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Je collectionne les retards… J'en suis vraiment vraiment vraiment désolée… _ Mea culpa en note de fin, saupoudré de quelques "explications". Je vous laisse déguster cette petite offrande qui s'est faite désirer. C'est le chapitre que je voulais écrire depuis des mois et des mois ! Je suis ravie d'enfin pouvoir vous l'offrir après l'avoir tant préparé. En espérant qu'il vous plaise !
En note de fin : historique de l'Histoire des Camlann
Réponses aux reviews anonymes en tout dernier
Et encore une fois : MERCI HYDRUS MAELSTROM POUR LA BÊTA ! Sur ce :
! BONNE LECTURE !
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RÉSUMÉ DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS
Après avoir visité le Royaume de Rosa et trouvé la Fée Bleue, notre petite compagnie se dirige vers le Royaume du Bois Dormant où une certaine Maléfique pourrait apporter son aide à Draco/Elsa, afin qu'il puisse apprendre à maîtriser ses pouvoirs et lever la malédiction d'Hiver Éternel qu'il a jeté par mégarde sur Avalon.
Sur le trajet, bien bien précisé par la Fée Bleue, ils font une halte au Lac de Diane, dans le Pays Sauvage de Diana. C'est l'endroit où a grandi Lancelot, adopté par l'oncle et la tante d'Elsa (Dame Béfinn et Sire Ninian, qui était censé être l'héritier d'Avalon, mais a abdiqué au profit de son jeune frère Dymas, le père d'Elsa). Elsa y a également fait plusieurs séjours.
Avant de partir, la Fée Bleue a confié une plume blanche à Draco/Elsa, plume qui a intégré son corps : il s'agit en fait de l'âme d'une amie de la fée, défunte depuis très longtemps. Pour s'en débarrasser, la seule consigne de Draco est de se baigner dans le lac.
Au départ, ils sont six : Arthur, Elsa, Lancelot, Sinbad, Belle et Audhild. La Bête les rejoint en cours de route.
(Pendant ce temps, Hugin et Ratatosk vivent leur meilleure vie d'animaux libres.)
Mais dans l'ombre, une femme guette. Elle cherche à enlever Belle.
Ce chapitre commence à leur arrivée au Lac.
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¤¤¤¤ - Chapitre 10 - ¤¤¤¤
===Le Lac des Cygnes===
PART 3 : "LE CHÊNE FOUDROYÉ"
Rien n'avait changé. La nostalgie le prenait à la gorge et l'obligeait à ravaler ses larmes. Le passé déferla sur lui à la manière d'une houle constante qui harcèle le nageur et l'empêche de reprendre pied. C'était trop, comme une caresse douloureuse ou un sourire triste. Une peine que l'on chérit. Les réminiscences d'un bonheur révolu.
À la seconde où ils avaient mis un sabot sur le domaine, Draco se retrouva submergé par les fantômes partout où ses yeux se posaient. L'étendue d'herbe derrière le puits, où oncle Ninian avait entraîné le jeune Lancelot aux armes. Le kiosque au toit d'ardoises, où tante Béfinn avait aimé prendre son petit-déjeuner. La longue terrasse en pierres, où les domestiques avaient eu l'habitude d'installer la table pour le dîner au retour des beaux jours. Les hautes fenêtres cintrées, que les femmes de chambre avaient si souvent nettoyées. Le lierre enchevêtré au milieu des glycines, que les jardiniers s'étaient entêtés à arracher plusieurs fois par an. Le ponton de bois sous le saule pleureur, auquel avait été attaché la grande barque pour les promenades sur l'eau. Le vaste paysage luxuriant, dans lequel il avait adoré courir et se perdre.
L'immense chêne millénaire de l'îlot, qui étendait sa ramure au-dessus du lac, et sous lequel Lancelot et Elsa s'étaient tant amusés jusqu'au coucher du soleil.
Il était aussi grand que dans ses souvenirs. La base de son houppier avait été fendu par la foudre la nuit de son arrivée, il y avait vingt-trois ans. Cela ne l'avait pourtant pas empêché de poursuivre sa croissance et de nombreuses branches et rameaux avaient poussé sur l'écorce noircie. La corde qu'oncle Ninian avait noué autour de la grosse faille brûlée n'était presque plus visible. Cela lui conférait une forme étrange, tel un gigantesque cœur un peu tordu, et le rendait encore plus magnifique à ses yeux.
« Je m'attends presque à voir Monsieur von Zatzikhoven ouvrir la porte pour nous accueillir. »
Draco retint un sursaut : il ne l'avait pas entendu approcher sur son cheval. Le visage du chevalier reflétait les mêmes émotions que lui, comme un miroir : son regard brillait, un doux sourire fleurissait sur ses lèvres, sa respiration était profonde…
Tout à coup, il ne voyait plus Londubat. Il se tenait aux côtés de Lancelot, son cousin et ami d'enfance. Ce garçon devenu homme, avec lequel il avait partagé ses plus belles joies, ses doutes et ses peurs. Ce guerrier en qui il avait une confiance absolue et qu'il aimait comme un frère. Ni le temps, ni la distance, n'avait altéré leur lien. Même le souvenir d'une autre vie où ils se détestaient n'entachait pas les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
« Je n'ai jamais réussi à prononcer son nom de famille, grimaça Draco, heureux d'évoquer un souvenir moins sensible afin de se reprendre. Pour moi, il restera toujours "Ulrich, le fâcheux".
— Il est vrai qu'il essayait sans cesse de te remettre dans "le droit chemin", ricana Lancelot.
— Quel empêcheur de tourner en rond. C'était une double peine : non seulement j'étais l'héritière du trône, mais j'avais aussi le malheur d'être une fille. Impossible de faire quoi que ce soit lorsqu'il était dans les parages ! "Une majesté ne court pas dans les couloirs". "Il n'est pas convenable qu'une jeune fille de votre stature se baigne seule dans le lac". "Redressez-vous, une reine se doit de maintenir une posture digne". "Vous êtes la fierté de la famille royale, l'orgueil d'Avalon, retirez donc vos coudes de la table".
— "Héritière Camlann, une princesse ne peut se permettre de jouer avec un écuyer".
— Ah oui, sourit Elsa. J'avais oublié qu'il m'appelait ainsi, parfois. Comme s'il ne me rappelait pas suffisamment mes devoirs de future souveraine.
— Mère Béfinn riait à chaque fois qu'elle te voyait renâcler ou lui tirer la langue dans son dos. Elle était ravie de ne pas avoir à t'enseigner elle-même les bonnes manières, puisque Monsieur von Zatzikhoven s'en chargeait à sa place.
— J'aurais préféré recevoir mes leçons de ma tante plutôt que de ce majordome revêche. Mais, je l'aimais bien. Il m'a manqué, de retour à Arendelle.
— Quand tu es revenu l'année suivante, tu m'as confié que Madame de Monmouth était encore plus exigeante.
— Elle n'avait pas le choix, je devais apprendre. L'âge de l'innocence était révolu pour moi, la guerre avait achevé d'en convaincre mes parents… Mais il n'y a qu'ici que je me suis toujours senti libre. Près de ce chêne. »
Ce n'était pas vraiment un aveu. Lancelot le savait déjà depuis longtemps.
Pensifs, ils profitèrent de ce moment où les mots n'avaient plus de sens, où ils n'avaient qu'à se tenir l'un près de l'autre et se laisser engloutir par les spectres des joies passées.
De l'âge de cinq ans jusqu'à la mort de son oncle et de sa tante quatre ans plus tard, ce lieu avait été son paradis. Son jardin secret où il lui avait été permis de rêver. D'imaginer un monde où il n'y aurait plus d'obligations, de devoirs, d'honneur, de servitude. Juste être heureux. Peu importait les univers ou les vies qu'il avait vécu, l'ombre de cet arbre avait toujours été son seul et unique refuge.
« Cet endroit est magnifique. »
Draco manqua une nouvelle fois de bondir de surprise à l'approche d'Arthur. Il avait presque oublié qu'ils n'étaient pas seuls ! D'une torsion du buste, il se retourna : tous étaient restés en arrière pour leur laisser le temps de digérer leur nostalgie. Cette attention aurait pu le toucher s'il n'avait pas autant été gêné à l'idée qu'ils aient pu l'entendre.
« Bon ? souffla Sinbad en s'affalant sur l'encolure de son cheval. C'est un joli coin, on est d'accord. Mais on va battre la semelle toute la nuit ?
— La clef se trouve derrière une pierre branlante, sous le auvent, annonça Elsa pour reprendre contenance. Le couple que j'ai engagé pour entretenir le domaine a dû passer il y a quelques jours à peine. Nous serons bien installés. »
Neville descendit de son lusitanien et mena le groupe vers le perron, mais Draco ne bougea pas. Il avait peur d'avancer et de se faire engloutir par le flot d'émotions qu'il peinait à contenir. Palabrer au sujet du Majordome Ulrich l'avait quelque peu aidé à se remettre et pourtant, sa détresse revenait avec force.
Car il savait que derrière le rocher, sur le bord du lac, se trouvaient les tombes de son oncle et de sa tante.
« Tu ne viens pas ? »
Potter était à terre et tenait le selle français de Draco par la bride. Son regard inquiet l'obligea à prendre une longue inspiration pour calmer ses nerfs et il cessa de se tordre les doigts. Il ne pouvait pas se permettre de flancher en public, mais la présence de cet homme, plus que n'importe quel autre, affolait son cœur. Ce qui l'agaçait prodigieusement.
Cependant, le pire était de sentir cette pointe de curiosité et d'espoir qui ne lui appartenait pas. Il l'avait déjà perçue la veille au soir et, s'il avait trouvé la sensation étrange, il ne s'était pas posé plus de questions… jusqu'à présent.
Jongler entre ses deux vies et ses deux mémoires foncièrement différentes était devenu une habitude. Des expériences variées avec quelques similitudes, des sentiments qui étaient les siens sans l'être totalement, ressentir de l'amour ou de la colère envers des personnes inconnues de sa version "étudiant à Poudlard", ou encore découvrir des relations et des ententes inattendues. Le temps avait eu raison de sa résistance, il avait fini par en prendre son parti. Parfois, il tentait encore de dissocier "Elsa" de "Draco" sans grand succès : ils s'accordaient si bien que l'exercice devenait futile. Il avait l'impression que sa vie changeait, tout en restant la même. Il se percevait juste… d'une nouvelle façon. Et posait un regard neuf sur son entourage.
Alors il pouvait reconnaître ses propres émotions, après s'être tant penché dessus. Et celles-ci ne venaient définitivement ni du Serpentard, ni de la reine…
Tout à coup, la compréhension manqua de le faire chuter alors qu'il s'apprêtait à descendre de cheval et Harry lâcha son propre pur-sang pour le rattraper.
Odette !
La plume ! La maudite âme que sa mauvaise amie la fée lui avait imposée ! Ce ne pouvait être qu'elle ! Il n'aimait pas du tout qu'elle l'envahisse à ce point et encore moins comprendre qu'elle se manifestait avec la présence de Potter !
« Tu vas bien ? »
Stupide Potter et son horripilante prévenance qui ne l'aidait pas du tout ! Sa main chaude de guerrier s'était posée sur sa cuisse pour l'empêcher de chuter, et les crétins de papillons fouettaient le bas de son ventre de leurs grandes ailes enragées. En plus de l'espoir, il percevait à présent une joie inopportune qui n'arrangeait pas ses affaires. Idiote Odette qui avait décidé de ne plus rester une simple passagère dans son esprit !
« Je vais bien, grinça Draco, les dents serrées. C'est seulement… Je dois juste…
— Je comprends, éluda Arthur en resserrant sa prise sur le licol de la monture pour mieux l'immobiliser. Tu dois gérer le flot de souvenirs d'Elsa, en plus de ses émotions. C'est déstabilisant. Je vais t'aider à descendre.
— Non, je peux…
— J'insiste. »
Imbécile, crétin, stupide, abruti, idiot ! Il ne voulait pas connaître la teinte de son visage, mais sa carnation devait être proche de la tomate ! Il s'insultait de ne pas avoir la force de protester. Au contraire, il prit la main que lui tendait Arthur, celle qui se trouvait sur sa cuisse deux secondes auparavant, et appuya de tout son poids sur le bras lorsqu'il passa sa jambe au-dessus du palefroi. Harry lâcha le filet pour le tenir de l'autre main et suivre sa descente jusqu'au sol.
Le cheval fit deux pas de côté, Draco toucha terre… mais ils ne se lâchèrent pas.
Ils étaient si près l'un de l'autre. Il sentait son souffle sur le haut de son visage baissé, incapable de lever les yeux. Son regard se perdait sur la peau légèrement découverte, sous le col délacé de sa chemise en lin grenat. Un épiderme cuivré par le soleil et les voyages, rendu luisant par la journée de chevauchée. Et si brûlant ! Il percevait sa chaleur sur toute la surface de son corps, ce qui n'améliorait pas sa propre fièvre. Le parfum de bois et de musc l'enveloppait dans un cocon ouaté et le coupait du reste du monde. Il en oubliait où il était et avec qui.
Il se sentait bien, en sécurité. Cette paume posée sur sa taille lui donnait des frissons de délices. Il avait envie de… Il ne savait pas quoi. Juste, de plus. Plus de contact. Plus de chaleur. Plus de fragrance. Tout cela était à lui. Pour lui. Il en avait l'intime conviction. Peut-être que s'il levait les doigts et…
« Vous faites quoi ? »
Arthur et Elsa se séparèrent d'un bond, plus rouges qu'une cerise bien mûre.
Sinbad. Détestable Blaise. Il aurait dû vouloir le remercier, mais l'exécrait pour avoir brisé cet instant de…
Mais à quoi pensait-il ?! C'était Potter, bon sang ! Il devait se reprendre. Était-ce Odette qui l'avait influencé à ce point ? Ou était-ce le faible de la Reine Elsa pour le Roi Arthur qu'il n'assumait pas du tout ? Évidemment, le "toc toc" qui l'avait empêché de s'envoyer en l'air avec son amant préféré ne s'était pas manifesté quand il était dans les bras du roi. C'était insupportable ! Avait-il perdu son libre-arbitre ?
« J'amène les chevaux à l'écurie. »
Harry prit les rênes de leurs deux montures et partit précipitamment sans un mot de plus. Draco était partagé entre l'envie de le retenir, de le rejoindre, ou de le laisser s'éloigner. Ses multiples personnalités n'avaient jamais été aussi présentes et contradictoires ! Être Elsa et Draco en même temps n'était-il pas suffisant ? Devait-il en plus se coltiner Odette ? Il avait envie de pleurer.
« Tu veux vraiment te taper Potter ? »
Le regard choqué qu'il lui envoya dût répondre à sa place, car le pirate esquissa un sourire sournois.
« Me dis pas que t'y as jamais pensé, lui susurra-t-il en s'approchant de son oreille. Avec ses gros muscles de combattant en armure, sa peau bronzée par toutes ses aventures, ses épaisses mains de…
— Il suffit ! s'écria Elsa en reculant, mortifié à l'évocation des mains qui l'excitaient tant. Tu délires ! Et de toute façon, cela ne te regarde pas.
— Un peu, quand même ! J'aimerais bien savoir si le balafré est meilleur que moi. C'est peut-être pour ça que tu me repousses, maintenant ? T'as trouvé mieux ailleurs ? Il te fait quoi pour que tu le préfères à moi ?
— Tu vis en pleine féérie, ma parole !
— Oui, c'est le cas de le dire.
— Je ne plaisante pas ! Il est Harry Potter et je suis Draco Malfoy ! Dans quel monde pourrions-nous avoir une telle relation ?
— Là, c'est toi qui délires. Mais ça veut dire que t'as pas encore goûté aux délices du "Héros". Tu peux pas encore me dire si sa queue est digne de sa légende.
— Cesse immédiatement cette fantaisie ! Cela n'arrivera jamais !
— Mais oui, mais oui. Promets-moi que tu me raconteras. Je veux tout savoir.
— Tu m'énerves ! »
Partagé entre la colère, l'embarras et le doute, Draco voulut s'enfuir vers le manoir sous le rire gras de son meilleur ami, quand celui-ci le retint par le bras.
« Réfléchis bien, lui dit-il, l'air soudain sérieux. Il est roi d'un autre pays, en plus d'être un homme marié. C'est autre chose que se taper son capitaine corsaire. »
La reine ouvrit grand les yeux, hébété. Heureusement qu'il le connaissait bien, il aurait pu le faire fouetter pour l'offense.
« Au risque de me répéter : ce ne sont pas tes affaires, cracha-t-il en se dégageant d'un geste sec. J'ai beau être ton ami, je suis aussi ta souveraine. Tâche de ne plus l'oublier. »
D'un mouvement hautain, il se détourna la tête haute et s'éloigna. S'il prenait en considération leur enfance à Poudlard, leur sympathie et leur intimité, il en avait peut-être fait un peu trop. Mais il ne lui avait pas laissé le choix. Il était son vassal, c'était un fait. Et il y avait des limites à ne pas franchir !
Cependant, il ne savait plus où il en était : il pensait ce qu'il avait dit à Blaise sans vraiment y croire. Au moins, sa mélancolie avait été évincée par le désir, les sous-entendus salaces de son ami et son outrecuidance. Devait-il remercier Elsa, Odette ou Sinbad ? Il ne savait plus et s'en moquait ! Il préférait rejoindre le calme Lancelot et partager leurs…
Soudain, à l'instant où il franchit le seuil de la porte d'entrée, le passé vint le fouetter plus durement qu'une claque en pleine figure. Tout était l'exacte réplique de ses souvenirs confus, de plus en plus nets à chaque seconde. Les flashs se succédaient où qu'il pose le regard et le laissaient sonné.
La dalle fissurée depuis toujours et pour laquelle il avait inventé des récits épiques digne des plus grands romans fantastiques. Les encoches sur le linteau de porte, où tante Béfinn mesurait chaque année sa taille. La tâche noire sur le mur, accident malencontreux de son cousin avec une bougie, et qu'oncle Ninian avait frotté de toutes ses forces pour que sa femme ne remarque rien. Le porte-manteau qu'il avait cassé et qu'Ulrich le fâcheux avait si bien réparé que personne ne s'en était aperçu. Le petit banc sur lequel il s'asseyait, le temps que sa femme de chambre attache ou détache ses chaussures. Ou le portrait juste en face, qui représentait une version jeune de son père, le Roi Dymas, en compagnie de son grand-frère Ninian et de leurs parents, et qu'Elsa admirait le temps de se faire lacer ses bottines en se demandant s'ils avaient vraiment été ces adolescents un jour.
Il croyait se souvenir de tout, mais chaque élément faisait surgir une nouvelle anecdote dans son esprit. Le détail d'une vie. De plus en plus réelle. Et il suffoquait face à cette foule d'informations, plus étouffantes, torturantes, tristes et joyeuses les unes que les autres.
Lancelot se trouvait aussi dans ce vestibule, pétrifié. Ils échangèrent un regard larmoyant et surent qu'ils se remémoraient les mêmes histoires futiles, mais intenses.
Ils rirent. D'un rire mouillé, proche du sanglot. Chargé d'une bienheureuse affliction, comme des regrets pleins de satisfaction, d'un temps douloureusement passé qu'ils étaient heureux d'avoir vécu. Et ils n'étaient que dans l'entrée du manoir.
« Les chambres sont parfaites ! s'exclama Hermione en redescendant l'escalier de bois. Je ne m'attendais pas à autant de confort. Les gens que vous avez engagés sont consciencieux, Majesté.
— Audhild n'est pas là, se reprit avec peine Draco, la voix stable par miracle. Tu n'es plus obligée de me faire des ronds de jambe.
— J'ai pris l'habitude, répondit la jeune femme en haussant les épaules, peu intéressée. C'est assez facile maintenant que tu as une vraie raison d'être hautain. C'est peut-être cela qui te rend plus supportable ?
— N'en profite pas trop non plus.
— Où se trouve mon r… Harry ? demanda Neville.
— Parti amener les chevaux à l'écurie. Il doit y avoir un peu de foin frais, les gardiens en ramènent toujours plus que nécessaire, au cas où des voyageurs auraient besoin d'un endroit où se reposer pour la nuit.
— Celui-là… grommela le chevalier. Il aurait pu m'appeler pour l'aider, quand même !
— Des voyageurs ? reprit Belle, intriguée, alors que Lancelot ressortait. C'est gentil à eux d'offrir ainsi le gîte à des pèlerins, bien que ce soit une propriété privée. Leur en as-tu donné l'autorisation ?
— Évidemment, siffla Elsa. Crois-tu que je l'aurais su dans le cas contraire ?
— Mais n'as-tu pas peur que ces vagabonds vandalisent le manoir ? Ils pourraient forcer la porte et…
— Ils le feraient s'ils le voulaient, peu importe l'équipement de l'étable. Je crois que mes gardiens laissent aussi quelques biscuits secs en hiver, au cas où. Mais l'endroit est reculé, loin des routes fréquentées. Personne ne s'attarde sur les terres du pays sauvage de Diana. Les personnes qui ont connaissance de ce lieu se comptent sur les doigts des mains, il n'y a jamais eu d'effractions à déplorer. Par contre, un peu de paille qui disparaît, des clous pour re-ferrer les chevaux, de l'huile prise pour les lampes, ou quelques bûches pour faire un feu… L'un de ces visiteurs impromptus a même laissé une petite pièce en remerciement. Lorsqu'on montre un minimum de savoir-vivre et de générosité, les gens sont plus intègres qu'on le pense.
— Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Draco Malfoy ?
— Très drôle.
— Je suis sérieuse. Je te pensais plutôt… misanthrope.
— Tu ne me connais pas, Grang… "Weasel". Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis Poudlard. Et dans ce monde, je suis reine depuis l'âge de onze ans. Les responsabilités m'ont contraint à la tempérance et aux concessions.
— Onze ans ? C'est très jeune !
— À qui le dis-tu ? Si tu as fini avec tes questions, j'aimerai savoir si ma dame de compagnie a trouvé ma chambre. Je ne voudrais pas qu'elle installe mes affaires ailleurs.
— En vérité, j'en ai une autre : pourquoi le pays sauvage de Diana est-il si peu visité ? De ce que j'en ai vu, il n'est pas inhospitalier. Je suis étonnée qu'aucun noble n'ait souhaité le revendiquer comme sien.
— Cela s'est déjà vu, mais ne s'est jamais bien terminé. Pour diverses raisons. C'est à cause de cela que la région a gagné sa réputation de lieu maudit. Selon la légende, quiconque s'établirait sur ces terres serait destiné à une mort violente. Les gens de passage ne restent jamais plus longtemps que nécessaire.
— Tu… Ton oncle et ta…
— Je sais, trancha-t-il d'un ton plus rude que voulu. J'ai déjà fait le lien. Mais ce n'est pas une preuve pour autant. Sinon, pourquoi Lancelot serait-il encore en vie ?
— Certes… Cette notoriété est ancienne, j'imagine ?
— Très. Mais je ne sais pas quand ni comment elle a commencé. Est-ce important ?
— Pas vraiment… Je suis juste curieuse.
— Tu devrais trouver ton bonheur dans la bibliothèque, soupira Draco en se demandant pourquoi il ne l'avait pas envoyée là-bas plus tôt. Oncle Ninian et tant Béfinn aimaient se renseigner sur ce pays, même si le sujet ne m'a jamais attiré.
— Une bibliothèque ? s'exclama Hermione, des étoiles dans les yeux. Où se trouve-t-elle ? Et pourrais-je…
— Emporte tous les ouvrages que tu voudras, la coupa-t-il, las. Ils seront plus utiles avec toi qu'en prenant la poussière ici. Aie juste un peu de pitié pour ton Philibert qui devra porter tout ça. C'est la troisième porte à droite, dans ce couloir.
— Merci ! »
Elle ne l'avait même pas regardé tant son attention était concentrée sur l'endroit qu'il venait de pointer du doigt. À peine eut-il fini de parler qu'elle se précipitait déjà dans le long corridor aux volets toujours clos. Existait-il un univers dans lequel cette assoiffée de savoirs n'était pas plus excitée devant un livre qu'un enfant face à un magasin de friandises ?
Pensif, il se dirigea à pas lents vers l'escalier, peu enclin à la suivre : il n'avait pas envie de se plonger dans cette obscurité, de peur de découvrir d'autres fantômes de son enfance. Il en avait déjà trop à croiser dans les étages.
Il se préparait mentalement aux pénibles flashs, quand des pas précipités se firent entendre.
« Au fait ! s'écria Hermione, essoufflée d'avoir couru. J'ai une dernière question !
— Encore ?!
— Si la route la plus fréquentée du pays, qui relie probablement Rosa et le Bois Dormant, se trouve si loin de ce lac. Pourquoi la carte de la Fée Bleue a-t-elle indiqué un chemin qui passait par ici ? »
Là, il n'eut pas du tout envie de répondre…
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La tête posée sur l'épaule de sa monture, Harry inspira longuement et expira… Peut-être n'aurait-il pas dû aider Malfoy à descendre de son selle français ? Non, il avait bien fait : les souvenirs d'Elsa avaient l'air de beaucoup le perturber, il ne se serait jamais pardonné s'il était tombé. Par contre, il aurait mieux fait de s'éloigner sagement, une fois la reine en sécurité sur le sol… Mais cela avait été impossible. Pas alors que son parfum de rosée du matin avait inondé ses narines et bloqué ses neurones.
Il sentait encore la chaleur de son corps et la finesse de sa taille sur sa main. Il aurait payé très cher le droit de soulever l'ennuyeux tissu pour caresser sa peau douce. Le droit de baiser ses doigts fins. De se coller contre lui. Se plonger dans ses yeux d'argent. Approcher ses lèvres et…
« Sire ? »
Arthur se redressa d'un coup et reprit son brossage comme si de rien n'était. Non, il ne venait pas de passer dix minutes à fantasmer sur son ancien ennemi. Ce n'était qu'une illusion. Cela devait être une illusion !
« Lan… Neville ! s'exclama-t-il avec un grand sourire forcé. Tu n'es pas avec les autres ?
— Vous auriez pu m'appeler. Je vais m'occuper de l'écurie, allez plutôt vous installer.
— Laisse. J'ai toujours aimé passer du temps à entretenir les chevaux. En tant qu'écuyer de Sire Antor, c'est une tâche que j'ai accomplie moult fois. Cette habitude me manque, en Loegrie. Elle m'aide à réfléchir et à me calmer.
— Il vous faut vous calmer ? »
L'idiot ! Pourquoi avait-il dit cela ? Le roi serra plus fort la brosse et ses gestes se firent moins précis. Quelle excuse trouver ? Vite !
« J'en ai besoin aussi, déclara finalement le chevalier en soulevant le sabot du palefroi de la reine pour le récurer. Je savais que les souvenirs de Lancelot viendraient me harceler dès notre arrivée au lac, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. »
Harry se sentit stupide. Trop centré sur sa personne et son désir grandissant pour Malfoy, il en oubliait le reste du monde. Elsa n'était pas le seul à devoir affronter la nostalgie d'une autre vie, son vassal aussi. Peut-être même plus, puisqu'il s'agissait de la demeure de son enfance.
« Désires-tu en parler ?
— Avec Elsa, surtout. Maintenant que la mémoire revient, que tout m'apparaît avec plus de clarté, je me rends compte qu'elle m'a beaucoup manqué. Plus le temps passe, plus je suis heureux de vivre ces quelques mois près de lui. C'est inattendu… de bien des façons.
— Tu l'aimes vraiment.
— Elle était si petite, la première fois que je l'ai vue, sourit Neville en poursuivant sa tâche d'un air distrait, le regard lointain. À cinq ans, elle était vraiment minuscule ! Il faisait nuit noire, il y avait un violent orage, ses yeux étaient rouges d'avoir trop pleuré et elle avait l'air terrifiée. J'étais encore bien jeune, à l'époque. D'instinct, j'ai voulu la protéger.
— Elle t'a repoussé, n'est-ce pas ? s'amusa Arthur en se remémorant l'air revêche de la petite fille qu'il avait également aperçu, vingt-trois ans auparavant.
— J'ai cru qu'elle allait me mordre quand j'ai osé poser ma main sur son épaule, rit Lancelot. J'ai dû y aller en douceur, comme pour amadouer un chat sauvage. Cela a pris du temps, mais nous sommes devenus inséparables. Elle était, est et restera toujours ma très chère petite sœur.
— Je vous envie : qu'importe mes vies, j'ai toujours été enfant unique. Orphelin et seul… Même si Sire Antor, et son fils Keu, ont été ce qui se rapproche le plus d'une famille pour moi.
— Ma situation n'était pas des plus enviables : qu'importe l'amour que Père Ninian et Mère Béfinn m'ont donné, je n'en demeure pas moins une pièce rapportée. J'aurais beau le souhaiter de toutes mes forces et prier des nuits entières, mon rêve ne se réalisera pas. Jamais je ne pourrais faire partie de la famille royale de l'Île Fortunée. Je ne serais jamais un Camlann, mon sang et la loi ne le permettent pas. C'est la raison pour laquelle je suis parti vers un autre Royaume, au lieu de gagner mon titre de chevalier auprès de la couronne d'Avalon, comme on aurait pu s'y attendre.
— Et j'en remercie le ciel : cela m'a permis de gagner un ami, en plus d'un grand chevalier. »
Neville lui envoya un sourire reconnaissant. Arthur n'eut pas besoin de l'entendre pour comprendre que son homme lige était également heureux de sa situation. Il n'y avait pas uniquement un lien de féodalité entre eux : ils étaient aussi des frères d'armes. Pour eux, cela signifiait beaucoup.
« Tu ne me l'as jamais raconté, mais… hésita soudain Harry, curieux. Sais-tu comment tu as atterri près de ce lac ? Comment Sire Ninian et Dame Béfinn en sont venus à t'adopter ?
— Non, grimaça le chevalier, l'air perdu. J'ai posé la question une seule fois à Père Ninian, mais il n'a pas voulu me répondre. Je ne sais pas pourquoi…
— Selon la légende du vrai monde, le Chevalier Lancelot est l'enfant du Roi Ban de Bénoïc. Il a été enlevé à la mort de celui-ci par la Fée Viviane, la Dame du Lac. D'où son nom.
— Je me souviens, mais je m'imagine très mal en prince. Ce roi a effectivement existé dans cet univers de Contes. Il est bel et bien mort lors de l'incendie de sa capitale, Trèbe, comme le stipule l'histoire que nous connaissons. Les circonstances sont un peu floues, mais je crois que son fils est également décédé avec lui. Sa femme, la Reine Hélène, s'est faite religieuse pour les pleurer et le Royaume de Bénoïc est tombé en désuétude avant d'être intégré à Loegrie. Grâce à vous.
— Cela coïncide avec le récit, dans nos autres vies. Et si…
— Mais qui serait cette "Viviane" qui m'aurait soi-disant enlevé ? le coupa Neville, d'un ton plus agressif que voulu. Je veux dire… J'imagine très mal Mère Béfinn dans ce rôle. Elle et Père Ninian m'ont adopté officiellement, au vu et au su de tous. Il n'y a eu aucun enlèvement et personne pour me réclamer.
— Je ne sais pas… Peut-être une autre métaphore étrange ? Je ne compte plus le nombre de divergences que je constate entre ma connaissance des contes et ce que nous vivons en ce moment.
— Nous ne saurons probablement jamais la vérité. Ou plutôt, la vérité de ce monde-ci. Et cela ne m'intéresse pas. Je suis très bien tel que je suis, je n'ai plus ni l'envie ni le désir de connaître mon passé. Père Ninian et Mère Béfinn étaient mes parents et je suis à présent orphelin. C'est un fait que rien ni personne ne pourra m'enlever, même si je ne pourrais jamais porter leur nom si prestigieux. Mes racines sont ici, dans ce lac dont j'ai pris le patronyme. »
Ces affirmations laissèrent Harry songeur. Même sans les avoir connus, que cela soit dans cette vie ou dans l'autre, il avait toujours su qui étaient ses parents. Tardivement, certes.
Il se souvenait un peu trop bien de son choc lorsqu'il avait appris être le fils illégitime d'Uther Pendragon ou l'enfant naturel des fiers combattants Potter. À chaque fois, l'héritier d'une immense fortune et d'un patrimoine ancestral. L'unique descendant d'une lignée pure… que son père avait entaché en l'engendrant avec sa mère. Que cela soit hors mariage ou avec une née-moldue. Qu'il soit sang-mêlé ou bâtard, le résultat était le même. Il ne les avait jamais connus et avait su leur identité qu'après leur mort.
C'était sans doute le plus grand regret de son existence, qu'il soit Harry Potter ou le Roi Arthur. Alors il avait du mal à comprendre les sentiments de Lancelot. Lui aussi avait eu une famille de substitution en la personne de Sire Antor. Il ne comptait pas les Dursley, pour qui il avait très peu d'estime. Sire Antor et son grand-frère nourricier Keu avaient été plein de bonté avec lui. Du moins, autant que les circonstances le permettaient. Une fois roi, il avait même fait de Keu son Sénéchal, malgré les nombreux défauts de cet homme et leur mauvaise entente passée.
Cependant, il observait souvent le portrait d'Uther Pendragon et s'abreuvait de ses récits dans les livres. Il espérait ainsi se rapprocher un peu de lui, afin de pallier ce manque dans son enfance. Il aurait donné toute sa fortune et ses titres sans hésitation pour une seule journée avec lui.
« C'est moi qui ai appris à Elsa à monter à cheval, déclara tout à coup Neville en flattant la croupe du selle français. Sur un petit poney Welsh au caractère le plus doux que j'ai connu.
— S'est-il mieux débrouillé qu'à l'épée ? demanda Harry, ravi du changement de sujet.
— Bien mieux, oui. Le jour et la nuit ! Il n'a pas cette facilité avec les animaux qu'on pourrait attendre d'une princesse de conte de fées, mais il est doué en équitation. Hugin, Munin et Ratatosk sont des exceptions, je pense.
— Dommage : j'aurais adoré le voir chanter et ameuter toute la faune des environs pour l'aider à faire le ménage.
— Le ménage ? s'étonna Lancelot. De la part d'une reine ?
— C'est un classique des histoires moldues.
— Je connaissais vaguement leur image d'une belle jeune fille amie des animaux, mais je ne pensais pas que cela irait jusqu'aux tâches ménagères. Surtout s'il s'agit d'une personne royale. Les moldus sont un peu étranges, non ?
— C'est plus compliqué que ça, tergiversa Harry, peu enclin à débattre du sujet. Je te raconterai un jour, si ça t'intéresse.
— En tout cas, ne vous attendez pas à ce qu'il passe le balai ou prépare le repas, sourit Neville. Ce ne sont pas vraiment des activités que je le verrais pratiquer, qu'il soit Malfoy ou la Reine Elsa. »
Harry gloussa de cette image si peu réaliste. Effectivement, il voyait mal l'orgueilleux héritier dépoussiérer les meubles en sifflant, comme aurait pu le faire Blanche-Neige ou Cendrillon. Quoi que, cette dernière n'était techniquement pas une princesse durant ses instants domestiques.
« Le jour où je vois Draco user de l'huile de coude, je veux bien bouffer mon tricorne. »
Les deux guerriers se tournèrent vers l'entrée grande ouverte des écuries pour voir Blaise, tranquillement appuyé contre le chambranle en train de se couper les ongles au poignard.
« Depuis combien de temps nous écoutes-tu ? demanda Arthur, agacé.
— Depuis assez longtemps pour savoir que si mon Petit Prince adore se faire défoncer le cul par des étalons, c'est sûrement pas grâce à Lance-muche.
— Qu… !
— Audhild a fini le repas, coupa Sinbad en rangeant son arme. Grouillez-vous. »
Et il partit sans un mot de plus. Harry se retint de lui courir après pour lui mettre son poing dans la figure. Quel culot !
« Qu'est-ce qui lui prend ?! grogna-t-il, excédé. Je ne l'ai jamais entendu manquer autant de respect à sa reine et meilleur ami !
— Il vous provoque. »
Harry observa Neville, les yeux ronds comme des soucoupes.
« Pardon ?
— Pardonnez mon impolitesse, mon roi. Mais… »
Que se passait-il donc ? Arthur n'aimait pas beaucoup la tournure de la conversation. Voir son chevalier tant hésiter à lui parler ne lui disait rien qui vaille. Celui-ci serrait dents et lèvres, les sourcils froncés, les gestes brusques et le regard fuyant. Il n'allait pas aimer ce qui allait suivre.
« Cela ne me regarde pas, mais… poursuivit finalement Lancelot. La Reine Elsa n'est pas femme à… ou homme à courtiser. »
Le sang quitta le visage de Harry. L'éponge gorgée d'eau dans la main, il interrompit la toilette du lipizzan gris tacheté. Avait-il bien entendu ?
« Je n'ai aucun droit de me mêler de vos affaires privées. Cependant, en tant qu'ami, je me dois de vous rappeler que vous êtes roi. Et marié… Et Elsa, ou Malfoy, n'est pas n'importe quelle jolie jouvencelle croisée au détour d'un chemin. Vous ne pouvez pas en faire l'une de vos maîtresses. Même de retour dans le vrai monde, ce sera compliqué. Et puis, êtes-vous certain qu'il ne s'agit pas d'une simple tocade dûe à sa belle apparence de semi-elfe ?
— Neville…
— Il n'est pas aussi beau et féminin dans notre réalité. Certes, il n'est pas désagréable à regarder, mais il demeure un homme, un être humain ordinaire, en plus d'un ancien Mangemort. Que nous soyons dans cet univers ou dans l'autre, le moindre lien avec lui se doit d'être pesé et mesuré. Alors une relation plus poussée serait… Je ne dis pas que c'est inimaginable, mais… ou peut-être que si, un peu… Seulement…
— C'est bon, l'interrompit Arthur en reprenant sa tâche. J'ai compris, tu peux cesser de te torturer. »
Il donna un dernier coup de spongiaire sur la croupe du coursier et jeta les outils dans une caisse non loin. Puis, il attrapa ses sacoches pour les passer par-dessus son épaule.
« Et tu as raison : cela ne te regarde pas. »
[===]
La Bête observait le lit propre sous le drap qu'il venait de retirer. Un lit double. Où il dormirait seul.
Il avisa le pot de chambre sur la commode et se demanda qui le viderait puisqu'il n'y avait pas de serviteurs. Il ne pouvait pas demander à Audhild : elle était une noble et n'avait sûrement jamais fait cela de sa vie. Comment faisait Elsa ? Ou Arthur ? Allait-il devoir s'en charger lui-même ? Aurait-il dû prendre un domestique avec lui ?
Ron grogna contre sa bêtise : il n'était pas un roi incapable et peureux à l'idée de nettoyer son propre pot de chambre, que diable ! Pourquoi se sentait-il autant désemparé ?! Il n'aurait qu'à sortir faire ses besoins dehors, s'il n'y avait que cela pour le perturber !
Fier de cette décision, il jeta sur le matelas les lourdes sacoches qu'il avait sur l'épaule… et se demanda quoi faire. Il n'avait rien de spécial à ranger ou à préparer pour la nuit… si ? Que faisaient ses valets, d'habitude ? Il n'y avait pas de brosse à dents, de dentifrice et encore moins de douche dans ce monde. Et pas vraiment le même type de magie que chez lui. Mais alors… D'où sortait l'eau avec laquelle il se lavait tous les jours ? Des femmes de chambre le lui portaient sans qu'il n'ait rien à demander. Comment faisaient-elles ? Elles n'allaient tout de même pas puiser au puits. Si ?
Perdu, il étudia le lieu du regard. Si les meubles étaient encore recouverts de l'étoffe qui les empêchait de prendre la poussière, il devinait de quoi il s'agissait rien qu'à leur forme. Et il ne voyait pas de baignoire. Y avait-il une salle-de-bain commune dans ce manoir ?
Il ouvrit ses crocs de monstre et les referma aussitôt. Quel crétin ! Il avait failli questionner un fauteuil ! Ici, les objets n'étaient pas animés. Il avait pris l'habitude de parler à son miroir ou à son vaillant petit tabouret de bois, toujours prêt à lui rendre service. Pourtant, dans cette pièce, tout était mort… Immobile. Silencieux. Figé.
Il n'était plus à Rosa.
Le pincement qui tordit son cœur le prit par surprise. Il s'était attaché à ses breloques étranges et à cette vie inattendue dans des pièces qui semblaient pourtant inoccupées. Il ne se sentait jamais seul, dans son château. Mais ici, la solitude commençait petit à petit à l'angoisser. Ce n'était pas normal d'être coutumier des guéridons sautilleurs et autres ustensiles gigotants. Pourtant, Ron se surprit à fixer le coussin posé sur le rebord de la fenêtre et à espérer qu'il prenne vie.
« Qu'est-ce tu fous ? »
La Bête se tourna d'un bond et son volume de monstre envoya valser le pot de chambre à côté de lui. S'il était familier des objets animés, il ne parvenait pas à s'acclimater à toute cette masse velue. Sa gaucherie le fit grogner de frustration et il jeta un regard mauvais vers son visiteur malvenu.
« Qu'est-ce que tu veux ? gronda-t-il.
— Du calme, la bestiole ! se défendit Blaise en levant les deux mains en un geste de défense ironique. Tu regardais dans le vide avec des yeux de poisson mort, y avait de quoi se poser des questions.
— Si tu ne fais que passer, poursuis ta route ! rugit la Bête, hors de lui.
— T'es venu avec nous juste pour faire la gueule ? T'arrête pas depuis hier soir. Et après, ça dit que c'est pas un gars colérique. C'est ça, ouais.
— Va-t'en !
— Ouais ouais, j'me casse. » s'éloigna Zabini en agitant une main désinvolte dans les airs.
Cette ordure de pirate partit hors de sa vue, mais le mal était fait : Ron était dans une rage folle. Il avait senti la fureur bouillir ses veines et brûler son œsophage quand le broc s'était brisé contre le mur. Le sentiment d'avoir blessé quelqu'un ne le quittait pas, même si cela était irrationnel. Ce qui l'énervait d'autant plus ! Avoir été surpris dans ce moment de faiblesse augmentait plus encore son ire. Et ce n'était rien comparé à l'idée d'avoir été surpris par ce serpent-là, précisément !
Il haïssait cet homme depuis l'instant où il l'avait vu oser adresser un clin d'œil à sa femme ! Son comportement de petit con provocateur n'aidait pas à améliorer l'image qu'il avait de lui. C'était simple : il voulait le frapper dès qu'il l'apercevait. Se retenir ne l'aidait pas à se calmer.
« Ah oui ! »
Ron se retourna d'un bond vers l'entrée, le regard furibond, et manqua de se prendre les pieds dans le drap qu'il avait laissé tomber sur le sol.
« QUOI ?!
— Calmos la Bébête, sourit Sinbad, ravi de son petit effet. Audhild m'a juste demandé de prévenir tout le monde que le repas était bientôt prêt. »
Pour toute réponse, Adam fit deux pas vers la porte et claqua le battant au nez du pirate ricanant.
[===]
Draco caressait l'écusson familial qui ornait le manteau de la cheminée dans sa chambre. Sa chambre. Celle qu'il avait occupée durant quatre années. Si peu de temps et tant de souvenirs. La gorge nouée, il se laissa engloutir par sa mémoire.
La première nuit qu'il avait passée ici, durant laquelle il n'avait pas pu fermer l'œil avant de s'évanouir de fatigue au petit matin. Les discrètes encoches, à peine cachées par l'ombre de la bibliothèque, qu'il avait commencé à marquer pour compter ses premiers jours en ces lieux. Les malles qu'il n'avait pas voulu ranger pendant des semaines, jusqu'à ce qu'Ulrich le fâcheux s'en charge à sa place. Les draps qu'il avait fait changer pour d'autres en soie blanche, sans savoir si son caprice était lié à la teinte, à la matière, ou à son besoin de retrouver un peu du palais. Les rideaux qu'il avait détesté de prime abord, puis qu'il avait fait mettre à la fenêtre de ses appartements d'Arendelle pour avoir l'impression d'être toujours chez son Oncle au réveil. Le buste de sa mère, auparavant posé sur la commode, qu'il avait pris lors de son départ afin de garder un bout de ce lac près de lui.
Il ne savait combien de minutes ou d'heures s'étaient écoulées, quand deux bras s'enroulèrent autour de sa taille. Le parfum caféiné de Blaise envahit ses narines et il se retourna avant qu'il ne puisse loger son nez contre sa nuque.
« Que viens-tu faire ici ? lui demanda-t-il en posant une main ferme sur sa poitrine pour le maintenir à distance.
— J'espérais prendre un peu de bon temps ?
— Vraiment ?
— Et compenser mon insolence de tout à l'heure en te faisant profiter de mes meilleures techniques. Tu sais ? Celles qui te font hurler de plaisir.
— Ne doutes-tu jamais de rien ?
— Pas de ça, sourit-il en se rapprochant.
— Ne crains-tu pas qu'Audhild nous interrompe ?
— Elle est trop occupée à mettre le couvert, susurra le pirate en glissant ses paumes dans son dos. On a assez de temps pour…
— Le couvert ? s'étonna Draco en le repoussant une nouvelle fois. Déjà ? Nous devrions…
— Change pas de sujet. On va vraiment plus jamais baiser ? C'est fini ?
— Ne sois pas mélodramatique. Ce n'est pas parce que je n'ai pas envie aujourd'hui que…
— Quatre jours ! Bordel de merde, Draco ! Quatre ! J'en peux plus, moi !
— N'as-tu pas couché avec Belle, entre-temps ?
— C'était le même jour qu'avec toi.
— Quelle énergie… Et Audhild ?
— C'est toi que je veux !
— Cesse tes jérémiades, grommela-t-il en s'éloignant. Tu devrais faire plus attention à elle ! Tu lui plais, il n'est pas correct de ta part de… »
Il fut coupé par une forte poigne qui le tira par le bras. En deux secondes, il bascula en arrière, se retrouva emprisonné dans des bras, une main agrippa le haut de sa tresse pour l'obliger à lever le visage et des lèvres s'écrasèrent contre les siennes. Une langue profita de sa surprise pour forcer le passage et envahir sa bouche.
Un signal d'alarme rugit dans son esprit. Non. Non !
Non !
Draco poussa Blaise de toutes ses forces et son poing fusa sur le visage du métis. Le choc fit tituber ce dernier, la main sur la pommette.
« Qu'est-ce qui te prend ?! vociféra Draco, rouge de colère et d'indignation. T'es ce genre de mec, maintenant ?!
— Wow… souffla Blaise, hébété. Ah ouais. Okay. C'est à ce point ?
— Tu t'attendais à quoi ?! J'espère que tu n'as jamais fait ça à quelqu'un d'autre, sinon… !
— Non. Toi et moi, c'est différent. J'ai cru que… mais… Bref. »
Le regard fuyant, Sinbad se racla la gorge et réajusta son caban. Une marque commençait à apparaître sur sa joue.
« J'ai compris. C'est dommage, c'était vraiment cool, toi et moi. Mais j'imagine que toutes bonnes choses ont une fin. Je te souhaite que ça soit pas trop la merde avec Potter, t'as pas choisi la facilité. Ça me saoule, tu mérites mieux que cet abruti… Enfin… C'est comme ça.
— Mais qu'est-ce que tu…
— Le repas est prêt, on doit descendre. »
Il s'apprêtait à partir quand ce fut au tour de Draco de le retenir par le coude. Il ne comprenait pas ce qui était en train de se produire, une boule d'angoisse commençait à lentement s'accumuler dans sa poitrine. Le pire était de ne pas savoir quelle en était la source. Et pourquoi Potter revenait encore dans cette conversation ?
« Que racontes-tu ? lui demanda-t-il, perdu. Tes mots sonnent comme des "adieux", souhaites-tu me quitter ? »
Blaise ouvrit des billes grosses comme des ballons. Sa question, sortie de nulle part, et la panique qui dansait dans ses prunelles le firent éclater d'un rire nerveux. Vraiment. Il n'y avait que son Petit Prince pour le surprendre à ce point. Et pour soulager sa peine, même quand il en était à l'origine.
« Navré de vous décevoir, ma reine, musa-t-il en lui caressant la joue d'un air espiègle. Vous ne vous débarrasserez pas de moi aussi facilement. Je compte bien vous coller aux basques jusqu'à la fin.
— Alors pourquoi dis-tu tout cela ? gronda Elsa, de nouveau en colère. Si c'est une blague, elle n'est pas drôle ! »
Un instant, il eut envie de lui expliquer… puis se ravisa. Depuis quand devait-il révéler les sentiments d'une personne à celle-ci ? C'était ridicule. Si son blondinet préférait se voiler la face, qui était-il pour l'obliger à ouvrir les yeux ?
Car il n'était pas aveugle, lui. Il avait bien vu la façon dont le balafré et lui se regardaient depuis quelques jours. Surtout deux heures plus tôt, quand ce connard de héros avait aidé son ami à descendre de cheval. La tension sexuelle avait été si intense qu'il n'avait pas pu s'empêcher d'intervenir. Un peu plus et ils auraient forniqué au beau milieu de la cour, les idiots ! Quelle pitié ! Ça l'avait tellement énervé.
Blaise avait espéré pouvoir profiter une dernière fois des charmes de son meilleur plan cul avant de lui dire "bye bye". Force était de constater qu'il était déjà trop tard : même inconsciemment, Draco ne pensait plus qu'à l'autre crétin. Il ne pouvait plus être à lui.
« Je peux te demander un service ?
— Tu ne manques pas de culot, grommela Elsa. Mais je vais être magnanime. Que veux-tu ?
— Juste un baiser. »
C'était osé. Pourtant, il ne voulait rien lâcher : il comptait bien tirer sur la corde jusqu'au bout et savourer tout ce qu'il pourrait voler à Potty. Ce n'était qu'un juste retour des choses, puisqu'il était question de son Petit Prince !
Draco poussa un soupir excédé et leva les yeux au ciel. Blaise avait gagné, il le sentait.
Son sourire s'étira jusqu'aux oreilles quand les mains de sa jolie reine vinrent enlacer son cou. C'était son moment ! Il allait prendre tout ce qu'il pouvait de cette occasion. Déguster chaque seconde, tirer encore plus de ce que Draco voulait bien lui offrir. Peut-être pourrait-il l'exciter assez pour lui donner envie de…
Elsa posa son front contre le sien, les lèvres étirées de malice.
« La prochaine fois, lui chantonna-t-il, fier de son coup. Je te l'ai dit : pas ce soir. »
Il s'était complètement fait avoir. Son ex-amant recula avec un clin d'œil, une joie cruelle sur le visage, et sortit de la chambre sans un regard de plus vers lui.
Blaise ferma les paupières de dépit. Même en sachant que son blondinet n'avait pas encore compris que c'était "leur dernière fois", même s'il concevait qu'il ne cherchait pas à lui faire mal, il lui en voulait d'avoir refusé son ultime vœu. Probablement avait-il cru lui faire une bonne blague ? Ça restait pénible. Une page cornée qu'il ne pourrait jamais tourner sans la déchirer. Un goût amer commençait déjà à infester sa gorge.
Tout ça pour ce salopard de chien fumier de Potter ! Il avait des envies de meurtre !
[===]
Hermione avait à peine levé le nez de son grimoire quand Audhild était venue lui annoncer que le repas était prêt. Mais pour ne pas faire attendre tout le monde, elle avait décidé de prendre plusieurs ouvrages avec elle. De toute façon, ce n'était pas un dîner cérémonial comme ils en avaient tant faits au château d'Églanteria. Ils n'étaient pas entourés de serviteurs aux aguets, ils s'autorisaient juste le luxe de ce manoir inoccupé, une étape bienvenue durant leur traversée de Diana.
Et elle avait raison : ils se trouvaient dans la cuisine, personne ne s'était changé, et Arthur insista même pour servir le potage dans les assiettes qu'ils se faisaient passer les uns les autres. Elle préférait cette ambiance, plus intime et naturelle. Cela lui rappelait les festins chez les Weasley où tout n'était que rires et générosité.
La pensée qu'elle pourrait peut-être ne plus jamais être invitée chez eux lui donna la nausée. Elle se secoua vivement et ouvrit son livre sur l'un de ses nombreux marques-page. Il n'était pas l'heure de penser à tout cela : onze autres mois attendaient d'être vécus avant de revenir à la dure réalité, elle comptait bien les mettre à profit. Elle espérait seulement trouver le courage d'avouer sa faute à celui qu'elle ne savait plus s'il était toujours son époux. Ou si elle souhaitait qu'il le reste. Ou si lui, voudrait encore d'elle.
La réponse à ces questions la terrifiait. Savoir ce qu'elle désirait vraiment la paniquait. Depuis deux jours, son esprit tournait en boucle sur ces interrogations sans découvrir l'ombre d'un indice. Alors elle s'accrochait à la moindre conversation innocente, à la recherche perpétuelle d'une réflexion qui éloignerait ses angoisses. Plus le temps passait, plus elle savait que discuter avec son mari devenait compliqué, plus la cage autour de son cœur se resserrait. Elle allait finir par exploser, mais n'avait rien pour se sortir de l'impasse.
Nerveuse, elle tournait les parchemins et guettait le mot ou l'image qui intéresserait assez son esprit pour l'obliger à prendre une autre direction. Et elle fut exaucée !
« As-tu conscience que tu ne pourras pas lire tous les écrits de la bibliothèque avant demain matin ? s'amusa Draco en récupérant son auge remplie. Comptes-tu au moins dormir, cette nuit ?
— Là ! fit Belle en pointant un écusson du doigt. Cette armoirie est partout dans cette demeure !
— Normal : c'est le blase de la famille royale d'Avalon, maugréa Sinbad en touillant sa soupe, la mine sombre. T'as pas encore pigé qu'on crèche chez eux ?
— Et bien pas tout à fait, ricana-t-elle en poussant son bol pour montrer l'illustration. Sur celui-ci, il manque la couronne, symbole de la royauté. L'hermine blanche a été remplacée par un cygne. Le reste est identique.
— L'absence de couronne me semble évidente, répondit Harry en passant une autre écuelle pleine à Lancelot. Sire Ninian a renoncé au trône au profit de son jeune frère, le Roi Dymas. Cette branche de la famille ne peut donc plus revendiquer cet emblème.
— L'hermine est un ajout de mon père, renchérit Elsa après avoir soufflé sur sa cuillère brûlante. Elle évoque la pureté morale. Il y a eu quelques rumeurs comme quoi il aurait forcé mon oncle à abdiquer pour accéder au pouvoir. De cette façon, il souhaitait déclarer au monde entier qu'il n'avait rien à se reprocher. Étrangement, cela a fonctionné.
— Père Ninian m'a déjà parlé de ce fameux cygne, réfléchit Neville en tournant le couvert entre ses doigts, le regard vague. De ce que j'ai compris à l'époque, il s'agissait d'appuyer le propos du Roi Dymas. Cet oiseau est rarement utilisé en héraldique à cause de sa peau noire cachée sous les plumes blanches. C'est stupide, mais l'image suggère un péché dissimulé.
— J'avais oublié, songea Draco. Sans doute était-ce plus cet aveu indirect qui a permis de taire les bruits de couloirs, plutôt que l'adoption de l'hermine. Je n'y avais jamais pensé.
— Et qu'y avait-il, avant ? s'enquit Hermione.
— Trois quintefeuilles et deux trèfles. »
Que la réponse vienne de la Bête jeta un long silence sur la tablée. Il était surprenant d'entendre cette affirmation de la part du plus rétif d'entre eux à cette nouvelle vie. Et aussi l'un des plus jeunes : Adam n'était pas né le jour où l'écusson avait changé de symbole. Mais surtout, tous craignaient un nouvel élan de mauvaise humeur, comme cela avait été le cas à l'évocation des portraits royaux.
« C'est exact, dit prudemment Elsa. En référence au printemps et à la fertilité de nos terres.
— Je m'en suis souvenu la première fois où j'ai vu la bague en or de Neville, se crut obligé de préciser Ron, la truffe dans son assiette pour éviter de croiser leurs regards craintifs.
— Ma bague ? fit le chevalier en levant la main pour observer son bijou.
— J'étais étonné de la voir à ton doigt, avant d'apprendre que tu avais été adopté par celui qui aurait dû devenir le roi d'Avalon. Mais même en tant que cadeau ou héritage familial, offrir une chevalière ornée de l'écusson que tu ne pourras jamais brandir est un peu… cruel. Et malavisé. Selon les convenances, tu ne devrais même pas la porter.
— Ron… commença Hermione.
— Il a raison, coupa Lancelot. Il n'est pas le seul à m'en faire la remarque : je ne suis pas un Camlann et ne le serai jamais. Les gens cessent pourtant de me critiquer quand ils apprennent le véritable pouvoir de cet artefact.
— C'est elle qui fait apparaître ton bouclier magique, n'est-ce pas ? demanda Arthur en s'asseyant. Tu n'as jamais voulu me dire d'où tu tenais un tel objet.
— Que pouvais-je raconter ? soupira-t-il, le regard lointain. Père Ninian me l'a offerte lorsque je suis parti faire mes preuves pour devenir chevalier, je n'ai découvert sa véritable nature qu'en plein combat. Lorsque j'ai enfin pu revenir pour l'interroger, il n'était déjà plus de ce monde. Les rares fois où j'ai conté cette histoire, personne ne m'a cru. Je ne pouvais révéler un récit si pauvre et insatisfaisant à mon roi. Mais je garde espoir de pouvoir un jour élucider ce mystère. »
Mue par son instinct, Hermione jeta un regard vers Malfoy : gagné ! Celui-ci fronçait les sourcils, les yeux braqués sur la chevalière dans un visible effort pour faire remonter un souvenir à la surface. Il savait quelque chose, ou savait qu'il aurait dû savoir.
« Puis-je la voir ? »
Neville se crispa par réflexe et sa main se referma d'instinct sur le bijou. La surprise laissa vite place à une longue hésitation. Sûrement plus longue que voulue. Il était clair pour tous qu'il n'avait jamais ôté cette parure depuis l'instant où il l'avait enfilé et n'avait pas du tout envie de le faire.
Réticent, il observait le regard franc et patient de celui qu'il considérait comme sa petite sœur. Belle pouvait aisément imaginer ses pensées : même sa douce enfance avec Elsa ne pouvait tout à fait éclipser le venin du fourbe Malfoy. Un doute persistait. Tenace. Hermione aurait été dans la même tourmente, d'autant que Lancelot n'aurait jamais dû arborer ces armes. La cheffe de la famille royale Camlann avait tous les droits pour lui retirer cette propriété. Aucun d'entre eux ne pourrait l'en empêcher.
Cependant, elle n'aurait pas soufflé comme lui ou baissé les épaules. Et elle n'aurait certainement pas ôté son bien le plus précieux pour le confier aux doigts blancs de la Reine des Neiges. Elle y voyait la preuve d'une foi inébranlable qu'elle avait encore bien du mal à comprendre. Ce dernier mois les avait transformés, lui et Harry. Elle le voyait chaque jour un peu plus. Même si elle avait aussi décidé d'accorder sa confiance à l'ancien mangemort, elle ne pourrait pas encore aller jusque là.
Malfoy ne lui accorda pas un sourire de remerciement, concentré sur l'objet qu'il tournait dans tous les sens devant ses yeux. Personne ne mangeait. La tablée entière attendait son verdict, la respiration bloquée, plus tendue qu'un arc. Même Ron ne semblait pas serein.
« C'est agaçant, finit-il par grommeler.
— De quoi ? couina Neville, nerveux. Pourquoi ? Qu'y a-t-il ?
— Je reconnais cette chevalière. Je sens qu'elle m'évoque quelque chose mais… impossible de m'en rappeler. C'est la première fois que je perçois ce… "flash". Il est là, dans un coin de mon esprit, prêt à surgir. Pourtant, il ne vient pas. C'est encore plus frustrant que d'avoir un mot sur le bout de la langue.
— Peut-être l'as-tu déjà aperçu lors de ton séjour en ces lieux ? proposa Harry, peu sûr de lui.
— Oui, c'est certain, soupira Malfoy en reposant les bras sur la table sans cesser de scruter l'anneau d'or. Mais il y a autre chose. Une information importante que je suis censé connaître… que je dois connaître.
— N'essaie pas de forcer ton esprit, intervint la voix grondante d'Adam, l'air concerné. Tu réfléchis trop, laisse-toi porter. Que ressens-tu face à cet objet ? »
Venant de Ron, l'idée semblait à la fois absurde et inattendue. Hermione la trouvait incroyable ! Alors que tous fixaient la Bête, la mine dubitative, elle se sentait gonfler de fierté de l'avoir pour mari. Lui, précisément ! Pas cet être plein de mépris, de préjugés ou de haine. Celui qu'elle avait épousé était cet homme aux propositions incongrues et à la vision plus sensible qu'il voulait bien le faire croire.
Cela faisait trop longtemps qu'elle ne l'avait pas vu, l'émotion lui arracha un sourire ému.
« C'est… hésita Malfoy en reportant son attention sur la bague. Je ne sais pas trop. C'est étrange. J'ai la sensation que cet objet… fait partie de moi. Ou qu'il devrait. Ou qu'il l'était. Ou pas tout à fait…
— C'est quoi encore ces conneries ? gronda Blaise. Alors c'est pas juste une breloque de tonton nian-nian-chai-pas-quoi ? C'est pourtant pas déconnant que des sangs bleu possèdent des trucs magiques, comme ce gadget et son bouclier doré ! En plus, vous êtes un peu des elfes, donc bon.
— Ce n'est pas aussi évident, rétorqua Arthur. Les artefacts sont rares, surtout ceux d'une telle puissance. Seuls les maîtres sorciers, ou les mages, d'exception sont capables d'un tel exploit et ils ne sont pas légion. Je ne sais pas moi-même d'où provient Excalibur. Sa création doit remonter à des temps immémoriaux et elle est restée plantée dans son rocher durant de très longues décennies. Je n'étais donc pas étonné que Lancelot ne connaisse pas l'histoire de son bien. Mais cela, l'intuition d'Elsa… C'est nouveau.
— Peut-être le créateur ou la créatrice de cette bague est l'elfe à l'origine de leur sang féérique ? proposa Hermione. Ceci expliquerait son impression que l'objet est "une part de lui" ?
— C'est impossible, grimaça Malfoy qui détaillait à présent l'écusson en passant son doigt sur les reliefs. À moins qu'il ait été modifié entre-temps, la fabrication de cet anneau ne peut pas remonter à plus de deux-cent ans : l'âge de ces armoiries familiales. Avant cette époque, notre écu était encore différent. Et notre ancêtre elfique est bien plus lointain que cela.
— Ça va nous avancer à quoi, cette histoire ? bougonna Sinbad, de mauvaise humeur. Ce truc bling-bling est magique et vient de la famille royale d'Avalon : super ! Est-ce que ça va aider Elsa à contrôler ses pouvoirs pour lever sa saloperie de malédiction ? Je crois pas, non. Donc, on s'en fout.
— Je vais faire des recherches, poursuivit Belle comme si le pirate n'était jamais intervenu. Il doit bien rester une trace de cet artefact dans les grimoires qui relatent l'Histoire des Camlann.
— Ce serait appréciable, merci », lui sourit Malfoy.
Il tendit à nouveau le bras au-dessus de la table et présenta le bijou d'or à Lancelot. Celui-ci resta pétrifié sur sa chaise, pâle comme neige.
« Tiens, reprend-la, se sentit obligé de préciser la reine.
— Tu ne la gardes pas ? bredouilla Neville d'une voix blanche.
— Pourquoi le ferais-je ? s'amusa Elsa. Oncle Ninian te l'a offerte, elle est donc à toi. Et puis, tu vas en avoir besoin pour me protéger, ce ne serait pas très malin de ma part de te la confisquer. »
De légers rires parcoururent la tablée : un Malfoy qui agissait pour son propre bénéfice était plus crédible qu'un Malfoy généreux. Il le savait et en jouait, même si ses véritables intentions étaient nobles. Hermione n'aurait jamais cru cela possible et en était pourtant témoin. Cette bonté d'âme n'avait-elle peut-être lieu que pour Lancelot ? Après tout, ils étaient comme frère et "sœur" ?
Curieuse, elle jeta un regard vers Adam et fut satisfaite de le voir ébahi. Il observait Neville reprendre son artefact d'or sans que le vil Serpentard ne referme ses doigts dessus pour l'en empêcher. Elsa aurait pu reprendre son bien familial. Il aurait pu acquérir un objet magique puissant pour se défendre. Il en avait le droit et ne l'avait pas fait. À présent, Ron était obligé de reconnaître que l'ancien mangemort et sale petit gamin prétentieux n'était plus aussi égoïste qu'avant. Ce constat devait bouleverser toutes les bases de son époux. Même pour elle, ce soudain altruisme était perturbant.
« Dépêchons-nous de manger avant que la soupe ne refroidisse, intervint Harry d'un ton joyeux. Merci à vous pour ce repas, Dame Audhild. C'est délicieux. »
Restée muette durant toute la conversation, la jeune femme rougit d'un coup. Elle balbutia une réponse inaudible, troublée de recevoir un tel éloge de la part d'un roi, avant de couper court en souhaitant un bon appétit à tous. Les couverts se levèrent, les remerciements polis et vœux de bon repas fusèrent de toutes parts et une conversation plus légère sur le voyage du lendemain démarra.
Pourtant, Hermione remarqua le silence et la mine sombre de l'un des convives : Blaise serrait le poing sur sa cuillère, les yeux lime braqués sur son écuelle tiède. Elle percevait une pointe de colère et de tristesse dans son attitude, un quelque chose de mélancolique. Un regret ou une défaite amère, elle n'était pas sûre. Était-ce une contusion qu'elle voyait sur sa joue ?
Et puis, il engloutit sa première bouchée et ce fut comme si elle avait rêvé cet instant.
[===]
Après le dîner, Draco rejoignit sa chambre sous prétexte d'être fatigué. Il n'eut pas à faire semblant : après ces deux jours de voyage et les violentes émotions qui l'avaient pris à la gorge dès leur arrivée, il était réellement épuisé. Audhild l'accompagna pour l'aider à se préparer, comme de coutume. Elle lui appliqua le baume apaisant, la crème hydratante, lui massa les épaules, les mains et les jambes, lui brossa les cheveux…
Dès qu'il put, il la congédia afin qu'elle puisse se reposer. Il l'observa sortir son pyjama de soie blanche, la retint de le lisser pour en effacer les plis et la guida jusqu'à la porte. "Non, il n'avait pas besoin d'elle pour se changer". "Oui, il pouvait se dévêtir sans son aide". "Bien sûr qu'elle lui était toujours d'une nécessité absolue, mais pas ce soir". "Elle viendrait le réveiller aux aurores, très bien". "Tout allait bien, il souhaitait seulement dormir". "À demain, bonne nuit également".
Enfin, il referma le battant et se laissa glisser jusqu'au sol. Il devait rester le plus près possible, l'oreille collée au bois pour guetter les allers et venues de tous les occupants. Le sommeil attendrait, il avait une mission à accomplir : se débarrasser une fois pour toute de cette maudite Odette dans le lac ! Et pour cela, il prévoyait de prendre un bain de minuit… seul.
Le parquet du couloir craqua de nombreuses fois sous les pas plus ou moins lourds des différents résidents. Malheureusement, la Bête ayant repris apparence humaine pour la nuit, il eut bien du mal à reconnaître sa démarche. Peut-être était-ce celle-ci ? Un peu maladroite, peu habituée à ses proportions d'origine ? Ah non. Il s'agissait de la marche chaloupée de Blaise : il avait un peu trop forcé sur la boisson, ce soir.
Et là ? Belle ou Audhild ? La première devait être retournée dans la bibliothèque et y resterait une grande partie de la nuit. La seconde se sentait peut-être l'obligation de vérifier si quelqu'un avait besoin de son aide, surtout l'une des deux autres têtes couronnées. Il allait avoir une sérieuse conversation avec elle : sa Dame de Compagnie n'avait pas à s'improviser domestique. Ils pouvaient se débrouiller, par Oberon ! Ou alors cherchait-elle à rejoindre les draps du beau Sinbad ? Elsa était partagée : si le corsaire tirait son coup, il allait enfin le laisser tranquille, mais sa gentille suivante risquait d'avoir encore plus d'espoirs.
Draco compta les déplacements et attendit de longues minutes que le silence s'installe. Tous ne semblaient pas être passés, mais peut-être s'était-il embrouillé dans ses calculs ? L'important était que personne ne le voit dehors.
Le plus silencieusement possible, il entrebâilla la porte, s'assura de la vacuité des lieux et se faufila dans le couloir. Ne pas faire crisser une latte du parquet. Se faire plus léger qu'une plume… Non, pas le bon moment pour penser à une satanée plume ! Être aussi discret qu'un nuage. Invisible comme un courant d'air. Rapide tel un…
Un "bam" sonore le fit rentrer la tête dans les épaules, le corps crispé, les sens en alerte… rien. Le bruit provenait d'une chambre, à l'étage. Il ne chercha pas à en apprendre davantage et fila dans les escaliers.
Au rez-de-chaussée, pas âme qui vive. Il traversa le hall d'entrée, franchit le seuil et remercia la saison d'été pour offrir un temps doux à ses frêles épaules, vêtues d'un simple chemisier en lin blanc. Puisqu'il allait se tremper de la tête aux pieds, il était bien content de bénéficier d'une température clémente pour son épiderme sensible.
Une bougie brûlait dans l'étable : sûrement Neville ou Harry, l'un ou l'autre qu'il n'avait pas entendu se déplacer dans le corridor des logements. Il fit un grand détour pour éviter d'attirer l'attention du noctambule adepte des équidés et s'éloigna sur la rive.
Il dépassa le sublime saule pleureur et s'avança sur le ponton, à fleur du feuillage. Draco savait qu'il avait encore pied à cet endroit pour s'y être baigné à de très nombreuses reprises, durant son enfance. Il y avait seulement assez de profondeur pour la barque. De plus, la ramure de l'arbre le cacherait des regards indiscrets, aux fenêtres du manoir. C'était le lieu parfait.
Après une grande inspiration qui lui donna le courage d'affronter l'eau froide de la nuit, il entreprit de se dévêtir. Une fois qu'il se serait débarrassé de son âme inopportune dans les remous, il comptait bien retrouver des habits secs.
Puis, doucement, il s'assit sur les planches du petit embarcadère et s'immergea.
[===]
Harry avait besoin de se calmer. De retour près des chevaux, il vérifia que leurs abreuvoirs étaient remplis d'eau claire, que la paille était fraîche, et ajouta des céréales dans leurs auges. Il se forçait à occuper son esprit avec des activités matérielles et passa en revue chacune des montures. Jamais elles n'avaient été autant bichonnées. Mais trop vite, il tournait en rond : cela ne l'apaisait pas.
Nerveux, il s'obligea à s'asseoir sur un petit tabouret, les mains crispées sur ses genoux. Il avait un peu trop bien compris la relation physique entre Zabini et Malfoy. Connard de Zabini ! Il se retenait d'aller lui demander de rendre des comptes, il finirait sans doute par lui fracasser la figure. Cela le démangeait ! Ce sentiment de frustration était horrible. Bien sûr, il s'en était déjà douté. Cependant, ce n'était resté que cela : des doutes. À présent, il en était certain, ce qui faisait toute la différence.
À chaque fois que ses pensées s'égaraient, il les imaginait ensemble. Peau brune contre peau d'albâtre. Muscles épais contre muscles secs. Lèvres cachou contre lèvres cinabre. Toile de lin contre velours de soie. Bronze contre or blanc. Il devenait fou !
Il ne pouvait pas trouver le sommeil avec des images pareilles ! La simple idée que les mains épaisses du pirate se soient posées sur la reine lui donnait des envies de meurtre. C'était stupide de sa part, il en avait conscience. Même sans être en couple, Elsa ou Malfoy approchait la trentaine, il y avait de grandes chances pour qu'il ne soit plus vierge depuis longtemps. Au vu de leur lien tactile dès Poudlard, Zabini était le candidat idéal, mais c'était plus fort que lui.
Son unique consolation était de repenser au visage contrit du corsaire durant le repas : ils avaient eu un différend. La vue de sa pommette tuméfiée l'avait rempli de joie. Malfoy dévoilait un peu plus chaque jour sa véritable personnalité aux yeux de tous, l'épisode de la bague au dîner avait été flagrant. Loin de la pression familiale, des exigences de son père et des menaces de Voldemort, il se révélait aussi doux et généreux qu'orgueilleux et intransigeant. Zabini n'était plus le seul à le savoir. Ce secret avait été éventé, il était contraint de le partager.
« Il ne sert à rien que je reste ici, n'est-ce pas ? » demanda-t-il à son destrier.
Celui-ci mâchouillait sa paille d'un air distrait, les yeux vides posés sur son cavalier. Harry se sentait ridicule, autant de questionner un cheval que de se mettre dans un état pareil pour… Pour quoi au juste ? Un bel éphèbe qu'il s'était mis à désirer plus que de raison ?
Même s'il s'agissait de son ancien ennemi d'école, il avait gravé chacun de leurs contacts dans sa mémoire et pouvait se rappeler les détails avec une précision surnaturelle, comme s'il se tenait devant lui. Son parfum frais et léger. Ses beaux yeux en amande, aux iris d'argent lumineux. Sa taille menue sous ses doigts, les rares fois où il avait pu y poser la main. Sa longue chevelure d'or blanc, si douce quand il l'avait frôlée. Sa chaleur corporelle qui le brûlait de l'intérieur. Son rire clair et léger, comme des grelots un matin de Noël. Son sourire mutin, sincère, sarcastique, amusé, amer, gêné… Et bon dieu ! Ses lèvres !
Comment ne pas le désirer ? Un simple geste de sa part pouvait allumer un incendie dans son ventre. Il se faisait pitié : il n'était plus un adolescent hormonal, que diable ! Penser à lui le faisait durcir. Tout cela à cause de son apparence de princesse de conte de fée à moitié elfe. Dans la réalité, il n'était pas aussi envoûtant. Ou si ? Il ne se rappelait plus. Le visage d'Elsa était si présent dans son esprit qu'il en oubliait celui de Malfoy, mais depuis que Titania avait évoqué l'idée d'une relation charnelle avec lui, son imagination s'emballait. Ou peut-être cela avait-il commencé avant ? Il était perdu…
D'un bond, il sauta sur ses jambes. Suffit ! Seule une bonne douche froide pourrait le calmer. Une baignade dans le lac, peut-être ? Non. Il n'avait rien pour s'essuyer et ne voulait pas mouiller ses vêtements de voyage. Ils n'allaient pas avoir le temps de sécher d'ici le lendemain, prendre un broc dans la cuisine pour le remplir d'eau glacée était une meilleure option.
Décidé, il franchit les portes des écuries à grands pas. Sa nuit allait être agitée, mais il avait besoin de dormir pour…
« Aïe ! »
Un grain de poussière s'était planté dans son œil. Décidément, ce n'était pas sa soirée ! Une larme coula sur sa joue et il se frotta la paupière d'un geste rageur. Saletés de gants en cuir ! Il les ôta et les jeta au sol en pestant contre toutes les divinités existantes, toutes religions confondues.
« Putain, fais chier ! »
Les yeux plissés, il s'apprêtait à ramasser ses effets afin de poursuivre sa route… quand une idée le prit : il devait se baigner dans le lac. Impérativement. Tout de suite.
Sûr de lui, il fit demi-tour, contourna l'étable et foula l'herbe qui commençait à perler de rosée. La lune éclairait sa progression, un pas après l'autre. Il avait l'impression irrationnelle que la déesse le prenait par la main pour le guider à bon port. Il ne savait pas où il allait et pourtant, son inconscient savait. Il n'était jamais venu en ces lieux, mais connaissait chaque dénivelé, chaque rocher, chaque buisson… comme s'il parcourait cette terre depuis des milliers d'années.
Soudain, il réalisa : la sensation était identique aux différents flashs de sa vie en tant qu'Arthur. Il était toujours maître de son corps. Bizarrement conscient de l'incongruité de la situation, il pouvait choisir de rebrousser chemin à tout moment. Mais il n'en avait pas envie. Il sentait que quelque chose l'attendait, qu'il devait aller "là-bas". C'était son avenir, son destin. Il lui sembla avoir pris une grande gorgée de Felix Felicis. La question était : qui avait élu domicile dans son esprit ? Quel personnage ? Dieu ? Âme ?
Et d'un coup, il cessa de réfléchir.
Devant lui se dressait un tableau digne d'un conte de fée. Au milieu des reflets scintillants de l'astre lunaire sur la surface du lac, une naïade opaline sortit des eaux. Sa longue chevelure lunaire cascadait dans son dos fin et se collait à sa peau diaphane. Ses mains délicates replacèrent des mèches loin de son visage et le geste silhouetta ses longs bras graciles. Sa blancheur irréelle dans l'obscurité de la nuit conférait à cette créature une lueur féérique. Ses formes s'imprimèrent sur la rétine de Harry, incapable de détourner le regard. Il en avait le souffle coupé. Son cœur cessa de battre. Ou tambourinait. Il ne savait plus.
Il l'avait reconnu sans le reconnaître. Cet être n'avait plus de nom ou les portait tous à la fois. Sa masculinité ne faisait aucun doute, mais sa féminité aussi. Il était Draco, Elsa… Odette. Son cygne blanc, sa blanche hermine, son dragon des neiges. Sa princesse ou son prince, sa reine ou son roi. Fée Viviane ou fée Morgane. Nymphe, elfe ou humain. Il était juste lui…
Il était à lui.
Dans un état second, Harry s'avança sur la berge et s'enfonça dans le lac. Une seule idée en tête : le rejoindre.
Entrer dans l'eau ralentit sa progression et le frusta. Il y avait une urgence en lui. Un besoin viscéral de le tenir dans ses bras, de le couvrir de ses attentions, de ses baisers. Comme s'il retrouvait son amour perdu après des millénaires d'attente. Les chances de le revoir avaient été infimes, presqu'impossibles. Pourtant, il était là. Enfin ! Il ne devait pas laisser passer cette occasion inespérée.
Sa fée se retourna dans un sursaut, ses yeux d'argent brillaient de crainte. Tout aussi vite, la peur laissa place à la stupeur. Il savait qui il était et n'arrivait pas à le croire. Après ces si longs siècles. Après tant de patience et d'espoir mis à rude épreuve. Harry le comprenait. Il ressentait le même saisissement, la même hâte, le même effroi que tout ceci soit peut-être un mirage. Le rêve d'un désir trop longtemps réprimé. L'illusion causée par la folie de cette soif éternelle.
Enfin, il arriva près de lui. Les vagues vinrent lécher ses hanches pour l'emporter et il accrocha ses mains autour du visage tant aimé pour s'arrimer à lui. Une seconde, il crut passer à travers la peau d'une chimère, mais ses doigts rencontrèrent la douceur éthérée de son cygne. Et ses lèvres se posèrent sur le velours souple et charnu de son fruit défendu.
Deux coussins de plumes, plus tendres et suaves qu'espéré. Une extase des sens au parfum poudré qui l'enveloppait d'un cocon de bien-être. Un vœu exaucé. La réponse à toutes ses prières. Leurs langues se retrouvèrent, se goûtèrent. Timides et incertaines, peu sûres de se reconnaître. Un soupir qu'il avait peut-être poussé. Un gémissement qu'il n'était pas sûr d'entendre. Une faim qu'il était certain de ressentir ou de satisfaire. Des dents qui s'entrechoquent. Des mâchoires qui s'ouvrent en grand pour leur donner de la place. Une chaleur plus intense. Des salives qui se mêlent. Une saveur retrouvée. Des caresses humides. Une exigence qui grimpe. Ce manque enfin comblé… mais pas assez.
Plus.
Encore plus.
Ils s'écartèrent lentement, à regret. Juste pour être sûrs. Un dernier regard. Un ultime accord. Vérifier qu'ils étaient là, que c'était lui. Que le fantasme était réalité. Que cette réalité n'était pas vaine. Harry vit une fièvre dans l'argent. Un appétit qu'il partageait. Une luxure qu'il voulait prendre et donner.
Et il obéit.
À l'unisson, ils se jetèrent l'un sur l'autre. Les bras s'enroulèrent, les bouches se dévoraient, les mains pétrissaient les peaux. Il sentait sa taille si fine qu'il crut la briser, ses doigts qui s'enfonçaient dans ses trapèzes, ses hanches qui s'imprimaient contre les siennes, ses ongles qui griffaient ses épaules. Il souhaitait avoir dix membres pour serrer tout son corps et coller leurs désirs ardents. Pour appuyer son visage sur ses lèvres et ne jamais plus s'en détacher. Sa légère fragrance florale inonda ses poumons et il eut la sensation de respirer pour la première fois depuis longtemps.
Une cuisse se leva et glissa sur son flanc. Il y répondit en agrippant son bassin. Sa naïade se hissa, enroula ses jambes autour de lui pour le presser plus fort. Il y avait du désespoir dans leur étreinte. Un désir prêt à exploser que même la froidure du lac ne pouvait tiédir. Une frustration de ne pas totalement pouvoir se fondre l'un dans l'autre. Besoin. Envie. Urgence. Et ce n'était jamais assez. Trop peu et trop intense à la fois.
Harry savait qu'ils franchissaient une ligne interdite. Quelque part dans son esprit, sa conscience allumait un signal rouge. Et il s'en fichait. C'était trop bon. Il avait attendu une éternité pour ce moment. Sa vie se résumait à cet instant dans ses bras, à ce brasier qui le consumait de l'intérieur. Qu'il ne reste plus de lui qu'un petit tas de cendres était le cadet de ses soucis. À cette seconde, il était le plus violent des incendies et comptait bien tout ravager sur son passage.
Tout à sa passion et à sa dégustation, il ne se rendit pas compte qu'ils s'enfonçaient dans l'eau. Il les avait menés contre un rocher semi-immergé, au centre du lac, et ne le comprit que quand il appuya son elfe contre la surface rugueuse. Cette faim insatiable l'empêchait de réfléchir. Son esprit ne percevait rien d'autre que ce goût d'amande sur sa langue, ce parfum de rose tout juste éclose, ce velours de soie sous ses doigts, ces muscles fermes contre lui, l'humidité de cette salive sur ses lèvres, la chaleur de ce corps qui embrasait le sien, ces perles d'eau qui gouttaient sur son visage, ces doigts crispés sur son cuir chevelu et son ardeur qui le rendait fou.
Comme s'ils s'étaient compris ou ressentaient le même besoin, sa nymphe se détacha pour grimper sur la pierre, ses iris miroitants troublés par le désir. L'environnement aquatique les dérangeait. Il rendait leurs mouvements plus lents, plus mous, plus gauches, alors que Harry souhaitait lui offrir toute sa vigueur. Soudain à l'air libre, l'exaltation de son amant lui apparut avec plus de clarté.
Alors qu'il prévoyait de le rejoindre sur cet îlot de fortune, il ne put résister à l'objet de toutes ses convoitises. Il saisit ses cuisses et plongea sur lui. Le râle de plaisir qui résonna à ses oreilles causa un soubresaut à sa propre excitation et il sentit plus qu'il ne vit son cygne se cambrer en arrière.
Il n'y avait aucune logique au fait de trouver cette friandise plus délicieuse que toutes celles qu'il avait savouré auparavant. Était-ce parce qu'il s'agissait de la sienne ou parce qu'il avait attendu plusieures vies pour avoir l'honneur de s'en délecter ? Il lui avait fallu parcourir les univers, traverser les siècles, prendre de nouveaux noms et vivre d'autres existences pour ce moment. S'il devait recommencer, il n'hésiterait pas une seconde.
Le soupçon salé qui tapissa sa bouche le fit gémir de bonheur. Pouvoir donner du plaisir à l'être de toutes ses obsessions l'engloutit dans un déferlement de joie. Contre l'intérieur de ses joues, il percevait chaque millimètre de cette peau tendue, de cette dureté gonflée, de ces veines palpitantes et ses lèvres pressaient le moindre relief pour en extirper tous les délices.
Mais trop vite, il dut s'arrêter : tous deux étaient au bord de la jouissance, Harry voulait faire durer leurs retrouvailles. Ou bien était-ce leur première fois ? Il ne savait plus. Il avait l'impression de le découvrir, de le redécouvrir et de connaître par cœur le plus infime centimètre de son épiderme. Il pouvait anticiper ses réactions, savait comment les déclencher, tout en étant surpris de les observer.
À son tour, il se hissa sur le granit et une partie du lac ruissela sur le corps tremblant sous lui. Ses vêtements gorgés d'eau l'encombraient, mais c'était surtout la rugosité du rocher qui l'agaçait : il ne voulait pas blesser la peau fragile de sa fée comme la première fois. Aussi vite que possible, il ôta sa chemise imbibée pour la plier. Durant sa manœuvre, il se régala de l'étincelle lubrique qui scintilla dans les miroirs d'argent. Son torse nu semblait lui faire de l'effet et son dragon se mordit les lèvres en gémissant, la respiration haletante.
Une main pâle se tendit pour caresser ou griffer ses pectoraux, mais Harry s'en saisit pour le tirer à lui. Leurs souffles se mêlèrent à nouveau dans un profond baiser, les paumes glissaient sur les muscles, les hanches ondulaient l'une contre l'autre, les langues dansaient une chorégraphie connues d'elles seules. Il caressa chaque vertèbre de sa colonne vertébrale, s'attarda sur le creux de ses reins cambrés, coula sur le volume rond de son fessier égratigné par la roche et le souleva pour l'asseoir sur ses jambes repliées. Dans le mouvement, il appliqua son linge contre ses omoplates et le bascula sur le dos sans cesser de l'embrasser.
Caresses. Baisers. Fièvres. Souffles. Roses. Chaleur. Velours. Soupirs. Tendresses. Ardeurs. Dureté ou souplesse. Morsures et suçons. Recevoir ou offrir. Inspirer et expirer. Crisper ou détendre. Profiter et presser. Tout n'était plus qu'appel des sens. Leur monde se résumait à leurs corps enlacés, même la fraîcheur de l'air ne pouvait plus calmer la conflagration de leurs âmes. L'idée de ne faire qu'un ne quittait pas leurs esprits. Cette nécessité devenait vitale. Un impératif qui les faisait suffoquer.
Draco ne savait plus qui il était, qui il touchait, où il se trouvait, dans quel univers il évoluait, ou l'heure qu'il vivait. Le temps s'était envolé à l'instant où ces mains s'étaient posées sur son visage. Il ne concevait plus sa vie sans ces lèvres contre les siennes, ce parfum de miel dans sa bouche, cette odeur boisée qui l'enveloppait, le poids de ce corps sur le sien, ou cette brûlure qui mettait ses nerfs à vif. Odette dansait sa joie, Elsa fondait de bonheur et Draco hurlait pour en avoir encore plus !
Et ces suppliques muettes furent entendues. Un doigt s'insinua en lui et il haleta d'émotion. Il le voulait si fort ! Ce n'était pas assez et c'était pourtant plus qu'assez. Il aurait pu partir rien qu'avec cette langue. Rien qu'avec cette chaleur. Cet arôme. Ces attentions. Il était au-delà du supportable et il en voulait plus. Alors il se retenait, se régalait. Il devenait fou. Mais pas assez.
Il se sentait comme cette plume prisonnière des ramures du chêne. Cette glace qui fond près du brasier. Ce serpent entre les griffes du lion. S'il pouvait devenir l'une de ses feuilles, s'évaporer dans sa fumée, se faire dévorer par ses crocs. Il ne voulait plus être lui. Il voulait n'être qu'à lui. Et sa raison s'envolait.
C'était comme une évidence. Comme si tout avait déjà été écrit. Il pouvait arrêter de lutter et enfin s'endormir dans ses bras. Cet homme pouvait faire de lui tout ce qu'il voulait, Draco savait qu'il ne craignait rien. Cesser de réfléchir ou de se battre. S'abandonner. Il aurait presque aimé avoir mal pour reprendre conscience, mais il adorait cette certitude que tout ne serait plus que plaisir et volupté. Il avait attendu cet instant depuis des millénaires. Toutes ses vies ne trouvaient leurs sens qu'à travers ce moment où ils pourraient devenir un.
Et il arriva.
Il ne l'avait pas vu délacer ses braies, ou senti bouger pour se positionner. Il ne perçut que cette grosseur qui écartait ses chairs et s'enfonçait en lui.
Ce n'était pas comme les autres fois. Il lui sembla n'avoir vécu que des répétitions pour cette seconde précise. Même dans l'obscurité de la nuit, les couleurs devinrent plus vives, les sensations se firent plus violentes, son esprit chassa toute la brume qui l'avait engourdi. Il ne voyait que ces iris du sinople le plus pur. La terre d'ombre de sa peau qui le chauffait tel un soleil. Les plumes corbeau de sa crinière qu'il rêvait de caresser et ne pouvait qu'ébourrifer. Son nez aquilin qu'il frottait au sien trop court. Ses fines lèvres caramel dont il suçait tout le miel. Ses épais sourcils brou de noix qui lui offraient tant de variations de sentiments.
Il avait l'impression de l'amoindrir, le pâlir de ses textures trop ternes et trop blanches. Et égoïstement, il se sentait vivant près de lui. Il lui apportait les couleurs et les reliefs qui lui manquaient. Son musc envahit ses poumons et il lui sembla renaître. Qu'il soit Harry, Arthur ou Siegfried importait peu, il était cette âme qu'il passerait toutes ses vies à retrouver. Destin ou fatalité, leur union était inévitable et Draco se laissa submerger par ce bonheur d'enfin le posséder et lui appartenir.
Un feu torrentueux le dévasta dès la première friction. Le monde s'effaça, il se sentait disparaître dans un songe, perdu entre la réalité de son corps et le mirage de son esprit. Tout lui apparut avec violence et s'évaporait en même temps dans un nuage. Il revivait ce mythe antédiluvien. Il se rappelait toutes leurs étreintes au bord de ce lac. Leur intensité, comme si chaque fois était la première. Ces fusions se mélangeaient dans le temps. Il n'y avait plus de passé ou de présent, tout n'était plus qu'une boucle infinie. Cette liaison éternelle, ce plaisir répété, cette certitude rassurante qu'ils se retrouveraient toujours. Seuls restaient ces deux malachites, immuable constante de ce conte de fée. Les yeux de Siegfried posés sur Odette. Les prunelles d'Arthur fixées sur Elsa. Les iris de Harry ancrés dans celles de Draco.
Draco ne s'entendait plus gémir. Il ne discernait pas les feulements animals de son amant. Il n'était plus qu'ivresse de retrouver la frénésie de l'homme qu'il passait l'éternité à aimer. Son regard fiévreux qui le transperçait, ses coups de hanches méthodiques comme s'il savait exactement comment faire enfler son euphorie, la pression de ses doigts forts sur ses flancs, sa mâchoire crispée par l'effort, ces perles de transpiration qui commençaient à apparaître sur ses tempes. Tout le ramenait à cette douce nuit d'été où il s'était offert à lui sur ce même rocher. La découverte de leurs corps et les retrouvailles de leurs âmes.
« Tu m'as foudroyé », lui avait-il dit.
Il se sentait foudroyé. Par cette évidence. Par ce bonheur. Par ce plaisir qui grimpait encore et encore et encore. Parce qu'il était son Roi Arthur, son Prince Siegfried, son Élu Harry.
La fournaise gagnait en intensité. À chaque fois qu'il croyait mourir tant l'extase était violente, qu'il pensait ne pas pouvoir ressentir plus, un nouveau coup de boutoir l'écrasait plus haut et plus loin. Les papillons dans son ventre s'étaient mués en oiseaux convulsifs, des phénix renaissant dans les flammes de sa chair incandescente. Il n'en pouvait plus de se tortiller, de crier, d'onduler, de serrer, de suffoquer, d'embrasser, de griffer, de caresser, de calciner… Et il le tenait fort contre lui. Le couvrait de baisers brûlants. Ils n'étaient plus qu'un tas de chair aux nerfs à vif. Un nœud serré jusqu'à se briser.
Draco espérait et redoutait ce point de scission, cette seconde où il allait se fractionner en mille morceaux et s'éparpiller dans le vent. Ils dansaient sur ce fil, au bord du précipice. Ils jouaient avec cette frontière, entre le trop et le pas assez. Ils grimpaient plus haut que les sommets et valsaient dans le vide de l'espace. Là où la vie n'existait pas, où l'air était un rêve, où la seule échappatoire était la mort. Cette douleur était le plus beau cadeau de ses vies, il priait pour qu'elle s'arrête et ne cesse jamais.
Puis, comme un mirage, il se sentit partir. Il s'envola dans la brise et virevolta parmi les ramilles et la frondaison chauffées à blanc. Tout n'était que lumière et béatitude. L'apothéose de cette réunion où leurs âmes pouvaient enfin trouver la paix. Les millénaires n'avaient pas été vain. Les promesses avaient été tenues.
Il avait enfin droit à sa fin heureuse.
L'orgasme fut brutal. Son corps s'arc-bouta, sa voix s'écorcha, son épiderme s'enflamma. Une explosion comme il n'en avait jamais ressenti auparavant. Il mourrait. Il en était certain. Durant une seconde qui lui sembla des heures, son cœur s'arrêta et sa reprise soudaine lui causa une vive douleur dans la poitrine. Son amant le suivit après deux va-et-vient supplémentaires, le corps tout aussi proche de la rupture que le sien.
Dans la brume de son esprit sonné, la respiration laborieuse, Draco comprit qu'ils étaient bel et bien morts. Ils avaient rejoint l'au-delà après cette dernière danse qui les avait réunis. Après plus de deux-mille ans d'attente, ils étaient enfin en paix. Ensemble.
Odette avait retrouvé Siegfried.
La plume l'avait quitté. Il s'était souvenu de la vie cruelle et misérable de cette princesse maudite, puis l'avait oubliée l'instant suivant. Seule restait la certitude qu'elle avait finalement trouvé le bonheur… au "paradis" ?
Une feuille s'échoua dans sa chevelure étalée sur la pierre, en même temps que Harry se redressait. Draco ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était écroulé sur lui, mais il oublia Odette au moment où leurs yeux se croisèrent.
Un reste de fièvre brûlait encore dans la menthe et rendait ses iris brillants d'une passion toujours dévorante. Cet homme était magnifique. Tout était beau chez lui, ce qui l'avait rendu fou de jalousie au premier regard. Sa peau cuivrée, son corps de guerrier, ses mains calleuses, ses cheveux de jais, sa chaleur réconfortante… tout l'attirait. Il était un aimant contre lequel il ne pourrait jamais lutter. Il avait essayé et Elsa l'avait rappelé à l'ordre : le combat était perdu d'avance.
Sa main se leva lentement pour effleurer sa joue râpeuse et son amant appuya le visage contre sa paume, comme un félin qui quémande des caresses. À peine calmé, le palpitant de Draco se remit à battre la chamade. Comment ce roi pouvait-il vouloir de lui ? Il était la lumière, le feu, le soleil. Sa simple présence rassemblait les foules, sa force pouvait soulever des montagnes, son charisme avait unifié des Royaumes en guerre sous sa bannière. Son nom faisait trembler les mages noirs. Sa colère avait la puissance d'un séisme. Et son sourire faisait fondre la glace de son cœur.
Avant même de le connaître ou de l'avoir vu, Elsa remerciait chaque jour le ciel d'avoir une telle personnalité pour allié. Et Draco avait regretté à chaque instant de ne pas l'avoir dans son camp. Il avait tant de fois rêvé pouvoir chauffer son être froid sous ses rayons. Cependant, il ne voyait pas dans quel univers ce héros accepterait sa présence sans y être contraint. En tant que souverain, il y était obligé par intérêt politique. Dans cette quête, son honneur de chevalier lui dictait de l'épauler. Et cette étreinte merveilleuse avait été le fruit des deux âmes étrangères qui les avaient possédés. Elsa était folle amoureuse de lui, il le sentait. Mais Draco n'avait pas le droit d'y succomber.
L'amour violent d'Odette pour Siegfried l'avait plongé dans une transe dont il avait bien du mal à se remettre. Ses émotions s'embrouillaient. Il ne savait plus ce qui était à lui, à Elsa, ou à la princesse malheureuse. Une seconde, il songea à l'affection que Perceval lui avait offerte et qu'il avait tant aimé recevoir. Pourtant, ce qu'il venait de vivre était bien plus puissant, sans commune mesure. Le fossé qui séparait ces deux expériences était si grand qu'il n'y avait même aucun lien. Draco se sentait à la fois honoré et indigne d'avoir été le réceptacle d'une passion si belle et si pure.
Comme pour le contredire, Harry se pencha sur lui et déposa un long et chaste baiser sur ses lèvres gonflées. Son odeur boisée le submergea à nouveau, telle une promenade au milieu des arbres, un soir d'été. Le musc vint s'ajouter à ces notes de résine et ce fut comme la rencontre avec le roi des forêts. Draco ne put contenir un gémissement, son excitation reprit de la vigueur et le miel compléta le parfum avec leurs langues qui se joignaient.
Draco enroula ses bras autour de sa nuque pour rapprocher leurs épidermes encore sensibles. Son cerveau s'arrêta sur chaque sensation et décida de profiter de ce restant de bonheur. Les dernières gouttes de folie avant le réveil. Ses réflexions et leurs conséquences pouvaient bien attendre le lendemain. Pour le moment, il n'était pas contre une nouvelle dégustation de ces plaisirs interdits. Il voulait dévorer et se faire dévorer, une seconde fois.
Sans rompre l'échange, Harry le prit dans ses bras et les fit basculer dans le lac.
Ils ne virent pas la pluie de feuilles qui tombait du chêne.
[===]
Quelque chose se produisait. Une catastrophe ou une bénédiction. Peut-être les deux à la fois.
Neville avait grandi en ces lieux, il avait l'habitude de sentir la magie subtile et singulière qui baignait l'atmosphère autour du lac, mais jamais il n'avait perçu une telle perturbation. Cela ressemblait au fugace rayon vert lors du coucher du soleil. Comme le majestueux chant du cygne avant la mort. Beauté et drame mêlés dans ce qu'il y avait de plus fort et profond. Et il n'aimait pas ça.
Nerveux, il se posta devant la fenêtre de sa chambre. Il avait pensé se perdre dans ses souvenirs d'une autre vie durant cette nuit dans le lit de son enfance, mais ce bouleversement le glaçait d'épouvante. S'il devait en croire son instinct, il songerait à une malédiction à l'œuvre. Pourtant, quel fléau pourrait aussi apporter des bienfaits ? Et ce qu'il percevait était ancien. Très ancien. Antique et mythique.
Déjà petit, il avait compris que le sortilège du pays était lié à celui de cette étendue d'eau. Il n'était pas doté d'une sensibilité particulière à la magie, seulement à celle-ci. Car il avait grandi là. Il avait parfois l'impression d'être né dans ce lac, sous la frondaison.
Pris d'un éclair subit, Lancelot concentra son attention sur le chêne titanesque, le colosse protecteur de sa vie. Ses branches s'agitaient dans le vent… sans aucune brise.
Impossible !
Main sur la vitre, le nez écrasé contre un carreau, il observait attentivement le reste de la végétation : rien ne bougeait. Alors pourquoi l'arbre millénaire s'animait ainsi ? Ce n'était pas naturel ! Pourtant, rien n'avait changé. Il était toujours aussi beau, vaillant et vivant, malgré la blessure causée par la foudre le jour où Elsa était arrivée pour la première fois.
Elsa… La foudre…
Une information tentait de percer son esprit sans qu'il parvienne à la saisir tout à fait. Cette nuit pluvieuse de printemps, vingt-trois années auparavant, Lancelot avait également senti l'éther s'agiter. Pas autant, juste assez pour la percevoir. Les événements se ressemblaient, tout en étant plus violents, et cette anomalie s'aggravait de plus en plus à chaque seconde. Les ramilles gigotaient plus fort, au point que mêmes les branches épaisses qu'il n'avait jamais vu plier commençaient à onduler.
Neville était terrifié. Son effroi augmenta d'un cran lorsque le tronc se mit lentement à émettre une lueur. Celle-ci se propagea petit à petit dans toute la couronne, jusqu'à prendre possession de la moindre feuille, du moindre gland… Il était fasciné par le phénomène. Quelque part, il se sentait privilégié d'assister à ce point déterminant, ce moment clef qui n'arrivait qu'une fois par dynastie. Pourtant, il était démuni. Il aurait voulu stopper ce processus. Tout ceci ne pouvait aboutir qu'à un désastre. Malgré toute la beauté de l'instant, cette conviction ne le quittait pas.
L'éclat gagna en intensité et il ne pouvait qu'observer l'inévitable. Le chêne devint incandescent, si blanc et lumineux qu'il avait du mal à garder les yeux ouverts. Neville ne voulait pas perdre une seconde de cette scène. L'idée d'assister à un miracle ou à un cataclysme tournait en boucle dans son esprit. Le paysage de son enfance ne serait plus jamais le même.
Tout à coup, ce soleil terrestre explosa sans bruit en millions de plumes immaculées, qui se muèrent tout aussi vite en milliards de minuscules lucioles. Elles s'élevèrent vers le ciel en dansant et s'évaporèrent. En quelques secondes, il n'y avait plus rien. En un clignement de paupière, l'obscurité de la nuit avait repris ses droits. Seule restait la persistance rétinienne de la silhouette floue du chêne, comme un fantôme.
Cela avait été si rapide que Lancelot crut à un rêve éveillé, quand l'arbre remua à nouveau. Cette fois-ci, il ternissait à vue d'œil. Il se pliait et se contractait dans un craquement sinistre, ses feuilles chutaient les unes après les autres, de plus en plus vite, de plus en plus nombreuses… Ce fut la confirmation de son mauvais pressentiment. Le malheur fatal qui s'abattait.
Son chêne mourrait.
Impuissant, Lancelot contempla la mort de celui qu'il considérait comme le gardien de ses jeunes années, le cœur brisé. Des larmes dévalèrent ses joues, conscient de faire ses adieux au soupçon d'innocence qui lui restait. La sensation de ne pouvoir lutter contre le destin le prenait à la gorge. Il aurait voulu l'éviter. Il avait espéré faire fi de l'évidence et continuer comme si de rien n'était, comme si rien ne changerait jamais.
Il ne savait pas d'où lui venait cette croyance, mais elle labourait ses tripes telle l'angoisse d'un cauchemar.
Car il en était sûr.
Les ennuis ne faisaient que commencer.
[===]
Hermione bailla à s'en décrocher la mâchoire et sécha ses larmes du bout des doigts. La comtoise adossée à l'un des murs de la bibliothèque égrenait les heures bien trop vite à son goût. Le soleil allait se lever d'ici peu et elle n'avait pas parcouru la moitié des grimoires qu'elle souhaitait compulser.
En vérité, elle s'était perdue dans la légende du pays de Diana, au lieu de chercher les origines de la chevalière de Neville. Les récits étaient bien trop intéressants. Très vite, elle avait fait le rapprochement avec le célèbre ballet du monde moldu : le "Lac des Cygnes". Une tragédie comme il en existait tant et qui n'en était pourtant pas moins poignante, malgré les subtiles divergences entre la fable de cet univers et le scénario qu'elle connaissait.
Il y avait de cela plus de deux mille ans, un terrible mage noir nommé Rothbart s'était épris de la magnifique fille du roi de ces terres : la Princesse Odette. Tous les ouvrages s'accordaient à dire que sa beauté était sans pareil, mais Hermione était habituée : les beautés étaient légion dans les contes de fée, c'en était blasant. Elle en faisait les frais elle-même, dans la peau de Belle, et s'en serait bien passé. Il n'y avait rien d'exceptionnel à être beau dans ce monde, cela attirait souvent les ennuis. Cette histoire en était une nouvelle preuve.
Le jour de ses seize ans, là encore un grand classique, le sorcier Rothbart passa un contrat avec un être encore plus maléfique que lui. Il désirait si ardemment la jeune fille qu'il lui vendit son âme pour qu'elle lui appartienne. À lui et à lui seul. Le royaume entier mourut en quelques secondes. Seule survécue la belle princesse, transformée en cygne blanc, en référence au surnom que le mage noir aimait lui donner.
La pauvre Odette, privée de tous ceux qu'elle aimait, pleura tant et si bien que ses larmes formèrent un grand lac parfaitement rond. Elle ne pouvait quitter ces lieux, prisonnière du sortilège du méchant sorcier, et hurla sa complainte dans un chant qui plongea les environs dans le même désespoir. Chaque nuit, elle retrouvait apparence humaine grâce aux rayons de lune sur son plumage nacré. Chaque nuit, Rothbart venait la trouver pour renouveler ses vœux d'amour à son égard. Et chaque nuit, elle refusait ses avances avec toute la véhémence dont elle était capable.
Aucun d'entre eux n'abdiqua et le rituel se répéta durant de longues et nombreuses années. Odette voulut mettre fin à ses jours moult fois, mais sa malédiction la condamnait à l'immortalité. Elle ne pouvait que subir sa peine, sans aucune échappatoire possible, hormis celle de céder aux désirs du cruel Rothbart. Hermione en était horrifiée rien qu'à l'imaginer. Aucun texte ne faisait l'éloge de la douceur de son caractère ou de son intelligence mordante. Elle était seulement belle, ce qui semblait suffisant aux yeux de tous pour lui faire vivre cet enfer éternel.
Cent ans plus tard, le jeune prince d'un pays voisin se fit réprimander par ses royals parents : il devait grandir et prendre épouse pour perpétuer sa lignée avant la fin de l'année. Toute son enfance, ce pauvre Siegfried avait été bercé par les récits chevaleresques et les histoires d'amour romantiques. Il avait cru pouvoir choisir celle avec qui il partagerait sa vie, mais la réalité l'avait rattrapé. Hermione trouvait qu'il s'en sortait plutôt bien, comparé à Odette.
Déçu, Siegfried partit à la chasse. Hermione ne comprenait pas la logique, mais pourquoi pas, c'était une autre époque. Il s'enfonça dans les bois et les forêts, plus loin qu'il ne l'avait jamais été. Et l'inévitable se produisit : il s'était perdu.
Le soir venu, une envolée de cygnes sauvages attira son attention. Ils étaient des proies parfaites et il se décida à les suivre pour ne pas revenir bredouille au palais. Apparemment, retrouver son chemin n'était pas sa priorité… Sans surprise, les volatiles le menèrent droit vers le lac de larmes.
Caché derrière les fourrés, le prince bandit son arc, prêt à tirer sur le bel oiseau qui nageait vers les reflets de lune… quand la magie opéra. Le jeune cygne à la robe immaculé se métamorphosa en la plus belle femme qu'il lui eut été donné de voir. Ce fut le coup de foudre immédiat. « Classique », bougonna encore Hermione.
Les passages suivants étaient d'un mièvre à faire peur, avec tous les élans théâtraux possibles. Il se révéla à elle. Elle tomba sous le charme et lui expliqua sa situation. Il se cacha du sorcier venu chanter son énième sérénade avec tout autant de succès. Puis, le prince rentra chez lui le lendemain et ne pensait plus qu'à elle. "Ses beaux yeux d'argent", "ses cheveux d'or blanc", "le velours de sa peau", "la grâce de ses traits", etc. « Typique ».
Il revenait régulièrement la voir… toutes les nuits, en fait. Hermione se demandait si le prince avait parfois besoin de dormir. Il lui scandait son affection, jurait de l'aimer éternellement et promit de tout faire pour lever sa malédiction. Puis, un soir, ils concrétisèrent leur amour sous le clair de lune, sur un rocher au beau milieu du lac, au nez et à la barbe de Rothbart. « Les inconscients »…
C'était là que le drame commençait vraiment. Durant la dixième ou centième nuit de passion, le mage noir finit par les surprendre. Fou de jalousie, il voulut tuer le misérable qui s'était approprié sa belle, mais Odette s'interposa. Elle fit le serment de se refuser à lui pour l'éternité si jamais il touchait à un cheveu de son amant et invoqua le nom de la déesse Diane pour appuyer ses propos. Siegfried voulut occire le félon sur l'instant, lorsque la douce Odette lui rappela que la mort du sorcier signerait sa condamnation éternelle à la malédiction, ce qui retint le bras armé du prince frustré. Le rusé Rothbart y vit là un espoir d'obtenir ce qu'il désirait depuis tant d'années.
Soit. Il ne ferait aucun mal au beau prince, mais émit des doutes quant à la puissance de ses sentiments pour elle. Siegfried tomba dans le piège. Il clama son adoration pour la princesse et prit toute la forêt à témoin qu'il n'aurait de cesse de la libérer de son emprise. L'occasion était trop belle.
« Alors prouve-le, avait répondu Rothbart, le sourire cruel. Avant le coucher du soleil, demain soir, tu devras proclamer ton amour pour Odette devant tout ton Royaume. Si tu y parviens, je lèverai le sortilège qui pèse sur elle et ces contrées. Mais dans le cas contraire, c'est à moi qu'elle se donnera et elle m'appartiendra pour l'éternité. »
Cela semblait si simple et si facile qu'ils acceptèrent le marché sans prendre le temps d'y réfléchir, trop heureux de voir enfin un remède à leur malheur. Ils n'avaient pas compris à quel point le sorcier était fourbe. Hermione les trouva bien naïfs de ne pas avoir soupçonné le traquenard.
Dès son retour au château, Siegfried pressa tous ses domestiques : ils devaient organiser le plus beau et le plus grand bal qui soit le soir même. Il annonça à ses parents qu'il allait leur présenter sa future épouse à cette occasion et ceux-ci devinrent tout aussi impatients. Enfin leur fils allait se marier ! Enfin il allait cesser de rêver et reprendre en main le Royaume. Pour Hermione, cela n'avait pas vraiment de rapport, mais elle laissa passer l'incohérence.
Pendant ce temps, dans l'obscurité de sa tour, Rothbart mettait en place son stratagème. Alors qu'il avait promis à Odette qu'elle pourrait quitter le lac et rejoindre son prince au bal, il passa de lourds fer à ses chevilles. Certes, le sortilège l'autorisait bel et bien à s'éloigner durant quelques heures, mais privée de ses ailes, elle ne pourrait pas en profiter. Entre-temps, il métamorphosa un cygne sauvage pour qu'il devienne la copie conforme de la belle. Une parfaite marionnette dont il contrôlait les moindres mouvements. Il la nomma Odile.
Ce qui devait arriver arriva. Abusé par la ressemblance flagrante entre Odile et Odette, Siegfried proclama son amour éternel à la fausse princesse vêtue de noir. Et son funeste destin fut scellé.
La suite n'était pas très claire. Dans tous les cas, Odette parvenait à se donner la mort pour échapper à Rothbart, mais impossible de savoir comment. Le début du conte précisait pourtant qu'elle était condamnée à l'immortalité forcée. Quelques récits relataient un combat épique où le Prince Siegfried réussissait à tuer le sorcier, trop tard. Certains arguaient qu'il se suicidait devant le cadavre de son amour perdu, qu'il y ait eu bataille ou non. Une minorité expliquait la détresse de Siegfried, qui finit pourtant par prendre épouse et avoir progénitures, même s'il resta malheureux toute sa vie, ce qui plongea son Royaume dans le chaos.
Un autre, plus obscur, ajoutait un nouveau personnage : une fée millénaire qui se serait prise d'affection pour la belle Odette. Cette magicienne les aurait plongés dans un état de stase profond, en attendant le jour où leur fin heureuse pourrait avoir lieu. Ce même texte ajoutait un niveau d'horreur supplémentaire : Odette était enceinte de Siegfried. Le fruit d'un amour qui ne pourrait jamais voir le jour.
Malgré toutes les incohérences, les envolées lyriques et les banalités affligeantes, Hermione était émue. Elle s'était surprise à ressentir une profonde empathie pour ces deux adolescents, épris d'un amour pur et sincère jusqu'à la folie, même à travers la mort. Peut-être était-ce à mettre sur le compte de la jeunesse, mais elle n'aurait jamais cru qu'un tel sentiment puisse exister ailleurs que dans les contes. Ou bien était-ce ce monde qui voulait cela ?
Elle n'était pas certaine de comprendre où se situait le Royaume du Prince Siegfried. Il était obligé d'être près du lac pour pouvoir s'y rendre toutes les nuits. Si elle prenait en compte l'exagération habituelle de ce type de récits, il pouvait autant être de Rosa que du Bois Dormant. Pourtant, elle préférait plutôt la théorie que le pays de Diana était en réalité deux États : celui d'Odette, maudit et détruit par Rothbart, et celui de Siegfried, déchu après sa mort ou par son désespoir. Le nom même de cette contrée prenait sens avec cette légende, intimement liée à la déesse lunaire Diane. Et cette malédiction, tous ces drames… La réputation funeste des lieux n'était plus très surprenante.
« Selon la légende, quiconque s'établirait sur ces terres serait destiné à une mort violente », lui avait dit Malfoy.
Malfoy… Les yeux d'argent, la chevelure d'or blanc. La description d'Odette ressemblait à…
Une main appuya sur ses lèvres, pendant qu'un bras ceintura sa taille pour la lever de son siège et la jeter au sol. D'abord surprise, Hermione voulut hurler quand une boule de tissu s'engouffra dans sa bouche. Elle manqua de s'étouffer et chercha à la recracher, mais son agresseur noua un cordon très serré autour de son crâne pour maintenir le bâillon.
Tout se passa très vite. Elle put à peine se débattre tant son assaillant était fort et expert. Il semblait avoir fait cela toute sa vie ! La lueur de la bougie sur la table n'était pas suffisante pour qu'elle puisse apercevoir le visage de son ravisseur. L'évidence la frappa : elle était en train de se faire enlever ! Une seule conclusion s'imposait à son esprit : son père avait engagé un autre mercenaire. Plus efficace. Plus professionnel. Et probablement plus cher. Mais où donc avait-il trouvé l'argent ? Ils ne roulaient pas sur l'or, elle avait donc cru bénéficier de plus de temps avant d'être confrontée à cette situation.
Pondérée, elle décida de rester calme. Elle devait enregistrer toutes les informations possibles pour trouver une ouverture, une petite porte de sortie et prévenir les autres.
La personne l'avait méthodiquement enroulée dans une corde et nouait ses liens bien ficelés dans son dos. Elle sentait… l'encens ? Ou le lotus ? Elle n'était pas bien sûre. Un note de feu chatouillait ses narines, comme les braises dans le foyer d'une cheminée. Ses doigts étaient froids quand ils frôlaient la peau de ses poignées.
Puis, un foulard vint obstruer sa vue et Hermione comprit. S'échapper n'allait pas être simple.
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NOTE DE L'AUTEUR :
Pardon ! OMG ! Pardon pardon pardon pour ce RETARD du DÉMON ! Bon dieu !... Bon, je vous ai promis des explications… Il se trouve que j'ai surestimé la gestion de mon IRL. J'ai cru pouvoir abattre ce chapitre + me marier + répondre à un défi d'écriture à deux + tout le reste de l'IRL habituel… Car oui, je viens de me marier ! Et je jure de ne plus jamais organiser un événement similaire ! Même si cette journée a été magique et absolument géniale, les mois de préparation, de stress, de temps, et le PRIX que ça a coûté : PLUS JAMAIS ! C'était cool, mais une seule fois. On ne m'y reprendra plus !
Et il se trouve que je fais partie d'un serveur discord spé fanfic Harry Potter : "Potterfictions". J'en ai déjà parlé avant, ce serveur est absolument GÉNIAL et les gens sont tous MERVEILLEUX dessus ! Les orga proposent régulièrement des "ASPIC" ou défis d'écriture, avec thème, temps limité, et nombre de mots à ne pas dépasser. Vous avez peut-être lu ma fic "Changer la Vie", qui était l'ASPIC de cet été sur le thème de la songfic (High-Spic-Musical). Et bien cet automne, il s'agissait du 4SPIC, ou écriture à quatre mains (donc en duo). J'ai eu le grand plaisir et l'immense privilège d'écrire avec HydrusMaelstrom, ma très chère amie, bêta, et complice de drarry (sauf qu'on a dû écrire un "Blaico", c'était dans nos contraintes). Notre fic est disponible sur AO3, elle s'appelle "Et la lumière fut", si ça vous intéresse.
Si ça peut vous rassurer, j'ai pas voulu recommencer un autre défi pour le moment, je laisse passer le Secret Santa ^^'... J'arrive plus à tout gérer. Parce qu'outre Noël, les cadeaux, les listes, les grands voyages de mille heures pour visiter toute la famille (les deux familles) en une semaine… J'ai aussi des commandes d'illustration, des corrections - relectures de livre, deux textes à écrire pour un jdr, sans parler de la reprise du travail… Bref… Autant dire que c'est très très compliqué en ce moment…
Bon voilà, je vous raconte ma vie parce que je vous dois quand même un minimum d'explications pour cet HORRIBLE retard ! Et croyez-moi, j'en ai été EXTRÊMEMENT frustrée ! Surtout pour CE chapitre ! Il m'a hanté pendant si longtemps ! J'ai passé des nuits à en rêver, à y réfléchir, pour le peaufiner et le re-travailler encore et encore ! LE smut métaphorique ! J'ai mis, sans rire, CINQ JOURS à l'écrire en ne faisant presque QUE ça de la journée (uniquement CE passage) ! Et j'exagère même pas. Un smut à 6, 3 couples en 1. El famoso Drarry ENFIN arrivé après 250k de mise en place.
Pour clarifier toute cette métaphore, Hermione est très pratique. Je ne sais pas si vous connaissez l'histoire du "Lac des Cygnes", mais c'est à peu près ce qu'elle raconte à la fin de ce chapitre. Il y a quelques petites différences entre le récit de ma fic et la véritable histoire, évidemment. Par exemple, la fameuse "Odile" (le cygne noir) est normalement la fille de Rothbart… qui ressemble beaucoup à Odette… J'ai pas voulu ajouter cette touche à mi-chemin entre la pédophilie et l'inceste pour des raisons plutôt évidentes. Je vous laisse découvrir les autres variations en allant voir le wikipédia sur ce ballet, si ça vous intéresse. Sachez en tout cas qu'il y a bien plusieurs fins différentes (les trois-quart sont tragiques). Il y a même une version homosexuelle, où Odette est jouée par un homme. Ça n'aurait rien changé à l'histoire que j'ai écrite, même sans, mais j'ai trouvé que ça tombait vraiment vachement bien avec ma version drarriesque, héhé.
Maintenant, vous comprenez mieux pourquoi Millicent, la Fée Bleue, a implanté la plume dans Draco. Turquoise est devenue amie avec Odette, deux mille ans auparavant (la Fée Bleue est plusieurs fois millénaire, je le rappelle). Elle connaissait sa malédiction mais ne pouvait rien faire contre car…
Avez-vous noté la phrase : "un contrat avec un être encore plus maléfique que lui" ? Ça vous dit quelque chose, n'est-ce pas ? Et bah oui, Tracassin est puissant et est tout aussi ancien que la Fée Bleue. Et il a des plans tordus bien précis en tête. Qu'il prépare depuis très très très très très longtemps. Il ne serait pas étonnant qu'il ait prévu tout ce qui allait se produire, y compris l'arrivée de Théo, une personne d'un autre monde, dans son corps, celle de Draco et Harry, la rencontre d'Arthur et d'Elsa, leur amour, leur "vie antérieure" où ils étaient Siegfried et Odette, l'intervention de la Fée Bleue, ou la façon dont la malédiction allait être levée… Rumplestiltskin = l'autrice, hahaha ! Maintenant, quel est son véritable objectif ? Je ne vais évidemment pas vous le dire. Je vous laisserai découvrir tout ça. Parce que, oui, avec Rumplestiltskin, rien n'est gratuit ! (Je rappelle une info précédente glissée l'air de rien : le Nain Tracassin possède le troisième œil et voit donc "un peu" l'avenir… d'une certaine façon, dirons-nous. Un peu comme dans la série du même nom, si vous la connaissez / l'avez déjà vue.)
Du coup, la seule chose que Turquoise pouvait faire pour sa pauvre amie Odette, c'était d'enfermer son âme immortelle dans une plume. Ainsi détachée de son corps, elle peut l'éloigner de Rothbart et empêcher celui-ci d'arriver à ses fins. Car oui, Odette ne pouvait pas mourir et n'était donc pas morte. Elle a attendu 2000 ans pour pouvoir lever la malédiction et rejoindre son amour. La version non-censurée du baiser d'amour véritable, haha. Et évidemment, Turquoise a donc aussi mis le prince Siegfried en stase, en détachant son âme pour la placer dans une petite pousse de chêne (qui au bout de 2000 ans est devenu un bon gros arbre géant).
Le chêne était donc Siegfried. Qui a eu le coup de foudre pour Odette lorsqu'il l'a vu pour la toute première fois. Qui s'est à nouveau fait foudroyer, littéralement, lorsque la petite Elsa de 5 ans est arrivée pour la première fois au lac. Il a reconnu Odette en elle, comme une sorte de réincarnation (pas une "vraie" réincarnation puisque l'âme d'Odette est dans la plume, dans le sac sans fond de Turquoise depuis 2000 ans). La ressemblance frappante entre Odette et Elsa a convaincu la Fée Bleue d'offrir la plume à Draco, et d'unir leurs deux âmes qui n'en sont finalement qu'une, quelque part (comme Elsa et Draco). D'ailleurs, Turquoise et Odette étaient amies, tout comme le sont Millicent et Draco.
Du côté de Harry, la même chose s'est produite. Dès que le chêne a vu Elsa revenir au lac, adulte, accompagnée d'un Arthur fringuant qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, il a saisi sa chance. Avec une poussière magique de son écorce, il est entré en lui (via l'œil, haha ! Pauvre Harry, c'est moins doux et poétique que la plume qui se fond dans la paume de la main de Draco). Ça a donné un bon gros smut métaphysique, comme vous l'avez lu ^^. Après, je dois vous avouer que c'était très très pratique. Parce qu'avec Draco, le full passif qui croit pas une seule seconde que Harry puisse vraiment le désirer, il fallait bien ça ! Ça me permettait de leur faire franchir le pas. Car oui, quand ils s'embrassent la première fois, il n'y a aucune hésitation, ils ne se posent pas de question : parce qu'ils sont Odette et Siegfried. Et vu que c'était quand même vachement bien et qu'ils ont sauté le pas… c'est plus facile de recommencer.
Et puis, il y a aussi le fameux lien avec Diane, déesse associée à la lune. Lune qui rend sa forme humaine à Odette (plus généralement, reprendre forme humaine la nuit est une marotte des contes de fée). Lune qui révèle le secret de la nuit… Les non-dits, les interdits, les mystères… Vous pouvez aussi y voir un parallèle avec le frère qui a abdiqué (Ninian), qui préfère prendre place sous la lune et laisser le soleil de son frère briller (Dymas).
Comme quoi, tous les contes et légendes entre eux peuvent se recouper : le lac de Diane est officiellement le lac de la Fée Viviane de la Légende Arthurienne. Oui oui. Et Elsa se nomme Elsa Viviane Morgana. Oui oui. J'ai un chouille improvisé, mais pas trop non plus, héhé. Après, le rapport avec Excalibur et Lancelot, ça viendra plus tard. Je rappelle juste : Lancelot a été adopté par la famille d'Elsa. Il ne peut pas porter leur nom, car il n'a pas leur sang bleu, mais il possède tout de même une de leur relique : la bague qui fait apparaître un bouclier magique.
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Je vous fais un résumé de l'Histoire d'Avalon, rapidement, telle qu'on la connaît à ce moment du récit. Parce que ça fait longtemps que je n'ai pas publié donc bon :
Le jour où Ninian Camlann, l'héritier du trône, doit se faire couronner Roi d'Avalon, il abdique au profit de son petit frère Dymas Camlann.
Ninian s'exile dans un autre pays avec sa femme Béfinn, pas trop loin d'Avalon, mais une nation sans dirigeant pour éviter les conflits politiques : le Pays Sauvage de Diana. Dans un même temps, Dymas Camlann est couronné Roi.
Ninian et Béfinn recueillent un bébé garçon qu'ils nomment Lancelot. Personne ne sait pourquoi, d'où cet enfant vient, qui sont ses parents biologiques, comment Ninian et Béfinn l'ont trouvé… Le mystère est entier. Et le couple refuse de répondre aux questions, peu importe qui les pose (Lancelot lui-même, le petit frère Dymas à travers ses lettres, ou les domestiques du manoir au bord du lac).
Le Roi Dymas prend épouse et une petite fille naît de leur union : Elsa, l'héritière au trône.
Cinq ans plus tard, le Roi Midas de Phrygie déclare la guerre à la richissime et prospère Avalon : il VEUT ce territoire. Les différents alliés de ces nations se réunissent (on parlera de QUI sont exactement ces alliés plus tard, mais vous savez déjà pour le Royaume de Logres et le Royaume de la Rose, alliés d'Avalon).
Le Roi Dymas envoie sa précieuse fille, l'unique héritière, auprès de son grand frère exilé afin de la protéger. Il la jugeait bien trop jeune pour des intrigues aussi violentes et Dymas avait encore tendance à la surprotéger à l'époque. C'est le soir de son départ pour le Lac de Diane qu'Elsa rencontre le jeune Arthur Pendragon, venu accompagner son père adoptif et maître d'arme pour soutenir Avalon (il ne sait même pas encore lui-même qu'il est un Pendragon, l'héritier du trône - Excalibur est encore bien loin). Cela ne dure que quelques secondes, ils n'ont pas le temps de s'adresser la parole, mais chacun laisse une forte impression à l'autre. (Elsa a 5 ans, Arthur a 10 ans.)
Arrivée au Lac, Elsa rencontre Lancelot (15 ans - les âges de 5 en 5 n'ont pas été fait exprès, mais c'est vachement bien tombé !). Une nuit d'orage où la foudre s'abat sur le grand chêne millénaire, qui sera rafistolé par Ninian.
Un an plus tard, Avalon et ses alliés remportent la guerre, le Roi Midas bat en retraite… très très énervé. Elsa rentre chez elle, un peu à regrets : elle est certes ravie de retrouver sa famille et son pays, mais elle s'est liée d'une grande affection pour Lancelot, devenus comme frère et sœur.
De retour chez elle, Elsa commence à recevoir l'éducation stricte dûe à son rang. Cependant, elle parvient à convaincre ses parents de l'envoyer de temps en temps au Lac, comme pour des vacances. C'est là-bas qu'elle se sent libre.
Deux ans plus tard, Lancelot part faire ses preuves pour devenir Chevalier. Cependant, étant le fils adoptif de la famille royale de Camlann, sans pouvoir l'intégrer, il décide plutôt de s'engager auprès d'un autre Royaume (Loegrie, il se mettra par la suite aux services du futur Roi Arthur). Il sait qu'il ne reverra peut-être plus jamais Elsa, ou du moins très rarement, mais ils continueront toujours de s'envoyer des missives et ne perdront pas le contact. Le jour du départ de Lancelot, Ninian lui offre une chevalière portant les anciennes armoiries des Camlann. Le cadeau a une lourde signification pour Lancelot, qui arbore cet emblème malgré les critiques, au mépris de la loi sur la noblesse et la royauté. À ce moment-là, Lancelot a 18 ans, Elsa 8 ans, Arthur 13 ans, et le Roi Adam naît à Rosa.
Durant cette même année de ses 18 ans, Lancelot a un "petit" écart de conduite auprès d'une belle demoiselle, qui va engendrer Galahad. De son côté, Elsa retourne toujours au lac de temps en temps.
Pendant ses nouvelles aventures au Royaume de Logres, durant lesquelles il va se distinguer au point d'être élevé au rang de Chevalier et bras droit du Roi le jour où le Roi Arthur accèdera au trône quelques années plus tard (on verra ça plus tard), Lancelot découvre le véritable pouvoir de sa bague en plein combat : un bouclier magique.
Mais un an après son départ du Lac (3 ans après la fin de la guerre), Ninian et Béfinn sont assassinés durant un voyage par des bandits de grands chemins… Beaucoup soupçonnent des représailles de Midas contre ce couple qui a hébergé l'héritière au trône d'Avalon pendant la guerre. Aucune preuve, néanmoins. Lancelot n'a jamais pu interroger son père adoptif au sujet de la bague et n'ose pas poser de questions aux autres Camlann à travers sa correspondance avec Elsa, de crainte qu'on lui retire le dernier cadeau de son père (rappel qu'il n'a pas le droit de porter les armoiries de la famille royale). Elsa (9 ans) ne remet plus les pieds au Lac.
Un an plus tard, naissance d'Anna, Elsa a 10 ans.
L'année suivante, c'est au tour de Dymas et sa femme de mourir durant un voyage, lors d'une tempête en mer. Elsa monte sur le trône à l'âge de onze ans.
Trois ans après, ce sont le Roi et la Reine de Rosa qui meurent assassinés (Adam a six ans quand il monte sur le trône).
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Voilà pour la petite Histoire telle qu'elle est actuellement et qui va s'étoffer au fur et à mesure. Par exemple, on sait pas encore quand Arthur monte sur le trône, lui aussi. J'avais pas précisé de date dans la narration, ou le nombre d'années passées entre chaque anecdote, parce que c'est pas ultra nécessaire. Mais on reviendra probablement là-dessus plus tard (je finirai par donner des dates, je les ai déjà, rassurez-vous). Déjà quand on abordera les ancêtres plus lointains des Camlann, ou la vie d'autres personnages en parallèle. Dans tous les cas, on va résoudre l'histoire de la bague magique de Neville/Lancelot à travers la lignée des Camlann (et autres, mais j'en dis pas plus, héhé). Et puis, vous vous doutez bien que j'en ai pas fini avec Midas ! Si j'ai commencé à l'inclure dans le récit, c'est pour mieux préparer son entrée en scène !
Je crois avoir à peu près tout dit… Entre l'histoire du Lac des Cygnes et le smut métaphysique, puis l'Histoire avec un grand H à travers la bague de Lancelot, ça fait déjà pas mal.
Je n'ai pas choisi le chêne par hasard !
Petit copié collé wikipédia : « Les vieilles branches qui formaient la haute couronne d'origine meurent, mais sur des espèces comme le chêne qui ont le bois très résistant, ces branches mortes restent pendant des décennies, voire des siècles ; en anglais on dit qu'ils sont Stag headed, c'est-à-dire qu'ils prennent l'apparence de la ramure d'un cerf. » = la ramure d'un cerf… Harry Potter… voilà voilà.
Ensuite, « il est symbole de Force et de Majesté. Force généreuse, résistance, solidité et invincibilité chez les Grecs ou les Celtes. Dans la Grèce Antique, il incarne aussi le symbole de la Liberté et de l'Honneur. »
Mais aussi « Force, solidité, générosité ; arbre de la virilité, de la force, de l'homme ; arbre nourricier et d'hospitalité, arbre de paix ». Il est dit aussi qu'il fait le lien entre le ciel et la terre.
Ensuite, (toujours le wiki) « Certains chênes étaient considérés comme des arbres sacrés par les Gaulois. Les druides coupaient le gui qui poussait sur eux. Même après la christianisation, les chênes étaient considérés comme protecteurs car la foudre tombait sur eux plutôt que sur les habitations voisines. Ces arbres frappés seraient souvent transformés en lieux de culte. »
Bref… Il était parfait. Le truc avec la foudre était un bonus non négligeable ! J'avais hésité à faire un parallèle sur le "vilain petit canard" avec Neville, qui est "une pièce rapportée dans la famille Camlann"... Mais dans le conte, c'est un cygne parmi les canards… Ça marchait pas du tout, surtout que Draco / Elsa / Odette sont associés au cygne durant le chapitre.
D'ailleurs, les recherches sur le symbole des animaux dans les armoiries ne sont pas anodines. La signification du Cygne et celle de l'Hermine sont véridiques. Le Cygne était bel et bien un symbole de "péché inavoué" à cause de la peau noire sous les plumes blanches (... sans commentaire). Et l'Hermine, innocence et pureté dans la justice, la conduite ou l'enseignement. MAIS ! Dans la conversation entre Draco et Hermione, Draco dit que Ninian et Béfinn étaient fascinés par l'histoire de leur région. Pensez-vous vraiment que ce soit une coïncidence si Ninian a adopté le Cygne dans ses armoiries personnelles APRES s'être installé près du lac ? Ça a effectivement fait taire les rumeurs au sujet de l'accession au trône de Dymas, son petit frère, mais il y a tout de même un bon gros parallèle avec l'histoire d'Odette. Ça tombait plutôt bien, hein ?
Ne vous inquiétez pas, on est loin d'en avoir fini avec Ninian et Béfinn, héhéhé.
Il y a d'autres petits indices glissés l'air de rien, mais je vais pas tout dire non plus, ça serait dommage, héhé.
J'ai lu de très bonnes idées et réflexions sur qui est la personne qui enlève Hermione ! Mais avez-vous une idée de quel personnage de conte il s'agit ? Parce que, sachez-le, c'est le sujet du prochain chapitre ! On quitte le Lac des Cygnes pour entrer dans un nouveau conte ! (complètement remanié à ma sauce d'ailleurs !... Vous me pardonnerez, je crois que c'est celui qui a le moins de lien avec le conte d'origine pour le moment ^^'...)
Je ne peux pas promettre que le prochain chapitre va arriver bientôt… Sachez juste qu'il est déjà bien avancé, donc pas d'abandon ! Juste, je vais mettre beaucoup de temps à publier à présent… Ça me demande de plus en plus de recherches et de réflexions, mais j'ai aussi beaucoup d'autres tâches à abattre à côté. La vie n'est pas simple (et je suis très loin d'être la seule, haha !)
Je vous dis donc à très très bientôt ! Le plus vite possible ! Pour vous fournir un chapitre encore MIEUX ! J'essaie de monter la qualiteyyyy ! Je sais pas si je réussi, mais en tout cas j'essaie, haha !
À très bientôt !
Et…
Une petite review quand même, siouplait ? (même si je suis tellement en retard ^^')
(bisous !)
Ashu.
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Réponses aux reviews anonymes
- Luna : blop blop blop ! héhéhé (merci d'être toujours làààà ! J'espère que c'est encore le cas !)
- Clem : Je n'ai pas mis Hugin ou Ratatosk dans ce chapitre parce que… non, je les ai pas oublié ! C'est juste que ce chapitre était déjà pas mal dense ^^'... Mais ne t'inquiète pas ! Ils reviennent dans le suivant ! Dans le résumé, j'ai mis une phrase sur eux spécialement pour toi, héhéhé. Et Ratatosk sera TOUJOURS une teigne, BWAHAHA ! Pour le cas Ron, je pouvais décemment pas le retirer de l'aventure ! Il a sa propre histoire à vivre, également. Une histoire qui va se mélanger avec celle d'Elsa et Arthur. C'est pas pour rien que je l'inclu dans la chronologie de l'histoire des Camlann, dans cette note de fin de chapitre. Il a aussi un rôle à jouer, avec Midas, avec sa propre malédiction, avec ses affaires de cœur, avec sa construction personnelle… J'ai déjà quelques arcs pour lui en tête, que je vais mélanger avec le reste. J'ai des scènes prévues, bien précises en tête. Il me TARDE ! Mais ça va prendre du temps… J'espère que ces explications de fin de chapitre t'auront aidé aussi ! Et pour le personnage mystère… réponse dans le prochain chapitre ! Mais je note ta théorie, nyéhéhé !
- Ouf : oh ! Oh ! OH ! O_o ! Une… Une lectrice d'il y a dix ans ?! Je pensais même pas que ça pourrait être possible ! Bon, je cache pas que ton message m'a fait de la peine (logique), mais quelque part, je suis tout de même ravie de savoir que tu continues à lire, même si tu as l'impression de perdre ton temps ^^'... J'ai le gros défaut de me lancer dans des récits plus proches de la saga que d'un roman classique de 300 pages… Ça me bouffe énormément de temps et le temps est précieux. C'est pas une excuse, et je suis désolée que tu le vives de cette façon :S … J'avoue voir les choses d'une autre façon, même en tant que lectrice : je suis une grande fan de plusieurs textes qui n'auront jamais de fin, mais je le vis plutôt bien parce que ça m'à permis de rêver et de découvrir ces récits quand même. C'est très personnel, je ne dis pas qu'il faut voir les choses comme ça. Et ça n'excuse pas le fait qu'effectivement, j'ai terminé aucune fic (à part les OS). Dans ma tête, j'en ai vraiment abandonné certaines, mais il y en a d'autres que je tiens à reprendre malgré tout (Le Justicier ou Semi-Divinité, par exemple). Après, oui, haha ! J'ai une vision ultra perso de Draco X)))) Je la partage avec certains, mais c'est loin d'être la majorité. Je crois que j'en ai aussi un peu marre de lire des Draco "top" autoritaire partout, j'ai probablement bien forcé le trait féminin sur lui dans cette fic ? … quoi que non, il a toujours été comme ça pour moi, en fait. J'ai une grosse fascination pour l'androgynie. J'ai vraiment hésité à lui mettre une robe, dans cette fic, et puis après, je me suis dit "yolo !". Ça me fait rire de l'imaginer comme ça, que ça lui aille super bien, mais qu'il déteste ça X)))). Bref, contente de voir que tu es là, je vais surtout garder cette info-là précieusement dans mon cœur, parce que ça me fait vraiment vraiment plaisir malgré cette jolie pique bien sentie, haha. Et qui sait ? Si j'arrive enfin à mettre un point final, j'aurais peut-être le droit de te revoir ? :) Quoi qu'il en soit, moi, je t'envoie tout mon amour ^^ !
