Ce texte a été écrit pour SybilEvergreen, dans le cadre d'un calendrier de l'avent Discord créé par Almayen, mais tout le monde peut en profiter.

Résumé : Deux portes, deux appartements, un chat orange, un monde entier entre eux et une année pour tout changer. Un Dramione de l'après-guerre.


Novembre

— Merde.

Drago Malefoy releva la tête de son devoir et observa longuement Blaise Zabini dont la plume cassée gouttait sur son formulaire. Le formulaire 4B plus exactement, celui qu'on remplissait quand on voulait louer un appartement.

— Sérieusement, Blaise? s'agaça Drago qui se sentait à présent de mauvaise humeur.

Son ami lui lança un regard noir et jeta sa plume dans son sac. Drago se leva, alla chercher un autre formulaire à l'accueil puis revint à la cafétéria. C'était le troisième formulaire qu'ils remplissaient et Drago commençait à en avoir assez. La première fois, le serveur avait renversé la carafe de chocolat chaud dessus; la deuxième fois, Drago avait éternué et la troisième consistait en une plume cassée et de l'encre partout.

— Concentre-toi, lui intima-t-il.

— Tu veux le faire? répliqua Blaise.

— Je suis malade! s'indigna Drago comme si c'était la réponse à tout.

— Je fais ça pour toi. Je te le rappelle gentiment, rappela Blaise pas si gentiment.

Drago but une gorgée de son chocolat en soupirant. Depuis la fin de la deuxième guerre des sorciers et le procès de ses parents – le sien – les choses étaient difficiles pour lui. Être un Malefoy ouvrait autrefois toutes les portes. Aujourd'hui, c'était une plaie. C'était comme être porteur de la peste, ou d'une quelconque maladie vénérienne particulièrement répugnante.

Quand Drago n'avait plus supporté la vie avec ses parents au manoir, il avait voulu chercher un appartement et s'était heurté à un mur. Il avait appris par Pansy, la seule à lui envoyer encore des lettres, que Théodore et Blaise avaient emménagé dans un des plus beaux immeubles du Chemin de Traverse, et avait trouvé là une solution. Blaise louait deux appartements et en sous-louait un à Drago. Comme les deux propriétaires des deux appartements ne se connaissaient pas, ça avait de bonnes chances de fonctionner.

— Et je t'en remercie, soupira Drago. C'est ça ou je vire cinglé à force de rester avec mes cinglés de parents.

Blaise interrompit son geste, la plume en suspension au-dessus du formulaire 4B. C'était la première fois, oui la toute première, que Drago parlait ainsi de ses parents. Pas avec révérence, ni admiration, ni même vantardise, non. Un mépris froid.

Blaise n'avait jamais foncièrement apprécié le Drago d'autrefois. D'ailleurs, personne ne l'appréciait mais quand on avait beaucoup d'argent et une famille respectée, tout était plus simple. Aujourd'hui, Drago avait beaucoup d'argent et une des familles parmi les plus haïs de tout le Royaume-Unis. Mais lui avait tellement changé que Blaise ne le reconnaissait plus par instant.

— Pas de problème, répondit-il. C'est ce que font les amis.

Amis. Un mot étrange quand on pense à Drago. Un mot que Blaise n'avait jamais réellement associé à lui d'ailleurs.

Il remplit soigneusement le formulaire 4B, qu'il joignit à la notice 5A et au question 9F.

— Bon, ça devrait aller, expliqua Blaise. Aucun des propriétaires ne me connaît donc aucun ne sait que je loue deux appartements. Tu seras au deuxième étage, en face de la rue et moi je serais juste au-dessous de toi.

— Où est Théodore ?

— Premier étage en face de moi. Le rez-de-chaussée est loué aux frères Weasley…

— Quoi? l'interrompit Drago d'un ton presque affolé. Comment ça les Weasley sont au rez-de-chaussée ? Quels Weasley, d'abord ?

— Les jumeaux, répondit Blaise en rosissant légèrement. Théo a dit qu'ils étaient plutôt sympa.

— Hum.

Drago doutait que quiconque dans la famille Weasley le trouve, lui, sympa. C'était drôle, pensa Drago avec ironie, de voir comme les choses s'étaient inversées. Aujourd'hui, c'était lui l'outsider.

— Ne t'inquiète pas, tu ne les verras pas, le rassura Blaise. Le rez-de-chaussée est un immense appartement qu'ils partagent et ils travaillent toute la journée à leur boutique.

Drago poussa un soupir et prépara l'ordre de virement pour la banque. Sa main trembla légèrement quand il signa le document. Il avait peur mais il était décidé à changer. Il n'aurait jamais cru penser ça un jour mais il ne finirait pas comme ses parents. Il ne finirait pas dans un manoir immense et vide avec plein d'argent et la solitude pour seule compagnie.

Pour la première fois de sa vie, il ne voulait plus être un Malefoy.


Drago emménagea la semaine suivante. Un samedi matin, Blaise et Théodore le retrouvèrent dans son appartement du deuxième étage. Il était indubitablement petit, encore plus pour quelqu'un ayant grandi dans un manoir, mais Drago pensa seulement « Je suis chez moi ».

Il ouvrit toutes les fenêtres de l'appartement, laissant entrer l'air glacial du mois de novembre, pour chasser l'humidité et l'odeur de renfermé. Le soleil éclaira pour la première fois les murs couleurs crème du salon, le parquet massif sombre et la cheminée en pierre. Sa chambre n'était pas très grande mais la grande fenêtre qui baignait de lumière les lieux compensait largement ça. Elle donnait sur une petite cours intérieure dont la façade était couverte de roses grimpantes et qui lui rappelait étrangement Poudlard.

Drago inspecta la salle de bain. Elle était un peu petite mais semblable à celle de leur dortoir à l'école. Une toilette dans un coin, une grande baignoire, un lavabo à côté d'une fenêtre où dormait une plante verte qui avait visiblement besoin de lumière et d'eau. Il l'arrosa copieusement et la posa dans un rayon de soleil.

— Hey! l'appela Théodore. Tu veux mettre ça où ?

Il portait avec une certaine circonspection – mais Théodore avait toujours l'air sceptique – un tapis roulé.

— Dans le salon.

Drago fit un crochet par la cuisine où il mit la bouilloire à chauffer, puis revint dans le salon.

Il avait passé la semaine à commander sur catalogue de quoi meubler son appartement, doutant que ses parents lui prêtent un canapé, et ne voulant de toute façon rien qui vienne du manoir Malefoy.

Théodore installa derechef le grand tapis violet en face de la cheminée. Puis, Blaise arriva, baguette levée, faisant léviter le canapé depuis la rue et le cognant à chaque virage. Pansy suivait de près avec deux fauteuils assortis.

— Avance, protesta-t-elle. Je suis coincée dans l'escalier.

— J'essaie de pivoter !

— Alors, fais-le !

— Une seconde, répliqua Blaise qui tentait de faire rentrer le canapé en biais dans l'appartement.

— Mais pivote !

Le canapé se cogna dans l'encadrement à droite, à gauche, et en diagonale, jusqu'à ce que Théodore et Drago viennent l'aider pour incliner le canapé et le faire rentrer, de force, par la porte d'entrée.

— A la réflexion, dit Blaise un peu essoufflé, peut-être qu'on aurait dû le passer par la fenêtre.

Le canapé fut installé sur le tapis, en face de la cheminée, encadré des deux fauteuils. Pansy fit léviter une bibliothèque par la fenêtre et Drago l'installa entre la fenêtre et la cheminée. Se rajouta une table basse, une patère, un lit (en morceaux), des tables de chevet et une commode.

— Je vais allumer un feu, déclara Pansy en refermant toutes les fenêtres d'un mouvement de sa baguette magique.

Le clac-clac de ses talons se répercuta dans la pièce quand elle mit plusieurs bûches dans la cheminée et alluma le tout d'un incendio. Le craquement réconfortant du feu résonna dans la pièce et une chaleur bienvenue envahit les lieux. Pansy ôta son manteau, le suspendit à la patère et s'occupa à mettre de l'ordre dans le salon.

Pendant ce temps, Théodore avait ensorcelé l'éponge et le balai de la cuisine pour qu'ils nettoient la pièce et Blaise et Drago s'occupaient de remonter le lit, assis sur le tapis vert de la chambre.

— Ca va là, ça ? demanda Blaise en observant le grand parchemin.

— Non, ça c'est la tête de lit, alors le sommier va là… Je crois.

Trois heures plus tard, Théodore, Blaise et Drago étaient avachis sur le canapé du salon. Pansy, dans un des fauteuils. Épuisés, ils observaient le feu qui ronflait. Une énorme plante verte, une monstera, cadeau de Pansy et de Daphné Greengrass, trônait près de la fenêtre. Comme la nuit tombait, Drago étira son bras et alluma le lampadaire à côté du canapé.

— Bon, dit Blaise en baillant, on va manger?

— On est bien là, dit Pansy d'une voix endormie.

Elle avait ôté ses talons hauts et posé ses pieds sur la table basse.

— J'avoue, dit Théodore dont la longue silhouette était affalée dans le canapé. Même le chat a l'air bien.

— Hum, approuva Drago en jetant un œil au chat orange qui était étalé devant le feu et qui poussait un soupir d'aise.

Il le regarda un instant, releva la tête et poussa un glapissement.

— C'est quoi ce chat ? s'exclama-t-il en faisant sursauter tout le monde. Je n'ai pas de chat !

Blaise rouvrit les yeux et observa le chat. Son pelage était très épais d'un orange vif et lumineux avec un regard perçant et un museau écrasé comme s'il s'était pris une vitre. Le chat poussa un miaulement, sauta sur la table basse puis au sommet de la bibliothèque. De là, il les observa avec suffisance.

— Je me disais aussi, fit Théodore pas perturbé plus que ça.

— Non mais tu m'as déjà vu avec un chat ? pesta Drago.

Théodore haussa les épaules.

— Tu es en mode changement alors je me suis dit que tu avais peut-être adopté un chat.

— Un chat que tu n'aurais jamais vu avant maintenant ?

Théodore haussa une fois de plus les épaules.

— Il est là depuis longtemps ? demanda Blaise.

— Je l'ai vu dans la cuisine quand je nettoyais. Il dormait dans la jardinière de la fenêtre, expliqua Théodore. Du coup, je l'ai fait entrer.

Normal.

Drago poussa un soupir agacé. Blaise et Pansy, en revanche, observaient le matou en fronçant les sourcils. Un peu comme Crabbe et Goyle quand ils réfléchissaient trop longtemps.

Drago ressentit aussitôt une pointe de douleur. Il n'aimait pas penser à Crabbe, mort dans la Salle sur Demande de Poudlard, ni à Goyle, enfermé à Azkaban. Ils n'avaient jamais été de véritables amis, pas vraiment, mais Drago avait tout de même passé l'essentiel de son temps à l'école à leur côté. Quelque part, il se sentait un peu responsable de leur triste sort.

— Quoi ? dit Drago en regardant tour à tour Pansy et Blaise qui le fixaient à présent.

— Il ne te rappelle pas quelqu'un?

— Qui ? Le chat ?

— Oui, le chat, répliqua Pansy. J'ai l'impression de l'avoir déjà vu.

— Où ?

— Je ne sais pas, s'agaça-t-elle. J'ai l'impression que… à Poudlard, peut-être…

— Oui, intervint Blaise en pointant son index sur le chat. C'est drôle, il ressemble au chat de Granger.

Ils se tournèrent tous vers lui. Trois paires d'yeux mi-circonspects, mi-affolés.

— Comment ça, il ressemble au chat de Granger ? s'alarma Drago.

— Ben Granger avait un chat et il lui ressemble, répéta Blaise pas plus perturbé que ça lui non plus.

Drago se réadossa au canapé. Il existait des tas de chats différents et celui-là devait lui ressembler mais il ne pouvait pas être le sien. Ce serait tout de même improbable, impossible même!

Des exclamations retentirent dans la cage d'escalier. Pansy se leva et se dirigea vers la porte pour coller son oreille.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Théodore.

Il y avait cinq appartements dans l'immeuble. Celui qui prenait tout le rez-de-chaussée et où logeaient les frères Weasley. Le premier étage était divisé en deux appartements occupés respectivement par Blaise et Théodore. Le dernier étage était également divisé en deux et Drago était pour l'instant seul. L'appartement en face du sien était vacant.

— Face-en-rond? suggéra Pansy.

— Quoi?

— C'est ce qu'ils disent, rétorqua-t-elle en haussant les épaules.

— Ils disent face-en-rond ? Ça n'a aucun sens, fit remarquer Blaise.

— Chut ! Tu n'as qu'à venir écouter si tu es si malin.

Blaise la rejoignit et entrouvrit la porte.

— Pattenrond ? appela une voix depuis l'étage inférieur.

— Pattenrond, répéta Blaise. Pas face-en-rond.

Pansy lui donna un coup de coude dans les côtes.

— C'est drôle, chuchota Drago qui tendait l'oreille. On dirait Granger.

Les quatre amis échangèrent un regard. Le chat sauta de la bibliothèque et trottina vers le couloir où il s'engouffra, sa queue touffue dressée. Pansy se faufila à sa suite et observa la cage d'escalier sur la pointe des pieds.

— Oh, merde, souffla-t-elle en rentrant aussi vite que possible. C'est Granger !

— Ah, te voilà ! s'exclama la voix lointaine d'Hermione. Allez, viens, on monte.

— On monte ? répéta Blaise. On monte où ?

Pansy et Blaise rentrèrent précipitamment dans l'appartement et tous les quatre collèrent l'œil à la serrure. Ils virent dans le très mince trou la silhouette de Granger tenant le chat et suivie – Ô horreur – par Potter, Weasley et les jumeaux qui riaient. Le brouhaha disparut quand ils entrèrent dans l'appartement en face de celui de Drago et que la porte se referma.

— Oh chiotte, dit Drago. Merde. Putain.

Pansy fut prise d'un tel fou rire qu'elle dût s'accrocher aux montants de la porte.

— Elle n'a quand même pas loué l'appartement en face du mien, s'indigna Drago. Hein ?

— Eh bien…, dit Théodore dont l'œil était resté collé à la porte. On dirait que si, il y a des cartons devant la porte.

Drago se laissa glisser le long du mur et s'assit sur le tapis de l'entrée.

— Ma vie est un désastre.


Janvier

Drago passa les semaines qui suivirent à éviter consciencieusement tout ce qui ressemblait de près ou de loin à Hermione Granger. Ils partaient tous les deux tôt le matin. Hermione pour se rendre au ministère de la Magie, Drago pour se rendre à ses cours. Il avait donc dû déployer des trésors d'imagination pour partir après elle. Comme elle était ponctuelle, c'était plus simple.

Techniquement, grâce à la fortune familiale, Drago n'avait pas besoin de travailler. En pratique, il avait décidé d'avoir une vie à lui. Pour lui, même. Théodore, qui avait toujours aimé étudier, et lui se rendaient donc chaque jour à l'UM, l'Université Magique, pour suivre des cours généraux de Métamorphose, de Potions, d'Enchantement et de l'étude poussée de la magie. Dans quel but ? Il ne savait pas trop. Il était simplement sûr de vouloir faire quelque chose de sa vie.

Théodore avait l'ambition d'entrer au ministère de la Magie, au département des Mystères. C'était possible car il avait toujours été un excellent élève mais en tant que fils de Mangemort, il savait qu'il allait avoir besoin de faire ses preuves.

Blaise était dans l'équipe de réserve des Frelons de Wimbourne et ambitionnait de passer dans l'équipe permanente. Mis à part les rumeurs persistantes sur sa mère, Blaise ne souffrait pas des mêmes traumatismes post-guerre que Drago ou Pansy. Ni de la même révolution intérieure.

Pansy avait, elle aussi, décidé de travailler. A force de ténacité et d'un don généreux, elle avait décroché un poste de chroniqueuse mode dans La gazette du sorcier. Ca n'était pas le travail de ses rêves mais c'était mieux que rien du tout car personne, dans le milieu de la mode, ne voulait d'une enfant dont les parents avaient sympathisé si ouvertement avec Voldemort et ses Mangemorts.

Du coup, chaque matin, Drago filait en catimini, cinq minutes après Hermione Granger. Il dévalait les escaliers du petit immeuble puis se cachait près de la banque Gringotts jusqu'à ce que Théodore le rejoigne et déclare "Tu es complètement ridicule, on n'est plus au collège".


Les fêtes de fin d'année n'eurent rien de très amusant. Coincé dans le grand manoir Malefoy en compagnie de ses parents, Drago constata que, quelque chose dans ce qui lui plaisait avant (les montagnes de cadeaux par exemple) n'avait plus la même saveur. A commencer par ses parents.

Lucius et Narcissa avaient échappé à Azkaban et à la mort de peu mais rien dans cette terrible expérience ne semblait avoir changé leur position. Il existait à présent un réel décalage entre eux et leur fils qu'aucune montagne de cadeaux ne pouvait combler.

Drago retrouva avec soulagement son appartement début janvier. Et avec lui, le chat. Le soir de son retour, Pattenrond apparut presque comme par magie dans son salon. Cette fois-ci, le matou avait élu domicile sur le canapé, à moitié enfoui sous un plaid à motif écossais offert par Pansy.

— Fiche le camp ! s'exclama Drago en agitant la main dans sa direction.

— Très efficace, remarqua Pansy avec ironie.

Elle était venue boire un verre de vin de sureau et échanger sur ses vacances, au moins aussi gênantes que les siennes.

— Il continue de venir, soupira Drago en se laissant tomber sur le canapé. Je ne sais pas pourquoi.

Pansy hocha distraitement la tête et ouvrit une boîte de Patacitrouille. Ses doigts s'ornaient de deux nouvelles bagues en émeraude et diamant et ses ongles impeccablement manucurés témoignaient d'une soirée entre filles.

— C'était bizarre chez toi aussi, hein ? dit-elle finalement dans un soupir.

— Un peu, avoua Drago. J'ai l'impression qu'entre eux et moi… Je ne sais pas.

— Un décalage, dit Pansy. Il y a un décalage. A écouter mes parents, l'année dernière n'était rien de plus qu'un grain de sable dans un rouage. Alors qu'on a failli mourir !

Drago hocha frénétiquement la tête.

— Je ne serais plus cette personne, Pansy. Celle que j'étais à Poudlard.

Pansy tourna son regard vers lui. Par instant, elle avait des yeux aussi perçants que ceux de Dumbledore.

— Je ne serais pas cette personne à nouveau. C'est terminé. J'aurais aimé le comprendre plus tôt.

— Comprendre quoi ?

— Que… Que…

Drago donnait l'impression d'avoir avalé un citron particulièrement acide.

— Que ce qu'on m'a dit toute ma vie était faux et mal.

Elle eut un petit rire.

— Tu y crois vraiment ?

Drago ne répondit rien pendant un moment et but une nouvelle gorgée.

— Peut-être…, dit-il finalement.


Mars

— Tu veux bien t'en aller, je dois aller à l'université ! dit Drago, excédé.

Pattenrond ne bougea pas d'un poil, se contentant de le fixer d'un air insolent et sévère, sa queue battant l'air. Drago tenta de pousser ses fesses pour le faire partir mais il se prit un coup de griffe sur le dos de la main et battit en retraite dans la cuisine.

Il referma la fenêtre tout en grommelant quelque chose dans sa barbe inexistante à propos de propriétaire de chat irresponsable. Puis, il agita furieusement sa baguette pour accélérer le nettoyage de la vaisselle. Une cuillère à café vola dans l'air, frôla son oreille et rebondit avec un bruit strident contre le mur avant de s'écraser au sol.

Ici, point d'elfes de maison pour lui concocter de bons petits plats ou faire le ménage alors il avait dû apprendre divers sorts ménager avec plus ou moins de succès. La cuillère en était la preuve.

Drago revint dans le salon et buta contre son balai qu'il avait oublié d'accrocher la veille quand il était revenu de son entraînement de Quidditch.

Avec l'arrivée du printemps et la fonte de la neige, Drago avait ressorti son fidèle Nimbus 2001 pour rejoindre Blaise, après ses entraînements, sur le terrain privé des Frelons de Wimbourne et voler un peu. Le Quidditch était le meilleur moyen de se vider la tête et d'oublier un peu la colère qui grandissait en lui.

Une colère envers son père, une colère teintée d'amertume et de regret. La colère envers un homme à qui il aurait tout donné et qui l'avait entraîné si bas qu'ils avaient failli ne pas s'en sortir. Drago avait vu et fait des choses qui, il le savait, ne se pardonnerait jamais.

Pattenrond s'échappa par la porte en même temps que Drago et revint le lendemain en ayant de surcroît l'outrecuidance d'avoir l'air affamé.

— Techniquement, c'est un peu ton chat aussi maintenant, fit Blaise alors qu'ils étaient tous les trois réunis dans le salon de Drago.

— Et puis quoi encore ? rétorqua-t-il.

Pattenrond sauta sur la table basse et mangea ce qu'il restait du poisson directement dans le plat.

— Quoi que je fasse, reprit Drago en se resservant une tasse de chocolat chaud, il rentre.

— Il a grossi, non ? demanda Théodore.

— C'est son pelage d'hiver, répliqua Drago qui, pour une raison étrange, n'aimait pas qu'on critique le chat.

A part lui.

Pattenrond, après avoir terminé le poisson grillé, s'installa sur le tapis, devant le feu de cheminée, telle une descente de lit orange. Et Drago ne vit pas le petit mot accroché à son collier, dissimulé dans l'épais pelage du félin.


Juin

A présent, Pattenrond passait la moitié de son temps chez Drago. Une espèce de garde alternée dont sa propre maîtresse semblait être inconsciente. Séparées par deux portes, Drago et Hermione étaient plus proches que jamais sans jamais s'être croisées en plusieurs mois. La seule différence entre eux deux était que Drago, lui, était conscient de la situation.

Parfois, en rentrant des cours, le dos et le poignet endoloris à force d'avoir pris des notes et de s'être entraîné, Drago se servait un chocolat chaud, comme lorsqu'il était enfant, et observait sa porte d'entrée.

C'était une porte de bois ordinaire que rien ne distinguait de celle d'en face. Sa seule particularité était d'être à ce point ordinaire qu'on en oubliait sa présence. Pourtant, cette porte le protégeait du monde extérieur, d'Hermione, et de ces autres, qui représentaient l'autre camp, les héros, les gens du bien dont il ne faisait pas partie.

Pattenrond arrivait et repartait presque toujours par la fenêtre de sa cuisine, marchant habilement sur le linteaux qui entourait le deuxième étage de l'immeuble, lui permettant ainsi de rejoindre l'appartement d'Hermione. Quand Drago avait le malheur de laisser la fenêtre fermée, le félin grattait avec sa patte et poussait des miaulements à fendre l'âme.

Aussi, Drago avait installé une chatière un après-midi, avec Théodore et Blaise. Comme aucun des trois n'étaient doués en bricolage et n'avaient ne serait-ce que tenu un marteau de toute leur vie, ils avaient utilisé divers sorts de bricolage avec un succès hésitant. La chatière fonctionnait, c'était déjà ça mais des fleurs poussaient autour tel un jardin botanique mural sans que Drago ne puisse dire qui de Théodore ou Blaise n'était responsable de ça.

Un matin de juin, le jour de son anniversaire, Pattenrond arriva comme à son habitude pour le petit-déjeuner. Sans doute le deuxième de sa journée d'ailleurs. Le félin trotta sur le plan de travail en répandant des pétales de marguerite et s'assit sur le toast qu'il venait de griller. Il était plus mince à présent qu'il perdait ses poils partout. En passant la main dans sa fourrure tout de même épaisse et si douce, Drago sentit un tout petit rouleau de parchemin enroulé sur lui-même et accroché au collier du matou.

Il le décrocha et lu :

"Merci de ne pas donner de lait à Pattenrond. Il ne le digère pas.

Je pars deux semaine en vacances à partir de vendredi, est-ce que tu veux bien le garder et t'en occuper pendant ce temps ?

Amitié,

Hermione"

Drago lut puis relut ces quelques mots plusieurs fois.

Evidemment, Hermione Granger était trop brillante pour ne pas noter que son chat avait élu domicile dans un deuxième appartement. Il n'hésita qu'un instant avant d'aller chercher un bout de parchemin dans le tiroir de son bureau et d'écrire :

"D'accord.

Où est-ce que tu pars en vacances ?"

Il roula le papier, le glissa dans le collier de Pattenrond et mit le chat derechef devant la chatière. Pattenrond poussa un miaulement de protestation et, poussé par Drago, repartit chez sa maîtresse.


Drago rentra plus tôt ce soir-là et fut déçu de ne pas trouver le chat dans l'appartement, avec la réponse d'Hermione. Il n'eut cependant pas le temps de s'y attarder car Blaise, Théodore et Pansy débarquèrent avec des pizzas et des cadeaux plein les bras.

— Joyeux anniversaire !

Drago n'en laissa rien paraître mais il était très touché. Son cœur se serra face à ses amis, ses premiers véritables amis s'il était honnête avec lui-même. Un petit tas de paquets rejoignit les pizzas qui dégageaient une délicieuse odeur, ainsi qu'un gâteau vert orné d'un serpent amené par Pansy.

Il ouvrit ses paquets, mangea plus de pizza que son estomac ne pouvait en supporter puis souffla ses bougies en faisant le vœux pieu que la chance tourne, pour une fois, en sa faveur.

Alors qu'il observait les volutes de fumée des bougies se dissoudre dans l'air, il vit la silhouette de Pattenrond se détacher de l'obscurité.

— Tiens, le chat, fit Théodore en ouvrant un Chocogrenouille. Oh, non. J'ai encore Potter.

Il posa sur la table la carte de Chocogrenouille de Harry Potter qui tentait vainement de disparaître dans le cadre.

Drago attrapa discrètement Pattenrond et détacha le petit rouleau de parchemin. Le mot était bref :

"Minuit. Devant ta porte."

Son cœur s'emballa étrangement sans qu'il ne sache pourquoi. De toute façon, Hermione le rejetterait dès qu'elle saurait que c'était lui. Pourtant, il garda le petit parchemin dans sa poche le temps que dura la soirée.

Il s'amusa et tâcha de ne pas penser à l'heure qui avançait.

Bientôt, il ne resta plus de pizza, de vin et la moitié du gâteau fut englouti. Proche du coma alimentaire, Drago pensait à son estomac qui protestait dangereusement sans savoir si le problème était l'indigestion ou l'angoisse de l'attente.

Et à minuit moins le quart, on frappa à la porte.

Le silence qui envahit l'appartement était palpable, la tension insupportable.

— Bon, dit Blaise avec l'air de quelqu'un partant au combat, je vais ouvrir.

— Non ! protesta Drago.

Il se jeta derrière le fauteuil alors que Blaise ouvrait la porte et que Pansy essayait d'avoir l'air décontracté et intimidante. Ou bien c'était là aussi l'indigestion. Théodore s'était levé mais sans bouger davantage, l'air à moitié de vouloir fuir, à moitié de vouloir s'accouder nonchalamment contre le sofa.

Bizarre, donc.

— Salut, dit Blaise.

C'étaient les jumeaux Weasley. Grands, dégingandés, un grand sourire sur leurs visages identiques et croulant sous un plateau plein de petits pâtés et de fondants du chaudron maison.

— Chers voisins ! clama Fred ou Georges. Il est temps de faire plus ample connaissance. Nous faisons une petite fête au rez-de-chaussée et il serait assez bête de ne pas vous inviter.

— Franchement, ajouta Fred ou Georges, je suis quasi sûr que vous n'êtes pas aussi cons qu'à l'école.

— Tu en as une façon de présenter les choses, répliqua Pansy d'un ton acide.

— Inutile d'être désagréable, j'amène à manger.

Pansy échangea un regard rapide avec Drago. Elle non plus n'aurait pu rien avaler de plus, mais il aurait été puéril de refuser une invitation. Cela dit, tout le monde savait qu'il ne fallait pas accepter quelque chose de Fred et Georges à la légère. Même les Serpentard, surtout les Serpentard, se rappelaient de leur propension au chaos et de tout ce qu'ils avaient été capable de faire quand Ombrage était à Poudlard.

— Ils sont empoisonnés ? demanda Théodore.

Un grand sourire éclaira le visage de Fred et Georges.

— Non.

— Ensorcelés ?

— Que non !

Théodore parut sceptique alors l'un des jumeaux ajouta :

— On veut simplement être cordial à défaut d'être amis. On est monté au premier étage mais vous n'étiez pas là alors on a pensé que vous étiez sans doute avec Malefoy.

Drago se leva si vite de derrière le fauteuil où il était caché qu'il se cogna au montant de la cheminée.

— Aïe ! Comment... Comment vous savez que je suis là ?

Les jumeaux haussèrent un sourcil. Le même.

— Tout le monde ici sait que tu vis là, Malefoy. Tu es discret, certes, mais bon plutôt reconnaissable.

Drago laissa retomber la main qu'il avait posé sur la bosse au sommet de sa tête, dépité.

— Sérieusement ?

Théodore lui lança un regard qui voulait sans doute dire "Je te l'avais bien dit" ou "Je t'avais bien dit qu'il était inutile de descendre cinq minutes après Granger chaque matin car elle a sans doute déjà compris que tu habitais là car elle est tellement plus intelligente que toi".

— Bon, vous venez ? On a des Bièraubeurre.

— Vendu, dit Blaise en disparaissant dans la cage d'escalier.

Pansy haussa les épaules, remit ses escarpins et le suivit. Le son de ses talons sur le parquet résonna un moment, un peu chancelante. Théodore soupira et suivit le reste de la troupe, juste derrière Fred et Georges.

Drago resta un instant seul dans son salon désert quand une voix claire retentit dans le couloir :

— Pattenrond ?

Avec un petit miaulement, Pattenrond retrouva avec joie sa maîtresse. Hermione apparut sur le pas de la porte, prit son chat dans ses bras et se retourna vers Drago. Elle portait un pull couleur crème et un pantalon noir confortable. Ses cheveux bouclés étaient moins touffus que dans son souvenir mais bougeaient librement autour de son visage.

Tout à coup, Drago eut l'impression d'avoir treize ans à nouveau et de ne rien savoir faire d'autres que de l'insulter pour attirer, bien mal, son attention.

— Salut, dit-elle.

— Salut.

Il y eut un silence puis :

— Merci de prendre soin de Pattenrond.

— Ah, euh, de rien.

Drago ne savait pas quoi faire de ses bras tout à coup alors il mit ses mains dans ses poches. En plus, la bosse sur sa tête le lançait affreusement. Hermione sourit et lui fit un petit signe de tête en direction de la cage d'escalier.

— Tu viens ? On a beaucoup de chocolat et de Bièraubeurre. En plus, c'est ton anniversaire, non ?

Drago fut stupéfait de constater qu'elle connaissait la date de son anniversaire.

— Joyeux anniversaire, Drago.

— Il vaut mieux que je reste là surtout si...

Hermione haussa les sourcils de la même façon que quand on remettait en cause quelque chose qu'elle avait appris dans les livres.

— Tu ne vas pas rester là, seul, jusqu'à la fin des temps. Allé, tout le monde nous attend.

Sans se rendre compte de ce qu'il faisait, Drago arriva à sa hauteur et la suivit dans l'escalier en colimaçon.

— Depuis quand est-ce que tu sais que je suis ici ? demanda-t-il.

— Depuis le soir de ton arrivé, répondit-elle. Théodore me l'a dit quand il t'a aidé à déménager. Je l'ai croisé dans l'escalier.

Drago rata une marche et manqua de se rompre le cou. Théodore, ce traître.

— Et tu savais que ton chat venait me voir ?

— Au début non, admit-elle, puis j'ai compris qu'il venait dans ton appartement alors je l'ai laissé faire. Je t'ai déjà envoyé des petites lettres mais je pense qu'au début, tu ne t'en étais pas aperçu.

Drago se traita mentalement d'idiot de ne pas avoir assez papouillé Pattenrond.

Arrivé devant la porte de l'appartement des jumeaux Weasley où retentissaient rires et cris, Drago hésita. Le cœur battant, l'estomac noué, il se tourna vers Hermione.

— On pourrait... quand tu seras revenue de vacances bien sûr, aller boire un café ? Hum, tous les deux. Tu vois ?

Hermione plissa les yeux, l'observant avec un regard d'aigle scrutant sa proie. Puis, elle sourit.

— Pourquoi pas. Si tu prends bien soin de mon Pattenrond.

Dans ses bras, le chat, l'air très satisfait que son plan ait marché à la perfection, se mit à ronronner.


J'espère que vous avez aimé ! Joyeuses fêtes à !