Bas les masques

L'atmosphère dans la salle d'interrogatoire était lourde et oppressante.

Les murs de pierre froids reflétaient les lumières vacillantes des torches, projetant des ombres menaçantes. Eddie se tenait debout, les bras croisés, son visage fermé. Lady Taylor était assise devant lui, ses mains posées sur la table en bois massif. Son visage était pâle, mais ses yeux brillaient d'une lueur de défi.

Eddie se mit à marcher lentement autour de la pièce, son regard perçant rivé sur elle.

– Lady Taylor, commença-t-il d'une voix froide. Vous savez pourquoi vous êtes ici, n'est-ce pas ?

– Quoi encore? s'énerva-t-elle cessant de faire jouer ses ongles rouges sur la table. Vous avez déjà détruit ma réputation et mon père m'a enfermé dans ma chambre. Ça ne vous suffit pas?

– Vous avez détruit votre réputation toute seule en couchant avec n'importe qui.

Elle hocha la tête, un sourire narquois se dessinant sur ses lèvres. Elle se pencha en avant, ses yeux s'accrochant aux siens.

– J'ai souvenir que ça ne vous a pas vraiment déplu.

– Ne testez pas ma patience! gronda-t-il.

– Alors, c'est encore à propos de Buck? En quoi, le petit palefrenier vous intéresse-t-il tant? Oh non, quoi? rit-elle soudain. Vous le culbutez, c'est ça? Vous avez décidé d'élargir votre horizon en mettant un de vos sujets à quatre pattes?

Eddie s'arrêta net, son regard se durcissant.

– Je vous conseille de ne pas jouer à ce jeu avec moi. Si vous êtes celle qui l'a menacé, je vous promets que les conséquences seront bien pires que ce que vous pouvez imaginer.

Lady Taylor rit doucement, un son aigre et dénué de chaleur.

– Oh, Prince Eddie, vous avez toujours eu un faible pour les menaces grandioses, mais vous radotez là. De toute façon, on sait tous comment cela finit: dans votre lit. Je pourrais peut-être me mettre à quatre pattes à mon tour ou mieux encore vous faire me supplier. Je me souviens de notre nuit, et c'était extrêmement agréable.

Eddie serra les poings, se retenant de lui répondre violemment, qu'il n'avait même pas eu à se retenir de jouir parce qu'il n'avait même pas pu aller jusque-là, tellement sa prestation était médiocre.

– Je n'aime pas les femmes trop directives à mon égard, lui rappela-t-il. Et le fait que tu aies écarté les cuisses une fois avec moi ne te donne aucun droit de menacer l'homme que j'aime.

Eddie laissa son ton se refroidir, chaque mot tombant comme une lame affûtée.

Lady Taylor le fixa, son sourire condescendant s'effaçant progressivement alors que la réalisation de sa situation s'insinuait en elle. La peur se refléta dans ses yeux, et elle commença à se tortiller sur sa chaise, consciente que cette fois, ses manigances ne la sauveraient pas de sa colère implacable.

– Je n'ai rien fait de tel, admit-elle. Je voulais le mettre dans mon lit, c'est vrai mais le menacer? Pourquoi j'aurais fait ça? Non, j'avais l'intention de le forcer à passer du temps avec moi en me donnant des cours d'équitation mais vous m'avez interdit de l'approcher, et mon père est vraiment en colère maintenant. Je ne suis pas assez folle pour oser défier l'un d'entre vous en enfreignant vos ordres.

– Oh tu as plutôt intérêt à ne pas me défier, gronda-t-il. Et tu n'as pas intérêt à me mentir parce que je trouverai la vérité d'une manière ou d'une autre.

– Et, que comptes-tu faire pour ça ? Me torturer jusqu'à ce que je confesse un crime que je n'ai pas commis ?

Eddie trouva l'idée alléchante.

– C'est une idée ça, lui sourit-il la faisant frissonner.

– Ce n'était pas moi, souffla-t-elle. Je vous le jure.

– Nous verrons.

Il se tourna brusquement vers la porte, excédé de ne pas avoir trouver le coupable et passablement énervé par cette conversation inutile.

– Gardes, raccompagnez Lady Taylor à ses appartements. Elle est libre de partir, pour l'instant.

Les gardes entrèrent et escortèrent Lady Taylor hors de la pièce. Eddie resta seul, le cœur lourd et l'esprit en ébullition. Il savait que cette entrevue n'avait mené nulle part, et pourtant, une ombre de doute persistait.

– Si c'est elle, nous la ferons parler, lui promit Tommy. Mais si ce n'est pas elle, nous devons chercher ailleurs, Votre Altesse.

– Et où? Tu as tout vérifié.

– Il me manque quelques détails encore mais rien de concluant pour le moment, confirma-t-il.

– Pourtant, la menace est réelle.

– Nous trouverons, Votre Altesse.

Eddie sortit dans les jardins pour se calmer.

La matinée était fraîche, et la lune brillaient encore, bien que faiblement dans le ciel. Il marcha lentement, ses pensées tourbillonnant autour des récents événements. Les menaces contre Buck, l'incertitude qui pesait sur leur avenir...

Tout semblait se liguer contre eux.

Alors qu'il atteignait une fontaine centrale, il aperçut Maddie assise sur un banc de pierre, perdue dans ses pensées.

– Maddie, l'appela-t-il doucement.

Elle leva les yeux et lui sourit.

– Eddie, tu as l'air préoccupé.

Il s'assit à côté d'elle, passant une main dans ses cheveux.

– Je suis inquiet, admit-il. Pour ton frère. Il…Il est menacé, et je ne sais pas par qui. J'ai peur pour lui, pour nous. Je me dis que peut-être, pour sa sécurité, je devrais le renvoyer à Arboria le temps que je règle cette affaire.

Maddie fronça les sourcils.

– Mes parents et moi ne rêvons que de pouvoir le ramener avec nous mais rien que cette idée semble l'envoyer dans une spirale de pensées effrayantes. Il a besoin de temps.

– Je n'en ai pas, admit-il désemparé. Mes meilleurs hommes cherchent sans relâche mais le coupable est doué pour effacer ses traces.

– Je peux peut-être aider. Un œil nouveau sur un problème peut aider à y voir plus clair.

– Sais-tu ce qu'est La Muñeca del Diablo, soupira Eddie alors que Maddie hochait la tête négativement. C'est ce qu'on appelle la poupée du diable. Elle est conçue pour représenter une personne particulière. C'est une pratique en sorcellerie d'envoyer la Muñeca del Diablo à un ennemi pour lui annoncer sa mort prochaine. Bien sûr faut-il encore croire à toute ses sornettes de malédiction mais cela reste une menace sérieuse contre le destinataire. Nous en avons retrouvé une l'effigie de Buck, je veux dire d'Evan, dans notre lit. Ton frère est terrifié.

– Une poupée? souffla-t-elle.

Eddie la vit hésiter un instant.

Une ombre de doute et de peur passa sur son visage, ses yeux s'écarquillèrent légèrement avant qu'elle ne se décide à sortir une petite poupée de sa poche, la tenant avec précaution comme si elle pouvait la brûler.

– J'ai trouvé ça sur mon lit. Je pensais que c'était un cadeau de bienvenue un peu étrange...

Eddie la regarda, un frisson glacé parcourant son échine. Ses yeux s'agrandirent de terreur alors que l'ampleur de la menace se révélait, frappant son cœur d'une peur viscérale.

– Non, ce n'est pas un cadeau. C'est une menace sérieuse Maddie, tu as offensé une sorcière.

– Mais comment? Je viens à peine d'arriver.

Eddie comprit soudain.

Ce n'était pas Buck ou Maddie en tant que personnes qui étaient visés, mais plutôt leur relation avec lui. Les menaces étaient dirigées contre lui, utilisant ceux qui gravitait autour de lui comme instruments pour l'atteindre et le déstabiliser.

– Eddie? lâcha Maddie inquiète. Tout va bien?

– Ce n'est pas Buck qui est menacé, mais notre relation, répondit-il. C'est moi qui suis visé, pas lui.

– Quoi? Mais qui?

– Je ne sais pas encore mais je dois trouver un moyen de le piéger, affirma-t-il en se levant précipitamment. Je dois parler à mon père, essayer de mettre en place quelque chose. Peux-tu essayer de convaincre tes parents de repousser l'annonce du retour de ton frère et de nos fiançailles ?

Maddie acquiesça, bien qu'un peu troublée. Eddie se pencha pour déposer un baiser sur sa joue en remerciement de son aide précieuse. Maintenant il savait exactement où chercher.

– Je ferai de mon mieux, confirma-t-elle. Fais attention à toi.

Eddie s'élança vers les appartements de son père, le roi, avec détermination. Quand il entra, le roi se tenait près d'une fenêtre, regardant pensivement le jour se lever.

– Père, commença Eddie. J'ai besoin de vous parler d'une menace qui pèse sur nous.

– Je t'écoute, fils, lâcha le roi inquiet.

Eddie expliqua tout : la poupée trouvée par Maddie, les menaces contre Buck, et sa conviction qu'une sorcière se cachait parmi eux. Le roi resta silencieux un moment, son regard perçant se posant sur son fils.

– Tu penses que l'une de tes anciennes maîtresses est derrière tout cela ? demanda-t-il finalement.

– Oui, admit-il en hochant la tête. J'ai rompu avec deux d'entre elles juste avant de tomber amoureux de Buck. L'une est déjà emprisonnée et est terrifié à la simple vue d'une Muñeca, mais l'autre, la comtesse de Flores... Elle pourrait être la coupable.

Le roi se redressa, une lueur dangereuse dans les yeux.

Eddie savait à quel point il détestait les sorcières, pas pour leur dangerosité car il ne croyait pas plus que lui aux malédictions, mais pour le message de peur qu'elles véhiculaient et il avait mis un point d'honneur à en débarrasser le royaume.

– Nous ne pouvons pas laisser une sorcière agir impunément dans nos murs, tonna-t-il. Si tu es sûr de toi, nous lui tendrons un piège. As-tu une idée de comment t'y prendre?

– Tommy ira lui annoncer que le mariage avec la princesse Maddie est annulé et que je souhaite revoir ma décision sur notre relation. Si c'est ce qu'elle veut, elle mordra à l'appât.

– Très bien, sourit sombrement son père. Fais-le, et que la vérité éclate.

Eddie retrouva Buck dans ses quartiers, le visage grave.

Tandis qu'il s'approchait, ses pensées tourbillonnaient avec impatience et frustration. Chaque minute qui passait semblait une éternité, et il brûlait de voir son piège se refermer enfin sur cette satanée Ana Flores. La tension montait en lui comme une marée noire, envahissant chaque fibre de son être alors qu'il luttait pour maintenir son calme face à Buck.

Buck leva les yeux de son livre, inquiet, sachant immédiatement que quelque chose n'allait pas.

– Qu'est-ce qui se passe? souffla-t-il en tremblant.

Eddie s'assit près de lui, prenant ses mains dans les siennes. Il était plus que conscient de la façon dont cette menace, planant au-dessus d'eux lui faisait peur.

– Ta sœur a reçu una Muñeca del Diablo, murmura-t-il.

– Non, souffla-t-il en se levant d'un bond.

Eddie se leva à son tour et récupéra ses mains dans les siennes pour le calmer. Il savait combien Buck s'était rapprochée de sa sœur depuis quelques jours et combien il l'aimait déjà.

– Ces menaces ne vous sont pas destinées, affirma-t-il. Elles me sont destinées, je pense que l'une de mes anciennes courtisanes n'apprécie pas d'avoir été remplacé, ni par toi, ni par ta sœur et qu'elle a essayé de vous faire peur pour vous faire fuir. Je pense à la comtesse de Flores, Lady Ana. Avec mon père nous allons lui tendre un piège.

– Et si ce n'est pas elle ? demanda-t-il inquiet cette fois.

– Alors elle sera une proie idéale pour la vraie sorcière.

– Je n'aime pas ça, soupira Buck préoccupé. Ça pourrait être dangereux.

– J'ai bien plus peur pour toi que pour elle, admit-il avec sincérité.

– Elle est peut-être innocente, et si la véritable sorcière s'en prenait à elle et…

– Je sais, mi amor mais je ne reculerai devant rien pour te protéger même s'il faut faire des sacrifices.

– Eddie…

– Ecoute moi, tu as raison sur le fait que je ne peux pas être sûr, mais je dois prendre le risque pour nous protéger. Toi, nous, Christopher, ta sœur aussi. Et je sais que tu n'aimes pas forcément mes méthodes et crois-moi, je n'en suis pas forcément fier mais il y a une chose sur laquelle tu ne dois jamais douter, c'est que je tiens à toi et à Christopher plus que tout au monde et je ne reculerai devant rien pour vous protéger, quelle que soit la menace.

Buck acquiesça après un moment de silence et se nicha entre ses bras.

Le lendemain, la grande salle était préparée pour l'arrivée de la comtesse de Flores et de son père. Eddie se tenait au milieu de la pièce, le visage impassible. Quand Ana entra, vêtue d'une somptueuse robe d'apparat, elle lui adressa un grand sourire, mais il ne répondit pas.

– Edmundo ? l'appela-t-elle.

Eddie sentit des frissons glacés lui parcourir la colonne vertébrale.

Il n'avait jamais aimé qu'elle l'appelle ainsi. Il la regarda avec dédain, trop conscient des nouvelles informations que lui avaient transmises Tommy dans la soirée et combien il se sentait trahit et en colère.

– Je crois vous avoir déjà dit que seule ma mère m'appelle par mon nom de naissance, répliqua-t-il sèchement.

– Privilège que seule une mère et une épouse peuvent avoir, répondit-elle, se rapprochant de lui. J'ai appris avec tristesse que votre mariage avec la princesse Maddie avait été annulé. C'est triste qu'elle ne puisse pas voir l'homme formidable que vous êtes. Moi, je vois ce potentiel en vous.

Eddie attrapa sa main, la serrant à l'en briser, avant qu'elle ne puisse le toucher, la faisant hoqueter de surprise.

– Ne me touchez pas, madame, ou mon garde du corps vous fera arrêter !

Ana recula, surprise par son ton mais son sourire répugnant revint vite alors qu'il la relâchait.

– Vous n'avez pas toujours dit cela.

– Ne dépassez pas les bornes, comtesse. Je ne vous ai pas fait venir pour des galipettes ou autre batifolage. Je suis fiancé.

– Je pensais que la princesse Maddie était repartie, lâcha-t-elle froidement en plissant les yeux.

Elle semblait contrariée et Eddie appréciait silencieusement de la voir se dévoiler autant. Il ne put s'empêcher de sourire froidement.

– Pas encore, mais ça ne saurait tarder.

Il fit un signe à Tommy, qui entra dans la pièce avec plusieurs gardes lui barrant toute retraite potentielle. Il s'était assuré que seuls des gardes ne croyant pas aux pouvoirs de sorcières soient présents. Cette peur bien que quasiment éradiqué de leurs rangs était tenace parmi le peuple.

– Je vous ai fait venir pour une raison bien précise, poursuivit-il en la voyant comprendre ce qui commençait à se tramer contre elle.

Elle croisa les bras, essayant de paraître indifférente, mais Eddie pouvait sentir la peur s'échapper d'elle, elle se lisait dans ses yeux et semblait suinter de chaque pore de sa peau.

– Et quelle est-elle ? s'enquit-elle.

Eddie sortit la poupée de sa poche et la posa sur la table.

– J'ai découvert récemment cette poupée. Vous savez, ces petites choses horribles que les sorcières utilisent pour menacer leurs ennemis de mort.

Ana pâlit, ses yeux s'écarquillant, il put même la voir déglutir difficilement. Elle semblait ne pas avoir pris en compte qu'il pourrait découvrir ses manigances.

– C'est... horrible, lâcha-t-elle la voix défaillante. Avez-vous trouvé qui vous menaçait ?

Eddie pencha la tête sur le côté, soudain très amusé par sa médiocre prestation pour paraitre le plus innocente possible. Elle était une très mauvaise comédienne autant qu'elle était une horrible sorcière.

– Ce n'est pas moi qui étais menacé, mais Buck, affirma-t-il. Mais vous le savez déjà, puisque vous en êtes l'auteure, n'est-ce pas ?

Ana déglutit, tentant de garder son calme. Puis, elle retrouva un certain aplomb et se redressa avec un petit sourire mesquin qu'il ne lui connaissait pas.

– Ça sera dur à prouver.

– Pas besoin de preuves, répliqua-t-il. Je suis le prince, après tout. Je peux vous faire enfermer sans raison.

– Mon père est...

– Actuellement avec le mien, l'interrompit-il. Qui l'informe de vos petites manigances. Suite à enquête plus approfondie, j'ai appris que votre mère a été brûlée pour actes de sorcellerie.

– C'était une fausse accusation, répliqua-t-elle en serrant les poings.

Eddie savait qu'il avait mis dans le mille alors que la rage brulait dans les yeux de la jeune femme qui lui faisait face. Il se pencha vers elle, ses yeux brûlant de colère.

– Ne vous inquiétez pas, je ne vous ferai pas brûler avant d'avoir la preuve que vous êtes une véritable sorcière, rit-il. Je vais essayer de vous noyer d'abord. Si vous survivez, alors je vous ferai brûler.

Ana éclata de rire, un son désespéré.

– Vous savez très bien que cette croyance est fausse. Si vous me noyez, je ne me relèverai pas. Sorcière ou pas.

– Je le sais, oui, admit-il. Mais pour le peuple cela voudra dire que vous êtes innocente et que les sorcières n'existent pas finalement.

– Et je serai une innocente morte !

Eddie se redressa, croisant les bras sur sa poitrine et prenant son air le plus suffisant possible. Il avait cette faculté de paraitre (et aussi d'être) cruel mais Buck avait atténué cette tendance en lui et c'était devenu un rôle un peu plus difficile à endosser aujourd'hui.

– Le seul moyen d'éviter la mort est de vous expliquer. Et maintenant !

– Très bien, lâcha-t-elle en baissant les yeux, vaincue. J'étais là, le soir de l'anniversaire du roi. Je suis venue pour vous convaincre de revenir sur votre décision... Vous n'étiez pas seul et j'ai attendu. Je voulais voir ma rivale, mais c'est lui qui est sorti. Il était perdu comme s'il ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer entre vous. Je pensais qu'il ne serait qu'une passade, mais il est revenu encore et encore, soir après soir. Je voulais qu'il parte.

Eddie hocha la tête, une expression de dégoût sur le visage. Il se souvenait aussi de ce soir-là et sa relation avec Buck n'avait alors rien à voir avait celle qu'ils avaient aujourd'hui.

– Pour pouvoir prendre sa place ? cracha-t-il. Pour devenir… reine ?

Ana le regarda fixement, ses yeux brillants de larmes.

– Pour devenir votre femme, lâcha-t-elle en le regardant fixement, ses yeux brillant de larmes. Vous êtes mon âme sœur.

Eddie serra les poings, ses yeux se plissant.

– Mon âme sœur, c'était Shannon, cracha-t-il en réponse serrant les poings et plissant les yeux de colère. Pour peu que je croie à ces histoires stupides et je ne suis pas sûr d'y croire depuis que j'ai rencontré l'homme de ma vie. Mais elle était la mère de mon fils.

– Un enfant handicapé..., sourit-elle. Je peux vous donner des enfants forts et robustes. De futurs rois potentiels qui vous ferons oublier à quel point votre premier né est faible et inutile.

– Comment osez-vous? éructa-t-il avant de se figer, un souvenir lui revenant en tête. Les vipères... lors de la leçon de Christopher. C'était vous ? murmura-t-il, horrifié.

– J'ai fait ce qu'il fallait pour vous, confirma-t-elle ses épaules s'affaissant. Pour vous permettre de tout reprendre de zéro.

Comment avait-elle osé faire une chose pareille?

Essayer de tuer son enfant?

Eddie avait envie de l'étrangler mais il ne devait pas se laisser dépasser par sa colère. Il valait mieux que cela. Il détourna le regard, ses épaules s'affaissant.

– Tommy, murmura-t-il. Fais-la disparaitre de ma vue avant que je ne la tue.

Tommy s'approcha et attrapa la comtesse, qui se débattait en pleurant.

– J'ai fait ça pour nous, pleura-t-elle.

– Essayer de tuer mon fils unique, menacer de mort ma promise et mon fiancé choisi, lâcha-t-il en la regardant avec dédain. Et vous voulez me faire croire que vous faites ça pour moi? Vous connaissez mieux que quiconque le sort réservé aux sorcières mais rassurez-vous, je ne vais pas vous noyer, Ana, ni vous faire brûler. En fait, votre sort dépend du prince Evan d'Arboria.

– Quoi... ? sursauta-t-elle connaissant sans nul doute la légende du prince disparu d'Arboria.

Evan entra, accompagné de sa sœur Maddie, pendue à son bras. Ana sembla perdre ses couleurs en comprenant ce qu'il venait de lui annoncer et combien elle avait commis une erreur.

– C'est impossible, murmura-t-elle en se mettant lentement à genoux malgré le fait que Tommy la tenait toujours. Le prince… Evan?

Eddie alla rejoindre son fiancé, déposant un baiser sur sa joue, comme pour narguer Ana mais surtout pour rassurer son fiancé.

– Evan n'aime pas les punitions trop... définitives, dit-il calmement. Il va de soi que si j'avais compris avant que vous aviez essayé de tuer mon fils, je vous aurais noyée, puis brûlée. Mais le prince Evan a proposé une solution tout à fait charmante à mon sens.

– Je doute que le duc Jacob d'Alvaran puisse être qualifié de charmant, lâcha le jeune prince en levant un sourcil.

– Oh non, c'est un homme chauve d'une quarantaine de printemps, bedonnant..., s'amusa Maddie qui l'avait déjà rencontré une fois. Et d'accord, il fait carrément peur, mais c'est le frère du roi Emram.

– Mon père est en train d'informer le vôtre que vous partez pour Alvaran pour épouser le frère du roi Emram, sourit Eddie la voyant se décomposer. C'est un traité de paix entre nous. Il en est à quoi ? Dix épouses ?

– Douze, rectifia Maddie. Et au moins soixante enfants.

– Le duc est un bon parti, dit-il avec ironie. Et ne vous leurrez pas, son frère a une bonne dizaine de fils robustes prêts à prendre sa suite.

– Vous le regretterez, cracha Ana en se redressant les yeux remplis de haine.

– Gardez votre venin, sorcière, lui ordonna Buck. Et estimez-vous heureuse de respirer encore.

– Oh, cariño, laisse-la parler tant qu'elle le peut encore, s'amusa Eddie. Le duc n'aime pas trop entendre ses femmes 'bavasser' et leur fait couper la langue juste avant le mariage.

Il déposa un baiser sur la joue de son fiancé et se détourna d'Ana, qui fut emmenée par Tommy, vociférant des menaces qui ne l'atteignit même pas.

Eddie se retourna vers Buck, qui avait assisté à toute la scène, silencieux et choqué.

– C'était cruel, murmura-t-il, une ombre de tristesse dans les yeux.

– Pas assez, répondit-il d'une voix rauque, un léger sourire amer sur les lèvres.

– Mais tu aurais pu lui laisser la surprise, plaida Buck avec un petit sourire.

Eddie sourit, une lueur tendre dans les yeux. Il n'y avait pas que Buck qui déteignait de lui, mais lui déteignait également sur son fiancé et il trouvait ça terriblement sexy.

– Tu apprends tellement vite, cariño, souffla-t-il sur ses lèvres. Mon petit stratège.

– J'ai un bon professeur, sourit-il.

Eddie l'attira contre lui, savourant ce moment de calme après la tempête.

Il entendit la porte se refermer, signe que Maddie était partie, les laissant enfin seuls. Un sentiment de paix l'envahit alors qu'il serrait Buck dans ses bras, décidé à lui faire l'amour contre la première surface dur qu'il rencontrerait.