Petit mot de l'autrice : TW violences sexuelles pour celui-ci
Jour 4 : Révélation
Pas de contexte précis
Lorsqu'il vit des larmes couler sur la joue d'Amerei, Lancel ne sut pas vraiment quoi faire. Il décida alors que la meilleure option était de tout arrêter. Il retira ses mains, s'éloigna de sa femme et rabattu la couette sur leurs corps nus. Puis, une fois qu'il se fut assuré que celle-ci reprenait sa respiration, il demanda :
- Tout va bien ?
Presque immédiatement, il se traita d'idiot. Amerei n'allait manifestement pas bien, étant donné qu'elle pleurait. Cela n'empêcha pas Amerei d'hocher la tête, comme pour le rassurer. Lancel n'en fut toutefois pas convaincu.
- Je suis désolé si j'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas.
- Ce n'est pas vous, répondit Amerei. C'est... ce n'est pas vous.
Sa phrase tomba dans un silence qui ne fut brisé que par des petits reniflements de sa part. Lancel songea qu'il ferait peut-être mieux de ne pas insister et de simplement se recoucher. Néanmoins, cette idée lui déplaisait. Il sentait que Amerei avait quelque chose sur le cœur, et ne pas chercher à en savoir plus n'était pas correct.
- Si vous ne souhaitez pas en parler, je comprendrais. Mais dans le cas contraire... je suis là.
Le silence dura si longtemps que Lancel cru que rien ne le briserait. Finalement, Amerei murmura :
- Ma toute première expérience n'était pas... n'était pas vraiment bonne. Pas du tout, même. Pour la simple et bonne raison que je ne l'ai pas désirée.
Les mots tombèrent, graves, lourds. Lorsque Lancel réalisa ce qu'ils cachaient, son cœur se serra.
- Quelqu'un... quelqu'un vous a forcé ? murmura-t-il.
- Mon frère, répondit Amerei, une souffrance perceptible dans la voix. Il est venu un jour dans ma chambre. Il m'a dit que c'était une chose normale entre un aîné et sa cadette. Cela a duré quelques mois. Quand j'en ai enfin parlé à ma mère, elle m'a simplement accusée de mensonge. Je crois que c'était ça, le plus douloureux. De voir qu'elle préférait fermer les yeux plutôt que de me croire.
Lancel n'avait jamais aimé Mariya. Cette révélation ne fit que renforcer la haine qu'il éprouvait pour elle.
- Je suis tellement désolé pour vous...
- Ne le soyez pas. Vous n'y êtes pour rien.
- Tout de même. Je suis désolé que vous ayez dû traverser cela.
- Moi aussi. Heureusement, mon frère a fini par partir faire son apprentissage dans une autre région. Ces années sans lui m'ont permit de grandir, de m'apaiser. Et puis un jour, je suis tombée amoureuse d'un chevalier. Celui-ci était beau. Grand. Intelligent. Et surtout très gentil. Quand je me suis sentie prête à essayer de... de coucher avec lui, il a été extrêmement patient. Attentif à mes désirs. Je n'étais techniquement plus vierge, mais pour moi, c'est avec lui que j'ai fait ma vraie première fois. Car il y avait du respect. Du désir. Ce jour-là n'a pas été évident. De mauvais souvenirs me sont revenus à la surface. Pourtant, j'ai prit aussi du plaisir. Et surtout, je me suis sentie forte. Maîtresse de mon propre corps. Alors au fil des années, j'ai multiplié des expériences. Toujours avec des hommes en qui j'avais tissé confiance. Je sais que pour certaines, devenir intime avec quelqu'un est une épreuve. Mais pour moi, c'était une délivrance. L'occasion de reprendre le contrôle, vous voyez ?
Lancel hocha la tête. Il était vrai qu'en voyant l'appétence de Amerei pour les choses du sexe, il n'aurait jamais pensé qu'elle avait eu à traverser une telle épreuve. Néanmoins, ce qu'elle disait faisait sens.
- Je suis heureux que vous ayez pu trouver une manière de vous réapproprier votre corps, Amerei.
- J'en suis heureuse aussi. Néanmoins, il y a parfois des moments où... c'est plus compliqué. Les souvenirs peuvent me revenir sans prévenir, et sans que j'arrive à les contrôler.
- Je suis désolé si j'ai fait quelque chose qui les a déclenché...
- Comme je vous l'ai dit, ce n'est pas vous. Vous n'êtes pas responsable.
- Peut-être. Mais si vous vous sentez mal, vous devez me le dire, d'accord ? Vous n'avez pas à affronter vos fantômes seule.
Les yeux d'Amerei se remirent alors à briller. Lancel n'aurait su dire si elle pleurait de soulagement, de tristesse, de reconnaissance ou de fatigue. Au fond, cela importait peu. Tout ce qui comptait, c'est qu'elle vint poser sa tête sur son épaule, en murmurant :
- Je sais que vous êtes là. Je ne me suis jamais sentie seule une seule fois à vos côtés.
