La mission avait bien commencé : une extraction rapide, discrète, et précise. Mais, comme toujours, rien ne se passait jamais exactement comme prévu en zone de guerre.
L'équipe avait réussi à récupérer le gouverneur, mais l'extraction s'était transformée en une course effrénée à travers la forêt. Les rebelles les pourchassaient sans relâche, et malgré chaque seconde qui les rapprochait du point d'extraction, la situation était très tendue.
Lexa, restée à la base pour coordonner la mission pour la première fois suite à sa montée en grade de capitaine à commandante, elle avait les yeux rivés sur les écrans de surveillance et les rapports radios. Sa voix calme et autoritaire guidait l'équipe à chaque instant, même si son cœur se serrait en sachant que Clarke était sur le terrain sans elle.
— « Clarke, statut ? » demanda Lexa, sa voix coupant la tension.
— « On avance, mais nous avons trop de monde à nos trousses. Ils se rapprochent. » La voix de Clarke était tendue mais déterminée.
Raven murmura à côté d'elle :
— « Génial, encore des tirs pour nous rappeler qu'on est les cibles. »
L'équipe était encore en pleins cœur de la forêt quand Clarke su ce qu'elle devait faire.
Elle ouvrit la radio, sa voix calme mais tranchante :
— « Lexa, je vais rester avec Raven pour ralentir les rebelles. L'équipe continue avec le gouverneur. C'est notre seule chance. »
— « Absolument pas, Clarke ! » La voix de Lexa éclata dans l'oreillette, empreinte de colère et d'inquiétude.
— « Je ne discute pas, Commandante. Mon rôle est de protéger l'équipe, et c'est ce que je vais faire. »
Lexa sentit son cœur se serrer, ses mains trembler légèrement alors qu'elle tentait de garder son calme.
— « Clarke… tu dois revenir. Tu m'entends ? Je te donne un ordre. »
Clarke esquissa un sourire triste tout en lançant une grenade pour disperser leurs assaillants.
— « Désolée, Lexa. Cette fois, je ne suis pas sur de pouvoir obéir. »
Raven, accroupie à côté d'elle, commença les tirs de diversion tout en regardant sa sœur avec des yeux pleins de peur.
— « Clarke, on ne va pas s'en sortir. »
— « Si, toi, tu vas t'en sortir, » répondit Clarke en chargeant son arme.
Mais alors qu'elle préparait une autre grenade, un tir atteignit Raven dans le genou. La jeune femme s'effondra avec un cri de douleur.
— « Raven ! » Clarke se précipita vers elle, ignorant les tirs qui ricochaient autour d'elles, elle lança plusieurs de grenade afin de créer un écran de protection et sauver sa sœur.
Raven serra les dents, sa main agrippant celle de sa sœur.
— « Laisse-moi… Clarke, tu ne peux pas me porter je suis un fardeaux. »
— « Tais-toi. Tu es ma sœur, et je vais te sortir d'ici. »
Clarke la souleva, la portant sur son dos, et ouvrit la radio.
— « Octavia, je suis en chemin, j'ai combien de temps? »
— « Clarke, bouge tes fesses. Tu as vingt-huit minutes avant qu'on soit obligé de partir, » répondit Octavia, sa voix tendue.
Lexa, à l'autre bout de la radio, était paralysée. Elle regardait les horloges, les cartes, les points rouges représentant les rebelles.
— « Clarke, écoute-moi. Tu dois courir. Tu peux encore y arriver, je sais que tu le peux. Mais si tu t'arrête, c'est fini. »
Clarke grogna sous l'effort, avançant aussi vite que possible avec Raven sur son dos. Les deux kilomètres semblaient interminable.
— « Lexa, je vais le faire. Mais… » Sa voix se brisa légèrement. « Si je n'y arrive pas, sache que… je t'aime. Je t'ai toujours aimée. Depuis le premier jour. »
Lexa sentit son souffle se couper. Elle resta silencieuse un instant, incapable de parler.
— « Clarke… » Sa voix était rauque, remplie d'émotion. « Tu n'as pas le droit de dire ça maintenant. Parce que tu vas revenir, tu m'entends ? Tu vas me le dire en face. Et je t'aime aussi. Depuis toujours. Alors reviens, Clarke. Reviens-moi. »
Clarke serra les dents, les mots de Lexa lui donnant la force de continuer.
Chaque pas était une lutte. Les rebelles était un peu loin, elle entendait leurs tirs au loin. À bout de souffle, Clarke arriva finalement au point d'extraction. L'hélicoptère était là, Octavia hurlait à Clarke de monter.
Avec un dernier effort, Clarke posa Raven dans l'hélicoptère avant de monter à son tour.
— « Décollage ! Maintenant ! » cria-t-elle.
La voix de Lexa résonna soudain dans leurs oreillettes :
— « Octavia, décollez immédiatement. »
Octavia obéit, et l'hélicoptère s'éleva à trois mètres du sol. Clarke aperçut alors des assaillants qui arrivaient, leur champ d'action était trop restreint pour riposter depuis l'hélicoptère. Clarke posa une main sur l'épaule d'Octavia, son regard mêlant tristesse et résolution.
— « Emmène-les en sécurité. C'est tout ce qui compte. »
Et, sans attendre, elle sauta !
Dans le poste de commandement, Lexa fixait l'écran avec une intensité dévorante. Clarke n'était plus en sécurité.
— « Octavia, partez! c'est un ordre. Si vous restez, vous mettez toute l'équipe en danger. Clarke sait ce qu'elle fait. Partez. »
— « Commandante, avec tout le respect que je vous dois, Clarke est en bas ! » s'opposa Octavia, refusant d'abandonner son amie.
— « Lexa, écoute-moi— » tenta-t-elle, mais la voix de Lexa coupa court :
— « Lieutenant Blake, partez maintenant ! »
Lexa restait figée, les yeux rivés sur l'écran où Clarke, seule, affrontait les rebelles. Ses tirs précis et stratégiques maintenaient l'ennemi à distance, offrant à l'hélicoptère une précieuse ouverture pour s'échapper.
L'hélicoptère s'éleva plus haut, à contrecœur. Les membres de l'équipe, impuissants, observaient Clarke se battre au sol.
— « Clarke… » murmura Raven, les larmes roulant sur ses joues.
Dans le poste de commandement, Lexa serra les poings si fort que ses jointures devinrent blanches.
— « Elle ne tiendra pas… » murmura un opérateur à voix basse, croyant que personne ne l'entendait.
C'est alors qu'Indra, le général, fit irruption dans la pièce.
— « Rapport ! » aboya-t-elle, son regard acéré balayant la salle jusqu'à se poser sur l'écran.
— « Clarke s'est sacrifiée pour couvrir l'évacuation, » répondit Lexa d'une voix fébrile.
Indra plissa les yeux et se tourna vers Lexa.
— « Commandante, avez-vous ordonné une équipe de sauvetage ? »
Lexa hocha la tête négativement, la voix brisée.
— « Elle leur a donné une chance. Elle savait que c'était sans retour. »
Indra ne répondit pas immédiatement. Elle s'avança vers l'opérateur en charge des communications.
— « Ouvrez un canal sécurisé. Préparez une unité de sauvetage immédiatement. Cette opération n'est pas terminée. »
Lexa releva la tête, un mélange de choc et d'espoir traversant son visage.
— « Général, si vous envoyez une équipe, vous risquez encore plus de vies ! »
Indra la fixa durement.
— « Et si nous ne le faisons pas, nous perdons un atout inestimable et, plus important, nous brisons le cœur d'une commandante qui ne pourra jamais se le pardonner. Préparez l'équipe. »
Sur le terrain, Clarke continuait de se battre, son corps épuisé mais son esprit indomptable. Chaque seconde qu'elle gagnait comptait. Les balles crépitaient autour de Clarke, et chaque tir qu'elle décochait semblait ralentir le temps. Les rebelles s'étaient regroupés et avançaient en masse, mais elle continuait de tirer, sans relâche, malgré l'épuisement qui alourdissait ses membres.
— « Clarke, tiens bon ! » hurla la voix de Lexa dans son oreillette.
Clarke jeta un coup d'œil rapide à sa montre. Il restait deux minutes avant que l'hélicoptère de secours arrive. Elle inspira profondément, les mains tremblantes, sachant qu'elle n'avait aucune chance de survivre sans soutien.
Un éclat douloureux lui traversa soudain le dos. Une balle. Elle tomba à genoux, son arme glissant entre ses doigts. Mais elle releva la tête, les dents serrées.
— « C'est pas fini... » murmura-t-elle, la douleur irradiante.
Elle rassembla ses dernières forces pour lancer une grenade fumigène, créant une brève couverture. Mais avant qu'elle ne puisse bouger davantage, une deuxième balle la frappa encore une fois au dos. Clarke s'écroula lourdement au sol, sa vision se brouillant.
Dans le poste de commandement, Lexa regardait les écrans avec horreur, impuissante. Les battements de son cœur semblaient s'arrêter en voyant Clarke tomber.
— « Clarke ! Réponds-moi ! » cria Lexa, sa voix tremblante d'angoisse.
Il n'y eut aucune réponse, juste le bruit des tirs.
— « Hélicoptère de secours, avancez immédiatement au point d'extraction ! » Ordonna fermement Lexa dans la radio, sa voix autoritaire masquant à peine sa panique.
Indra, à ses côtés, posa une main ferme sur l'épaule de Lexa.
— « Nous la ramènerons. »
L'hélicoptère arriva enfin, ses mitrailleuses tirant en rafale pour repousser les rebelles. Des soldats descendirent en rappel, trouvant Clarke au sol, couverte de sang.
— « On l'a ! » déclara l'un d'eux à la radio.
Lexa s'effondra presque de soulagement, mais une angoisse plus profonde l'envahit en voyant l'état de Clarke lorsqu'elle fut hissée à bord.
L'odeur antiseptique et le bourdonnement des machines médicales emplissaient la pièce. Clarke reposait sur le lit, pâle, son corps entouré de bandages. Un respirateur artificiel accompagnait chaque souffle qu'elle ne pouvait plus prendre seule.
Lexa était assise à son chevet, la tête entre les mains. Ses yeux rougis trahissaient ses nuits sans sommeil. Elle n'avait pas quitté la pièce depuis que Clarke avait été admise.
Le médecin entra doucement, brisant le silence.
— « Commandante. Nous avons les résultats des examens. »
Lexa se redressa, son regard sombre fixé sur lui.
— « Dites-moi. »
Le médecin inspira profondément avant de répondre.
— « Les balles qui l'ont touchée dans le dos ont sectionné sa moelle épinière. Même si elle sort du coma, elle ne pourra probablement plus marcher. »
Ces mots résonnèrent comme un coup de tonnerre. Lexa détourna le regard, cherchant à contenir ses émotions. Elle se leva et s'approcha de Clarke, ses doigts effleurant doucement la main froide de son amie.
— « Tu as sauvé l'équipe... Et je n'ai rien pu faire pour toi, » murmura-t-elle, la voix brisée.
Elle ferma les yeux, une larme roulant sur sa joue.
— « Je t'ai toujours admirée, Clarke. Toujours aimée... Mais je n'ai jamais trouvé le courage de te le dire avant cette mission. »
Sa voix se brisa, et elle posa son front contre la main de Clarke.
— « Reviens-moi. Je ne te laisserai pas seule dans cette bataille. »
Les semaines avaient été longues, ponctuées par le bip incessant des machines et le va-et-vient des médecins. Lexa était restée là, à veiller jour et nuit sur Clarke. Elle avait refusé de partir, refusé de croire que Clarke pouvait ne pas se réveiller.
Un matin, alors que la lumière filtrait timidement à travers les rideaux, Clarke ouvrit enfin les yeux. Une lumière aveuglante l'accueillit, suivie d'une douleur sourde dans tout son corps.
— « Clarke ! » s'écria Lexa en voyant les paupières de sa meilleure amie papilloter.
Clarke tourna lentement la tête, ses yeux trouvant immédiatement ceux de Lexa. Elle tenta de parler, mais sa gorge était sèche et ses lèvres, gercées. Lexa attrapa une petite bouteille d'eau et humidifia délicatement ses lèvres avec un coton.
— « Ne bouge pas, Clarke. Tu es à l'hôpital, tu es en sécurité, » murmura Lexa, la voix tremblante mais pleine de soulagement.
Clarke hocha faiblement la tête, et malgré la confusion, un faible sourire apparut sur ses lèvres.
Quelques heures plus tard, un médecin entra dans la chambre. Lexa était toujours là, tenant la main de Clarke comme si elle avait peur qu'elle disparaisse à nouveau.
— « Commandante, nous devons faire quelques tests pour évaluer l'état de Clarke, » annonça doucement le médecin.
Lexa hésita, mais Clarke lui serra faiblement la main.
— « C'est bon, Lexa. Laisse-les faire, » murmura Clarke.
Lexa hocha la tête, se levant à contrecœur pour laisser les médecins travailler.
Le test commença. Le médecin expliqua qu'il allait appliquer une pression sur les jambes de Clarke et qu'elle devait lui dire si elle sentait quelque chose. Clarke acquiesça, mais une angoisse sourde grandissait en elle.
Il appuya sur sa cuisse. Rien. Puis son genou. Toujours rien.
Clarke fronça les sourcils, refusant d'accepter l'évidence. Elle jeta un regard désespéré vers le médecin, qui baissa les yeux.
— « Clarke, il semble que la blessure à votre colonne vertébrale ait causé une paralysie des membres inférieurs, » dit-il doucement, désolé.
Le monde s'écroula autour d'elle. Sa respiration devint erratique, et des larmes brûlantes coulèrent sur ses joues.
— « Non… non, non, non... » murmura-t-elle, sa voix brisée.
Lexa entra immédiatement ayant vu le visage de Clarke déformé par la tristesse, son regard passant de Clarke au médecin.
— « Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle, alarmée.
Clarke détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.
— « Je ne peux plus marcher, Lexa. Je ne pourrai plus jamais... »
Cette nuit-là, Clarke resta silencieuse, tournée vers la fenêtre. Lexa, assise près du lit, ne disait rien non plus, respectant le silence pesant qui les entourait.
Dans sa tête, Clarke était envahie par des pensées sombres. Sa vie avait toujours été l'armée, et Lexa en faisait partie. Elles avaient tout construit ensemble : des rêves, des espoirs, un avenir qu'elles n'avaient jamais osé définir autrement qu'en silence.
Mais maintenant ? Clarke se voyait comme un fardeau. Elle ne pourrait plus retourner sur le terrain, ne pourrait plus être la femme forte qu'elle avait toujours été pour Lexa.
Et Lexa… Lexa méritait mieux.
Lorsque Lexa se leva pour aller chercher un café, Clarke murmura doucement, pour elle-même :
— « Je ne peux pas lui imposer ça. Elle mérite une vie pleine et heureuse, pas une prison avec moi. »
Mais elle n'avait pas réalisé que Lexa s'était arrêtée, entendant chaque mot.
Lexa s'approcha du lit. Elle se pencha, forçant Clarke à la regarder dans les yeux.
— « Tu n'as pas le droit de décider pour moi, Clarke, » dit-elle fermement, sa voix tremblant d'émotion.
Clarke secoua la tête, les larmes aux yeux.
— « Lexa, je ne suis plus celle que j'étais. L'armée… c'est toute ma vie, et toi… tu mérites quelqu'un qui peut marcher à tes côtés, pas... ça. »
Lexa prit une profonde inspiration, s'accroupissant pour être à hauteur de Clarke.
— « Tu crois que je t'aime parce que tu peux marcher ? Parce que tu es capitaine ? Clarke, tu es bien plus que ça. »
Elle prit la main de Clarke, la serrant contre son cœur.
— « Oui, ta vie va changer. Oui, ça va être difficile. Mais tu ne me perdras pas, Clarke. Parce que ma vie, c'est toi. »
Clarke éclata en sanglots, laissant son front se presser doucement contre celui de Lexa. Et dans ce moment suspendu, leurs lèvres se trouvèrent pour la première fois, scellant un amour trop longtemps contenu.
