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Le manoir était plongé dans les ténèbres. Perdu dans les couloirs, au milieu des portraits de ses ancêtres, qui le traitaient d'incapable et de traitre, Drago se sentait complètement oppresser.

Puis tout à coup, il entendit un cri perçant qui venait de quelque part dans la grande demeure. Comme il reconnut la voix de sa mère, il se mit à courir pour aller la retrouver.

Mais les couloirs n'étaient pas comme dans ses souvenirs, ils semblaient interminables et complètement chaotiques. Il se serait plus cru dans un labyrinthe que dans sa propre maison.

Le cri se fit à nouveau entendre. Il commença à paniquer. Il s'arrêta et essaya de se calmer et de se concentrer.

Mais voilà que les murs se mirent à se rapprocher. Les tableaux redoublèrent la véhémence de leur litanie. Bientôt Drago se ferait broyer entre les murs de son manoir.

Il courut pour trouver une échappatoire, en vain. Au loin les cris de sa mère redoublèrent de volume.

A bout de souffle, il tomba à genoux. Les murs n'étaient maintenant plus qu'à quelques centimètres de lui.

Dans un profond désespoir, il poussa un hurlement...

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Drago se réveilla essoufflé et en sueur. Ce n'était qu'un rêve.

Son regard tomba sur une jeune fille, assise à côté de son lit, qui l'observait curieusement. Surpris, son cœur loupa un battement.

-C'est pas vrai Eleanor, mais qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? Demanda-t-il quand il put enfin articuler des mots.

-Bah je te regardais dormir. Répondit-elle nonchalamment.

-Ça t'arrive souvent d'avoir ce genre de comportements de psychopathe ?

La jeune fille se contenta de hausser les épaules.

-Ça avait pas l'air drôle comme rêve.

-Oui, on appelle ça un cauchemar. Tu ne m'as pas répondu, qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? A part te livrer à du voyeurisme évidemment. Fit le jeune homme en se levant et en enfilant un tee-shirt, comme il était torse nu.

Eleanor suivit ses gestes du regard avec une lueur de désir dans ses pupilles. Lueur que le jeune homme remarqua et qui le fit sourire. Il connaissait très bien son pouvoir d'attraction.

Il se dirigea vers la petite salle de bain de son dortoir et entreprit de se brosser les dents.

La jeune fille se leva et alla jusqu'à la porte de ladite salle de bain.

-J'attendais que tu émerge du pays des songes. Le doyen Gold m'a demandé de t'aider à te repérer sur le campus avant ton premier cours qui aura lieu dans une heure et 47 minutes exactement.

-Et tu ne pouvais pas le faire derrière la porte comme une personne sensée ? Demanda le jeune homme, après avoir cracher dans l'évier, avec un petit sourire séducteur sur les lèvres.

Eleanor répondit à son sourire en rougissant légèrement.

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-Alors, dis-moi, comment ça se passe ici ?

Drago, accompagné de son guide, descendit les escaliers et se dirigea vers la grande cour où de nombreux étudiants formaient de petits groupes et pratiquaient de la magie. Bien qu'il était à présent au courant, il fut quand même émerveillé par cette magie tellement différente de celle qu'il connaissait depuis toujours.

-Pour faire court, les premières années vivent dans la résidence d'où nous venant de sortir. Ensuite selon leur talent, ils intègrent les maisons correspondantes... Enfin, il y a certains qu'on met à la porte. Mais il faut pas t'en faire, ils effacent ta mémoire. Commença Eleanor.

-Maisons ? Demanda le jeune homme alors qu'ils passaient à présent entre les groupes d'étudiants.

La jeune fille salua un professeur qui passait près d'eux et pointa un groupe du doigt tout en continuant de marcher.

-Eux, ce sont les physiques. Tout ce qui est télékinésie, bouger des choses, les soulever. La plupart arrive à voler... Et ce sont les plus gros fêtards aussi, ne vient pas à nos soirées si tu as un truc important à faire le lendemain. Enchaina Eleanor sans s'arrêter.

Drago admira les quelques étudiants dits physiques qui faisaient léviter des pommes dans les airs sans l'aide d'aucune baguette. Puis Eleanor lui montra les autres groupes tour à tour.

-Tu as aussi les illusionnistes, les guérisseurs, les naturels, les érudits et cela c'est les médiums. Termina la jeune fille.

-Il y en a beaucoup. Constata le serpentard.

-Oui, et encore, comme il y a des disciplines qui apparaissent presque chaque jour, les maisons se multiplieront sûrement encore dans le futur. Les magiciens sont en constant évolution, on n'aime pas se contenter de ce qu'il y a déjà.

Drago sourit et se retourna vers les groupes qu'ils venaient de passer. Toutes ces pratiques étaient tellement variées, intéressantes, intrigantes, mais surtout merveilleuses.

-Donc, on est réparti dans les maisons selon nos talents et nos disciplines c'est ça ? Dit-il en accélérant un peu le pas pour rattraper la jeune fille qui avait pris un peu d'avance alors qu'il admirait les alentours.

-Bah oui, comment veux-tu qu'ils fassent autrement ? En te faisant passer un test de personnalité ? se moqua Eleanor.

Le jeune homme eut un petit rire. Un test de personnalité, c'était un peu comme ça que le choixpeau procédait pour la répartition des élèves à Poudlard.

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-Et donc toi tu es en deuxième année !

Après avoir fait tout le tour du campus, ils se dirigèrent à présent vers le cours du professeur Fogg.

-Oui c'est ça. Je peux te poser une question ? Demanda Eleanor.

-J'y crois pas ! Serait-ce de la politesse ? Se moqua Drago.

-C'est vrai que tu es un sorcier ?

Le jeune homme cessa de sourire et considéra la question.

-Je croyais que tout le monde était déjà au courant. On ne sent pas ce genre de chose normalement ?

-Non. Enfin si, mais seuls les grands magiciens arrivent à le sentir. La plupart d'entre nous n'y arrive pas. On n'a pas l'habitude d'être en présence de sorciers, du coup, on n'arrive pas à reconnaître leur aura.

-Et toi, comment tu as su ?

-Le doyen en parlait avec un professeur dans son bureau... Et disons que, moi je passais par-là. Répondit la jeune fille en souriant.

-En fait tu es une véritable petite fouine ! Dit Drago en répondant à son sourire.

Ils arrivèrent devant une salle avec les portes grandes ouvertes. A l'intérieur, quelques étudiants avaient déjà pris place.

-Bon bah, c'est ici que je te laisse. Bonne chance Drago ! Fit Eleanor en s'éloignant.

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-Lors de l'examen d'entrée, chacun d'entre vous a fait de la magie. Ce qui sommeillait en vous, cette capacité de contrôler cette puissance que vous sentez tout autour de vous, a été révélé. La question qui se pose à présent c'est, pouvez-vous développer ce bourgeon de talent, le faire fleurir. Qui d'entre vous est un vrai magicien ?

Le discours du professeur Fogg plongea la classe dans un grand silence. Un élève leva la main.

-D'où vient la magie exactement ? Celle qu'on sent autour de nous ?

-De la source mère. Cette source se trouve dans un autre monde... Parce que oui, il existe une infinité d'autres mondes. Mais ce sera le sujet d'un autre cours... Répondit le professeur.

Ainsi donc, l'univers était si grand. Drago n'en revenait pas. Lui qui avait toujours cru qu'il n'existait que les sorciers et les non-sorciers. Il avait été si aveugle, ou aveuglé, il ne savait plus vraiment.

-S'il n'y a plus d'autres questions. Commençons, à présent, le cours. Veuillez sortir vos manuels. Nous allons commencer par étudier le Popper 1.

Drago prit son manuel et le posa sur la table. Au même moment, son regard croisa celui d'une jeune fille pas très loin devant lui. Elle le regardait d'une manière très suggestive qui ne cachait pas du tout les intentions qu'elle avait.

Le jeune Malefoy répondit à son sourire.

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Dans une chambre de la résidence des étudiants de première année, des gémissements emplissaient la pièce. Drago, allongé sur le dos, observait la jeune fille aller et venir sur lui à un rythme effréné. Elle n'était pas du tout désagréable à regarder. Mais ce qu'il appréciait particulièrement, en dehors du mouvement de ses seins, c'était la manière qu'elle avait de se mordre la lèvre inférieure, témoignant du plaisir qu'elle prenait. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais à ces yeux, ce geste avait toujours été des plus excitants.

Il prit alors la jeune fille par la taille et la fit basculer sous lui. Il avait toujours préféré mener la danse, même si la position précédente avait ses avantages...

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-Il paraît que le professeur Maïakovski a un caractère assez... Spécial !

Cela faisait maintenant cinq mois que Drago était à Brakebills. Il se sentait plus heureux que jamais à étudier la magie, à faire la fête et à passer du temps avec ses nouveaux amis.

L'un de ses amis, Justin, était en train le lui parler du nouveau professeur qu'ils allaient rencontrer ce jour-là.

Bientôt, les étudiants de première année prendront enfin connaissance de leur discipline. Le professeur Maïakovski devait, pendant un mois, à travers ses cours, les observer et les aider à déterminer leurs talents.

-Mais tout le monde sait que c'est un très grand magicien. Alors les gens le respectent... Même si c'est un connard. Ajouta Justin.

Drago échappa un rire, cette description lui rappelait quelqu'un, son parrain.

-Je sens que je l'aime déjà. Déclara-t-il.

-Ouais, entre connard... Le taquina son ami.

Les deux amis partirent alors dans un fou rire.

A ce moment, la porte s'ouvrit et laissa entrer un homme d'origine russe, le célèbre professeur Maïakovski.

-Trêve de bavardages et commençons le cours. Plus vite on aura commencé, plus vite ce sera finit... Je vais être honnête avec vous. Je vous déteste ! tous autant que vous êtes ! et vous savez pourquoi ? Débita le professeur jusqu'à son bureau, ne se retournant vers ses étudiants qu'à la dernière phrase.

Au même moment, des parchemins apparurent devant chacun.

-C'est le charme marteau de Legrand... On connaît déjà ! dit une voix dans la salle.

-Je vous déteste tous, parce que vous croyez tout connaître alors que vous ne savez rien ! Vous apprenez la magie comme un perroquet apprendrait du Shakespeare. Il le réciterait en échange de graines... Vous êtes de simples animaux savants ! Tonna le professeur, provoquant un grand malaise dans la salle.

Maïakovski s'approcha d'une jeune fille au premier rang.

-Vous ! Vous êtes très jolie mais déjà pourrit à l'intérieur ! Qu'est-ce que le charme marteau de Legrand ?

-C'est... C'est le... Hésita l'étudiante sous pression.

-La jeunesse et la beauté se fanent en un clin d'œil, alors si derrière ces yeux de braise ne se cache pas un... Un minimum d'intelligence, vous en serez bientôt réduite à vendre des oranges sur le bord de la route. Continua le professeur en se rapprochant dangereusement de la jeune fille, la fixant méchamment du regard.

La fille était sur le point d'éclater en sanglot quand Justin vint à sa rescousse.

-C'est un charme qui permet d'enfoncer des clous parfaitement droits. Dit-il calmement depuis sa place au fond de la salle.

Le professeur détacha le regard de la fille au premier rang et revint à son bureau. Des clous se mirent à pleuvoir sur les tables.

-Vous croyez maitriser ce sort ? Articula-t-il en se déplaçant entre les tables.

Puis il se stoppa devant Drago, le considérant un moment du regard.

-Je peux vous assurez que vous en êtes loin. Continua-t-il en se tournant vers le garçon qui avait reconnu le charme au moment où les parchemins étaient apparus.

Comme si le regard du prof lui lançait un défi, le garçon étendit sa main au-dessus d'un clou et commença à réciter la formule.

-IN SHAAT LOK TIF...

Maïakovski claqua les doigts et l'étudiant perdit la voix aussitôt. Tous les étudiants de la salle n'avaient plus de voix. Ils se regardèrent tous, affolés.

-Vos voix sont vos plus terribles ennemis. Un grand magicien est pure magie, peu importe ce qu'on vous a dit. Il ressent la magie jusque dans ses entrailles, son cœur et sa queue... Tonna-t-il.

Puis il regarda toutes les étudiantes et rectifia.

-Enfin ses parties intimes... peu importe...

Toute la salle le regardait abasourdit.

-Au travail ! Ordonna-t-il en allant derrière son bureau.

Il chercha dans les tiroirs et en sortit une bouteille de vodka et un verre. Il se servit et but le verre d'une traite. Puis il regarda les yeux qui ne l'avaient toujours pas quitté.

-Personne ne quittera cette salle sans avoir réussi !

Et les portes, qui étaient restés ouvertes jusque-là, se fermèrent et se verrouillèrent dans un grand fracas.

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-Vous ! Jeune homme, approchez ! Fit la voix du professeur Maïakovski.

Drago se tourna. C'était la fin du dernier cours du professeur. Celui-ci ne lui avait jamais accordé d'importance. Comme le Serpentard avait été assez moyen dans son cours, il avait cru que Maïakovski ne l'avait pas vraiment remarqué.

La vérité c'est qu'il avait refréné ses talents. Il avait peur que le professeur ne parle de son autre nature devant tous les autres étudiants. Alors, il avait tout fait pour ne pas être aussi doué que dans ses autres cours.

Maïakovski n'était pas du genre à tenir sa langue et il ne tenait pas spécialement à ce que les autres étudiants le considèrent autrement juste parce qu'il était également sorcier.

La salle était presque vide, il ne restait plus que lui, Justin et le professeur. Il dit à Justin de partir devant et alla rejoindre le professeur.

Maïakovski l'examina de la tête au pied.

-Joli tatouage ! S'exclama-t-il en montrant l'avant-bras du garçon.

Drago se rembrunit. Sa marque, il n'y avait plus pensé depuis longtemps. Avant, elle lui rappelait tout ce qu'il regrettait. Mais depuis qu'il était à Brakebills, il s'y était fait. Il ne le cachait même plus sous des vêtements à manche longue.

Le professeur remarqua son malaise et lui tendit un verre de vodka. L'étudiant le prit et but une gorgée.

-Asseyez-vous. Ordonna le prof.

Drago prit une chaise et soupira.

-Je sais bien que vous m'avez caché vos réelles capacités, par peur que je ne révèle à toute la classe que vous êtes un sorcier... Mais la vérité c'est que je m'en fiche... Sachez que vos capacités de magicien n'ont rien avoir avec votre magie sorcière. Si vous excellez à Brakebills, c'est bien parce que vous avez l'étoffe d'un grand magicien et non parce que vous avez un sang de sorcier pur.

Le jeune homme regarda le professeur, atterré.

-Peu importe votre passé. Les tatouages ça se recouvrent. Même si ce ne sont pas vraiment des tatouages, mais plus des marques magiques... Si j'ai un conseil à vous donner c'est de vous accepter, maintenant, comme vous êtes.

Maïakovski remplit son verre et remplit également le verre de son élève.

-Demain, vous connaîtrez votre discipline. Ce qui, dans votre cas, ne veut pas dire grand-chose, selon moi. Vous pourrez atteindre de très haut niveau dans n'importe quelle discipline. Je n'exclurais aucune piste, si j'étais vous...

Le professeur se leva et vint se planter devant le jeune homme.

-Savez-vous ce que je fais quand je ne donne pas de cours ?... Je fais des recherches, je révolutionne la magie ! Que diriez-vous de m'y assister ?

-Pourquoi moi ? Demanda Drago après s'être tut aussi longtemps.

-Parce que vous êtes unique en votre genre monsieur Malefoy... Et qu'un jour, j'aimerai qu'on dise que si vous êtes devenus le plus grand magicien de votre génération, c'est surtout à cause de moi !