L'HÉRITAGE NON DÉSIRÉ
Chapitre 23
Bordure extérieure, Tatooine
DIN DJARIN
Comme à l'ordinaire, il stationna son vaisseau à Mos Eisley et fut accueilli par une Peli Motto plus énergique et enthousiaste que jamais, même s'il ne savait que la chose était humainement possible. Avec fierté, cette dernière annonça à son client « le plus généreux » et « aux demandes les plus farfelus » qu'elle était à présent une femme mariée, et pas avec un Jawa. Un grand fracas de chute d'objets s'était alors fait entendre et le Twi'lek, anciennement majordome du maire de Espa, Mok Shaiz, était sorti de l'atelier de façon théâtrale, sous les applaudissements de son épouse.
Peli avait une nouvelle fois essayé d'adopter Grogu, ou plutôt essayé de l'acheter à Din, sans succès, pendant que le Mandalorien lui demandait de lui louer un speeder. A peine était-il sorti des hangars à vaisseaux, que Din avait eu la surprise d'être attrapé par l'épaule par Migs Mayfeld, qu'il avait presque oublié tellement il avait été silencieux.
_ C'était une blague, hein ? Le coup du jawa ? demanda Migs.
_ Non. Elle t'en parlera volontiers si tu lui demandes. Même sans lui demander d'ailleurs…
_ Mais… Physiquement, je veux dire… Ce n'est pas…
_ Elle dit qu'il était poilu.
_ Sérieux ?
_ Peli Motto est une femme très… tolérante et ouverte d'esprit. Je crois qu'on peut la qualifier ainsi, dit Din.
_ Un Jawa !
_ N'en parles pas, alors. Ça m'ira très bien.
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Au palais de Jabba le Hutt, Din, Grogu et Migs retrouvèrent Boba Fett et Fennec Shand. Boba n'en pouvait plus de son rôle de Daimyo. Tant qu'il y avait une guerre civile et des batailles à livrer, il était dans son élément. Mais, la paix et les mondanités l'exaspéraient. Il avait payé les soins de Cobb Vanth et le préparait à prendre sa suite à la direction de la surveillance de la planète. Fennec aimait l'action, mais savait profiter d'une longue période de répit.
Din et Grogu furent chaleureusement accueillis au palais, ainsi que Migs, qui avait gagné le respect de Boba et de Fennec en détruisant la base impériale de Morak. Par l'intermédiaire de son père, Grogu demanda à voir le Rancor. Aussi surprenante que fut la demande, Boba accepta. Din aussi, si son fils gardait ses distances avec la bête. Naturellement, Din aurait dû se souvenir que son enfant avait une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête, car le petit être se glissa aux pieds de la créature dès qu'il le put.
Durant cinq interminables secondes, Din eut peur pour son fils. Puis, le Rancor s'était accroupi avant de bondir avec Grogu à ses trousses, comme un Loth-chat poursuivit par un enfant, avant que les rôles ne s'inversent. Afin d'empêcher le Rancor de faire du tort à la structure souterraine du palais, Boba décida de le laisser courir devant son repaire.
« Vous êtes de grands malades ! » s'était exclamé Migs.
Mais, finalement, ils s'étaient tous installés dehors pour suivre le jeu de poursuite entre l'enfant et le jeune Rancor, en pariant sur celui qui serait fatigué en premier. Même quelques Tuskens avaient observés la scène de loin. Avec raison, ils jugèrent tous que les courtes jambes de l'enfant Mandalorien auraient moins d'endurance que celles de la créature faite pour le combat. Mais, le Rancor fut tout de même plus calme et s'endormit rapidement.
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Alors qu'il avait voulu un passage rapide sur Tatooine, Din Djarin et son fils restèrent presque une semaine sur la planète désertique.
Le Mandalorien confia à Boba le soin de trouver une occupation à Migs pour qu'il ne gaspille pas ses talents. L'ancien impérial tenta une nouvelle fois de convaincre l'être de Beskar de le laisser le suivre, mais Din savait qu'il avait toujours une mission à accomplir pour le peuple de Mandalore et qu'il devait s'en occuper seul. Enfin, avec Grogu.
Puis, il reprit enfin la route vers Nevarro, sur laquelle il n'avait plus posé les pieds depuis qu'il était allé demander de l'aider à Cara Dune, après l'enlèvement de Grogu par Moff Gideon.
Bordure extérieure, Nevarro
DIN DJARIN
Même après des mois d'absence, Din ne s'était pas attendu à ne pas reconnaître Nevarro. Certes la ville s'était agrandie. La présence permanente d'un Marshall et d'un Magistrat l'avait rendue sûre et donc attractive. Nombres voyageurs s'y étaient installés et les commerces avaient fleuri. Mais, ce n'était pas tant en raison de son développement que Din n'avait pas reconnu Nevarro, mais à cause de sa dévastation. C'était malheureusement le destin d'un tas d'endroits prospères de la Bordure extérieure.
Marshall et Magistrat ne pouvaient défier les plus grosses organisations criminelles.
A travers les ruines couvertes de stigmates des combats aux blasters, le Mandalorien finit par trouvait le Mythrol, assistant de Greef Karga, qui lui raconta les faits : des esclavagistes Zygerriens, ceux-là même qui avaient attaqué Sorgan, s'en étaient pris à Nevarro. Cara avait été grièvement blessée. Karga s'était lui-même rendu en tant qu'otage de valeur, pour limiter les risques pour la population. Le Mythrol avait transmis un message à la Nouvelle République pour leur signaler l'attaque, la convalescence du Marshall et l'enlèvement du Magistrat, mais il n'avait eu aucun retour depuis deux semaines.
Malgré le geste de Karga, les Zygerriens avaient capturé plusieurs civils : trois adultes et deux enfants originaires de Sorgan et douze adultes et six enfants de Nevarro.
Au passage, Din et Grogu prirent donc connaissance de la destruction de la belle planète de Sorgan et de l'agréable village qui leur avait si généreusement offert l'asile. Grogu exprima beaucoup d'inquiétude envers les rares amis enfants qu'il avait eus. Parmi les personnes enlevées, il y avait Omera, la femme à qui Din avait été prêt à laisser Grogu, et sa fille, Winta.
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Le Mandalorien fit envoyer un nouveau message à la Nouvelle République, même s'il savait que c'était probablement vain. Il alla saluer Cara Dune, dans le coma, puis retourna sur Tatooine.
Là, il demanda à Boba Fett et à Fennec Shand de sécuriser Nevarro, tandis que Cobb Vanth, les optimisés et Krrsantan veillaient sur la planète désertique. Naturellement, Boba s'empressa de sauter sur l'occasion de « se sortir les fesses » de son trône, d'après ses propres mots, et il décolla rapidement vers la planète volcanique, avec un message de Din à l'attention du Mythrol et une mise en garde sur une hypothétique arrivée de la Nouvelle République, qui n'appréciera pas voir un ancien chasseur de prime impérial et une ancienne tueuse à gage impériale.
Migs demanda au Mandalorien de l'accompagner dans sa mission de sauvetage. Cette fois, Din accepta. Un partenaire ne serait pas de trop pour infiltrer un repaire d'esclavagiste et libérer un nombre indéfini d'otages.
Bordure extérieure, orbite de la planète Zygerria
DIN DJARIN
Migs Mayfeld… Il avait eu un plan. Plus le temps passait, plus l'ancien Mandalorien se disait que c'était une mauvaise idée. Malheureusement, il n'avait pas d'autre mauvaise idée et la vie des otages de Nevarro et de Sorgan était en jeu. Les Zygerriens n'étaient pas connus pour leur patience envers leurs esclaves. Et, s'ils faisaient des raids réguliers sur les mondes de la Bordure extérieure, cela voulait dire qu'ils avaient un grand nombre d'esclaves, donc du choix, donc ils pouvaient se montrer exigeants et donc, ils pouvaient éliminer les éléments indésirables sur un coup de tête.
Karga pouvait se montrer provocateur et insolent. C'était un meneur d'hommes et un révolutionnaire, pas un esclave. Donc, un trouble-fête, donc en haut de la liste des éléments à abattre.
Din et Cara avaient eu la brillante idée d'apprendre aux habitants de Sorgan à penser par eux-mêmes et à se défendre. Ils ne se laisseraient donc pas faire par des esclavagistes non plus et seraient des éléments à abattre. Parmi eux, Omera avait l'air calme, mais était résiliente et résistante en son for intérieur. Son comportement dépendrait du sort réservé à sa fille.
Par ailleurs, sous l'ancienne République et sous l'Empire, ce peuple d'esclavagiste était prospère. Avec la Nouvelle République et leurs lois sur la dignité des peuples et des êtres, la royauté Zygerrienne avait été en déclin. Un tel regain d'activité posait question. Mais, si l'armée de la Nouvelle République venait à débarquer en force dans le système, les esclavagistes pouvaient également abattre la totalité des esclaves et crier à la diffamation.
Il était donc urgent d'agir.
Le plan de Migs était « simple » d'après lui, donc parfaitement compliqué.
Avec ses connaissances académiques impériales et son bagou, Migs se ferait passer pour un acheteur excentrique, regrettant le bon temps de l'Empire et dédaignant la République sous laquelle il était impossible de s'amuser. Les crédits étant fournis en majeure partie par le Mandalorien, quand une autre partie était fournie par Boba. Des crédits impériaux. Ayant hérité de l'entreprise de vente d'arme de son père au décès de ce dernier, le personnage de Migs cherchait à se faire son propre nom, à nouer des contacts et surtout à s'établir dans sa toute nouvelle cinquième résidence secondaire. Pour sa nouvelle demeure, Migs demandera une bonne vingtaine d'esclaves adultes en guise de domestiques pour des travaux variés, mais aussi une dizaine d'enfants esclaves pour pouvoir les « dresser » à son service. Il aura besoin aussi bien d'hommes que de femmes car, à terme, il voudra que ses esclaves soient en capacité de se reproduire pour faire durer le domaine dans le temps et le laisser à sa propre descendance.
Din devait être l'homme de main et esclave déjà en poste de Migs. Affublé d'un déguisement intégral de Kubaz, le dos vouté pour simuler une infirmité. Ainsi, contre le ventre de Din, se trouvait un espace, qui cachait en vérité Grogu dans sa sacoche et des armes, Migs avait inventé toute une histoire sur lui aussi.
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_ Vous êtes cordialement invités à vous poser sur l'aire de stationnement I5, dit une voix à travers le communicateur de la navette impériale de Migs.
_ Merci, mon brave, répondit Migs, avec un accent pédant.
Din pilota la navette et amorça la descente vers la planète d'esclavagiste, qui avait pourtant l'air joli vue du ciel.
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Migs et Din, marchant en retrait de son maître, furent conviés à prendre une collation dans un petit salon dans l'enceinte du palais. Ils furent accueillis par une Zygerrienne à l'allure raffinée.
_ Ravie de vous recevoir Monsieur Iain Arryn, dit la femme.
_ Merci. Je dois dire que je suis surpris d'être ainsi reçu en ce bel endroit, dit Migs.
_ Nous avons bien réceptionné votre commande, ainsi que votre considérable acompte de crédits impériaux.
_ Il m'a semblé que c'était le meilleur moyen de me faire un nom propre, sans avoir à utiliser celui de mon père. Je voulais attirer l'attention.
_ C'est réussi. Et, ça ? demanda la femme, en faisant un signe de tête vers Din, déguisé.
_ C'est ma bête.
_ Votre garde du corps ?
_ Entre autres choses.
_ Les Kubaz font de piètres… employés, dit la femme.
_ Sauf s'ils vous doivent la vie et qu'ils estiment avoir une dette éternelle envers vous.
_ Voilà qui est fascinant. Dites-m'en plus.
_ Comme vous le voyez, il est grand pour un Kubaz. Trop. Il a été banni par les siens en raison de cette anomalie. Personnellement, je le soupçonne d'être l'hybride de quelque chose…
_ Vous pensez la chose possible ?
_ Il y a quelques temps, j'ai rencontré une humaine qui fréquentait un Jawa.
_ C'est répugnant ! s'offusqua la femme.
_ Je pense aussi. Mais, dans mon cas, ça fait mon affaire. Comme Kub est imposant, sa présence dissuade le petit peuple.
_ Kub ?
_ Oui. Ou Kubaz, tout simplement. Comment voulez-vous que je l'appelle ?
_ N'a-t-il pas de nom ?
_ Possible, mais il ne parle pas. Essaye de dire un truc, ma bête, dit Migs.
Grogu fit alors une série de gazouillement, déformée par un vocabulateur.
_ Voyez ! dit Migs.
_ Bizarre, dit la femme.
_ Je pense qu'à cause de son étrangeté, personne ne lui a appris à parler. Mais, il comprend les phrases simples et courtes. Du coup, il ne parle pas et ça me va bien.
_ Où diable l'avez-vous trouvé ?
_ Il travaillait pour un Dug, sur Tatooine, lui-même au service de Jabba le Hutt.
_ Un excellent partenaire, commenta la femme.
_ A ce qu'on dit. Je n'ai jamais eu l'opportunité de traité avec lui. A l'époque, l'entreprise était gérée par mon père.
_ Rappelez-moi votre domaine.
_ L'ionique et le plasma.
_ L'armement.
_ Vos mots, ma chère.
_ Vous en étiez au Dug.
_ Un Dug déçu par son Kubaz.
_ Je commence à comprendre.
_ J'ai payé sa dette et il sait qu'il doit rester à mes côtés car le sort que lui réserve les Dugs est pire que la mort. Il est docile, d'une loyauté à toute épreuve, grand et fort. Que demander de plus si ce n'est en avoir d'autres comme lui ? Pourquoi m'interrogez vous à ce point sur ma créature ? Ai-je si peu de charme ?
_ Vous avez un bel esprit, c'est certain. Mais, surtout, les références que vous nous avez fournies sont parfaitement conformes à nos standards.
_ Conformes à vos standards ? répéta Migs.
_ Bien au-dessus de nos standards, corrigea la femme.
_ Je préfère.
_ Nous sommes simplement surpris de ne pas vous avoir connu avant.
_ Mon domaine d'expertise nécessite de la discrétion. C'est la seule chose vraiment intéressante que mon père m'ait enseignée. Avec le nouveau régime politique du noyau, j'ai choisi de ne travailler qu'avec des gens qui ont besoin d'être aussi discret que moi.
_ Alors, nous nous entendrons. Une dernière question en guise de vérification.
_ Faites.
_ Vous êtes venu à bord d'une navette impériale, repeinte, certes, mais impériale.
_ Quand d'autres ont de la chance de naître, je suis né chanceux. J'ai gagné mon transport lors d'un pari avec un collectionneur de vaisseaux sur Canto Bight. La peinture ne visait qu'à dissimuler le sceau impérial si offensant aux yeux des Républicains. J'ai même fait appel à une de leurs artistes pro paix.
Migs ria avec dédain. Din devait bien avouer que Mayfeld excellait dans son rôle. Peli Motto avait réparé la navette et son mari l'avait repeinte.
_ Si vous les voyiez se pavaner devant mon vaisseau pour en admirer le fuselage… continua Migs.
_ J'imagine.
_ Mais, l'intérieur est particulièrement confortable. Au-delà de la jouissance que me procure le fait de voir des idiots me lécher les pieds pour quelques coups de pinceaux, c'est mon confort qui prime.
_ En parlant de confort, nous vous proposons de vous installer dans une de nos suites, le temps de vous reposer de votre voyage depuis Coruscant. Demain, nous vous ferons visiter notre élevage.
_ Je brûle d'envie d'y être, dit Migs.
à suivre
