De l'aide pour Potter
Résumé : Depuis la mort de Sirius Black, Harry Potter s'enfonce dans un cercle infernal de déprime qui le sépare de plus en plus de ses amis. Il oscille entre longues périodes de silence et colère et rejet des autres, allant jusqu'à la violence, et cela ne cesse d'empirer à un point que les professeurs ne savent plus quoi faire. Un soir, Harry Potter fugue. Un soir de retenue. Severus, en colère mais surtout inquiet par l'absence du Gryffondor, part à sa recherche. Dans quel état va-t-il retrouver le jeune Potter ?
Bibliothèque de Fiction : cadeau pour Lesbian !
— Dehors, Mr Potter! s'écria Minerva. Lâchez vos hormones sur le terrain! Pas dans ma classe! Cinquante points en moins pour Gryffondor!
Des murmures outrés et scandalisés de la part de ses lions suivirent son cri. Mr Potter lui lança un regard noir qui l'aurait certainement fait frémir en d'autres circonstances et il sortit avec son sac sur les épaules, non pas sans claquer la porte.
— Y a-t-il d'autres volontaires? demanda-t-elle aux élèves pleurnicheurs.
Sa voix était froide. Cette fois-ci, après le coup d'éclat de Potter, elle ne laisserait absolument rien passer. De personne. Tout le monde se tut, à part une personne. Malfoy. Minerva en fut satisfaite. Elle allait pouvoir reprendre son cours où elle l'avait laissé.
Il ne lui restait qu'un détail à régler. Sans laisser la moindre faille bien sûr. Elle faisait face à des serpents aussi, en compagnie de ses fougueux lions.
— Miss Parkinson, amenez Mr Malfoy à l'infirmerie, ordonna-t-elle. Et sans faire de détour. Si j'apprends que vous avez été chercher représailles auprès de Potter, j'en référerai auprès de votre directeur de maison, soyez-en certaine.
— Oui, professeur.
Parkinson aida son ami à se lever. Le pauvre garçon avait le visage en sang. Potter ne l'avait pas raté. Il s'était jeté sur lui. Le Sang-Pur l'avait plus que probablement mérité, à toujours chercher les ennuis. Mais ce n'était pas une façon de faire!
Même si la réaction de son lion la rassurait dans un sens. Plus ou moins… Elle croyait, du moins. Depuis quelques moins, Potter dépérissait. Il mangeait à peine, restait dans seul avec lui-même, ignorant les amis. La majorité du temps, il avait même ignoré les attaques puériles des Serpentards. Minerva avait juste pensé qu'il avait mûri, qu'il avait grandi et relégué ces querelles à des choses triviales et sans importance.
En réalité, c'était bien pire que cela. Harry Potter se plongeait, lentement mais sûrement, dans la dépression. Tout avait commencé l'année précédente, lorsque Sirius Black avait donné sa vie pour sauver celle de son filleul au Ministère. La vie qui n'avait jamais été tendre avec son lion favori avait une fois de plus décidé de s'en prendre à lui et lui arracher la seule personne qui lui restait encore.
La sorcière espérait beaucoup le voir reprendre du poil de la bête. Un adolescent apathique à moitié affamé sous sa responsabilité l'inquiétait énormément. Mais elle ne souhaitait pas non plus de ce jeune homme violent qui venait de s'en prendre à un camarade juste parce qu'il lui avait mal parlé et plus que probablement insulté.
Et son regard… Maintenant que Potter était sorti et que le calme était revenu dans sa classe, un frisson la parcourut. Il n'était jamais rien arrivé de bons aux personnes qu'elle avait vues avec une telle lueur dans leurs yeux. Cela finissait toujours… en tragédie.
Harry Potter n'avait-il pas déjà assez souffert?
Elle retint un soupir et reprit son cours.
»— —«
Minerva mangeait en silence dans la Grande Salle. Elle ne voyait pas son lion. Une fois encore, Potter sautait le repas. C'était le cinquième cette semaine…
— Dois-je poser la question? demanda une voix froide mais profonde.
— Quelle question, Severus? rétorqua-t-elle sans prendre la mouche.
— Qu'est-il arrivé dans votre classe?
— Parce que maintenant, vous posez des questions concernant Potter?
Du coin de l'œil, elle vit son regard noir et ses lèvres pincées.
— J'ai confiance en votre jugement et vous êtes le principal témoin. Et je ne me rappelle pas vous avoir déjà vu mettre un étudiant dehors en trente ans de carrière. Cela signifie que Potter a été très loin. D'où ma question.
— Mr Malfoy a dit quelque chose, quoi, je n'ai pas pu l'entendre. Probablement pas très reluisant. Et Mr Potter a… surréagi.
Une petite toux désagréable arriva aux oreilles de Minerva. Elle ferma les yeux. Cette misérable sorcière n'allait tout de même pas s'immiscer dans leur conversation?!
— J'ose espérer que vous avez puni Mr Potter, Minerva, minauda Ombrage.
— Bien entendu, Dolores. J'ai retiré cinquante points à Gryffondor.
— C'est tout?
— Vu les circonstances, oui. Il a été provoqué.
— La violence est interdite dans Poudlard. Vous surprotégez Potter. Il devrait être sévèrement puni. Je peux prendre le relais, si vous vous pensez incapable de…
Minerva tourna la tête et croisa son regard brillant de cette misérable malveillance. Mais pour qui se prenait-elle?! Ne voyait-elle pas le fond du problème?
— Je ne me pense pas incapable, Dolores! Et des retenues ne serviraient à rien!
— Une discipline stricte permet de mieux éduquer ces jeunes gens.
La vieille sorcière retint un soupir et reprit d'une voix véhémente. Même si Potter avait mal agi, elle le protègerait. Surtout d'Ombrage et ses manigances.
— J'en suis bien consciente, Dolores. Mais dans ce cas précis, des retenues ne serviraient à rien. Elles ne feraient que traiter des symptômes sans s'attaquer au fond du problème.
— Quel problème voyez-vous ici? Deux adolescents qui se battent n'est pas étonnant. Surtout de la mauvaise graine comme Potter.
Minerva tourna la tête et fixa son sombre collègue. Il n'aimait peut-être pas Potter mais il devait avoir vu quelque chose lui aussi. Et puis, il n'oserait tout de même pas s'allier avec Ombrage après tout ce que cette mégère avait osé faire à l'école!
Les deux sombres onyx la regardèrent quelques secondes. Un soupir presque imperceptible sortit de ces lèvres pincées alors que les mains se faisaient plus serrées sur l'argenterie.
— Minerva a raison, Dolores, intervint lentement Severus. Je suis le premier à mettre Potter en retenue mais je dois avouer le voir quelque peu changé depuis quelques mois.
Ombrage afficha un air surpris.
— Oh vraiment? Il fait sa crise d'adolescence et après?
— Je penserais plutôt à une révolte pour ne pas accepter un fait tragique qui est bien arrivé. Et dont il doit certainement se sentir coupable.
— Et qu'est-il arrivé, selon vous?
Les deux sorciers fixèrent leur collègue et, à leur plus grand déplaisir, supérieure avec des yeux ronds.
— Vous ne le savez pas? s'étonna Minerva. Mr Potter a perdu son parrain! Il venait à peine de se redécouvrir de la famille et le voilà à nouveau seul au monde!
— Tout le monde ne vit pas le deuil de la même manière, ajouta Severus. Croyez-moi sur parole. Et c'est pire quand on se sent… coupable de la perte d'un proche. Rajoutez à cela la grosse tête qu'à Mr Potter en général, cela ne peut que devenir explosif!
— D'où le fait de lui donner une punition adéquate!
— Ce garçon n'a pas besoin d'être puni, Dolores! rétorqua Minerva avec froideur. Il a besoin d'être aidé! Et le plus vite possible avant qu'il ne fasse autre chose qu'il pourrait amèrement regretté!
La sorcière posa ses couverts sur la table d'un geste sec et, l'appétit coupé, elle quitta la pièce d'un pas vif. Non pas sans remarquer le regard inquiet de son sombre collègue.
»— —«
Severus observa le garçon pendant quelques semaines à subir les retenues en silence. Majoritairement celles d'Ombrage et de Minerva. Après ce qui était arrivé à Black, il ne s'était pas motivé à le mettre en retenue avec lui, le laissant plus volontiers à Rusard.
Le garçon pâlissait de plus en plus, il maigrissait aussi. Et surtout, il devenait de plus en plus exécrable avec tout le monde. Il l'avait vu même jusqu'à en venir aux mains avec ses propres amis.
Il s'isolait…
Tout s'envenimait et personne ne faisait le premier pas pour aider ce gamin. Beaucoup de paroles mais aucun geste de la part de sa collègue rouge et or. Devrait-il vraiment s'y mettre lui-même alors qu'il avait déjà le Seigneur des Ténèbres sur le dos?
Quand il mit lui-même le garçon dehors de sa classe un matin, il prit la décision de garder ses retenues avec lui. Il allait s'en occuper sous couvert de retenues. Il n'avait plus le choix.
Alors il attendit.
Et attendit encore.
Cinq minutes de retard.
Dix.
Vingt.
Au bout de trente minutes de retard, et particulièrement en colère contre le gamin, Severus ne put empêcher une once d'inquiétude de le traverser. Potter n'avait jamais ignoré une retenue. Un retard était déjà arrivé. Mais jamais être ignoré ainsi. Surtout quand les conséquences signifiaient plus d'heures de colle.
Il partit à la recherche du garçon dans toute l'école. Il chercha à chaque recoin apprécié par Potter, d'autres connus également pour leur solitude assurée… ou pire encore. Aucune trace d'un adolescent en deuil et en colère.
Durant ses recherches, il croisa quelques collègues qui se joignirent à lui, tout aussi inquiets.
Quand les professeurs et surveillants se retrouvèrent une heure plus tard dans le grand hall, Minerva était pâle comme un linge.
— Il est parti, dit-elle.
— Je vous demande pardon, Minerva? fit Severus d'une voix blanche.
— Potter est parti. Sa malle n'est plus dans le dortoir. Il n'est nulle part! J'ai demandé à ses amis et ils ne l'ont pas vu depuis le matin.
La petite toux d'Ombrage donna au Maître des Potions des envies de meurtre. Pourquoi la malédiction du poste de DCFM ne s'était-elle pas abattue sur elle comme avec tous les autres?
— Il est peut-être dans cette salle dans laquelle les élèves se réfugiaient l'an dernier pour des cours clandestins, proposa Dolores de sa voix désagréablement mielleuse.
— J'ai demandé à Miss Granger et Mr Weasley d'aller voir. Il n'y est pas.
Severus réfléchit alors où est-ce que Potter pourrait encore se rendre. Et plus il réfléchissait, plus l'horrible vérité s'imposait à lui. Une fugue.
Il déglutit, inspira profondément et fit demi-tour.
— Où allez-vous, Severus?
Encore cette voix. Il allait décidément commettre le meurtre lui-même! Après avoir retrouvé Potter de préférence.
— Si vous ne faites pas grand cas de Potter, Dolores, nous, nous sommes très inquiets!
— Si Potter est parti de l'école, c'est aux aurors de le retrouver. Pas à vous.
— Ah oui? Avant ou après que le Seigneur des Ténèbres lui ait mis le grappin dessus? demanda Severus d'une voix cinglante.
Le sourire de la sorcière disparut alors que son visage de crapaud devenait peu à peu rouge pivoine.
— Ah non! Vous n'allez vous mettre vous aussi à dire des inepties! Vous-Savez-Qui est mort!
Le Maître en Potions se saisit de la sorcière par le col et la plaqua contre un mur dans une alcôve non loin.
— Severus! s'écria Minerva, clairement paniquée cette fois. Maitrisez-vous!
— Non, Minerva! J'en ai littéralement ma claque! Il est grand temps de lui remettre les pendules à l'heure!
Il la lâcha brutalement avant de relever sa manche gauche.
— Vous n'ignorez certainement pas mon passé de criminel, Dolores, dit-il sur un ton glacial.
La Marque des Ténèbres apparut à la lueur des flammes, plus noire et active que jamais.
— Ma seule et unique erreur. Je la paie chèrement chaque jour de ma vie.
Les yeux perçants de la sorcière regardaient le tatouage avec dégoût.
— Mais vous savez, Dolores, cette erreur est également un avantage pour moi. Je suis capable de prouver avec le retour du Seigneur des Ténèbres si je le souhaite. Regardez comment elle est noire, comment elle se meut lentement sur ma peau. Le Seigneur des Ténèbres est vivant et il a retrouvé toute sa puissance! Potter a raison sur toute la ligne depuis le début et votre ministère ne cesse de l'écraser!
Il donna un coup de poing brutal dans le mur, à quelques centimètres à peine du visage de la misérable femme en rose.
— Maintenant, je vous défie de me traiter de menteur ou même de me torturer avec une de vos maudites plumes!
Ombrage pâlit drastiquement. Severus nota son mouvement de bras et il réagit en conséquence. La baguette de la sorcière vola dans le couloir. Il pointa la sienne à quelques centimètres à peine de son visage disgracieux.
— Vous vous en prenez à un gamin qui en a vu un autre mourir, continua-t-il d'une voix plus menaçante que jamais. Pire encore, il a été torturé par le Seigneur des Ténèbres, puis par vous et, petite cerise sur le gâteau empoisonné qu'est devenue sa vie, il se sent coupable d'avoir envoyé son propre parrain à la mort! Alors non! Je n'attendrai pas que les aurors daignent bouger leur cul! Je vais aller chercher Potter moi-même!
Il s'écarta et fit quelques pas vers la sortie.
— Severus…
— C'est non négociable, Minerva. J'ai fait une promesse il y a longtemps. Et j'ai bien l'intention de la tenir, que Potter le veuille ou non. Je vous laisse ma surveillance.
L'homme sortit du château et s'élança dans le parc d'un pas rapide, énumérant chaque lieu où le maudit Gryffondor pourrait se rendre.
»— —«
Cela faisait vingt-quatre heures que Severus était parti. Il avait cherché à de nombreux endroits déjà.
Potter n'était nulle part à Pré-au-Lard, que ce soit dans les tavernes ou la Cabane Hurlante. Il n'était pas non plus au Chaudron Baveur. Square Grimmaurd était autant un fiasco. Severus avait même tenté sa chance à Little Whining pour se retrouver sur une moldue en colère et une porte close presque sur son nez et toujours pas de Potter.
— Où es-tu, maudit gamin? maugréa-t-il.
Il se frotta distraitement le bras gauche. Il ne ressentait rien de particulier au travers. Ce qui était bon signe dans un sens. Il l'aurait su si Potter était arrivé entre les mains du Seigneur des Ténèbres.
Mais où pouvait aller un gamin de seize ans qui a tout perdu? Qu'est-ce qu'il pouvait bien rechercher? Il resta pensif, longtemps, à décortiquer les souvenirs qu'il avait de cet enfant qu'il avait toujours protégé.
Un mauvais pressentiment vint former une boule dans ses tripes alors qu'il transplanait vers le dernier endroit au monde où il espérait jamais l'y trouver. Severus retrouva sans peine le chemin de la maison des Potter. Il déglutit en voyant les traces de vie dans la poussière des lieux. La malle de Potter était là, sur le sol. A peine ouverte.
L'homme se pencha sur la malle et vit que le nécessaire à potions avait été dérangé. Il pâlit.
— Potter!
Pas de réponse.
Il fouilla la maison au pas de course. Pas de garçon.
Severus se tourna alors vers la porte d'entrée. Il ne pouvait plus être qu'à un seul endroit. Pourvu qu'il n'arrive pas trop tard…
Il sortit et transplana directement dans le cimetière de Godric's Hollow. Il n'eut pas à chercher. Il savait parfaitement où étaient les pierres tombales.
Il se figea quelques secondes avant d'accourir près de Potter. Ce dernier était appuyé contre la tombe de sa mère. Ses yeux étaient fermés et des traces de larmes avaient séchés sur son visage.
— Potter, dit Severus en posant une main sur son épaule.
Le garçon n'eut aucune réaction, pas même après qu'il l'eut un peu secoué. Au contraire, la tête partit même en arrière que le Maître en Potions dut le retenir pour ne pas qu'il s'effondre à terre.
— Merlin, non… Potter! Qu'est-ce que tu as fait?!
Il glissa une main sur son visage glacé. Deux doigts descendirent rapidement dans son cou. Severus se reprit rapidement, professionnel, quand il sentit un faible pouls. Il ne lui fallut pas beaucoup plus de temps pour constater la présence du couteau de potions ensanglanté à quelques pas à peine. Le sol était imbibé de son sang.
Severus inspira profondément, retenant au mieux ses émotions, pour soigner rapidement les dégâts. Il était hors de question qu'il le perde. Pas comme ça.
Quand il fut sûr de l'avoir stabilisé, il respira une bonne fois et laissa les émotions l'envahir. Des larmes coulèrent sur son visage alors qu'il serrait le garçon contre sa poitrine.
— Maudit garnement, murmura-t-il. Tu ne cesseras donc jamais de m'en faire baver.
Alors qu'il le tenait dans ses bras, il réfléchit rapidement à la suite. Il avait pris la décision de le retrouver, c'était chose faite. Mais il devait maintenant faire un autre choix.
Ramener Potter viendrait à trahir quelqu'un, s'annoncer comme traître officiellement. Et ce serait indéniablement trahir la cause du Seigneur des Ténèbres. Sauf que c'était bien trop tôt pour qu'il quitte ses rangs. Il ne pouvait pas se le permettre alors que la guerre n'avait pas encore commencé.
Que faire?
Une main sur le visage froid du garçon le fit réagir. Il avait perdu beaucoup de sang et la nuit était fraîche. Il fallait le mettre à l'abri, loin de la rue. Trouver un endroit calme et inconnu de tous pour réfléchir à l'avenir pour lui. L'avenir pour tout le monde.
Il souleva le garçon dans ses bras et transplana.
»— —«
Severus regardait sans le voir le papier peint défraichi du mur de l'hôtel minable où il avait loué une chambre. Au moins, il était moldu et dans un coin peu habité. Personne ne pourrait l'y retrouver.
Il jeta un regard à Potter. Il avait déjà plus de couleur. La potion de régénération sanguine qu'il avait transférée de force dans son estomac avait déjà agi. Quant à ses blessures, il n'en demeurait plus que des cicatrices rouges. Il ne pouvait guère faire mieux.
Il nota du mouvement. Le garçon allait se réveiller, enfin…
Severus ne fut pas surpris de le voir se redresser sur la défensive, clairement prêt à mordre.
— On se calme, Potter, dit lentement le Maître en Potion sans bouger. Je suis là pour vous aider.
— Pour m'aider?
— Oui, pour vous aider.
Le regard émeraude se fit plus dur alors que le gamin répliquait d'une voix plus froide et colérique que jamais.
— Si vous vouliez vraiment m'aider, vous auriez dû me laisser partir.
Ainsi, il souhaitait réellement la mort… Severus ne le pensait pas aussi profondément ancré dans la dépression et la détresse. Lui et ses collègues avaient trop attendus. Beaucoup trop.
— Je ne peux pas faire ça.
— Pourquoi?
— La raison importe peu, répliqua l'homme avant de soupirer. Je ne peux juste pas.
Il passa une main sur son visage avant de poursuivre.
— Et je ne peux pas vous ramener non plus.
Il le regarda avec sérieux pendant plusieurs secondes. Potter était tellement à bout, tellement démoli de l'intérieur qu'un énième mensonge ne ferait qu'empirer les choses. Il avait besoin d'honnêteté en plus d'aide qu'il était le seul à bien vouloir prendre la peine de lui donner.
Il inspira profondément avant de se lancer.
— Je suis un espion, Potter. Officiellement, je suis des deux côtés. Si je vous ramène à Poudlard, je trahis mon Maître. Mais si je vous ramène auprès du Seigneur des Ténèbres, je trahis Dumbledore. L'ennui, c'est que si je vous ramène auprès de Dumbledore, je vous trahis vous aussi.
Le garçon fronça les sourcils.
— Cela ne ferait qu'arracher le pansement que je viens de mettre sur vos plaies! Et je n'aime pas sauver quelqu'un pour le voir blessé la seconde suivante, encore plus par sa propre main!
— Je ne vous ai rien demandé, siffla Potter.
La voix était à peine plus élevée qu'un murmure cette fois, bien plus glaçante et effrayante que s'il s'était mis à hurler. Severus sentit un frisson parcourir sa colonne et la crainte d'arriver trop tard pour le convaincre sema le doute dans son esprit. Il le chassa au mieux. Il devait croire à sa réussite.
— Même si je fais ça pour vous, je ne le fais pas que pour vous.
— Parce que Dumbledore vous l'a demandé?
Le ton était ironique et le rire qui se cachait derrière était tellement amer que ce fut pire que tout. Il n'avait jamais senti ce venin, pas même dans la bouche de James Potter, ou encore de Black.
Il resta sur le parti de l'honnêteté, persuadé que ce serait là sa seule chance de sauver le garçon.
— Non. Il ne sait peut-être même pas encore que je suis à votre recherche. Le Seigneur des Ténèbres, c'est moins sûr.
Il soupira alors qu'il s'apprêtait à révéler le secret qu'il gardait jalousement depuis des années. La seule personne à être au courant était bien Dumbledore.
— Je fais cela pour vos parents.
— Vous détestez mes parents! cracha Potter.
Severus n'aurait pas démenti cette affirmation en temps normal. Il avait toujours préféré cacher certaines choses. Pourtant ici, cela lui fit mal d'entendre cela de sa bouche.
— Non.
— A d'autres! s'énerva Potter. Vous ressassez depuis des années que je suis la copie conforme de mon père!
Une vérité que Severus regrettait à moitié. Potter était bien comme son père. Mais il était aussi bon, doux et fort que sa mère tout en ayant sa fragilité. Il le voyait aujourd'hui, même s'il doutait fortement qu'elle aurait eu l'audace d'aller jusqu'au suicide.
Il choisit alors de mettre un peu plus Potter sur les rails. Il ne connaissait pas ses parents comme lui les connaissait. Il devait lui faire comprendre à quel point ils étaient forts et qu'il devait respecter leur sacrifice.
— J'avais tort! statua-t-il en fixant le garçon dans les yeux.
Il n'avait pas élevé la voix. Et il n'en avait pas l'intention. Il allait dire les choses platement.
— Votre père n'aurait jamais fait quelque chose d'aussi lâche et minable qu'une tentative de suicide.
— Ce n'était pas une tentative! Si vous n'étiez pas là, j'aurais réussi et tous mes problèmes auraient été réglés!
Potter se leva et commença à le contourner. Severus en fit autant et se saisit de son bras. En quelques secondes à peine, il l'avait plaqué contre le mur. Il était fort et se débattait mais le Maître en Potions avait l'avantage de la taille et de l'expérience. Il ne s'était jamais limité à ses compétences de sorcier et avait entrainé son corps à mieux encaisser les coups et parfois même à devoir en donner.
Le coup qu'il se prit dans l'entrejambe, bien placé, le mit particulièrement de mauvaise humeur.
— Ecoute-moi bien, gamin! Je ne me suis pas battu toutes ces années pour te voir crever comme ça! Je n'en ai absolument rien à foutre de ton père! Mais pense à ce que ta mère dirait! Lily doit être en train de se retourner dans sa tombe! Et elle serait la première à me poursuivre si je ne faisais rien pour toi! Alors maintenant, tu vas arrêter tes conneries, tu vas poser ton cul et tu vas écouter sagement ce que j'ai à te dire!
— Ou quoi? le défia Potter.
— Ou je te force en te ligotant à la tête du lit. Crois-moi, je le ferai avec grand plaisir si cela peut m'éviter des coups ou de devoir te poursuivre à travers tout le pays en craignant de te retrouver agonisant dans une mare de sangou pire encore, mortsans que je ne puisse faire quoi que ce soit pour l'empêcher!
Il fut satisfait de voir le garçon cesser de se débattre et se calmer un peu. Severus s'écarta alors et le laissa regagner le lit.
— Je n'ai pas l'intention de te ramener à Poudlard, reprit-il, laissant tomber pour de bon la barrière prof-élève entre eux.
— Qu'allez-vous faire de moi alors?
La question était justifiée. Curiosité et appréhension, nimbée d'une once d'amertume, s'entendait dans cette voix qu'il connaissait par cœur.
— Que dirais-tu de recommencer autre part? proposa Severus au bout de quelques secondes.
Potter le fixa sans comprendre.
— Monsieur?
— Allez vivre ailleurs. Dans un autre pays, développa le Maître en Potions.
Là, la surprise gagna ce regard qui l'inquiétait jusqu'alors.
— Et… et la guerre?
Encore et toujours cette guerre. Il ne pensait qu'à cela. On l'avait trop mis au-devant qu'il ne pouvait penser à des choses plus simples. Severus haïssait tellement Dumbledore et le Seigneur des Ténèbres pour cela. Potter n'était encore qu'un enfant.
— Oublie la guerre. Dumbledore et le Seigneur des Ténèbres n'auront qu'à s'affronter l'un l'autre.
— Et la prophétie? Elle dit que…
Severus inspira profondément alors qu'il se pinçait l'arête du nez. Son geste avait fait interrompre le Gryffondor dans sa tentative de justification.
— Harry, tu n'es qu'un enfant, presque un adulte si tu veux mais si il y a bien une chose dont tu vas être d'accord avec moi, c'est que tu n'es pas un soldat. Et tu n'as pas non plus une formation d'auror ou même les compétences nécessaires pour lutter contre un mage noir de mon niveau ou celui de Lucius Malfoy. Alors le Seigneur des Ténèbres…
Il accrocha son regard un long moment.
— Il t'est arrivé beaucoup de choses dernièrement et tu as à terre, blessé, torturé sans qu'une seule main te vienne en aide. Dumbledore, Lupin… je ne sais pas si Minerva a tenté quelque chose mais je sais que tu l'inquiètes beaucoup.
— Pourquoi?
— Elle sait ce qui t'est arrivé et s'inquiète beaucoup. Tu n'es plus toi-même depuis quelques temps.
— Qu'en savez-vous? Tout le monde croit me connaître mais personne ne sait rien! Rien du tout!
— Peut-être, tempéra Severus.
Il ne souhaitait pas revoir le garçon s'énerver alors qu'il avait réussi à le calmer. Il ne voulait pas le braquer et l'enfoncer encore plus.
— Mais cela n'empêche pas les personnes qui tiennent à vous de s'inquiéter. Vous commencez vraiment à les effrayer.
— J'en serai pas si sûr à votre place.
— Pourquoi? Parce que quelques adolescents qui ne comprennent pas ce que vous traversez en ce moment ont décidé de vous laisser tomber parce que vous avez piqué deux ou trois grosses colères? Ils sont aveugles ou idiots pour ne pas voir que vous avez besoin d'aide.
— Et vous pas?
— Je suis là, non, statua Severus. Je vous ai retrouvé.
— Comment d'ailleurs?
L'homme soupira.
— Cela n'a pas été facile. Mais en me prenant la porte de Pétunia en pleine figure, j'ai compris que vous ne souhaitez qu'avoir une famille et que vous avez perdu la dernière personne qui pouvait encore en faire partie.
La surprise déforma encore plus les traits de Potter.
— Vous avez rencontré ma tante.
— Je la connaissais déjà. J'étais un ami de votre mère. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle devienne aussi… horrible envers les sorciers.
— Est-ce que cela a encore de l'importance?
— Ca en a pour moi.
— Et si je ne voulais pas de votre aide? Et si je voulais simplement tout arrêter et quitter cette vie de merde?!
Severus grogna et se pencha en avant.
— Bon sang, écoute-moi, Potter! Je te propose justement de te libérer de cette vie de merde sans pour autant passer par la case suicide! Tu peux passer par la case départ, tu peux recevoir deux cents francs, tu as même le choix de t'arrêter sur la case que tu veux tant que ce n'est pas l'Angleterre ou la France!
Dire qu'il avait surpris le Gryffondor par sa référence au Monopoly n'était pas pour lui déplaire.
— Où… où est-ce que j'irai?
Severus retint un soupir de soulagement. Il avait peut-être réussi.
— Où tu veux.
— Faire quoi?
— Ce que tu veux. Finir tes études sorcières, reprendre des études moldues. La seule et unique condition que je demande, c'est que tu ailles voir un psychologue pour parler.
— Quoi? Hors de question!
— Tu as besoin d'un soutien psychologique, Harry. Je serai prêt à t'écouter, à fournir de mon temps pour toi. Mais je doute que tu souhaites partager quoi que ce soit avec la vieille chauve-souris des cachots. Ce sera donc un psychologue. Et c'est non négociable.
Le garçon réfléchit un instant, surprenant Severus. Pas si fonceur finalement, ce petit lion.
— Vous oubliez un détail, monsieur.
— Ah oui? Et lequel?
— Je suis Harry foutu Potter. Je ne peux pas disparaître. On me retrouvera.
— Crois-moi, si je ne veux pas qu'on te retrouve, on ne te retrouvera jamais. Sauf si tu fais l'idiot, bien sûr.
— Pourquoi faire ça?
— Parce que je veux que tu vives ta vie. C'est tout ce que tes parents souhaiteraient pour toi, que tu aies ta chance. Et j'ai promis sur leur tombe que je ferai tout pour que tu l'aies. Que tu sois en vie et en sécurité. Cela n'a pas été une grande réussite jusqu'à présent avec tout ce qui t'est arrivé mais si tu disparais des radars, c'est possible. Va vivre ta vie loin d'ici.
— Sans jamais revenir?
— Tu reviendras quand tu le voudras et à la seule et unique condition que tu sois prêt.
— Comment saurais-je si je le suis?
— Demande-moi.
— Et si par hasard vous n'êtes plus là?
Severus le regarda avec des yeux ronds.
— C'est la guerre, répondit Harry en haussant des épaules. Il y a déjà eu des morts… Il y en aura encore.
Il ne le pensait pas si sage. Il avait bien trop conscience du danger de la guerre. Il avait grandi si vite… Il posa une main sur l'épaule du Gryffondor et la serra doucement.
— Si par mésaventure je ne suis plus là et que tu souhaites revenir prendre part à la guerre, je te conseillerai alors de tenter de t'inscrire à une formation pour devenir auror dans un autre pays. Cela te formera au combat.
Potter hocha la tête, le regard dans le vide. Severus s'écarta ensuite en reprenant un ton un peu plus narquois et confiant.
— Mais ne crois pas te débarrasser si vite de moi. On ne me tue pas si facilement. Si tu veux apprendre à te battre, je t'apprendrai. Et j'ai quelques amis dans le monde qui t'aideront aussi au besoin.
Il se laissa aller dans le fauteuil, satisfait de ne plus voir cette lueur morbide dans le regard de son élève. Il avait gagné cette bataille.
Harry vivrait.
»— —«
Harry fut officiellement porté disparu au bout d'une dizaine de jours. Cela fit la Une de tous les journaux. Cela n'inquiéta pas plus que cela Severus. Le jeune homme était très loin, dans un autre pays de l'autre côté du globe. Il n'avait pas encore pris de décision quant à ce qu'il allait faire. Le Maître en Potions savait juste que l'un de ses contacts prendrait soin de lui comme s'il s'agissait de son propre fils. Autre point positif, il avait déjà commencé ses rendez-vous hebdomadaires auprès d'un psychomage sous serment de confidentialité.
Harry était en sécurité, bien caché et personne, pas même lui ne pourrait vraiment l'y retrouver. Le fidelitas avait été invoqué. Et dans l'immédiat, il ne faisait pas partie du secret. Et il n'était pas sûr de le vouloir. Moins de gens dans la confidence assurait sa sécurité.
Par contre, ce qui avait été moins plaisant pour Severus quand il revint dispenser ses cours, faute de «pistes» à suivre, il fut convoqué par Dumbledore et par le Seigneur des Ténèbres.
La première rencontre fut vite réglée, sa touche de sarcasme habituelle, son venin où il ajouta ce qu'il fallait d'inquiétude et de soupirs résignés pour donner le change. Si Dumbledore soupçonnait quoi que ce soit, il n'en montra rien. Il lui avait juste demandé de continuer ses recherches avec d'autres membres de l'Ordre en dehors de ses horaires de cours.
Avec le Seigneur des Ténèbres, ce fut loin d'être une partie de plaisir. Entre les doloris et autres sortilèges noirs extrêmement douloureux, Severus eut des difficultés à remettre le même rapport pour des raisons d'ordre physique. Il tremblait tellement… Mais l'évocation que Dumbledore demandait de lui qu'il continue les recherches pour le retrouver avait joué en sa faveur. Et lui avait sans aucun doute sauvé la vie. Harry n'était peut-être pas aussi loin de la vérité, après tout…
Severus avait eu des difficultés à retourner à Poudlard ce soir-là, mais une fois dans l'antre de Poppy, tout s'était arrangé. Et cerise sur le gâteau, Ombrage l'avait vu trembler et saigner abondamment. Il lui avait lancé un regard noir en la défiant de l'approcher ou encore d'oser prétendre que le Seigneur des Ténèbres n'était pas de retour.
Le temps s'écoula. Les jours devinrent des semaines. Potter était toujours introuvable. Les aurors, les mangemorts, l'Ordre, personne ne trouva la moindre piste pour le retrouver. Au bout de quelques mois, l'état sorcier abandonna juste les recherches pour s'attarder sur des affaires plus urgentes, au grand dam des membres du corps professoral et quelques personnes de la population sorcière. Mais plus le temps passait, plus il était difficile, voire impossible d'espérer retrouver une personne. Soit elle ne souhaitait pas être retrouvée, soit elle était tout simplement morte.
Il n'y avait juste plus d'espoir.
Et plus le temps passait, plus Severus se calqua sur les décisions du ministère tout en continuant «d'obéir» à Dumbledore. Le Seigneur des Ténèbres demandait à peine des nouvelles désormais. Il le sait en vie mais trop lâche pour vouloir continuer le combat.
Severus n'était pas aussi sûr sur ce dernier point. Seul le temps le confirmerait, une fois qu'Harry se serait reconstruit. Et c'était lent et fastidieux. Il avait finalement bien plus de plaies intérieures à panser de ce qu'il recevait dans ses lettres cryptées. Mais il avançait. Et décidait même de reprendre des études sorcières sous son nom d'emprunt.
Le jeune homme voulait devenir médicomage. Cela avait fait sourire le Serpentard. Sauver des vies plutôt qu'en prendre. Cela lui ressemblait bien plus. Il avait naturellement soutenu le projet et il avait hâte d'en entendre des nouvelles.
»— —«
Severus se sentit placardé contre un mur de Poudlard un soir de mars. Il venait de sortir du bureau de Dumbledore pour faire le point sur les recherches.
— Remus! Arrêtez, je vous en prie! Cela ne ramènera pas Harry!
— Cet salaud nous ment, Minerva! Il ne le recherche même pas!
— Parce qu'il n'y a plus d'espoir de le retrouver! rétorqua le Maître en Potions en se dégageant.
Il poursuivit sa route jusque dans son bureau, en ignorant les remarques du loup-garou. Il allait peut-être être temps de lui cracher le morceau puisqu'il le suivait toujours, Minerva juste derrière lui pour tenter d'apaiser les tensions. Les deux personnes encore les plus attachées à Harry depuis la mort de Black.
Même les meilleurs amis du garçon étaient passés à autre chose. Et les seules fois où il avait perçu une conversation sur le Gryffondor auprès d'eux, c'était pour entendre le rouquin se plaindre du Survivant et le faire passer pour un lâche et un déserteur.
Cela peinait un peu le cœur du Serpentard. Mais pas tant que cela. Harry s'était fait des amis là où il était. Pas beaucoup mais des vrais. Il s'en remettrait.
Il pénétra dans son bureau et s'apprêtait à refermer la porte quand celle-ci manqua de lui rentrer dans le visage avec violence.
— Tu vas arrêter de te défiler et m'affronter, Snape!
Severus soupira. Et alors qu'il voyait sa collègue rentrer à son tour, un brin essoufflée d'avoir poursuivi le loup-garou pour tempérer ses ardeurs sans succès, il sortit sa baguette et scella son bureau.
— Je me doutais que tu le sentirais, répliqua-t-il simplement. A un moment ou à un autre, cela allait tomber. Je vous sers un verre?
— Tu sais où est Harry?
— Plus ou moins, avoua-t-il à demi-mot.
— Comment ça, plus ou moins?! s'énerva Lupin. OU. EST. HARRY?
— Pour te la faire courte, il est en sécurité, loin d'ici, répondit Severus en versant du Whisky Pur-Feu dans trois verres. Loin de la guerre.
— Il devrait être avec ses amis!
— Il a des amis, Lupin.
Il en tendit à sa collègue avant de poser le deuxième proche du loup-garou. Il ne doutait pas dans l'instant que l'homme allait le lui jeter à la figure.
— Et accessoirement, il a besoin de se reconstruire.
— Où est-il, Severus? demanda Minerva d'une voix plus calme.
— Je ne le dirais pas. Déjà que je ne le sais pas vraiment. Le fidelitas est à l'œuvre et je ne suis pas dans la confidence. Notamment pour ne pas risquer de le trahir par inadvertance. Moins de gens savent, mieux c'est. Pour lui.
Severus sortit d'un tiroir de son bureau un paquet de lettres. Il les divisa en deux et les tendit à ses collègues.
— Voilà tout ce que vous pourrez avoir de lui. Je n'ai rien de plus.
— Ce que je veux, c'est Harry! Pas de vulgaires lettres!
— Je n'ai rien de plus à te proposer, Lupin! contra le Serpentard d'une voix plus dure. J'ai fait ce que j'ai pu pour l'aider, dans la mesure de mes moyens et de mes allégeances!
— Tu aurais dû le ramener!
— A Dumbledore? J'espère que tu plaisantes! Il a très mal vécu la mort de ton petit copain Black et personne ne l'aidait. Il a fallu que je bouge mes fesses pour le sortir de l'enfer dans lequel vous l'avez tous laissé! J'ai fait ce que j'avais à faire!
— Parce que tu te prends pour un héros, maintenant?
Severus renifla et but une gorgée de son verre. Il ne put s'empêcher de ricaner.
— Un héros? Non, certainement pas. Je ne ferai pas autant de sacrifices pour quelqu'un d'autre.
— Me parle pas de sacrifice quand tu…
— Tu veux savoir dans quel état je l'ai retrouvé? demanda abruptement le Maître en Potions. Minerva, je vous conseille de vous asseoir.
La sorcière qui gardait le silence. Elle savait que le moment des révélations était arrivé et elle attendait, patiente, dans la sécurité des appartements du Serpentard.
— A peine vingt-quatre heures après qu'on a réalisé qu'il a disparu, je l'ai retrouvé au seul endroit où je ne pensais pas le trouver. Pourtant c'était tellement évident.
Severus soupira.
— Il était sur leurs tombes. Il s'était tranché les veines et baignait déjà dans une mare de sang. Une heure de plus et il était mort.
Un cri d'effroi s'échappa des lèvres de Minerva. Lupin, lui, était dorénavant sans voix. Il s'était même assis sur la seule chaise encore disponible.
— Voilà comment je l'ai retrouvé, termina Severus. Et j'ai eu du mal à le convaincre de ne pas recommencer.
— Parce qu'il voulait recommencer? fit sa collègue dans un murmure à peine audible.
— Oui. Personne n'a vu qu'il était à ce point en détresse. Même moi, j'en ai été choqué. Mais je l'ai soigné. Je l'ai emmené. Et j'ai pris la seule décision qui s'imposait: l'éloigner. Je ne pouvais pas prendre le risque de le ramener à Dumbledore et de me faire tuer par le Seigneur des Ténèbres. Il était évidemment hors de question de le ramener au Lord!
Severus se pencha en avant, tenant toujours son verre entre les mains.
— Il avait besoin d'aide. Et à Poudlard, il ne la recevait. On avait toujours des attentes de lui. Merde, il venait de perdre le dernier membre de sa famille. J'ai toujours détesté Black, je ne m'en cacherai jamais. Mais là, j'ai vraiment regretté sa mort. Il était le dernier ancrage réel d'Harry ici. Et quand même ses meilleurs amis se sont écartés d'Harry, le laissant à sa colère et sa culpabilité qui le rongeaient de l'intérieur, cela a empiré.
Il termina son verre et le posa sur son bureau.
— Ecoute, Lupin. Harry est loin d'ici, en sécurité, à se reconstruire. Il va bien. Il est en bonne santé et quelqu'un de confiance veille sur lui.
— Reviendra-t-il? demanda le loup-garou.
— Je n'en sais rien. Peut-être. Peut-être pas. Et sincèrement, je ne lui demanderai pas. C'est lui qui doit le vouloir. Et j'ai émis une condition à son retour.
— Laquelle? demanda Lupin, bien plus sec et méfiant.
— Qu'il soit capable de se battre, de se défendre. Il est hors de question qu'il remette les pieds dans ce pays pour mourir le lendemain juste parce qu'un vieil homme a décrété qu'il devait être mis en première ligne du front! Merde, ce n'est qu'un gosse et il a déjà tant affronté! Même nous, nous n'avons jamais été autant en danger que lui de toute notre scolarité. Pourtant, on avait un loup-garou dans l'école tout le temps et la guerre menaçait bien plus que lorsqu'Harry est arrivé à Poudlard.
Un silence lourd s'imposa dans le bureau de Severus. Mais il n'y avait plus de colère palpable. Juste une profonde tristesse choquée par la révélation.
— Très sincèrement, je préférerai qu'il nous oublie et continue sa vie libre, loin de nous. L'Angleterre n'a pas à remettre tous ses espoirs sur les épaules d'un gamin de seize ans juste parce qu'une prophétie et deux puissants mages l'ont décrété. D'autant plus qu'il a horreur de se battre.
— Comment vit-il?
— Auprès d'une amie de confiance. Il est suivi psychologiquement. Et il a repris ses études. Aux dernières nouvelles, il veut devenir médicomage.
Severus sourit, un vrai petit sourire bien sincère. Minerva elle-même sourit à cette annonce.
— On est loin de la carrière de guerrier que Dumbledore attend de lui. Personne ne devrait avoir à se sacrifier, à sacrifier autant, juste parce que Dumbledore le demande. Surtout pas un adolescent. Et encore moins Harry.
Son regard se fit soudain plus acéré.
— Si Harry décide de demeurer loin de l'Angleterre et de la guerre, je respecterai son souhait. Et si cela s'avère nécessaire, j'irai jusqu'à tuer pour empêcher quiconque de lui forcer la main. Même Dumbledore. Harry mérite d'être enfin libre.
— Sauf qu'il ne le sera jamais. C'est Harry Potter.
Severus sourit.
— Non. Plus maintenant.
Il leva les mains.
— Et ne me demande pas quelle est son identité ou même à quoi il ressemble, je n'en ai pas la moindre idée. Je lui ai fourni assez de ressources en potions pour disparaître de la façon qu'il souhaite. Il peut même changer définitivement de visage, cela m'était complètement égal. Tant qu'il survit, peu m'importe qu'il ressemble encore à ses parents ou non. Même si j'avoue que je regretterai fortement les yeux de Lily. C'est un bien maigre sacrifice pour assurer la survie de son fils.
— Tu as pris des libertés.
— Je lui ai offert une échappatoire, Lupin. Que préfères-tu? Une vie anonyme en étant bien entouré? Ou alors une mort misérable dans un cimetière en pleurant ses parents? Car c'était le choix que j'avais. Et je n'ai pas honte de l'avoir fait.
Minerva inspira profondément, les mains tremblant encore autour de son verre.
— Vous avez bien fait, Severus.
Elle lui tendit les quelques lettres que le Gryffondor lui avait envoyées.
— Non, lisez. Vous verrez à quel point il remonte la pente. Par contre, il faut faire un léger effort. C'est crypté.
Elle sourit et ouvrit la première. Lupin en fit autant. Severus, de son côté, commença simplement à corriger la pile de devoirs qui s'amassait sur son bureau.
»— —«
DIX ANS PLUS TARD.
Severus était porté dans un océan de douleur. Sa gorge n'était plus que cela et cela s'étendait comme un fleuve de feu dans ses veines. Nagini ne l'avait pas raté. Il se doute qu'il n'en a plus pour très longtemps.
Il entendait du bruit autour de lui. Des voix. Il aurait tellement voulu pouvoir leur demander de se taire et de le laisser mourir en paix. Il n'en avait plus la force ni le courage. Il se laissait seulement partir.
Toutefois, ces cris avaient quelque chose de bon. Ils étaient porteurs de nouvelles. Et l'une d'elles était la plus belle qu'il n'avait jamais entendue. La guerre était finie. Le Seigneur des Ténèbres était mort. Enfin…
Harry était libre. Définitivement libre. Il pourrait revenir en Angleterre s'il le souhaitait. Sans plus aucune crainte.
— Apportez-moi des linges propres et de l'eau claire! Et allez forcer les portes de la réserve de potions de Snape! Je veux tous les baumes de soin, les flacons de murlap et de régénération sanguine que vous trouverez! Au pas de course!
Cette voix. Il la reconnaitrait entre mille. Elle avait récupéré sa force et sa détermination. Tellement autoritaire. Et sans gêne aussi. Cela l'amusait presque. Forcer son armoire à potions… Il n'y avait que lui pour le refaire.
Quand il sentit une main douce mais ferme lui attraper le poignet, Severus ouvrit les yeux. Un homme aux cheveux sombres était penché sur un parchemin qui se noircissait tout seul.
Il toussa. La tête se tourna vers lui. Ses yeux… Ils pétillaient à nouveau. Il lui offrit un faible sourire.
— Harry? Que… fais-tu là?
— Quand j'ai appris que Poudlard était attaquée, j'ai demandé un congé sans solde à l'hôpital et j'ai rappliqué pour donner un coup de main à Mme Pomfresh.
Severus vit le jeune s'activer au-dessus de lui. Il était devenu un beau jeune homme. Lily serait fière de lui.
— Qu'est-ce qui t'a mordu comme ça? T'es dans un sale état.
— Le serp…pent, toussa-t-il.
Il cracha du sang. Quelques gouttes tachèrent son visage. L'inquiétude se dessinait sur ses traits si jeunes encore. Il hocha la tête.
— D'accord. Ca va aller, Snape. Je m'occupe de toi.
Severus ne chercha pas à l'empêcher. Il avait la chance de pouvoir le revoir une fois avant de mourir. Même s'il était inquiet, Harry rayonnait. Ses gestes étaient sûrs et professionnels. Il était plein d'assurance et ne cédait pas à la panique. Pourtant malgré la tension qu'il lisait en cet instant, Severus ne doutait pas un seul instant que son protégé était heureux et qu'il souriait beaucoup dans sa vie.
Il trouva en lui quelques maigres forces pour lui offrir un sourire. Petit, faible mais sincère. Harry le lui rendit, un peu pincé par la concentration. Mais tout aussi sincère.
Puis, le Serpentard se laissa aller. Il ferma les yeux, épuisé et prêt à abandonner la partie. Il avait réussi.
Toutefois, une secousse la ramena vers la conscience.
— Eh là, vieux connard, hors de question que tu me claques entre les doigts, tu m'entends?!
La voix d'Harry, un peu plus dure et toujours aussi autoritaire, força Severus à ouvrir les yeux. C'était encore plus dur. Les orbes verts le fixaient avec encore plus de sérieux et d'inquiétude que précédemment. Il pouvait même sentir sa main le long de sa joue qui le pressait doucement pour le maintenir éveillé sans le brusquer.
— Ne t'avise pas de me lâcher, Snape. Hors de question que je te laisse partir. Pas après le discours que tu m'as fait!
Le discours? Quel discours? Severus eut du mal à réfléchir. Il ne l'avait jamais revu en dix ans. Juste une correspondance cryptée et assidue pendant toutes ces années à se donner des nouvelles et, parfois, des conseils.
Finalement, il n'y avait qu'un seul moment qui lui revenait à l'esprit, dans une chambre d'hôtel minable.
— C'était il y a plus de dix ans, souffla-t-il faiblement.
— Et alors? Tu te bats ou je te jure que je te ramène d'entre les morts pour te botter les fesses!
Severus ne put empêcher un rictus amusé d'apparaître sur ses lèvres. Là, il retrouvait Lily à travers lui. Il hocha une fois la tête et cligna des yeux. Il allait se battre encore un peu. Pour elle. Pour lui. Pour eux.
»— —«
Severus manqua de perdre l'équilibre quand le portoloin les déposa sur un chemin de pierre. Une main ferme le rattrapa. Il croisa le regard de Lupin pendant quelques secondes.
— Besoin d'aide? demanda-t-il en avisant le chemin.
Le Serpentard secoua la tête.
— Ca ira, je te remercie, s'efforça-t-il à dire.
Sa voix fut à peine plus haute qu'un murmure. Les restes des dégâts de la morsure de Nagini une semaine plus tôt.
Severus s'appuya sur sa nouvelle canne et s'avança d'un pas lent et précautionneux sur le chemin. Il observait le paysage avec attention.
— Sérieusement, Harry?! L'Australie!
Il retint un soupir avant de se tourner vers son protégé. Harry affichait une mine mi-ennuyée, mi-amusée devant les exclamations de Granger. Les derniers combats l'avaient profondément marquée. Notamment au visage. La jeune femme avait perdu un œil, encore dissimulé derrière un bandage. Pour le reste, elle n'avait plus que des cicatrices visibles sur ses bras, dernières traces de sortilèges de découpe qui n'avaient pas été pris en charge tout de suite. Fort heureusement, elle n'avait pas de réelles séquelles en dehors de son œil et un éventuel trauma psychologique. Le jeune Weasley n'avait pas eu autant de chance, hélas…
La Gryffondor les accompagnait en portant la valise de Severus. Et aussi pour récupérer le temps perdu avec son meilleur ami disparu. Le Serpentard ne savait pas si cela était une bonne ou une mauvaise chose. Et il n'avait pas encore envie de trancher la question. Après tout ce temps passé en Angleterre, il avait besoin de vacances et même d'un nouveau départ. Près d'Harry de préférence, pour continuer à veiller sur lui. Il verrait plus tard si la Gryffondor décide de s'éterniser chez Harry.
La maison de ce dernier était belle et simple. Une maison de campagne de plein pied en pierre du pays avec deux petites cabanes et un grand terrain.
— C'est magnifique, dit Lupin, juste à côté de lui. C'est ici que ton amie vit?
— Non. Harry s'est installé il y a deux ans, si je me souviens bien.
Severus s'arrêta quelques instants pour reprendre son souffle de la montée.
— Tu restes longtemps? demanda-t-il au loup-garou.
— On ne peut pas dire que j'ai encore quelque part où aller. Et toi?
— Je pense que je vais rester. Harry est en quelque sorte le fils que je n'ai jamais eu.
— Tu l'as laissé seul à l'étranger, fit remarquer Lupin.
Le Serpentard secoua la tête.
— Non. Il n'était pas seul. Carole était, et est toujours d'ailleurs, là pour lui, fit-il en levant la main pour faire signe à une femme qui sortait de la maison. Et moi, je lui écrivais. J'ai toujours été là pour lui. Pas dans les meilleures conditions mais je l'ai toujours protégé depuis qu'il est arrivé dans ma classe. Et c'est moi qui l'ai sauvé.
Il fit quelques pas.
— Et c'est à moi qu'il écrivait, ajouta-t-il un peu plus narquois. Et qui suis allé le voir à sa remise de diplôme.
— C'est un coup bas, ça, Severus! On n'était pas au courant! Et c'était la guerre!
— Je sais. Viens. Rentrons. Je suis déjà épuisé.
L'intérieur de la maison était comme l'extérieur: beau et chaleureux. On y sentait la vie et le bonheur rien qu'en le parcourant du regard. Harry vivait heureux ici. Un Harry qui était déjà en cuisine à préparer un plat pour un régiment.
— Heureusement que Ron est mort, sinon, il aurait pété un plomb, commenta Hermione en déposant les sacs au pied d'un canapé.
— Comment ça? demanda Harry, penché sur un poêlon, un fouet à la main.
— Il n'a jamais digéré que tu sois parti. Alors en plus apprendre que tu vis dans une maison pareille et que tu travailles pendant que d'autres personnes se battaient…
— Granger, coupa Severus.
Son ton n'était pas aussi sec. Il était bien trop épuisé pour se battre avec cette lionne. Il se contenta juste d'un regard noir.
— Harry…, reprit-elle alors.
— Si tu es venue me faire des reproches pour avoir été un lâche, Hermione, coupa le médicomage, tu peux sortir.
— Quoi?
La brune le regarda avec des yeux ronds. Elle secoua la tête.
— Harry, non! Tu es revenu pour sauver des vies! Je ne vais pas te jeter la pierre. Non mais, tu as un diplôme en médicomagie! Je n'ai même pas pu finir mes études! Tu crois vraiment que c'est moi qui vais te reprocher ça?! Je disais juste que…
— Ouais, ouais… que Ron me détestait encore plus qu'à mon…
Severus soupira. Ces Gryffondors pouvaient être un peu lourd parfois.
— Au lieu de ressasser le passé, pourquoi apprécierions-nous pas un bon repas en plein air tant que le beau soleil nous le permet? proposa Carole en rentrant d'un bon pas, un large sourire sur le visage. Je viens de mettre la table sur la terrasse.
Severus se tourna vers elle avec un sourire. Il la remercia d'un hochement de tête.
— On a le temps, intervint Harry, bien plus rayonnant. Il ne se couchera pas avant quelques heures. O et pas de whisky pour toi, ajouta le médicomage en se tournant vers le Serpentard.
Ce dernier le fixa quelques secondes.
— Quoi?!
— Ordre de ton médecin, ajouta le Gryffondor avec un sourire narquois.
Severus lui lança un regard noir.
— Je vais tuer ce gosse, grommela-t-il pour la forme.
De toute façon, il n'avait pas l'intention de boire. Avec ses potions, ce n'était pas conseillé. Il se releva et se dirigea vers la sortie.
— Au fait, Harry, tu as une petite amie? s'enquit Granger, curieuse.
— Il est absolument hors de question que l'on parle de ce sujet là après dix de séparation! s'exclama le médicomage. Trop privé!
Severus imaginait déjà le visage pivoine de son protégé. Il ne put réprimer un sourire. Oui, définitivement, il était heureux. D'autant plus qu'il savait parfaitement la réponse à cette question. Mais maintenant qu'il n'y avait plus d'ombre au tableau, il pourrait enfin faire sa demande.
Oui, le Maître en Potions était heureux de la tournure des événements. Harry était sauvé. Et il était le plus heureux des hommes.
FIN
