Au bord du gouffre (2/4)

Le soleil de Los Angeles projetait une lumière vive sur le parking où l'équipe se préparait.

Eddie se tenait à l'écart, les bras croisés, observant chaque mouvement avec attention. Aujourd'hui était un test. Pas seulement pour Buck, mais aussi pour lui-même. Il devait voir s'il pouvait vraiment lui faire confiance pour diriger cette mission.

Ils avaient reçu un appel en urgence, tôt ce matin : un homme d'affaires influent et sa famille avaient reçu des menaces de mort sérieuses. Ils devaient être exfiltrés de leur domicile sécurisé dans un quartier huppé de Los Angeles et escortés jusqu'à l'aéroport pour prendre un vol privé en direction d'un lieu sûr. La mission semblait simple en surface, mais Eddie savait que les menaces de ce type devaient être rarement prises à la légère.

Buck se tenait non loin de là, discutant avec Chimney et Hen, les autres membres de l'équipe. Eddie le voyait gesticuler avec enthousiasme, expliquant les détails de la mission, et il ne put s'empêcher de sourire légèrement. Buck était une boule d'énergie, capable d'inspirer ses collègues par sa simple présence.

Mais ce n'était pas tout.

Eddie avait commencé à remarquer d'autres choses à propos de Buck. Des choses qui le troublaient bien plus que sa simple impulsivité ou son besoin de prouver sa valeur. Le regard perçant de Buck, son sourire qui pouvait illuminer une pièce…

Eddie se surprenait de plus en plus à y penser.

Cependant, il repoussa rapidement ces pensées parasites. Il était là pour superviser la mission, pas pour se laisser distraire par des sentiments qu'il refusait d'explorer.

Il rejoignit l'équipe, prenant une grande inspiration avant de s'adresser à eux.

– Buck, tu diriges cette mission, lâcha-t-il. C'est ton show aujourd'hui. Je serai là en support si besoin, mais je veux que tu prennes les décisions. Fais en sorte que tout se passe bien.

Buck hocha la tête, son expression se durcissant légèrement sous le poids de la responsabilité. Eddie savait que ce serait un test crucial pour lui. Mais une part de lui, celle qui n'arrivait pas à s'empêcher de s'inquiéter, était en alerte maximale.

– Compris, répondit Buck, déterminé.

L'équipe monta dans leurs véhicules.

Eddie prit place à l'arrière de l'un des camions, non loin de Buck, mais suffisamment distant pour ne pas interférer directement dans les opérations. Il observait tout, notant la manière dont Buck donnait les instructions. Son approche était plus calme que d'habitude, plus réfléchie. Peut-être que Buck avait vraiment appris à canaliser son énergie après leur dernière confrontation.

Le convoi quitta le quartier sécurisé et s'enfonça dans la circulation dense de Los Angeles. Les premiers kilomètres se déroulèrent sans incident, et Eddie sentit un peu de la tension dans ses épaules se relâcher.

Mais il ne pouvait jamais se permettre de baisser totalement sa garde.

Au moment où Eddie allait le lui faire remarquer, Buck donna l'ordre à Chimney et Hen de resserrer les rangs, de garder le convoi aussi compact que possible. Ils approchaient de l'autoroute, et c'était là que les choses pouvaient se compliquer.

Une embuscade en pleine circulation, c'était le pire scénario possible.

Soudain, l'alerte résonna dans les écouteurs d'Eddie. Chimney annonçait qu'un véhicule suspect venait de les suivre depuis la dernière sortie.

– Restez vigilants, ordonna Buck dans son micro.

Eddie sentit son rythme cardiaque s'accélérer.

L'adrénaline commençait à monter en lui aussi, mais il se força à rester concentré. Pour l'instant, Buck semblait maîtriser la situation. Le véhicule suspect, une grosse berline noire, se rapprochait dangereusement du convoi. Buck gardait un œil dessus dans son rétroviseur, ses traits tendus par la concentration.

– Hen, mets-toi à l'arrière, Chimney, reste en couverture. On va essayer de les perdre en prenant la prochaine sortie, annonça Buck.

Le plan semblait bon, mais Eddie avait un mauvais pressentiment. Il serra les poings, luttant contre l'envie d'intervenir. Buck devait pouvoir gérer cette situation, mais…

La berline noire accéléra brutalement, venant se placer juste à côté de la voiture où se trouvait la famille. Eddie vit l'éclat métallique d'une arme à feu briller à travers la fenêtre abaissée.

– Buck, attention! cria Eddie, se redressant dans son siège.

Mais Buck avait déjà réagi.

Il fit un écart soudain avec leur véhicule pour tenter de bloquer la berline, créant un chaos contrôlé dans la circulation. Le temps sembla ralentir alors que des coups de feu retentirent. Eddie sauta immédiatement de la voiture, dégainant son arme tout en se précipitant vers la berline.

Buck, lui, était déjà au cœur de l'action, couvert de poussière, hurlant des ordres pour réorganiser les voitures autour d'eux. Eddie s'approcha et ouvrit la portière de la berline, neutralisant le tireur avant que la situation ne dégénère plus encore.

Quand tout fut fini, le silence tomba sur la route.

Les sirènes de la police, prévenues par Chimney, s'approchaient à toute vitesse. Le convoi était intact, la famille saine et sauve. Mais Eddie, couvert de poussière et le souffle court, ne pouvait s'empêcher de jeter un regard vers Buck.

Ce dernier était adossé à la voiture, ses mains encore tremblantes d'adrénaline. Leurs yeux se croisèrent, et pendant un instant, plus rien d'autre n'existait.

Eddie s'avança lentement, incapable de réprimer le mélange d'émotions qui le submergeait.

– Tu as bien fait, murmura-t-il, la voix rauque, les yeux toujours fixés sur ceux de Buck.

Buck hocha simplement la tête, mais il ne pouvait cacher la frustration qui se lisait sur ses traits.

– Mais j'ai failli tout gâcher, pas vrai ? souffla Buck, visiblement agité. Si j'avais agi une seconde…

– Tu as pris les bonnes décisions, Buck, le coupa Eddie en posant une main rassurante sur les siennes. Mais parfois, les choses ne se déroulent pas comme prévu. C'est pour ça qu'on bosse en équipe.

Buck ferma les yeux un instant, absorbant les paroles d'Eddie. Mais sous la reconnaissance, il y avait autre chose. Une tension, une vulnérabilité toujours plus présente.

Un besoin de se prouver… et peut-être autre chose encore.

Leur proximité devenait inconfortable, mais aucun d'eux ne fit un pas en arrière. Eddie pouvait sentir la chaleur de Buck, sentir son souffle se calmer après l'action. Il ne pouvait pas nier cette attirance qui grandissait, qui les consumait chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls. Pourtant, il savait que c'était une ligne qu'ils ne pouvaient pas franchir.

Pas ici, pas maintenant.

– On devrait… rejoindre les autres, dit Eddie finalement, sa voix plus rauque qu'il ne l'aurait voulu.

Buck acquiesça, mais il ne bougea pas tout de suite. Il resta là, les yeux fixés sur Eddie, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose de plus profond.

Le camion roulait en silence alors que la nuit tombait sur Los Angeles.

Les lumières de la ville s'allumaient une à une, projetant des reflets dorés sur les vitres. Buck, assis à l'arrière avec Chimney et Hen, ne pouvait pas se détendre. L'adrénaline de la mission était encore vive en lui, mais la frustration et la confusion occupaient désormais la place principale.

La famille avait été emmené en sécurité par l'équipe de réserve avant même qu'ils n'aient neutralisé complètement les assaillants. Ils étaient en ce moment même dans un avion en direction d'un endroit hautement sécurisé.

Le camion fit un virage, et Buck se redressa pour voir le quartier général se profiler à l'horizon. La mission était une réussite, la famille était en sécurité, mais Buck avait le sentiment d'avoir échoué sur un plan plus personnel. Il avait pris des décisions, montré ce qu'il valait comme chef d'équipe, mais Eddie avait dû intervenir pour éviter un désastre. Ce contraste entre son désir de prouver sa valeur et la réalité de ses actions le tourmentait.

Chimney, toujours assis à côté de lui, lança un regard amusé en direction de Buck.

– Toujours à essayer de trouver un moyen de prouver quelque chose au patron, hein? demanda-t-il avec un sourire en coin et un clin dil.

Buck grogna, se sentant mal à l'aise avec le sous-entendu de Chimney. Il savait bien que ses collègues avaient remarqué ses efforts incessants pour obtenir l'approbation d'Eddie. Mais il ne comprenait pas. Buck ne voulait pas seulement faire bonne impression, il voulait que Eddie le voit, mais vraiment, qu'il l'apprécie tel qu'il était et il avait l'impression de ne montrer que les mauvais côtés de lui-même.

– Ce n'est pas ce que tu crois, Chim, répondit-il rapidement, essayant de se défendre.

Mais il n'y avait pas de conviction dans sa voix.

Hen, qui était assise à l'avant avec le conducteur, tourna la tête pour regarder Buck dans le rétroviseur.

– Oh, vraiment ? Parce que de là où je suis, on dirait que t'es prêt à te jeter dans le feu juste pour qu'il te fasse un compliment.

Les taquineries de ses collègues n'avaient pas tort.

Buck était obsédé par l'idée de prouver sa valeur à Eddie, et cette obsession cachait quelque chose de plus profond. Mais il n'était pas encore prêt à affronter ce sentiment, pas dans un camion en route vers le quartier général et certainement pas s'exposé ouvertement fasse à ses collègues, même s'ils étaient comme sa famille.

– Arrêtez, c'est juste… C'est compliqué, okay? se défendit-il, essayant de se concentrer sur la route devant lui.

Hen échangea un regard complice avec Chimney avant de répondre.

– Ouais, on sait. Ça s'appelle avoir un crush, Buck.

Le silence qui suivit leurs rires fut lourd pour lui.

Parce qu'au fond de lui, il savait qu'ils avaient raison. Sa quête de validation était bien plus personnelle qu'il ne voulait l'admettre. Mais il n'avait pas le temps de se perdre dans ses pensées maintenant.

Le camion se gara sur le parking de Diaz Security.

Buck sortit rapidement, sentant le besoin urgent de discuter avec Eddie, avant que les émotions ne se dissipent. Il avait besoin de clarté, de comprendre pourquoi il se sentait si perdu et ce que cela signifiait pour lui.

Il trouva Eddie debout près de la voiture, le regard pensif, les bras croisés.

Buck s'approcha, son cœur battant la chamade, mais avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, il remarqua un mouvement suspect au loin. Quelqu'un les observait, caché derrière un véhicule garé à une certaine distance. Buck sentit une boule de nervosité se former dans son estomac.

– Monsieur, il y a quelque chose de suspect, murmura-t-il en attirant l'attention de son patron.

Eddie tourna la tête, ses yeux se posant sur la silhouette menaçante.

Avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir, l'agresseur sortit une arme et se dirigea rapidement vers eux. Buck n'hésita pas une seconde. Il se précipita devant Eddie, se plaçant en bouclier pour le protéger.

– A terre ! cria Buck, attrapant Eddie par le bras et le poussant au sol.

Le bruit de la détonation résonna dans la nuit.

Buck sentit une douleur vive en se jetant sur Eddie, mais il ne laissa rien paraître. L'agresseur était furieux, et Buck devait agir vite. Il tenta de désarmer l'assaillant, engageant un combat acharné contre lui.

Buck était en train de maîtriser l'agresseur quand ce dernier réussit à sortir un autre pistolet. Buck, réalisant le danger imminent pour Eddie, se jeta sur lui, le protégeant de son propre corps. L'impact les fit rouler sur le sol, et Buck se retrouva au-dessus d'Eddie, leur souffle se mêlant alors qu'ils étaient allongés sur le sol dur du parking.

Les lumières des véhicules voisins faisaient scintiller les détails de cette scène désordonnée, mais Buck ne se concentrait que sur le regard d'Eddie. Ses yeux étaient fixés sur les siens, un mélange de surprise et de gratitude s'y reflétant. Buck était à bout de souffle, son cœur battant à tout rompre, tandis qu'il essayait de comprendre ce que ce moment signifiait pour eux.

Il entendit les bruits de la bagarre se calmer alors que Chimney et Hen arrivaient en renfort pour neutraliser l'agresseur. La situation semblait sous contrôle, mais le regard d'Eddie se durcit brusquement en voyant le sang sur son bras.

Il se dégagea de son étreinte avec une force presque brutale, se relevant d'un coup.

– Qu'est-ce que tu cherches à la fin? Tu es complètement inconscient ou quoi? lança Eddie, la colère dans ses yeux.

Buck resta cloué au sol, le souffle court, abasourdi par la réaction d'Eddie.

Il avait espéré, dans un coin de son esprit, que ce moment de proximité pourrait ouvrir la voie à quelque chose de plus, mais la colère d'Eddie était un mur implacable. Eddie ne le regardait même pas lorsqu'il monta dans sa voiture, les portes claquant derrière lui.

– Je ne peux pas croire que tu sois un tel idiot inconséquent! cria Eddie avant de démarrer en trombe.

Buck se retrouva seul, le cœur brisé, la solitude pesant plus lourdement sur ses épaules que jamais. Il était resté là, à la merci de ses émotions, les membres tremblants, tandis que le véhicule d'Eddie disparaissait dans la nuit.

Il avait risqué sa vie pour protéger Eddie, pensant que cela pourrait signifier quelque chose. Mais maintenant, il se sentait plus seul qu'il ne l'avait jamais été. Le sentiment d'isolement était profond, et la certitude que ses actions n'avaient eu aucun impact positif sur Eddie le frappa avec une intensité dévastatrice.

Buck rentra au quartier général en silence, ses collègues ayant pris le temps de le féliciter brièvement pour son courage, mais ses pensées étaient ailleurs. Il ne pouvait pas oublier le regard d'Eddie, ni la chaleur de leur proximité, ni le dédain qui avait suivi.

Tout ce qu'il ressentait maintenant était un mélange douloureux de regret et de désespoir.

A suivre...