A la question « mais pourquoi célébrer une fête chrétienne telle que Noël ?», les résidents de l'Olympe offraient généralement deux réponses.

La première : qu'il n'y avait jamais assez d'occasions pour faire la fête. Et puis, ce n'était pas tant les messes qui les intéressaient, mais les présents et les banquets toujours plus extraordinaires chaque année. Organisée généralement dans l'immense théâtre grec qui occupait la place principale, la veille de Noël était toujours source d'émerveillement et d'amusement pour qui souhaitait connaître les derniers potins olympiens tout en savourant le plus onctueux des ambroisies et un vin d'une douceur inégalée dont Dionysos gardait farouchement le secret.

Chaque année, des dizaines de cyclopes étaient employés pour construire de somptueuses décorations et un immense sapin mécanique sorti tout droit de l'imagination d'Héphaïstos. Des nymphes et des dryades entonnaient des chants célébrant l'amour et l'année écoulée tandis que des satyres en costumes slalomaient entre guirlandes, fontaines de chocolat et invités, leur plateau débordant de petits fours, eux aussi concoctés par une main olympienne ; celle d'Hestia, déesse du foyer.

Mets et boisson, émerveillement et divertissement, tels étaient quatre des cinq facteurs qui donnaient aux résidents de l'Olympe l'envie de se joindre aux célébrations de fin d'année des mortels.

Le cinquième, c'était la seconde réponse qu'offraient les olympiens sur ce qui les avaient poussé à fêter Noël. Ou plutôt, qui les y avaient poussé. Mais c'était une réponse que seuls les plus chevronnés apportaient, une rumeur qui circulait sans que personne ne le crie haut et fort.

De peur de s'attirer des ennuis.

Ou plutôt, la foudre.

Car si certains Olympiens avaient commencé à se pencher sur Noël en premier lieu, c'était bel et bien à cause de lui. Zeus.

Le seigneur de l'Olympe, que cette fête continuait à faire grincer des dents même après le cinquième verre, était malgré lui la cause de celle-ci ; le responsable. La raison pour laquelle, désormais, les divinités grecques fêtaient davantage Noël que le solstice d'hiver.

Oh, bien sûr, elles continuaient à célébrer ce dernier, mais la majorité s'accordaient à dire qu'elles s'amusaient bien plus le 24 décembre que le 21.

Et pour cause, le 24, aucun discours de Zeus n'était planifié. Et si le dieu tentait d'en faire un, un de ses frères s'arrangeait pour le distraire suffisamment longtemps pour que l'envie lui passe. Une règle tacite avait été établie par les onze autres Olympiens dès le premier réveillon : pour aucune raison Zeus ne devait prendre la parole publiquement. Par tous les moyens, ses frères et sœurs, ses enfants, devaient l'empêcher d'attirer l'attention sur lui.

Car il était connu de tous qu'une fois que Zeus tintait son verre pour débuter un discours, la soirée devenait soudainement affreusement longue.

Le seigneur des cieux était après tout de ceux qui adoraient s'écouter parler.

Qu'importe si on l'écoutait réellement, pourvu qu'il puisse être le centre de l'attention et sentir suffisamment de regards sur lui pour en gonfler son ego. C'était comme cela qu'il avait fini par gâcher la fête qu'était à l'origine le solstice d'hiver. Par des discours. De trop longs discours, des discours creux et redondants qui semblaient prendre encore plus de place et de temps les années s'écoulant.

Un jour, alors que les dieux olympiens avaient enchaîné un conseil de plus de trois heures et deux discours de soixante et quatre-vingt minutes chacuns, Apollon avait craqué.

Pas publiquement, non. Mais une fois la porte de son appartement fermée derrière lui.

Dans le noir du hall d'entrée, le dieu du soleil avait poussé le plus long et profond soupir de son existence, une main passant sur son visage. Il avait ensuite échangé un regard avec Hermès - qui affichait un air aussi las que le sien -, et murmuré qu'il était grand temps que les choses évoluent.

Si le solstice d'hiver se résumait désormais à écouter leur père parler, alors ils se devaient d'organiser une nouvelle soirée digne de ce nom. Ne serait-ce que pour la petite fille de cinq ans qui dormait au premier étage et qui n'avait même pas eu l'occasion de célébrer le solstice avec ses pères.

Quel genre de soirée, il n'en savait rien, mais une qui leur permettrait de retrouver l'esprit du solstice d'hiver et de profiter de leurs proches sans que Zeus ne fasse preuve de narcissisme.

Une étincelle avait alors scintillé dans le regard d'Hermès, qui lui avait chuchoté de le suivre.

Sur la pointe des pieds, les deux dieux s'étaient alors dirigés vers la bibliothèque et le messager avait introduit le musicien à une fête mortelle qu'il avait toujours appréciée, Noël.

Quelques heures plus tard, Apollon et Hermès convoquaient Dionysos, Ariane, Hestia, Artémis et Poséidon pour une présentation en bonne et due forme de leur projet.

Deux jours plus tard, les premiers préparatifs se faisaient dans le dos de Zeus, qui tentait tant bien que mal de comprendre pourquoi Poséidon affichait un sourire idiot et satisfait à chaque fois qu'ils se croisaient.

Le premier Noël eut ainsi lieu, dans le salon d'Apollon, en comité restreint mais dans une ambiance tout à fait décontractée et chaleureuse.

Cinq ans plus tard, il devenait une fête olympienne digne de ce nom, appréciée par l'ensemble des habitants de l'Olympe.

Mais quand bien même le réveillon devenait publique et monumental, il n'en restait pas moins que les têtes pensantes du projet appréciaient également fêter Noël de manière plus sobre, s'éclipsant quelques heures seulement après le début de la soirée au théâtre, pour se retrouver entre eux, dans une atmosphère plus cosy et familiale, loin de la foule et d'un Zeus aigri. Et célébrant le 25 décembre par un repas familial où le roi des dieux n'était guère davantage convié.

De l'installation des premières décorations au repas, en passant par le calendrier de l'Avent et le Secret Santa, les histoires racontées au coin du feu et les rires partagés, les Olympiens se laissèrent lentement tenter par les plaisirs et les réjouissances du Noël des mortels.

Et cette année, certains acceptent de nous ouvrir leur porte, pour partager avec eux, le temps d'une lecture, ces petits moments qui font du mois de décembre un mois si réconfortant.

Alors armez-vous de votre plaid le plus doux et de votre chocolat chaud le plus onctueux et dégustons ensemble ce que les dieux olympiens ont à nous partager.