Nouveaux repères
11 décembre 2024
Le soleil perçait doucement à travers les rideaux, réchauffant la pièce d'une lumière dorée et paisible. Buck se réveilla lentement, les yeux papillonnants face à cette nouvelle vue qui serait désormais son quotidien.
Ce dont il ne comptait pas se plaindre.
C'était comme si ses rêves les plus fous se réalisait. Il avait Eddie et Christopher avec lui pour toujours et il comptait bien profiter de chaque seconde que la vie allait lui offrir. Il ne savait pas encore bien comment il allait s'y prendre mais il ferait tout pour que ça marche, pour ne pas tout gâcher.
Le matin était calme, et le silence de la maison n'était troublé que par le léger ronflement de Christopher, encore endormi de l'autre côté du couloir.
Il tourna la tête vers Eddie, profondément endormi à ses côtés. Les traits détendus de son visage, la manière dont son bras reposait sur lui, comme un ancrage rassurant, tout cela semblait irréel, comme un rêve qu'il n'aurait jamais imaginé devenir réalité. Buck inspira profondément, savourant ce moment, avant de se tourner doucement pour se lever sans réveiller Eddie.
Mais alors qu'il faisait un pas hors du lit, une main l'arrêta.
– Où tu vas comme ça ? murmura Eddie, la voix encore rauque de sommeil.
Buck lui sourit, légèrement embarrassé.
– Je voulais juste me lever pour ranger un peu… défaire quelques cartons.
Eddie esquissa un sourire, tirant légèrement Buck pour l'attirer de nouveau sous les couvertures, son bras l'entourant fermement.
– C'est encore tôt, tu as tout le temps pour ça, murmura-t-il avant de déposer un baiser sur sa tempe. Tu n'as pas besoin de te précipiter.
Buck sourit et se laissa faire, appréciant l'étreinte rassurante de son petit ami.
Pourtant, au fond de lui, une légère anxiété persistait. Ce déménagement, cette maison... tout cela était si différent de son loft où chaque objet avait une place précise et où il n'avait jamais eu à se soucier de l'espace qu'il occupait. Ici, chez Eddie et Christopher, il craignait constamment d'envahir leur intimité, de prendre trop de place.
Eddie le serra contre lui et nicha son nez froid dans le creux de son cou.
C'était désagréable comme sensation mais jamais Buck ne pourrait se passer de cette petite manie aussi agaçante que mignonne. Il laissa le temps à la respiration de son petit ami de s'apaiser et une fois qu'il fut sûr qu'il s'était rendormit il se glissa hors du lit, laissant ses bras se refermer sur son oreiller.
Il quitta la chambre silencieusement et referma la porte derrière lui.
Il jeta un œil à Christopher et marcha le long du couloir sur la pointe des pieds. Dans le salon, ses cartons s'entassaient, remplis de ses affaires, attendant d'être déballés. Il se mit à hésiter, indécis sur l'endroit où il pourrait ranger ses livres, ses objets personnels, sans tout chambouler.
Eddie arriva quelques minutes plus tard, une tasse de café à la main, le regard bienveillant.
Buck grimaça sachant que le sommeil de son petit ami avait dû être perturbé par son absence mais celui-ci ne semblait pas lui en vouloir et Buck ne put retenir un léger sourire en voyant la marque de l'oreiller s'étendre sur sa joue.
– Qu'est-ce qui se passe, mi amor ? Tu sembles perdu.
Buck haussa les épaules, un peu gêné.
– Je veux juste... que tout soit parfait, harmonieux. Je ne veux pas que mes affaires prennent trop de place ou dérangent l'organisation de la maison. C'est ta maison, après tout. Enfin… votre maison avec Chris, rectifia-t-il avec un sourire doux.
Eddie secoua la tête, posant sa tasse de café et s'approchant de Buck pour poser une main rassurante sur son épaule.
– C'est notre maison maintenant, Buck. La tienne aussi. Tu n'es pas une sorte d'invité permanant ici, tu es chez toi. Christopher et moi, on est heureux de t'accueillir, et on veut que tu te sentes bien ici. Alors, ne t'inquiète pas pour ça, d'accord ?
Buck sourit timidement, touché par les paroles de son petit ami, mais l'inquiétude persistait. Il se baissa pour ouvrir un carton, en sortant quelques livres qu'il aimait particulièrement.
Il les contempla un instant, avant de les reposer, incertain.
– Peut-être que je devrais les laisser dans le carton. Je pourrais les ranger dans le garage et les prendre que quand j'en ai besoin.
Eddie l'interrompit doucement.
– J'ai une meilleure idée. J'ai acheté une étagère il y a quelques temps mais j'avais peur qu'elle reste indéfiniment à moitié vide alors elle traine toujours dans son carton. On pourrait la monter et y ajouter ta collection de livres.
Buck le regarda, surpris.
– Vraiment ?
Eddie hocha la tête, un sourire bienveillant aux lèvres.
– Bien sûr. Regarde, je voulais la mettre ici, on pourrait la monter et, comme ça, tu aurais tes livres près de toi, et tu pourrais même y poser quelques photos ou des souvenirs.
– Mais et toi?
– Je n'ai même pas une dizaine d'ouvrages à y mettre, rit-il. Et puis tes lectures, on l'air plus instructives que les miennes.
Buck le regarda saisir un énorme ouvrage qu'il avait acheté parce que c'était drôle.
C'était intitulé: un kilo de culture général. Buck l'avait pesé et le livre faisait tout juste un kilo pour pas moins de 1500 pages d'informations diverses sur à peu près tous les sujets. Le second livre qu'il tenait était un manuel de philosophie qui s'intitulait: Ceci n'est pas un manuel de philosophie. A défaut d'avoir été acheté pour cette raison, le livre lui en avait appris beaucoup sur lui-même.
Eddie haussa les sourcils avec un sourire et Buck se gratta l'arrière de la nuque légèrement gêné.
– J'ai toujours su que tu étais le plus intelligent de nous deux, souffla son petit ami.
– Je suis curieux, se défendit-il.
– Et c'est une de tes très nombreuses qualités.
Buck sentit ses joues chauffer signe très évident qu'il rougissait.
Eddie reposa les livres dans le carton et Buck se demandait encore pourquoi il n'avait pas ouvert celui qui contenait des livres de cuisine ou encore celui où il avait rangé sa collection complète des ouvrages de Arthur Conan Doyle ou ceux des aventures de Dirk Pitt de Clive Cussler.
Eddie posa sa tasse et disparu quelques minutes avant de revenir avec un carton contenant la fameuse étagère. Buck était encore incertain mais Eddie lui sourit avec amour et il se sentit se détendre.
Il le regarda avec reconnaissance, touché par la manière dont son petit-ami était prêt à adapter l'espace pour lui. C'était une chose de l'inviter à vivre avec eux, mais c'en était une autre de faire de cette maison, SA maison.
– Ça ne te dérange vraiment pas ? demanda-t-il doucement, comme s'il avait encore du mal à croire qu'il avait autant de place dans leur vie.
Eddie posa une main sur sa joue, le regard empli de tendresse.
– Si ça ne tenait qu'à moi, je te construirais une pièce entière rien que pour toi, plaisanta-t-il. Tu es important pour moi. Pour nous. Alors oui, je veux que tu te sentes à ta place ici.
Après le départ de Christopher pour l'école, ils passèrent le reste de la matinée à déballer et à trouver une place pour chaque objet. Parfois, ils s'arrêtaient pour rire, d'autres fois, Eddie lançait des regards taquins lorsque Buck s'acharnait à vouloir ranger des objets selon une organisation précise.
Vers midi, alors qu'ils avaient terminé de ranger la majorité des cartons, Buck s'assit sur le canapé, observant les lieux avec un mélange de satisfaction et de soulagement. Eddie vint s'asseoir à côté de lui, lui tendant un sandwich préparé rapidement.
– Tu as faim ? demanda-t-il avec un sourire complice.
Buck hocha la tête, mordant dans son sandwich avec appétit. Entre deux bouchées, il observa le salon, un léger sourire se dessinant sur son visage en voyant ses affaires s'intégrer à l'espace.
– Je crois que ça fait des années que je n'ai pas ressenti ça, murmura-t-il, presque pour lui-même.
– Ressenti quoi ? demanda Eddie doucement, posant une main rassurante sur sa cuisse.
– Ce sentiment… d'appartenir quelque part. D'avoir une vraie maison, pas juste un endroit où je dors. Je ne pensais pas que ça serait aussi… apaisant.
Eddie serra doucement sa main, le regardant avec tendresse.
– Tu mérites tout ça, mi amor. Et plus encore. Je veux que tu te sentes chez toi ici, chez nous.
Ils terminèrent de manger dans un silence complice, Eddie ne lâchant pas sa main, comme pour lui rappeler à quel point il était là, présent et engagé. Quand ils eurent fini, Buck se leva, prenant une boîte contenant des cadres et des photos.
Il hésita un instant avant de poser l'un des cadres sur la table du salon.
Eddie l'observa, le regard bienveillant.
– Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en s'approchant.
Buck sourit, un peu timide.
– C'est une photo de nous trois. La première qu'on a prise ensemble, avec Christopher. J'ai toujours gardé cette photo chez moi, pour ne jamais oublier à quel point vous comptez pour moi.
Eddie hocha la tête, touché par le geste. Il se pencha pour déposer un baiser sur le front de Buck.
– Je suis content que tu la gardes ici. Parce que c'est exactement là que tu appartiens.
L'après-midi passa dans une atmosphère douce et apaisante.
Buck se laissait peu à peu aller, réalisant qu'il n'avait plus à retenir quoi que ce soit, ni à limiter sa présence. Eddie l'aidait à chaque pas, l'encourageant à prendre sa place, à être lui-même, sans retenue.
Il était chez lui.
Il appartenait à cet endroit comme il n'avait jamais appartenu nulle part. Il sentait le poids qui pesait sur ses épaules s'envoler à chaque fois qu'il rangeait l'une de ses affaires. Il se sentait enfin entier.
