bouche s'ouvrit sans qu'il en prenne conscience, sans qu'il soit capable de pousser un gémissement, un cri ou une imprécation. Sa respiration se bloqua dans sa gorge et il resta là, des minutes entières à tâter l'avancée inexorable de l'émail.

La porte s'ouvrit encore une fois en claquant et Drago sursauta et se retourna vers le nouveau venu. Il recula d'un pas.

Potter.

Pourquoi fallait-il, parmi tous les résidents de l'île, que ce soit celui-ci qui arrive à ce moment précis ? Comment faisait le célèbre héros pour toujours se trouver au bon endroit au bon moment ?

Potter entra dans la pièce, insouciant, son balai à la main et les cheveux parsemés d'algues et de plumes d'albatros. Il remarqua Drago et entama une salutation joyeuse, mais sa voix s'éteignit, son visage se ferma, et ses yeux s'abattirent sur la joue que Drago masquait à peine.

Il allait laisser exploser sa fureur, encore. Ensuite, il proclamerait qu'il avait eu raison depuis le début, et ce serait une nouvelle victoire pour Harry Potter. Drago n'aurait pas son mot à dire, et…

Potter détourna les yeux, posa son balai contre le mur et vint près de lui sans le regarder pour se laver les mains puis retirer les débris sur son crâne en s'examinant dans le miroir.

Drago le regarda faire sans trop comprendre. Le geste était régulier, délicat : ses doigts pinçaient une saleté et la faisaient glisser tout doucement le long de la mèche emmêlée, puis venaient la coller dans le lavabo humide.

Drago se trouva apaisé sans l'avoir décidé.

C'était ce respect tranquille, cette façon de l'ignorer, de le laisser venir à lui…

Le mot lui échappa en même temps que les larmes revinrent :

« Dimanche, Potter. »

Aussitôt, deux bras fermes se refermèrent sur lui et il se retrouva enveloppé par le corps de Potter, par la chaleur de Potter, par l'odeur de mer et de Potter, Par les mots de Potter qui chuchotait :

« Ça va aller. Putain je te jure que ça va aller : je vais éloigner ce connard, il va regretter d'avoir levé la main sur toi, il s'en sortira pas comme ça, je… »

Drago s'accrocha à ses vêtements et sanglota dans son cou. Il enfouit son visage dans le tissu doux et raffiné de sa chemise, inspira désespérément les odeurs de lessive et d'océan, trouva la jugulaire et y colla son front pour sentir contre sa peau le rythme rassurant de la pulsation énergique. Les larges mains de Potter pressaient ses épaules, maintenaient son crâne, l'empêchaient de s'effondrer. Sa voix ronronnait à son oreille et promettait tout ce que Drago désirait.

Au bout d'un moment, il parvint à gémir qu'il n'en pouvait plus, et les mains changèrent d'attitude pour lui masser lentement la nuque.

« Pourquoi ça finit toujours comme ça ? C'est quoi mon problème ?

– Ça n'a rien à voir avec toi. C'est lui qui a un…

– Non ! s'exclama Drago en le repoussant. Il était normal ! Il était très bien ! Il était gentil et patient et… Et… »

L'expression apitoyée de Potter était insupportable et Drago le réattira à lui pour cacher de nouveau son visage contre son cou.

« J'ai fait tout ce qu'il fallait, gémit-il d'une voix étouffée. Je… J'ai négocié, j'ai posé des limites, j'ai été ferme, je n'ai rien exigé, j'ai… »

Peut-être qu'il n'avait pas été assez clair, peut-être que…

Soit il choisissait les pires êtres humains, soit il les transformait en ce qu'ils pouvaient être de pire. Dans tous les cas, son père avait raison : il y avait quelque chose de répugnant dans sa façon d'aimer.

« C'est pas ta faute, Drago, il…

– Si ! Tout le monde ! Tout le monde finit toujours par… »

La porte s'ouvrit encore une fois et Drago paniqua immédiatement et recula. Il n'eut pas le temps de réfléchir à la façon de réagir que Potter avait effectué un mouvement bref du coude. La porte se referma en claquant, un épais loquet de fer noir apparut et se vérouilla aussitôt. Il y eut un choc contre la porte, un juron fut prononcé, puis après un silence, la poignée s'agita dans le vide, quelques coups sonnèrent contre le bois et une voix s'exclama :

« Hey, y-a Quelqu'un ? »

Potter fixa la porte quelques secondes en silence puis interrogea Drago du regard.

Il était tellement à son écoute que c'en était presque trop.

« Je ne veux pas qu'ils me voient comme ça », avoua piteusement Drago en baissant le nez.

Potter hocha lentement la tête et revint se poster devant lui. Il ne prononça pas un mot mais essuya une larme avec son pouce et effleura le nouvel immondice sur la joue de Drago en l'examinant attentivement. Presque malgré lui, celui-ci accompagna le geste, lovant son visage contre les doigts doux. Une nouvelle caresse, puis Potter dégagea les cheveux de Drago derrière son oreille et lui dirigea le visage vers son épaule pour reprendre l'étreinte là où elle s'était arrêtée. Drago se sentait mieux mais il se laissa tout de même enlacer.

Il ferma les yeux, respira doucement et tanga lentement entre les bras de Harry Potter.