V
Après avoir vérifié l'alibi de Jérôme en appelant son frère, Sam et Dean se rendirent à la morgue du comté. Cette visite ne fut pas des plus concluantes. Les frères Winchester découvrirent le corps d'un homme d'une soixantaine d'années, barbu et plutôt bien bâti. Il portait effectivement des traces d'étranglement au niveau du cou, mais aucun indice ne laissait penser que le tueur était un être surnaturel.
– Mais bon, on a vu des humains débiles qui faisaient des sacrifices au nom de démons, fit remarquer Dean. Tout est possible. Et moi, cette histoire de cartes de tarot me laisse quand même sacrément perplexe.
– Le choix des victimes est intrigant aussi… Gina Lambert, une jeune femme qui avait à peu près notre âge? Puis un vieux monsieur qui en avait le double? Y'avait-il un lien entre euxou est-ce qu'il les tue de manière totalement aléatoire?
– Si ça se trouve, c'est un tueur en série, répondit Dean en pensant tout haut.
– Tu penses quoi d'Annie? demanda soudain Sam d'un air songeur.
– Annie?
– Elle s'y connait sacrément bien en tarot, non?
– J'ai eu l'impression qu'elles s'y connaissaient toutes les deux, fit remarquer Dean en lui coulant un regard en biais.
Sam eut l'air exaspéré.
– Solveig n'est pas la tueuse. Le coroner vient de nous dire qu'il estimait la mort entre 23h et 1h30 du matin.
– Et alors? C'est une sacrée fourchette non? Tu étais avec elle tout ce temps?
– En fait, oui, répliqua Sam. On est partis de chez elles un peu avant minuit, et je l'ai retrouvée vers minuit et demi sur la plage.
– Elle aurait pu le tuer avant… En te rejoignant.
– Tu es sérieux, Dean?
– Ne le prends pas mal, mais ce ne serait pas la première fois que tu t'accoquines avec une femme malfaisante…
– Solveig n'est pas malfaisante! gronda Sam.
Deann'ajouta rien mais Sam savait qu'il pensait à Ruby. Il changea son fusil d'épaule:
– En revanche… vous avez sûrement croisé le tueur sans le savoir.
Sam réfléchit avant de répondre:
– J'ai entendu du bruit à un moment donné. Derrière les arbres. Mais ça s'est arrêté rapidement, j'en ai déduit que c'était probablement un animal.
– Ok, résuma Dean tout en réfléchissant à voix haute. Voilà ce qu'on sait. Notre tueur, ou tueuse, est probablement humain. Il tue en s'inspirant de cartes de tarot, mais on ne sait pas trop pourquoi. Est-ce par symbolique, ou pour invoquer un démon? Je doute que ce soit un pur hasard. Jérôme a un alibi pour le soir du deuxième meurtre, mais pas pour le premier. On l'élimine de la liste des suspects ou pas?
– Son frère l'a peut être couvert, même si j'en doute. Il faut qu'on continue notre enquête. Il a dit que Gina avait vu un autre homme. Il sera peut-être capable de l'identifier parmi tous les hommes présents ici.
– Il y en a un paquet, fit remarquer Dean.
– Il faut trouver un type qui a un tee-shirt Palpatine. Un geek, en somme.
– Tu parles d'un indice…
– Ouais, je sais. Mais en attendant, on va manger?
– Vas-y, j'ai un truc à faire. Je te rejoins tout à l'heure.
Dean haussa les sourcils d'un air entendu.
†
Sam frappa à la porte du chalet de Solveig en tâchant de calmer les battements de son cœur. Il avait couru pour arriver le plus vite possible, et avait désormais le souffle court. Il repensa au message que la jeune femme venait de lui envoyer, afin de l'informer qu'Annie venait de partir faire son footing matinal plus tard qued'habitude. Sam ne savait pas ce qu'il était censé déduire de ce message, mais il avait décidé de suivre le chemin le plus court: elle lui faisait comprendre qu'elle était seule chez elle.
Il se sentait envahi par une excitation qui le dépassait, qu'il n'arrivait pas à comprendre et qui lui faisait peur. Sam n'aimait rien de moins que de perdre le contrôle de lui-même, et il savait qu'en matière de sexe, il était particulièrement à risque. Son désir prenait toujours le dessus sur lui, ce qui le forçait à éviter le passage à l'acte plus que de raison, contrairement à Dean. Il ne supportait pas l'idée de blesser sa partenaire en laissant ses désirs prendre le dessus sur lui et il savait qu'il en fallait de peu pour que ça arrive. Et voilà que surgissait Solveig, avec sa spontanéité, son naturel et son manque total de contrôle émotionnel. En l'écoutant parler, il avait été rapidement frappé par le fait qu'elle était la face opposée de lui même: aussi envahie que lui par ses émotions, mais n'essayant absolument pas de les masquer et de les contrôler. Il l'admirait et en était effrayé à la fois. Était-ce la raison pour laquelle il perdait toute retenue et se transformait en bête sauvage en sa présence? A moins que ce ne soit le fait de son court séjour dans la cage de Lucifer? Lorsqu'il regardait Solveig, il était envahi par des pensées qui le dépassaient, une envie de la posséder et de la dominer qui en temps normal étaient certes présentes lorsqu'il était soumis à un fort désir sexuel, mais qu'il arrivait toujours à canaliser. Sam ne pouvait s'empêcher d'être terrifié à l'idée qu'en ce laps de temps, l'ange déchu avait eu le temps de le transformer en une créature sans âme, un animal assoiffé de sexe incapable de se contenir et de prendre soin de ses proches. Cette idée le tétanisait, aussi essayait-il de ne pas y penser trop fort.
Lorsqu'elle lui ouvrit la porte, ses cheveux étaient humides et quelques gouttes d'eau étaient encore collées à son cou. L'une d'elle descendait même tout doucement vers son décolleté, ce qui acheva de mettre Sam au supplice. Sans un mot, il la souleva et l'embrassa furieusement. Surprise, elle lui rendit son baiser et le laissa la plaquer contre le mur, où ils continuèrent de s'embrasser avec fougue. Les mains de Sam se faisaient pressantes, et passèrent sous sa robe où il entreprit de glisser une main adroite sous l'élastique de sa culotte pour caresser ses fesses.
– Tu es belle, marmonna-t-il à son oreille pendant qu'elle gémissait.
Il l'embrassa dans le cou, se retenant de la morde. Elle avait une odeur envoûtante qui provoquait en lui des accès de désir mêlés à une sorte de rage violente.
– Tu me laisses faire? demanda-t-il à nouveau, incertain de pouvoir se contrôler plus longtemps.
– Je suis à toi, répondit-elle à son oreille, ce qui acheva de lui faire perdre pied.
Il se retint d'arracher sa petite culotte, baissa son pantalon d'un seul geste et sortit un préservatif de sa poche qu'il déroula le plus rapidement possible, avant de s'enfoncer brusquement en elle. Elle gémit de nouveau, et il continua ses assauts en la maintenant plaquée contre le mur, portée par l'unique force de ses bras. Il avait envie de la retourner et de la prendre à même le sol, de pénétrer ses fesses qu'il trouvait si excitantes et de la faire hurler de plaisir, mais il retint ses fantasmes et se contenta de la porter jusqu'au canapé où il la retourna sans ménagement pour la prendre par derrière. Il laissa glisser ses mains le long de sa taille, chercha ses seins et les caressa avec adresse sans cesser son rythme intensif. Les gémissements de Solveig se transformèrent en cris de moins en moins maîtrisés, de plus en plus animaux, et elle se mit soudain à crier son nom, ce qui acheva de l'exciter. L'orgasme le prit d'un coup, sans prévenir, et le transperça de toute part, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Il se retira et leurs regards se croisèrent alors qu'elle tournait la tête vers lui, rouge et échevelée, la culotte aux chevilles, la robe remontée jusqu'à la taille. Ses fesses bien pleines semblaient le défier. Il la trouva plus belle que jamais et sentit son sexe durcir à nouveau.
– Bonjour à toi aussi, dit-elle en se retournant complètement.
Elle jeta un regard à son érection naissante.
– Tu es insatiable, non?
Sam rougit et se passa une main dans les cheveux.
– Tu me fais trop d'effet, s'excusa-t-il. Désolé. J'ai du mal à me contrôler quand une fille me plaît. Ça n'arrive pas souvent.
– Pas de soucis, fit Solveig en se recoiffant vaguement. Tu… me fais beaucoup d'effet aussi. Je n'ai pasl'habitude de laisser le contrôle à l'autre pendant l'acte, c'est… un peu perturbant mais très excitant, avoua-t-elle.
Il la prit dans ses bras et la colla au dossier du canapé. Son érectionétait désormais bien dressée, il ne pouvait ignorer qu'il avait encore envie d'elle. Il laissa courir ses doigts le long de son tatouage.
– Un hortensia… Pourquoi?
Solveig haussa les épaules.
– Parce que je suis sincère et entière. Et surtout parce que c'est une jolie plante.
– C'est toi, la jolie plante, ici, ne put s'empêcher de répliquer Sam en lui embrassant le cou.
– Tu sais quoi? J'ai déjà pris ma douche, mais je crois que j'y retournerais bien, avoua-t-elle en se mordillant les lèvres d'un air mutin. Tu viens?
Elle lui prit la main. La douche était minuscule, mais Sam n'envisageait pas vraiment de se laver, ce n'était donc pas un problème. Solveig alluma le jet, et Sam la plaqua contre le mur pour l'embrasser. Cette fois, il tenta d'être plus tendre, moins brusque, mais il eut beaucoup de mal à se contenir. Elle ne l'aidait pas vraiment, à lui mordiller les lèvres et serrer ses fesses entre ses petites mains si douces.
– Tu me rends fou, arrête, marmonna Sam à son oreille.
– Je me demande bien ce qui se passe quand tu deviens fou, le provoqua Solveig en glissant sa main le long de sa verge.
Elle entreprit de le caresser doucement, ce qui le fit grogner. Elle jouait à un jeu dangereux, accélérant et ralentissant son rythme pendant que l'eau glissait le long de ses épaules, son ventre, son sexe.
– Attends un peu, murmura Sam.
Il s'agenouilla devant elle et posa sa bouche sur ses lèvres brûlantes. Sa langue se glissa au bord de son intimité et il se mit à la dévorer du bout des lèvres, à l'embrasser comme s'il s'était agi de sa bouche. Par instants, il aspirait son clitoris. Son parfum intime était plus fort que jamais et elle avait un goût sucré incroyable qui l'excitait encore davantage. Il n'eut pas à prodiguer longtemps cette caresse: en quelques minutes, elle fut parcourue de longs spasmes et cria en maintenant sa tête de toutes ses forces contre son sexe. Sam sentit un liquide chaud couler dans sa bouche et le long de son menton. Elle le tira vers elle et se serra contre lui, dressée sur la pointe des pieds pour pouvoir l'embrasser tout son saoul.
En sortant de la salle de bain, Sam se sentait étrangement apaisé, comme s'il avait enfin rangé au bon endroit toute la culpabilité et l'angoisse qui l'assaillaient depuis qu'il avait brisé le dernier sceau en tuant Lilith. Peut-être parce que c'était la première fois depuis la mort de Jessica qu'il vivait une histoire avec une femme normale, ni démone ni loup-garou, et sans aucun lien avec le surnaturel. N'en déplaise à son frère, il en était donc capable.
Solveig leur prépara des sandwichs et ils s'installèrent sur le canapé après avoir mangé. Annie n'était pas rentrée, mais Sam devina qu'elle leur laissait le champ libre en réalité, peut-être même que les deux amies s'étaient mises d'accord pour que Solveig puisse recevoir Sam tranquillement. Après leur repas rapide, Solveig se blottit contre lui:
– Je t'avoue que je pensais qu'il y aurait quelqu'un dans ta vie, lui glissa-t-elle, la tête posée sur son torse.
– Non… J'avais une copine avec qui j'espérais me marier… Mais depuis, je n'ai pas eu d'histoire sérieuse.
Sam se demanda si Ruby comptait pour une histoire sérieuse, puis décida que non.
– Il s'est passé quoi?
– Elle est… Ma copine est morte, répondit Sam après une hésitation. Elle a été tuée. Elle s'appelait Jessica.
– Je suis désolée… répondit Solveig, contrite.
Il sentit son souffle contre son cou et eut envie de la serrer contre lui pour qu'elle ne disparaisse jamais, elle.
Il la laissa lui poser d'autres questions, auxquelles il répondit tant bien que mal en essayant de maintenir son mensonge d'agent du FBI sous couverture. Il était par exemple plutôt difficile de lui raconter les enquêtes qu'ils avaient menées avec Dean cette année, de lui expliquer pourquoi tant de ses proches mourraient ou disparaissaient, de lui parler de Castiel sans évoquer ses capacités à arriver dans la seconde à partir du moment où il savait où aller… Mais Sam eut l'impression de plutôt bien se débrouiller. Pour autant, cette conversation lui rappela toutes les épreuves qu'ils avaient affrontées ces derniers mois et la distance qui s'était installée entre Dean et lui, une distance qu'il n'était pas sûr d'être capable de rattraper.
Il se rendit compte qu'il s'était perdu dans ses pensées car la respiration de Solveig s'était faite de plus en plus régulière.
– Solveig? chuchota-t-il.
Elle ne répondit pas. Il sentait son cœur battre contre son ventre et ses cheveux lui chatouillaient le visage. Il la regarda dormir pendant quelques instants, puis se dégagea doucement de son étreinte. Elle ne bougea pas. Sam regarda discrètement par la fenêtre: aucun signe d'Annie. Il décida de faire un petit tour dans leur chambre, histoire d'apaiser les doutes qu'il entretenait toujours à l'encontre de l'amie de Solveig.
La petite pièce, identique à celle que Sam partageait avec Dean, était composée d'une petite armoire à gauche de la porte et de deux lits jumeaux qui encadraient un tapis rond. Le premier, qui était installé contre le mur qui jouxtait la salle de bain, était parfaitement fait. Une valise était glissée sous le lit et un livre attendait d'être lu sur la table de nuit. Le second, sous la fenêtre, était plus chaotique: les draps étaient froissés et ouverts, la couverture était à demi tombée sur le sol et l'oreiller sortait par un côté de la taie. Le livre sur la table de nuit, un ouvrage de science-fiction tout juste entamé, tenait compagnie à celui de David Mitchell, ce qui lui permit d'identifier qu'il s'agissait du lit de Solveig.
– Très bien, murmura-t-il en se tournant vers celui d'Annie. Est-ce que tu caches quelque chose d'intéressant dans ta valise?
Il fit glisser l'objet vers lui. Elle ne contenait pas grand-chose, et Sam en déduisit qu'Annie avait dû ranger l'essentiel de ses affaires dans son placard, mais il trouva tout de même plusieurs livres ainsi qu'un petit carnet à la reliure de cuir, qu'il s'empressa d'ouvrir. Sur la première page, Sam lut «Livre des ombres. Appartient à Annie Delarue.» Il le feuilleta: on aurait dit le carnet de son père, mais en bien plus lisible et mieux écrit. Dedans, Annie décrivait plusieurs créatures surnaturelles que les frères Winchester avaient déjà rencontrées par le passé, comme les djins, les vampires ou encore les goules. Tout était factuel, à la manière d'une encyclopédie. Toutefois, l'essentiel du carnet portait sur la lecture des cartes de tarot et plusieurs rituels à accomplir en fonction des cycles de la lune et des saisons. Sam mourrait d'envier d'emporter le carnet pour le montrer à Dean, mais ce n'était pas très prudent. Il le reposa à sa place et retourna s'asseoir sur le canapé sans cesser de réfléchir. Était-ce une coïncidence? Annie était-elle une de ces innocentes sorcières du dimanche ou était-elle une véritable adepte de la magie, en communication avec les démons? Il n'avait pas vu de mention des démons dans son carnet mais… Peut-être n'avait-elle pas besoin de l'écrire. Peut-être avait-elle d'autres carnets… Ou des livres occultes.
– Oh mon dieu, j'ai dormi non?
Solveig se redressa avec difficulté. Elle avait la trace du canapé sur la joue.
– À peine quelques minutes, répondit Sam en souriant.
Il ne lui laissa pas le temps de réfléchir au fait qu'il avait changé de place et l'attrapa pour la serrer contre lui:
– Je dois y aller, dit-il en l'embrassant. On se voit plus tard?
– Bien sûr, balbutia Solveig alors qu'il se levait d'un bond, toujours préoccupé.
†
Pendant que Sam s'envoyait en l'air en toute quiétude, Dean avait décidé d'aller interroger les voisins de George Dedieu. Peut-être avaient-ils entendu du bruit la veille au soir, ou avaient noté des allées et venues qui pouvaient être intéressants. Avant ça, incapable de se rendormir après le départ de Castiel, il avait écumé internet et n'avait trouvé aucun lien évident entre lui et Gina – il s'attendait à ce qu'elle soit sa fille, ou sa nièce, mais rien.
Un jeune homme très brun et très barbu, presque aussi grand que Sam, lui ouvrit la porte en souriant. Il entendait des rires derrière lui et des bruits de couverts qui s'entrechoquaient.
– FBI. J'ai quelques questions à vous poser sur le meurtre de votre voisin qui a eu lieu cette nuit.
– Encore? La police est déjà venue nous voir ce matin!
Il avait une voix légèrement traînante, comme s'il n'était pas capable d'exprimer la moindre émotion.
– Désolé, c'est la routine, nous n'avons pas exactement la même façon de travailler. Je peux entrer?
Le jeune homme s'effaça pour le laisser passer. À l'intérieur, deux autres garçons étaient attablés. Celui qui lui faisait face se leva pour le saluer. Il avait de longs cheveux blonds très clair et un visage avenant.
– Voici Charles, dit le grand brun de sa voix paisible. En face, c'est Matthieu, et moi je m'appelle Nico.
– Vous ne vivez quand même pas tous les trois dans ce chalet? s'étonna Dean en regardant autour de lui.
Après tout, il était bien placé pour savoir qu'il n'y avait que deux lits.
– Je dors sur le canapé, répondit Nico en haussant les épaules. On a l'habitude, on vit en colocation à Montréal. Ça ne nous dérange pas.
Dean émit une moue douteuse mais préféra se recentrer sur la raison de sa présence ici. Il s'assit sur la chaise que lui proposait Nico.
– Vous étiez ici hier soir? Vous avez entendu du bruit, vu quelque chose chez votre voisin?
– On est sortis au bar, répondit Nico. On est rentrés vers… Je sais pas, 11h?
– Matthieu est rentré plus tard, il avait pécho, ajouta Charles.
L'intéressé, qui avait l'air plus timide que les autres, haussa les épaules.
– T'es rentré vers quoi, minuit?
– C'est ça, murmura-t-il.
– Comment s'appelle la fille ? lui demanda Dean.
– Jeanne. Mais je ne sais pas où se trouve son chalet…
– Ça, c'est pas un problème, répondit Dean. En rentrant, tu n'as rien vu? Rien entendu de spécial?
– Comme je l'ai dit aux flics, la lumière était allumée chez le voisin. Je me souviens avoir été étonné car ils se couchaient toujours super tôt. Rapport au fait qu'il se levait avec les poules. Mais bon, voilà, après je suis rentré et je suis allé me coucher.
Dean hocha la tête. Il n'était pas vraiment plus avancé. Matthieu se leva alors pour débarrasser la table et Dean remarqua le vêtement qu'il portait: un tee-shirt noir représentant un vieil homme brandissant un sabre laser rouge. Dean n'était peut-être pas au niveau de son frère sur cette question, mais il avait peu de doutes quant à l'identité de ce personnage.
Les pensées tournaient dans sa tête alors qu'il ressortait du chalet avec davantage de questions qu'il n'en avait en entrant. Et par-dessus le marché, son ventre criait famine. Il était tellement concentré qu'il failli rentrer dans son frère, qui avait l'air tout aussi alerte:
– Dean!
– Sammy!
– J'ai trouvé quelque chose! s'exclamèrent-ils en cœur.
Ils se regardèrent, aussi surpris l'un que l'autre:
– Toi d'abord, dit Sam.
– J'ai trouvé l'amant mystérieux de Gina. Dans la maison d'en face. Et figure-toi que le gars est rentré plus tard que les autres de leur soirée.
– Le type au tee-shirt Palpatine?
– À moins qu'il y ait un autre fan de Star Wars dans ce village, oui, lui-même.
– Attends, parce que moi aussi j'ai trouvé des trucs. Sur Annie.
– Sur Annie?
– J'ai… fouillé dans ses affaires pendant que Solveig faisait la sieste.
Dean haussa les sourcils:
– Ah mais tu étais avec elle? Et pourquoi elle faisait la sieste?
Sam poussa un soupir:
– On s'en fiche. J'ai trouvé un carnet dans la valise d'Annie. Un carnet similaire à celui de papa, Dean.
– Tu veux dire que c'est une chasseuse?
– Une chasseuse qui tire les cartes? Une sorcière? Je sais pas, mais c'est franchement bizarre. Elle ne parle pas beaucoup en plus, difficile d'en savoir davantage. Mais j'ai une idée.
– Ah oui?
– Écoute, je vais proposer à Solveig de se voir ce soir.
Dean fronça les sourcils.
– Elle va se démerder pour qu'Annie sorte, pour avoir le chalet pour elle toute seule. Toi, tu vas la suivre.
– Je vais suivre Annie? Ça va Sam, tu te gardes le meilleur rôle!
Sam écarta les bras et fit une moue irrévérencieuse, comme pour dire «hé oui, c'est le jeu!»
– Et pour Palpatine, on fait quoi? s'enquit Dean. On le garde dans notre collimateur?
– Il faut qu'on le surveille aussi. Pourquoi il est rentré plus tard que les autres?
– Il dit qu'il sortait avec une fille… Ils sont tous chauds ici ou quoi? Pourquoi tout le monde s'envoie en l'air sauf moi?
– Ça, c'est vraiment un mystère mon vieux!
