Chapitre 22
Il faisait une chaleur étouffante dans presque tout Poudlard. Les cachots étaient le seul endroit assez isolé pour qu'Hermione n'ait pas l'impression d'étouffer. C'était le dernier jour des examens, et contrairement à tout ce que tout le monde aurait imaginé, elle n'était pas en train de les passer mais plutôt allongée dans le canapé des appartements de Severus, uniquement vêtue d'une culotte et d'un vieux tee-shirt du Serpentard.
Un livre dans les mains, elle attendait patiemment qu'il rentre. Ils avaient peu discuté de ce qu'ils feraient pendant les vacances. Hermione espérait qu'il ne la laisserait pas ici. Mais elle pouvait aussi comprendre qu'elle était une contrainte qu'il n'aimerait peut-être pas avoir avec lui pendant sa période de congé. À vrai dire, malgré sa position détendue, ses pensées tournaient sans cesse dans sa tête. Après des mois dans cette situation complètement improbable, elle commençait peu à peu à se faire à l'idée que peut-être elle ne parlerait plus jamais à personne à part Severus. Parfois, elle avait encore envie de pleurer et de se laisser aller comme cela lui était déjà arrivé, mais maintenant la présence réconfortante de son amant l'aidait.
Chaque jour, elle découvrait un peu plus sa personnalité et elle l'aimait encore plus. Il ne lui avait pas retourné son "je t'aime", bien qu'il lui ait prouvé à maintes reprises que ses sentiments étaient réciproques.
Severus avait la tête qui bourdonnait alors que Minerva le suivait inlassablement. Depuis qu'il était sorti de l'examen de Londubat, qui avait fini presque en crise d'angoisse, elle lui remontait les bretelles sans s'arrêter de parler. Il se dirigeait vers chez lui et se demandait comment la directrice ne se rendait pas compte qu'il ne l'écoutait plus depuis plusieurs minutes, et que tout ce qu'il avait prévu de faire était de la planter à l'entrée de ses appartements.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il vit Hermione, uniquement vêtue de son tee-shirt de groupe de rock moldu préféré, allongée dans son canapé. Son cœur loupa un battement, comme à chaque fois qu'il la voyait, et ses jambes dévoilées lui redonnaient une énergie qu'il pensait avoir complètement perdue à cause des examens de la journée.
Il se retourna vers Minerva, prêt à la faire taire, lorsqu'il se rendit compte qu'il n'en avait même pas besoin. La directrice de Gryffondor avait les yeux grand ouverts. Complètement choquée, elle semblait incapable de bouger. Elle fixait Hermione, qui avait relevé la tête vers l'entrée des appartements de Severus, un sourcil levé dans une expression qui lui semblait très familière.
Severus tourna la tête vers Minerva, puis vers Hermione, puis de nouveau vers Minerva.
— Minerva ? Tout va bien ? dit-il, ce qui fit réagir la directrice.
— Mi… Miss Granger ! cria-t-elle avec une voix si aiguë que seuls les chiens devaient être capables d'entendre la fréquence.
Hermione se leva d'un bond sans plus se préoccuper de sa tenue et s'approcha de l'entrée, prudemment.
— Vous me voyez ? demanda-t-elle.
Severus, lui, n'avait aucune réaction. Comment expliquer une telle situation ?
Minerva finit par se retourner vers Severus, sortant sa baguette et la pointant vers lui.
— Que t'est-il passé par la tête ?
— Comment ? demanda-t-il, incrédule. Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! s'exclama-t-il.
— Pas du tout ce que je crois ? Miss Granger ? Que faites-vous dans cette tenue dans les appartements de… de… La directrice était rouge écarlate, tant de gêne que de colère.
— Vous me voyez ? demanda de nouveau Hermione.
La directrice ne sembla même pas l'entendre, puis lança un sort à Severus qui le bloqua.
— Minerva, calme-toi, lui dit-il doucement. Nous allons t'expliquer.
— Bien sûr que tu vas t'expliquer, mais au fond d'une cellule à Azkaban. Elle se retourna vers Hermione. Venez, Miss Granger, nous allons vous trouver une tenue plus adéquate et vous mettre en sécurité.
Mais au lieu de suivre sa professeure, Hermione se retourna vers Severus, les larmes aux yeux.
— Severus ? l'appela-t-elle, sous le choc.
Il se tourna vers elle, et leurs yeux se rencontrèrent, les siens humides.
— Elle me voit ? lui demanda-t-elle.
— J'en ai bien l'impression, répondit-il.
Elle s'approcha de lui.
— Venez, Miss Granger, répéta Minerva, qui semblait ne rien comprendre à la scène qui se déroulait devant ses yeux.
Mais Hermione s'écroula dans ses bras, sanglotant contre lui, et il la maintint debout. Elle répétait alors en boucle :
— Elle me voit. Elle peut me voir.
Il lui caressa le dos doucement, la tenant fermement.
— Oui, elle te voit.
Elle releva la tête vers lui, les yeux pleins de larmes mais souriants. Elle s'apprêtait à l'embrasser quand la directrice leur rappela qu'elle était là, toujours complètement dans l'incompréhension de cette scène surréaliste.
— Allez-vous m'expliquer ce qu'il se passe ? s'énerva-t-elle. L'air crépitait autour d'eux et seule Hermione sembla se rendre compte de leur posture ainsi que de sa tenue.
Severus la relâcha et elle s'éloigna un peu de lui. Elle gigotait sur place, mal à l'aise d'être si peu vêtue devant la directrice.
— Minerva, la situation est bien plus compliquée qu'il n'y paraît. Peut-être pourrais-tu laisser Her… Miss Granger mettre une tenue décente avant d'écouter nos explications.
Elle regarda de nouveau le professeur et l'élève avant de dire plus calmement, elle aussi :
— Allez mettre un pantalon, Miss Granger, nous vous attendons ici.
À peine quelques minutes plus tard, Hermione ressortit de la chambre de Severus vêtue d'un jean et d'un tee-shirt propre.
— N'avez-vous pas votre uniforme ? demanda la directrice.
— Je ne l'ai pas avec moi et à vrai dire, je ne sais plus trop où il est rangé.
Severus leur proposa de s'installer au salon. Il proposa un thé à Minerva, qu'elle refusa, suspicieuse. Le Serpentard leva les yeux au ciel.
Hermione allait s'installer près de lui mais se détourna pour se mettre sur l'un des fauteuils. Elle se tenait droite comme un i. Elle n'en revenait pas que la directrice puisse la voir. Elle avait envie de faire le tour du château pour voir si quelqu'un d'autre était aussi capable de la remarquer à nouveau.
— Bien, maintenant, vous allez m'expliquer tous les deux pourquoi Miss Granger est dans tes appartements ? Pourquoi elle ne retrouve plus son uniforme et pourquoi diable n'était-elle pas en train de passer ses ASPICs ?
— Eh bien, madame, vous souvenez-vous de la dernière fois où vous m'avez vue ? demanda Hermione.
— C'était… c'était en… réfléchit la directrice, qui ne parvint pas à se le rappeler.
— C'était en octobre, dit simplement Hermione. Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé, mais j'ai disparu. Elle n'osa pas révéler la tentative de suicide, laissant à Severus le choix de le dire ou non.
— Vous avez disparu ? Comment ? Et pourquoi êtes-vous là ?
— En fait, j'étais présente, mais personne ne pouvait me voir, ni m'entendre. Je me suis débrouillée toute seule dans le château. J'ai essayé de vous faire réagir tant de fois, mais le seul qui semblait avoir une réaction était Sev… le professeur Snape, se reprit-elle.
— Minerva… commença celui-ci. Je sais que cette histoire a l'air invraisemblable. Mais un jour, j'ai pu la voir. Je ne sais pas pourquoi à ce moment-là, mais je la voyais.
— J'avais remarqué que le professeur Snape semblait parfois deviner ma présence et un jour, il m'a juste remarqué. Puis nous avons tout essayé pour trouver un moyen pour que je puisse redevenir visible, mais nous n'avons rien trouvé. Jusqu'à maintenant, seul le professeur Snape le pouvait.
— Ce que vous êtes en train de me raconter n'a aucun sens, dit la directrice, confuse.
Elle voulait les croire. Elle ne se souvenait pas d'avoir croisé Hermione ces six ou sept derniers mois. Elle était incapable de le dire. Elle se souvenait l'avoir vue cet été pour reconstruire le château, mais pendant les cours ? Elle n'en avait aucun souvenir. Elle avait peut-être pris le thé avec elle quelques fois au mois de septembre, mais c'est comme si la Gryffondor avait été effacée de sa mémoire entre septembre et maintenant. Elle avait passé les derniers mois sans se soucier un instant de l'absence de sa meilleure élève.
Elle releva la tête :
— Comment expliquez-vous que je vous voie maintenant ?
— Nous n'en savons rien, répondit Severus.
Hermione regarda le bout de ses chaussettes, n'osant pas lever les yeux. Severus sembla remarquer son malaise et l'interrogea d'un simple regard.
— Miss Granger ? demanda-t-il.
L'entendre l'appeler ainsi la perturba.
— Je pense que vous aviez commencé à sentir ma présence il y a quelques semaines, mais depuis quelques jours, vous n'êtes pas la seule à avoir réagi étrangement à ma présence.
Elle commençait à comprendre ce qui s'était passé pour débloquer la situation. Le puzzle se formait de plus en plus dans son esprit, alors que celui-ci n'apparaissait même pas dans celui de Severus. Il avait toutes les pièces devant lui et était encore incapable de les assembler. Elle allait devoir lui dire, mais pas maintenant, pas devant Minerva McGonagall, qui semblait avoir encore plein de questions lui brûlant les lèvres.
— À vrai dire, pour te dire toute la vérité Minerva, continua Severus, je pense que ma magie et celle d'Hermione sont entrées dans une sorte de résonance qui a créé cet étrange phénomène.
— Il a bien dû y avoir un déclencheur, interrogea la directrice, plus perspicace que ne l'aurait pensé Severus.
Hermione le regarda ; ses regards lui donnèrent du courage et lui firent passer toute la douceur qu'elle éprouvait pour lui.
— La nuit où Miss Granger a disparu, j'ai tenté de mettre fin à mes jours, déclara-t-il à voix haute.
Il avait baissé les yeux vers le sol, ses cheveux cachant une partie de son visage. Hermione se leva et vint s'asseoir à côté de lui. Tant pis si la directrice était là ; il avait besoin d'elle autant qu'elle avait besoin de lui. Elle lui prit une main et la serra dans les siennes.
— Severus… La directrice eut une expression de tristesse et de choc. Pourquoi ?
Il la regarda à travers le rideau de ses cheveux et dit sobrement :
— Je n'avais plus aucune raison de vivre.
Elle voulut se rapprocher pour lui manifester son soutien, mais se rétracta. Elle eut alors un regard lourd de sens sur leurs mains entrecroisées.
La directrice aurait aimé être assez proche de lui, être son amie pour qu'il puisse venir lui parler. Mais ils n'avaient jamais réussi à dépasser l'animosité déjà existante entre leurs deux maisons. Ils se chamaillaient, mais jamais ils n'avaient pu dépasser ce stade de bonne entente. Severus était trop renfermé pour oser s'ouvrir et Minerva bien trop droite pour se permettre de se détendre. Mais surtout, le poids des années d'études de Severus pesait encore sur leurs épaules ainsi que celui de ses années en tant que Mangemort. Elle avait encore du mal avec la mort d'Albus. Elle savait que Severus y avait été forcé, mais elle n'arrivait pas à l'intégrer. Alors parfois, lors des mauvais jours, tout ce qu'elle pouvait voir, c'était l'assassin de Dumbledore. Aujourd'hui n'était pas un jour comme celui-ci ; elle avait l'impression d'être devant le jeune garçon de première année, aux cheveux mal coupés et à la robe de sorcier trop grande et en mauvais état.
— Peut-être que vous devriez surtout m'expliquer ce qu'il se passe entre vous, dit-elle, voulant changer le cours de la conversation.
Les joues d'Hermione se teintèrent de rouge alors que Severus eut un petit sourire.
— C'est aussi une très longue histoire, commença Hermione.
— Je ne suis pas sûr que tu souhaites entendre tous les détails, Minerva, continua Severus.
La directrice se tendit quelques instants, gênée, mais reporta un regard bien plus sérieux vers Hermione.
— Miss Granger, vous êtes majeure, mais soyez sincère avec moi. Est-ce que Severus a abusé de vous d'une quelconque manière ?
L'expression choquée d'Hermione sembla donner une réponse à Minerva, surtout quand elle vit sa meilleure élève commencer à se mettre en colère.
— Comment pouvez-vous penser cela ? dit-elle un peu plus fort que prévu.
Severus posa sa main sur la cuisse d'Hermione, qui s'apaisa quelque peu. Ces petites attentions qu'ils semblaient avoir entre eux perturbèrent la directrice. Surtout de la part de Severus, qui semblait bien plus calme depuis qu'Hermione s'était rapprochée. Comme si toute la colère qu'il conservait en lui s'apaisait.
— Severus n'aurait jamais pu… Lui et moi sommes parfaitement consentants et conscients de ce qui se passe entre nous.
À vrai dire, la fin de la phrase était un peu un mensonge, car ils n'avaient pas mis de nom sur leur relation. Elle ne savait toujours pas ce qu'ils feraient l'année suivante et n'avait aucune idée de ce qui se passait dans la tête de Severus.
— J'espère, Minerva, que tu me penses plus intègre que cela, finit par dire le Serpentard. Il ne s'est rien passé entre Hermione et moi tant qu'elle était élève. Enfin, avant qu'elle disparaisse. Pour tout te dire, je ne l'ai en aucun cas forcée ni contrainte de quelque manière que ce soit. Ce n'est pas dans mes habitudes.
— Désolée, dit alors la directrice. Je devais vérifier. Vous allez devoir venir me dire tout cela sur un papier officiel, mais cela peut attendre un peu.
Elle se releva et regarda son élève.
— Si je vous vois, vous devriez peut-être vérifier si d'autres le peuvent aussi, lui dit-elle.
Hermione échangea un regard effrayé avec Severus. Il lui sourit doucement.
— Tu as dit que tu avais l'impression que d'autres réagissaient aussi étrangement à ta présence. Peut-être est-ce débloqué ?
Elle enfila une paire de chaussures et sortit. Severus la regarda partir.
Il avait eu la chance de faire partie de sa vie pendant un temps. Elle allait retrouver ses amis. Et lui retournerait se cacher. Il avait été une parenthèse, et il ne voulait en aucun cas l'obliger à le suivre. Lui, un espion, ancien Mangemort, sarcastique et de mauvaise humeur tous les jours ; elle allait trouver mieux dehors.
