Titre : Les amants d'un jour.

Disclaimer: Les personnages et l'univers de My Hero Academia ne nous appartiennent pas, ils sont la propriété pleine et entière de Kõhei Horikoshi.

Pairing: Katsu/Deku.

Genre: OS / Romance / Tragedy.

Résumé: Toru, simple serveuse dans un café banal à pleurer, voit un couple inhabituel arriver.

Note des auteures : C'est triste, voilà, vous êtes prévenus. Et c'est inspiré par la chanson d'Edith Piaf : Les amants d'un jour.

Bonne Lecture,

Yzan & Lili.


~ Les amants d'un jour.~

Passant de l'autre côté du comptoir terni par les ans, Toru récupéra rapidement le plateau chargé, commençant à laver verres et tasses dans le petit évier. Tout en s'activant, elle jeta un regard las sur la salle du café où les habitués côtoyaient les rares touristes. Les boiseries avaient depuis longtemps perdu leur éclat, tout comme les tables en bois peint et le plancher usé par les nombreux passages.

Ce petit café, situé dans un quartier ouvrier, était bien loin du luxe et de l'opulence où elle était née. Issue d'une riche famille de notables, Toru avait longtemps rêvé d'un beau mariage et de passer ses journées oisives au sein d'une grande et fastueuse demeure. Elle y avait cru à cet avenir doré et tout tracé, jusqu'à cette rencontre qui avait changé sa vie du tout au tout. Du haut de ses vingt ans, Toru était tombée éperdument amoureuse d'un homme, à peine plus âgé qu'elle.

Fumikage était beau, ténébreux, charmant et cultivé. Toru l'avait aimé dès le premier regard. Et la réciproque était vraie. Fumikage s'était démené pour la retrouver après leur rencontre fortuite lors d'une promenade dans un parc. Il l'avait galamment courtisée et Toru n'avait pas été bien longue à se persuader que c'était lui, l'homme de sa vie. Mais, Fumikage n'était pas de son milieu, il n'était qu'un simple ouvrier du bâtiment. Par amour pour lui, elle avait tenu tête à ses parents et plié bagage quand ces derniers la déshéritèrent.

Vivre dans un milieu bien plus modeste ne lui avait pas posé trop de soucis, l'amour lui faisant oublier tous les désagréments. Ils s'étaient mariés lors d'une humble cérémonie et, peu après, Toru était tombée enceinte. La nouvelle avait ravi le couple, et Fumikage avait fait des heures supplémentaires pour leur assurer un train de vie correct. La naissance de leur fille avait été l'un des plus beaux jours de leur vie.

Mais tout ce bonheur avait brutalement pris fin quand Fumikage était mort, écrasé par une lourde poutre métallique sur le chantier où il travaillait. Seule avec sa fille, et désargentée, Toru n'avait eu d'autre choix que de travailler malgré son cœur brisé. Entre ses heures au café, les travaux de coutures qu'elle faisait en plus le soir chez elle, et s'occuper de sa fille, Toru n'avait plus le temps de rêver ou de prendre soin d'elle comme avant.

Ses mains si fines et délicates étaient devenues calleuses et fripées, son teint de pêche s'était brouillé et ses longs cheveux blonds étaient devenus rêches et fourchus. Ses robes étaient toutes rapiécées à de nombreux endroits et d'une simplicité à pleurer. Loin des délicates ballerines qu'elle avait longtemps porté, des godillots noirs et usés abîmaient ses pieds plus habitués à danser qu'à trimer.

Le monde autour d'elle avait perdu toute saveur, toute couleur, devenant aussi triste qu'un ciel de novembre. Même les éclats de rires et les exclamations joyeuses des clients ne réchauffaient plus son âme. Toru vivait dans un hiver perpétuel depuis la mort de son amour, l'absence de ce dernier gelant son cœur. Il ne lui restait plus que sa fille, sa seule et unique source de joie.

Un cri la tira de ses pensées moroses et, avec un soupir las, Toru leva les yeux vers la salle, surveillant qu'aucune bagarre n'éclatait. Voyant que ce n'était finalement rien de bien méchant, elle commença à essuyer les verres, laissant ses yeux bleus errer vers la cour où se trouvaient les quatre chambres à louer. De là où elle était, elle ne voyait la porte que de l'une d'entre elle, la seule encore disponible.

Il était peu fréquent que les chambres soient toutes louées en même temps. Le quartier n'avait rien de très attrayant, et rares étaient les étrangers à venir s'y attarder. Trois des chambres étaient actuellement occupées par les secrétaires de notables venus pour affaires. Les notables eux-mêmes logeaient à l'autre bout de la ville, dans le quartier le plus huppé de celle-ci. Le quartier où Toru avait grandi.

Avant que ses pensées ne s'égarent à nouveau, la clochette de la porte tinta et Toru se retourna pour accueillir les nouveaux clients. Elle se figea en les voyant, son sourire commercial étirant douloureusement ses lèvres. Les deux hommes se tenant à la porte du café n'avaient pourtant rien d'extraordinaire, mais ils irradiaient de quelque chose qui coupa le souffle de la jeune femme.

Très différents l'un de l'autre, ils semblaient pourtant unis par un lien invisible. Le plus grand des deux, un blond à la carrure solide d'un homme habitué aux travaux physiques, était vêtu d'une simple chemise de travail grisâtre, d'un pantalon bleu foncé et de godillots marrons. Se tenant à ses côtés, le plus petit ne lui ressemblait en rien. Ses cheveux noirs bouclés aux reflets verdoyants encadraient son visage aux traits presque enfantins, sa silhouette plus fine que celle de son comparse, mise en valeur par un complet anthracite de bonne facture.

Les deux hommes observèrent rapidement la salle avant d'échanger un simple regard. Ce regard fut si rempli d'amour, que Toru n'eut pas besoin de voir leurs mains jointes pour deviner la nature de leur relation. Le blond eut un discret rictus tendre et son compagnon lui fit un sourire éblouissant. Toru sentit son cœur se serrer, d'une émotion qu'elle préféra ne pas analyser, quand ils s'approchèrent finalement du comptoir, indifférents au lourd silence provoqué par leur arrivée.

- Bonjour, la salua poliment le plus grand des deux. Vous auriez une chambre à louer ?

- Bonjour, souffla Toru avec un sourire, sincère cette fois. Oui, il nous en reste une.

- Parfait, on la prend, décida le blond. C'est combien pour jusqu'à demain ?

Toru annonça le prix, modique, et assista, amusée malgré elle, à la mini dispute entre les deux amoureux pour savoir lequel d'entre eux paierait la chambre.

Une douce chaleur se faufila dans son cœur, le réchauffant lentement, devant l'amour unissant si fortement ces deux inconnus. Dans ce monde gris de morosité où la différence était si mal perçue, ils se tenaient là, dans une salle pleine de regards réprobateurs et haineux, sans chercher à cacher les sentiments qui les animaient. Ils s'aimaient, tout simplement, comme n'importe quel couple, irradiant d'un bonheur et d'une chaleur propre aux amoureux.

Après avoir encaissé le prix de la location, Toru prit la clé sous le comptoir et les précéda dans la cour à l'arrière du café. Elle déverrouilla la porte et l'ouvrit, laissant les deux hommes découvrir la pièce modeste mais propre. Le plus petit posa un regard presque attendri sur les murs recouverts d'un papier jauni par les ans où se dessinaient encore quelques motifs d'un autre âge. Son compagnon glissa son bras autour de sa taille, se penchant pour déposer un doux baiser sur sa tempe.

Se sentant de trop, Toru leur souhaita un bon séjour, les informant qu'ils devaient libérer la chambre avant midi le lendemain. Le couple la remercia et Toru se retrouva dans la cour, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. L'amour unissant ces deux inconnus était tel un ardent soleil d'été et l'âme de Toru s'y était réchauffée, l'espace de quelques minutes. Mais, ce fut suffisant pour dégeler son cœur.

Soudain, le ciel gris de ce mois de mars lui semblait plus clair, plus lumineux, l'air froid semblait plus chaud et la cour vieillotte et vide de tous ornements semblait plus belle. D'un pas plus léger, elle pénétra dans la salle du café, surprise de la découvrir sous un nouveau jour. Comment n'avait-elle jamais remarqué l'éclat des boiseries ? Les tables avaient-elles toujours été de couleurs si vives ? Même son comptoir, qu'elle connaissait pourtant par cœur, lui parut plus reluisant que jamais.

Les heures suivantes, Toru sourit sincèrement aux clients, rit même franchement avec certains, ignorant ceux qui faisaient des réflexions sur le couple "anormal" dans la chambre au fond de la cour. Il n'y avait rien d'anormal à s'aimer. Et cet amour, elle l'avait ressenti si fort durant les quelques minutes passées en leur présence, réveillant les souvenirs heureux de son histoire avec Fumikage.

Le soir venu, une fois le café fermé, Toru avait rejoint son petit appartement, récupérant sa fille chez sa voisine qui la gardait en échange de quelques services. Ce soir-là, Toru se gorgea des rires enfantins et de l'amour inconditionnel de sa petite princesse, remerciant silencieusement le ciel de lui avoir au moins laissé cette preuve vivante de son amour passionné pour son défunt mari.

Quand Toru ouvrit le café le lendemain matin, à l'heure où les ouvriers commençaient leurs journées, son regard fut immédiatement attiré par la porte close de la chambre au fond de la cour. Toute la matinée durant elle guetta le moment où les deux hommes viendraient lui rendre la clé, espérant grappiller encore un peu de leur chaleur pour réchauffer son coeur et son âme.

Midi approchant à grands pas, Toru se décida à aller toquer à la porte pour signaler aux deux inconnus qu'ils allaient devoir partir, ou payer une nuit supplémentaire. Mais seul le silence lui répondit. Soucieuse, elle poussa la porte, la découvrant non verrouillée.

- Messieurs, appela-t-elle poliment en pénétrant dans la pièce.

Elle se tétanisa en arrivant près du lit double où se devinaient deux silhouettes étroitement enlacées.

Ils étaient là, dans les bras l'un de l'autre, la tête blonde reposant sur l'épaule du brun, lequel appuyait sa joue sur le front de son amant. Leurs bras entouraient l'autre de manière tendrement possessive. Le drap et la couverture avaient légèrement glissés, laissant voir leurs épaules nues. Un même sourire doux et apaisé ourlait leurs bouches. Ils respiraient l'amour et la tendresse.

Mais aucun souffle ne franchissait leurs lèvres closes. Aucun mouvement n'agitait ne serait-ce que faiblement leurs corps devenus froids. Leurs teints pâles ne reflétaient que la mort les ayant définitivement emportés dans ses inaccessibles contrées, leurs âmes ainsi unies pour l'éternité.

Comme en dehors d'elle-même, Toru chercha la cause de ces décès aussi soudains qu'inattendus. Mais, il n'y avait aucun désordre dans la pièce. Les vêtements des deux inconnus étaient soigneusement pliés sur une chaise, leurs chaussures parfaitement alignées entre les pieds de l'assise. La fenêtre était fermée et aucune trace de sang n'était visible, laissant Toru dans l'ignorance la plus totale concernant la cause de cette tragédie.

Elle prévint alors son patron et la police, racontant le peu qu'elle savait. Leurs noms ? Leurs âges ? D'où ils venaient ? Elle n'en savait rien. C'était la première fois qu'elle les voyait. La seule chose qu'elle savait, c'était qu'ils s'aimaient... et qu'ils n'étaient plus.

Toru repassa derrière son comptoir, essuyant machinalement les verres, ne prêtant aucune attention aux brouhahas environnants. La nouvelle avait fait le tour du quartier, la salle était pleine de curieux, le trottoir devant le café bourdonnait de conversations qu'elle n'écoutait pas. Elle suivit des yeux les civières drapées de blanc emportant les corps des deux hommes, la jeune femme regrettant qu'ils aient été séparés. Ils étaient si beaux ensemble.

Elle vécut les heures suivantes comme dans un cauchemar, avec l'impression que rien n'était réel. Elle servit de nombreux cafés, de nombreux thés, d'innombrables bières. L'incident était bon pour le commerce, souffla son patron d'un ton désabusé. Elle nettoya la chambre, vidée de toutes les affaires des défunts occupants, verrouilla la porte et alla ranger la clé sous le comptoir.

Sa vue se brouilla soudainement alors qu'elle fixait la porte close de la chambre de l'autre côté de la cour et elle laissa échapper le verre qu'elle essuyait. Ce dernier éclata au sol comme éclata son cœur, surchargé de chagrin. Elle s'effondra, pleurant la mort des deux amants, la mort de cet amour qui l'avait réchauffée comme rien n'avait pu le faire depuis le décès de Fumikage. Elle pleura longuement sous les regards compatissants des clients et celui désolé de son patron, évacuant toute la peine accumulée depuis tant d'années, soulageant enfin son cœur bien trop lourd. Mais au milieu de ses larmes, elle se promit de recommencer à vivre, pour ne pas laisser s'éteindre le soleil si doux que fut l'amour de ces deux amants.

Le temps passa, atténuant la souffrance et reléguant la mort de ces amants d'un jour à l'oubli. Derrière son comptoir, Toru s'occupait toujours de ses clients. Mais, elle gardait précieusement en elle ce souffle de vie qui lui avait été insufflé, malgré eux, par les deux inconnus. Plus si inconnus que ça depuis, l'enquête de police ayant révélé leurs noms : Izuku Midoriya et Katsuki Bakugo. Toru ne s'était pas intéressée au pourquoi du comment. Elle avait juste retenu que les deux amants s'étaient suicidés, préférant mourir ensemble qu'être séparés.

Après avoir essuyé ses larmes, elle avait relevé la tête, se promettant de vivre, pour que l'amour ne se ternisse plus jamais dans son cœur. Depuis, son sourire était toujours sincère, son rire bien moins rare, ses cheveux soyeux et son teint avait retrouvé de son éclat. Pour le plus grand bonheur de sa fille, de son patron et de ses clients qui lui juraient qu'elle était le soleil illuminant leur journée.

Et dans ce décor banal à pleurer, il y avait toujours dehors la chambre à louer.

Fin.


Commentaire des auteures :

Bon celui-là, c'est à cause de Lili qui met de la musique à ses patients et qui a donc entendu cette chanson. Ce qui nous a forcément inspiré... Et pour une fois, pas de la rigolade.

On espère quand même que ça vous a plu.


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Pendant que Lili chantonne la chanson d'Edith Piaf, Yzan fait face à l'enthousiasme débordant de Toru.

- Vous m'avez mise comme perso principal ! Je suis si contente ! Ça veut dire que vous m'aimez bien !

- Et elles t'ont fait une histoire triste à pleurer, grogne Katsuki.

- Elles m'ont tué aussi, soupire Fumikage.

- Nous aussi, fit remarquer Izuku larmoyant.

Si Yzan ne dit rien, ne souhaitant pas vexer les personnages, Lili, elle, ne se gêne pas :

- Il fallait que la serveuse, qui raconte l'histoire dans la chanson, ne croit plus en l'amour, donc oui, Fumikage tu es mort ! Na ! Et il fallait un couple "portant le soleil" pour lui réchauffer son petit coeur, et qui mieux que Katsuki et Izuku ? Personne !

- Et ils meurent ensemble en plus, souligne Yzan. C'est beau... Tragique, certes, mais beau. Tellement beau… (Yzan éponge ses yeux avec son mouchoir Hello Kitty)

- Et j'étais la parfaite serveuse de la chanson ! s'exclame Toru avec un ravissement évident.

- Oui, confirme Yzan avec un sourire tout en rangeant son mouchoir.

- Tout à fait, confirme Lili. Parce que personne ne prête réellement attention à la serveuse, elle est comme invisible. Du coup, oui, tu étais parfaite pour ce rôle.

Katsuki, Fumikage et Izuku se tendent, appréhendant la réaction de leur camarade à la réponse de l'auteure sadique. Mais, loin de s'offusquer, Toru est absolument ravie que son alter lui ait permis d'être la protagoniste principale de cette histoire.