77Hildegard : J'aumerais pouvoir te dire que oui, ça va continuait à s'apaiser... Mais soyons honnêtes : ces chaques sont un peu décousus côté sentiments chez Drago X,)

Eiilys : Ahaha, j'avais hésité entre plusieurs non-inscrits, je ne t'avais pas reconnu !
J'espère toujours que la suite sera à la hauteur de l'attente !


« Rosier,

Je suis désolé de ne pas avoir pris le temps de te prévenir de mon réveil. J'ai été égoïste de ne pas penser immédiatement à te rassurer.

Je ne pense pas pouvoir te remercier assez pour les risques que tu as pris et pour ce que tu as fait pour moi.

Pour le moment, je ne me sens pas vraiment en état de changer de vie en te rejoignant à Rome. Il y a tout un tas de choses que j'aimerais mettre en ordre avant de partir. J'ai perdu une partie de moi-même, une partie de mon passé en combattant ce Détraqueur, et je voudrais comprendre ce qui m'est arrivé.

Je suis soulagé que la situation dans laquelle je t'ai mis te convienne. S'il devait arriver qu'elle ne te satisfasse plus, sois certain que je prendrai le premier Portoloin disponible pour te rejoindre et te venir en aide. Tout ce dont tu as besoin, tu peux compter sur moi pour te l'obtenir.

Je t'en prie, parle-moi davantage de l'Italie : As-tu du temps libre ? Suffisamment pour voyager ? Comment sont les cours ? Comment sont les gens ? Fait-il si chaud qu'on le dit ? À quel point est-ce déjà le printemps, là où tu te trouves ? Ici, j'ai la sensation que l'hiver a de nouveau laissé place à l'automne, sans que la belle saison n'ait eut le temps de passer. »

Drago n'était pas sûr de ce qu'il était en train de faire. Bien sûr, l'exercice de la correspondance avait fait parti de ces apprentissages que Lucius Malfoy avait jugés indispensables – et d'ailleurs, il s'en sortait parfaitement bien quand il s'était agit de s'occuper du courrier de Potter – mais il s'était entraîné sur des missives impersonnelles, sur des échanges méthodiques où l'objectif des informations à disséminer entre les mots était fixé dès l'introduction de la lettre. C'était la première fois qu'il écrivait à ce qu'il fallait considérer comme un ami, et ses cours de rhétorique et de calligraphie ne l'aidaient pas vraiment à obtenir quelque chose d'intéressant. Ceci dit, Rosier n'était pas beaucoup plus doué que lui sur le sujet de l'amitié et de comment on entretenait celle-ci, alors il n'y avait pas vraiment de raison de s'inquiéter. Sauf si il décidait de partager leur correspondance avec des inconnus. Il ne voyait pas pourquoi Rosier s'abaisserait à ça, mais Drago y avait pensé.

Il parvint à remplir l'intégralité du parchemin avec des questions, des inepties et des pensées décousues. Le résultat obtenu ressemblait à ces discussions entre Gryffondor où chacun, à la fin, avait perdu son temps. Il relut l'ensemble en essayant de se mettre à la place du destinataire de la lettre. Verrait-il un intérêt à recevoir ce genre d'informations ? Probablement pas. Mais une lettre aussi longue rédigée juste à son intention ? Oui. Il avait reçu ce genre de courrier de la part de Narcissa Black durant sa première année à Poudlard, et si ses divagations sur la floraison des roses lui étaient passées loin au-dessus de la tête, il avait chéri le papier parfumée, l'encre turquoise, la signature pleine d'amour…

« En espérant avoir de nouveau de tes nouvelles,

Ton ami,

Drago.

PS : Merci de t'occuper de lui. »

Drago regarda s'envoler Vif-Eclair avec dans son bec le nouvel origami d'oiseau.

Il ne savait pas trop comment l'albatros allait se débrouiller pour livrer la lettre : Se rendrait-il simplement à Londres où le courrier serait ensuite transmis à un hibou plus discret, ou bien traverserait-il de lui-même l'Europe toute entière pour trouver son destinataire ? Il espérait que ce soit la première solution, car il n'aimait pas trop l'idée d'imposer un trajet si long au volatile.

Il avait passé presque une heure à le caresser et à lui remplir la panse de friandises, au cas où.

Il referma finalement la fenêtre et prit place derrière son bureau.

Derrière le bureau, se corrigea-t-il mentalement.

Encore une fois, Potter avait tenu parole.

Moins d'une heure après sa requête, le Patronus de cerf était venu le trouver au milieu de l'infirmerie. Son museau avait annoncé avec une voix détestable qu'un bureau avait été aménagé pour lui, troisième étage, corridor sud, sur la droite, que la porte était ouverte et tout son matériel y avait été déposé. Drago avait vérifié, avec sa clochette, que Potter ne l'attendait pas sur place, puis il s'y était rendu. Évidemment, il manquait la moitié du dit matériel, et Drago avait peu hésité avant d'aller récupérer ce qui lui manquait.

Et depuis, il travaillait.

Et il fallait bien avouer qu'il adorait ça… Bien sûr, il aurait été préférable que le nom de Potter ne vienne pas lui agresser les yeux à chaque instant, mais ce bureau solitaire, cette fenêtre large dans son dos, avec le balconnet minuscule sur lequel les albatros venaient régulièrement se percher, ce fauteuil à peine moins confortable qu'un canapé… Et cette porte qu'il pouvait verrouiller !

La chevillette était énorme, et forgée avec un bel argent qui la rendait insensible aux sortilèges. Ici, il était davantage à l'abri qu'il ne l'avait jamais été.

Il ignorait si Potter était au courant de cet objet, s'il connaissait son pouvoir, s'il l'avait laissé là en toute connaissance de cause, ou même s'il l'y avait lui-même installé ! Quoi qu'il en soit, dès qu'il l'avait vu, il s'était enfermé et avait ri de joie, sincèrement et depuis ce qui lui avait semblé une éternité.

Il passait désormais son temps entre le laboratoire et cette petite pièce tranquille.

Au fur et à mesure de ses voyages, il avait ramené les plumes, les encriers, les parchemins, la cire à cacheter… Il avait sorti sa baguette pour dresser sur les murs des étagères qu'il avait remplies de ses classeurs, de ses dossiers… Il avait tout préparé, tout organisé…

Une part de lui espérait rester assez longtemps pour montrer tout ça à son remplaçant.

Une autre, qu'il essayait de museler, lui susurrait constamment qu'il n'était pas obligé de s'en aller.

Il ne fallait pas qu'il s'habitue à cet endroit, qu'il s'y sente trop bien… Difficile.

Il espérait que Rosier lui mette un peu le pied à l'étrier.

Heureusement, dans le même couloir et à quelques mètres à peine de lui – parfois, il entendait même sa voix –, il y avait le bureau officiel de Potter. Rien de tel pour le motiver à quitter les lieux.

Par ailleurs, celui-ci continuait de se tenir loin de lui. Leurs seuls échanges se faisaient par écrit : Fournitures nécessaires, demandes d'adresses, informations complémentaires, rendez-vous à venir, demandes à rédiger… Parfois, Potter tentait de communiquer d'une façon maladroite et bizarre : « Ce n'est pas urgent. Occupe-t'en seulement si tu penses rester plus de quinze jours » ou « Si tu as le temps, tu pourrais peut-être récupérer les comptes rendus des Brigadier ce week-end : Runcorn prend un petit congé… »

Deux autres jours passèrent ainsi, et un nouveau lundi arriva, avec la page de l'après-midi dans l'agenda magique qui signalait : « Visite hebdo chez Madame Kathleen. Tu as besoin de quelque chose à Londres ? Tu as déjà gouté la bouffe Tibétaine ? Ils font un thé au beurre de yak, tu connais ? »

Drago fronça les sourcils devant les mots tracés de cette écriture hachée et inélégante qu'il connaissait par cœur, qu'il avait même imitée si souvent qu'il la maîtrisait. C'était la première fois que Potter osait à ce point aborder un sujet qui avait si peu à voir avec le travail. Il hésita à ignorer le message mais craignit que son auteur ne vienne poser ses questions de vive voix, et se força donc à prendre sa plume pour noter sous cette requête : « Non merci. »

Le soir venu, quand il regagna sa cellule, il trouva tout de même un sac en papier Craft qui l'attendait sur sa souche, et à l'intérieur, un bouillon de légumes, des raviolis asiatiques, des petites crêpes garnies, du fromage, du yaourt, et effectivement, un gobelet de carton enchanté pour garder au chaud un breuvage à l'odeur agréable et à la jolie couleur dorée…

Cette fois, il ne se débarrassa pas de la nourriture dans les toilettes : Il attendit le lendemain matin pour aller abandonner l'ensemble dans la salle de repos des gardiens, où il n'ignorait pas que les nombreux pique-assiettes du personnel auraient tôt fait de faire disparaître jusqu'à la dernière miette du festin.

Peu avant midi, on vint frapper à sa porte.

Drago ignora le bruit : le loquet était fermé.

On frappa à nouveau, puis la voix de Potter s'éleva : « Drago ? Drago t'es là ? » Puis, puisqu'il ne réagissait pas plus : « DRAGO ?! »

La poignée s'agita, une lumière l'engloba, sans effet, et de nouveau la voix, de plus en plus hystérique :

« DRAGO ! DRAGO JE SAIS QUE T'ES LÀ ! OUVRE ! »

Drago se leva doucement, inquiet, et entendit, sans surprise, les menaces succéder aux interpellations polies :

« DRAGO ?! DRAGO, JE DÉFONCE LE MUR ! BOMBA… »

Il parcourut à toute vitesse la distance, ouvrit la porte à la volée, avant que le sortilège n'ait fini d'être prononcé, et adressa à Potter le regard le plus meurtrier qu'il avait en stock. Ce dernier resta interdit un moment avant d'exploser à son tour :

« Putain, mais tu pourrais au moins répondre quand on t'appelle ! J'étais inquiet, crétin !

– Qu'est-ce-que tu veux, Potter ? demanda Drago en croisant lentement les bras sur sa poitrine.

– C'est toi qui as ramené la bouffe d'hier dans la salle de repos ? »

Drago ne jugea pas utile de répondre. Il posa son épaule contre le mur, attendant la suite des remontrances.

« Est-ce que tu as mangé les sushis de la semaine dernière ? » demanda Potter en poussant un soupir théâtral.

La réponse n'était pas moins évidente, alors Drago se contenta de hausser un sourcil dédaigneux. Le regard de Potter parcourut son corps et une grimace dégoutée se peignit sur son visage.

« Putain, est-ce que tu as au moins avalé quoi que ce soit ces derniers jours ?!

– Oui, je me suis nourri, affirma Drago avec un ton crâne. C'est adorable de ta part de t'en soucier, Potter, mais je n'ai pas besoin de ton aide pour ça !

– Putain, mais ce que t'es chiant quand tu t'y mets ! Je commence à comprendre pourquoi je t'ai traité comme ça ! »

Si les yeux avaient pu tuer, Potter serait mort à cet instant. Sous-entendait-il sérieusement que quoi que ce soit au monde pouvait justifier le traitement qu'il avait subi ?!

« Et bien rassure-toi, tu n'auras plus à me supporter bien longtemps ! Je pars demain !

– Non, tu ne pars pas demain ! rétorqua Potter. Le ferry est déjà passé hier ! Il ne va pas venir tous les jours au cas où tu changes encore d'avis et juste pour te faire plaisir ! Le monde ne tourne pas seulement autour de toi !

– Dans ce cas, est-ce que tu pourrais songer à me lâcher les basques et à aller emmerder quelqu'un d'autre ?! »

Drago, plus vexé qu'il ne voulait le paraître, retourna dans son bureau et en referma brutalement la porte. Celle-ci se réouvrit immédiatement et Potter réapparut dans l'embrasure, échevelé, les sourcils froncés :

« JE T'INTERDIS DE ME CLAQUER LA PORTE AU NEZ ! rugit-il.

– FOUS-MOI LA PAIX, POTTER !

– Je te signale que tu n'es pas le seul à souffrir ! On a tous les deux perdu celui qu'on aimait dans cette histoire ! La différence, c'est que moi, je m'en souviens !

– Quelle souffrance horrible ce doit être ! railla Drago. Je suppose qu'on est quittes, dans ce cas ?!

– Bien sûr que non ! Mais si tu acceptais de regarder la vérité en face, tu te rendrais compte, que… Putain, je sais pas ?! Que je fais ce que je peux ?! »

Il le fixait, sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement, comme s'il était essoufflé, et en effet, on voyait qu'il souffrait. On voyait qu'il faisait ce qu'il pouvait.

Drago détourna les yeux et retourna s'asseoir derrière son bureau. Il s'empara du courrier qu'il avait été occupé à rédiger avant que Potter ne vienne le déranger et fit semblant de le lire pour avoir la paix. L'autre ne comprit probablement pas le message puisqu'il resta ainsi, les bras ballants, silencieux, attendant une réponse…

« Je m'en moque, Potter… marmonna-t-il enfin sans pour autant le regarder. Peu importe… Peu importe ce qu'il y a eu entre nous et ce que j'ai pu éprouver. Aujourd'hui, ça me dégoute rien que d'y penser. »

Potter laissa passer quelques secondes avant de demander, d'une petite voix inhabituelle :

« Mais tu me crois ?

– Qu'est-ce que ça change ? répondit-il en haussant les épaules.

– Je sais pas trop, je… Je pense que c'est important pour moi que… Je sais pas. Que tu saches que que t'as le droit au bonheur, que… Que t'es digne d'être aimé, que… Je sais pas… »

Des platitudes et des belles formules. Les bafouillements de Potter finirent par disparaître dans un soupir, et le silence revint. Ce n'était pas beaucoup plus agréable que les cris.

« Toi et moi, Potter, nous n'avons pas la même vision de la dignité. »

Drago continua sa lecture du courrier, mais vit, du coin de l'œil, Potter s'avancer et s'installer dans le fauteuil qui attendait, de l'autre côté de son bureau. Au bout d'un moment de dernier osa reprendre la parole, toujours de cette petite voix probablement destinée au dressage des créatures les plus craintives :

« C'est si difficile que ça à imaginer, qu'on ait pu être heureux, toi et moi ? »

Drago resta immobile une minute entière, puis, puisque Potter ne partait pas, il poussa un soupir bref et reposa la lettre entamée.

Il aurait aimé être capable de s'expliquer, mais il était conscient que son attitude était exagérée et ses pensées aberrantes… La vérité, c'est qu'il avait dans son cœur l'intime conviction que le bonheur lui serait à jamais inaccessible s'il continuait de vivre dans un monde dans lequel Harry Potter existait…

Et pourtant, il voyait bien cette sincérité désarmante qu'il avait, les efforts qu'il déployait pour le respecter…

Potter murmura, à nouveau : « Drago… Qu'est-ce que tu fais encore là ? Tu serais plus heureux loin de moi, alors tu devrais t'en aller… » Et toujours avec cette même voix lente et caressante, il ajouta : « Faut pas que t'aies peur d'aller là-bas. Tout va bien se passer. Et même si c'est pas le cas, je te jure que si t'as le moindre problème, t'auras qu'à m'écrire, et je viendrais immédiatement t'aider… Je t'aime toujours, tu sais… »

Drago s'enfonça dans son fauteuil, toujours sans oser le regarder.

Au bout d'un moment, il finit par répliquer, d'une voix encore plus basse que celle de son vis-à-vis :

« Je ne peux pas partir, Potter. T'imaginer tranquillement ici, à vivre ta vie, à sortir te promener à Londres chaque lundi, à voler sur ton balai, à invoquer des Patronus… T'imaginer être heureux… Je ne pourrais pas le supporter. »

Les derniers mots avaient été soupirés si bas que Drago douta presque les avoir prononcés. Potter y répondit, pourtant :

« Donc, tu restes juste pour vérifier que je suis aussi malheureux que toi ? »

Drago leva la tête, et la façon dont les yeux verts brillaient derrière les lunettes rondes le toucha presque.

Ils se fixèrent un moment, en silence, puis Potter se frotta le visage et se releva.

« Tu peux rester aussi longtemps que tu veux, Drago. T'en fais pas : Les choses risquent pas de changer. »