«T'es sérieux?! C'est toi qui l'as proposé!» siffla-t-elle, surprise par sa propre colère.

«Je sais... Je suis désolé... Je ne me sens pas très bien... Je crois que c'est mieux d'essayer une autre une fois... en plus, t'en avais pas très envie... Je ne veux pas te forcer...» bafouilla Noodh'al, serrant ses bras contre lui comme s'il était sa propre bouée de sauvetage.

«Ne te sers pas de moi comme excuse! Tu veux pas, tu veux pas. Mais assume que c'est ton choix et pas le mien!» grinça-t-elle, furieuse.

Elle aussi avait mal dormi, passant de longues heures allongée à côté du jeune mâle qui ne cessait de se retourner, torturé par le même sujet. Noodh'al se sentait peut-être fatigué et affaibli, elle, elle se sentait sur la défensive et nerveuse. Avec un geste défait, elle le planta devant la hutte, bien décidée à marcher un peu pour calmer son esprit.

Elle partit longer la rivière rendue boueuse par le printemps, laissant ses pas la guider sans y penser, ruminant son agacement en silence, sans s'inquiéter de la distance parcourue. Après tout, tant qu'elle suivait le fil de l'eau, elle retrouverait forcément le campement.

«Ilinka?»

L'appel la tira de ses pensées qui, loin de s'être apaisées, avaient spiralé sur une myriade d'émotions.
«Galor?»
Le jeune chasseur, un sourire perplexe aux lèvres, traversa le cours d'eau en quelques bonds agiles, abandonnant ses deux camarades de l'autre côté.

«Qu'est-ce que tu fais là?» s'enquit-il, alors qu'elle l'aidait à prendre pied sur la rive.

«Je me promène, c'est tout. Et vous?»
«On a pris de l'avance sur le groupe de chasse pour annoncer le retour de l'expédition», expliqua-t-il. «Mais il faudra que tu m'expliques ce que tu fais à presque une demi-journée de marche du camp toute seule, et sans même une cape pour te tenir chaud, ni une arme pour te défendre.» poursuivit-il, presque réprobateur.
«Une demi-journée?! Mais pas du t...»

Les mots moururent sur ses lèvres, tandis qu'elle réalisait que le soleil avait dépassé sous zénith et entamé sa descente – alors qu'elle était partie avant même le déjeuner des petits.

Elle se mordit la lèvre. Elle n'avait pas réalisé que ça faisait si longtemps qu'elle marchait.
Noodh'al et les autres devaient s'inquiéter.

«Merde, mais quelle abrutie...» siffla-t-elle, le français semblant adapté pour l'occasion.

Galor n'avait pas compris ce qu'elle avait dit, mais il en avait compris l'intention. De quelques gestes, il fit signe aux deux chasseurs qui l'accompagnaient de partir devant.

«On rentre ensemble?» suggéra-t-il gentiment.
Elle opina, un peu mortifiée.

Marchant volontairement lentement pour laisser à ses deux camarades le temps de les distancer, le jeune mâle ne chercha pas tout de suite à lui tirer les vers du nez. Voyant qu'elle ne dirait rien, trop occupée à se morigéner intérieurement, il finit par l'interroger, et ce fut comme si les vannes avaient été lui raconta tout.

«Bref, ça m'énerve! A la base, je voulais pas de don de force vitale, j'ai accepté de le faire pour lui, et au dernier moment, c'est lui qui fait marche arrière! Je sais que je devrais pas me mettre dans des états pareils, mais... crotte!»
Galor opina, rajustant son filet de chasse sur son épaule.

«Je mentirais en disant que je ne comprends pas ton frère, mais tu as aussi absolument le droit d'être énervée. C'est lui qui a initié tout ça, contre ton gré, et maintenant, il se dédit...»

Jetant un œil au chasseur, elle lui laissa le temps de poursuivre.

«La grande famine a été difficile pour tout le monde. Il n'y a pas un nid qui ait été épargné... mais c'était il y a de nombreux hivers... Noodh'al ne peut pas continuer à s'en servir pour excuser ses lâchetés.»

«Il n'est pas lâche!» protesta-t-elle.

«Ce n'est pas ce que je voulais dire, mais tu comprends?»

«Oui...»

Ils avancèrent encore un peu en silence.

Ce fut au tour de Galor de la fixer.

«Toi, qu'est-ce que tu veux faire maintenant?»
«Heu... Je suis pas sûre de comprendre.»
«Tu veux toujours essayer?»
«Pfff... Je sais pas trop... ça me fait peur, vraiment... et si je ne pouvais plus m'arrêter? Et si ça ne me suffisait pas? Enfin, de toute manière, c'est pas comme si j'avais encore le choix, hein?»
«Si tu l'avais... qu'est-ce que tu ferais?» renchérit-il patiemment.

«Si j'avais le choix... je... je tenterais... C'est vrai que j'ai faim depuis tellement longtemps que je ne me souviens plus ce que ça fait de pas sentir ce...creux...et...et un jour...que je le veuille ou non...je devrai le faire, hein?»

Galor acquiesça avec un sourire bienveillant, lui tendant la main, paume vers le haut. Sa main gauche. Une corolle dorée s'étalant doucement au creux de sa paume.
Ilinka recula instinctivement.

«Que... Qu'est-ce que tu fais?!»
«Moi, je n'ai pas peur d'avoir faim.»

«Non, je ne peux pas accepter...»
«Pourquoi?»
«Non, c'est... Je...»

«Toi et moi, on est Im'amî. On est du même clan. On s'entraide.»

«C'est pas comme si tu me prêtais un rouleau de corde!» protesta-t-elle, alors qu'il ne bougeait toujours pas.
«C'est vrai. Mais pour toi, c'est quelque chose que je fais volontiers.»

Secouant la tête, elle soupira pour se donner du courage.
«Merde! Mais pourquoi moi?» siffla-t-elle, saisissant la main toujours offerte d'un geste presque rageur.

Le jeune chasseur sourit.

«Parce que je t'aime bien?»

Elle grommela, faisant la moue, ce qui le fit rire.

«Si tu veux que ça marche, va falloir te détendre, et laisser l'énergie venir à toi.» nota-t-il doucement.

Inspirant à fond, elle ferma les yeux. C'était finalement comme un don de force vitale. Non! Ce n'était pas comme. C'était un don de force vitale. Point barre!
Elle ne l'avait encore jamais pratiqué, mais elle s'était un peu entraînée de son côté, et surtout, Markus l'avait laissé observer quelques fois, depuis un coin de son esprit, les dons d'énergie de Rosanna. Elle avait une idée assez précise de ce à quoi ça devait ressembler.

Pourtant, elle ne put retenir une petite exclamation surprise, lorsque ce qu'elle s'attendait être un fin filet d'énergie, s'avéra un torrent tempétueux et vif.

Bien sûr! Il ne s'agissait pas de capter l'énergie émanant d'un organisme non conçu pour la manipuler, mais d'un échange d'organe spécialisé à organe spécialisé.

C'était grisant. La métaphore du torrent était tellement exacte, qu'elle se sentait aussi stupéfaite et vivifiée que si elle avait plongé tête la première dans un véritable ru glaciaire.

L'énergie qui l'emplissait, faisant courir des fourmis dans tout son corps, avait une saveur inconnue. Une ruse observatrice et une joie paisible qui lui était étrangère, mâtinée d'une fierté orgueilleuse et d'une sincère affection. Elle mit un moment à comprendre que, d'une manière plus intime encore que si elle était entrée dans sa tête, c'était à l'âme de Galor qu'elle touchait, en une mise à nu qui lui donna le vertige.

Luttant contre l'instinct qui lui commandait de continuer à s'abreuver à cette source, elle retira lentement la main, les fins tentacules dorés entremêlés ne se séparant qu'à contrecœur.
Étourdie, elle vacilla un peu, le jeune chasseur la soutenant d'un bras pour s'assurer qu'elle n'allait pas tomber.

«Ça va?»
«Oui... très bien. Trop bien?»
Il rit.

«Ça fait ça, c'est vrai.»

.

«Bonsoir, je peux entrer?» s'enquit la servante, jetant un regard interrogateur dans sa cabine.

Posant le mécanisme de diversion thermo-électrique qu'il avait emprunté au laboratoire pour l'étudier, Rory acquiesça.
«Mmmh, ça sent bon... C'est quoi?» s'enquit Limbani, s'installant sans plus de manière à sa place habituelle sur le bord de sa couchette.

«Ah, ça!» répondit-il, attrapant la cruche de glaise posée sur la tablette faisant office de micro-bureau. «C'est une... kalikani? Kalinaki? Kali... quelque chose... J'ai oublié. Mais c'est une fleur qui ne pousse que sur Zarbann.» expliqua-t-il, lui montrant la branche tordue portant une unique corolle de pétales translucides.

«Elle est magnifique! Et elle sent tellement bon!» s'extasia la jeune femme, lui prenant délicatement le vase improvisé des mains pour la détailler plus avant.
«Oui, et elle a des propriétés fascinantes. Tenez-la. Il faut juste que j'attrape ça...» marmonna-t-il, se penchant derrière elle pour attraper la lampe multifréquences qu'il avait récupérée auprès du biologiste lui ayant présenté la plante.

L'objet récupéré, il l'alluma, d'abord sur un spectre relativement complet – proche de la lumière solaire telle que visible sur Zarbann.

A peine le faisceau eut-il effleuré les pétales que ceux-ci se mirent à pulser d'un arc-en-ciel iridescent de couleurs, qui arracha une petite exclamation ravie à Limbani.

Lui laissant le temps d'admirer le spectacle objectivement sublime, Rorkalym bascula la lampe sur des fréquences ultraviolettes, qui firent scintiller la plante de milliers de petits points semblables à de minuscules feux d'artifice. Remontant petit à petit le spectre lumineux, il fit changer encore et encore de couleurs et de motifs – toujours mouvants – les délicats pétales, jusqu'à arriver aux infrarouges, qui les firent s'opacifier, jusqu'à ce que la fleur semble faite de la nacre la plus pure.

Éteignant sa lampe, il se retrouva à cligner des yeux dans la relative obscurité de sa cabine.

«Ce sont des chromato... phares?» s'enquit Limbani, tout aussi éblouie que lui.

«Chromatophores... mais oui, c'est exact. C'est ce qui la fait changer de couleur. Mais on ignore le processus exact et les raisons précises de tous ces changements...»

«Peut-être que c'est de l'art?» suggéra-t-elle.
«Une plante qui ferait de l'art?»

«Excusez-moi, c'est stupide.»
«Pas du tout. Des recherches suggèrent que les plantes peuvent être sensibles à la musique. Et il a été prouvé que de nombreuses espèces végétales communiquent entre elles. Elles sont même capable de communication inter-espèces. Alors de l'art, pourquoi pas? Après tout, il suffirait de trouver une seule plante capable de le faire pour démontrer que c'est possible.» musa-t-il.

«Ne serait-il pas plus facile de prouver que c'est impossible?»
Rory ne put retentir un petit rire.

«Non. Pour prouver que quelque chose n'existe pas, il faudrait être capable d'examiner l'univers tout entier, et à travers tout l'espace-temps, pour confirmer que cette chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais, ce qui est bien sûr impossible. Mais il suffit de trouver une seule occurrence de cette chose pour prouver qu'elle existe. C'est pour ça qu'en science, on dit que quelque chose est impossible ou inexistant, jusqu'à preuve du contraire. Car il suffit de l'observer une seule fois pour prouver que cette affirmation était fausse.»

La servante opina gravement, tenant toujours le vase avec le plus grand sérieux.

«C'est logique...»

Souriant, Rorkalym récupéra sa fleur changeante pour la ranger à côté du module thermo-électrique qu'il examinait précédemment.

Avisant le mécanisme, la jeune femme baissa le nez.

«Je dois vous paraître bien stupide à m'extasier sur une simple fleur...»

«Non, pas du tout! C'est tout sauf une simple fleur et vous n'êtes ni n'avez l'air stupide!»

«Ah, c'est vrai?» demanda-t-elle, relevant la tête, l'air tellement interrogatif qu'il ne put qu'éclater de rire.

«On parle de la fleur ou de vous?» s'enquit-il, taquin.

Elle rougit.

«Les... les deux?»

Il rit encore.

«D'accord. Tout d'abord, je n'ai jamais vu une fleur semblable et, jusqu'à hier, j'ignorais même qu'une telle plante existât. Et ensuite, si je l'ai ramenée ici, c'était pour vous la montrer, car j'étais sûr qu'elle vous intéresserait autant que moi.»
La servante soupira, un sourire triste et doux éclairant ses traits.

«Vous êtes trop bon, Rorkalym. Je ne mérite pas autant d'attentions. Je ne suis qu'une servante sans intelligence, après tout.»
«Ne dites pas ça!» siffla-t-il, outré qu'elle puisse encore se penser stupide.

Son brusque éclat de voix la fit sursauter, et il s'empressa de se calmer pour ne pas l'effrayer davantage.

«Limbani, vous êtes brillante. Vraiment brillante.»
«Mais non. Vous êtes brillant. Pas moi. Moi, je ne sais rien. Vous êtes tout le temps en train de m'expliquer toutes ces choses dont j'ignore tout!»
«Et vous comprenez mes explications! Que je vous parle de grammaire, d'astronomie, d'ingénierie ou de botanique, vous comprenez. Ce n'est pas de l'intelligence qui vous manque, mais de l'éducation. J'ai passé la majorité de mon existence à étudier et à apprendre toutes ces choses. Il m'a fallu des dizaines d'années pour acquérir les connaissances qui m'ont permis de comprendre certaines de ces notions. Et vous, vous parvenez à en comprendre les grandes lignes en quelques minutes! La preuve en est toutes vos questions et suggestions pertinentes!»
«Vous le pensez vraiment?» demanda-t-elle, rougissant derrière un sourire timide qu'elle peinait à refréner.

«Absolument! Je suis et reste convaincu que, si vous aviez eu les mêmes opportunités que moi, vous seriez aussi brillante – voire plus – que je ne le suis!»

«Vraiment?»
«Oui.»
«Vous pensez vraiment que des humains comme moi peuvent être meilleurs que des seigneurs comme vous?»
«Oui, sans hésitation! J'en ai rencontré bien trop pour pouvoir en douter.»

«Merci.» souffla-t-elle, lui jetant un regard reconnaissant.

Il sourit. «Et qu'on soit bien clair. Vous faites parties de ces gens!»
Elle piqua un fard monumental qu'elle tenta de cacher derrière ses mains en un geste adorable, qui le fit rire.

Il aimait les heures passées sous les ordres d'Astralymn dans les laboratoires à étudier et rechercher les sciences les plus pointues, il aimait la sensation satisfaisante du travail bien fait que lui procurait les missions confiées par Rosanna pour le compte d'Ilinka, mais il adorait plus que tout ces quelques heures, volées ici et là sur leurs horaires respectifs, pour se retrouver dans le secret de sa cabine et échanger sur toutes sortes de sujets. Limbani était curieuse de tout, et au travers de ses yeux avides de savoir, il redécouvrait sous un jour nouveau même les sujets les plus anodins.

.

D'une bourrade, la Flèche le bouscula, le dépassant de grandes foulées hargneuses qui s'enfonçaient profondément dans le sable gris.

Avec un sifflement trop bas pour que les humains qu'ils accompagnaient les entendent, Zen'kan lui signala son mécontentement.

Lorsque ce fut le Puant qui fit de même, il gronda, s'attirant un regard inquiet de la part d'un des scientifiques.

Se rabattant sur la télépathie pour signaler son déplaisir, il laissa à ses frères tout loisir de goûter son dédain, auquel chacun répondit par son propre mépris.

La dispute ne cessa pas lorsque, étant arrivés au pied de ce qui était à n'en pas douter les restes d'une tour lanthienne érodée par des millénaires de vents du désert, il fallut décider qui ferait le guet dehors. Ce que personne ne voulait faire.

Ils s'enfoncèrent donc tous les six à la suite des quatre humains, se bousculant dans les étroits couloirs à moitiés effondrés pour prendre le tête de la colonne.

Lorsque, ayant trouvé les restes d'un genre de salle de contrôle, les scientifiques demandèrent s'il était possible de partir en reconnaissance afin de trouver divers équipements devant logiquement se trouver dans les parages, ils se divisèrent en trois groupes concurrents, chacun escortant un humain, avec le but inavoué de trouver mieux que les autres.

Zen'kan examinait – dans une petite pièce plusieurs étages sous la salle de contrôle – ce qui dans un lointain passé avait dû être une machine, et était à présent une masse étrange de grès et de métal corrodé, lorsque les appels paniqués d'un des scientifiques sur les radios des humains attirèrent son attention. Un des scientifiques ne répondait plus aux appels. Pourtant, aucun de ses frères n'avait rien à signaler.

En même temps que la Flèche et le Rêveur, il réalisa: ils avaient laissé un des ingénieurs seul dans la salle de contrôle!

Jurant, Zen jeta un regard à Moustache puis, ravalant sa fierté, lui fit signe d'y aller. Ce n'était pas le moment de jouer à qui avait la plus grosse. Il fallait retrouver l'humain!

«Où il va?» demanda le Terrien ventru, qui semblant avoir déjà visité les lieux tant il en connaissait le moindre recoin, et que Zen avait suivi – espérant que ce savoir lui permettrait de trouve quelque chose de plus intéressant que les autres.

«Chercher le professeur Nardyn. On va aussi remonter en surface. Par sécurité.»
«Vous pensez qu'il y a un danger?» demanda l'homme, une sueur aigre inondant soudain son front.

«C'est possible. On ne pourra pas savoir avant d'avoir retrouvé le prof.»répondit Zen en français, notant que l'anglais de l'homme était fortement accentué.

Le changement de langue sembla, à défaut de le rassurer, lui changer un peu les idées, alors que ramassant précipitamment ses affaires, l'homme lui emboîtait le pas.

«Vous parlez français!»

«Ouais.»
«Oh mais attendez, c'est quoi votre nom déjà?»
«Zen'kan.»
«Oh... Ah! Je me souviens maintenant. Je ne vous avais pas reconnu. Vous avez tellement grandi. Vous êtes le petit qui a été retrouvé dans les couvains, c'est ça?»
«Ouais, c'est moi.» grinça-t-il, guère ravi de cette réputation bien lourde à porter.

L'homme sourit, épongeant son front trempé alors qu'il peinait à le suivre dans sa remontée des profondeurs.

«Que le temps passe vite!» souffla-t-il entre deux marches d'escalier rongées par le temps.

«Mmmh.» gronda-t-il sans y prêter attention, concentré sur l'esprit de ses trois congénères occupés à suivre la piste de l'humain disparu, ses empreintes les menant au travers d'un dédale d'étroits conduits de plus en plus tortueux.

Zen venait de rejoindre Paisible et le Puant et leurs humains respectifs juste hors de la tour qui leur avais servi de point d'entrée, lorsqu'ils apprirent que les trois autres, coincés par leur carrure de guerriers de Silla, avaient été forcés de faire demi-tour, incapables de continuer à suivre la piste.

Se passant une main dans les cheveux, Zen'kan jura. Ils avaient merdé. Grave!
«Faut qu'on le retrouve. Il est parti dans quelle direction?» s'enquit-il télépathiquement.
Il eut le droit à trois réponses différentes et opposées.

«Putain, décidez-vous!»

Après une longue dispute mentale, il obtint une direction approximative.

Il se tourna vers l'Helvète qu'il avait escorté.

«Vous avez l'air de bien connaître les lieux. Depuis la salle de contrôle, en partant dans cette direction, on trouve quoi?»
L'homme réfléchit un moment, s'orientant tant bien que mal entre les tours érodées.

«Si cette cité est semblable à Atlantis, les générateurs de bouclier, et peut-être une salle de la Porte secondaire... Mais tout dois être enfoui sous des dizaines de mètres de sable. Vous l'avez vu vous-même, plus on descend, plus les structures sont abîmées!»

«Ouais, mais votre pote a l'air d'avoir décidé de jouer les vers de terre. Est-ce qu'il y aurait moyen d'atteindre ces zones par une de ces tours?» demanda-t-il, désignant quelques éminences grises.

«Mmmh. Peut-être celle de gauche?»
Tendant son esprit vers les trois pisteurs, il leur transmit les infos.

«Allons vérifier s'il est possible d'entrer par là. Et espérons qu'il n'est rien arrivé au professeur.» nota Paisible, se mettant en route.

Leurs espoirs furent bientôt déçus, aucune ouverture ne leur permettant de faire plus de quelques mètres à l'intérieur des ruines.

Ils décidèrent d'arrêter les recherches lorsque le soleil tomba, avec la ferme attention de les reprendre dès le lendemain.

Ce fut une communication longue portée relayée par le vaisseau les ayant emmenés qui mit fin à l'opération foireuse.

Un peu trop conscients de leur bourde, et trop fiers pour aller chercher de l'aide, ils s'étaient bien gardé de mettre le pilote au courant, oubliant totalement que ce dernier avait accès à de nombreux senseurs – dont un détecteur de signes de vie – et était censé faire des rondes orbitales régulières afin de s'assurer que nulle menace spatiale ne survenait. C'est en revenant d'une de ces rondes qu'il avait repéré un signe de vie étrange, isolé dans un canyon à quelques kilomètres à l'opposé de leur zone de recherche.

Le signal s'était révélé être la signature répercutée en écho du professeur, qui après s'être perdu dans les couloirs obscurs de la cité, avait erré pendant des heures dans des boyaux de plus en plus étroits, jusqu'à rejoindre l'extérieur de manière impromptue, lorsque le sol s'était dérobé sous ses pieds, l'envoyant bouler six mètres plus bas dans le canyon, la chute lui cassant net l'avant-bras.

Bien sûr le pilote avait été voir ce qu'était l'étrange signal, et c'est ainsi que sa radio de bord avait accroché la fréquence de celle du chercheur, qui avait pu le mettre au courant de sa situation.

Suivant le protocole de mission, le pilote avait donc aussitôt récupéré l'homme puis, comme ce dernier était gravement blessé, avait immédiatement appelé des renforts, mettant de fait la hiérarchie au courant de leur débâcle.

Et probablement avant même de dépêcher sur place un vaisseau équipé d'une infirmerie, Kizu'kan leur avait envoyé un message bien senti signalant sa déception, et leur intimant l'ordre de rester groupés, de veiller sur les trois humains qu'il leur restait et d'attendre le vaisseau venu les récupérer.