20 novembre 1983

Harry s'était rapidement acclimaté à son nouveau quotidien. Il recevait un enseignement à domicile par l'un des professeurs les plus renommés du pays tous les matins pendant deux heures, chaque jour correspondait à une matière, aujourd'hui, c'était lundi, jour d'histoire de la magie. Puis un professeur de langue prenait la relève et enseignait le latin au garçon pendant une heure tous les après-midis. Enfin, son enseignement était complété pendant deux heures en fin d'après-midi par Walburga et parfois même son frère, Cygnus, qui était le Lord régnant de la famille.

Les deux sorciers lui apprenaient comment un Black devait se comporter, comment il devrait gérer les affaires plus tard ou encore les habitudes et secrets familiaux qu'il se devait de connaître. Bien que cela n'occupe qu'une petite partie de son programme à cause de son jeune âge. Ce genre de choses s'apprenait plus au fil des conversations, de toute façon. Mais parfois, Harry se sentait un peu perdu, les deux sorciers ne semblaient pas avoir la même définition du pouvoir et de la famille. Là où Walburga lui enseignait que seul le nom des Black importait et que jamais il ne devrait bafouer le nom de la famille, Cygnus, lui, glissait parfois entre deux phrases que si la famille se mettait en travers de sa grandeur, il n'aurait qu'à se débarrasser d'elle.

Harry ne faisait pas vraiment attention à ses divagations. Cygnus n'avait pas l'air d'avoir toute sa tête et le garçon trouvait ça un peu stupide de lui dire de se débarrasser de sa famille si nécessaire alors qu'il était son grand-oncle. Mais il préférait ne pas se mettre le vieux sorcier à dos, Cygnus pouvait être terrifiant quand il se mettait en colère. La dernière fois qu'il l'avait contrarié, Kreattur avait dû intervenir pour lui permettre de fuir la pièce et ne pas finir dans le même état que le mobilier. D'une certaine façon, cet homme le terrifiait plus encore que James. Peut-être que la haine de son père était dirigée à son encontre, mais au moins n'avait-il jamais eu peur pour sa vie à ses côtés. Cygnus, quant à lui, ne semblait plus faire la différence entre humain et bibelot quand la rage prenait le dessus et il se mettait juste à détruire tout ce qui l'entourait. C'était terrifiant.

Heureusement que l'homme préférait passer son temps libre dans son propre manoir à concocter des potions plutôt que de traîner au Square Grimmaurd. Il ne le voyait donc pas très souvent, juste une ou deux fois par semaine lorsque Cygnus se souvenait subitement qu'il avait un héritier à former. Tout comme son frère, Walburga ne semblait pas vraiment savoir comme s'occuper d'un enfant. Harry trouvait ça bizarre, n'était-elle pas censée avoir trois enfants? Parfois, elle le fixait comme s'il était une créature inconnue qu'elle était incapable de comprendre.

Harry avait rapidement compris que ce n'était pas elle qui avait éduqué ses enfants. Walburga laissait son rôle de tutrice à Kreattur la plupart du temps. C'était lui qui appelait Harry pour le repas, qui lui disait d'aller au lit quand il se faisait tard et qui lui préparait son bain, bien que le garçon sache très bien le faire seul. Parfois, Kreattur parlait des enfants de la maîtresse, c'était rare, mais Harry l'écoutait toujours avec attention.

Evidemment, il connaissait déjà l'existence de sa mère, Aquila et celle de Sirius. Il était celui qui avait vendu les Potter à Voldemort et même si on ne disait jamais son nom au manoir Potter, il échappait parfois à Remus quand il se plongeait dans ses souvenirs. Au manoir Black, son nom semblait être tout aussi tabou. Visiblement, ce n'était pas très bien vu de s'accrocher à des fantômes du passé. Walburga disait que s'apitoyer sur son sort était une faiblesse inutile.

La grande découverte fut de découvrir qu'il avait un deuxième oncle, Regulus. Kreattur lui avait un peu parlé de lui alors que le petit garçon observait l'arbre généalogique dans le salon.

«Dis Kreattur, c'est qui Regulus?» s'était-il étonné.

L'elfe s'était tordu les doigts un moment avant de lui répondre. Moby et Borgy avaient aussi cette habitude quand ils devaient parler d'un secret, ce devait être un truc d'elfe de maison. Harry s'était contenté d'attendre en silence, ne pensant pas réellement recevoir une réponse. Puis, Kreattur avait semblé trouver un peu de courage.

«Le jeune maître Regulus était un bon sorcier. Il était le jeune frère de votre mère. Le jeune maître Regulus était un bon sorcier.» répéta l'elfe avec une ferveur que Harry ne lui avait jamais vu.

«Comment est-il mort?» osa demander le garçon, bien qu'il se doutât de la réponse: la guerre. C'était toujours pour cette raison, de toute façon.

Kreattur s'était refermé comme une huître et avait disparu dans un «pop» sonore. Visiblement, Regulus était un tabou de plus dans cette famille. Harry était un peu déçu. Lui qui imaginait qu'au sein des Black, il en apprendrait plus sur sa mère et ses oncles, visiblement c'était raté. Certainement que s'il en demandait la raison, on lui répondrait qu'il était trop jeune pour comprendre. Mais Harry n'avait pas l'impression d'être un enfant comme les autres et que ce soit réellement la raison. Il avait été plongé dans l'horreur de la guerre dès son plus jeune âge, avait dû élever son frère car leur père passait son temps au Ministère et on ne lui avait jamais laissé l'occasion d'être innocent. Harry était mature pour son âge, trop mature même. Il ne supportait pas que la seule fois où on lui disait qu'il était trop jeune pour comprendre, fut la seule fois où il aurait aimé être un adulte pour avoir des réponses.

Honnêtement, Harry ne comprenait même pas pourquoi les Black faisaient toutes une histoire autour de la relation des trois frères et sœur. L'un était décédé et les deux autres à Azkaban. Il n'y avait rien à protéger ou à cacher, rien ne pourrait aggraver la situation. Pourtant, Harry n'osa jamais dire ses pensées à voix haute. Walburga n'était peut-être pas aussi folle que Cygnus, mais le garçon préférait ne pas tenter sa chance. A la place, il rongeait son frein jusqu'au jour où enfin, il pourrait satisfaire sa curiosité.

Malgré tous les défauts de cette famille, Harry n'avait au moins plus peur à chaque seconde de sa journée. La première fois qu'il passa la porte du salon sans l'observer une bonne minute avant, il s'était figé dans son mouvement. Au manoir Potter, il devait toujours faire attention à James. Harry n'était pas assez stupide pour le déranger alors que son père n'en avait pas après lui pour une fois. Mais ici, il pouvait se mouvoir comme il le désirait et c'était la première fois qu'il s'en rendait compte.

Pourtant, ça le rendait aussi triste. Ce n'était pas parce que Walburga ne penserait jamais à le punir comme James le faisait s'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Non, sa grand-mère se fichait juste royalement de ce qu'il pouvait faire. Elle était un peu étrange, mais sa folie semblait différente de celle de Cygnus. Parfois, elle passait la journée à lui tourner autour, le félicitant ou le rouspétant pour la moindre de ses actions. Mais il y avait toujours cet air affectueux dans son regard qui rendait Harry incroyablement mal à l'aise parce que ça n'avait jamais l'air sincère. Peut-être que pour Walburga, ça l'était, mais pour le garçon, c'était juste étrange puisqu'ensuite, elle pouvait passer des jours à l'ignorer ou pire encore, l'éviter. Harry ne savait jamais sur quel pied danser avec elle et même s'il avait plus ou moins conscience qu'elle ne ferait rien pour le blesser intentionnellement, ça le mettait mal à l'aise.

Au final, Harry finissait la plupart du temps par éviter la vieille sorcière lui aussi, ça semblait plus simple que de devoir l'observer en silence pendant cinq minutes pour deviner son humeur du jour. Le garçon passait donc le plus clair de son temps avec Kreattur. Harry aimait bien le vieil elfe grincheux. Cela lui rappelait ses souvenirs avec Moby et Borgy, même si les elfes des Potter étaient bien plus gentils et attentionnés. Enfin surtout Moby, Borgy était un râleur né qui détestait quitter la serre. Kreattur quant-à-lui préférait prendre soin de ses maîtres dans l'ombre or ce garçon l'obligeait à cuisiner devant lui parce qu'il aimait piocher dans les casseroles pendant la cuisson des aliments ou bien il tenait absolument à l'aider lorsqu'il nettoyait sa chambre. C'était incompréhensible pour l'elfe qui trouvait que le patriarche Potter l'avait définitivement mal éduqué. Le petit garçon tirait une étrange satisfaction à l'entendre insulter son père avec tant de créativité. Kreattur pouvait jurer pendant dix minutes en continue sans jamais dire deux fois la même insulte. Harry se dit qu'il aimait que Kreattur le fasse à sa place parce que jamais lui-même n'oserait parler ainsi de James, même s'il n'était plus là pour l'entendre.

La plupart du temps, Harry se fichait bien de ses reproches et de sa mauvaise humeur. Dans le fond, il savait que Kreattur l'aimait bien parce que sinon, il fuirait juste dans une autre pièce. Il était un elfe et même si Harry était son maître, Kreattur était suffisamment malin pour réussir à lui échapper sans que ça ne passe pour de la désobéissance. Puis, lorsqu'il en avait marre de martyriser son elfe (les mots de Kreattur, pas ceux de Harry qui pensait que lui tenir compagnie n'était pas une torture) le jeune sorcier partait à la découverte du manoir.

Harry s'étonnait un peu plus chaque jour de la paranoïa de cette famille. Il ne comptait même plus le nombre de fois où Kreattur avait dû venir à sa rescousse pour le sauver d'un piège. Pourtant, Harry poursuivait toujours ses explorations. Il était à moitié un Potter après tout et le danger ne lui faisait pas peur.

Aujourd'hui, il avait décidé d'explorer les chambres de ses oncles. Elles étaient au même étage que la sienne, celle de Sirius étaient à sa droite et celle de Regulus juste en face. Celle du fond était celle d'Aquila, mais Harry n'avait pas encore le courage d'y pénétrer. Il ne savait pas vraiment ce qu'il craignait tant, mais ça le mettait mal à l'aise de pénétrer l'antre de sa mère. Ou plutôt, son antre du tant de son adolescence. Elle avait déménagé dans sa propre maison quand elle était tombée enceinte et Harry avait surtout peur de découvrir une chambre vide sans aucune trace du passage de sa mère.

Il avait attendu la fin de sa leçon du matin, raccompagnant poliment son professeur jusqu'à la cheminée. Puis, Harry s'était précipité au deuxième étage et avait poussé la porte de la chambre de Regulus. Il fut un peu déçu de trouver une pièce parfaitement rangée, pas un seul bibelot ne semblait pas à sa place. Enfin, ça n'avait rien de surprenant, la chambre de Harry ressemblait beaucoup à celle-ci. James le punissait toujours sévèrement quand il laissait son bordel traîner par terre et Harry n'était pas près de perdre cette habitude. Walburga n'avait pas l'air non plus du genre à aimer le bazar, même si elle n'était encore jamais entrée dans sa chambre.

Harry fit quelques pas dans la chambre, la sensation d'interdit faisait battre follement son cœur contre ses tempes. Il se dirigea vers le bureau de son oncle, curieux de savoir ce que ses tiroirs cachaient. Mais il eut à peine toucher la poignée du premier rangement qu'un éclair traversa son cœur. Harry lâcha vivement la poignée métallique. Visiblement, Regulus n'aimait pas qu'on touche à ses affaires et les avaient protégés. Harry était un peu surpris que même après tant d'année, le sortilège soit toujours en place. Mais il découvrit bien vite qu'il s'agissait en réalité de rune en observant le bureau d'un peu plus près. Il ne savait pas les lire et encore moins comment les défaire. Harry passa rapidement à une grande armoire, mais les mêmes runes la protégeaient.

Harry fut un peu déçu, abandonnant rapidement l'exploration de cette chambre pour rejoindre celle de Sirius. Il espérait avoir plus de chance de ce côté. La porte était recouverte de stickers interdisant l'entrée à quiconque dont un certainement à l'adresse de Walburga qui indiquait «interdit aux vielles mégères.» Visiblement il y avait pas mal de tensions entre Sirius et sa mère.

La chambre de Sirius était à l'opposée de celle de Regulus. Les murs étaient couverts de poster de Quidditch et de groupes de rock moldus. Le baldaquin et ses parures était au couleur de Gryffondor et le tapis rouge était brûlé à divers endroit. Certainement s'agissait-il des résultats de quelques expériences qui avaient mal tourné.

Pourtant, Harry fut un peu déçu de découvrir la pièce à moitié vide. Il se souvint alors des paroles de Kreattur quand Harry lui avait demandé de parler de ses oncles «le jeune traître à son sang a fui à ses seize ans. Le jeune traître est allé vivre chez les Potter.» Certainement qu'il avait fourré dans sa malle tous ses biens à ce moment-là, il ne restait donc plus grand-chose.

Au moins, les meubles n'étaient pas protégés ici, puisqu'il n'y avait plus rien à garder secret. Harry observa la bibliothèque encore bien fournie, visiblement les livres n'entraient pas dans la catégorie des choses chères au cœur de son oncle. Il s'agissait majoritairement de manuels scolaires ou de romans pour enfants. Certainement que Sirius les avait gardés parce que sans eux, les étagères auraient été bien vide. Il fut surpris de tomber sur les romans de Bibble l'apprenti héros. Remus avait les mêmes livres et lui lisait quelques chapitres le soir quand il allait dormir chez lui quand Thomas s'endormait tôt.

Harry avait bien aimé ces livres, mais les voir ici lui donnait envie de fondre en larmes. Walburga avait été clair, il était un Black et un Black n'avait pas besoin de relations contre-nature avec un demi-sang ou un Potter. Harry ne reverrait plus jamais Remus et Thomas et ces livres ne faisaient que lui rappeler ces bons souvenirs à leurs côtés et qui plus jamais ne se reproduiraient.

Le petit chassa ses mauvaises pensées et abandonna la bibliothèque pour fouiller dans une grosse malle postée sous la fenêtre dont les rideaux étaient évidemment rouge et or. Visiblement Sirius était une personne nostalgique, il y avait là des dizaines de peluches et de jouait pour enfant. Dans l'autre compartiment étaient empilées des boîtes de jeu de société dans un équilibre précaire. Harry attrapa la première boîte et évidemment la pile s'écroula. Il soupira en ramassant le contenu d'un jeu qui était tombée au fond de la malle, rangeant les dés et jetons dans la boîte.

Son index s'écorcha sur une feuille, le petit garçon retira vivement sa main et suçota son doigt pour ne pas mettre du sang partout. Curieux, il se pencha un peu plus en avant, la tête enfouie dans le coffre pour trouver le livre qui traînait là. Harry finit par tomber sur un petit album photo composé d'à peine une dizaine de page. Il s'adossa contre la malle en posant le livret sur ses genoux.

Harry réalisa en découvrant la première photographie que c'était la première fois qu'il voyait le visage de sa mère. Remus n'avait pas de photo d'elle, ni de James ou de ses amis dans leur jeunesse, tout avait brûlé pendant la guerre quand la maison de ses parents avait été attaqués par des Mangemorts. Remus adorait prendre des photos et les bombardaient avec Thomas à longueur de journée, mais ses albums ne remontaient pas à plus de quelques années.

Les Black n'avaient pas l'air du genre à s'adonner à ce genre de futilité, Walburga détestait se tourner vers le passé. Les clichés avaient dû être pris par Orion, son défunt mari. Cela expliquait certainement la finesse de l'album, il n'y avait pas plus de quelques pages. Harry observait les visages sur la première photographie, les sourcils froncés. Il y avait plusieurs enfants, certainement tous des Black vu leurs traits. Pourtant quelque chose le chiffonnait, Harry n'arrivait pas à savoir laquelle était sa mère. Elle devait forcément être là, quelque part sur cette place, mais il n'arrivait pas à la reconnaître.

Harry eut soudainement une idée. Il se dirigea vivement à l'étage supérieur et poussa de quelques centimètres la porte du bureau de sa grand-mère. Elle était installée à son bureau, perturbant un peu ses plans. Harry était prêt à faire demi-tour quand elle le remarqua enfin.

«Altaïr, un souci?»

Le garçon hésita en se triturant les doigts. Il se figea en se souvenant que Walburga détestait qu'il fasse ça, un Black ne devait jamais douter de ses décisions.

«J'aimerai discuter avec grand-père, mais je peux revenir plus tard.»

Walburga hésita un instant avant de lui autoriser l'accès à la pièce d'un geste vague de la main. D'un coup de baguette, elle fit léviter le petit cadre posé sur son bureau pour le faire voler jusqu'à Harry. Le garçon l'attrapa en fila s'asseoir sur le tapis devant la cheminée, posant le tableau face à lui. Orion voyagea rapidement de son tableau derrière Walburga jusqu'à celui-ci, accordant toute son attention à son petit-fils. Walburga ne fit pas plus attention à eux et retourna à sa paperasse.

«Dis grand-père, c'est laquelle ma mère?» demanda Harry en lui montrant la première photo de l'album.

Le cliché avait été pris une chaude journée d'été non loin d'une demeure secondaire des Black au bord d'une plage. Une adolescente était allongée dans un transat, un livre à la main. Une petite fille au cheveux blonds faisaient un château de sable avec un garçon qui avait l'air d'avoir le même âge qu'elle. Les trois derniers chahutaient au bord de l'eau, il y avait deux fillettes et un garçon qui avait l'air d'être le plus jeune de la bande, l'eau lui arrivait en haut des cuisses alors qu'elle n'arrivait qu'au genoux des filles. Harry espérait secrètement qu'Aquila était celle de droite, elle était la plus belle.

«Je ne pensais pas revoir cette photo un jour, où l'as-tu trouvé?» fit curieusement Orion.

«Dans la chambre de Sirius.»

Harry jeta un coup d'œil à sa grand-mère, conscient qu'elle devait au moins surveiller la conversation d'une oreille. Bien qu'elle se crispât à l'entente du nom de son fils honni, elle ne fit pas de remarque.

«Alors c'est lui qui me l'a volé.» s'amusa le vieux sorcier dans son tableau.«Et bien, ta mère est celle qui tient Sirius par les pieds.

Harry reporta son attention sur la photo, observant en effet une des deux fillettes aux cheveux noirs attraper les jambes de son petit-frère alors que leur cousine le tenait par les bras et elles le jetèrent ensemble dans la mer. La scène se stoppait pour reprendre du début quand l'enfant sortait la tête de l'eau en éclatant de rire, tendant ses bras vers sa sœur pour qu'elle recommence. Un sourire éclaira son visage en réalisant que c'était celle de droite. Sa mère avait été une enfant très belle.

«Et les autres, qui sont-ils?»

Harry s'en doutait, il connaissait les noms de ses oncles et de leurs cousines. Mais il ne savait pas qui était qui.

«Celle qui lit un livre, c'est Andromeda. La petite blonde, c'est ta cousine Narcissa, je pense que tu la rencontreras bientôt, elle a un fils qui a presque ton âge. Elle joue avec Regulus, le cadet de ta mère. Il a toujours été le plus calme des trois. Dans l'eau, Bellatrix et Aquila s'amusent avec le benjamin, Sirius.»

Harry passa à la page suivante, sa mère était trop éloignée sur cette image pour qu'il arrive à bien la distinguer. Cette fois-ci, le cliché montrait le cinquième anniversaire de Regulus, une foule de personne l'entourait et pourtant, le regard de Harry ne quittait pas la fillette qui se tenait derrière lui et qui avait posé ses mains sur ses épaules. Ici, il n'y avait aucun sourire ou joie, les enfants se tenaient dignement comme leur statut les obligeait à le faire.

«Et là, c'était quand?» demanda Harry en passant à l'image suivante.

«C'était le mois de juillet juste avant la rentrée de ta mère pour Poudlard. Elle venait de recevoir sa baguette et avait lancé un sort à Sirius pour colorer ses cheveux en verts.»

C'était donc pour ça que l'enfant courait après sa sœur en criant ce qui devait très certainement être des insultes, vu sa mine colérique. La photo suivante retournait à une époque plus lointaine, Aquila tenait dans ses bras un petit bébé sur un des lits de Sainte-Mangouste.

«C'est qui le bébé?

- Sirius, il me semble.» loucha sur l'image Orion. «Ou peut-être Aldébaran, le benjamin d'Alphard.

- Alphard ?

- Le cadet de Walburga. Sirius et lui son né presque en même s'il a conservé la photo, c'est que ça doit être lui dessus.»

Harry ne posa pas de question sur cet Alphard et son fils. Le nom de son grand-oncle avait été brûlé de la tapisserie et celui de son fils indiquait qu'il était décédé seulement quelques mois après sa naissance. Aborder ce sujet ne semblait pas sûr et il ne voulait pas importuner Orion alors qu'il était si bavard pour une fois.

Son grand-père lui expliqua l'histoire derrière chaque photo, Harry oubliant petit à petit la présence de Walburga à leurs côtés. Il était un peu déçu que l'album ne trace que l'histoire de sa famille qu'avant l'entrée de sa mère à Poudlard. Il aurait aimé découvrir à quoi elle ressemblait adolescente ou adulte, mais visiblement, son oncle n'avait pas de photo de cette époque ou alors il les avait rangées ailleurs.

Harry et Orion ne virent pas les heures défilés si bien que ce fut Walburga qui dû les tirer de leur conversation à l'heure du déjeuner. Ils n'échangèrent pas un mot de tout le repas, comme toujours. Ce ne fut que lorsqu'il fut temps pour Harry de rejoindre la bibliothèque pour sa leçon de langue que Walburga daigna lui adresser la parole.

«Je pense pouvoir trouver quelques albums dans le grenier, est-ce que ça t'intéresserait?

- Oui, beaucoup!» s'exclama le garçon avant de se figer, il s'était laissé emporter par ses émotions. «Ça me plairait beaucoup.» ajouta-t-il un peu plus posément.

Sa grand-mère hocha sèchement de la tête avant de tourner les talons. Harry hésita à la retenir. James n'aimait pas qu'il pose des questions, mais Walburga n'avait pas l'air d'avoir le même genre de règles si ce n'était pas pour remettre en question ses ordres. Prenant une profonde inspiration, Harry se lança.

«Grand-mère, est-ce que je peux vous demander pourquoi les leçons sont aussi simples?»

Harry se retint de toute ses forces pour ne pas se dandiner de gêne sous son regard perçant.

«Tu t'ennuis?

- Un petit peu.» murmura Harry, il n'aimait pas critiquer les choix de sa tutrice. «J'ai déjà vu la plupart des choses que Mrs Smith m'enseigne.

- As-tu reçu un enseignement de Potter?»

Walburga cracha le nom comme s'il s'agissait d'une insulte. Pourtant même son dégoût ne put cacher sa surprise. Elle n'avait pas imaginé que cet homme puisse se montrer responsable et éduquer correctement son fils. En réalité, il était rare pour des Sang-Purs de faire appel à un tuteur avant les neuf ou dix ans d'un enfant. Ils étaient bien plus là pour donner une avance aux Sang-Purs pour leur arrivée à Poudlard que réellement leur apprendre les bases. Il était plutôt de coutume d'enseigner soit même à ses enfants ou d'acheter un elfe de maison spécialisé dans le domaine de l'éducation. C'était suffisant pour apprendre à lire, compter et connaître les rudiments de l'histoire et de la magie. Walburga avait elle-même fait appel à un tuteur uniquement parce qu'elle ne pensait pas que le garçon sache quoi que ce soit avec un père aussi peu impliqué lors de sa propre scolarité.

«J'avais un tuteur, je le voyais depuis mes six ans.

- Son nom?»

Walburga pourrait ainsi juger la qualité de ce dit enseignement.

«Mr Miller.

- Je vois.» fit-elle pensivement.

Si en effet, cet homme avait été embauché par Potter, ce n'était pas étonnant que le garçon s'ennuie avec ces deux petites heures de leçons par jour. Walburga était plutôt surprise de ce choix. Elle connaissait bien le nom de Miller, ne l'ayant pourtant pas elle-même rencontré. Mais il était connu parmi les Sangs-Purs, notamment pour avoir enseigner à de puissant Lord comme Lucius Malefoy, Franck Londubat ou évidemment James Potter.

«L'apprécies-tu?

- Oui, il était gentil avec moi et racontait toujours des anecdotes intéressantes.»

Walburga allait de surprise en surprise. Elle connaissait la réputation de l'homme. En fait, beaucoup à l'époque n'avait pas compris qu'elle fasse appel à lui pour enseigner à ses propres enfants. Un homme qui ne tolérait pas la moindre erreur et qui donnait des coups de cannes à tour de bras, ça correspondait parfaitement à l'idée qu'elle se faisait d'une bonne éducation. Mais Miller était très demandé et il y avait trois petits Black à qui apprendre. Son planning ne lui avait pas permis de répondre à sa demande. Mais aujourd'hui, l'homme était pratiquement à la retraite et si Harry l'appréciait, peut-être qu'elle pourrait l'engager.

«Je parlerai à ton professeur. En attendant, continue de suivre sagement tes leçons.

- Merci grand-mère.» fit Harry en disparaissant vers la bibliothèque pour son cours de latin.

Bien, alors les questions étaient autorisées ici. C'était bon à savoir.