13
En l'espace de quelques semaines, le manoir Malefoy paraissait complètement changé. Quand il vint rendre visite à sa mère, Drago n'en revenait pas. Sa mère avait refait toute la décoration. Et le moins qu'on pouvait dire, c'était qu'elle avait très bon goût. Les pièces paraissaient plus lumineuses et encore plus grande qu'elles ne l'étaient déjà. Le manoir gardait sa noblesse et son raffinement, mais il y soufflait comme un vent nouveau. Un vent de modernité, de jeunesse, de renouveau...
Drago sourit. C'était beaucoup mieux comme ça.
-Drago ! Je ne m'attendais pas à te voir aujourd'hui. S'écria Narcissa en descendant les escaliers.
-Je me disais que ça faisait longtemps que je n'étais pas venu. Dis donc, ça a changé ici.
-Oui, j'ai pensé qu'il fallait changer un peu. Tu aimes ?
-C'est beaucoup mieux qu'avant. C'est parfait. Sourit le serpentard.
Ils prirent le thé dans le grand salon.
-Figures-toi que j'ai reçu une lettre de Pansy Parkinson. Elle m'a dit que tu étais à Poudlard il n'y a pas très longtemps.
-Oui, c'est exact.
-C'est bien.
-Je pense aussi.
Ils burent leur thé en silence pendant quelques minutes. Drago se disait alors que ce moment était parfait. Sa mère semblait plus sereine que jamais et il était heureux pour lui.
-Elle m'a parlé aussi d'une certaine fille que tu fréquentais. Dit soudainement Narcissa.
Choqué, Drago se félicita d'avoir déjà avalé la gorgée de thé qu'il avait pris. Il était sûr que sinon, il aurait tout recraché à cet instant.
-Une fille ?
L'image d'Hermione, frissonnante dans ses bras, s'imposa à lui. Ce baiser, il n'aurait jamais dû céder... Il ne regrettait pas, au contraire... Et c'était bien là le problème. Il la voulait...
-Plus précisément Miss Hermione Granger. Sourit étrangement sa mère.
-Et que t'as-t-elle raconté exactement ?
-Oh des tas de choses, mais j'avoue que je préfèrerais que ce soit toi qui m'en parle.
-Tu vas être déçu franchement, il n'y a pas grands choses à dire.
-Je comprends que parler de ce genre de choses avec sa mère soit un peu gênant, mais tu sais, tu peux tout me dire...
Drago pesa le pour et le contre.
-Tu sais maman, elle a un petit ami.
-Ronald Weasley c'est ça ?
-C'est ça. Un héros de guerre... Chuchota-t-il comme pour lui-même.
-Je vois ce qui te tracasse. Tu te dis, son petit ami est quelqu'un de bien, que ferait-elle de toi ?
Drago baissa les yeux.
-Mais tu sais, tu es quelqu'un de bien toi aussi.
-Ça n'efface pas tout ce que je lui ai fait subir...
-Donc tu penses que tu n'as aucune chance avec elle ?
-Au contraire, j'ai découvert qu'elle me dit oui quand je veux... Mais...
-Tu as peur qu'un jour elle se réveille, qu'elle repense au passé et qu'elle regrette ?
La sorcière posa sa tasse et prit la main de son fils.
-Je veux juste que tu sois heureux Drago. La meilleure façon de l'être, c'est d'écouter ton cœur...
Le jeune homme offrit un sourire à sa mère. Il se sentait chanceux de l'avoir et à cet instant, il se promit de toujours être là pour elle et de veiller à ce que personne ne lui fasse plus jamais du mal.
-J'ai parlé avec l'avocat et ton audience se tiendra dans deux semaines. Annonça Narcissa, reprenant sa tasse et changeant de sujet.
-Aussi vite ? S'étonna Drago.
-Oui, je t'ai dit qu'il était bon... Mais il voudrait te rencontrer avant.
-Quand cela ?
-Le plus tôt possible je suppose, dès que tu auras du temps.
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Assis en tailleur à même le sol au milieu du bureau de Maïakovski, Drago essayait depuis des heures à canaliser sa magie sorcière. Le professeur, assis à son bureau, le regardait faire en buvant.
-Concentrez-vous sur la circulation de la magie dans votre sang, essayez de visualiser son chemin dans vos veines et ressentez-la.
Drago essayait encore et encore. Il n'aurait jamais cru que ce serait aussi compliqué. Et pourtant, il la sentait bouillir à l'intérieur de lui, une force qui ne demandait qu'à sortir. Le problème c'est que sans sa baguette, il ne savait pas comment la libérer.
Le professeur soupira, se leva et s'approcha de lui.
-Essayons autre chose.
Drago ouvrit les yeux et écouta.
-Vous m'avez bien dit qu'il était fréquent que les sorciers fassent de la magie sans baguette quand ils étaient contrariés ou énervés ou... Peu importe, quand ils avaient une émotion trop forte ?
Le jeune homme acquiesça.
-Cela me rappelle un peu l'utilisation de la magie guerrière...
Drago fronça les sourcils. Ils n'avaient pas encore étudié la magie guerrière. A cause de quelques problèmes survenues il y a quelques années, le doyen Gold avait décidé de ne dispenser cette matière qu'à partir de la deuxième année, la jugeant beaucoup trop dangereuse.
-Voyez-vous, faire de la magie guerrière requiert un contrôle total de l'esprit. Il faut que vos canaux soient ouverts à cent pour cent. Il arrive souvent qu'on la pratique instinctivement quand on se sent en danger ou dans des situations qui vont impliquées des émotions fortes.
-Je comprends le lien... Mais comment on ouvre ses canaux à cent pour cent.
-Il faut se vider de toutes émotions... Etre très calme intérieurement, comme lors d'une méditation.
Le jeune homme se reconcentra. Il inspira profondément puis expira lentement. Il se rappela de ses entraînements en occlumencie. C'était à peu près la même chose. Il arriva à visualiser plus clairement la circulation de la magie dans ses veines. Il la dirigea jusque dans les paumes de sa main et alors il commença à faire les mouvements pour créer un soleil miniature entre ses mains.
Petit à petit, le soleil apparu et grossissait. Il avait déjà lancer ce charme avec la magie de la source mère. Là, il le sentait, c'était complètement différent. Là c'était sa magie à lui.
-Incroyable ! S'exclama Maïakovski.
Drago arrêta le sort et le regarda.
-Je ne comprends pas. Cela veut dire que tous les sorciers pourraient faire de la magie sans baguette ?
Le professeur se rassit derrière son bureau.
-Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
-Pour me vider de mes émotions, j'ai fait de l'occlumencie, une discipline totalement sorcière. Après, il suffit juste de diriger la circulation de la magie vers mes mains. Bref je l'ai canalisé. Exactement comme ferait une baguette.
-Erreur ! Vous ne l'avez pas canalisé, vous l'avez appelé. Et ça Drago, seuls les magiciens peuvent le faire...
Drago fronça les sourcils.
-Oui un sorcier pourrait tout à fait faire de l'occlumencie, c'est-à-dire qu'il peut parfaitement ouvrir ses canaux à cent pour cent. Mais il ne ressent pas la magie comme un magicien, le magicien arrive à visualiser la circulation de la magie, un peu comme de l'eau qui coule. Le sorcier lui ressent sa magie comme une boule d'énergie à l'intérieur de lui. Il ne pourra pas la diriger vers ses mains. C'est pour ça qu'il a la baguette. Je pense d'ailleurs que la magie sorcière avec la baguette est très puissante.
-Je vois. Vous me conseillez donc de n'utiliser que la baguette pour jeter les sorts sorciers...
-Exactement, vous ne devez user de ce que vous venez d'apprendre que pour les charmes de magiciens.
-Comme si j'étais une batterie.
-C'est ça... Une batterie. Une batterie perpétuelle qui ne se videra jamais.
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Il ne s'était pas retrouvé seul à seul avec Hermione depuis leur baiser sur la véranda. C'est pourquoi, alors qu'ils se préparaient dans le salon pour aller Terrier, l'atmosphère était un peu tendue. Hermione semblait un peu honteuse et lui, comme il ne savait pas exactement ce dont la jeune fille se rappelait, dans le doute, il préférait ne pas en parler.
Brisant le malaise, Eleanor dévala les escaliers.
-Je peux venir ?
-Pourquoi tu voudrais venir Eleanor ?
-Bah, il est certain que tu ne sauras d'aucune utilité pour cette mission Dray. Tu ne voudras pas aller dans la maison avec Hermione. Donc tu lui serviras juste de passe pour entrer et sortir de Brakebills... Pourquoi ne pas emmener quelqu'un qui meurt d'envie de voir le monde sorcier et qui pourrait aider ?
-Elle n'a pas tort. Ajouta Hermione à son adresse.
-D'accord. Donc je suppose que ma présence ne sera pas vraiment nécessaire ?
-Ne le prends pas comme ça Dray, tu pourras toujours nous attendre quelque part ! Le taquina Eleanor.
Drago leva les yeux au ciel et soupira.
-Bon d'accord, de toute manière, je dois rendre visite à quelqu'un.
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Le bureau dans lequel Drago entra n'avait pas vraiment des allures d'un bureau de sorciers. Tout était moderne mais luxueux. Il était vrai que le métier d'avocat n'avait été introduit dans le monde sorcier que depuis peu. Du coup la plupart des personnes dans ce métier avait, tous à quelques exceptions, passées beaucoup de temps chez les moldus.
L'homme assis à son bureau, dans la trentaine, leva les yeux vers le blond alors qu'il entrait dans la pièce.
-Monsieur Malefoy, je ne m'attendais pas à vous voir aussitôt. Je suis Maître Harrison. Se présenta-t-il.
-Ravi de faire votre connaissance Maître. Mais pourquoi donc avez-vous cru que je ne viendrais qu'au dernier moment ? Demanda Drago en prenant place sur le siège réservé aux clients.
-C'est que votre mère m'a un peu parlé de vos sentiments pour le monde sorcier et de votre récente... Migration... dans le monde moldu.
Drago fronça les sourcils contrariés, qu'avait raconté sa mère à cet avocat au juste ?
-Que vous a-t-elle dit sur ma « migration » au juste ?
-Oh rien de spécial. Juste que vous avez fait connaissance avec le monde des moldus et que vous avez décidé d'y passer un peu de temps... Ce qui est, je pense, très favorable pour notre affaire. S'exclama l'avocat, loin de se douter des vraies craintes du serpentard.
Le jeune homme soupira de soulagement et se rassit confortablement dans son siège.
-Voyez-vous, je suis très confiant. Je suis sûr que votre baguette vous sera rendu très vite.
-D'accord. Et vous souhaitez me rencontrer pour ?
-Oh c'est vrai... Nous devons nous mettre d'accord sur l'attitude que vous allez devoir adopter pendant votre audience. J'ai revu les images de votre procès via les souvenirs de votre mère et je dois dire que votre avocat n'a pas du tout assuré, mais votre attitude n'a pas beaucoup aidé non plus.
-C'est-à-dire ? Demanda Drago ne sachant pas tout à fait laquelle de ces nombreuses attitudes lui avait fait défaut.
-Lors d'un procès, ou d'une audience, de ce genre, il faut savoir rester neutre, concerné mais pas trop non plus... Vous sembliez beaucoup trop détacher, surtout vers la fin. Et cela n'a pas dû échapper aux jurys...
-Sincèrement, je ne pense pas que mon attitude a vraiment beaucoup pesé dans la balance. Je suis persuadé que dès qu'ils m'ont vu, ils m'ont condamné. C'était plus une question de préjugés que de jugement.
Je me serais condamné moi-même, avait failli ajouter Drago. Mais il se tut juste à temps.
-Je comprends ce que vous ressentez monsieur Malefoy. Voyez-vous, les préjugés, ça me connait... Je suis né-moldu et j'ai passé presque toute ma scolarité avec des préjugés.
Drago baissa les yeux et se sentit encore plus coupable.
-Alors, pourquoi voulez-vous me représenter ? Vous n'ignorez certainement pas tout ce que j'ai fait et tout ce que j'ai pensé des né-moldus autrefois.
-Je pense que tout le monde a droit à une deuxième chance... Et aussi, peut-être parce que votre mère m'a proposé un prix que je ne peux décemment pas refuser. S'exclama l'avocat pour détendre l'atmosphère.
Drago sourit. Il aimait bien cet homme.
Il regarda autour de lui.
-Vous avez fait vos études de droit dans le monde moldu n'est-ce pas ?
-Oui, c'est cela. Répondit Maitre Harrison un peu surpris par le changement brusque de conversation.
-Ça se voit à votre bureau, le mélange parfait... Je n'avais jamais compris la difficulté de vivre avec deux identités avant. Puis-je vous poser une question un peu personnel ?
-Bien sûr. Allez-y.
-Comment avez-vous réussi à concilier vos deux natures ? Comment avez-vous fait pour qu'une nature ne prenne pas le pas sur l'autre ? Je veux dire, comment avez-vous fait pour ne pas oublier vos convictions, vos valeurs et votre culture moldu en apprenant que vous êtes un sorcier ?
L'avocat se tut un instant et considéra gravement son client.
-Ne vous méprenez pas. Ce n'est pas du tout une insulte... Au contraire, j'admire le fait que vous assumiez totalement vos origines tout en vivant pleinement votre vie de sorcier. Ajouta le jeune homme, par peur d'avoir été mal compris.
-Ne vous inquiétez pas, j'ai totalement compris votre question. Ça m'a juste un peu choqué, parce que je n'y avais jamais vraiment pensé et qu'on ne m'a jamais posé la question également... Je pense que je n'ai jamais fait de réelle distinction entre mes deux « natures ». Je suis ce que je suis, totalement et entièrement.
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Après son entretien avec l'avocat, Drago prit le temps de se promener sur le chemin de traverse. Presque rien n'avait changé depuis la dernière fois où il était venu.
Au début, il baissait un peu le regard et n'osait pas vraiment regarder les gens. Mais petit à petit, il se rendit compte que finalement, on ne lui prêtait pas beaucoup d'attention. Peut-être qu'il s'était trompé, que le monde sorcier ne lui en voulait pas tant que ça.
Soulagé, il décida, sur un coup de tête de s'acheter un balai. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas voler.
Au-dessus de la ville, perché sur son nouveau balai. Drago regarda le monde sorcier, son monde, et se mit à penser qu'il lui avait manqué, plus qu'il ne l'aurait cru.
Peut-être que les gens avaient raison, il fallait qu'il arrête de renier cette part de lui. Qu'il s'accepte entièrement et simplement.
Au lieu de dire qu'il était un sorcier mais également un magicien, peut-être qu'il était temps de juste se définir comme un sorcier magicien ou un magicien sorcier... Peu importait, le plus important c'était qu'à ce moment-là, il était finalement vraiment lui, Drago Malefoy, totalement et entièrement.
