Je ne possède aucun des personnages des livres et des jeux vidéos
Série de drabbles sur Géralt et Jaskier [Défi d'écriture de La Bibliothèque de Fictions]
Décembre 2024, c'est le retour du Sur Votre 31. Le principe c'est écrire 31 OS sur 31 Thèmes précis pendant le mois sur un duo ou un trio : couple, amis, frères, soeurs...
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Jour 11 : Leçon de morale (Morale)
La pluie battante s'abattait sur le village de Yantra tandis que Géralt, soutenu par Jaskier, approchait de l'auberge. Le Sorceleur boitait lourdement, son armure déchirée et ensanglantée après son combat contre le nid d'endriagues qui terrorisait la région. Sa respiration était laborieuse et même dans la pénombre, on pouvait voir la pâleur inquiétante de son visage.
- Encore quelques pas, mon ami, murmurait Jaskier en l'aidant à avancer. Un bon feu, un lit chaud, et demain tu seras...
La porte de l'auberge s'ouvrit brusquement, laissant échapper un flot de lumière et le brouhaha des conversations. Trois hommes massifs en sortirent, bloquant délibérément l'entrée.
- Hey ! Pas de mutants ici, lança le plus grand, un forgeron au tablier de cuir. On ne veut pas de ce genre de monstre ici.
Géralt tenta de se redresser, mais la douleur le fit grimacer. Le poison des endriagues continuait de circuler dans ses veines, rendant chaque mouvement difficile.
- Il a besoin de soins, expliqua Jaskier, sa voix calme mais tendue. Il vient de débarrasser vos terres d'un nid entier d'endriagues.
- On ne lui a pas demandé, cracha un second homme, un bûcheron aux mains calleuses. Ces monstres nous débarrassaient des voyageurs indésirables. Ce n'était pas si mal.
En entendant ces mots, quelque chose changea dans l'expression de Jaskier. Le barde habituellement jovial se redressa, relâchant doucement Géralt qui s'appuya contre le mur. Ses yeux, d'ordinaire rieurs, brillaient maintenant d'une colère froide.
- Des monstres ? Répéta-t-il d'une voix qui portait loin dans la nuit pluvieuse. Vous voulez parler de monstres ?
Il fit un pas en avant et malgré sa stature plus fine, les trois hommes reculèrent instinctivement devant l'intensité de son regard.
- Laissez-moi vous parler de monstres, poursuivit Jaskier, sa voix s'élevant peu à peu. Les monstres ne sont pas ceux qui saignent pour protéger des inconnus ingrats. Les monstres ne sont pas ceux qui risquent leur vie pour sauver des enfants perdus dans les bois. Les monstres ne sont pas ceux qui refusent la récompense quand une famille est trop pauvre pour payer.
D'autres villageois s'étaient rassemblés à l'entrée, attirés par la confrontation.
- Non, les véritables monstres sont ceux qui ferment leur porte à un homme blessé parce qu'il est différent. Les monstres sont ceux qui préfèrent voir des voyageurs mourir plutôt que d'accueillir un étranger. Les monstres sont ceux qui jugent sans connaître et qui haïssent sans raison.
Le barde désigna Géralt d'un geste.
- Cet homme que vous traitez de mutant vient de passer six heures dans les marais, à combattre des créatures que vous n'oseriez même pas regarder en face. Il a reçu ces blessures en protégeant vos routes, vos familles, vos commerces. Pendant que vous étiez bien au chaud à boire votre bière, il risquait sa vie pour que vos enfants puissent jouer dehors sans crainte.
La pluie continuait de tomber, mais personne ne semblait plus y prêter attention.
- J'ai parcouru le Continent aux côtés de Géralt de Riv, continua Jaskier, sa voix vibrant d'émotion. J'ai vu des nobles et des mendiants, des rois et des paysans et je peux vous dire que certains des pires monstres que j'ai rencontrés portaient de beaux habits et parlaient avec élégance. Les véritables monstres ne sont pas ceux qui ont des yeux différents ou des capacités extraordinaires. Les véritables monstres sont ceux qui nourrissent la haine dans leur cœur et refusent de voir l'humanité chez les autres au nom de préjugés obsolètes qu'ils colportent de villages en villages.
Un murmure parcourut la foule. Plusieurs villageois baissèrent les yeux, mal à l'aise.
- Alors maintenant, conclut Jaskier en croisant les bras, soit vous nous laissez entrer et nous payons pour une chambre comme n'importe quels voyageurs, soit je compose une ballade sur la cruauté des habitants de Yantra. Et croyez-moi, je suis plutôt doué pour faire voyager les histoires à travers le Continent.
Un long silence suivit ses paroles, rompu uniquement par le crépitement de la pluie. Puis une vieille femme s'avança.
- Laissez-les passer, ordonna-t-elle. Le barde a raison. Nous ne sommes pas des monstres.
Les trois hommes échangèrent des regards, puis s'écartèrent à contrecœur. Jaskier reprit immédiatement sa position aux côtés de Géralt pour l'aider à entrer.
- Tu n'étais pas obligé, murmura le Sorceleur alors qu'ils franchissaient le seuil.
- Bien sûr que si, ils méritaient amplement que je leur fasse la morale, répondit doucement Jaskier. C'est ce que font les amis… et puis, ajouta-t-il avec un petit sourire, ça fera une excellente chanson.
Géralt laissa échapper un faible rire qui se transforma en grimace de douleur, mais ses yeux dorés brillaient de gratitude tandis que son ami le guidait vers la chaleur de l'auberge, laissant derrière eux la pluie et les préjugés.
