3 Décembre : Chèvre

La richesse dans le nord se comptait non pas en taille de champ, en nombre de serviteurs ou d'épouses secondaires, pas plus qu'en taille de maison ou de coffres remplit d'or.

L'or, on en trouvait dans à peu près tous les torrents en grattant un peu. Les champs, il fallait les arracher à la neige et aux montagnes. Quant aux serviteurs, s'ils étaient une source de praticité, il fallait les nourrir, les loger, un pensum quand se nourrir soit même par moins trente degrés en hiver était compliqué. Il en allait de même pour les épouses. En avoir une était déjà difficile a assumer avec les enfants qu'elle produisait. Et encore, quand elle était une nordiste elle-même, tout se passait bien. Mais si par malheur elle venait des plaines, c'était un concert de plaintes et de gémissements qui aurait rendu fou n'importe qui.
C'était aussi pour ca que les nordistes se satisfaisaient de leur isolationnisme. Il n'était pas vraiment voulu, il était subit. Il fallait savoir faire des choix pour survivre.

Dans le nord, on avait des maisons moches, mais on avait des maisons où on avait pas des chandelles de glace aux fesses quand on allait saluer les lieux d'aisance.

Ce qui comptait vraiment dans le nord, c'était surtout les chèvres.

Avec une chèvre, on pouvait se faire des vêtements et des chaussures assez chaudes pour survivre même a la pire tempête. Avec une chèvre, on avait a boire et a manger. Avec une chèvre, on pouvait se protéger du froid.

Avoir une chèvre, c'était prospérer.

Elles n'étaient pas comme celles du sud, petite, à poil court et invariablement destructrices.

Les chèvres du nord étaient grandes comme des chevaux de trait, avec des sabots énormes qui leur permettaient de marcher sans s'enfoncer dans la poudreuse la plus épaisse et la plus détrempée. Les chèvres avaient aussi une épaisse fourrure avec une bourre soyeuse qui tombaient deux fois par an, juste au printemps et en fin d'hiver. C'était cette bourre qu'on tissait pour faire des vêtements chauds et solides. Leur lait était si riche qu'on pouvait survivre à un hiver avec juste deux ou trois verres dans le ventre par jour et rien de plus à part de l'eau.

Leurs cornes poussaient et tombaient chaque année ce qui en faisait une ressource précieuse pour l'artisanat. Quand une chèvre mourrait, leur viande était bien sur consommée, leur cuir tanné et même les sabots étaient récupérés.

Mais jamais, au grand jamais on n'abattait une chèvre. Même quand elle était malade. On les soignait aussi bien voir même mieux que les humains. Une chèvre bien traitée pouvait garantir la survie d'une famille de six personnes.

Dans le nord, tuer une chèvre était punissable de mort.

De tout cela, Boya était parfaitement au courant. QingMing lui avait montré la vie dans le nord et l'importance de ces animaux. Il était aussi au courant du troupeau de son ami. QingMing était le riche propriétaire d'une dizaine de chèvres et de deux boucs. Les chèvres ne mettaient pas bas chaque année mais tous les trois ou quatre ans. Elles s'occupaient de leur unique petit jusqu'à ce qu'il soit assez grand pour survivre seul. On ne pouvait pas non plus forcer les chèvres à avoir des petits. Elles choisissaient les males qui leur plaisaient comme elles voulaient. Il n'était pas rare que des contrats d'union pour les chèvres d'un village avec les boucs d'un autre soient plus disputés et mettent plus de temps à être signé qu'un mariage arrangé entre nobles.

De tout ca, Boya était au courant.

C'est pour ca qu'alors que les anciens de JingYun se mettaient en colère devant la proposition de mariage envoyé pour sa main par le Yin Yang, lui avait les larmes aux yeux.

Quatre chèvres adultes dont un bouc de deux ans plus une petite de quelques mois avec sa mère.
C'était une rançon de roi.

"- Boya. Ce scandale."

"- Taisez vous, Shifu. Vous ne vous rendez pas compte de ce que ca veut dire pour le nord."

Il avait un grand sourire.

"- Je doute que l'Empereur reçoive autant s'il voulait marier une de ses filles dans le nord.

Les anciens étaient perplexes.

"- Laissez moi vous expliquer la valeur d'une chèvre dans le nord."