Les rendez-vous du bien-être
Quand Ruby arriva au restaurant trois étoiles où elle devait retrouver Belle, elle l'aperçut à l'entrée. Elle avait pensé à elle toute la matinée, son cœur se gonfla quand elle sourit en l'observant. Elle était vraiment impatiente de parler de leur nuit. Belle trottina jusqu'à elle et la prit doucement dans ses bras.
– Comment ça s'est passé avec ta mère ?
– Ça allait… Elle a posé beaucoup de questions sur toi mais j'ai pas réussi à savoir ce qu'elle en pense. Écoute, je sais qu'on avait dit qu'on passerait l'après-midi ensemble, mais ma mère a décidé autrement… Elle veut que je fasse les magasins avec elle pour trouver quoi mettre au mariage de ma cousine.
– Demain alors ?
– Demain avec plaisir. Ma mère part à seize heures. On se retrouve chez toi dès qu'elle est partie ?
– Chez moi ? s'interrogea Ruby avec un air perdu.
D'habitude elles se voyaient chez Belle pour profiter de sa superficie plus importante.
– Les projets que j'ai pour nous viennent en contradiction avec le fait que je n'arrête pas de sentir la présence de ma mère dans ma chambre.
Le sourire mutin qu'elle lui décocha rendit Ruby sans voix. Leur nuit semblait l'avoir métamorphosé, et de son côté, Ruby se sentait à fleur de peau et si un simple câlin avait réveillé son envie de galipettes, cette déclaration l'enflamma complètement.
– Mon dieu, me dis pas ça, maintenant j'ai envie de te kidnapper de ta mère.
Sans se départir de son sourire, elle s'approcha encore et se pencha à son oreille pendant que ses cheveux frôlaient doucement sa joue.
– Demain dès seize heures, je serai toute à toi, ma douce.
Ruby disjoncta sous les yeux malins et comblés qui la détaillaient.
– Belle… murmura-t-elle avec une voix presque tremblante.
Cette conversation valait bien plus que tous les mots qu'elles pouvaient mettre sur leurs ressentiments de leur nuit. Elles restèrent ainsi à se regarder dans les yeux, évoquant chaque sentiment qu'elles avaient ressenti sans dire un mot. La bulle éclata quand la porte du restaurant s'ouvrit et que la personne s'approche d'elles.
– Ma chérie, on va être en retard, prononça-t-elle simplement, sans pression, comme si elle savait qu'elle interrompait un moment d'une extrême importance.
Belle acquiesça et, faisant fi de sa mère, déposa un petit baiser léger sur les lèvres de Ruby.
– Ravie d'avoir fait votre connaissance, Ruby, lâcha la mère dès qu'elle se fut décalée. J'espère que vous comprenez que si j'entends du mal sur vous, nous nous reverrons bientôt.
Ruby acquiesça, d'abord d'un air perdu, puis elle racla sa gorge sèche pour se ranimer de son mini arrêt cardiaque.
– Bien sûr Madame.
Depuis cette nuit, Belle découvrait une nouvelle femme, une femme qui voulait si bien faire les choses comme en cet instant. Elle la toucha si fort que, lorsque sa mère s'éloigna, elle engloutit les pas entre elles et l'embrassa une dernière fois avant de s'éloigner à son tour.
Ruby resta plantée là, devant l'hôtel restaurant à la charpente dorée et aux majordomes impeccables jusqu'au bout des ongles jusqu'à ce que Belle soit hors de portée de vue.
Quelques heures plus tard, Emma reçut Alex chez elle. Elles s'assirent dans le canapé, toutes les deux à un bout de celui-ci, une bouteille de panaché à la main. L'invitée sentait clairement que la blonde était tendue et ne savait comment engager la conversation. Elle détestait la situation et n'arrivait plus à la regarder en face.
– Tu ne m'avais jamais dit que tu étais si populaire à Storybrooke.
– Je suis désolée… je crois que tu l'as compris, mais j'aime pas vraiment parler de moi, mais je pensais que tu savais qui j'étais. Je connais pas beaucoup de monde qui peut assurer qu'il entrera à Storybrooke deux ans à l'avance.
– C'est vrai, gloussa Emma en réalisant qu'elle n'avait pas vraiment réfléchi.
– Je pensais vraiment pas à mal quand tu m'as raconté ton histoire à Storybrooke, peu importe ce que ta prof pense, je…
– Je sais, t'inquiète pas, la rassura immédiatement Emma en la voyant de plus en plus paniquée.
Comme si elles avaient été maintenues par un fil, les épaules d'Alex s'affaissèrent d'un coup.
– Et dernière chose avant que j'arrête : je suis désolée de t'avoir surpris tout à l'heure et d'avoir attiré son attention. Votre dispute ne serait pas arrivée sans moi…
– Sans toi, je ne l'aurais jamais comprise, lui sourit-elle gentiment.
Alex l'observa et prit une grande goulée avant de se trémousser comme pour se réveiller.
– Alors comment ça s'est passé après mes conseils entre ta prof et toi ? Dis-moi tout, je veux tout savoir !
Face au rire enthousiasme et taquin, Emma soupira. Elle savait qu'elle devait passer par cette étape depuis qu'Alex avait compris. Alors elle lui résuma les derniers mois sans détails, s'amusant de voir son amie à fond dans l'histoire dès le début. Elle lui raconta chacune de leur rencontre, mais dès qu'elle arriva à la partie « Regina l'agresse dessus avec haine mais se retrouve cinq minutes plus tard à la faire grimper aux rideaux », elle bloqua.
– Okay… je vois. Et ensuite ?
Emma secoua la tête et reprit son récit en examinant les réactions de son amie. Quand elle finit, elle semblait perplexe.
– Dis donc, elle est intense quand même…
– Je sais… et crois moi, tu n'as rien vu… Je déteste quand elle est comme ça mais… après… après elle est…
Emma rougit violemment sans pouvoir finir sa phrase, permettant à Alex de comprendre ce qu'elle voulait dire.
– Voilà, bref.
– En tout cas, je suis heureuse pour toi, tu as l'air plus détendue que la dernière fois, alors que… alors que maintenant tes études et même ton avenir sont à risque.
Emma haussa les épaules et lui proposa une autre boisson en se levant. Quand elle se rassit, Alex la dévisageait avec insistance.
– Je regrette… souffla-t-elle avant de rire un peu. Je regrette un peu de t'avoir aidé parce que… tu souhaites pas qu'on reprenne là où on en était quand tu es partie. Et je suis pas très à l'aise à l'idée de passer juste après quelqu'un, ou juste avant quelqu'un, couple ou pas.
– Je suis heureuse que tu l'aies fait. Ça aurait été débile que je puisse pas m'envoyer en l'air quand j'en ai envie parce que j'étais trop immature ! rit Emma. Elle n'a pas de place dans mon cœur comme toi tu en as, loin de là, mais elle a une place entre mes jambes, ça, c'est sûr. Ça n'empêche pas que toi, tu as l'air beaucoup plus facile à vivre, et je pense pas que ma chère professeure te surpasse.
Alex doutait un peu qu'elle lui disait vraiment le fond de sa pensée, mais elle était vraiment flattée.
– Je suis sérieuse, quand tu emménageras dans cette ville et que j'aurais fini mes études, on en reparlera.
– Parce que tu penses que tu coucheras plus avec elle quand tu auras fini ?
Emma haussa les épaules, elle n'avait pas réfléchi et c'était une question plus que troublante.
– J'en sais rien… Je me dis que ça va bien nous exploser à la gueule à un moment, le scandale ou notre incompatibilité à nous, et peu importe le plaisir qu'on prend ensemble, tout ça n'y survivra pas. Et peut-être que j'aurais en envie de quelque chose d'un peu plus sérieux et que j'en aurai marre de courir après une femme qui se croit littéralement supérieure à moi.
Quand Emma demanda à son tour des nouvelles d'Alex, celle-ci se mit à bégayer maladroitement.
– Je me suis confiée à toi, sur tout, je te promets que tu peux me faire confiance. Qu'est-ce qu'il s'est passé ce matin ?
– C'était juste ma mère… Tout le monde la connait comme la femme brillante mais qui dit brillante dit exigeante, surtout envers sa propre fille. Elle veut que je sois son reflet parfait.
– Elle devrait déjà être fière de toi.
– Merci ! J'obtiens une place dans une école prestigieuse en sachant déjà tout parce que ma mère n'a pas attendu pour tout m'enseigner puis elle exige maintenant que je repousse mon entrée parce qu'elle veut que je l'aide une année de plus à jouer son assistante ! C'est dingue d'être aussi égocentrique !
Emma sirota quelques secondes sa boisson avant de relever la tête.
– Je sais pas si je suis contente ou pas de ne pas avoir à vivre ça…
– Je vois ce que tu veux dire, t'as raison… J'espère juste qu'elle me laissera vivre ma vie dans pas trop longtemps.
Alex soupira et s'excusa après quelques secondes de lui avoir tout déballé si brusquement. Emma rit, elle était vraiment une femme comme elle n'en avait jamais vu.
Quand elle repartit quelques minutes plus tard, Emma était de bonne humeur. Et cela ne risquait pas de changer : il était temps de se préparer pour partir à la rencontre de Regina.
Cette fois-ci, son entrée dans la chambre se fit sans fracas. Elle salua poliment sa professeure avant qu'elle ne la laisse tranquillement entrer. Puis dès que la porte fut fermée, Emma ne suivit plus trop ce qu'il se passa, l'important était de recevoir la professeure contre elle.
Elles s'embrassèrent un bon moment, le temps de retrouver l'ardeur qu'elles avaient dû abandonner quelques heures plus tôt.
– Je déteste être interrompu, murmura Regina en la regardant droit dans les yeux avec envie.
Emma plongea son regard dans le sien et comprit qu'elle se consumait petit à petit de désir. Elle l'emmena alors jusqu'au lit en commençant à se déshabiller, l'encourageant à faire de même.
Elles ressentaient chaque fois qu'elles se retrouvaient ce désir toujours inassouvi de sentir le corps de l'autre. Elles s'agrippèrent alors par la taille, à genoux sur le lit, sans même perdre le temps de s'allonger. Elles ressentaient au plus profond d'elles le besoin d'aller à l'essentiel, doucement mais rapidement. En même temps que les têtes se posaient sur l'épaule du corps collé au sien, les bras s'étendirent pour passer entre les jambes.
Contrastant avec la matinée, les deux femmes firent preuve d'une douceur sensuelle et discrète qu'elles n'avaient jamais démontrée ensemble.
Chacune des rencontres était singulière pour Regina, mais celle-ci fut renversante. Si renversante qu'elle se mit soudainement à rire au bout d'un moment, alors qu'elle embrassait Emma allongée sous elle, planant un peu.
– Vous… riez ?
Emma l'avait déjà entendu rire, mais jamais sincèrement.
– Parce que je me sens bien à faire quelque chose de mal, lui expliqua la voix profondément rauque.
Et en fin de compte, était-ce bien ou mal ? Emma n'osait pas poser la question et ne savait pas du tout quoi en penser.
– Je regrette ce que je vous ai dit ce midi, déclara-t-elle après avoir détourné le regard. J'ai eu peur quand vous m'avez appris que votre amie savait, et j'ai dit des choses que je ne pensais pas. J'oublie souvent que personne n'est parfait et ce midi m'a rappelé que, moi non plus, je ne le suis pas… C'était en grande partie ma faute si ma collègue nous a surpris.
Regina se tut pour connaitre sa réaction qu'elle appréhendait. Elle ne sembla jamais venir alors elle la regarda enfin en face. Elle ressentit un mélange de soulagement et de frustration en voyant qu'elle était simplement perdue. Elle se racla la gorge et décida de la laisser respirer en s'allongeant tranquillement à côté d'elle.
– Je suis néanmoins impressionnée par vos… talents de menteuse, qui défient toutes circonstances. Disons que maintenant je sais à qui j'ai affaire.
Avec son petit sourire amusé et un maquillage plus effacé que d'habitude, sa professeure avait l'air plus naïve que jamais, comme si elle faisait enfin honneur à son titre de professeure la plus jeune de Storybrooke.
– Regina… Vous êtes pas au bout de vos surprises.
Regina dévisagea son sourire sans pouvoir se sentir aussi légère qu'elle.
– Détendez-vous, je vous en veux pas. J'ai pas envie d'être énervée contre vous. Je préfère quand vous me faites plaisir…
– Mais vous avez dit une chose et… j'ai l'impression que vous avez envie d'en parler. Ou que moi j'ai envie d'en parler car je n'aime pas que vous ayez encore ça à la conscience.
D'un battement de cils, Emma l'avertit qu'elle avait toute son attention.
– Vous m'en voulez vraiment pour les choses que je vous ai dites… et faites… il y a quelques mois ? Avant ce matin, je croyais que c'était fini… Mais vous avez rappelé que… je vous ai frappé.
Regina détourna le regard à ce dernier mot et initia un léger mouvement de recul.
– Je sais pas. J'ai eu mal. Je sais que j'aurais jamais dû vous toucher ce jour-là mais j'ai pas pu résister à l'envie. Puis vous avez réagi et ça m'a fait mal, marmonna Emma avec le regard dans le vide. Je sais que j'ai ma part, je me suis mal comportée, et je vous ai d'ailleurs sincèrement demandé pardon pour ça.
– Je veux que vous sachiez que je ne suis pas comme ça. Je ne frappe pas et je ne sais pas pourquoi je l'ai fait…
Emma n'avait jamais senti une telle détresse émaner d'elle. Elle se redressa alors et emprunta un air plus léger.
– Alors plus de dispute, plus de violence et de conflit ?
– Plus de dispute, plus de violence et plus de conflits, sourit Regina. Et seulement du plaisir. Même si ça m'empêche pas de m'inquiéter de tomber dans de beaux draps…
– Je vous promets que mon amie ne dira rien à sa mère. J'ai confiance en elle.
– Il s'est passé quelque chose entre vous ?
Les mots étaient sortis tout seuls, et elle les regretta à l'instant où elle finit sa phrase. Ce n'était clairement pas ses affaires, mais depuis qu'elle les avait vus ensemble, la question la taraudait. À présent qu'elle entendait comment elle parlait d'elle, c'était inévitable que ces mots sortent de sa bouche.
– On a… couché ensemble une fois.
– Oh… et c'était bien ?
– Ouais, c'était sympa.
– Et donc que s'est-il passé… ?
– Rien. Elle vit loin, on se voit jamais.
– Oh…
– Est-ce que… est-ce que ça vous gênerait si je couchais avec d'autres personnes ? On n'en a jamais parlé parce que ça semble assez évident, mais je crois qu'on devrait être transparentes…
Elle tenait à sa liberté et à son indépendance les plus totales depuis qu'elle y avait gouté à sa majorité.
Regina cligna des yeux, perplexe.
– Vous faites ce que vous voulez de votre corps, Mademoiselle Swan, ça ne me regarde pas. Et je pense que cela vaut de même pour vous vis-à-vis de moi.
Emma acquiesça simplement. Elles n'avaient jamais fait preuve d'une tendresse particulière durant leurs rencontres, uniquement d'un profond respect. Emma savait qu'elle ne servait qu'à la satisfaire du mieux qu'elle pouvait et qu'elle lui rendait la faveur en retour. C'était un contrat tacite qu'elles n'imaginaient pas changer. Tant qu'elles pouvaient découvrir de plus en plus amplement leur sexualité…
– Je suis plus que d'accord.
Emma eut l'étrange impression qu'elle aurait aimé ajouter un mot, mais n'arriva pas à avoir la moindre idée de ce dont il s'agissait, la jeune femme semblait aussi impassible que lorsqu'elle faisait son travail à Storybrooke.
– Et… outre le fait que vous pensiez encore au jour où je vous ai giflé… vous avez dit, enfin vous avez vraiment pensé que je vous considérais pour une… salope ? demanda-t-elle les sourcils froncés, perdue avec elle-même.
– Non. Enfin je sais pas, ça vous ressemblerait pas mais rien de tout ça vous ressemble… Je vous connais pas, c'est de plus en plus évident. Et jusque-là, je m'en fichais de ce que vous pensiez de moi.
Emma était plus que gênée d'avouer tout ça. Cette soirée avait vraiment pris une tournure étrange et elle ne savait pas vraiment si elle l'appréciait.
– Non, vous êtes loin d'être une salope.
C'était aussi étrange que si elle l'avait entendu affirmer qu'elle en était une.
– Vous baisez bien mieux qu'une salope, susurra-t-elle sur le ton de la confidence.
Elle la dévisagea, elle et son air à la fois délicieusement provocateur et sensuel qu'elle découvrait de plus en plus. Elle se pencha pour prendre sa main et rapprocher son visage du sien.
– Sentez quel effet ça me fait de vous entendre dire ça, susurra Emma comme s'il s'agissait de sa sentence.
Elle posa ses doigts sur son sexe chaud et trempé. Un sourcil parfaitement épilé se leva sur le visage avant que les lèvres ne s'étirent en un sourire. La blonde bascula sur le dos en sentant de nouvelles caresses.
Il était clair que ces derniers temps, la professeure lui faisait de plus en plus effet. Quelques mots suffisaient pour l'enflammer, et quelques gestes pour la carboniser.
Emma se laissa complètement manipuler, relâchant tous ses membres pour profiter pleinement. Elle accueillit vite ses doigts en elle avec grand plaisir, sous son regard noir d'excitation. Une caresse traçant la forme de son sein, la langue taquina la peau tendue près de son nombril.
La professeure avait le pouvoir de faire tordre son corps à sa guise, et elle n'avait aucune idée d'où il lui venait. Ce soir-là, elle en profita un maximum, avant d'à son tour lui faire profiter. Les rôles s'inversèrent complètement jusqu'à ce qu'elles s'allongent tranquillement sur le lit pour reprendre un instant des forces. Mine de rien leurs activités exigeaient beaucoup aux muscles sans arrêt…
– J'ai envie de rester ici deux jours entiers, murmura Regina tout d'un coup.
Emma se redressa d'un coup. Choqué serait un mot un peu faible pour décrire sa surprise face à cette déclaration. Son regard envieux presque rêveur lui prouvait la profondeur de son désir.
– Depuis quand vous n'avez pas passé au moins trois heures sans penser une fois à vos responsabilités ?
Regina, qui se redressa à son tour, n'avait aucune idée de la dernière fois que cela lui était arrivé. Elle n'aimait pas rester inoccupée… C'était le plus haut niveau de fainéantise.
– Ça, ça s'appelle fuir et je ne fuis pas.
– Non ! C'est pas ça fuir !
Le regard noir de Regina effraya un peu Emma qui tenta de se détendre.
– Ou on peut dire qu'ici, seulement ici ça ne s'appelle pas fuir. Vous savez quoi ? Quand on vient ici, c'est pour prendre soin de soi. Gouter à la sensation de liberté parce que la seule priorité c'est soi-même. Rien qu'un petit moment où rien d'autre n'a d'importance. C'est un peu genre, les rendez-vous du bien-être, rit Emma.
Emma avait parlé sans réfléchir mais un flot de pensées l'envahit dès qu'elle s'arrêta. Elle n'avait jamais pensé à ça, mais ce soir elle avait l'impression de se sentir un peu moins seule. Cela lui faisait un bien fou, en plus du plaisir qu'elle prenait avec elle.
– Vous en pensez quoi ?
Regina ne s'attendait pas à ce que sa proposition sonne aussi personnel. Cela souleva quelques questions qu'elle balaya aussi vite qu'elles étaient apparues.
– Appelez ça comme vous voulez.
– Je sais que ça veut dire que ça vous intéresse.
– Les rendez-vous du bien être ? C'est… ridicule si vous voulez mon avis, confia Regina en riant librement. Ma foi, ça reste à votre image !
Au lieu de se vexer à son habitude face à cette nouvelle tentative de la descendre, Emma éclata de rire. Ce soir, elle avait l'impression que Regina se sentait plus libérée. Elle restait la même femme, mais elle semblait avoir accepté complètement leurs rencontres si spéciales.
– Et si vous disiez la vérité pour une fois, ça donnerait quoi ? l'embêta un peu plus Emma.
Elle savait que cette question représentait un défi. Elle représentait même un affront, un retranchement qu'elle pensait être un abus. Cependant, la professeure prit un air pincé et se plongea dans ses pensées.
– C'est un concept qui n'est pas déplaisant.
– Je vous promets que vous ne serez pas déçue, chuchota Emma avec un air sérieux que Regina n'avait pas vu venir.
Elle la dévisagea en se demandant si elle devait rire ou au contraire prendre leur discussion avec beaucoup de sérieux. Le regard appuyé de la blonde ne lui donna pas la réponse, il la troubla simplement. Elle se redressa alors pour prendre une grande bouffée d'air. L'accompagna une nouvelle question qui lui brulait les lèvres depuis quelque temps maintenant.
– J'ai quelque chose à vous demander. Je sais que nous avions dit que vous gérez comme vous voulez mais…
– Mmh ? souffla Emma en se retournant sur le ventre et en serrant l'oreiller contre elle.
– Vous avez mis au courant votre meilleure amie à propos de… ce qu'on fait ?
Emma pouffa nerveusement et finit par s'étouffer.
– Quoi ! Non ! Je lui ai rien dit, je n'oserai pas…
– Oh, vraiment ? demanda innocemment Regina l'air gêné.
– Vraiment… Pourquoi vous dites ça ?
– Je me disais que comme vous lui avez dit pour l'année dernière, vous lui diriez qu'on se revoit…
Emma fronça les sourcils, complètement perdue. Elle avait tout d'un coup un mauvais pressentiment…
– Hein ? murmura-t-elle.
– Vous lui avez partagé ce qu'il s'est passé entre nous et puis…
– Je lui ai partagé… reprit Emma pendant que ses neurones tournaient à toute vitesse. Oh.
Cela la percuta en un éclair : Ruby était allée voir leur professeure. Elle ferma les yeux en se demandant comment elle avait pu croire qu'elle ne ferait rien. Elle avait honte de ne pas l'avoir anticipé alors qu'elle connaissait si bien son amie.
– Hum désolée, je n'étais pas au courant qu'elle vous avait parlé… expliqua Emma en soupirant.
– Elle est venue me voir un jour et elle avait clairement une dent contre moi. Mais j'ai réussi à gérer la situation.
– Excusez-la…
– Il n'y a pas de quoi. J'ai compris ce qu'elle a ressenti. Vous avez une bonne amie Emma, elle tient beaucoup à vous.
Emma dodelina de la tête un instant puis elle la redressa, les sourcils froncés.
– Attendez, je croyais que vous voudriez me tuer dès que vous seriez au courant ?
Ses réactions amusaient beaucoup la professeure, cependant en se rappelant le sujet de ses conversations avec son amie, elle voulut conclure le sujet pour éviter qu'elle en vienne à lui demander des détails.
– J'en ai eu envie pendant un moment pour être honnête. Mais ça n'aurait pas changé grand-chose. Et donc… pour reprendre ma question, que lui avez-vous dit aujourd'hui ?
Emma sourit en pensant un instant à Ruby. C'était une vraie tête de mule, elle lui avait répété une centaine de fois de ne pas aller menacer la professeure, mais elle avait fait la sourde oreille et avait fait déverser une tempête sur elle. Dès qu'elle la reverrait, elle entendrait ce qu'elle en pense !
Emma poussa un long soupir. C'était complètement idiot. Lui faire savoir qu'elle était au courant, c'était comme lui avouer qu'elle avait mis ses études en danger à cause de leur professeure. Et jusque-là, elle avait conclu que ce n'était pas dans ses plans.
– Emma ? murmura Regina en voyant son désarroi.
La blonde se mordit la lèvre en sortant de ses pensées, puis elle regarda l'autre femme. Elle s'adressait à elle avec tant de finesse qu'elle n'avait pas envie de lui mentir.
– Je lui ai encore rien dit, mais je pense beaucoup à lui dire pour être honnête. Sinon je vais devoir prétendre que je ne sais pas qu'elle vous a parlé et je sais pas si je vais y arriver… Je sais même pas si j'ai envie de la remercier de veiller autant sur moi, ou de la disputer pour ne pas m'avoir écouté.
– Je ne peux pas contrôler ce que vous dites Emma, mais j'apprécierais beaucoup que vous n'en parliez à personne, annonça Regina en s'assurant qu'elle entendait bien. Ce serait un facteur de risque supplémentaire et… donc un stress supplémentaire.
Sa voix anxieuse complétait sa déclaration pour elle. Alors même si elle prenait sa décision de façon totalement libre et éclairée, Emma fixa à nouveau son regard dans le sien de façon déterminée pour tenter de l'apaiser.
– Elle ne saura rien Regina, c'est promis. J'ai peur que ce soit répréhensible qu'on découvre qu'elle aussi garde le secret si jamais…
Le dissimulant du mieux qu'elle pouvait, Regina fut soulagée de remarquer qu'elle semblait avoir déjà beaucoup réfléchi à leur situation.
– Et puis j'ai un peu peur de sa réaction pour être honnête, avoua-t-elle avec un petit sourire grimacé. Je suis sûre qu'elle m'ignorerait pendant au moins deux semaines, se moquerait de moi et me critiquerait pendant deux autres semaines, puis elle viendra vous menacer d'arrêter de me voir. La suite dépend uniquement de son bon vouloir… mais je sais qu'elle partagerait mon stress jusqu'à la fin de nos études.
– Je vois.
Elle avait déjà pu remarquer à quel point son amie tenait à Emma, il n'était pas du tout étonnant de voir qu'en retour, elle tenait énormément à elle, elle aussi. Elle remarquait à travers ses yeux la peine immense qu'elle ressentait de ne pas pouvoir tout lui partager.
