De sa vie, Stiles n'aurait jamais cru entendre cette voix ici, dans cet endroit si lugubre où l'on retenait un jeune homme et un loup noir dans des cages. Il n'aurait jamais imaginé non plus que celle-ci aurait un ton aussi peu chaleureux, déclamerait des paroles aussi peu… Positives. Il ne s'agissait pas du bon mot, mais c'était bien le seul à venir à l'esprit de Stiles à cet instant.
Parce qu'il avait toujours associé le qualificatif de « positif » à Scott, lequel, mis à part certains défauts et attitudes récentes, était un ami en or. Le meilleur, à ses yeux, celui avec qui il trainait depuis tout petit.
Mais à qui il n'avait jamais confié l'existence de son entreprise de sauvetage surnaturelle, laquelle, si elle était modeste en termes de taille, commençait à avoir une petite renommée dans le monde obscur, comme on l'appelait souvent. Pour quelle raison Stiles avait-il gardé cela pour lui ? Il lui aurait fallu lui expliquer pour le surnaturel, l'existence de tout un tas d'êtres hybrides comme les loups-garous… La compréhension et l'ouverture d'esprit sur ce genre de sujets n'étaient pas données à tout le monde. Enfin ça, c'était au début. Après quelques années, Stiles avait simplement séparé ses deux vies : l'humaine, parfaitement normale, et l'autre, celle où il essayait de sauver un maximum d'êtres surnaturels des trafics en tous genres desquels ils se retrouvaient victimes.
Sauf qu'il n'avait vraisemblablement pas besoin d'expliquer quoi que ce soit à Scott dans la mesure… Où il n'était nullement surpris de la présence de Jackson et du loup dans cet endroit… Et qu'il s'adressait à Stiles en désignant les deux autres comme… Des « choses ».
- Scott… ? Fut seulement capable d'articuler l'hyperactif.
Quoi qu'on puisse en dire, il était véritablement surpris. Choqué. Que faisait son meilleur ami ici, dans cet endroit ? Pourquoi ce décor et ces cages paraissaient-elles… Lui aller si bien ?
Pourquoi son regard ébène était-il aussi froid ?
- Tu n'étais pas censé venir ici, soupira le latino. Tu aurais même dû te réveiller plus tard. Mais comme toujours, tu défies toutes les règles et tu ne fais jamais ce que l'on attend de toi.
Stiles ne chercha pas à savoir s'il devait voir dans ces mots un reproche ou… Enfin, qu'était-il censé comprendre ? Qu'est-ce que c'était que tout ce bordel ? Sa fièvre et son épuisement n'ayant pas complètement endormi sa capacité de réflexion, il fit rapidement le lien entre plusieurs éléments. Et le plus simple, le plus gros lui sauta aux yeux : Scott possédait cet endroit – ou le connaissait, a minima.
Et Stiles n'avait pas réellement envie de comprendre tout ce que cela voulait dire. Ses jambes tremblaient déjà… Il ne fallait pas que son esprit fasse de même.
- Laisse tomber cette chose et viens, fit Scott d'un air indescriptible.
Il tendit sa main dans sa direction, comme s'il voulait que Stiles s'en saisisse. Non. Plutôt comme s'il s'attendait à ce qu'il le fasse. Le concerné, effaré, ne s'exécuta pas, bien au contraire.
Il raffermit malgré lui sa prise sur Jackson, lequel s'était complètement raidi et n'arrivait pas à décoller ses yeux du sol.
- Ce n'est pas une chose, rétorqua l'hyperactif, la colère naissant doucement dans son regard whisky au fur et à mesure qu'il comprenait ses mots.
- Ce qui n'est pas humain est une chose, riposta Scott sans ramener sa main vers lui.
- Non, fit à nouveau Stiles en secouant la tête.
Même s'il ne comprenait pas grand-chose à ce qu'il se passait et qu'il avait surtout grand mal à réaliser ce que les paroles de Scott – en plus de sa simple présence – voulaient dire. Outre le fait qu'il ne s'attendait absolument pas à le trouver ici… Scott lui apparaissait si différent qu'il ne le reconnaissait pas.
Le problème, c'est qu'il n'avait ni l'énergie, ni le temps de palabrer avec son meilleur ami. Le but, c'était de partir au plus vite en emmenant Jackson et, si possible, le loup noir avec lui. Garou ou non, il ne comptait pas l'abandonner à son sort. Sauf que Scott, au vu de son attitude, ne serait probablement pas très enclin à le laisser s'en aller. Ni même à lui laisser la moindre liberté suite à la démonstration de la façon dont il considérait Jackson et le loup noir.
Et ça, ça le terrifiait. Parce qu'il se rappelait son réveil, dans cette chambre confortable et sans rien pour l'empêcher d'en sortir, cette liberté qu'il avait au départ, cet endroit si vide de tout garde… Puis cette espèce de petite ferme ayant des cages pour unique contenu… Des cages.
Ainsi, même si un nombre incalculable de questions se bousculait dans sa tête, Stiles considéra qu'elles n'étaient pas importantes. Non, il ne comptait pas chercher à savoir maintenant ce que Scott faisait ici. Non, il ne lui demanderait pas si Jackson et le loup étaient ses premières prises. Non, il ne s'enquerrait pas des traitements qu'il comptait leur infliger. En plus d'avoir tout simplement peur des réponses qu'il pourrait obtenir, Stiles n'avait pas d'énergie à gaspiller. Fuir, c'était tout ce qu'il devait faire. Protéger Jackson, comme il le lui avait juré dès le départ, des mois plus tôt : se débrouiller pour ramener le loup noir avec eux. Il était hors de question que qui que ce soit subisse le moindre mauvais traitement ici.
Enfin, il n'avait aucune idée de la manière dont il pourrait s'en sortir, pour le coup. S'il était en forme, la question se poserait moins – mais son état s'aggravait lentement. Si au moins la fièvre ne l'affaiblissait pas, si c'était juste une histoire de fatigue…
- Ecoute Scott, je veux pas d'emmerdes, tenta-t-il. Laisse-moi juste partir avec eux. Je ne dirai rien sur ce qu'il y a ici… Ni ce que tu fais.
En réalité, Stiles ne savait pas grand-chose : il avait juste sorti des phrases bateaux, les seules qui lui étaient venues en tête. La tête lui tournait, réfléchir était une plaie.
Mais Scott secoua la tête en souriant doucement, d'un air suffisant, comme si Stiles lui paraissait bête. Comme s'il n'avait rien compris
- Il est hors de question que ces monstres sortent de là.
Si Stiles peina sincèrement à comprendre ce qu'il semblait sous-entendre, le mot « monstre » résonna en lui et augmenta sans mal l'étendue de cette colère qui ne s'exprimait pour l'instant que par le regard.
- En revanche, toi, tu peux partir…
Stiles ne s'en réjouit pas. Il ne s'en irait pas d'ici seul. La preuve en était qu'il resserra son étreinte sur Jackson, qu'il ne comptait pas lâcher. C'était l'exacte raison pour laquelle ses jambes tenaient encore le coup. Mais pour combien de temps encore ?
- … A condition que l'on s'associe.
- Que l'on s'associe ? Répéta bêtement le châtain, on ne peut plus perplexe.
- Que tu arrêtes de les aider pour m'aider moi. Ces choses ne sont pas des gens. Je voulais t'en parler depuis un moment, mais je ne trouvais jamais l'occasion… Tu restes difficile à approcher, et cette aversion que tu as pour l'alcool…
Stiles recula brusquement lorsqu'il se rendit finalement compte de la façon dont Scott s'était rapproché de lui : lentement, insidieusement et sans un bruit, par petits pas qu'il n'avait pas remarqués – trop concentré qu'il était à ne pas laisser l'inconscience le gagner trop tôt. Dans son état, il n'était pas possible de lui demander de faire trop de choses à la fois – même sa vue s'était floutée, un peu assombrie. Et s'il n'en avait pas conscience, sa respiration se faisait un peu plus laborieuse qu'au départ – plus bruyante, aussi. Était-ce seulement le fruit de la fièvre ? Il cligna des yeux : ceux-ci étaient doucement en train de le lâcher. Que dire de ses bras, de son corps en général ? Il n'en pouvait physiquement plus, de soutenir Jackson. Il n'avait plus d'énergie.
Ainsi, lorsque Scott s'approcha un peu trop près, Stiles n'eut ni la place, ni le temps de réagir correctement.
