Note de l'autrice :

Bonjour chères lectrices & lecteurs,

Je suis ravie de vous retrouver pour ce nouveau chapitre, que j'étais impatiente de poster, car c'est un de mes préférés. Comme toujours je remercie Lamia22,Blond of the pea, Olivia Zet Binetemma76 pour leurs reviews. Ça fait toujours autant plaisir:)

Information: Ce chapitre contient des scènes qui peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes, raison pour laquelle ce chapitre est classé «M».

Voilà, voilà, je vous laisse découvrir le chapitre IV. Je vous en souhaite une bonne lecture !

A très bientôt…

Maritsa21;)

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La Rose des Volturi – Chapitre IV:

Le plaisir de la chasse est d'attraper sa proie

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Château Di Rosebourg: Quelques jours avant le départ pour Turin.

«Aro» Quel nom peu banal et plutôt original. Se disait Angélica qui se remémorait chaque détail de cette soirée du 23 août dans sa tête depuis plusieurs jours. Cet homme si singulier s'appelait Aro. Pour qu'elle raison avait-il semblé hésiter à le lui révéler? Encore un mystère de plus à tenter d'élucider. Cet homme était une énigme sans fin. Plus on essayait d'en savoir plus sur lui, plus on avait le sentiment de se retrouver face à une porte désespérément close. Lors de cette fameuse soirée, ce nom était la seule chose qu'elle avait réellement pu apprendre de lui. Et elle se souvenait fort bien de ce moment étrange quand elle était rentrée dans le hall du château à la recherche de son amie Clara, la princesse y avait aperçu un magnifique bouquet de fleurs composés principalement de rose dans les tons rouge, blanc et rose qui ornait la commode de l'entrée. En s'approchant de plus près Angélica avait remarqué qu'un mot encore cacheté avait été glissé entre les fleurs. Intriguée elle tendit la main pour l'attraper tout en guettant que personne arrivait, une fois cette précaution prise et se sachant seule dans le hall elle observa un instant la petite enveloppe blanche entre ses mains, il n'y avait aucun nom écrit dessus et quand elle la retourna elle vit le cachet de cire rouge sur lequel on avait apposé un sceau en forme de 'V' «Encore ce symbole» S'était-elle dit en se souvenant l'avoir déjà vu sur un collier que portait le duc lors de leur première rencontre. Alors c'était lui qui avait apporté ses fleurs, et non pas Ettore ou encore Silvio. La jeune femme n'y tenant plus ouvrit l'enveloppe et lu l'unique phrase joliment écrite à l'encre noire: Voici ces quelques fleurs, qui vous plairont j'ose l'espérer. En souvenir d'un jour où la grâce, l'intelligence et la beauté, se sont données rendez-vous. (Signé) Un admirateur.

Rien de plus. Angélica s'était sentie rougir en ressentant un certain plaisir à lire ces quelques mots. Elle comprenait que le duc faisait allusion au jour où elle avait dansé sur la place de Volterra. C'était une attention fort galante de sa part, même si ce subtil rappel de cette fin de matinée de juin la mettait quelque peu dans l'embarras. Angélica avait peine à saisir les motivations de cet homme à son égard. Elle leva les yeux vers l'imposant bouquet dont le parfum des fleurs était absolument exquis et esquissa un sourire rêveur sur ses lèvres en humant en même temps cette senteur florale entêtante. Toutefois, même si cette délicate attention ne la laissait pas aussi indifférente qu'elle l'aurait souhaité, l'idée que cet homme puisse laisser entrevoir l'envie de la courtiser lui vint à l'esprit. Soudain, elle crut percevoir du coin de l'œil sur sa gauche un mouvement, par la fenêtre. Elle sursauta de surprise et n'osa pas bouger pour aller voir ce qu'il en était. La jeune femme avait eu un bref instant l'impression d'être observée à son insu. Ce n'était pas la première fois qu'elle avait le sentiment que son instinct la tenait sur ses gardes en quelque sorte, cependant elle se demandait si tout cela n'était pas plutôt à mettre sur le compte de la fatigue car la jeune femme émit un soupir de dépit en songeant à cette idée qui lui était venue de nulle part précédemment : «Mais enfin c'est tout à fait hors de question» Se dit-elle ensuite en se fustigeant devant pareille pensée.

-Je ferais mieux de me retirer dans mes appartements. Dit-elle en cachant discrètement l'air de rien le mot du duc dans son corsage. Car bien sûr il ne fallait pas que quelqu'un et surtout pas son frère ne tombe dessus. C'était leur secret! À elle et au duc.

Angélica et son frère n'avaient que très brièvement reparlé le lendemain de ce dîner. Qu'il y avait-il à dire après tout? Dans quelques jour le prince et sa sœur repartiraient pour Turin. Là-bas ils auraient sans doute l'occasion de rencontrer à nouveau le duc. En tout cas c'était ce que disait Amedeo. Ce dernier était de fort bonne humeur à vrai dire, car son ami Silvio allait faire le voyage de retour au Piémont avec eux. Ayant était par l'entremise de son ami le prince invité à la prochaine vènerie. Bien que le jeune florentin n'eût jamais participé à un événement de ce genre et surtout de cette envergure. Être invité à une chasse à courre royale était un événement à ne pas manquer quand on était un jeune homme issu de la noblesse qui voulait trouver sa place dans le monde.

C'est pourquoi le jour de leur départ, sur le chemin de Turin, Amedeo entreprit d'instruire son ami des uses et coutumes de cette «pratique» si prisée de la noblesse. Le prince contrairement à sa jeune sœur, aimait cette pratique et en parlait avec passion à son ami assit en face de lui dans la voiture. Il lui expliquait que la vènerie, appelée aussi chasse à courre était un mode de chasse très ancien. Qui consistait à chasser un animal, à pied ou à cheval, à l'aide d'une meute de chiens. Et que les pratiquants de la chasse à courre étaient appelés «veneurs». Cette chasse aristocratique qui se pratiquait de septembre à mars disposait également d'un vocabulaire spécifique et complexe.

Angélica, assise aux côtés de son frère, ne l'écoutait que d'une oreille, elle regardait le paysage qui défilait sous ses yeux l'air ailleurs. Elle avait toujours trouvé cette pratique de chasse barbare. Et le seul plaisir qu'elle pouvait tirer de cet événement c'était de pouvoir monter à cheval toute la journée. Et c'était bien le seul.

-La chasse à courre se pratique en groupe. Poursuivi Amedeo avec engouement devant un Silvio très attentif à ses paroles. -Le groupe en question est composé de chevaux, des chiens, des veneurs et du piqueux, cet ensemble est appelé un «équipage». Les chiens sont les acteurs principaux de ce mode de chasse. Ce sont eux qui chassent l'animal jusqu'à sa prise éventuelle, les veneurs ne sont là que pour les servir. Le piqueux, lui, a la charge du soin des chiens et de leur dressage. On compte six animaux de vènerie : le cerf, le chevreuil, le sanglier, le renard, le lièvre et le lapin. Un équipage ne chasse qu'une seule espèce.

-Je vois. Répondit simplement Silvio toujours aussi attentif. -Mais comment cette journée se déroule-t-elle?

-Eh bien au matin de la chasse. Reprit Amedeo. -Un veneur va faire le bois avec son chien. Il repère les traces que les animaux ont laissé en forêt dans la nuit et en informe les autres membres de l'équipage lors du rapport.

-Un rapport? Répéta le florentin qui ne cernait pas très bien ce que son ami entendait dans ces termes.

-Le rapport permet de décider quel animal sera chassé. Expliqua le prince. -On ne choisit qu'un seul animal qui sera reconnaissable par les chiens grâce à son odeur. Le rapport est également l'occasion de donner les consignes de chasse.

-Tout ceci est passionnant n'est-ce pas? Intervint pour la première fois la princesse d'un timbre de voix lasse, signe que ce sujet de conversation n'était guère «passionnant» pour elle.

-Allons ma sœur. La sermonna gentiment son frère. -Je sais que tu ne goûtes point comme moi des joies de ce sport, mais Silvio ça l'intéresse et puis il vaut mieux qu'il soit au fait des usages s'il ne veut point commettre d'impers.

-Je préférerais, oui, ne point en commettre. Répondit l'intéressé.

-Détendez-vous Silvio. Lui dit Angélica qui devinait aisément que cette chasse à courre intimidait un peu le florentin. -Écoutez bien votre professeur et tout se passera pour le mieux. Dit-elle taquine en jetant un coup d'œil à son frère qui pouffa d'un léger rire avant de poursuivre l'instruction de Silvio.

-…Alors où en étais-je? Se demandait le prince.

-Lors du départ. Lui indiqua sa sœur.

-Merci. Ah je vois que ma sœur même perdue dans ses songes suit mieux que vous ce que je dis Silvio. Le nargua le prince, avant de continuer: -Lors du départ les chiens se tiennent derrière le piqueux. Durant la chasse, l'animal chassé déploie de nombreuses ruses pour échapper aux chiens et aux veneurs. En moyenne, tout animal confondu, 3 fois sur 4 en sort vainqueur.

-Eh bien! J'ai hâte d'y être. Déclara Silvio tout sourire.

-Moi aussi, mon ami. Et nous sommes très heureux que vous soyez des nôtres, c'est un peu comme avoir avec nous une part de notre chère Toscane. Avoua Amedeo l'air vraiment ravi avant d'ajouter en direction d'Angélica. -N'est-ce pas ma sœur?!

Cette dernière pour seule réponse adressa un sourire discret à son frère, puis elle dit:

-En effet. Je regrette seulement que Clara n'ait pu nous accompagner. J'aurais apprécié une présence amicale féminine.

-Une prochaine fois chère Rose, je vous promets qu'elle viendra. Lui assura Silvio d'une voix emprunte d'une douceur singulière. -Vous avez ma parole!

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14 septembre 1710: Chasse à courre: Clairière à l'entrée des bois de La Venaria.

En ce matin de septembre le ciel était couvert avec par moment quelques éclaircis, la chasse à courre n'avait pas encore débuté, pourtant il y avait foule dans la clairière baignée d'une légère brume matinale à l'orée des bois. Tout l'équipage était en train de s'organiser avant le début de la chasse. Pendant que les veneurs procédaient à la mise à la voie en emmenant les chiens à l'endroit où les indices laissés par un cerf avaient été vus plus tôt dans la matinée, le reste des participants arrivèrent dans la clairière, dans un brouhaha assourdissant causé par l'aboiement des chiens et le hennissement des chevaux.

Dans tout ce grand rassemblement la princesse Angélica et son frère se trouvaient en compagnie de leur père et de leur demi-frère le prince Charles-Emmanuel, tous sur leur monture respective, en tenue traditionnelle de chasse couleur bleu pour le manteau, rouge pour le bas et or ou argent pour les ornements et broderies. Avec des gants, un chapeau tricorne, même pour les dames et des bottes impeccablement cirées. Pour les invités l'habit était quelque peu différant, pantalon blanc et veste noire étaient de rigueur.

Il arrivait aussi que les femmes participent aux chasses. En ce cas, elles se devaient de paraitre élégantes et apprêtées. Pour cet exercice rude, les amazones de la cour n'hésitaient pas à s'inspirer de la garde-robe de leurs époux. Elles adoptaient une culotte d'homme qu'elles dissimulaient sous une grande jupe. Elles enfilaient ensuite un grand justaucorps en velours ou en taffetas, pouvant atteindre la longueur d'une robe. Ne pouvant sortir en cheveux détachés, elles portaient un tricorne plus petit que celui de l'homme. En vènerie, tenue et accessoires étaient essentiels. Ils permettaient de définir le rôle de chacun durant la chasse mais aussi de reconnaître les équipages et leurs spécificités.

Au centre de toute cette foule de cavaliers, se trouvait le souverain Piémontais, entouré de sa garde et des courtisans, après avoir échangé quelques paroles avec certains d'entre eux le souverain se détacha du groupe pour venir près de ses enfants.

-Alors mes chers enfants. N'est-il pas plaisant d'être réuni en famille? Depuis combien de temps cela ne nous était pas arrivé de chasser à courre ensemble?

-Cela date d'au moins deux ans sire. Répondit Amedeo d'une voix égale, puis il jeta un regard à sa sœur avant d'ajouter: -Si ce n'est qu'Angélica n'était guère présente lors de cette dernière vènerie où je vous avais accompagné. Précisa-t-il.

-Raison de plus de nous réjouir de sa présence aujourd'hui. Répliqua leur père en adressant un sourire attendri à sa fille. -Ma chère enfant, il me tarde de voir vos talents de cavalière.

Pour seule réponse cette dernière lui rendit son sourire. Puis le regard de la jeune femme passa par-dessus l'épaule de son père où elle avait vu la monture du prince Charles-Emmanuel venir vers eux. Le jeune homme observa en silence ses deux demi-frère et sœur de ses yeux bleus glacés avant d'entre ouvrir les lèvres pour s'adresser à la jeune femme:

-Je crois savoir que vous ne goûtez guère les plaisirs de la chasse Angélica.

-Pour être honnête… Commença l'intéressée d'un ton dénué de chaleur. -Je ne vois pas quel plaisir peut-on tirer à traquer une bête jusqu'à son épuisement.

Son demi-frère n'eut guère le temps de répondre à ce qu'elle venait de dire, car Amedeo prit la parole avant lui en s'adressant au souverain en face d'eux.

-Oh votre majesté sait combien notre Ange à le cœur tendre.

-Oui je sais cela, notre princesse est une jeune femme passionnée. Dit leur père avec un rire léger avant de dire à sa fille. -Mais vous savez chère enfant, ce ne sont que des bêtes après tout.

-Certes, votre majesté a raison. Fit mine de lui concéder sa fille qui était loin de partager cet avis. -Mais de grâce ne m'en tenez point rigueur si je respecte néanmoins la vie animale. C'est pour cela que j'aime ces bois, la vie y est si diversifiée. Et convenez-en le château de La Venaria est fort agréable à vivre.

Son père rit à sa remarque, cette fois l'air clairement amusé. -Il est vrai que c'est un lieu reposant. Admit-il. -Et cela me fait parfois regretter que le palais royal de Turin soit situé en plein centre de la ville. Comme vous ma fille il me plait de monter à cheval à travers bois.

-Il est donc fort dommage de ne point vivre ici, sire. Laissa échapper sa fille avec un sourire étrange. Sourire que son frère Amedeo reconnu de suite, c'était le genre de sourire que sa sœur arborait quand elle avait une idée en tête.

-Le voudriez-vous ma fille? Demanda le souverain l'air soudain sérieux.

-L'accepterez-vous votre majesté? Lui renvoya-t-elle sans se défaire de son sourire absolument charmant si semblable à celui de sa mère.

-Et bien chère enfant, je dois dire que je préférerai vous savoir à Turin. Lui rétorqua son père en ayant l'air de tenter de résister au pouvoir de ce sourire qui lui faisait souvent céder aux demandes si rares de sa fille. -Cela fait à peine deux semaines que vous êtes revenue au palais royal et vous voudriez déjà partir?

-J'ai l'âme voyageuse, votre majesté. Répondit simplement sa fille l'air espiègle.

-Oui je finirai par le croire.

-Le château de La Venaria ne se trouve qu'a trente minutes en voiture du Turin. Et je dois dire que la perspective de pouvoir monter à cheval régulièrement me ferait très plaisir.

-Certes…ma fille. Commença son père un peu hésitant. En vérité ce n'était pas la première fois qu'Angélica abordait le sujet, dans le fond il savait que sa fille détestait le palais royal de Turin et l'ambiance disons-le bigote qui y régnait, la mère de sa fille aussi ne s'y plaisait guère dans le temps. -Mais devrai-je pour autant vous faire installer dans le château de La Venaria ? Cela me parait hors de question.

Devant ce nouveau refus, la jeune femme ne perdit rien de sa détermination visible dans son regard. Elle sembla méditer un instant à ce qu'elle allait répondre, puis elle lança au souverain :

-Voudriez-vous que nous jouions à un jeu votre majesté?

-Un jeu? Répéta Vittorio-Amedeo la mine curieuse et un peu méfiante devant le ton soudain enjoué de sa fille.

-Oui. Reprit-elle sachant très bien, combien son père était joueur de nature. -Je vais vous faire une proposition…Expliqua-t-elle avec assurance. -Si le cerf qui sera pris en chasse aujourd'hui sort vainqueur, vous me laisserait m'installer quelques temps au palais de La Venaria. Si l'animal perd et bien dans ce cas je ne vous toucherai plus mot à ce sujet. Alors qu'en dites-vous?

-Hum…Cela me parait honnête. Fit son père la mine sérieuse après un silence de réflexion, les doigts appuyés sur son menton. -Cela dit, mademoiselle, j'y ajouterai quelques conditions, si vous gagnez ce pari chère enfant, je vous accorderais de loger deux mois à La Venaria et pas un de plus. Et en cas de défaite de votre part et bien comme vous l'avez dit vous-même, vous ne m'entretiendrez plus de cette idée et vous demeurerez définitivement au palais royal de Turin. Et j'ajouterai une autre condition…

-Laquelle? Demanda sereinement sa fille, comme si elle ne craignait rien.

-…De plus vous irez présenter vos plus sincères excuses à l'abbé Del Rocca, pour les faits que vous savez.

-Ciel ! S'écria soudainement Angélica. -Le saint homme vit encore?! Dit-elle en regardant son frère Amedeo qui pouffa d'un rire étouffé en l'entendant dire cela. -La bête est coriace il faut le reconnaitre. En rajouta Angélica en regardant cette fois son père, qui lui ne put se retenir de rire face au sens de l'humour «mordant» de sa fille.

-Allons ma fille, faites montre d'un peu plus de respect. La sermonna gentiment son père, qui n'appréciait pas plus que sa fille cet abbé, toutefois si elle souhaitait jouer à ce jeu-là avec lui il allait falloir qu'elle en accepte les conséquences en cas de défaite, il espérait que pour une fois, cela ferait passer l'envie à sa téméraire enfant de le défier à nouveau.

-Ma foi, d'accord, sire. Pari tenu! Déclara la princesse sans hésiter devant les regards quelque peu médusés de ses frères.

-Tu es sûre de toi sœur? Lui murmura discrètement Amedeo un peu perplexe, cette dernière pour seule réponse lui adressa un sourire qui se voulait confiant.

-Eh bien chère fille, le pari est lancé, nous verrons bien si le cerf sortira vainqueur de cette chasse. Ajouta son père l'air nettement compétiteur.

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Plus tard, Angélica se trouvait toujours à cheval aux côtés de son frère et de Silvio. Les jeunes gens attendaient patiemment le premier son de fanfare qui annoncerait le début de la chasse. Se faisant ils s'étaient à leur tour lancé un pari entre eux, en misant une certaine somme.

-Je crains que tu n'aies perdu ce pari-là, chère sœur. Cela fait maintenant une heure que nous attendons et toujours aucun signe.

-Vous m'en voyez navré, mais je suis de l'avis de votre frère, chère Rose. Intervient Silvio d'une intonation faussement attristée.

-Allons messieurs, je serais vous je ne m'avancerais pas si hâtivement. La chasse n'a point encore commencé que je sache.

-Ça ne saurait tarder. Reprit Amedeo. -Allons sœur, ne soit dont pas mauvaise perdante. Allez part ici la monnaie, tu nous devras des sous une fois rentré au château. La nargua-t-il en se riant d'elle. Espérons que le sort te sera plus favorable en ce qui concerne ton pari insensé avec notre père.

-Frère, dois-je réellement rappeler à ta mémoire que je suis d'habitude plus chanceuse que toi aux jeux de hasard?

-Elle n'a point tort! Renchérit Silvio l'air de rien.

-Non mais écoutez-le on croit rêver?! De quel côté es-tu? Lui envoya le prince, la mine faussement offensée par son manque de solidarité masculine.

-Je ne suis ni d'un côté ni de l'autre votre altesse. Lui répondit cérémonieusement le florentin avec une intention clairement ironique. -Mais c'est la vérité. Le destin semble plus souvent sourire à Rose qu'à vous en matière de pari.

Pendant que les deux jeunes hommes à sa droite continuaient leurs joutes verbales, Angélica quant à elle s'était laissée absorber dans sa «bulle imaginaire» comme elle l'appelait, elle éprouvait en cet instant un étrange sentiment d'anxiété dont elle avait peine à saisir l'origine. Ce n'était pas ce défi lancé avec son père qui la mettait dans cet état. Elle sentait qu'elle avait de bonne chance de le gagner. En fait cela faisait quelques jours qu'elle se sentait soucieuse à l'approche de cette journée de vènerie.

Tout à coup la jeune femme sortie subitement de ses pensées en entendant un cheval galoper dans leur direction, portant sur son dos un cavalier dont le visage ne lui était pas inconnu. Encore une fois, la princesse eu ce même sentiment inexplicable et troublant en le voyant presque arriver à leur hauteur. Aussitôt Angélica tourna vivement la tête vers son frère et son ami en leur adressant un sourire triomphant.

-Alors, comment disais-tu? Par ici la monnaie…Le cita-t-elle en ricanant légèrement.

Son frère pour seule réponse lui lança un regard dépité, alors que Silvio, lui avait l'air de vouloir se retenir d'éclater de rire.

-Ce n'est pas possible d'avoir autant de chance. Rumina Amedeo en levant les yeux au ciel.

Le cavalier vêtu en tenue d'invité en selle sur un cheval de pure race espagnole à la robe blanche, vint à leur rencontre et salua respectueusement de la tête le prince en affichant un sourire aimable.

-Votre altesse. C'est un plaisir de vous revoir. Vous aussi signor Frescobaldi. Ajouta-t-il à l'attention du jeune marquis qui lui rendit poliment cependant sans un mots son salut.

-Le plaisir est partagé, monsieur. Lui répondit le prince en le saluant à son tour, tout en retrouvant une mine plus chaleureuse.

-Princesse. Dit le cavalier qui se trouvait maintenant devant elle et sa monture. -Il est plaisant de vous revoir. Vous êtes aussi ravissante que l'aube naissante! La complimenta-t-il en lui adressant un beau et franc sourire.

-Monsieur le duc. Le salua simplement la jeune femme d'un signe de tête courtois en ne répondant pas à sa flatterie, cependant elle ne put s'empêcher de lui adresser un discret sourire.

-Nous commençons à croire que vous ne seriez point des nôtres aujourd'hui. Lui dit le prince tout en caressant l'encolure de son cheval qui semblait un peu s'agiter sans raison apparente.

-Oh, rassurez-vous altesse. Je n'aurais point manqué cet événement d'importance.

-Je n'en doute pas. Marmonna Silvio entre ses dents, si bien que même son ami le prince du tendre l'oreille pour l'entendre.

Soudain le cheval de Silvio sembla nerveux car il secouait la tête presque frénétiquement. Angélica fronça légèrement les sourcils en voyant cela, tant cette réaction de l'animal n'était pas sans lui rappeler celle de son cheval Tonnerre plus d'un mois auparavant. Le frison noir qu'elle montait aujourd'hui, lui, ne semblait nullement affecté par le comportement étrange du cheval de Silvio, il restait très calme.

-La chasse va commencer. Annonça Angélica d'une voix formelle à ses compagnons de vènerie. -Voyez sa majesté nous fait signe là-bas. Indiqua-t-elle d'un signe du menton en direction du souverain qui venait d'agiter la main en l'air pour les enjoindre à se rapprocher. -Allons messieurs, venez. Dit-elle en enjoignant en même temps son cheval à se mouvoir en direction de Vittorio-Amedeo et de sa suite.

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La chasse venait de commencer. Les chiens s'étaient lancés sur la trace d'un seul cerf. Une fois ce dernier aperçu dans le bois, les veneurs avaient sonné une fanfare : une mélodie appelée «la vue». Une horde de cavaliers s'étaient alors mis à suivre les chiens, chacun à une cadence différente. Aussi surprenant que cela puisse paraitre Angélica observa que son père qui d'ordinaire était un habile chasseur et participait activement aux chasses à courre, restait cette fois un peu plus en retrait. Préférant converser en aparté avec le duca Di Toscana. Cette conversation entre eux dura pendant toute la première heure de chasse. Honnêtement, la curiosité naturelle de la jeune femme la poussait à se demander de quoi pouvait bien se parler ces deux hommes. De là où elle était, Angélica ne pouvait pas entendre le sujet de leur conversation. Mais par moment elle les entendait rire, surtout son père. En voyant son visage plus serein qu'à l'accoutumée, sa fille eu une drôle d'impression, le souverain avait l'air…content, voir presque joyeux. De mémoire la jeune femme ne se souvenait pas avoir déjà vu son père ainsi. Le duca Di Toscana semblait capable de charmer n'importe qui, avec des mots de tous les jours. «Sauf peut-être…» Se disait la princesse en fronçant les sourcils en réfléchissant, «Silvio» Le jeune homme était demeuré de marbre quand le duc était venu à leur rencontre, Angélica l'avait bien vu et elle commençait à se demander s'il n'y avait pas un peu comme une forme de jalousie derrière cette froideur que le florentin d'habitude si amical manifestait en présence du duc.

-De quoi peuvent-ils bien converser? J'avoue que je me le demande souvent. Dit une voix grave à l'accent interrogateur qui eue pour effet de sortir violemment la jeune femme de ses pensées.

Angélica tourna vivement la tête sur sa droite et ses yeux furent de suite, attirés par un regard bleu-gris qui la dévisageait avec insistance.

-Alors chère sœur… Commença Charles-Emmanuel l'air amusé devant la mine un peu hagarde d'Angélica. -Je constate que vous n'êtes guère attentive à ce qui se passe autour de vous. Vous vous lassez déjà de cette petite sortie familiale? Dit-il avec une pointe d'ironie un tantinet méprisante sur ses derniers mots.

-Non point, monsieur. Répondit simplement la jeune femme, en détournant les yeux de lui pour regarder droit devant elle.

Le prince avait profité que leurs chevaux étaient au pas dans la prairie qu'ils traversaient actuellement pour entamer la conversation avec sa demi-sœur, poursuivit:

-Cela ne vous intéresserait pas de savoir de quoi peut bien parler cet étranger avec sa majesté?

-Cela ne me regarde pas. Répondit d'une voix neutre Angélica feignant l'indifférence.

-Vraiment? J'ai peine à le croire. Répliqua le jeune prince qui affichait en cet instant cet air suffisant qui le caractérisait. -Je vous sais d'un naturel curieux. Cet homme si atypique que notre père semble tant considérer ne peut point vous avoir laissé de marbre? Vous savez chère Angélica, qu'il m'est revenu aux oreilles que vous et Amedeo avez reçu cet homme à souper au château Di Rosebourg. Était-il aussi charmant et cultivé qu'on le dit?

Angélica qui ne disait mot se demandait pourquoi son demi-frère venait lui parler de ça l'air de rien, et aussi pourquoi ce qu'elle pouvait penser du duc semblait l'intéresser. Honnêtement, elle n'avait pas envie de rester en sa compagnie et elle cherchait déjà une pirouette verbale pour le faire partir.

-Dieu du ciel! S'écria faussement étonnée la jeune femme en entendant ses propos emplit de dédain à peine voilé. Je vous croirais presque jaloux votre altesse. Sachez que si vous êtes si curieux du duc, je ne peux que vous enjoindre à faire sa connaissance, il sera ravi j'en suis sûre de l'intérêt que vous lui portez.

-Hum…Le sarcasme ne vous sied pas vraiment chère Angélica. Lui lança le prince la mine maintenant renfermée signe qu'il n'appréciait guère qu'elle se moque de lui.

-Oh de grâce ne vous méprenez pas. Reprit la jeune femme d'un ton désinvolte. -Et pour finir de vous répondre. C'est par pure politesse et par égard pour notre père qui nous a demandé de faire la connaissance du duc que nous l'avons reçu mon frère et moi, chez nous. Rien de plus. Expliqua-t-elle d'un ton détaché. -Mais puisque vos oreilles semblent si bien informées monsieur, pourquoi avons-nous cette conversation? Demanda-t-elle sur un ton qui se voulait innocent.

-Vous n'êtes guère amicale…Lui fit remarquer le prince d'une voix un peu sèche sans répondre à sa question. -Vous est-il si désagréable que je vienne converser avec vous d'un sujet qui nous intéresse tous les deux ? Demanda son demi-frère avec un air faussement étonné. -Vous savez il me plairait que nous… (Il sembla chercher ses mots un instant) parlions et de vous connaitre un peu mieux, c'est tout... Ce que je dis vous amuse? Dit-il sans comprendre en la voyant soudain sourire de façon énigmatique.

-Non, seulement on croirait entendre madame notre grand-mère. Serait-ce elle qui vous a prié de venir discuter avec votre demi-sœur?

-Vous avez beaucoup d'imagination, Angélica. Mais non je suis venu de moi-même. Qui y a-t-il là-dedans de si étonnant?

-Eh bien…convenez-en, vous m'adressez rarement à parole. Comprenez alors que cela me surprenne. Et pour votre gouverne vous n'êtes guère plus amical, monsieur.

-Puis-je savoir pourquoi vous vous obstinez à m'appeler monsieur? L'interrogea-t-il avec un léger agacement. -Vous savez, moi aussi vous pouvez m'appeler par mon prénom. Précisa-t-il d'un ton plus radouci.

-C'est que…fit la jeune femme d'une voix hésitante avant que le prince n'insiste.

-S'il vous plaît, je vous le demande. Nous sommes de la même…famille, après tout. Dit Charles-Emmanuel de telle sorte qu'Angélica avait l'impression que mentionner cet état de fait semblait lui coûter.

La princesse ne répondit rien. En vérité, elle se sentait indifférente à ses paroles. Car pour elle, sa «famille» c'était Amedeo, leur père et bien sûr de manière plus élargie Cecilia et la marquise Di Sommariva. Et ça s'arrêtait là. Elle n'éprouvait aucune affinité envers Charles-Emmanuel. Cette façon plus ou moins hautaine qu'il avait de vous regarder la plupart du temps était assez désagréable. Mais elle lui reconnaissait des qualités comme son intelligence et son esprit de stratège. Et en digne fils de son père, il était ambitieux et manifestait souvent un grand désir de faire ses preuves en tant que prince héritier du royaume du Piémont. La jeune femme admettait qu'il avait raison sur un point, quand il soutenait qu'elle aussi aurait aimé connaître la teneur des propos échangés entre leur père et le duc. Puis voyant qu'il attendait manifestement une réponse de sa part concernant ce qu'il venait de lui dire précédemment elle se résigna à lui répondre :

-Soit, si vous y tenez.

Soudain l'attention de la jeune femme se porta sur un cavalier au loin devant eux qui lui faisait signe de la main de venir le rejoindre. Voyant cela comme un signe providentiel pour mettre fin à cette conversation, la jeune femme esquissa un sourire avant de dire au prince Charles-Emmanuel:

-Je vous prie de m'excuser, mais je vois qu'Amedeo m'appelle là-bas. Dit-elle en pointant ce dernier du doigt.

-Il peut bien attendre un moment. Lui répondit le prince d'un ton mécontent en constatant en effet que son demi-frère faisait signe à Angélica de le rejoindre. -Je voulais aussi vous dire…Tenta-il de poursuivre avant que la jeune femme ne l'interrompe prestement.

-Non vraiment je suis désolée mais il a l'air de vouloir me dire quelque chose, voyez-vous-même. Ça doit être important pour qu'il insiste autant…Je vais aller voir ce qu'il veut. Veuillez m'excuser Charles-Emmanuel. Dit-elle d'une voix navrée remarquablement bien imitée, en lui adressant un signe de tête avant que ce dernier ne proteste comme il avait visiblement l'intention de le faire. Puis sans en ajouter davantage, Angélica talonna les flancs de son cheval pour galoper en direction de son frère Amedeo.

Une fois arrivée vers son frère, celui-ci qui lui adressait au même moment un sourire amusé lui dit:

-Alors ma sœur, on dirait que je viens de te tirer d'une conversation ennuyeuse à souhait.

-Oh tu n'as pas idée. Figure-toi que Charles-Emmanuel a choisi ce jour pour enfin m'adresser plus de deux mots, autres que «Bonjour» et «Au Revoir».

-Fichtre! Serait-il souffrant? Supposa Amedeo la mine faussement étonnée. -Que te voulait sa «majesté»? Demanda-t-il d'un ton clairement ironique.

-Oh ce n'est pas important. Fit-elle d'un ton détaché. -En tout cas merci de m'avoir aidé à lui fausser compagnie.

-A votre service gente dame. Lui répondit galamment son frère avant d'ajouter: -La famille ça sert à ça! Au fait j'y pense, cela n'a rien à voir avec ce dont nous parlons mais on nous a signalé à l'instant que des arbres sont tombés plus en amont dans le bois et nous serons surement contraints d'emprunter d'autres chemins pour déjouer les ruses du cerf.

«La ruse» Les animaux pouvaient se révéler fort habile dans ce domaine et c'était précisément ça qui fascinait le prince Amedeo dans la pratique de la chasse à courre. Voir un animal chassé qui use de ruses pour perdre chiens et veneurs, était pour lui un réel divertissement. Le jeune homme avait tellement été emporté par l'excitation de la chasse qu'il en avait perdu son ami Silvio parmi la foule de cavaliers. C'est pourquoi il avait quelques minutes plus tôt ralenti la cadence pour pouvoir tenter de l'apercevoir. En vain jusqu'ici, toutefois il avait vu sa sœur en compagnie de Charles-Emmanuel et il ne lui avait pas échappé que le visage d'Angélica était fermé, signe qu'elle n'avait pas envie de parler. Amedeo la connaissait trop bien pour être dupe de ses expressions faciales et en la voyant ainsi, il s'était senti le devoir de faire diversion pour couper court à leur aparté. Et ainsi qu'il s'en était douté Angélica avait été ravie de son intervention providentielle.

Les deux jeunes gens se rapprochèrent à au moins deux mètre de la suite de Vittorio-Amedeo, qui était toujours entouré de sa garde et de courtisans, et bien entendu du duc avec qui le souverain conversait toujours. Environ une demi-heure plus tard le groupe de cavalier qui s'était largement engagé dans une partie un peu plus montagneuse du bois dû se stopper, car un veneur suivi de ses chiens vint informer le souverain et sa suite que la voie était barrée quelques mètres plus haut et que le meilleur moyen de passer était de rebrousser chemin et d'emprunter l'autre sentier de la dernière intersection qu'ils avaient passé plus tôt.

Soudain les sons de plusieurs cors résonnèrent dans les bois et le groupe vit passer au loin en contre-bas du chemin où ils se trouvaient, le cerf qui avait semble-t-il choisi la tactique de la «débuche», c'est-à-dire qu'il était sorti du bois pour tenter de distancer les chiens dans la plaine plus bas.

Amedeo qui n'avait rien perdu de la scène, reconnaissait que cet animal était malin, car de là où ils étaient les cavaliers ne pouvaient pas se lancer à sa poursuite car la plaine était traversée sinueusement d'une rivière difficilement franchissable pour certains cavaliers et leur monture. Ils allaient sans doute devoir se résoudre à faire un détour par le chemin indiqué par le veneur.

-Hum…Voilà qui est fâcheux! Avait déclaré Vittorio-Amedeo d'une voix un peu ennuyée. Cette bête va nous filer entre les doigts si nous faisons en tel détour.

Pendant que le souverain et ses deux fils qui venaient de le rejoindre, ainsi que quelques nobles, réfléchissaient à ce qu'il convenait de faire pour rattraper plus rapidement l'animal. Angélica commençait à trouver le temps long au milieu de ses beaux et nobles messieurs. Elle, elle savait déjà comment rattraper le cerf sans grande difficulté. Mais bien sûr il n'était pas dans son intérêt de le faire savoir aux autres et puis de toute façon elle se disait que l'on n'aurait pas cru son idée réalisable.

-Je crains mademoiselle…que ces discours qui trainent en longueur ne vous ennuient. Dit la voix d'un homme qui vint lui faire face en postant son cheval de façon parallèle au sien.

«C'était lui» Angélica qui l'avait vu se détacher discrètement sans un bruit du groupe devant elle pour venir à sa hauteur, haussa seulement les épaules l'air indifférente. Le cavalier inclina légèrement la tête vers elle et ajouta plus bas pour qu'elle seule puisse l'entendre.

-Je vous avoue votre altesse que je vous regarde depuis le début de cette matinée et il m'est apparu que vous étiez bien seule parmi cette foule.

L'intéressée ne répondit pas de suite à ce qu'il venait de lui dire. Car la seule chose que son esprit semblait avoir retenu c'est «Je vous regarde depuis le début» Cela lui paraissait absurde, et comment cela se pouvait-il? Lui qui n'avait guère quitté son père depuis le commencement de la chasse. A aucun moment elle ne l'avait vu tourner la tête dans sa direction.

-C'est vrai, monsieur le duc. Et je m'y serais facilement sentie perdue si je n'étais point habituée à ce genre de rassemblement. Quand bien même je ne goûte point l'euphorie qui semble galvaniser cette foule de chasseurs à la vue d'un animal sans défense.

-Moi j'aime la foule. Déclara promptement le duc, les traits de son beau visage parfaitement neutre. -Il me plait d'observer les gens vivre…

-Oui, c'est ce que j'avais cru comprendre. Répondit-elle avec un air entendu. -Ça doit être une activité intéressante.

-Je vous le confirme. Répondit simplement le duc avec un joli sourire, puis il pencha légèrement la tête vers elle et lui dit tout bas: Moi aussi, je suis quelque peu lasse de leurs beaux discours. Pour tout vous dire, je préférerais de loin que nous puissions parler, vous et moi.

-N'est-ce point ce que nous faisons là? Lui répondit la jeune femme qui avait cependant bien saisi ce que le «vous et moi» signifiait dans la bouche du duc.

-Certes, mais nos discussions ici sont…limités. Et je serais honoré qu'il me soit permis de parler ne serait-ce que quelques instants non pas à la princesse, mais à la jeune femme qui se trouve derrière ce noble titre.

-C'est que je ne sais monsieur. La raison et la convenance, voudraient que je vous le défende…

-Mais…Devina sans mal le duc devant sa mine à la fois hésitante et curieuse, puis voyant qu'elle ne disait mot, il reprit: -Fort bien, je ne me permettrai pas de presser une dame, cependant, veuillez me pardonner de devoir hâter votre réponse…dîtes-moi non ou oui, mais il va vous falloir décider. Il détourna la tête de moitié pour écouter ce qui se disait derrière lui et voyant que ces «belles perruques» comme les appelaient ironiquement Angélica, ne semblaient toujours pas décidés sur une stratégie à suivre, le duc ricana légèrement un petit sourire moqueur sur les lèvres. Tout en regardant de nouveau la jeune femme, il dit cette fois à voix haute de sorte qu'on l'entende: -Je suis sûr mademoiselle, que vous seriez plus à même de trouver une solution qui résoudrait rapidement le dilemme qui occupe ces messieurs.

Soudain tout tourna très vite dans la tête d'Angélica, qui ne s'était pas attendue à ça venant de lui, cependant elle saisit de suite que le duc lui demandait là, à cet instant de choisir, de façon habilement détournée. Et il fallait lui donner une réponse tout de suite, maintenant qu'ils étaient observés. La jeune femme qui n'appréciait guère d'être mise au pied du mur de la sorte lui adressa un regard de reproche. Mais elle se souvint qu'elle et son frère voulaient en apprendre plus sur cet homme étrange qui semblait particulièrement et inexplicablement s'intéresser à elle. Et il fallait avouer qu'Angélica était de plus en plus curieuse de savoir ce dont cet homme si singulier voulait l'entretenir. Alors elle se résolue à lui faire sa réponse de sorte qu'on l'entende aussi :

-Sans prétention de ma part, je ne peux que, vous donner raison monsieur. Dit-elle avec un sourire un peu étrange, avant de poursuivre avec assurance. -Pour tout vous dire je sais déjà ce qu'il convient de faire.

-Ahh…Voilà qui est intéressant… Murmura le duc dont le sourire s'était considérablement élargi en entendant cela, ses yeux rougeâtres brillants la couvant tel un enfant trop impatient devant quelque chose qui lui faisait envie. -Et puis-je connaitre votre idée?

-Non! Répondit-elle catégorique avec un sourire énigmatique dessiné sur ses lèvres roses. -Mais… je peux vous montrer ce que j'ai en tête. Au même moment la jeune femme tourna bride pour que son cheval fasse volte-face sur la gauche de sorte que, elle et le duc se retrouve côte à côte avant d'ajouter la mine exprimant clairement le défi. -Du moins si les paris risqués ne vous font pas peur!

Sans attendre de réponse de la part du duc, la jeune princesse talonna les flancs de son cheval en émettant un son «Hip Hip» A ces signaux le cheval de la jeune femme hennit et se cabra légèrement, puis se mit aussitôt à partir rapidement au galop sur le chemin par lequel le groupe était arrivé précédemment.

Ce départ précipité attira l'attention d'autres cavaliers de la suite royale qui cessèrent aussitôt de parler de stratégie de chasse pour voir ce qui causait tout ce bruit derrière eux. Ils virent également le duc talonner sa monture, sans un mot, ni un regard vers eux, pour se lancer à la poursuite de la princesse.

-Que diable leur arrivent-ils ? Demanda Amedeo sans comprendre en voyant Angélica et le duc partir au grand galop sur le chemin qui descendait en direction de la plaine.

Le jeune homme regarda furtivement autour de lui et vit l'incompréhension des autres qui maintenant y allait chacun de leurs commentaires.

-Je ne sais, mon fils. Répondit son père à ses côtés, qui observait l'air un peu absent, les silhouettes des deux cavaliers arriver maintenant dans la pleine en contre bas.

-Il faudrait, peut-être songer à enseigner à notre sœur à se tenir et à monter à cheval comme une vraie dame qui sait vivre. Intervint Charles-Emmanuel d'un ton à la fois moralisateur et condescendant.

-Ah! Vraiment je voudrais vous y voir Charles-Emmanuel, essayez donc de chevaucher en amazone au grand galop pendant ne serait-ce que 10 minutes sans vous retrouver par terre et vous nous direz si savoir monter «comme une vraie dame » le cita Amedeo. -Est réellement important, voire réaliste…

-Allons…allons, messieurs de la tenue je vous prie! Les tempéra leur père en les sermonnant. -Et de grâce Amedeo, épargnez-nous vos sarcasmes et quant à vous Charles-Emmanuel cessez de voir le mal partout et surtout là où il n'est point! Je ne vois guère de mal à vos âges à faire de l'exercice, garçon comme fille. Trancha Vittorio-Amedeo avec impartialité.

Les deux jeunes hommes se turent aussitôt mais continuaient de se toiser en silence.

-Je me demande bien ce que votre sœur peut avoir en tête? Demanda leur père plus pour lui-même, en observant sa fille galoper à une vitesse folle en contre bas suivi de près par son ami le duc.

-On ne va point tarder à le savoir… Dit Amedeo qui regardait dans la même direction que son père.

Plus bas dans la plaine, la princesse qui ne s'était pas retournée une seule fois ne vit pas que les yeux des autres cavaliers y compris ceux de son père, s'étaient rivés sur elle et le duc qui, quant à ce dernier, lui avait emboité le pas pour la suivre en la voyant partir au galop. Angélica chevauchait à vive allure, aussi rapide que le vent qui lui soufflait au visage lui rosissant les joues, tandis que le bruit des sabots des chevaux au grand galop, martelaient l'herbe humide comme des coups de tonnerre alors qu'ils se dirigeaient en direction de la rivière qui serpentait au milieu de la plaine. La jeune princesse ne semblait pas porter la moindre attention aux quelques cavaliers qui s'écartaient prestement de leur chemin, l'air interloqués. Elle regarda brièvement par-dessus son épaule pour voir si le duc la suivait toujours, comme si elle le défiait, cherchant ainsi à savoir jusqu'où cet homme était près à aller pour la suivre dans son univers et en voyant que c'était le cas, elle lui adressa un rictus espiègle, puis elle regarda de nouveau droit devant elle, et encouragea son cheval à accélérer davantage pour prendre le plus d'élan possible pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Le duc qui arrivait presque à sa hauteur ne ralenti pas non plus à l'approche de la rivière. En rassemblant toute sa concentration elle guida sa monture de sorte à l'enjoindre à sauter.

Au même moment plus haut sur le chemin, une sorte d'agitation s'était emparée du groupe qui maintenant suivait avec intérêt les moindres faits et gestes des deux cavaliers dans la plaine.

-Non, elle n'a quand même pas l'idée de…Commença Charles-Emmanuel interdit sans finir sa phrase.

-Si si…je l'en crois capable. Répondit Amedeo avec une voix qui trahissait une certaine inquiétude, quand tout à coup il se sentit cesser de respirer en voyant le cheval de sa sœur s'élancer et sauter au-dessus de la rivière avec une agilité déconcertante, pour atterrir avec précision de l'autre côté de la rive.

Le groupe ébahi, n'eut point le temps de réagir qu'il vit, le duc et sa monture faire de même dans une coordination de mouvement et une assurance parfaite.

-Alors ça, par dieu je dois avoir rêvé…Il y a presque 2 mètres de distances pour franchir cette rivière en sautant à cheval. Quel talent! Intervint un des hommes de cour présent auprès du souverain.

-Eh bien messieurs! Lança Vittorio-Amedeo à l'assistance avec des accents de fierté dans la voix. C'est là une leçon que notre chère princesse vous donne. Rien ne sert de tergiverser sans fin, il faut agir. Elle tient ça de nous à n'en point douter. Ajouta-t-il à l'attention du comte Trevi à ses côtés, qui quant à lui, avait argumenté depuis le début pour rebrousser chemin et faire un détour pour rattraper l'animal.

Le comte ne répondit rien, et se contenta d'hausser les épaules et de tourner brides.

-Et notre ami le duc, quel cachotier fait-il. Il ne nous avait point mentionné qu'il était si bon cavalier. Rajouta le souverain amusé, en ricanant légèrement.

-Père. Appela Amedeo à ses côtés. -Dois-je les suivre? Demanda-t-il en voyant sa sœur et le duc s'éloigner vers l'entrée de la forêt dans la direction qu'avait emprunté le cerf un peu plus tôt.

-Pourquoi dont, mon fils? S'étonna son père de sa question. -Je ne me fais point de mauvais sang pour votre sœur, elle est bien accompagnée après tout. Que voulez-vous donc qu'il lui arrive?

Amedeo resta sans voix en entendant son père dire cela. Car ça ne ressemblait guère à celui-ci de se comporter ainsi, d'ordinaire il aurait enjoint son fils à rester aux côtés de sa sœur, car…ne sait-on jamais, après tout l'homme qui l'accompagnait présentement restait un étranger.

-Pour les plus téméraires, suivez donc l'exemple audacieux de son altesse. Lança Vittorio-Amedeo à sa cour. -Et hâtez-vous donc pour l'amour du ciel. Nous ne tenons pas à ce que cette bête nous échappe. Ajouta-t-il d'un air impatient.

Plus loin dans la forêt à l'abri des regards, Angélica et le duc continuaient de galoper à travers le bois. La jeune femme avait repéré le cerf qui slalomait activement entre les arbres à quelques mètres devant eux, mais elle n'en avait que faire. Car bientôt, elle bifurqua sur la droite en se détournant complétement de la position de l'animal. Elle voulait emmener le duc à un endroit bien précis où elle savait qu'il y avait peu de chance qu'ils soient dérangés par un importun. Au bout de quelques minutes, des ruines envahies par le lierre apparurent dans leurs champs de vision. L'endroit qui paraissait figé dans le temps était encore parsemé ici et là de rosée matinale. La jeune princesse ralentie la cadence de son cheval, imité par le duc qui vint se poster à sa hauteur avant de dire:

-Eh bien mademoiselle, quelle fougue, je dois dire que vos talents ne cessent de m'impressionner à chacune de nos rencontres.

-Je vous retourne le compliment monsieur. Lui répondit la jeune femme avec un joli sourire. -Honnêtement je n'aurais point cru que votre cheval sauterait par-dessus la rivière.

-Vraiment? S'étonna faussement le duc amusé de son commentaire. -Je m'en serai voulu de vous décevoir.

-Non point, mais qu'importe. Savez-vous où nous sommes? Lui demanda-t-elle en changeant de sujet.

-Ma foi je dois avouer que non. Répondit le duc en observant les alentours.

-Ces ruines que vous voyez là-bas…Montra-t-elle du doigt. Dans le temps c'était une petite église. Aujourd'hui il n'en reste que des vieilles pierres qui ont su résister tant bien que mal aux affres du temps. Ce qu'il reste de ses murs renferment une terrible tragédie. Il est dit qu'un soir de violant orage, lors d'une messe, le vent soufflait tellement fort, et la pluie était si intense qu'à un moment sans crier gare la foudre vint s'abattre sur la flèche en métal du clocher ce qui provoqua quasi instantanément un embrasement du toit de la bâtisse, qui n'y résista pas et fini par s'écrouler sur les fidèles en dessous. Il n'eut que deux survivants à ce tragique événement, un des fidèles et le prête. Pour ce qui est de ce dernier il aurait face à ce terrible drame ajouté: «Que même dans les heures les plus sombres il gardait foi en dieu » …Si vous voulez mon avis, à défaut de garder la foi, il aurait surtout mieux valu qu'il garde son toit!

A cette chute inattendu le duc éclata de rire, devant l'air si désinvolte de la jeune femme.

-Pourquoi dont riez-vous? S'étonna Angélica. -Il n'y a rien d'amusant à ce que je viens de vous raconter.

-N'y voyez point d'offense, mademoiselle. Mais vous avez une telle façon de relater la chose. Vos dernières paroles sont du moins curieuses, pour une chrétienne. Ajouta-t-il.

-Ah vous trouvez? En ce qui me concerne ce qui me semble curieux dans cette histoire, c'est que dieu, dans son infinie miséricorde, ait pu faire tomber le toit de sa maison sur la tête de ses fidèles qui chantaient ses louanges. C'est là, à mon sens une bien étrange façon de remercier la dévotion.

-Il se pourrait que vous ayez raison, mais ne dit-on point que les voies du seigneur sont impénétrables? Il aura sans doute voulu rappeler ces pauvres âmes à lui plus rapidement que les autres.

La princesse pour seule réponse, émit un petit ricanement.

-Puis-je vous poser une question, mademoiselle? Reprit le duc ses yeux brillants de curiosité.

L'intéressée hocha positivement la tête sans un mot.

-Croyez-vous en dieu?

La jeune femme parut s'étonner de sa question, mais fini après un silence de réflexion par lui répondre:

-Honnêtement, je trouve déplaisant de parler de religion. Il est si facile d'en offenser certain sans le vouloir. Mais puisque vous me posez la question je vais vous répondre mais de grâce gardez cela pour vous…

-Je vous en donne ma parole. Jura le duc en portant une main au niveau de son cœur, les yeux pétillants comme un enfant à qui on s'apprêtait à révéler un secret.

-…Voyez-vous, ma conviction profonde est que les religions ont été inventées par les hommes et il n'y a rien de vrai dans tout ça. Et vous-même,croyez-vous en un dieu ? Même si pour tout vous dire je ne vous imagine guère dévot.

L'homme rit une fois de plus, à sa spontanéité désarmante.

-Je dois avouer que…non! Répondit l'homme en reprenant un air impassible. Et j'admets que je partage votre avis sur le sujet. Et je constate aussi que ces deux ans au couvent de Viterbo ne vous aurons point fait changer d'avis, rien de surprenant à ce que vous vous en soyez enfuie.

-Oh sûr que non…Laissa échapper la jeune femme avant de prêter réellement attention à ce qu'il venait de dire. -Mais attendez, qui vous a dit que j'avais fui le couvent? Demanda-t-elle en arrêtant son cheval.

-Mais votre père! Répondit le duc en s'arrêtant à son tour, affichant un sourire amusé devant sa mine ahurie.

-Il vous l'a dit? Pardonnez-moi mais j'ai peine à le croire. Dit-elle septique sur ce point.

Angélica était à juste titre surprise que le duc puisse savoir cela, car son père avait été clair sur le fait que personne d'autre ne devait avoir vent des tenants et aboutissants de cette histoire.

-C'est pourtant vrai. Et je dois dire, que vous découvrant un peu plus cela ne me surprend pas de vous. Et en soi quand on y réfléchi, c'est bien ce…rocambolesque événement qui aura permis notre…fascinante et singulière rencontre. Termina-t-il de dire d'une voix aux accents étranges.

-Il faut croire que oui. Répondit-elle un peu embarrassée, si bien qu'elle entreprit de changer de sujet. -Dans mon enfance…Commença Angélica l'air soudain absent en regardant autour d'elle. Il m'arrivait de venir jouer ici avec mon frère lors des rares fois où nous venions à Turin. J'aimais passer mon temps ici dans ces ruines.

-Que trouviez-vous d'intéressant à contempler de vieilles pierres? Lui demanda posément le duc.

-Elles sont un héritage des siècles passés. Il me plait parfois d'imaginer les personnes qui ont pu venir ici avant nous.

-A vous entendre, dois-je en déduire que vous ne craignez point les fantômes qui doivent certainement hantés ce lieu ?

-Non point. C'est pourquoi je vous ai amené ici car beaucoup de gens refuse d'approcher ce lieu qu'ils considèrent comme maudit, dû à sa tragique histoire. Ici, nous pouvons parler sans crainte d'être entendu par des oreilles indiscrètes. N'était-ce point ce que vous souhaitiez? Demanda-t-elle en tournant la tête vers son interlocuteur.

-En effet. Et je vous sais gré d'avoir accepté. La remercia-t-il sincèrement.

-Alors je vous écoute, monsieur. De quoi donc vouliez-vous m'entretenir?

L'homme lui sourit d'une façon un peu étrange avant de lui répondre:

-Mon désir, mademoiselle. Était de pouvoir converser librement avec vous et d'avoir le plaisir de votre compagnie.

Angélica ne répondit pas. Une fois de plus elle aurait souhaité qu'il parle de lui, mais rien. Soudain elle laissa son regard glisser malgré elle sur la selle du duc sur laquelle était intégré un étui à pistolet. Ce détail qui pouvait paraitre anodin ne l'était pas tant que cela. Car quand on connaissait les règles de la vénerie, on savait que les armes à feu n'étaient pas admises. Ce regard n'échappa pas à l'homme qui lui demanda aussitôt d'un ton enjoué :

-Vous plairait-il d'essayer?

-Je vous demande pardon? Répondit-elle en sortant de sa contemplation de l'arme en question.

Avant qu'elle ne puisse répondre à sa question, le duc descendit de son cheval et une fois qu'il mit pied à terre il attacha la bride de l'animal à une branche suffisamment robuste proche de lui pour venir ensuite vers la jeune femme qui le regardait l'air perplexe.

-Avez-vous déjà tiré au pistolet? Interrogea le duc.

-Rarement, mais oui. Avoua la jeune femme. -Mais vous savez qu'il n'est point d'usage de se servir d'armes à feu en chasse à courre.

-Oh, au diable les usages. Déclara-t-il de sa voix toujours aussi enjouée. Ici nous sommes entre nous. Et je rencontre rarement de nobles demoiselles éprises d'armes à feu. C'est tout à fait exaltant. Et vous ayant déjà vu manier une épée, je suis curieux de découvrir vos talents cachés au pistolet. Permettez? Dit-il en levant les bras vers elle pour l'aider à descendre de cheval.

-Je puis le faire seule, je vous remercie. Déclina-t-elle poliment.

-Allons, mademoiselle. Laissez-moi donc vous aider. Insista le duc en lui adressant son plus beau et rassurant sourire.

Angélica ne sut, si elle devait accepter. Visiblement cet homme avait bien pris note de ses centres d'intérêts. Bien sûr qu'elle avait envie d'essayer. Mais il fallait toutefois rester discret. Personne ne devait les voir ainsi ensemble comme maintenant, du moins sans «chaperon» même s'il était vrai qu'on les avait vu partir tous deux de leur côté, c'était néanmoins dans le cadre de la chasse, cependant il fallait rester discret. Autrement les mauvaises langues de la cour seraient trop contentes. Alors elle guetta furtivement autour d'elle et ne voyant et n'entendant rien d'autre que les bruits de la forêt, Angélica reporta son attention sur l'homme placé à sa gauche et dégagea un peu les plis de sa jupe pour passer habilement sa jambe droite par devant la selle pour se retrouver assise en amazone dessus. Puis elle vint poser ses mains gantées sur les épaules de l'homme en face d'elle, en se laissant gracieusement glisser de la selle, rattrapé de suite par les mains du duc qui enserrèrent sa taille. Le contact des mains de cet homme sur elle, même un bref instant lui fit une drôle d'impression car malgré l'épaisseur de ses vêtements Angélica parvenait à sentir une certaine dureté émaner de ses mains sur sa taille, ce qui contrastait nettement avec la délicatesse dont cet homme faisait preuve en la déposant au sol. Ils se retrouvèrent presque nez à nez, et elle remarqua que le duc la fixait étrangement et silencieusement de ses yeux rouges si dérangeants, et elle ne parvint pas à interpréter ce que voulait dire ce regard. Elle détourna un peu la tête gênée malgré elle, en essayant de ne point en rougir d'embarras. Sans un mot le duc fit un pas en arrière et se détourna d'elle. Il attrapa la bride de son cheval pour aller l'attacher à la même branche que celle du sien. Puis revint comme si de rien avec un pistolet entre les mains, desquelles il avait retiré ses gants.

-Alors. Dit-il tel un précepteur sur le point de donner une leçon. -Je vous propose de nous rapprocher des ruines, nous ne voudrions point que le bruit de l'arme effraie les chevaux, n'est-ce-pas?

-Fort bien. Répondit simplement la jeune femme en ouvrant la marche en direction des ruines. -Je vous en prie suivez-moi. L'enjoint-elle d'un signe de tête.

-Je ne vous quitte plus…Répondit le duc derrière elle, avec un mystérieux sourire au coin des lèvres.

X.X.X

Au même moment, Amedeo cherchait son ami Silvio parmi la foule. Le jeune homme se fustigeait lui-même d'être un si piètre ami. Car en se laissant absorber par sa passion, il n'avait point fait attention à Silvio. C'était l'une des raisons pour lesquelles il s'était détaché de la suite royale, pour tenter de le retrouver, autant chercher une aiguille dans une botte de foin, se disait le prince. De plus, Amedeo s'était mis en tête de rattraper sa sœur, partie dieu seul sait où avec le duc. Quand bien même son père lui avait dit que ce n'était pas nécessaire. Le prince lui ne partageait pas cet avis, même si ce duca Di Toscana, était d'une politesse raffinée avec des manières irréprochables. Il n'était guère convenable qu'il reste seul avec sa sœur, et qu'elle soit la fille du prince de ce duché ne constituait pas une exception aux règles de bienséance.

Quelques minutes plus tard, le prince finit par apercevoir son ami et vint aussitôt à sa rencontre. Le jeune Silvio avait l'air bien lasse. Visiblement il n'avait guère apprécié ce début de chasse à courre.

-Cher Silvio, acceptez mes excuses. S'empressa de lui dire le prince. -Tout va pour le mieux? S'enquit-il.

-Pas vraiment si vous voulez tout savoir, votre altesse. Et puis c'est que je vous avais perdu de vue. Lui répondit ce dernier avec un léger ton de reproche. -Veuillez me pardonner, mais c'est que ma monture est quelque peu capricieuse.

-Que lui arrive-t-il? Interrogea le prince surprit de ce détail. -Cette jument est pourtant docile d'ordinaire.

-Ah…Rit le florentin d'un ton amer. -Alors c'est qu'elle le cache bien. Parce que ce n'est pas vraiment l'impression qu'elle m'a donnée. Là, je viens de parvenir à la calmer, mais vous l'auriez vu plus tôt, la pauvre bête était totalement paniquée.

-Voilà, qui est bien mystérieux…Commenta Amedeo perplexe. -Qu'est-ce qui a pu la mettre dans cet état d'agitation?

-Mais qu'en sais-je moi? Je ne parle pas cheval! Trancha Silvio agacé qu'on lui pose des questions auxquelles il n'avait pas les réponses.

-Oh, je vous en prie cher ami, épargner moi votre mauvaise humeur. Lui lança Amedeo quasiment sur le même ton. -Bon laissons ça. S'impatienta-t-il. -Maintenant que je vous ai retrouver et que votre monture semble avoir retrouvé ses esprits. J'ai besoin de votre aide Silvio…

-Et bien il y avait longtemps. Pardonnez-moi de vous dire cher Amedeo que vous savez venir trouver vos amis quand vous avez besoin d'eux. N'y voyez point d'offense, mais je crois que c'est la dernière fois que je vous accompagne à ce genre de festivités.

-Oh, ne dites donc pas de sottises. Ne nous querellons point pour si peu, nous avons passé l'âge vous et moi. Je vous promets de me rattraper.

-Fort bien. Déclara le florentin qui c'était radouci à ses paroles. -Je vous écoute, de quoi s'agit-il?

-De ma sœur. Il faut que je la retrouve avant que sa témérité naturelle, ne commence à faire jaser. Elle est partie de son côté avec…

-…Oui je suis au courant. Le coupa Silvio d'un ton guère étonné. -Puisque je l'ai moi aussi vu passer plus tôt, à la voir ainsi sauter par-dessus la rivière, assez remarquablement je dois dire, on aurait cru que son altesse avait le spectre de la mort après elle. Ironisa le florentin.

-Pourquoi employez-vous de telles comparaisons?! Le sermonna son ami le prince.

-Oh, vous avez perdu votre sens de l'humour? Allons ne vous faite point de mauvais sang, nous la retrouverons. Ils ne doivent pas être partis bien loin, d'ailleurs.

-Oui, ça j'en suis sûr! Affirma Amedeo. -Ils sont partis vers le nord. Séparons-nous, nous aurons plus de chance de les retrouver. Disons-nous à dans une heure dans la prairie. Proposa-t-il.

-D'accord. Acquiesça Silvio. Dans ce cas ne perdons pas de temps.

X.X.X

Quelque part dans les bois de la Venaria, Angélica marchait dans ce qui restait de l'allée principale des ruines, en compagnie du duc. Par moment elle osait à la dérobée, lever les yeux vers lui. Cet homme avait un je ne sais quoi, de fascinant et d'inatteignable. Ses cheveux lisses, noir corbeau parfaitement bien coiffés lié en queue de cheval au niveau de sa nuque, sous son chapeau tricorne de la même couleur lui donnait beaucoup d'allure. Angélica se disait qu'elle ne l'avait jamais vu porter la perruque traditionnelle comme les gentilshommes de la cour, sans doute comme elle, du reste, n'avait-il aucun gout pour ce genre d'artifice. La jeune femme s'était sentie prise au dépourvu quand il lui avait proposé de faire une séance de tir. Et pour être tout à fait honnête, elle ressentait une sorte d'appréhension mêlée d'une étrange excitation, à faire quelque chose que la convenance réprouve. Il n'y avait pourtant point de mal dans ce qu'ils faisaient présentement. Mais malheureusement les jeunes femmes de son époque étaient toujours étroitement surveillées, par des membres de leur famille ou bien par les gouvernantes.

Ils s'arrêtèrent de marcher quand ils arrivèrent à quelques mètres de l'autel en pierre en parti recouvert de lierre et de ronces, situé au fond de ce qui restait de la bâtisse. Angélica observa un instant en l'air en tournant légèrement sur elle-même, pour voir l'ouverture béante à la place de l'ancien toit effondré, qui donnait sur un ciel nuageux, toutefois le temps était assez clair mais il n'y avait point de soleil. Un léger raclement de gorge la fit sortir de sa contemplation. La jeune femme reporta son attention sur l'homme qui l'accompagnait et elle s'aperçut qu'il la dévisageait encore une fois de ce même regard étrange, avec cette fois un rictus amusé en coin des lèvres. Angélica, ressentie un inexplicable frisson la parcourir dans tout son corps à la vue de cette expression si particulière qu'affichait le duc, lui donnant un air un peu inquiétant.

-Approchez je vous prie…Dit-il d'une voix doucereuse sans se défaire de se rictus qui la faisait frémir malgré elle.

Bien sûr elle savait que cet homme était d'un genre excentrique peu commun. C'est pourquoi elle s'efforça de demeurer impassible, quand elle fit un pas vers lui.

-Plus près…Insista-t-il en plongeant ses yeux aussi vifs qu'effrayants dans les siens d'un marron foncé si expressif.

Elle obtempéra et s'approcha d'un pas cette fois plus hésitant.

-Cet endroit me parait idéale. Déclara-t-il en changeant totalement d'expression, l'air avenant il lui dit: -Vous êtes gauchère, ce n'est pas très répandu. Affirma-t-il sans détour visiblement sûr de lui sur ce point.

-Comment pouvez-vous être convaincu de cela, je pourrais très bien être droitière? Lui rétorqua Angélica, juste pour le plaisir de le contredire.

-Non, absolument pas. Et si j'affirme cela, c'est parce que lors de notre dernière entrevue vous teniez l'épée que je vous avais tendu de la main gauche.

-Vous avez l'œil. Reconnue la jeune femme, prise au dépourvu. -Rien ne vous échappe. Lui concéda-t-elle.

-Rien en effet. Puis-je? Demanda-t-il poliment en venant lui saisir délicatement la main gauche. Elle le laissa faire sans résistance.

Angélica l'observa retirer lentement le gant de sa main, sans la quitter des yeux. Puis il ajouta en même temps d'une voix charmante : -Vous n'en aurez point l'utilité…Savez-vous mademoiselle, comment on charge une arme comme celle-ci? Interrogea-t-il en lui tendant l'arme en question.

-Bien entendu. Affirma-t-elle en prenant le pistolet. -Mon frère en possède une similaire. Expliqua la jeune femme en mettant en pratique ce qu'elle affirmait. Une fois l'arme chargée elle regarda le duc et lui demanda: -Vous ne m'avez point dit qu'elle était la cible à viser?

L'homme ne lui répondit pas de suite, mais elle le vit lui sourire. Le duc semblait réfléchir en même temps, puis il finit par dire d'une voix étonnamment douce: -C'est vrai…Et bien…chercha-t-il en regardant brièvement sur sa droite. -Cette cible-là. Dit-il en indiquant en même temps de l'index un symbole en pierre plus haut derrière l'autel. -…me parait parfaite! Déclara-t-il avec un sourire satisfait.

Angélica qui avait suivi du regard son geste en direction de la cible en question, tourna vivement la tête vers lui, un peu décontenancée de son choix qu'il jugeait «parfait». Le duc, était en train de lui désigner la croix du Christ.

-Vous voulez que je tire sur la sainte croix? S'étonna-t-elle.

-Et pourquoi non ce n'est là que de la pierre. Répondit simplement le duc.

-Certes, mais c'est tout de même un symbole, qu'il ne représente rien pour moi ne veut point dire qu'il n'est pas important pour d'autres.

L'homme en face d'elle, se mit soudain à rire d'un ton léger, mais de ce même rire aiguë et peu commun qui le caractérisait, visiblement amusé de ses paroles. Puis la voyant froncer les sourcils il dit:

-Ne froncez point votre joli front, mademoiselle. Pardonnez-moi, ce n'est point de vous que je ris, mais vous me rappelez dans ces paroles, un de mes amis très altruiste, comme vous. Expliqua-t-il.

-Je vois. Répondit simplement la jeune femme en se détendant un peu. -Après tout vous avez peut-être raison, ce n'est que de la pierre. Les symboles n'ont que l'importance qu'on leur donne.

-Je suis ravi de vous l'entendre dire. Dit le duc en joignant joyeusement les mains devant lui à la manière de quelqu'un en prière. Ce qui pour Angélica semblait complétement paradoxal avec ce qu'il lui demandait de faire.

La jeune femme fit quelques pas en passant légèrement devant lui, pour venir se placer au bon endroit pour viser, tout en lui disant: -Monsieur vous êtes vraiment…déconcertant.

L'intéressé lui répondit par un large sourire avant de s'exprimer: -Je vous remercie de ce premier compliment que vous me faites. Cela me touche venant de vous. Avoua-t-il de bonne humeur, puis il lui dit plus sérieusement: -Allons je vous en prie, mettez-vous en position…Vous avez de bons instincts. Commenta l'homme en la voyant prendre correctement la pose, le pistolet parfaitement positionné dans sa main, et en respirant comme il le fallait. Puis il la vit lever rapidement le bras en direction de la cible désignée.

-Non! Corrigea-t-il en venant se glisser avec une rapidité stupéfiante juste derrière elle, si bien qu'Angélica pouvait sentir son corps toucher son dos et son souffle près de son oreille gauche vers laquelle il s'était penché pour lui dire presque comme un murmure : -Ne soyez point si hâtive dans vos gestes. Le regard compte plus encore que la main.

En disant cela l'homme leva dans une lenteur singulière son bras gauche parallèlement au sien pour venir effleurer du bout des doigts la peau de son poignet. Angélica qui ne s'était point attendu à cet attouchement se retrouva comme paralysée, incapable de se mouvoir.

-…Rivez vos yeux sur la cible. Poursuivit-il tout en laissant sa main glisser tout doucement sur la sienne qui tenait l'arme, sans prêter attention au trouble de la jeune femme visible sur son visage, qui quant à elle frissonnait de sentir cette main glaciale et étrangement dure sur la sienne.

-…Fixez vos pensées sur le but que vous voulez atteindre. Continuait-il d'une voix qu'elle ne lui connaissait pas encore. Il y avait quelque chose de captivant et de magnétique dans sa voix comme dans sa gestuelle. -Ne vous laissez point distraire. Ajouta-t-il toujours sur le même ton. -Placez-vous comme ceci. Conseilla-t-il en détachant doucement sa main de la sienne pour venir poser ses deux mains sur sa fine taille pour l'enjoindre à se positionner parfaitement. -Allez ! L'encouragea-t-il en susurrant à son oreille.

Angélica, guère habituée à ce qu'on ose la toucher de la sorte, avait conscience que ses joues s'étaient considérablement empourprées. Et de le savoir derrière elle, son torse calé contre son dos et sentir ses mains posées sur sa taille la faisait frémir, elle se sentait soudain la proie d'une émotion qu'elle découvrait pour la première fois et qu'elle ne parvenait pas encore à identifier. Cet homme avait décidément une présence envoutante à laquelle la jeune femme tentait difficilement de résister.

-…Visez le cœur de votre cible, tout ce qui se trouve autour est sans importance. Termina-t-il de dire tout bas à son oreille avant de retirer lentement les mains de la taille d'Angélica, pour se mettre en retrait, lui laissant ainsi suffisamment d'espace pour la laisser tirer.

La jeune femme essaya de reprendre constance et de faire abstraction de lui et la chose fut bien difficile tant l'aura charismatique du duc l'avait troublé. Cependant, elle suivit ses conseils. Et après une profonde inspiration, pressa la détente de l'arme. La détonation fit partir rapidement la balle dans un nuage de fumée blanche, et alla se nicher droit dans le cœur de la cible, provocant des éclats de pierre qui retombèrent au sol. Angélica, stupéfaite d'avoir visé juste dès le premier coup de feu, ne put se retenir d'arborer un sourire triomphant sur ses jolies lèvres en émettant une exclamation joyeuse, tout en tournant la tête vers le duc.

-Bravo…l'acclama celui-ci tout sourire. -Que vous avais-je dit, j'étais certain que vous me cachiez un autre de vos talents. Dit-il en s'approchant d'elle.

-C'est que je ne les dévoile pas tous. Un peu comme vous.

-Touché. Répondit le duc en la dévisageant avec insistance, puis après un silence il reprit la parole. -J'aimerais savoir une chose ? Demanda-t-il avec son éternel air énigmatique.

-Je vous écoute.

-Pourriez-vous me dire comment est votre vie en tant qu'altesse royale ?

Angélica qui ne s'était pas attendu à cette question venue de nulle part dans leur discussion, ne cacha pas sa surprise en l'entendant lui demander ça.

-Oh…Personne ne me l'a jamais demandé ou du moins ne s'est jamais intéressé à mon avis sur la question. Avoua-t-elle déconcertée. -Je dirai, complexe…Tenir un rang, jouer le rôle qu'on vous a assigné dès votre naissance, est parfois…souvent même, pesant. Puis-je savoir pourquoi cela vous intéresse? S'enquit-elle à son tour de ce qu'il pouvait en penser.

-Et bien c'est que j'imagine que quand on a un esprit aussi libre et passionné que le vôtre, il va de soi que soutenir longtemps devant les autres la conduite opposée à son caractère, je vous l'accorde, quelle fatigue. Mais quel honneur. Répondit-il avec une touche d'admiration.

-J'aimerais vous poser une question à mon tour, monsieur? Demanda la jeune femme d'un ton un peu hésitant.

-Mais certainement.

-Vous n'êtes pas obligé de me répondre bien entendu…mais j'aimerais savoir, de quoi parlez-vous dont avec sa majesté plus tôt? L'homme parut s'étonner de sa question, c'est pourquoi elle s'empressa d'ajouter. -C'est seulement que j'ai rarement vu mon père dans de si bonnes dispositions et aussi avenant avec quelqu'un qu'il connait seulement depuis quelques mois. Il ne sourit pas souvent comme ce matin. C'est pourquoi je m'interroge sur ce que vous avez bien pu lui dire pour lui rendre le sourire. Et aussi pourquoi, d'après ce que l'on m'a dit, vous voit-on de façon plus assidue à la cour de Turin? Vous qui avez, vous-même mentionné lors de votre visite chez nous, que vous ne vous y plaisiez pas.

-Vous êtes bien curieuse, altesse…Lui fit remarquer le duc avec un sourire mi-amusé, mi-tolérant. -Et comme à chaque fois très franche, cela doit être bon de pouvoir vous connaitre de façon plus… personnelle. Il la vit rougir, gênée de son commentaire ce qui accentua considérablement son sourire en cet instant appréciateur. -Avant tout, pardonnez-moi mais il ne m'appartient pas de vous faire part en détail de la teneur des propos dont sa majesté et moi-même conversons.

Naturellement, le duc ne souhaitait pas répondre à sa première question, honnêtement le contraire aurait étonné Angélica, qui silencieusement commençait à s'agacer de le voir constamment se dérober aux questions plus sérieuses qu'elle lui posait. Et de plus elle voyait qu'il prenait plaisir à s'amuser de ses réactions faciales bien naturelles.

-…Sachez. Reprit le duc l'air de rien. -Que je ne vais que là où l'on m'invite, où l'on souhaite ma présence. Et puisque vous l'évoquez, mademoiselle, ma soirée dans votre charmante demeure m'a beaucoup plus. Vous et votre frère m'aviez très chaleureusement accueilli. Et pour ce qui concerne sa majesté, il se trouve que j'ai de la sympathie pour votre père. Il est plaisant de converser avec lui et j'ose dire fort instructif. C'est un monarque intelligent, avec de l'ambition et plein de ressources, même si d'un autre côté il peine à cacher certaines de ses faiblesses et essai admirablement de ne pas les faire voir.

-Ses faiblesses, monsieur ? Et quelles sont-elles? Demanda la jeune femme intriguée de ce qu'il pourrait lui dire à ce propos. Connaissait-il aussi bien le prince du Piémont qu'il semblait le croire? Angélica pensait connaître suffisamment bien son père et mieux que le duc pour savoir que derrière l'abord avenant du souverain, se cachait un caractère anguleux, méfiant et qui avait au fil des années fait de la dissimulation sa meilleure arme de défense. Et c'était justement ce détail qui sautait en cet instant aux yeux d'Angélica quand elle songeait à la récente et improbable amitié entre son père et le duc. Le prince piémontais qui disons-le n'accordait pas sa confiance au premier venu, ne semblait point faire preuve de réserve ou encore se méfier vis-à-vis du duc.

-Vous devriez en avoir une idée…Lui répondit-il d'un air entendu. A vous seule, vous démontrez combien sa majesté le prince peut avoir à perdre. Et je me demande s'il aura la force de le préserver des dangers qui entourent ceux qu'il chérit.

-Bien sûr qu'il l'a ! Il n'est pas surnommé le renard de Savoie sans raison. Lui assura la jeune femme qui se rendait compte que leur conversation venait de prendre une autre tournure, tout d'un coup plus sérieuse et plus personnelle la concernant.

-Bien! Vous m'en voyez rassuré, car les hommes peuvent être parfois des êtres sans scrupules. Expliqua-t-il en s'approchant davantage de la jeune femme, en laissant une proximité presque intime s'établir entre eux, avant de préciser : -…devant les choses qu'ils ne peuvent avoir. A votre place, je ferais preuve de prudence.

-Je vous remercie de votre sollicitude, mais vous vous oubliez, monsieur. Vous n'êtes point à ma place, personne ne l'est ! Lui répondit la jeune femme en se détournant de lui, la mine soudain renfermée.

-Aurais-je dit quelques paroles pour vous déplaire? Lui demanda l'homme en la suivant de son regard rougeâtre. -Si je vous ai offensé sans le vouloir, je vous en prie excusez m'en.

-Non point monsieur, je vous tiens quitte pour vos honnêtetés. Dit-elle en se retournant vers lui. -Je ne saurai me fâchez des discours que vous me tenez. Cependant, après réflexion il me semble que cette discussion n'est point appropriée. Je n'aurai pas dû aborder la chose avec vous. Alors je vous en prie, changeons d'entretien.

-Cela vous vexe que je ne vous mette pas dans la confidence de mes conversations avec votre père. Comprit-il de suite. -De grâce altesse, ne le soyez pas. Tout ce que je puis vous dire, c'est que je pense sans prétention aucune, que je lui apporte une oreille attentive.

-C'est fort aimable à vous. Mais sans prétention aucune…Dit-elle en faisant exprès de reprendre sa tournure de phrase. -Je ne puis m'empêcher de penser que cela sert aussi vos intérêts personnels. Le fait d'être dans les bonnes grâces du prince du Piémont, c'est justement ce qui vous a aussi permis de m'approcher, je me trompe?

Le duc lui adressa un sourire comme quelqu'un qui plaidait coupable en émettant un son appréciateur, avant de lui répondre.

-Je ne crois pas me méprendre en sentant comme un brin de suspicion dans votre charmante voix. Entendons-nous, je ne nie pas ce que vous me dites, ni que vous en soyez convaincue. Mais je vous assure que je n'ai point d'arrières pensées. Le fait est que je vous trouve chaque fois que je vous vois encore plus intéressante et fascinante qu'au premier jour. Il me plait de vous parler sans cérémonial. Mais si mon intérêt pour votre personne, vous déplait ou vous met mal à l'aise. Il va de soi qu'il serait mieux que je me retire et vous laisse en paix. Venez, je pense qu'il est temps que je vous raccompagne, enfin si c'est là votre désir?

Sur ces derniers mots le duc commença à tourner les talons pour aller en direction des chevaux.

-Monsieur! L'appela-t-elle l'air grave en venant vers lui et avant qu'il ne se retourne elle lui saisit la main droite: -Restez. Veuillez excuser ma maladresse. S'empressa-t-elle de dire d'une voix radoucie. -Je suis parfois un peu trop vive ou trop directe dans mes propos. Expliqua-t-elle en pensant l'avoir offensé en ayant été trop dure verbalement. -Ce que j'ai voulu dire…Commença-t-elle en voulant au même moment lâcher la main du duc mais l'homme retient ses doigts dans la sienne comme dans un étau en lui adressant un énigmatique sourire.

-…Je vous en prie. L'interrompit-il doucement, les yeux légèrement voilés. -Ne vous excusez pas. Je vous sais être une jeune femme avisée et perspicace. Et je suis habitué à ce que ma façon d'être déconcerte et suscite des interrogations. Mais je vous demande de me laisser certains de mes secrets. Et je tiens à vous assurer que vous n'avez aucune raison de vous défier de moi.

-En réalité, je peine à comprendre ce que vous voulez. Dit-elle une fois de plus troublée par son regard et la perfection de ses traits ainsi que par cette force qu'elle sentait dans ses doigts froids d'une blancheurs translucides, qui enserraient toujours sa main.

-Il n'est pas question de ce que je veux, mais de ce que j'ose espérer. Rectifia le duc tout en la couvant de son intense et terrifiant regard rougeoyant.

-Et c'est? Demanda-t-elle en appréhendant quelque peu sa réponse.

-Qu'un jour prochain vous puissiez me faire l'immense plaisir de me considérer comme votre…ami, mademoiselle. Dit-il en portant sa fine main à ses lèvres glacées en continuant de la dévisager de ses yeux flamboyants.

Tout à coup, elle retira hâtivement sa main de celle du duc et se retourna vivement car comme l'homme à ses côtés, ils entendirent au même instant des bruits de pas qui se rapprochaient de leur position, manifestement quelqu'un courait à travers les bois. Ces pas furent bientôt rattrapés par le bruit de sabot. La jeune femme n'attendit pas que ces nouveaux venus arrivent jusqu'à eux et les voient. Elle empoigna aussitôt l'avant-bras du duc pour l'enjoindre prestement à la suivre:

-Vite venez! Lui lança-t-elle avec empressement. -Il nous faut nous cacher tout de suite. Précisa-t-elle en l'attirant après elle derrière le vieil autel en pierre. Ils s'y accroupirent sans un bruit, quand la jeune femme pencha discrètement la tête sur le côté afin de réussir à apercevoir qui venait dans leur direction. Et ils n'eurent pas à attendre longtemps car un homme haletant, en état d'agitation extrême passa en courant complétement hors d'haleine. Il était manifestement poursuivi par quelque chose tant et si bien qu'il ne regarda pas dans leur direction. L'homme, un paysan vu son accoutrement traversa devant l'entrée des ruines pour ensuite disparaitre à travers les bois. Bien qu'il soit passé très vite, Angélica le reconnu, c'était l'homme qui guérissait les chevaux au château de La Venaria. La jeune femme n'eut guère le temps d'essayer de se relever ou de prononcer un mot, que quatre cavaliers arrivèrent dans leurs champs de vision, galopant dans la même direction que le paysan, en talonnant frénétiquement les flancs de leurs chevaux. L'un d'eux, la jeune femme le reconnu aussi. Une fois qu'ils furent passés. Angélica et le duc se relevèrent avec précaution.

-On dirait que cette pauvre créature s'est fait prendre en chasse. Commenta le duc d'une voix blanche.

-Oui, il a l'air d'avoir de sérieux ennuis…Répondit Angélica l'air grave. -Trevi! Le comte Trevi naturellement. Cita-t-elle en parlant d'un des cavaliers, qu'elle avait identifié plus tôt. Nous ne sommes qu'à quelques lieux de ses terres.

-Oui il m'a semblait que c'était lui. Votre père nous a présenté ce matin. L'informa le duc.

-Oh je vous recommanderai de ne pas faire grand cas de cette rencontre. C'est un odieux personnage et s'il galope après ce pauvre homme c'est qu'il ne lui veut pas du bien. Vous pouvez me croire. Vite, il faut que je les rattrape. Si Trevi croit qu'il va pratiquer la chasse à l'homme sur les terres de mon père, il va avoir affaire à moi! Monsieur, je m'excuse mais le devoir m'appelle. Dit-elle en prenant manifestement la chose très à cœur.

La jeune femme était sur le point de tourner les talons, quand elle sentit la main du duc se refermer vivement sur son bras pour la retenir.

-C'est très noble de votre part, mademoiselle, de vouloir défendre la vie de cet humain avec tant d'ardeur. Dit le duc d'un ton dénué d'émotion. -Mais il est hors de question que vous vous lanciez à leur poursuite toute seule. Je vous accompagne. Dit l'homme d'un ton qui ne laissait entendre aucune contestation. -Cette journée ma foi en votre compagnie est de plus en plus intéressante et je m'en voudrais d'en manquer le moindre détail.

Sans un mot de plus et sans laisser le temps à la demoiselle de répondre, c'est lui, qui à son tour traina la jeune femme après lui pour rejoindre leurs chevaux restés plus haut.

Une fois sur leurs montures respectives, ils galopèrent à travers la forêt. Angélica suivait cette fois le duc qui on ne sait comment, semblait avoir l'air de savoir où aller pour retrouver le comte Trevi et ses gens. L'homme qui galopait devant elle lui donna l'impression de suivre la trace d'une piste invisible. Car à chaque embranchement qu'ils rencontrèrent, le duc n'hésitait jamais sur le chemin à emprunter. Ce qui surprenait la jeune femme, qui savait que le duca Di Toscana ne connaissait pas ces bois. En tout cas c'était ce qu'il avait prétendu.

Ils chevauchèrent encore quelques mètres quand ils entendirent des hennissements de chevaux et des voix humaines. Leurs chevaux s'arrêtèrent brusquement quand ils furent à découvert aux abords d'un fossé. De là, tout se passa très vite. Plus bas dans le fossé dans un espace semi-ouvert sur le ciel se trouvaient les quatre cavaliers qu'ils avaient vu passer précédemment, deux étaient encore à cheval, dont le comte Trevi. Quant aux deux autres, ils étaient descendus de leur chevaux respectifs et étaient activement en train de pendre le paysan à une branche d'un gros chêne. Le malheureux s'étranglant, se débattait péniblement, la corde au cou, les pieds dans le vide fendant l'air bien inutilement. Devant la violence de cette scène révoltante, Angélica ne réfléchit pas, elle leva de suite le pistolet chargé qu'elle avait gardé et tira sur la corde tendue. Et elle ne manqua pas son tir, car la corde céda, laissant le malheureux retomber lourdement au sol comme une pierre. Ce tir inattendu ne manqua pas non plus d'agiter les chevaux et de surprendre les hommes en contre-bas.

-Joli tir. Commenta le duc admiratif.

-Oui, il se trouve que j'apprends vite! Lui répondit Angélica avec un rictus satisfait en coin des lèvres.

-Qui a osé?! Rugit d'une voix portante et grave, le comte Trevi qui cherchait des yeux les intrus dans la direction d'où était partie la balle tout en essayant de calmer sa monture.

-Devinez?! Lança la jeune femme d'un ton dénué de chaleur.

-Votre altesse. La reconnu-t-il avec un mécontentement à peine voilé, mais cependant avec un air respectueux qu'il se devait d'avoir en sa présence. -Vous ici, quoi de surprenant. Mes félicitations pour votre exploit de tout à l'heure. Ajouta-t-il d'une voix qui laissa douter de sa sincérité.

-Oh, je vous en prie monsieur le comte, point de flatterie. Et expliquez-moi plutôt ce que signifie ceci! Ordonna-t-elle d'un signe de menton en direction des deux hommes qui cernaient le paysan qui peinait à reprendre son souffle.

-Mes excuses altesse, il est vrai que ce n'est là point un spectacle pour la sensibilité d'une dame. Je ne fais qu'appliquer la loi. Expliqua-t-il d'un ton faussement navré. -Cependant, je suis au regret de vous faire savoir que vous venez d'interrompre mes gens dans leur devoir, votre altesse. Je leur avais ordonné de châtier ce manant, besogne que les personnes de qualité ne font pas elles-mêmes. Ce voleur de lapin doit recevoir la punition qu'il mérite, ne vous en déplaise.

-Si justement cela me déplait…Quelle valeur accordez-vous à la vie humaine monsieur le comte? Surement pas beaucoup, preuve en est faite vous alliez mettre à mort un homme, pour un lapin! Et un voleur, comme vous y allez. S'il vous ne le saviez pas, cet homme est celui qui soigne nos chevaux. Et de plus, il chante magnifiquement bien. Précisa la jeune femme comme si ce détail était d'une grande importance. -Enfin quand il n'est pas en train d'être asphyxié, suspendu au bout d'une corde, bien évidemment.

Le comte Trevi le visage marqué par sa cinquantaine d'années, était en cet instant en train de la dévisager sans retenue, l'air dédaigneux, comme s'il ne faisait pas grand cas des paroles de la jeune princesse, pour qui il n'avait guère plus de sympathie qu'il n'en avait pour sa mère dans le temps, la comtesse de Verrua. Toutefois, cette petite impertinente comme il se plaisait à la nommer en privé, était la fille du prince Vittorio-Amedeo II et donc d'un rang supérieur au sien. Il lui devait le respect quand bien même cela lui coûtait. C'est pourquoi il dit d'une voix pleine de suffisance:

-Vous vous êtes permise, altesse, de me contrecarrer dans mon droit d'appliquer le sort qui est réservé aux braconniers qui chasse sur nos terres.

-Le droit d'assassiner? Cela me parait être le terme le plus approprié ne trouvez-vous pas?! Protesta la princesse d'une voix ferme qui laissât entendre sa désapprobation face à pareil acte de barbarie. -Et je ne voudrais surtout pas vous contrarier, mais vos terres, vue d'ici ne sont-elles pas plutôt au sud? Ici vous êtes dans un bois appartenant à sa majesté. Vos droits y trouvent leurs limites dès que vous y entrez. Rappela-t-elle à sa mémoire.

Angélica vit aisément dans le regard du comte, qu'il tentait de contenir sa colère et que si ses yeux étaient des mousquets il aurait déjà fait feu sur elle. Le comte Trevi n'appréciait guère qu'une femme, le remette à sa place. De quoi cette petite bâtarde de sa majesté se mêlait-elle? Pensa-t-il révolté, après tout n'importe quel noble aurait fait la même chose que lui.

-Je suis au fait de votre grand cœur comme de votre singulière familiarité envers le petit peuple, altesse. Lui lança-t-il d'une voix mielleuse parfaitement écœurante. -Mais avec tout le respect que je vous dois, vous ne m'empêcherez pas de faire appliquer la loi. Messieurs! Dit-il ensuite à l'attention de ses gens qui étaient toujours immobiles, à regarder la tension monter entre le comte et la princesse. -Saisissez-vous de cette misérable créature et terminez ce que vous aviez commencé.

Aussitôt les deux hommes empoignèrent par les bras le malheureux prostré à leurs pieds.

-Non…Pitié…Parvint à articuler difficilement le pauvre homme.

Soudain un nouveau coup de feu retenti dans les airs. Le bruit de la détonation fit hennir d'anxiété les chevaux qui tapaient nerveusement des sabots sur le sol. Ce coup de feu stoppa net les deux serviteurs du comte qui avaient simultanément lâché le paysan et reculé d'un pas. Quant à l'homme à terre il rampait maladroitement pour s'éloigner de ses bourreaux le plus possible.

-Je crois que vous n'avez pas très bien compris monsieur le comte, alors je vais reformuler. Je vous interdis de tuer cet homme! Ordonna-t-elle cette fois plus durement.

-Voyez-vous ça, altesse! Répliqua le comte agacé de ces simagrées. -Et de quel droit ?

-Le droit que me confère l'autorité dû à mon rang, monsieur. Lui répondit Angélica avec une sévérité qui ne lui était pas habituelle. -Vous-même savez que sa majesté à défaut d'interdire cet acte de barbarie, le désapprouve. Cependant, ce dilemme qui nous oppose se doit d'être solutionné dès maintenant.

Le comte Trevi était certes un homme ignoble, mais il n'était pas sot, loin de là. Il savait qu'il n'était pas dans son intérêt de chercher querelle à la fille préférée de son souverain et maître, le prince. C'est pourquoi à contre-cœur il accepta de prêter oreille à ce qu'elle était sur le point de lui proposer.

-Certainement, et de quelle manière?

-Un duel à l'épée, monsieur. Dit-elle simplement. Si, vous gagniez, je vous laisserai appliquer la loi, comme vous dites, dans le cas contraire, vous laisserez cet homme en paix et repartirez comme vous êtes venu, sans demander votre reste.

-Hum! Fit-il suivi d'un rire railleur, imité ensuite par ses gens. -Rien que ça! Je vous l'accorde vous avez de la suite dans les idées. Je serais enclin à accepter vos conditions. Encore faudrait-il que vous me trouviez un adversaire à combattre, votre altesse. Lui lança-t-il d'un air narquois.

-Mais vous avez de la chance monsieur le comte, il se trouve que vous en avez un. Dit-elle en lui adressant un sourire mystérieux avant de tourner la tête vers le duc à ses côtés qui depuis le début avait choisi d'observer le silence et suivait la scène qui se déroulait sous ses yeux avec le plus vif intérêt. -Monsieur, s'il vous plait auriez-vous la bonté ? Demanda-t-elle en lui tendant la bride de son cheval pour qu'elle puisse en descendre. Ce dernier accepta d'un signe de tête tout en lui adressant un sourire mi-confiant mi-amusé, ayant visiblement déjà comprit ce qu'elle s'apprêtait à faire.

Une fois qu'elle posa le pied à terre, la jeune femme déclara avec assurance: -Votre adversaire, ce sera moi!

A cette annonce il s'en suivit un silence d'incrédulité et de stupéfaction, quand enfin le comte se mit à rire, de façon contenue comme il était d'usage à l'époque. Ainsi que ses gens qui pensait sans doute qu'elle plaisantait.

-Alors là c'est proprement ridicule! Déclara le comte Trevi hilare ne la prenant pas du tout au sérieux. -Et part chez nous le ridicule tue plus que le déshonneur. Une femme qui sait tenir les armes, on n'a jamais vu ça. Votre altesse vous vous moquez?

-Et bien il faut croire qu'en ce jour cette règle d'un autre temps aura trouvé son exception. Croyez-vous sérieusement qu'avec un homme comme vous il me soit agréable de plaisanter? Lui rétorqua-t-elle nullement décontenancée par la misogynie dont faisaient preuve ces hommes, à laquelle elle était habituée malheureusement. Elle alla vers le duc toujours en selle, sur laquelle il y avait fixé, la fameuse épée dans son fourreau qu'il lui avait montrée quand le duc était venu au château Di Rosebourg, -Vous permettez monsieur le duc? Demanda-t-elle poliment sans attendre de réponse de la part de l'intéressé, elle empoigna l'épée et la sortie prestement de son fourreau avant de faire volte-face pour descendre le talus en direction du fossé.

-Oh, que c'est noble de votre part. Ironisa avec une touche de dédain le comte Trevi en voyant que la jeune femme comptait sérieusement le défier. -Une princesse qui prend la défense d'un voleur…comme c'est cocasse. Railla-t-il un rictus mauvais au coin des lèvres.

-Sachez monsieur, que si la noblesse s'héritait par le sang cela se saurait. Et la noblesse, mon pauvre comte Trevi vous n'en avez que les lettres à défaut du reste! Le provoqua-t-elle en réponse à ses moqueries. -Alors qu'attendez-vous donc? Une invitation? Ou bien avez-vous tout simplement peur? Le premier qui désarme l'autre sera le vainqueur.

En réalité, le comte Trevi n'avait guère le choix. S'il refusait, c'était comme déclarer forfait. La jeune princesse était en train de lui forcer la main, mais d'un autre côté cette petite arrogante lui offrait l'occasion de lui infliger l'humiliation qu'elle méritait à ses yeux pour son effronterie, elle voulait jouer aux héroïnes? Parfait, le comte se disait qu'elle n'allait point être déçu, car il avait la réputation d'être une des meilleures lames du Piémont. L'homme se résolu donc à poser le pied à terre et sorti son épée de son fourreau qu'il tenait attaché à sa ceinture.

-Vous êtes sûr que c'est là un combat loyal altesse? Demanda-t-il d'un ton de suffisance, comme s'il lui laissait faussement une chance de changer d'avis.

-Loyal? Pour qui?! Le provoqua une nouvelle fois la jeune femme nullement intimidée.

Tout à coup, un autre cavalier surgit de l'orée des bois pour venir se poster aux côtés du cheval d'Angélica. C'était le prince Amedeo, ce dernier bien que soulager d'avoir retrouvé sa sœur, déchanta un peu quand il analysa rapidement la situation dans laquelle elle s'était mise. Le comte Trevi avait toute une réputation à la cour. Dont celle de pendre aux arbres les braconniers, c'est pourquoi le jeune homme comprit vite de quoi il s'agissait présentement.

-Ah mon dernier témoin est arrivé. Dit Angélica en adressant un sourire à son frère. -Et bien maintenant que cela est fait, monsieur le comte…continua-t-elle en reportant son attention sur lui. -Permettez que je me mette à mon aise. Cher frère. Appela-t-elle en retirant en même temps son tricorne de la tête pour le lancer à ce dernier qui le rattrapa aisément.

-Allons prince. Dit le comte à son attention en retirant lui aussi son chapeau et son manteau. -Raisonnez donc votre sœur je vous prie, avant qu'elle ne fasse quelque chose qu'elle pourrait regretter.

Ce à quoi le prince répondit: -Je suis navré monsieur, mais si vous avez eu la folie de chercher querelle à ma sœur, il fallait vous attendre à en subir les conséquences.

-Laisse donc, cher frère. Intervint cette dernière qui était en train d'ôter élégamment son manteau bleu qu'elle laissa tomber entre les mains du paysan qui s'était relevé et demeurait en retrait, ainsi en chemise blanche sous son corset rouge vif elle continua: -Nous savons pourquoi monsieur le comte dit cela. Il n'ose point avouer qu'il craint les représailles de sa majesté. Mais qu'il se rassure je gage qu'il n'en sera rien.

-De grâce, noble dame. Prenez garde à vous. Lui murmura tout bas inquiet, son infortuné obligé derrière elle.

-Soit tranquille Marcello. Je sais ce que je fais. Avait-elle répondu à l'homme doucement. Allons monsieur le comte…en garde. Dit Angélica en reportant son attention sur ce dernier, en venant vers lui avant de prendre position, son épée devant elle la pointe levée vers le ciel.

-Soit! Vous l'aurez voulu! Répondit le comte la voix roque, en faisant de même.

Angélica à la voir ainsi sûre d'elle, aurait aisément laissé penser qu'elle ne ressentait aucune peur, mais il n'en n'était rien. Bien qu'elle appréhendât l'issue de cette altercation, en combattante aguerrie, grâce aux leçons qu'elle avait reçu dans son enfance et depuis, en toute discrétion bien sûr avec l'accord de son père et son frère pour adversaire. Elle savait qu'elle devait rester confiante. Mais le comte Trevi n'était point Amedeo, et elle n'avait encore jamais croiser le fer avec quelqu'un d'extérieur à son cercle familial. De plus, elle faisait face à un adversaire expérimenté, convaincu de sa victoire prochaine sur elle. Il n'aurait aucune bienveillance. Alors, oui elle sentait le stress qui commençait à monter en elle. Mais elle savait aussi sa cause juste, ce fut avec tout son courage rassemblé, qu'elle fit face au comte qui la dévisageait les yeux plissés évaluant déjà à l'avance ses potentiels angles d'attaques.

Et ce fut lui qui lança le premier assaut, il feinta en pointant son épée vers sa jeune adversaire qui para habilement le premier coup. Le son des premiers ferraillements d'épée fit hennir les chevaux qui étaient retenus par les gens du comte, silencieux et attentifs au début du combat, toutefois, les trois hommes ne manquèrent pas de lancer discrètement les paris entre eux:

-Je parie 5 florins pour monsieur le comte. En dit un.

-Le double pour son altesse. Renchéri celui toujours à cheval qui n'était pas un serviteur, mais un noble, ami du comte Trevi. Qui en voyant les regards surprit de ses deux comparses qui soutenaient leur maître, ajouta: -Pourquoi cet air? J'aime parier sur l'improbable. Et soyons logique, elle ne le défierait point si elle ne savait pas manier une épée. J'ai hâte de voir cette aptitude que personne ne lui connaissait.

La même attention au duel était visible du côté des deux «témoins» de la princesse, dont les premiers signes d'inquiétudes étaient visible sur le visage de son frère.

Il fallait savoir qu'Angélica, avait une manière bien à elle de se battre. Déjà, parce qu'elle était une femme, donc physiquement moins forte, mais ce n'était pas un problème. Elle avait appris à utiliser en compensassions à ce désavantage, tout ce qui se trouvait autour d'elle en faisant en sorte que son environnement se batte pour elle, à commencer par sa longue jupe qu'elle tenait relevé dans sa main droite pour pouvoir se mouvoir plus aisément. Quand le comte Trevi lança un nouvel assaut destiné à l'intimidé, la jeune femme esquiva la parade en tournoyant de sorte à lui envoyer sa jupe à la manière d'une cape devant les yeux, ce qui lui permit de déstabiliser son adversaire une fraction de seconde. Le comte Trevi était certes plus fort, mais elle, était plus maline et agile. En duel, il ne fallait pas seulement savoir se battre, il fallait aussi avoir une stratégie et celle d'Angélica était simple: repérer les faiblesses de Trevi pour s'en servir contre lui. Et pour cela il fallait le fatiguer en le laissant volontairement attaquer et en esquivant ses assauts.

Le jeu de jambe de la jeune femme lui était fort utile pour se dérober aux feintes du comte qui commençait à s'apercevoir qu'il avait devant lui quelqu'un qui savait se défendre. Cela ne fit qu'accroitre son désir de vaincre, cette petite prétentieuse qui avait cette manie de le faire partir dans toutes les directions, elle se défendait bien mais n'attaquait pas vraiment. Au bout de quelques minutes, l'homme sentait que son souffle commençait à devenir court, il n'était plus jeune, il le savait, alors dressant à nouveau son épée il s'élança sur la jeune femme et frappa plus fort espérant ainsi la désarmer mais non, elle tient bon malgré la pression dans ses poignets. Toutefois la princesse qui jusque-là avait réussie à économiser ses forces face aux attaques répétées de Trevi, nota que lui en revanche se fatiguait, et écumait de rage de la voir lui résister. Alors elle se résolu à passer à la deuxième partie de son plan d'attaque.

-Alors mon cher vous vous fatiguez déjà? La colère vous affaiblirait-elle? Si vous voulez mon avis, vous auriez dû ne point insister et vous retirer quand je vous en ai laissé l'opportunité.

-Qu'est-ce que c'est que cette façon de se battre? Rumina le comte en ignorant sa remarque. -Nous ne sommes guère au bal.

-Allons l'escrimeur est un danseur comme un autre. Répondit la princesse qui cette fois feinta sur lui avec une rapidité déconcertante. Si bien que le comte reculait en parant successivement et péniblement les coups d'épée qu'elle lui assignait.

Au même moment, Amedeo et le duc s'étaient mis à commenter entre eux le combat.

-Elle a vraiment un style très dansant…Qui n'appartient qu'à elle, mais ma foi qu'est-ce qu'il est redoutablement efficace. Lança le prince au duc en voyant sa sœur tourner agilement sur elle-même pour dévier l'assaut de son adversaire qui avait contré son dernier coup habilement pour ensuite contre-attaquer tout en forçant la jeune femme à se déplacer vers le chêne au centre du terrain.

-Intéressant…utiliser la suprématie de son agilité contre un adversaire plus âgé c'est très malin. Commenta le duc en suivants des yeux avec intérêt les deux duellistes qui ferraillaient en contre bas, le son des lames fendant l'air.

-Elle utilise bien le terrain, c'est un avantage. Rajouta Amedeo. En observant que sa sœur avait bien suivit les conseils qu'il lui avait donné lors de leurs nombreuses séances d'escrimes.

-Je vous vois de beau reste mon cher. Serait-ce une vieille blessure de guerre ? Demanda faussement la princesse, d'une voix légèrement essoufflée par l'effort, en remarquant que le comte boitait légèrement de la jambe droite. -Vous devriez porter votre attaque de biais… Le conseilla-t-elle avec une touche d'ironie. -…Et non de face ainsi vous n'aurez pas à prendre appui sur votre pied.

-Excusez-moi altesse mais je ne crois pas avoir de leçon à recevoir d'une femme qui tient l'épée comme un gentilhomme, c'est proprement grotesque. Lui rétorqua le comte d'une voix acerbe.

-Oh mais c'est qu'il se vexe pour ce qui n'était qu'un aimable conseil. Le railla-t-elle. Et pour vous répondre, je trouve au contraire qu'une dame sans épée est une rose sans épines.

Tout à coup le comte Trevi, le visage rouge, le front plissé duquel commençait à perler quelques gouttes de sueur sous sa longue perruque de boucles brunes, sembla puiser dans ses dernières forces en tentant de bloquer sa jeune adversaire contre le tronc du chêne. Et la tactique fonctionna car Angélica maintenant en difficulté se retrouva instantanément le dos plaqué contre le large tronc de l'arbre.

-Monsieur, je triple! Renchéri à voix basse un des serviteurs du comte.

-Je suis…Lui lança le noble avec une certaine excitation dans la voix, signe qu'il était impatient de savoir comment la jeune femme allait se sortir de ce piège.

Soudain, le comte le regard froid, le torse bombé leva son épée à deux mains pour venir la frapper de biais sur la droite au niveau du cou. Surprise, mais extraordinairement réactive face à ce geste qui aurait pu lui être fatal, elle leva de suite sa lame pour parer celle du comte qui ne se trouvait plus qu'à quelques centimètres de son cou. Des exclamations «choquées» se firent entendre, notamment venant du prince qui s'était arrêté une fraction de seconde de respirer en sentant son cœur rater un battement en voyant ce coup d'épée qui aurait pu tuer sa sœur. Le prince, révolté ne put s'empêcher de s'écrier:

-Trevi! Perdez-vous l'esprit? Il est question de désarmer son adversaire, point le blesser. Un autre coup de ce genre et vous en répondrez! Le menaça Amedeo la voix tremblante de colère.

-Laisse! Répondit sa sœur à la place du comte qui quant à lui maintenait encore de toutes ses forces son épée contre celle de la princesse, dont les traits de son beau visage s'étaient soudain assombris, plus déterminée que jamais elle lui lança à la face: -Vous voulez réellement jouer sur ce terrain-là Trevi? Souffrez que je vous exauce.

Aussitôt, avant que l'homme n'ait le temps de réagir. La jeune femme pivota rapidement sur la droite en se baissant de sorte à passer sous les bras du comte qui tenaient l'arme, pour s'extirper de ce piège. Les genoux fléchis, les coudes vers le bas, elle attaqua avec ardeur sans ménager son adversaire dont les muscles commençaient à se tétaniser et à brûler plus rapidement que les siens.

-Où mes épines vont-elles vous piquer très cher? L'interrogea-t-elle en donnant des coups de pointe à répétitions en direction du comte dont les réflexes, elle s'en rendait compte, se ralentissaient. -Je vous préviens qu'à qui sait mener la danse, on tire sa révérence. Lui lança la jeune femme en ultime provocation.

Le comte la respiration sifflante, ne s'était point attendu à autant d'énergie et de rage de vaincre chez la jeune princesse. Il continuait néanmoins de lutter, ne souhaitant point perdre la face. Même si ces provocations n'avaient de cessent de l'agacer profondément. La tension était à son comble quand, Angélica, grâce à une subtile torsion du poignet et une impulsion de son buste prisonnier d'un corset qui l'empêchait de pouvoir respirer correctement, parvint dans ce mouvement de rotation de poignet à entortiller la lame du comte Trevi, et avec dextérité l'épée de la jeune femme extirpa la lame de la main du comte en la faisant voltiger légèrement et dans un réflexe vif elle s'empara de l'arme de sa main droite. Angélica venait de le désarmer et le tenait en joue de son autre épée la mine nullement héroïque, ses yeux noirs brillaient d'une colère contenue.

-A qui sait mener la danse, on tire sa révérence. Lui répéta-t-elle d'une voix ferme, lui signifiant ainsi que ce duel était terminé, avant de détourner le regard en direction de son frère à qui elle lança la lame de son adversaire vaincu. Celui-ci, la rattrapa sans un mot, en la tenant des deux mains sur les extrémités de l'arme, devant les yeux de tous il brisa la lame, peu épaisse, en venant la frapper de toutes ses forces sur le pommeau de sa selle. Afin d'être certain que le comte ne s'en serve plus contre qui que ce soit aujourd'hui, mais aussi pour le punir d'avoir failli mortellement toucher sa sœur.

-Je pense vous avoir donné matière à la réflexion monsieur. Intervint Angélica qui reprenait peu à peu son souffle, en baissant son arme.

-Certes…acquiesça-t-il de mauvaise grâce, le souffle court. -On dirait que je vous ai sous-estimé votre altesse. Reconnu le comte encore haletant, mais les yeux scintillants de fureur.

-Oui en effet, mais vous ne commettrez plus jamais cette erreur. Apprenez que le plus fort n'est point toujours celui qu'on croit. Mais je vous reconnais que vous avez mérité votre réputation de fine lame monsieur le comte. Maintenant, je vous prie de respecter notre accord et de vous retirer avec vos gens.

Le comte ne répondit rien. Mais il était évident qu'il fulminait de sa défaite. Malgré sa rancœur, il savait qu'il fallait tenir parole, il n'avait point le choix. Il fit donc sa révérence à la princesse et se recula avant de remonter sur son cheval se promettant intérieurement qu'un jour il obtiendrait vengeance pour cette humiliation qu'elle lui avait infligée. Avant de se résigner à tourner bride, il ajouta à l'attention de la jeune femme:

-Cela vous sert bien plus que vous ne le croyez d'être la fille préférée de sa majesté. -Cette affaire est loin d'être terminée. Lui promit-il dans une menace à peine voilée.

-Oh soyez certain que je vous accorderai avec plaisir une revanche comte Trevi. Mais pas aujourd'hui. Lui rétorqua-t-elle très calmement, car il n'y avait rien d'autre à dire. Si ça pouvait le rassurer dans son orgueil blessé de penser cela. Enfin, le comte suivit de ses gens partirent sans se retourner les laissant seuls.

-C'est ça bon vent vieille perruque! Avait lancé la jeune femme d'un geste nonchalant de la main. Puis des applaudissements ramenèrent son attention sur les trois hommes restés avec elle.

-Extraordinaire…laissa échapper le duc d'une voix admirative. -Quel spectacle!

-Alors là ma sœur, bravo! Dit son frère la mine fière en descendant de cheval pour venir à sa rencontre. Tu l'as bien corrigé ce vieux sanglier.

-Ha ha…Rit cette dernière en ôtant ses gants pour venir ensuite détacher son tour de cou et déboutonner un peu le haut de sa chemise pour pouvoir respirer plus aisément car même la pression et l'adrénaline générées par ce combat, étant redescendues, elle avait toujours aussi chaud et peinait à reprendre son souffle. -Je crains seulement que sa bêtise ne s'en trouve renforcée.

-Oh non, crois-moi ma sœur. Elle est déjà à son paroxysme. Lui répondit Amedeo qui jeta à terre ce qui restait de l'épée de Trevi. Puis son regard se porta sur l'homme que sa sœur venait de sauver d'une mort certaine. Celui-ci venait de se jeter littéralement aux pieds de sa sauveuse.

-Permettez-moi de vous baiser la main avec reconnaissance, ma chère princesse. Dit-il en se redressant sur ses genoux pour prendre fébrilement la main de la jeune femme dans la sienne pour y déposer un chaste baiser en signe de gratitude. -Vous avez montré un grand courage. Merci, votre altesse, vous êtes aussi belle que vous êtes noble.

-De grâce relève toi Marcello. Le pria la princesse bien que touchée par sa reconnaissance. -Fallait-il te laissé pendre? A l'instar de Trevi, la cruauté n'est point ma façon. J'ai toujours été sensible aux nobles causes.

-Ah, c'est sûr que tu peux remercier son altesse. Intervint Amedeo d'un ton réprobateur, connaissant lui aussi l'homme que sa courageuse et intrépide sœur venait de sauver d'une mort certaine. -Car à force de braconner il fallait bien que tu te fasses prendre…ou pendre en l'occurrence.

-…Un lapin…seigneur. Tenta-t-il de se justifier assez maladroitement.

-Un lapin ou un chevreuil, c'est pareil tu n'en as pas le droit. Lui répondit le prince. -Crois-tu que ma sœur, sera toujours là pour t'éviter la corde? Et se mettre à dos les nobles dans le genre de Trevi.

-Et puis braconner un jour de chasse à courre, vraiment on n'a pas idée. Le sermonna légèrement la princesse. -Mais qu'est-ce qui t'a pris pour risquer pareille folie ?

-C'est que…c'est dans les grandes foules qu'on se dissimule le mieux. Mais pas aujourd'hui, c'est sans doute un mauvais exemple. Tenta d'expliquer maladroitement Marcello.

-Sans doute! Répondirent en cœur le frère et la sœur.

-Mais…ton état de guérisseur ne te donne-t-il point de quoi vivre pour que tu ais besoin de braconner? Les soins que tu as apporté aux chevaux des écuries du château de La Venaria dernièrement? Et à ceux de la garnison de Turin? Demanda Amedeo. -Ne t'ont-ils pas donné de quoi manger?

-On a refusé de me payer mes services, et vos altesses, c'est que j'ai une famille à nourrir…alors je confesse que je vais chercher la nourriture là où elle est. Expliqua-il un peu embarrassé d'exposer ainsi ses problèmes.

-Pour quelle raison ne t'a-t-on point rémunéré, tout service bien effectué se doit d'être payé. Les chevaux ont guéri si je ne m'abuse? Questionna le prince incrédule.

-Bien sûr qu'ils sont guéris, altesse, mais vous savez ce qu'on pense des guérisseurs par chez nous, on sait les appeler quand on en a besoin mais pour ce qui est de les payer…c'est une autre histoire. Déplora Marcello avec un air désabusé.

-Dans ce cas présente toi demain aux écuries de La Venaria, et tu seras payé j'y veillerai. Les responsables vont m'entendre. Promit-il.

-Merci, votre altesse. Répondit l'homme reconnaissant.

Le prince Amedeo, qui prenait tout autant que sa sœur les choses à cœur face à toutes formes d'injustices et connaissant bien Marcello, il se sentait la responsabilité d'intervenir dans cette situation. Amedeo n'oubliait pas que c'était cet homme qui prenait grand soin de son cheval au quotidien et qui avait dressé le cheval de sa sœur, l'homme avait un réel don avec les animaux et surtout les chevaux, qu'il soit pendu aujourd'hui aurait été une réelle perte. De plus, le jeune prince savait que cet homme qui travaillait depuis au moins trente ans dans les alentours en tant que guérisseur n'était pas un menteur.

-Permettez votre altesse. Dit Marcello à Angélica en ouvrant son manteau qu'elle lui avait confié précédemment.

-Oh oui, merci. Se rappela-t-elle en le laissant l'aider à le mettre.

-Son altesse est vraiment très…très douée à l'épée, si je m'étais douté. La complimenta l'homme admiratif de cette habileté cachée chez la jeune princesse. Puis il ajouta avec gratitude: -Dieu dans son infinie bonté m'a envoyé un de ses anges.

Angélica rit à sa remarque: -Les anges sont au ciel, Marcello.

-Ah bah, il faut croire qu'il en a laissé un tombé sur terre. Répondit-il en la faisant rire à nouveau. -J'espère que le comte ne vous causera pas de tord par mon imprudence. Dit-il enfin l'air navré. -Je ne voudrais pour rien au monde que vous ayez des ennuis par ma faute, altesse.

-Oh! rassure-toi, ce n'est pas lui qui ira se vanter de s'être fait battre en duel par une femme. Et qu'il essaye donc de me chercher dispute d'une quelconque manière que ce soit, je saurais le recevoir comme il se doit!

-Angélica…Appela son frère. -Il nous faut y aller à présent.

-Oui, tu as raison. Reconnue-t-elle, avant de regarder une nouvelle fois le guérisseur pour s'adresser à lui: -Marcello, ce fut un plaisir de te sauver la vie.

-Je n'aurais pas assez de ma modeste existence pour vous remercier votre altesse. Lui répondit l'intéressé en s'inclinant respectueusement. -Je suis votre obligé, demandez-moi ce que vous voudrez…

-Justement, je vais prochainement résider au château de La Venaria, j'en suis même quasi certaine. S'empressa d'expliquer Angélica en poursuivant: -Alors ne part pas trop loin. J'aurais, je pense besoin de tes services. Maintenant, va!

-Comptez sur moi, vos altesses. Encore merci de votre aide. Que dieu vous garde! Monsieur. Salua-t-il aussi de la tête le duc immobile tel une statue, avant de partir à son tour à travers les bois.

-Décidément…parla enfin le duc, qui jusque-là c'était contenté de jouer le rôle d'observateur attentif et discret de toute cette scène riche en rebondissements, toujours sur son cheval au sommet du talus, captant ainsi l'attention de la jeune femme qui tourna la tête vers lui comme si elle venait de se souvenir de sa présence. -On peut dire que vous n'engendrez point la monotonie, mademoiselle.

-Ah, ça c'est certain! Répliqua Amedeo en l'entendant dire ça mais sans vraiment prêter attention à lui, en remontant la pente suivit de sa sœur qui n'osait pas vraiment soutenir le regard du duc.

-Mais au fait mon frère, comment nous as-tu retrouvé? Demanda-t-elle curieuse en réalisant subitement que son frère les avait rejoints assez facilement.

-Oh, je n'ai point eu tant de mal, je n'ai eu qu'à tendre l'oreille et suivre le bruit de deux coups de feu rapprochés. Expliqua-t-il en arrivant près de sa monture, avant de se retourner vers Angélica. -Désires-tu de l'aide pour monter en selle ?

-Non, je m'en arrangerai, merci. Lui répondit-elle avec un sourire. Puis elle s'avança vers le duc qui la regardait approcher avec un charmant sourire sur les lèvres, cependant, il apparut à la jeune femme que ses yeux étrangement lui paraissait plus sombres. Chassant cette impression de son esprit, elle lui tendit son épée. -Tenez, je vous rends ce qui vous appartient, en vous remerciant. Cette épée n'aura point fait couler le sang aujourd'hui, c'est heureux.

-En effet. Répondit l'homme en posant sa main sur la sienne qui tenait encore le manche de l'épée, profitant de ce contact pour caresser doucement le dos de la main de la jeune femme du bout de ses doigts glacés en poursuivant: -Le sang est un bien, trop précieux pour qu'on le gaspille inutilement. Un bref instant Angélica vit les yeux voilés du duc errer sur sa gorge nue ce qui l'a mis mal à l'aise tant ce regard était troublant voire perturbant. La jeune femme sentie son cœur qui s'était depuis peu calmé des suites du combat, repartir de plus belle dans sa poitrine. Puis comme s'il s'était aperçu de son malaise, l'homme la regarda de nouveau dans les yeux et lui pris l'épée qu'elle lui tendait pour la ranger dans son fourreau avant d'ajouter: -Ravi qu'elle ait pu vous être utile, je n'ai point douté un seul instant que vous sauriez la manier avec habilité. Permettez-moi de vous dire que votre courage m'a impressionné.

Angélica ne répondit rien, elle lui adressa seulement un sourire discret avant de se détourner de lui pour revenir vers sa monture qui l'attendait patiemment, tout en réajustant correctement sa tenue avant de remonter ensuite en selle.

-Bon! Commença Amedeo qui n'avait pas prêté attention à cet échange entre eux. -Mettons-nous d'accord, si on nous demande, il ne s'est rien passé ici.

-Rien du tout. D'ailleurs je ne vois même pas de quoi tu veux parler. Dit Angélica à son tour sur la même longueur d'onde que lui, en regardant ensuite le duc imité par son frère comme s'ils attendaient que l'homme prête serment aussi.

-Sur mon âme, vos secrets sont les miens. Jura le duc une main sur le cœur toutefois sans dissimuler un rictus amusé.

Une fois cela fait, ils entreprirent de retourner dans la clairière rejoindre la suite de leur père, mais une fois qui l'atteignirent, un son de cor se fit entendre. Il sonnait la mélodie de la retraite manquée, à savoir: Lorsque les chiens ont perdu l'odeur de l'animal on dit qu'ils tombent en défaut. Malgré les efforts des veneurs et de la meute, l'animal n'est pas forcément retrouvé. Alors la chasse s'arrête.

-Dieu du ciel! Se lamenta Amedeo aux côtés de sa sœur, en entendant ce son, comprenant ce que cela signifiait pour elle. Ce n'est décidément pas possible d'avoir autant de chance.

-Et bien messieurs la chasse est finie! Conclue la jeune femme en affichant un sourire triomphant sur les lèvres, sachant très bien que cela voulait dire, qu'elle avait gagné son pari contre son père.

-Ma chère, votre victoire ce jour est indiscutable, cette chasse est en effet terminée…Lui concéda volontiers le duc à ses côtés d'un aire satisfait, avant de laisser échapper plus pour lui-même d'une voix empreinte d'ambiguïté: -…pour aujourd'hui.

A Suivre…

X.X.X

Voilà pour ce chapitre. J'espère qu'il vous aura plu. Pour ma part j'ai adoré l'écrire. Je vous dis à bientôt dans le chapitre suivant;)

A très bientôt chers lecteurs!