CHAPITRE DEUX : Lizzie
16 décembre 2008
Les vacances de Noël arrivaient à grand pas, mais cela ne décourageait apparemment aucuns des professeurs du petit lycée de la réserve Quileute. Au contraire, l'arrivée des fêtes de fins d'années plongeait les enseignants dans une sorte d'euphorie. Chaque jour, l'un d'eux organisait un contrôle surprise à l'une de ses classes. Les terminales étaient évidemment les plus touchés par cette avalanche de contrôles. Mais les premières années n'étaient pas à envier pour autant. Élisabeth Lahote, surnommée depuis toujours Lizzie, releva ses bras au-dessus de sa tête et s'étira dans un bâillement. Cela faisait deux heures qu'elle était penchée sur sa leçon de mathématiques, mais rien n'y faisait. Elle n'y comprenait strictement rien. Lâchant un soupir, elle vérifia pour la troisième fois sur son agenda mais l'écriture noire qu'elle avait inscrite quelques heures plutôt y était toujours. Demain, qu'elle comprenne ou non le système des fonctions, elle aurait bel et bien une interrogation dessus. Refermant avec force son agenda, elle se leva finalement de la chaise de son bureau et commença à faire les cents pas dans sa chambre réfléchissant à une manière d'échapper à l'inévitable. Elle pourrait se faire passer malade ? Lizzie secoua la tête, jamais sa mère ne serait dupe. Tricher restait encore la seule solution. Mais elle n'était pas comme ça. Elle cessa ses va et vient et se laissa tomber sur son lit double, se résignant à avoir un zéro.
Allongée sur son matelas, elle regarda le plafond d'un air indifférent, puis trouvant le blanc trop blanc, elle détourna le regard et se retrouva la tête face à Tommy. Elle sourit avant de se hisser plus haut sur son matelas, déposant sa tête rousse sur les coussins tout en attrapant sa vieille peluche qu'elle sera contre sa poitrine.
Bien qu'elle n'était plus une petite fille, Lizzie n'avait jamais pu se résoudre à se débarrasser de Tommy. Toutes ses autres peluches avait disparu, fini dans des cartons pour les œuvres de charités, ou certaines plus chanceuses avaient terminé leur vie en temps qu'objet de décoration sur la petite étagère qui se trouvait au-dessus de son bureau. Mais pas Tommy. Le vieil ourson marron n'avait jamais quitté la tête de son lit, toujours près d'elle à chaque nuit. Paul, son grand frère se moquait souvent d'elle pour ce comportement enfantin, mais elle s'en souciait guère.
Le soleil commençait à descendre dans le ciel, réduisant la clarté présente dans la chambre de Lizzie qui à contre cœur dû se lever pour allumer la lumière. Alors qu'elle allait retourner se morfondre de sa vie de lycéenne sur son lit, un miaulement résonna de l'autre côté de la porte de sa chambre, suivi de coups de pattes. Avec un sourire, la jeune fille ouvrit doucement la porte laissant entrer une boule de long poils gris. C'était Atlas, son chat. Qui entra plus vite qu'il en fallait pour le dire. D'un saut majestueux, il monta sur le lit et avant que Lizzie n'eut refermé la porte, il était déjà installé entre les oreillers.
La jeune fille leva les yeux au plafond et alla rejoindre son chat qui se mit à ronronner puis entreprit de monter sur la poitrine de sa patronne qui vaincue, commença à le caresser avec affection.
Marta et Eric Lahote rentrèrent à quelques minutes d'intervalle de leur travail. Marta était bibliothécaire dans la grande et unique médiathèque de la Réserve Quileute. Et son mari était professeur de physique-chimie au collège de Forks. Il espérait depuis trois ans être muté à celui de la Réserve ...
- A table Lizzie !
La jeune fille sortit de ses rêveries, et portant Atlas dans les bras, elle sortit de sa chambre. En chemin pour la cuisine, elle passa devant la porte semi-ouverte de la chambre de son frère Paul et eut une légère prise autour de son cœur. Cela faisait quatre mois déjà qu'il était parti à l'université de sciences à Seattle. Et contre toute attente, il lui manquait terriblement. Ils étaient comme chien et chat tous les deux, mais sans lui la maison semblait étrangement vide.
- J'ai pris chinois, l'informa sa mère en retirant des plats préparés d'un grand sac en papier kraft.
- Super ! Répondit Lizzie en déposant Atlas au sol avant de se diriger vers l'évier de la cuisine pour se laver les mains.
- Je viens d'avoir Paul, fit Eric en entrant à son tour dans la pièce, il pense pouvoir rentrer pour les vacances de Noël.
- Il pense seulement ? Releva Marta en terminant de vider le sac.
- Bon on mange ! S'exclama Lizzie pour changer de sujet ; ce qui lui valut un signe de tête reconnaissant de la part de son père et un regard au plafond par sa mère.
Le repas se déroula dans la bonne humeur, bien que Lizzie dut faire descendre trois fois Atlas de sur la table avant d'être obligée de le sortir radicalement de la pièce sous les réprimandes de ses parents.
- J'ai vu Sue aujourd'hui, fit Marta alors qu'elle attrapait le dessert dans le frigo, Leah est effondrée. Elle n'est plus retournée travailler depuis deux semaines, son parton menace de la virer. Sue ne sait plus quoi faire.
- Qu'est ce qui se passe ? Demanda Lizzie en ouvrant son yaourt.
- Le fiancé de Leah, Sam, a rompu avec elle, lui apprit sa mère en reprenant place sur la chaise qu'elle venait de quitter.
- Oh … se contenta de répondre Lizzie.
- Je l'ai vu hier, relança Eric, j'ai d'ailleurs eu du mal à le reconnaître. Il s'est métamorphosé.
- Et d'après Sue, il a un comportement très étrange en ce moment. Enfin bon, tout ça ne nous regarde pas ! Termina Marta.
Lizzie remonta dans sa chambre à la fin du repas, suivi de près par Atlas qui alla reprendre une place confortable sur le lit. Mais quand la jeune fille s'éclipsa dans la salle de bain pour enfiler son pyjama et se laver les dents, Atlas la rejoignit, passant et repassant entre ses jambes, allant jusqu'à prendre place en équilibre entre le robinet et le meuble où – en plus de déranger sa patronne – il ne fit même pas l'effort de boire.
Les pattes humides, il suivit Lizzie qui retourna dans sa chambre, laissant sur le sol les traces de son passage.
- Bonne nuit ! Hurla Lizzie à ses parents avant de refermer la porte de sa chambre et d'éteindre la lumière.
Dans l'obscurité, elle retrouva son lit en suivant les ronronnements de son chat déjà installé.
- Aller pousse-toi un peu, tu prends toute la place, marmonna-t-elle en gigotant le gros matou qui se contenta d'augmenter le volume de ses ronrons.
Lizzie laissa échapper un juron, mais ne décala pas son chat pour autant. Elle recula vers le bas de son lit, laissant contre sa volonté la plus grande et la plus confortable place de son oreiller à Atlas. Puis elle s'endormit à la seconde où elle ferma ses paupières, attrapant inconsciemment l'ourson en peluche qu'elle ramena contre son visage.
Le lendemain matin, le réveil que Lizzie avait oublié de régler la veille ne sonna pas. Ce fut seulement en ne voyant pas arriver sa fille pour le déjeuné que Marta s'alarma et alla frapper contre la porte de sa chambre. Ce jour-là - de toute évidence - elle arriva au lycée avec une demi-heure de retard.
Traversant en courant la cour qui ne lui avait jamais paru si grande, Lizzie manqua de percuter le directeur qui sortait du hall une tasse fumante de café en mains.
- Oh là ! Doucement jeune fille, puis reconnaissant l'élève en question il ajouta : tiens tiens mademoiselle Lahote. Ça va faire la troisième fois que je vous surprends à arriver en retard cette semaine.
Contrairement à la veille où Lizzie s'était confondue en excuse jurant que cela ne se reproduirait plus, cette fois-ci elle préféra garder le silence.
- Aller filez ! Ne ratez pas plus de cours que vous ne l'avait déjà fait.
Quand elle arriva enfin devant la salle de géographie, par chance, la porte était encore ouverte. Leur professeur Monsieur Anderson était encore en train de faire l'appel quand elle pénétra à pas de loup dans la classe. Alors qu'elle traversait la salle pour aller à sa place, Monsieur Anderson arriva à son nom. Elle fit « présente », en se figeant et en jetant un regard inquiet vers son professeur, mais déjà il appelait l'élève suivant. Soufflant de soulagement elle se laissa tomber sur sa chaise et sortit ses affaires.
A la pause déjeuné, Lizzie préféra sauter le repas envoyant un message d'excuse à l'une des amies qu'elle devait rejoindre avant de se faufiler dans une salle de cours vide, qui s'avéra être celle de littérature, pour tenter une dernière fois de réviser son cours de mathématiques. Elle aurait pu aller au CDI. Mais il était souvent bondé, alors que déjà dans le calme elle ne comprenait rien à sa leçon, un CDI rempli d'élèves n'était pas la solution, surtout avec Madame Hoper comme documentaliste qui se fichait bien de demander le silence. Au contraire, c'était comme si le brouhaha des élèves apaisait la vieille femme.
Prenant place à l'un des bureaux, Lizzie sortit ses manuels de mathématiques et commença à relire le cours.
Alors qu'elle s'apprêtait à relire pour la cinquième fois son cahier, la porte de la classe s'ouvrit faisant sursauter la jeune fille. Si c'était un professeur ou pire un surveillant elle allait se faire réprimander. Mais elle lâcha un soupir de soulagement en reconnaissant les nouveaux venus. Des élèves. Enfin plutôt deux élèves, une fille – qu'elle connaissait de vue – et un garçon qu'elle connaissait que trop bien. Très vite, elle songea qu'elle aurait préféré un surveillant. Car en effet les deux adolescents une fois la porte de la classe refermée s'embrassèrent à pleine bouche. Ils n'avaient de toute évidence pas vu que la salle était déjà occupée …
- Oh mon dieu, lâcha Lizzie en cassant la pointe de son crayon à papier.
Le couple sursauta en entendant sa voix et s'éloignèrent l'un de l'autre en se retournant vers la jeune fille. A l'instant même où il la vit, le garçon passant une main rapide dans ses cheveux longs en disant un juron.
- Oh merde Lizzie ! Puis se reprenant il ajouta : Bordel qu'est-ce que tu fais là ?
La fille à ses côtés devint rouge pivoine et trouva le plafond soudain très intéressant. Bredouillant qu'elle était venue réviser en paix, Lizzie, qui était tout aussi gênée que les deux autres, attrapa à toute vitesse ses affaires dans ses bras, ne prenant pas la peine de les ranger dans son sac, avant de se lever. Elle avança jusqu'à la porte et s'arrêta une fois à la hauteur du couple. Elle regarda la fille, puis le garçon. Puis fit une grimasse qui mélangeait gênes et excuses avant de tourner les talons à pas rapides. Le brun la regarda partir et continua à fixer la porte une fois celle-ci refermée.
Une fois dans le couloir, Lizzie souleva les cahiers qu'elle tenait pour regarder l'heure à son poignet. Son cours commençait dans dix minutes. Elle lâcha un soupir, ce n'était pas la peine de chercher un nouvel endroit pour étudier. D'un pas lent elle se dirigea vers la salle de maths, essayant de retenir des larmes qui lui brûlaient les yeux. Bordel, pourquoi réagissait-elle comme ça ? Après tout ils étaient amis, rien de plus. Et puis il était en terminale et elle en seconde, essaya-t-elle de se raisonner. Secouant la tête pour faire évacuer toutes ses pensées, Lizzie se laissa glisser contre le mur devant la salle de classe une fois qu'elle y fut arrivée.
Deux minutes après, la cloche sonna. Lizzie se releva tant bien que mal, ses cahiers toujours dans les bras et entra dans la salle de mathématiques où déjà le professeur avait disposé les sujets face contre table sur chacun des bureaux.
Alors qu'elle remplissait sa feuille en inventant toutes sortes de calculs, Lizzie ne put s'empêcher de se demander si Embry Call était encore dans la salle de classe de Littérature.
A lundi prochain pour la suite !
