L'HÉRITAGE NON DÉSIRÉ

Chapitre 26

Attention, ce chapitre contient des notions qui pourrait heurter la sensibilité de certaines personnes : notion esclavagisme, violences physiques, violences infantiles.


Bordure extérieure, Zygerria, complexe minier


DIN DJARIN

En plus de Din, Migs, leur guide et leur escorte, il y avait près de deux cents esclaves réunis dans la grande salle, sous la place du grand marché de Zygerria, pour une trentaine de géôliers. Même Xi'an était exposée, un peu à l'écart. Peu d'adversaires sur place, mais leurs renforts seraient nombreux et les encercleraient sans soucis. Par ailleurs, cela faisait du monde à sauver. Bien plus que ce que la navette impériale pouvait transporter et il fallait y ajouter les enfants.

Din et Migs avaient longuement exposé leur plan à Grogu et la mission qui lui revenait : rejoindre le bâtiment où les enfants étaient isolés et mentalement éprouvés, possiblement dénutris, s'infiltrer dedans sans se faire voir, les libérer et les faire patienter sans qu'ils ne paniquent. Après, le jeune Mandalorien devait prévenir son père avec un communicateur. Là, Migs et Din, aidés de Karga, débuteraient la libération des esclaves adultes et la mutinerie dans le complexe minier. Grogu devait attendre que les gardes, notamment ceux au niveau des navettes spatiales, se déplacent jusqu'aux mines, pour guider les enfants, en toute discrétion et les faire monter à bord de la navette impériale. Din avait profité de la nuit précédente pour placer des caméras autour de la navette et sur l'aire I5. Son fils pouvait visionner l'occupation du terrain par les gardes avec son holotablette.

Din était très inquiet pour son fils. Ce n'était pas qu'il n'avait pas confiance en lui. Au contraire. Grogu avait été très attentif et montrait de la détermination à sauver la vie des rares amis enfants qu'il avait jamais eu. Seulement, il y avait énormément de choses qui pouvaient mal se passer durant cette mission de sauvetage. Tout était trop hasardeux et imprévisible. Même pour lui. Et, son fils allait avoir plusieurs vies entre ses mains. Des vies peut-être déjà affaiblis…

Pour rester cohérent avec ses dires de la veille, Migs, dans son rôle d'acheteur demanda que le premier groupe d'esclave, avec trois habitants de Sorgan et quatre de Nevarro, lui soit mis de côté. Bien que lui et Din aient revu les portraits des cibles initiales, l'ancien impérial ne pouvait et ne devait surtout plus sélectionner d'autres esclaves originaires de ces planètes : cela aurait été suspect. Migs, ou Iain Arryn, demandait à voir tel ou tel esclave, le détaillait, interrogeait la guide sur ses compétences et, parfois, lui demandait son avis. Il devait gagner du temps pour que Grogu se mette en place. Il s'intéressera aussi beaucoup à la seule Twi'lek présente. Beaucoup trop. Heureusement, la jeune femme lui cracha dessus et reçu un coup en retour. Mérité ou non, ce crachat eut pour effet d'empêcher quiconque de se douter d'un lien entre Migs et Xi'an. Iain Arryn demanda tout de même que la créature rose lui soit mise de côté car il disait aimer les « bêtes » de caractère.

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Plusieurs heures s'étaient écoulées. Din était à bout de nerfs. Migs commençait à avoir du mal à temporiser et les Zygerriens allaient se douter de quelque chose, si ce n'était pas déjà le cas. Soudainement, le communicateur caché dans le costume de Din grésilla et le babillage de Grogu se fit entendre. C'était le signal. Din fit grésiller son communicateur en retour. Tous se tournèrent vers le Kubaz à l'allure difforme.

Migs profita de ce moment d'inattention, glissa jusqu'au gardien en chef, lui subtilisa le bâton de commande des microbombes des esclaves et le tendit à Karga qui s'était avancé, pas à pas, tout au long de la matinée, pour être proche de Migs. Sans tarder, le Magistrat de Nevarro désactiva les bombes. Elles émirent toutes un bruit et s'arrêtèrent simultanément.

Tout se passa très vite. La première à réagir fut Xi'an. Elle passa dans le dos du garde près d'elle, se faisant une barrière de son corps, et commença à l'étrangler avec ses fers. Din se redressa et ouvrit son costume, dévoilant toutes les armes qu'il dissimulait sur lui en permanence. Nombre d'esclaves commençaient déjà à se jeter sur les Zygerriens. Migs revint près de Din et se cacha derrière lui et son armure de Beskar le temps de distribuer les armes aux esclaves et de s'armer lui-même. Bientôt, plusieurs esclavagistes furent à terre, des esclaves eurent leurs armes et une bataille confuse démarra.

Din savait qu'il devait tuer autant d'esclavagistes que possible avant l'arrivée de leur renfort pour que lui et les autres puissent s'organiser un peu pour espérer survivre… aussi nombreux que possible.


Bordure extérieure, Zygerria, aux abords du spatioport


GROGU

Grogu faisait de son mieux pour se concentrer en ignorant sa joue qui avait enflé. Avec la holotablette brisée, il ne pouvait compter que sur sa capacité à ressentir la présence d'autres formes de vie à travers la Force pour savoir quand il serait temps de se mettre en route vers la navette.

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Le plan, que Migs Mayfeld lui avait fait, avait été suffisamment clair et précis pour qu'il arrive rapidement à la prison des enfants. Dépourvu de garde, il avait pu s'y infiltrer sans problème. D'abord, il avait senti les odeurs de crasse et d'excréments. Puis, il s'était senti envahi par des sentiments négatifs : la peur et le désespoir.

Les huit enfants avaient été enfermés dans des cellules séparés. Ils avaient aucun moyen de se voir. Ils avaient dû parler entre eux, au début, à travers les aérations présentes en haut de leurs portes respectives mais, sans espoir, chacun s'était enfermé dans un état de mutisme.

Il sentait qu'ils étaient tous en vie, ou ils l'étaient physiquement. Grogu s'était fait une joie de retrouver plusieurs amis et d'en découvrir de nouveaux, mais il avait lui-même peur des êtres qui allaient s'extraire des cellules. Il commença pour émettre un son. Les respirations changèrent, mais personne ne sembla bouger. Alors, il essaya de faire une phrase à voix haute.

_ Il y a quelqu'un ? demanda la voix d'un garçon.

_ Toujours nous, répondit un autre, d'une voix maussade.

_ Non, c'était différent, dit une fillette.

_ Bonjour, bonjour, dit une petite voix que Grogu reconnut.

_ Binta, dit-il.

_ Qui est là ? répondit Winta, sans se soucier de son prénom écorché.

Grogu ouvrit alors les cellules et attendit. Hagards, les enfants sortirent lentement de leurs cellules pour se trouver dans le couloir étroit de leur prison. La fille d'Omera aperçut le petit Mandalorien et Grogu sentit une vague d'espoir et d'amour le submerger.

_ C'est le bébé ! cria-t-elle en se jetant sur lui.

Elle le serra contre elle et l'embrassa. L'autre enfant de Sorgan s'approcha, lui aussi ravi. Ils étaient en mauvaise santé. Ils l'étaient tous. Les six enfants de Nevarro restèrent en retrait. Ils formèrent un groupe, mais n'échangèrent aucune marque d'affection.

_ D'où il sort ? demanda un gamin.

Grogu désigna la bouche d'aération.

_ C'est trop haut, dit un autre.

Grogu montra la clé et désigna la porte.

_ Donne-moi ça ! fit le plus grand des enfants.

Grogu secoua la tête. Il fallait attendre. Il voulut montrer la holotablette, mais l'enfant de Nevarro s'était jeté sur lui, suivi des cinq autres, chacun voulant récupérer la clé pour s'évader. Grogu allait utiliser la Force pour se libérer de la mêlée, mais Winta et son compagnon commencèrent à le protéger, ils pourraient être blessés. L'enfant Mandalorien essaya de mimer les gestes que son père faisait, mais il dut admettre qu'il n'était pas fait pour se battre à main nue. Il repoussa les huit enfants qui se cognèrent sur les murs et les portes des cellules. Grogu ressentit la douleur de chacun. Il lui fallut un temps pour comprendre qu'il portait ses propres blessures.

Les enfants de Nevarro essayèrent de s'approcher à nouveau de lui. Grogu resta là, à les repousser. Jamais il n'aurait pensé se servir de ses capacités contre des innocents, encore moins d'autres enfants. Ces enfants étaient des victimes et il était là pour les aider et les sauver, mais ils s'en prenaient à lui… Alors, il continua. Il continua jusqu'à ce que les enfants de Nevarro arrêtent d'essayer. La petite Winta, serrée contre l'autre enfant de Sorgan, le regardait faire, les yeux ronds. Cela lui sembla une éternité.

Finalement, les enfants se calmèrent. La holotablette avec le plan et l'accès aux caméras était cassée. C'était un cadeau de son père et il y avait ses histoires et ses leçons de langues dessus. Même brisée, il ne pouvait se résoudre à la laisser, alors il a remis dans son sac en soupirant. Il devait trouver un moyen pour expliquer le plan d'évasion aux autres enfants s'il voulait éviter qu'ils ne se fassent tous tuer. Bien entendu, aucun des enfants n'étaient en mesure de le comprendre. Il tenta d'expliquer le plan avec un dessin au sol et des cailloux les représentant. Il insista longtemps pour que les cailloux restent groupés. Les enfants de Nevarro eurent des problèmes, ou mirent de la mauvaise volonté, à le comprendre. Les enfants de Sorgan, l'ayant déjà fréquenté, comprirent rapidement et tentèrent de traduire.

Lorsque la traduction lui parut satisfaisante, Grogu prit le communicateur. Malheureusement, tout comme la holotablette, celui-ci avait pris un mauvais coup de la bagarre. En signe d'apaisement, l'un des enfants de Nevarro expliqua être d'une famille de réparateur et se proposa d'essayer de le bricoler. Pendant ce temps, le jeune Mandalorien essaya de contacter mentalement son père, sans succès.

Alors que Grogu commençaient à avoir faim, et que cela voulait dire que la demi-journée devait proche, voire déjà passée, le communicateur fut réparé. Il prévint son père et fut soulagé en recevant le signal de retour. L'enfant Mandalorien aurait aimé pouvoir parler avec des mots à cet instant. Il avait besoin de raconter à Din ce qu'il avait vécu avec les enfants. Mais, il devrait attendre. A défaut, il s'installa devant la porte et se concentra. Il devait focaliser son attention sur les formes de vie présentes entre lui et la navette impériale.


Bordure extérieure, Zygerria, complexe minier


KARGA

Les hordes de Zygerriens semblèrent se tarir. Les esclaves encore debout se laissèrent tomber à genou et se mirent à haleter. Greef Karga en revenait à peine d'être encore en vie tant les échanges de tir avaient été nourris. Il avait eu l'impression que Mando avait été partout à la fois. Il avait été le bouclier humain qui protégeait les autres et le bélier qui fonçait dans la mêlée. L'autre homme, probablement son ami, avait utilisé les lieux avec intelligence et savoir-faire et surtout, armé de deux blasters, il avait fait mouche à chaque fois. Ils avaient été impressionnants.

Pour autant, ce n'était calme et silencieux comme après une victoire. La Twi'lek s'acharnait sur le cadavre du responsable des châtiments avec un matraque. Non pas qu'il ne l'avait pas mérité, mais cet excès de violence rendait mal à l'aise les esclaves survivants et éprouvés. Mando et son ami échangèrent un regard et se dirigèrent vers la femme.

_ Xi'an… dit Mando.

La femme continua à frapper.

_ Xi'an, répéta-t-il en lui attrapant le bras. Arrête. Il est déjà mort.

_ Mais, je l'ai vu bouger.

Elle donna un coup de pied au cadavre.

_ Tu vois ?

Les deux hommes penchèrent la tête sur le côté et observèrent le corps.

_ Ce n'est pas flagrant, commenta l'homme.

_ Je vais le décapiter, dit la fameuse Xi'an, avec conviction.

Mando sortit son blaster et tira dans la tête du cadavre, ou ce qu'il en restait.

_ Pas besoin, dit-il.

_ Mouais, dit l'autre, qui tira à son tour. Maintenant, on est sûr.

_ Vraiment ? dit la femme.

L'homme aux blasters et la Twi'lek commencèrent à se chamailler sur la meilleure façon de s'assurer de la mort permanente du Zygerrien, dont le corps avait été tellement frappé qu'il ne pouvait subsister de doute quant à son décès. Mando soupira et rejoignit Karga.

_ Bonjour, mon ami, dit l'homme en Beskar, en lui tendant la main.

_ Toi alors… répondit Greef avec affection.

Ils regardèrent les survivants. La moitié des esclaves avaient péri, et la moitié restante était salement amochée. Les trois réfugiés de Sorgan, Omera, Caben et Stoke, avaient survécu, mais seulement cinq sur les douze adultes de Nevarro.

_ Les enfants ? demanda Omera, la voix lasse et teintée d'inquiétude.

_ Ils sont en train de rejoindre notre navette, répondit Mando.

Sa voix avait été parfaitement neutre lorsqu'il avait répondu mais, dès que la femme eut le dos tourné, le Mandalorien se tourna vers Greef. Le Magistrat ne voyait pas son regard, mais il connaissait son ami. Sans un mot, il lui signifiait qu'il avait des inquiétudes sur le sujet.

_ Il faut se regrouper, dit Karga à voix haute, pour rassembler les esclaves survivants. Pour l'instant, ils doivent réfléchir à un moyen de tous nous tuer. Ils vont bientôt attaquer.

_ Ouais, dit l'homme aux blasters. Faut qu'on se tire.

_ Je fais équipe avec mon chéri, dit la Twi'lek, en sautant au cou de Mando et en embrassant son casque.

_ Non, il est à moi, dit l'homme, en se positionnant à l'opposé de la femme.

_ Xi'an, Mayfeld, vous croyez que c'est vraiment le moment ? demanda Mando.

_ C'est elle qui a commencé, dit le fameux Mayfeld.

_ Vous avez… commença Mando. Xi'an, tu as les mains baladeuses.

La femme eut un sourire prédateur, mais ne retira pas ses mains du corps du Mandalorien. Ce dernier se retourna brusquement.

_ Migs ! Tes mains !

Migs Mayfeld et Xi'an explosèrent de rire.

_ Oh, la tête que tu fais ! dit Migs.

_ Est-ce que vous pouvez essayer de rester sérieux suffisamment longtemps pour qu'on s'échappe de cette planète où tout le monde veut nous tuer ?

_ La vie est courte, dit la Twi'lek. Raison de plus pour en profiter maintenant.

_ Xi'an…

_ Ça te dérange ?

_ Concentre-toi.

_ C'est de ta faute, répondit-elle. Tu es adorable.

_ J'aime bien ce profil, dit Mayfeld, en riant et en montrant le bas du dos du Mandalorien.

La femme ria de plus bel. Mando soupira et croisa les bras.

_ Fais pas cette tête Dinouné, dit Mayfeld au Mandalorien. On essaye juste de détendre l'atmosphère à tes dépends pour éviter que tout ce petit monde se rende compte que leur pourcentage de survie n'a qu'un chiffre. Maintenant, ils le savent. Tu es content ?

_ Non. Il fallait qu'ils prennent conscience que la situation était critique, mais il fallait le dire avec tact !

Les esclaves avaient effectivement été choqués en entendant cette vérité. Karga espérait qu'ils ne baissent pas les bras et qu'ils seraient nombreux à quitter Zygerria.

_ Tu as des amis intéressants, Mando, commenta Greef.

_ On va dire ça… répondit l'homme en Beskar.

_ Son meilleur ami, corrigea Mayfeld.

_ Depuis quand ? demanda Xi'an.

_ Depuis que je l'ai décidé.

_ Oh ! Alors, je décide que je suis la femme de sa vie, dit Xi'an.

Le Mandalorien s'abstint de commentaires.

_ Voilà une jeune femme bien téméraire, commenta Karga.

_ Tu n'as pas idée, grand-père, répondit-elle.

_ Et toi, mon ami, tu as une patience incroyable avec ces petits… plaisantins.

_ Vous êtes son ami aussi ? demanda Mayfeld.

_ Depuis des années, répondit Greef.

_ Oh ! Comme c'est vexant pour toi ! dit Migs à l'attention de Xi'an.

La Twi'lek serra de nouveau le Mandalorien dans ses bras.

_ Vous savez vraiment comment il est ? demanda Xi'an à Karga.

_ Bien sûr. Pourquoi ?

_ Quand est-ce que vous l'avez entendu démentir mes propos ? demanda-t-elle.

_ Mando ! s'exclama-t-il.

_ Vous allez me comparer encore longtemps à un objet ou on peut passer à autre chose ? s'agaça le Mandalorien.


à suivre