Résumé du chapitre précédent :
C'est la remise de diplôme et Marlene qui n'a pas la chance de vivre ce passage important de la vie de ses camarades, ressac les conditions et les choix qui l'ont mené où elle en est aujourd'hui. De son côté, Severus qui file toujours le parfait amour avec Lily commence à s'interroger. Lui qui n'a jamais été en couple et craint plus que tout de commettre un impair avec la rousse, se demande si leur relation avance comme elle devrait le faire. Est-ce normal qu'il ne ressente pas, ou très peu d'attirance pour sa copine ? Désireux d'avoir des réponses, il rend visite à son ami Regulus pour lui emprunter des magazines.
Depuis que Sirius a adopté King, il se sent bien mieux. Il est occupé et avoir des responsabilités lui fait du bien. Il se sent prêt à renouer définitivement avec Remus qui des semaines avant, avait fait un premier pas vers lui. Malheureusement lors d'une promenade ils tombent sur Godran et Remus apprend qu'il est l'homme qui a frappé Remus dans la chambre d'hôtel. Il ne décolère pas, mais Regulus et James lui conseillent de ne pas s'en mêler pour ne pas offenser Remus qui ne veut pas qu'on se mêle de cette histoire.
Regulus est malade. Son état peu inquiétant au début empire et malgré la visite de médicomage, son mal de tête persiste. L'inquiétude gagne le Serpentard qui commence à s'imaginer le pire. Il repense notamment aux mots de Padfoot. Mais au lieu de se confier, il garde ça pour lui, persuader de se tromper, mais aussi de peur qu'en parler rende cela trop réel. Épuisé et apeuré par ce qui lui arrive, il pense à ses parents, notamment à Walburga. Il parle à Sirius et lui confie se sentir responsable. Il ne pensait pas qu'elle risquerait l'exécution. Malheureusement Sirius à dû mal à comprendre ses états d'âme et Regulus ne développera pas plus.
Nott qui a longtemps cru pouvoir s'en sortir sent lentement la roue tourner. Son père et furieux contre lui et refuse d'être mêlé à ses démêler judiciaire. Nott craint que l'avocat de Pamela arrive à prouver sa culpabilité et s'interroge sur la manière dont il pourrait s'en sortir. Son père ne se pose plus la question et passe à l'offensive. Accompagné de l'avocat de la famille, il décide de proposer un marché à Maitre Delafray. Celui-ci tombe des nues.
Chapitre 67:
Justice sorcière
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De puissants à monstres
L'incroyable décadence de grands noms. Comment les époux Black et le psychomage Tom Jedusor ont précipité leur chute.
Après plusieurs semaines de procès est un verdict défavorable lors des deux instances (pour maltraitance et meurtre au 1er degré et complicité de meurtre ainsi que mise en danger de la vie d'autrui), Walburga et Orion Black n'ont pu échapper à la justice sorcière. Walburga Black, qui a déjà passé sa première nuit en prison, n'a pas souhaité faire appel. Son époux lui a été autorisé à rentrer chez lui, mais est sous surveillance policière. Lui non plus n'a pas souhaité faire appel.
Étant donnée leur fortune, ils se sont déjà acquittés des sommes qu'ils devaient à la justice ainsi qu'à leurs fils. Les procès des Black ont tenu en haleine la population sorcière qui a appris à cette occasion l'horreur qui se déroulait derrière les portes closes du Square Grimmaurd.
Le procès Black vs Black a permis de mettre en lumière un sujet important. La maltraitance. À la suite de ce procès, le ministre de l'Éducation a pris plusieurs mesures pour éviter que cette situation ne se répète. Mais également pour permettre de repérer plus vite les cas de maltraitance intrafamiliale. Vous les trouverez en annexe (page 8).
À ce jour, nous ignorons toujours les raisons qui ont poussé les époux Black à accueillir chez eux un moldu avant de l'assassiner froidement. Walburga Black n'a donné aucune explication à cette affaire. Tout au long du procès, elle est restée silencieuse, ne coopérant pas, pour finalement reconnaître sa culpabilité quelques jours après. Au terme de ces procès, Orion Black a écopé de 8 ans de prison dont 5 avec sursis. Il bénéficie d'un aménagement de peine au vu de la légèreté de celle-ci. Il pourra ainsi passer la fin d'année libre avant de purger sa peine l'année prochaine. Walburga Black quant à elle a écopé de 3 ans de prison (dont 2 ans avec sursis) pour maltraitance. Puis le jugement pour meurtre a tout bouleversé. Le juge a décidé d'aller plus loin que les réquisitions des avocats et du procureur et a condamné Walburga Black au baiser du Détraqueur.
Son exécution aura finalement lieu le 30 août et sera ouverte au public.
Le Daily Magic s'est également intéressé au cas Tom Jedusor. Longtemps idéalisé et décrit comme la star montante des prochaines élections, sa candidature à peine déposée, le psychomage s'est auto saboté. En effet, le puissant sorcier a commis un massacre dans une ville moldue qui, en plus d'avoir fait de nombreux morts, a causé bien du tort au monde magique. Emprisonné dans une cellule à bien gardée, l'homme attend son jugement. Il y a pourtant des rumeurs qui courent... Le ministre ne souhaiterait pas le voir passer devant un tribunal, mais directement recevoir sa peine. Pour information, la loi sorcière exige une application des peines et un jugement express pour certains crimes (se référer aux explications en annexe page 8). Malheureusement pour le psychomage, la tuerie perpétrée en fait partie. Il se pourrait donc que tout comme Walburga Black, il reçoive le baiser du Détraqueur avant la fin de l'année. Néanmoins, son cas fait polémique et pour éviter tout incident, sa mise à mort pourrait se dérouler à huis clos.
…
Revenons plus en détails sur le parcours de cet homme dont beaucoup connaissent le nom, mais pas l'histoire.
Tom Jedusor est un sang-mêlé né en 1926.
…
xXx
Cela faisait à peine 2 jours que Marlene avait commencé son travail et elle était déjà débordée. Si Maugrey la voyait prête à s'arracher les cheveux, il en rirait. Il ne faisait aucun doute qu'il serait heureux de la voir dans une telle situation, lui qui l'avait prévenue à de nombreuses reprises de ce qui l'attendait.
La sorcière était agacée par la manière dont tous les dossiers étaient répertoriés. L'organisation n'avait aucun sens et elle doutait que qui que ce soit nes'y retrouve. Elle avait voulu commencer par y mettre de l'ordre dès son premier jour sans penser qu'une fois sa tâche terminée, une tonne de documents à traiter l'attendrait sur son bureau… Et oui, elle avait un bureau. De quoi la rendre assez fière. Même si elle le partageait avec Mme Huges qui était plus vieille encore que McGonagall et la regardait d'un mauvais œil quand elle la voyait en jupe.
Mme Huges était de la vieille école et jugeait les tenues de l'ancienne Serdaigle indécentes.
-Nous sommes dans un lieu composé en grande partie d'hommes, vous ne pouvez pas vous montrer ainsi, voyons ! Qu'espérez-vous ? Tenter tous ces hommes mariés?lui avait-elle fait remarquer un matin.
Marlene avait préféré en rire… Mme Huges était charmante la plupart du temps, du moins si elle n'abordait que des sujets professionnels. Pour le reste…
Marlene se disait que de toute façon, elle avait besoin d'elle. La vieille femme prenait sa retraite à la fin de l'année alors peu importe qu'elle ne l'apprécie pas vraiment. Le jour où elle croulerait sous le travail, elle lui manquerait immanquablement.
Elle était désormais dans le monde impitoyable du travail.
Ces journées à l'appartement à essayer d'apprivoiser Maugrey lui manquaient. Mais à présent que l'Auror avait repris le travail, elle se serait ennuyée seule. Elle n'osait pas encore totalement s'imposer dans les sorties entre amis qu'organisaient les anciens de Poudlard. Et puis, il fallait bien qu'elle fasse quelque chose de sa vie en plus de payer sa dette à la société.
Mais le timing n'était pas parfait. Pile au moment où Maugrey et elle avaient commencé à se rapprocher! Ils avaient eu leur première dispute de presque couple pendant laquelle ils s'étaient avoués à demi-mots leurs sentiments. Bien entendu, Maugrey se fermait comme une huître dès qu'elle en reparlait, mais peu importe. Il lui plaisait, elle lui plaisait, il le savait et surtout, elle le savait.
Marlene savait ce qui gênait l'Auror : c'était son âge. Chose qu'elle trouvait complètement stupide. Elle était plus jeune, mais elle était majeure et lui aussi était jeune. On est loin d'être vieux à 25 ans ! Elle commençait alors à se dire qu'il ne la trouvait pas suffisamment mature, qu'il avait honte de s'afficher avec une femme qui n'avait pas encore fêté ses 19 ans et qui n'était même pas diplômée de Poudlard.
C'était assez déprimant quand elle y pensait. Il était préférable de se concentrer sur son travail. Et heureusement, elle n'en manquait pas.
Elle devait s'occuper de créer une fiche de renseignements sur un individu qui avait été récemment condamné. Elle regrouperait toutes les informations à son sujet, facilitant ainsi sa prise en charge en milieu pénitentiaire. Ce n'était pas palpitant mais c'était plutôt plaisant. En aidant à traquer Jedusor, elle s'était découverte certaines qualités et intérêts. De plus, elle ne ferait pas du bureau à temps plein et serait amenée lorsqu'elle serait suffisamment expérimentée à aller sur le terrain. Elle pourrait ainsi recueillir des témoignages et animer des ateliers de préventions sur les lois que devaient respecter les commerçants. Elle n'était pas une Auror mais elle restait une agente du bureau et c'était assez classe.
Elle sourit en se demandant si c'était vraiment une punition si elle en retirait du bénéfice et de la satisfaction. Pouvait-elle réellement payer pour ses péchés de cette manière? Était-elle seulement pardonnable?
Elle n'était pas sans ignorer les coulisses derrière cette si légère condamnation. Une fois encore, elle le devait à Maugrey, mais aussi et surtout à Dawlish grâce à ce document qu'ils avaient pris le risque de faire pour elle et sa famille en échange d'information sur le jour de l'attaque. Les responsables du bureau n'avaient pas été contents en apprenant qu'elle disposait d'une d'immunité. Et que dire des membres du gouvernement !
Maugrey et Dawlish s'étaient fait taper sur les doigts et avaient évité de justesse le renvoi. Les deux hommes étaient vus comme les héros qui avaient mené l'enquête permettant d'aboutir à l'arrestation de Tom Jedusor. Ils étaient appréciés par leurs collègues et on n'avait jamais rien eu à leur reprocher avant cet incident. C'était probablement ce qui sauvait leurs carrières.
Marlene ne le réalisait que maintenant, mais si Dawlish n'avait pas fait le choix de signer ce papier, sa vie aurait été très différente. Elle n'aurait pas collaboré avec Maugrey pour arrêter Jedusor. Elle aurait fait sa vie en France avec sa famille sans savoir si cette vie lui aurait plus. Aurait-elle pu vivre avec la culpabilité qui grandissait chaque jour en elle? Elle n'aurait pas eu le courage de reprendre contact avec ses amies. Elle n'aurait pas non plus découvert à quel point Maugrey pouvait être un homme bien et en tomber doucement amoureuse.
Ce bout de papier, c'était son effet papillon à elle.
L'ancienne Serdaigle ne voulait pas imaginer les choix qu'elle aurait fait sans cet événement. Elle ne voulait pas penser que Maugrey l'avait forcé à regarder la vérité en face, à ne pas se détourner de tout le sang versé. Elle n'aimait pas ce que l'ancienne Serdaigle avait fait. Elle était une nouvelle personne qui avait appris de ses erreurs.
Marlene avait discuté avec Dorcas et Lily au sujet de son envie de dire la vérité à Frank. Étonnamment, ses amies le lui avaient déconseillé. L'ancien Gryffondor allait beaucoup mieux et le replonger maintenant dans cette histoire, c'était prendre le risque de le voir à nouveau sombrer. Il fallait attendre. Dorcas avait même accusé Marlène de vouloir alléger sa conscience et non de penser au bien de Frank. Mais Marlene ne pouvait lui mentir indéfiniment. Lily avait alors proposé de préparer le terrain pour elle en attendant ce jour.
L'ancienne Serdaigle n'en avait pas été soulagée, mais plus angoissée encore.
xXx
-Si vous appuyez sur ce bouton et tournez celui-ci, ça marchera, expliqua Remus.
Il regarda les trois garçons qui avalaient ses paroles d'un air impressionné. Même Regulus, habituellement distant par rapport aux nouvelles technologies, se montrait curieux.
Aujourd'hui, le Poufsouffle se trouvait dans le salon de la maison de Godric's Hollow et faisait découvrir au trio la radio. C'était un appareil récent chez les Sang-mêlés ou les sorciers d'origine moldue. C'était une invention fantastique qui permettait d'écouter de la musique, des interventions humoristiques, se tenir informer de l'actualité et bien d'autres. Le journal papier était plébiscité par la majorité des foyers, mais la tendance était susceptible de s'inverser d'ici quelques années.
Remus avait eu l'idée de montrer la radio qu'il avait chez lui à James, Sirius et son frère après avoir entendu un intervenant parler du magazine Harry en des termes très élogieux. Il avait activé l'enregistreur pour pouvoir en faire profiter ses amis.
-J'en veux un! s'exclama James.
-Le contraire m'aurait étonné, soupira Regulus.
-J'adore, ça serait génial ici ! s'exclama Sirius à son tour.
-On peut réécouter le passage où il dit que je suis un précurseur et que je dépoussière le sujet ?! Grâce à moi, le sexe n'est plus tabou et permetsà beaucoup de s'épanouir ! Le meilleur passage, c'est celui où il dit que j'effectue un travail excellent en donnant la parole aux victimes d'agression sexuelle et que j'informe de manière juste et sensible !
-Pourquoi est-ce que tu veux encore écouter ça quand il est évident que tu le connais par cœur? rigola Sirius, ce qui fit sourire Remus.
-C'est mieux quand c'est lui qui le dit !
-Vous pouvez vous en procurer dans une petite boutique de la capitale ou alors il y en a parfois en vente dans des brocantes. En revanche, c'est assez cher car ça commence à être à la mode, les avertit Remus.
-Cher? releva Regulus.
Il jeta un coup d'œil à James.
-Je ne suis pas sûr qu'il sache ce que ça veut dire.
-Bien sûr que si, contra James.
-Qu'est-ce que c'est pour toi alors?
-Je n'en sais rien, ça dépend des moyens de chacun, éluda-t-il.
-Pas la peine de vous prendre la tête pour qu'on voit à quel point vous êtes un couple heureux qui chie des licornes, intervint Sirius.
Il savait que James n'aimait pas qu'on lui rappelle qu'il était né avec une cuillère en or dans la bouche. L'ancien Gryffondor, qui devait être de bonne humeur, ne prit pas ombrage des commentaires de son copain et demanda à utiliser la radio. Il appuya sur le bouton suivant comme lui avait appris Remus pour changer de station. Il avait l'air satisfait mais s'arrêta lorsque Regulus lui demanda d'attendre.
-Qu'est-ce qu'il y a? Ne me dis pas que tu veux écouter ce truc barbant?
Il s'agissait de Traditionnelle Opinion, une station qui passait à cet instant une interview.
-C'est Mme Rosier, blêmit Regulus.
Ils se turent, intrigués par le contenu de l'interview.
-Ce sont d'étranges révélations que vous nous faites là, commentait le journaliste.
-J'en suis bien consciente, mais je me devais d'intervenir pour rétablir la vérité. Il m'était impossible de laisser ce magazine proférer de tels mensonges sur mon fils décédé.
-Je comprends. Qu'avez-vous ressenti en lisant les accusations d'agression concernant votre enfant?
-J'ai été ulcérée. Tout cela n'est que calomnies! Il est facile de parler à visage caché ! On ne connaît l'identité d'aucune de ces personnes !
-Il y a pourtant quelques personnes qui ont donné leur prénom, rectifia le journaliste.
-Des prénoms. Pensez-vous qu'on puisse retrouver qui que ce soit avec cette seule information ? Mon fils est mort en héros lors de l'attaque de Poudlard, son père et moi sommes encore en plein deuil. C'est immonde !
-Allez-vous demander qu'on retire le dernier numéro de Harry dans lequel plusieurs pages dénoncent des agressions qu'aurait commis Evan Rosier ?
-Quel intérêt!? s'emporta la mère de famille. Presque tout le monde l'a déjà lu et le mal est fait !
-Que comptez-vous faire?
-J'ai d'ores et déjà porté plainte, je ne laisseraispas un obsédé sexuel salir la mémoire de mon fils. J'exige aussi un droit de réponse pour rétablir son honneur. Je vais me battre!
-Si je comprends bien, vous êtes ici pour lancer un appel au propriétaire du magazine Harry pour qu'il rectifie ses propos et vous octroie une pleine page pour défendre votre fils Evan Rosier des accusations dont il est victime ?
-Je ne veux pas une simple page, mais tout le numéro ! J'exige également une compensation financière pour le préjudice subi !
L'interview continua encore quelques minutes avant que Sirius n'éteigne la radio. Regulus était blême et Remus choqué.
-Merde, jura James. Je crois qu'il faut que je me trouve un avocat…
L'ambiance s'était soudainement alourdie. Remus ne savait pas quoi dire. Il s'en voulait d'avoir ramené sa radio, mais d'un autre côté, cela avait permis de mettre James au courant de ce qui se préparait. La façon de l'apprendre avait simplement été un peu brutale.
Remus se risqua à jeter un coup d'œil discret à Regulus. Il savait que le sujet Rosier était toujours délicat pour lui. Même s'il n'était pas mentionné dans l'affaire qui était sortie, il n'en restait pas moins concerné.
-C'est choquant sur le coup, mais on ne peut pas dire qu'on ne s'y attendait pas, admit Sirius.
Vu la tête de James, rien n'était moins sûr.
-J-Je pensais qu'il y aurait des répercussions, mais pas de ce type-là. Je m'attendais plus à ce que la presse et la police recherchent la vérité et que les Rosier crient aux mensonges…
James alla s'effondrer sur le fauteuil de son père en poussant un profond soupir. Sirius et Remus échangèrent un regard. Regulus quant à lui était pensif.
-Je pense que la réaction à laquelle tu t'attendais et qui est plus timide que prévu ne fait que commencer. Tu n'as pas fait tout ce travail pour rien. Beaucoup doivent encore être dans le déni et comme il est mort, beaucoup ne doivent pas voir l'utilité de parler mais ça va venir, tenta Remus.
-Peu importe ce qui se passera, on va t'aider. Mais trouves-toi quand même un bon avocat, juste au cas où, blagua Sirius.
-Ne t'occupe pas de Rosier, le plus important est que tu n'aies pas d'ennui judiciaire et que les ventes de ton magazine se portent bien.
C'était bien Regulus d'être toujours pragmatique, même dans ce genre de situation. Ou plutôt, surtout dans ce genre de situation. Cela l'empêchait sûrement de ressasser, de laisser les mauvais souvenirs l'envahir.
xXx
-James? Qu'est-ce que tu fais là? s'étonna Marlene.
L'ancien Gryffondor observa la jeune femme. Il se trouvait dans le hall du bureau de police et était lui-même étonné de sa présence.
-Toi qu'est-ce que tu fais là? fit-il en fronçant les sourcils. Est-ce que tu t'es faite arrêter? chuchota-t-il ensuite.
-Si ça avait été le cas, je ne pense pas que je serais libre et encore moins que je pourrais te parler.
James acquiesça, obligé de reconnaître qu'elle avait raison. Après avoir écouté l'interview de Madame Rosier, James avait eu la mauvaise surprise de découvrir une lettre du bureau de police traitant des affaires non liées à la magie. Comme quoi cette femme avait bien préparé son coup. Il était donc convoqué le lendemain pour répondre de ses actes, comme un vulgaire criminel. James ne savait pas ce qui le choquait le plus. Que la police ait trouvé si vite qu'il était celui qui gérait le magazine Harry ou qu'il le convoque pour une raison si absurde.
-Je suis convoqué pour répondre à des questions. Et toi? demanda le brun.
-Je passais juste récupérer une preuve dans une affaire que je dois mettre sous scellés.
-Une preuve? Une affaire? Sous scellés? Je ne suis pas sûr de comprendre…
Marlene sourit et passa une main dans ses cheveux avant de lui expliquer ses nouvelles obligations. James ne savait qu'en penser.
-Si tu travailles avec les Aurors, ça veut dire que tu ne comptes pas retourner en France? Ni revoir ta famille?
Marlene perdit son sourire et fuit un instant son regard.
-Je suppose. Je ne peux pas quitter le pays. J'ai des obligations, je ne suis pas totalement libre. Et c'est normal après ce que j'ai fait. Mais plus tard, ils pourront toujours me rendre visite. Leur faire accepter mon choix n'a pas été facile, mais j'avais besoin d'être jugée. Je suis consciente de bien m'en tirer. Si Maugrey n'avait pas plaidé en ma faveur auprès… Pardon, je m'égare. Tu es pressé, non?
Oui, il l'était. Mais il n'avait pas du tout envie de se rendre à son rendez-vous. Si Marlene pouvait continuer de le distraire un peu avant qu'il ne fasse face à l'abomination qui allait lui tomber dessus…
-Je vais te laisser, passe une bonne journée, conclut pourtant l'ancienne Serdaigle.
James la regarda partir avant de soupirer. Il se remit en marche et approcha lentement du bureau de l'agent Kent. Il regrettait que Maître Simon ne soit pas avec lui. Il l'avait contacté la veille après avoir reçu la convocation. Malheureusement, l'avocat était indisponible aujourd'hui mais acceptait de le défendre s'il avait besoin des services d'un avocat. James avait hésité à contacter quelqu'un d'autre. Il ne l'avait pas fait parce que c'était Simon qu'il voulait. Il avait confiance en lui et savait qu'il serait bien défendu. Il l'avait vu travailler lors du procès Black contre Black. Il savait ce qu'il valait et surtout, ils se connaissaient déjà un peu.
Il frappa avec appréhension à la porte. Un «entrez» tout sauf accueillant résonna. Il avala difficilement sa salive. Il n'allait pas avoir d'ennui, n'est-ce pas?
-Monsieur Potter!
L'agent Kent se leva pour lui serrer la main. Sa poigne était ferme et James se demanda s'il était obligé de lui écrabouiller les doigts ainsi. Il observa l'homme et eut le plus grand mal à ne pas rire en voyant la moustache imposante de l'agent. Il parla et celle-ci sembla danser sur son visage. C'était assez drôle, mais James se devait d'être sérieux.
-Savez-vous pourquoi vous avez été convoqué?
-J'en ai une idée, oui.
Kent hocha la tête et lui indiqua la chaise pour qu'il s'assoie. L'agent prit ensuite place derrière le bureau.
-Les Rosier portent plainte pour diffamation.
-Hum… À quel point c'est grave?
-Très, répondit Kent. Vous devrez bien entendu retirer les articles concernés et faire un communiqué où vous rétablirez la vérité. Les Rosier demandent également une compensation financière.
-Jamais de la vie ! Ils n'ont pas besoin d'argent. Mais surtout, je n'ai dit que la vérité ! Je veux dire que ce n'est pas mon avis, ce ne sont pas des histoires, ce sont des témoignages !
-Tout le problème est de savoir si ce qui est dit dans votre magazine est vrai ou non.
-Et comment voulez-vous que je prouve ça? s'agaça James.
-Écoutez, monsieur Potter, il y a des lois et vous n'êtes pas au-dessus. Il n'y a aucune plainte et lorsque vous mettez en avant ce genre d'articles, vous devez donner la parole aux deux parties. Peut-être que la prochaine fois, vous resterez à votre place et vous contenterez de parler de clitoris.
James pouvait ressentir tout le dégoût qu'avait cet homme pour le travail qu'il faisait. Il le prenait de haut et ça l'énervait au plus haut point. Il lui faisait la morale sur ce qu'il écrivait au lieu de s'alarmer des dizaines de témoignages à l'encontre de Rosier. De plus, James n'en avait pas posté la moitié. C'était aberrant…
-Peut-être que vous devriez lire ces fameux magazines, je suis sûr que ça vous instruirait, lâcha-t-il.
La moustache de l'agent Kent eut un soubresaut bizarre et James comprit que l'homme tentait de contrôler sa colère. Il venait clairement de commettre une erreur et regrettait d'autant plus que Maître Simon ne soit pas là. Ou n'importe qui d'autre. Lily et Remus ne l'auraient jamais laissé creuser sa propre tombe ainsi.
-Retirez votre article et dites que tout est faux. Les Rosier consentiront peut-être à ne pas vous poursuivre.
Il en était hors de questionmais James se garda bien de lui répondre, l'agent Kent semblait assez le détester comme ça. Ce qui était totalement absurde. Il avait un devoir de neutralité et n'aurait pas dû prendre parti ainsi. Le problème n'était pas tant que James n'ait pas donné la parole aux Rosier, mais plutôt que la police chargée des affaires non magiques n'ait pas encore ouvert d'enquête pour gérer cette affaire. James ne pouvait pas dire si Rosier était coupable ou non et encore moins le juger, mais le bureau et surtout la police en avaient le pouvoir.
Mais ils ne faisaient rien.
Le Gryffondor ne pouvait pas imaginer ce que devaient ressentir les victimes. Il comprenait mieux pourquoi elles étaient si peu nombreuses à parler. On leur demandait toujours de prouver qu'elles étaient bien des victimes. Dès le début, on mettait leur parole en doute. Ce n'était pourtant pas le cas des personnes concernées dans les affaires de vol, de violence ou autre. Enfin, probablement que ça n'aurait pas dû l'étonner, il était déjà arrivé qu'on demande à des gens de prouver qu'ils n'étaient pas morts.
Il soupira, ce qui lui valut un regard acerbe de son interlocuteur. Cela allait probablement être les minutes les plus longues de sa vie.
xXx
Pamela se sentait nerveuse. C'était le cas à chaque fois qu'elle voyait son avocat. C'était un homme charmant, mais ils se voyaient pour parler d'un évènement douloureux de sa vie alors cela restait peu agréable. Elle redoutait toujours qu'il lui annonce une mauvaise nouvelle. De plus, contrairement à d'habitude, il ne l'avait pas informée des raisons exactes de l'entrevue. Et puis, il lui avait donné rendez-vous à son bureau dans le siège de l'association alors qu'habituellement, ils se voyaient plutôt à l'extérieur dans un lieu neutre.
Elle arriva à l'association en avance et hésita entre patienter quelques minutes ou se présenter au bureau de l'avocat. Après avoir fait quelques allers-retours dans le hall d'accueil, elle se présenta au guichet. On lui dit que Maître Delafray l'attendait déjà.
Elle s'empressa de traverser les nombreux couloirs, salua les bénévoles et les salariés puis arriva devant la porte portant l'écriteau « on vous croit». Elle frappa, attendit deux secondes, puis entra.
-Mlle Alton, je suis content de vous voir.
Maître Delafray l'invita directement à s'asseoir.
-Bonjour.
Elle remit une de ses mèches de cheveux derrière son oreille et attendit que l'homme range un peu son bureau. Il sortit un objet de décoration de sa besace et le laissa sur le coin du bureau.
-Je suis désolé d'avoir été si énigmatique quant à ce rendez-vous, mais je ne voulais qu'aucune information ne fuite avant de vous avoir face à moi.
-Que se passe-t-il? Est-ce une mauvaise nouvelle? On a rejeté ma demande d'appel? s'inquiéta-t-elle.
-Il ne s'agit pas de ça, rassurez-vous.
Il se racla la gorge et Pamela eut l'impression d'un peu mieux respirer.
-La semaine dernière, Monsieur Nott Senior et l'avocat de leur famille m'ont rendu une petite visite. Ils étaient là pour passer un marché.
-Un marché ?
-Un accord contre votre silence.
-Pardon ?
Pamela avait l'impression d'halluciner. Ils l'accusaient de mentir et maintenant ils essayaient d'acheter son silence!
Maître Delafray sortit un papier qu'il lui tendit. Elle prit le temps de le lire plusieurs fois avant de relever les yeux vers lui. Elle ne comprenait pas ce que cela signifiait.
-C'est la somme qu'il propose pour que vous abandonniez.
La blonde écarquilla les yeux. C'était une somme astronomique ! Même en travaillant toute sa vie, elle n'atteindrait jamais ce montant, ni même en cumulant deux vies ! La vie était injuste, elle donnait du pouvoir et de l'argent à ceux qui ne le méritaient pas toujours. Elle pensa un instant à ses parents qui se tuaient à la tâche pour offrir à sa sœur et elle le meilleur.
Cette somme pouvait changer la vie de sa famille.
-Vous n'êtes pas obligée de me donner votre réponse tout de suite. D'autant plus que j'ai une autre information importante.
-Non, ce ne sera pas la peine. Si j'avais voulu une vie tranquille et m'épargner bien des tourments, je ne serais pas venue vous voir. J'ai bien conscience que Nott ne risque pas grand-chose même s'il est reconnu coupable. Mais je ne fais pas ça pour l'argent ou pour une quelconque compensation. Aucune victime ne porte plainte en pensant à l'argent qu'elle va se faire.
-J'étais pratiquement sûr que vous me diriez ça, sourit-il. Mais je devais en être sûr. Sachez que si vous aviez accepté l'argent, je vous aurais également accompagnée. Il n'y a pas de bon choix, il y a seulement le vôtre.
-Merci.
Pamela se sentait émue.
-J'ai autre chose à vous dire, reprit l'avocat.
Il prit l'objet de décoration qu'il avait laissé dans un coin entre ses mains.
-J'ai enregistré la conversation qu'on a eue lorsque ces deux hommes se sont présentés à moi. Ils étaient venus tard et à l'improviste, j'avais un mauvais pressentiment. Au bout du compte, il ne s'est rien passé de fâcheux. Cependant, j'ai quand même pu les enregistrer reconnaitre la culpabilité de Nott.
-Quoi?
Pamela n'en revenait pas.
-Je ne voulais pas vous en parler avant d'être sûr que cette preuve a une valeur juridique devant un tribunal. Et elle en a ! Ils sont coincés. Avec cet élément en notre possession, nous sommes sûrs à 100% de gagner.
-C'est vr-vrai?
Pamela avait du mal à croire que ce soit si simple. Mais l'était-ce vraiment? C'était un combat qui avait commencé des mois auparavant. Elle avait connu de nombreuses désillusions. Elle avait tant souffert et avait trouvé peu de personnes pour la croire. Mais à présent, on lui disait qu'elle n'avait plus à se battre, qu'elle avait gagné. Une partie d'elle avait du mal à le croire. Elle ne pourrait malheureusement se relâcher que lorsque la juge déclarerait la sentence.
Elle avait hâte.
-Merci pour tout ce que vous avez fait.
Elle sentait les larmes monter.
-Je n'ai fait que mon travail, sourit-il.
Pamela n'en était pas sûre. Il avait fait bien plus. Il l'avait soutenue lorsqu'elle en avait eu le plus besoin, s'était énervé pour elle lorsqu'elle n'en avait plus eu la force. Mais surtout, il avait toujours été très doux, gentil et compréhensif. À aucun moment elle ne s'était sentie jugée et l'avocat de l'association ne lui avait jamais fait sentir qu'elle méritait moins la justice que n'importe quelle autre victime.
À présent, elle allait pouvoir avancer. Cela ne réparerait pas ce qu'elle avait subi, mais c'était une revanche. Le premier pas vers la guérison.
-Merci, répéta-t-elle.
xXx
L'équipe du magazine de Harry tenait une réunion accompagnée de Maitre Simon. Après avoir été convoqué par la police qui gérait les affaires non magiques, James avait décidé de réunir ses collègues pour discuter des dernières déclarations de Mme Rosier. À la suite de son coup d'éclat, le magazine se trouvait sous les feux des projecteurs pour de mauvaises raisons. La famille Rosier exigeait beaucoup d'eux mais James n'était pas décidé à céder. Il ne travaillait pas pour elle et aucun de ses collaborateurs non plus. Harry lui appartenait et avant la publication du premier numéro, l'équipe entière s'était mise d'accord sur la trajectoire et les valeurs qu'ils désiraient pour ce petit magazine.
-Est-ce qu'elle peut nous obliger à lui accorder une tribune? demanda Frank.
-J'ai étudié votre cas et effectivement, la famille Rosier peut exiger un droit de réponse, répondit l'avocat.
-Le magazine n'émet aucun jugement et ne déclare à aucun moment que Evan Rosier a commis tous les actes dont on l'accuse, rappela Rita.
-On pensait être tranquille en publiant seulement les témoignages, soupira James.
-À partir du moment où vous nommez une personne physique ou morale, celle-ci se trouve dans le droit de livrer sa version des faits. Evan Rosier est mort, mais ses parents peuvent tout à fait parler en son nom, précisa l'avocat.
-Mais ils ne peuvent pas nous obliger à donner l'identité de ceux qui ont témoigné, n'est-ce pas? On ne peut pas faire ça! Plus personne n'acceptera de nous parler si l'anonymat n'est plus garanti, marmonna Rita.
-Vous n'avez pas d'inquiétude à vous faire à ce sujet.
James soupira. Au moins une bonne nouvelle. Il se frotta le visage d'ennui. Il s'était attendu à rencontrer des problèmes et de vives réactions lors de la publication de ce numéro. Mais si c'était le numéro qui s'était le mieux vendu et que les faits qu'ils rapportaient étaient sur les lèvres de tout le monde, cela s'arrêtait là. Au vu des nombreux témoignages, il avait pensé un peu naïvement que ça alerterait la population sorcière, que la police ouvrirait une enquête. On parlait tout de même d'harcèlement et d'une dizaine d'agressions sexuelles! Mais non. Le voilà qui se retrouvait inquiété alors qu'il n'avait fait que donner la parole à des personnes à qui on n'avait jamais daigné demander ce qui s'était passé, comment elles allaient…
Dans la pièce qu'il avait aménagée à Godric's Hollow pour accueillir les réunions et les quelques séances de travail collectif de Harry, l'ambiance était tendue. C'était la première crise que l'équipe traversait. Néanmoins, ils étaient tous soudés et personne ne jetait la pierre à James d'avoir été au bout de sa démarche.
-Pour éviter toute poursuite, vous devriez faire un communiqué pour dire que le magazine Harry n'a fait que recueillir des témoignages et alerter sur des faits inquiétants. Lorsque vous recueillerez la version des faits des Rosier, veilliez bien à toujours utiliser le conditionnel lorsque vous poserez des questions sur la situation de leur fils.
-Mouais.
James se reçut un regard équivoque de son ami et il tenta de répondre avec plus de conviction.
-Nous devrions prendre les devants pour que ça ne donne pas l'impression qu'on nous a forcé la main. En plus de ce que nous a conseillé Maitre Simon, on devrait déclarer qu'on accepte la requête de Mme Rosier tout en listant nos conditions. Il ne faut pas qu'on la laisse mener les négociations, suggéra Frank.
-Ça me semble être une bonne idée.
L'avocat se racla la gorge.
-J'ai un rendez-vous, je vais donc devoir vous laisser, mais n'hésitez pas à me contacter si vous avez d'autres questions. Et puis, quand vous vous serez décidé, je pourrais toujours prendre contact avec les Rosier pour les avertir de votre choix. Mais n'ayez crainte, dans les faits, ils ne peuvent pas grand-chose contre vous. Dans le pire des cas, vous écoperez d'une énorme amende.
-Merci, Maitre.
James le raccompagna jusqu'à l'entrée. Il s'arrêta ensuite en cuisine pour préparer du thé et des gâteaux pour ses collègues avant de remonter.
-Le mieux serait sans doute de faire ça dans le prochain numéro, histoire de ne pas laisser la polémique s'installer, relança Frank à son arrivée.
-On peut faire comme ça.
-Dans le prochain numéro, on pourrait également inclure une rubrique «réponse aux questions des lecteurs», proposa la sexologue.
-C'est une bonne idée, on a augmenté notre nombre d'abonnés. Ils se sentiraient impliqués et écoutés si on pouvait répondre à certaines de leurs interrogations, approuva James.
-Surtout qu'ils doivent en avoir des questions! La plupart de nos lecteurs sont jeunes étant donné qu'on a commencé avec Poudlard, fit Rita.
-Ok donc on peut rajouter un appel à questions dès cette semaine. On en sélectionnera cinq pour le prochain numéro. On a qu'à tout faire en même temps, les deux communiqués sur l'affaire Rosier et celui-ci sur l'appel aux questions. Frank, je te laisse t'occuper de ça. Pour le reste, on verra à notre prochaine réunion, conclut l'ancien Gryffondor.
xXx
Lily sortait d'un rendez-vous médical à St-Mangouste. Elle avait vu avec le chirurgien qui avait déjà opéré sa jambe plusieurs fois comment se déroulerait l'opération de la dernière chance, celle en qui ils plaçaient tous leurs espoirs. Lily était encore sur un petit nuage et n'avait aucun doute sur les résultats. C'était une méthode avec un taux de réussite imbattable !
En septembre, elle ne boiterait plus. Elle était soudain emplie d'idées et de rêves sur son futur, sur ses désirs. Severus aurait déjà repris ses études, tout comme la plupart de ses amis et connaissances. Remus et James seraient les seuls à travailler si tout se passait bien. Elle ignorait ce que comptait faire Sirius. Il était peu bavard lorsqu'il s'agissait de son avenir. Lily se disait parfois que c'était simplement parce qu'il ne se projetait pas, qu'il hésitait ou encore préférait profiter du présent, ne pas faire de plan.
Vu le monde dans lequel il vivait actuellement, il était difficile de se projeter tant que tout partait à vau-l'eau. Le magazine de James «Harry» n'en finissait pas de faire parler de lui. Lily était effarée de le dire, mais elle n'avait pas été tant surprise que çapar les révélations sur Rosier. Pas qu'elle ait déjà été confrontée à lui, il avait toujours été courtois et elle n'avait jamais rien eu à lui reprocher. Mais… quelque chose dans son comportement avait toujours sonné faux. De plus, après sa mort et la parution du témoignage à son encontre, il y avait eu quelques bruits de couloirs. Des murmures, de vieilles histoires qui ressortaient. Lily n'oubliait pas ce que Bavhana lui avait dit.
Elle avait ce sentiment étrange d'avoir les mains sales. Beaucoup à Poudlard avaient été au courant de l'atrocité dont il pouvait faire preuve. Elle avait lu l'article avec Severus qui lui avait dit qu'il avait fait bien pire à une personne qui, aujourd'hui, n'avait toujours pas trouvé la force de l'avouer officiellement. Severus n'avait pas eu besoin de nommer Regulus pour que la rousse sache qu'il s'agissait de lui. Elle l'avait reconnu à travers le témoignage qui n'avait pas été disponible dans la version officielle.
Combien finalement avaient su, avaient détourné les yeux, n'avaient rien dit? Combien de personnes avaient pu se faire harceler, agresser, détruire grâce à leur silence complice?
Lily n'en savait rien. Tout comme elle ignorait ce qui allait se passer à présent que les méfaits de l'ancien Serpentard avaient été rendus publics.
Alors que la rousse se rendait au café où travaillait son petit-ami, elle tentait d'enlever ses pensées moroses de son esprit.
Elle poussa la porte. La salle n'avait pas encore été prise d'assaut par les touristes et les jeunes. Lily retrouva Pamela, Isabel, Dorcas et Marlene. Elle s'installa à leurs côtés et commanda un thé aux fruits rouges lorsque la patronne passa à côté de leur table.
Le groupe avait pris l'habitude de se retrouver au moins une fois par semaine dans ce café pour faire le point sur leurs vies, se revoir et s'échanger des potins. Lentement, Dorcas s'ouvrait de nouveau à Marlene et une nouvelle harmonie s'installait. Le sujet Frank restait toujours entre eux, mais il était inutile de presser Marlene. L'ancien Gryffondor avait bien remonté la pente depuis l'attaque et lui reparler des circonstances du décès de l'amour de sa vie, c'était prendre le risque de ruiner tous ses efforts.
Elles avaient mis du temps à comprendre les réelles intentions de Marlene. Dorcas et elle pensait toujours à Frank, mais Marlene aussi. Dire la vérité la soulagerait, mais c'était aussi une manière de faire face à ses responsabilités. Il était juste difficile de trouver le bon timing, la bonne manière. Dorcas et Lily elle-même pensaient qu'elle faisait bien d'attendre.
-Ton rendez-vous s'est bien passé? demanda Isabel.
Lily acquiesça sans donner plus de détails. Elle s'était seulement confiée à Severus et à sa famille sur le dénouement que connaissait sa tragique histoire. Pour ne pas se porter malheur, à croire trop vite que c'était gagné - même si c'était compliqué - et divulgué la nouvelle à tout va alors que rien n'était encore fait. Mais aussi parce qu'elle voulait garder l'effet de surprise auprès d'une partie de son entourage le jour où elle remarcherait sans difficulté.
Pamela, qui ne se doutait de rien, sourit et lui assura qu'il fallait seulement être patiente. Qu'un jour, elle serait complètement guérie. Lily lui rendit son sourire, espérant que ce jour serait bientôt là.
-J'ai visité la chambre que j'occuperai pendant ces prochaines années, lâcha Dorcas. J'étais stressée en m'inscrivant à la formation diplômante de secouriste pour devenir premier intervenant sur les lieux de guerres ou catastrophe naturelle. J'avais choisi cette voie parce que j'en avais ressenti le besoin après l'attaque mais...
-Tu craignais d'avoir choisi ça sur un coup de tête, comprit Pamela.
-Exactement, souffla Dorcas. Mes parents me disaient qu'avec mon niveau, j'aurais pu viser plus haut, devenir medicomage pourquoi pas. Mais une fois que j'ai visité le campus, parlé avec les intervenants et d'autres élèves, je me suis juste dit que j'avais hâte. Je me suis projetée. J'ai l'impression que je m'apprête à changer de vie, que j'ouvre un autre livre.
-Fini la vie de jeune fille et bonjour à la nouvelle femme, à l'adulte, sourit Isabel.
Lily sourit elle aussi. Elle aurait aimé ressentir la même chose. Elle s'était sentie apaisée en prenant la décision de s'accorder une année sabbatique mais elle n'avait pas ressenti la sérénité et la joie que ressentait Dorcas, ce sentiment commun à ceux qui avaient trouvé leur voie.
-Tu es chanceuse. Je t'envie, Pam, pouvoir être à Poudlard une année de plus, ne pas toute de suite penser à tous ces trucs ennuyeux d'adulte, soupira Isabel.
Elle repéra ensuite son meilleur ami et l'apostropha.
-Dis, si Sirius et toi ne vous décidez pas à vivre ensemble, ça te dirait qu'on se fasse une colocation? Je suis sûre que ce serait génial, je travaillerais le week-end après ma semaine de cours!
Si Isabel semblait enthousiaste, Remus était à la fois surpris et gêné. Lily, qui avait deviné depuis quelques mois la relation qu'avaient entretenue ou entretenaient toujours le lion et le blaireau, sourit. Une fois qu'on se détachait de ses certitudes, on voyait tellement plus de choses. Comme le fait que le Black sur la photo volée était Sirius. Lui, le playboy, avait craqué pour le Poufsouffle, comme tout le monde à Poudlard. Lily comprenait ainsi mieux pourquoi il l'avait tant titillé pendant des années.
-Pourquoi voudrait-il faire une colocation avec Sirius? Le pauvre, tu veux qu'il fasse une dépression? rigola Dorcas.
-Oh, en parlant de colocation…
Pamela eut un sourire goguenard et elles tournèrent toutes leur regard vers Marlene. Remus s'éclipsa alors sans demander son reste.
-Vous n'allez pas encore m'embêter avec Alastor!
Elle feignit d'être exaspérée.
-Depuis quand tu l'appelles Alastor? s'amusa Lily, intéressée.
-Probablement depuis qu'entre eux, c'est comme ça.
Pamela joignit ses index et mima un baiser entre eux.
-Non!? firent Dorcas et Isabel en chœur.
Les clients du café leur jetèrent un coup d'œil et Lily cacha sa gêne en buvant son thé.
-Mais vous êtes enquiquinantes à la fin. Personne d'autres n'a d'histoire à raconter? Pas de mec en vue? Vous me décevez!
-Oh allez, on a besoin de sujet croustillant! Et on ne compte pas trop sur Lily pour ça, plaisanta Dorcas.
La rousse rougit et voulut protester, mais jugea plus intelligent de se taire et de laisser ses amies se concentrer sur la pauvre Marlene. De plus, il était vrai qu'elle n'avait rien de très chaud à raconter. Elle était heureuse avec Severus comme ils étaient et elle savait que c'était quelque chose qu'elles ne comprenaient pas toujours. Celui de ne pas vouloir de relation sexuelle. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas de désir… mais c'était compliqué.
-Est-ce qu'il a des cicatrices partout? demanda Isa, curieuse.
-Je n'en sais rien, soupira Marlene. Contrairement à ce que vous pensez, il ne se passe pas grand-chose. Il me trouve trop jeune.
Dorcas rigola.
-Je ne savais pas qu'il avait déjà 57 ans…
-C'est exactement ce que je me tue à lui dire! s'agaça l'ancienne Serdaigle.
-Si tu veux mon avis, il suffit juste de changer la manière dont il te voit, offrit Pamela.
-Tu m'intéresses d'un coup.
Marlene se pencha vers elle et Pamela développa.
-Change de style, adoptes-en un plus mature, plus sexy. Fais-lui comprendre que tu es une femme et non pas une petite fille.
-C'est tout?
Lily fronça les sourcils, se demandant comment un subterfuge si simple pouvait régler les problèmes de Marlene.
-C'est sûr à 100%. On a affaire à un homme et non pas à un problème de math.
Elles rigolèrent de bon cœur et la patronne leur demanda de faire un peu moins de bruit.
xXx
Regulus se baladait dans les rues de Godric's Hollow. Il avait eu une soudaine envie de prendre l'air alors il avait proposé à Sirius de sortir son chien. Il ne marchait pas vite et s'arrêtait régulièrement, mais cela ne dérangeait pas le brun. Il n'était pas en grande forme et n'aurait pas pu aller tellement plus vite. Un autre médecin était passé la veille car James et Sirius avaient voulu un autre avis que celui du médecin de famille qui se contentait de dire que c'était juste un coup de fatigue, qu'il était anémié. Avec du repos et des potions revigorantes, il irait mieux. Le problème était que cela faisait plusieurs jours et qu'il n'allait pas mieux. Il avait été incapable de manger quoi que ce soit la veille et avait eu si mal à la tête qu'il en avait pleuré le soir dans son lit. Il ne dormait plus avec James de peur de le déranger, de l'inquiéter davantage.
L'autre médecin n'avait pas été plus avisé que le premier et avait émis le même diagnostic, presque aux mots près.
Regulus craignait de comprendre ce qu'il se passait.
Il avait recommencé à écrire dans son journal quotidiennement, dès qu'il le pouvait.
Il se demandait comment il avait pu oublier les mots de Padfoot et sa plus grande crainte. Sans doute parce qu'il n'était plus là, que Regulus était heureux, amoureux, et que plein d'opportunités s'offraient à lui, il avait cru avoir la vie devant lui. Il avait cru que cette fois-ci, ce serait différent. Peut-être même qu'une partie de lui n'y avait pas cru dès le départ. Combien d'univers alternatifs existait-il ? Padfoot n'avait pas pu tout visiter ni tout retenir alors tout était possible !
Il avait envie de pleurer lorsqu'il y pensait. C'était si injuste ! Qu'avait-il bien pu faire pour mériter ça ? Ou payait-il pour quelque chose de plus profond ? Il imaginait aussi qu'un autre que lui avait les clés, qu'un seul Regulus était visé par une malédiction bien sombre mais qu'ils payaient tous. Il se sentait devenir fou et écrire l'aidait à gérer le stress et organiser ses pensées. Il n'en parlait à personne. Ses théories lui paraissaient folles et il ne pensait pas que qui que ce soit le prenne au sérieux.
Dans toutes les réalités que Padfoot avait visitées, Regulus Black mourrait à 17 ans. L'été était là, et bientôt sa vie toucherait à sa fin. Regulus en était persuadé. Il pouvait se tromper, il l'espérait tellement. Mais il avait un mauvais pressentiment. Et de tout ce que Padfoot lui avait partagé, c'était le seul mystère qu'ils n'avaient pas résolu.
Des médecins pourraient peut-être l'aider. C'était son seul espoir à ce stade-là. En attendant, il devait faire bonne figure et profiter autant que possible, même si ce n'était pas simple.
Le Serpentard avait été au regret d'envoyer une lettre à ses amis pour leur dire qu'il souhaitait remettre à plus tard leur sortie. Il ne se sentait pas capable de voir Severus, Barty et Erd et de faire comme s'il ne souffrait pas. Ce matin, il avait pu avaler un thé et une demi-biscotte avant de retourner dormir, puis ne supportant plus de rester dans sa chambre, il avait décidé de sortir. Et à présent, il était assis sur un banc en face de la fontaine qui se trouvait au centre du village.
La nouvelle de l'exécution prochaine de Walburga lui avait fait comme un coup de marteau. Il avait mis de longues minutes à se remettre du choc. En s'engageant dans cette bataille, il n'avait pas pensé que cela pourrait se finir ainsi. En portant plainte, il n'avait pas cherché à tuer ses parents mais c'était ce qu'il ressentait. Il était celui qui menait Walburga Black à l'échafaud. Ce n'était pas simple à gérer. D'autant plus qu'une fois de plus, Sirius ne s'épanchait pas sur ce qu'il ressentait. Il ne partageait pas la tristesse de son frère, mais pouvait le comprendre.
Sirius disait simplement que pour lui, cela faisait longtemps que Orion et Walburga étaient mort. Ils ne faisaient plus partis de sa vie depuis longtemps et ce qui leur arrivait après le procès n'avait rien à voir avec lui. Ça ne l'intéressait pas. Regulus avait dû s'en contenter. Néanmoins, cela le frustrait de ne pouvoir parler de ses sentiments à quelqu'un.
James... James avait toujours détesté les Black pour ce qu'ils avaient fait à Sirius. A chaque fois que Regulus en parlait, il le sentait mal à l'aise et se retenait visiblement de dire ce qu'il pensait vraiment. Et ce n'était pas ce que voulait le brun. Lui voulait une discussion à cœur ouvert.
En attendant de trouver cette oreille attentive, Regulus tentait de rester pragmatique. Après tout ce que Walburga avait fait, elle n'aurait pu connaitre une autre fin. Elle avait fait trop de mal, c'était la justice sorcière qui proclamait la sentence, mais c'était bien Walburga qui s'était condamnée seule étant donné ses actes passés. Lui n'avait rien fait.
Quant à Jedusor, son cas semblait plus flou. Barty lui avait dit qu'il avait appris – Regulus ignorait comment – que la Bulgarie était en train de négocier pour que Jedusor soit extradé dans leur pays. Il accomplirait sa peine et échapperait au baiser du Détraqueur de cette manière. Regulus savait que le psychomage avait des liens très étroits avec les politiques de ce pays et que si la Bulgarie réussissait à le faire venir, il ne ferait que peu d'années de prison avant de retrouver sa liberté. Il serait alors quasiment impossible pour la Grande-Bretagne de le récupérer pour appliquer le reste de sa peine.
Regulus espérait que la Bulgarie n'arriverait pas à mettre à exécution son plan. Il ne voyait pas l'administration anglaise céder mais beaucoup de choses devaient être en jeu. Beaucoup de chose dont il ignorait tout.
Le mieux était que la date de son exécution soit décidée et qu'elle soit rapide pour que la situation ne leur échappe pas.
Regulus soupira. Lui qui avait pensé que tout prendrait fin avec l'arrestation de Jedusor… Il avait au contraire l'impression que de nouveaux problèmes s'ajoutaient.
King aboya pour attirer son attention et Regulus lui caressa la tête. Ils allaient devoir rentrer, et Regulus devrait affronter l'inquiétude de son frère et de son petit-ami.
xXx
Severus avait appris comme tout le monde dans un communiqué de Harry que la famille Rosier répondrait à une interview en réponse aux nombreux témoignages dénonçant les méfaits supposés de leur fils. Severus ignorait quand cela aurait lieu, mais il pourrait s'informer dans le prochain numéro s'il décidait de l'acheter ou de s'abonner. Ce qu'il hésitait encore à faire. D'autant plus que grâce à Pamela, il avait appris que pour le prochain numéro, les abonnés pourraient poser des questions et une sexologue y répondrait.
Cela tentait énormément l'ancien Serpentard qui se posait beaucoup de questions dernièrement et ne voyait pas d'issue. Les précédents numéros étaient intéressants, pédagogues, et quelque part plutôt amusants. Mais ils ne répondaient pas à la question qui le taraudait. Il y avait quelque chose de rassurant à s'adresser anonymement à une professionnelle. C'était toujours mieux que de prendre rendez-vous et de se faire scruter pendant de longues minutes pendant qu'on essayait de comprendre ce qui n'allait pas chez lui.
Severus était tellement tenté…
Il avait cependant le temps de murir sa réflexion avant de se lancer. Au moins quelques jours. Il l'admettait difficilement, mais James, avec la création de son magazine, avait fait bouger les choses. Il avait dépoussiéré le sujet du sexe et en avait fait quelque chose de normal. Il avait relancé l'affaire de Pamela, mettant ainsi la pression sur la famille Nott. Mais plus que tout, il avait pointé du doigt les failles de la justice concernant les agressions sexuelles et les viols. Il y avait aussi l'affaire Rosier. Cela avait pris du temps, mais d'autres médias traditionnels venaient tout juste de s'emparer de l'affaire qui faisait à présent grand bruit. La police non magique avait été forcée de se saisir du sujet après avoir tenté de minimiser les faits.
Severus ne savait pas si cela allait aboutir à quelque chose de concret. Rosier était mort, il ne pouvait donc pas être poursuivi. De plus, dans ce genre d'affaire, comme toujours, il était difficile de prouver les faits. Il pensa à Regulus et comprit pourquoi celui-ci n'avait jamais voulu porter cette affaire devant les tribunaux. Pamela avait tellement souffert de ce qu'elle avait subi et des tentatives pour l'empêcher d'aller au bout. Ils avaient fait deux choix différents, mais des choix qui leur permettaient d'être en paix, si ce n'est heureux. Severus les respectait. Tant qu'ils se sentaient bien, cela lui allait. Chacun tournait la page comme il le pouvait.
Pamela lui avait appris qu'il n'y aurait finalement pas de procès en appel. Les deux parties avaient été réunies par la juge qui avait présenté la preuve irréfutable de la culpabilité de Nott Junior. Celui-ci n'avait eu d'autre choix que d'admettre la vérité, évitant ainsi un nouveau procès. Les négociations commençaient à présent. La famille Nott avait proposé une somme exorbitante, comme si cela allait tout arranger. Ils espéraient par ce biais que lorsque le verdict ferait la une, on s'arrêterait plus sur le montant de l'arrangement plutôt que sur le mot coupable. Peut-être voulaient-ils aussi qu'en acceptant ce montant, Pamela se mette en porte à faux. Qu'elle soit vue comme une personne vénale qui, au fond, n'avait fait ça que pour l'argent.
Mais ils n'auraient pas gain de cause. Pamela avait refusé et exigé une mesure d'éloignement. Un éloignement qui obligerait l'ancien Serpentard à quitter le pays.
Severus avait été heureux pour son amie. Pamela et Regulus avaient changé sa vie. Severus le savait. S'ils n'avaient pas décidé de lui parler, Severus serait encore seul, il aurait perdu Lily, ruminer sa haine et sa peine. Qui sait quel sombre chemin il aurait pris? Serait-il devenu une de ces personnes dont on parlait dans les faits divers ? Un passé tragique qui aurait fait de lui un être abject?
Parfois, il se demandait s'il pouvait faire autant pour eux que Pamela et Regulus avaient fait pour lui. Ils ne devaient pas être conscients du bien qu'ils lui avaient apporté en devenant ses amis. C'étaient ces sentiments qui lui avaient permis d'être si patient envers Lily lorsqu'elle avait traversé une phase difficile. Il l'aimait et pouvait tout supporter. Il avait failli commettre l'irréparable et voyait leur relation comme une deuxième chance.
Severus sourit en refermant son casier. Comme il avait pris l'habitude de le faire, il attendit Remus. Depuis qu'ils travaillaient ensemble, ils s'étaient pas mal rapprochés. L'ancien Poufsouffle était gentil, cultivé et mature. Il savait écouter et était intéressé par tout, surtout par ce qu'il ne connaissait pas. C'était son opposé. Ils auraient pu être amis ou au moins camarades sans les Maraudeurs…
-Désolé, j'avais oublié les friandises pour King.
King, le cabot obèse de Sirius. Remus adorait parler de lui, si bien que Severus commençait à le connaitre. Il se serait bien passé de ces informations car après tout, il n'aimait pas les chiens et n'était pas très proche de Sirius. Sa relation avec les Maraudeurs avait beaucoup évolué depuis qu'il sortait avec Lily néanmoins. Ils avaient des amis en commun et avaient déjà collaboré sur certains projets. A présent, ils arrivaient à se côtoyer sans se disputer et se faire des coups bas. Parfois, il arrivait même à Severus de passer un bon moment lorsqu'il devait les côtoyer. Il ignorait toutefois si une amitié sincère était possible. Il y avait un long passif entre eux qui ne pouvait s'oublier facilement.
Severus soupira en observant les fameuses friandises. Il se demanda un instant si Remus était gaga du chien ou du maitre. Il se posait beaucoup de questions sur l'amitié qui liait l'ainé des Black avec l'ancien Poufsouffle. Pour autant, il ne se voyait pas poser ce genre de questions déplaisantes au châtain et Lily ne lui dirait rien. Il savait qu'il n'était pas le seul à s'interroger et repensait parfois à cette photo sortie à Poudlard, celle du fameux baiser. Mais par respect pour Remus et parce qu'il l'appréciait, pour une fois, il n'insistait pas.
L'homosexualité tout comme l'avortement étaient des sujets sensibles dans le monde sorcier. Le révéler au monde pouvait engendrer des difficultés suivant le milieu dont on venait.
-Des friandises? lança-t-il. Il n'est pas au régime?
-Si, répondit Remus avec un grand sourire aux lèvres. Il a déjà perdu 1kg!
Il semblait fier comme si l'exploit était le sien.
-Il va vite les reprendre en bouffant ces cochonneries.
Remus eut un rire gêné. Il se changea vite et sortit des vestiaires avec le brun.
-C'est juste pour le récompenser de ses efforts. Et de temps en temps, ça ne fait pas de mal. C'est comme s'accorder un généreux dessert le week-end après une semaine d'effort. Une fois de temps en temps, ça permet de ne pas créer de frustration.
-Hum.
Severus préférait ne pas débattre.
-Es-tu nerveux de commencer ton apprentissage? lui demanda Remus.
-Non. C'est ce que je veux faire, je connais mes capacités et je sais que je serai là-bas pour apprendre. Mon mentor n'est pas le plus réputé, mais il forme d'excellent potionnistes et c'est ce que je veux devenir.
-Je t'envie. Je suis sûr du chemin que je suis en train de prendre, pourtant, je ne peux m'empêcher de stresser.
-C'est parce que c'est nouveau.
Remus acquiesça.
-J'ai l'impression que c'est un trop grand projet pour moi. Il me faut avant tout de l'argent, un lieu, des connaissances juridiques… L'obtention de l'agrégation et le diplôme d'aptitude sont les étapes les plus simples.
-Tu devrais te renseigner sur les aides dont tu peux disposer et les accompagnements possibles.
-Je vais faire ça.
Remus s'arrêta. C'était ici qu'ils se séparaient.
-On se voit ce week-end?
Depuis quelque temps, ils se voyaient à l'occasion pour des sessions de révision. Les Lupin avaient accueilli avec joie ce brin taciturne bien trop maigre. Severus les aimait bien, même s'il avait du mal avec leur énergie et leur joie constante.
Ils ressemblaient aux parents de Lily. Des parents comme ils auraient aimé en avoir.
xXx
Marlene avait suivi les conseils de ses amies et adopté un look de femme fatale. Parée d'une robe cocktail qui mettait ses jambes en valeur et d'un maquillage plus prononcé que d'habitude, elle avait fait fureur au bureau. Elle ne comptait pas s'habiller ainsi tous les jours, mais pourquoi pas de temps en temps. Elle aimait ce style qui la mettait en valeur et lui donnait l'impression d'être une jeune femme et non plus une adolescente. À Poudlard, ils avaient dû porter des uniformes et le maquillage n'était autorisé que lors de bals.
Marlene découvrait qu'elle aimait prendre soin de son apparence et se faire jolie. Elle se sentait bien dans sa peau et plus adulte. Au départ, elle l'avait fait pour attirer l'attention de Maugrey, mais cela lui avait permis de se découvrir également.
Le pauvre Auror avait été incapable d'articuler un mot et encore moins de détacher ses yeux d'elle la première fois. Marlene l'avait même surpris à laisser glisser ses yeux sur son décolleté. De la part de n'importe quel autre homme, cela l'aurait gênée. Concernant Maugrey, c'était différent. C'était enfin la preuve qu'il la désirait et que contrairement à ce qu'il affirmait, elle n'avait plus rien d'une adolescente.
C'était déjà une petite victoire!
Elle ne devait pas s'arrêter alors qu'elle allait enfin atteindre son but. Habituellement, elle terminait plus tôt mais aujourd'hui, elle avait fait le choix d'aller prendre des plats chez le traiteur puis de revenir au bureau pour attendre Maugrey et rentrer avec lui. L'idée d'être un couple qui travaillait ensemble et qui rentrait à la maison après le boulot était une idée qui plaisait à Marlene.
C'était mettre de la normalité dans sa vie. Alors qu'elle patientait dehors et pensait à ce que dirait Maugrey, elle se fit aborder. Elle se tourna vers l'homme, remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. La brise de la fin de journée lui fouetta un instant le visage et elle ferma les yeux avant de regarder son interlocuteur. En un instant, elle sut pourquoi il était là.
C'était la première fois que ça lui arrivait. Se faire draguer. Pas que ça n'était jamais arrivé à Poudlard, mais c'était différent. Généralement, on n'était pas abordé directement, on passait par les copains et copines, on interrogeait l'entourage, on se passait des mots, des messages subliminaux… Tout était dans la subtilité, dans l'attente et l'analyse parce qu'on craignait de se faire rejeter.
Marlene, d'abord déroutée par l'audace du jeune homme, refusa d'aller boire un verre avec lui assez maladroitement. Pour être sûre d'être bien comprise, elle lui tourna le dos. Faisant face au bâtiment des Aurors, elle vit alors Maugrey sortir. Elle sentit ensuite l'homme partir sans demander son reste. Marlene sourit, se demandant si Maugrey était du genre jaloux et si assister à la scène qui venait de se jouer aurait permis de faire évoluer plus vite leur relation.
-Qu'est-ce que tu fais là? lui demanda-t-il.
-Je t'attendais! J'ai pris le diner.
Elle lui fit un clin d'œil et l'agent soupira.
-Ce n'était pas la peine, je connais le chemin.
-Je sais. J'avais envie de faire le chemin avec toi et tu le sais très bien.
-Arrête ça, marmonna-t-il.
-Quoi? fit-elle.
-Je ne comprends pas pourquoi tu perds ton temps.
-Je ne perds pas mon temps. C'est toi qui nous le fais perdre. J'ai des yeux, Alastor, je ne suis pas dupe!
-Je ne comprends pas pourquoi tu perds ton temps avec moi alors que tu pourrais avoir n'importe qui!
-Mais je ne veux pas n'importe qui! s'agaça-t-elle. Les sentiments, l'attirance, ça ne se contrôle pas. Moi-même j'ignore ce que je peux bien trouver à un grincheux bordélique comme toi. Tout comme je me demande parfois comment une personne si intègre, si juste et courageuse peut me regarder comme tu me regardes en ce moment…
Marlene sentit son cœur battre plus vite. C'était la première fois qu'elle mettait son cœur à nu de cette façon. Elle se sentait fébrile et anxieuse. Ils se regardèrent longuement sans rien se dire et Marlene se demanda si elle avait fait tout cela pour rien. Maugrey semblait en plein dilemme. Il se frotta le front, comme fatigué.
-J'espère que tu ne viendras pas le regretter plus tard, sourit-il finalement d'un air las.
Il était beau quand il souriait se dit Marlene. Cela n'arrivait pas souvent alors elle tenta de graver cet instant, cette expression dans sa mémoire. Elle lui sourit en retour. Comment pourrait-elle le regretter alors qu'elle s'était longuement battue pour ce moment précis, celui où Maugrey céderait enfin.
L'agent commença à marcher et l'ancienne Serdaigle se dépêcha de le suivre. Elle attrapa la main de l'Auror qui trainait bien trop près de la sienne. Elle sourit encore. Marlene se sentait bien, c'était agréable de voir ses sentiments lui être retournés. Qu'enfin l'Auror se laisse aller. Même si c'était loin d'être grandiose et romantique comme elle avait pu vivre à Poudlard, ça lui allait. Elle savait que Maugrey était pudique.
Un jour, il lui dirait clairement qu'il était fou d'elle!
xXx
Sirius avait pris son courage à deux mains pour inviter Remus à faire un tour de moto. Il lui avait sorti l'excuse qu'il devait la faire rouler un peu et qu'il avait envie d'avoir un passager. James s'était proposé, mais Sirius l'avait ignoré. Remus avait souri, peu dupe de la tentative de rapprochement du lion. Les deux amis se retrouvaient donc à voler depuis plus d'une heure au-dessus de divers paysages.
Remus avait passé les mains autour de la taille du brun, blotti contre son dos. Il souriait et Sirius aussi. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas sentis ainsi. Cela lui rappela le passé. Un passé où tout était plus simple. Où Remus était amoureux de lui, où ils étaient ensemble. Ils avaient ri, discuté pendant des heures, fait de nouvelles expériences et fait l'amour.
-On va s'arrêter là, décida soudain Sirius.
Il dut presque crier pour être sûr que le châtain l'entende.
Sirius se posa un peu brusquement. Il avait perdu l'habitude et s'excusa auprès de Remus qui se contenta de rire avant de le lâcher. Ils observèrent le paysage, le jardin fleuri et le chemin de terre désert. C'était poétique.
-Comment va Regulus? Il était plutôt pâle.
-Il dit que ça va.
Sirius haussa les épaules.
-On a déjà demandé à deux médecins différents. On a pris rendez-vous à St-Mangouste, histoire qu'il puisse faire des analyses complètes.
-Je suis sûr que ça ira.
Sirius savait que c'était faux. Remus n'avait dit ça que pour le rassurer, pour lui permettre d'y croire encore et de ne pas trop s'inquiéter.
-King a adoré tes friandises, lui apprit-il. Il se débrouille de mieux en mieux et apprend très vite. J'ai pris rendez-vous pour sa formation.
-C'est une bonne nouvelle. Tu l'as à peine depuis un mois, vous faites un super duo. Il a confiance en toi, ça se voit.
-Ouais, on s'est bien trouvé.
Sirius soupira puis sortit les casse-croutes qu'ils avaient emmenés.
-Les bénévoles du refuge avaient raison, il est génial. Je me demande comment il a pu être abandonné.
Remus lui jeta un coup d'œil désolé.
-Je pense que certaines personnes ne sont pas faites pour avoir des animaux. Certains sous-estiment la charge que cela représente. Pour d'autres, ce sont des évènements imprévus qui les y obligent, probablement.
-Ma psy m'a dit que les animaux de compagnie éprouvent un amour inconditionnel pour leurs humains.
-Elle a surement raison, fit Remus.
Il rejoignit Sirius et ils s'installèrent sur un banc pour déballer leurs sandwichs.
-A l'époque, je lui avais dit que j'aimerais être aimé ainsi.
-Mais c'est le cas, Sirius. On est nombreux à tenir à toi à ce point-là, confia Remus, tout de même un peu gêné.
-Je sais, et c'est réciproque, dit-il sans réfléchir avant d'éprouver la même gêne que son ami, conscient de ce que ses mots pouvaient signifier.
Il garda le silence un instant, voulant voir comment le châtain allait réagir, mais Remus ne dit rien et commença à grignoter son sandwich.
-Comment tu prends la nouvelle concernant ta mère? demanda ensuite le châtain.
Sirius se demandait si cela l'intéressait réellement ou s'il tentait simplement de changer de sujet.
-J'en ai déjà parlé avec Regulus. Je sais qu'il est triste, je pense qu'il ne s'attendait pas à cette fin. Pour ma part, Walburga et Orion sont morts depuis longtemps. Ces gens sont des poisons et je suis indifférent à leur sort.
Sirius souffla. Il leva la tête, observa le ciel, laissant le temps à Remus de digérer ses propos.
-Tu me trouves trop dur? lui demanda-t-il.
-Je ne sais pas.
Remus ramena ses genoux contre son torse.
-C'est ce que tu ressens, tout simplement.
-Ce sont mes parents. Malgré tout ce qu'ils m'ont fait, ça reste mes parents. C'est pourquoi je comprends la réaction de Regulus, elle est normale.
-La tienne aussi.
-Je ne sais pas, sourit Sirius. Mais tu as raison, c'est ce que je ressens.
Un autre silence s'écoula. Sirius n'aimait pas ça. Depuis quand était-il gêné de parler avec Remus et ne savait plus quoi lui dire? Peut-être était-il temps de passer aux choses sérieuses. Il avait emmené Remus pour une raison. Il était temps d'avoir une discussion et d'arrêter de tourner autour du pot.
Sirius se racla la gorge puis se tourna alors vers lui.
-Remus, merci d'être là pour moi, commença-t-il. Ces moments privilégiés avec toi m'avaient manqué, j'espère que tu le sais.
Remus sourit.
-Non, merci de me le dire. Je suis content également de retrouver cette amitié avec toi.
Sirius eut un pincement au cœur en l'entendant. Le châtain ne lui facilitait pas la tâche en ne comprenant pas ce qu'il tentait de lui dire.
-Non, non pas comme ça, souffla Sirius, nerveux.
Maintenant que le procès était terminé, qu'il allait mieux et remontait définitivement la pente, il repensait aux mots de Remus lors de sa crise de panique. Au fait qu'entre eux, ce n'était pas vraiment fini. Leur histoire ne pouvait connaître de fin. Ils étaient encore amoureux et s'ils arrivaient à passer au-dessus de ce que Padfoot avait fait, ils pouvaient être heureux. Remus en était convaincu et avait lentement réussi à persuader Sirius. Le brun savait que la balle était dans son camp, c'était bien pour cette raison qu'il avait décidé de prendre les devants. Néanmoins, il avait beau savoir que ses sentiments étaient partagés, cela restait stressant de se mettre à nu. De dire à Remus : soyons fous et aimons-nous !
Après une énième hésitation, Sirius tenta une nouvelle approche.
-Tu penses qu'un jour, on pourra retrouver ce qu'on avait? Ou alors que Padfoot nous a tout enlevé ?
Remus se mordilla les lèvres.
-Je ne pense pas qu'il nous ait tout enlevé. Je ne veux pas regarder en arrière avec regret. J'apprécie ce que nous avons aujourd'hui. J'ai l'impression que même si notre relation est différente, elle est encore plus forte.
Sirius était troublé.
-Je ne peux pas être juste ton ami, Remus…
Il observa le châtain. Remus avait la tête baissée et semblait pensif. Sirius appréciait sa manière de ne pas vouloir précipiter les choses, de penser d'abord à ses sentiments avant les siens. Mais il n'avait pas à s'en faire, le brun était sûr de lui à présent.
-Je ne veux pas que tu précipites ta décision, bredouilla-t-il. Je peux attendre le temps qu'il faudra. Pense à toi, je serai toujours là.
Sirius esquissa un sourire, il reconnaissait bien là son ami. Toujours si gentil.
-Mais je pense à moi. En revanche, il serait temps que tu fasses de même.
Sirius lui donna un petit coup d'épaule.
-Et puis, je t'assure que je ne me précipite pas. Être avec toi a toujours été une évidence. Je t'aime, tu sais.
Remus se recroquevilla et batailla pour contenir son émotion. Sirius, qui n'avait pas l'habitude de parler à cœur ouvert, en ressentit un grand soulagement. Avec Remus ils avaient toujours pu se dire les choses. Mais le silence se prolongea et il vit Remus étrangement troublé. L'ancien Gryffondor ne sut comment réagir et commença à se poser des questions. Peut-être que ce n'était pas le moment pour Remus de parler de ce sujet. Il avait peut-être même tenté de le lui faire comprendre qu'il ne se sentait pas prêt en lui disant de ne pas se précipiter.
Sirius était confus. Il avait l'impression d'avoir mal interprété les signes. Il se sentit honteux et se demanda comment il pouvait se sortir de cette situation gênante. Mais déjà, Remus se rapprochait de lui, le regard plus vif.
-Tu m'as tapé dans l'œil dès que je t'ai vu à Poudlard. C'est comme ça que j'ai compris que j'étais gay.
Sirius écarquilla les yeux.
-Je croyais que t-tu… Enfin, Arthur Weasley?
-Tu étais un Gryffondor arrogant et j'étais perdu. C'est grâce à Arthur que j'ai compris qui j'étais. Je pensais être amoureux, il était gentil, patient et protecteur. J'ai confondu amour et tendresse. Il ne me jugeait pas et m'a beaucoup aidé. J'aurais aimé que tu sois lui, ou qu'il soit toi. J'ai fait un transfert, je crois. Je savais bien qu'il ne se passerait jamais rien avec lui. C'était un adulte et j'étais encore un enfant, un adolescent. Mais je m'accrochais parce que tant que je m'acharnais pour rien, je ne pensais pas à toi et à ce que je ressentais. Lorsque tu m'as parlé pour la première fois, j'étais nerveux, j'avais des papillons dans le ventre. Je me sentais chanceux. Tu me voyais alors que je n'étais qu'un étudiant lambda. Tes mauvaises blagues me peinaient, mais je me disais que c'était parce que tu étais populaire et que je n'étais pas grand-chose. Et puis, au moins, j'existais un peu à tes yeux.
-Ce n'est pas vrai! Oh, je suis tellement désolé, Remus!
-Je ne t'en veux pas, le rassura Remus. J'étais tellement mordu que même si c'était pour te moquer, j'étais heureux que tu me parles. Je pensais que c'était de l'attirance, je te trouvais tellement beau et… J'ai compris que c'était de l'amour quand la photo est sortie. Ça a toujours été de l'amour et c'est encore le cas aujourd'hui.
Remus sourit et prit Sirius dans ses bras. Ce dernier était toujours sous l'effet des révélations du châtain. Il n'arrivait pas à y croire. Il se sentait si bête de ne pas avoir pris conscience de ses propres sentiments plus tôt. Il ne pourrait jamais rattraper le temps perdu alors il devait faire attention à faire bon usage de celui qui leur restait. Et l'ainé des Black était déterminé à le passé aux côtés de l'ancien Poufsouffle.
xXx
-C'est Rita qui fera l'interview des Rosier, expliqua James.
Tout de suite après, il produisit un grognement étrange pour exprimer son agacement. Regulus sursauta et après s'être assuré que James ne s'était pas changé en bête poilue, il reprit sa tasse de thé. James se roula sur le lit de son petit-ami sans rien dire. Regulus, appuyé sur son bureau, l'observa faire avant de terminer sa tasse.
-Je n'arrive pas à savoir si ça t'inquiète ou non.
James ne le savait pas lui-même. Aucun d'eux n'était journaliste et n'était habitué à mener ce genre d'exercice. Frank s'occupait plus du côté logistique. Cela permettait ainsi à Rita, Marilyn et James de se concentrer sur leurs articles, de faire parler leur créativité. Néanmoins, Rita avait tenu un petit journal à Poudlard pendant des années, elle avait plus d'expérience. Son père était un journaliste professionnel et elle l'avait souvent vu travailler. Elle avait les codes, même si sa déontologie pouvait laisser à désirer et qu'elle n'était pas une vraie journaliste, du moins pas encore.
Heureusement pour l'équipe du magazine Harry, personne ne leur demandait leur carte de presse et les Rosier devraient faire avec leur amateurisme s'ils tenaient tant à s'exprimer. Dans les conditions imposées par Harry, il y avait l'anonymat de l'équipe. Cet anonymat était important, car même si beaucoup appréciaient leur travail, écrire des rubriques sur le sexe avait une connotation perverse pour tout un pan de la population. C'était un sujet qui relevait de l'intime. Et surtout, James tenait à protéger la vie privée de ses collègues.
Au-delà de sa probable incompétence, James ne se voyait pas rester calme pendant qu'il écouterait les élucubrations des époux Rosier. Ils allaient mentir, décrire leur fils comme un héros et nier toutes les atrocités commises. James devait rester neutre et il s'en sentait incapable. Lorsqu'il avait parlé avec Pamela, la situation avait été différente. Elle avait parlé et il l'avait écoutée.
-Je suis inquiet, mais je pense qu'elle fera du bon boulot.
-La police va finalement ouvrir une enquête, l'informa Regulus.
Il avait suivi les derniers soubresauts de l'affaire de loin, dans les journaux. Il ne voulait surtout pas raviver de vieilles blessures.
-Je sais.
James sourit et le regarda.
-Je suis content.
-Ça ne veut pas dire qu-
-Je sais, l'interrompit l'ancien Gryffondor. Je sais que puisqu'il est mort, ce sera impossible de le poursuivre. Mais chercher la vérité, c'est un début. Le plus important, c'est qu'on écoute enfin les victimes.
Il tendit la main, invitant Regulus à le rejoindre. Celui-ci hésita, puis posa sa tasse et vint s'allonger à côté de lui.
-J'ai commencé à recevoir les questions des abonnées.
-Je me demande bien ce qu'ils demandent, fit Regulus, un brin joueur.
James savait que ce n'était pas le cas.
-Des interrogations très intéressantes! Et toi, mon mini-Black, qu'est-ce que tu te poses comme question? Demande-moi ce que tu veux, tu as un expert devant toi!
Regulus étouffa un rire. Il prit le temps de réfléchir, décidant d'entrer dans le jeu du lion. James le regardait, caressait ses cheveux doux et tentait de ne pas s'inquiéter de son teint pâle et de ses yeux cernés. Sirius, qui avait l'habitude de dire que son frère était blanc comme un linge, ne plaisantait plus à ce sujet.
-Est-ce qu'il est possible d'aimer quelqu'un sans le connaitre réellement? Je veux dire comme quelqu'un que tu croiserais régulièrement, mais à qui tu ne parlerais pas ou très peu? Ou alors quelqu'un qui se livre peu, que tu ne connais pas aussi bien que tu le voudrais?
-Bien sûr, répondit James sans se démonter et Regulus haussa un sourcil.
-N'importe quoi. Aimer quelqu'un qu'on ne connait pas vraiment, ce n'est pas de l'amour, c'est du désir, lui fit-il remarquer.
-Pas forcément. Tu peux désirer quelqu'un sans l'aimer et aimer quelqu'un sans le désirer. Tout comme tu peux aimer quelqu'un au premier regard, c'est-ce qui s'appelle le coup de foudre. Après, ce sentiment peut s'atténuer ou se confirmer en côtoyant la personne. Tout comme il est possible de passer chaque jour près d'une personne et puis un beau matin, dela voir différemment. Parce qu'on aura ouvert les yeux, on aura compris que sa présence nous est indispensable, que même ses défauts on les adore, qu'on adore ses mimiques et qu'on se sent vivant, heureux, juste quand elle pose son regard sur nous.
-Tu en parles tellement bien, souffla le Serpentard. Je comprends mieux pourquoi tu avais tant de succès à Poudlard…
James prit Regulus dans ses bras et déposa un baiser dans son cou.
-Ces beaux mots comme tu dis, ils sont pour toi, mon cœur. Ne me reproche pas d'avoir eu une vie avant toi.
Regulus lui caressa les cheveux et se blottit contre lui pour s'excuser de sa maladresse.
-Désolé, je suis un peu fatigué.
-Tu es stressé pour demain? devina James.
Regulus avait rendez-vous pour faire des analyses. Le trio espérait ainsi enfin trouver ce qu'il avait.
-J'ai peur…
James fut surpris par l'émotion dans la voix du plus jeune.
-Ne t'inquiète pas. Les deux médecins qu'on a vus n'ont pas été capables de nous aider, mais si tu avais une grave maladie, il l'aurait vue. Godric's Hollow est un petit village, ils ont plus de moyens dans un grand hôpital.
Regulus le regarda, ferma les yeux et soupira.
-Padfoot disait que j'avais un funeste destin et qu-
-Regulus, tenta de l'arrêter le lycanthrope.
-J'ai peur de m'endormir et de ne pas me réveiller le lendemain…
-S'il te plait, le supplia James. Arrête. Je me refuse à imaginer le pire. Je suis là pour toi et à St-Mangouste, ils vont trouver ce que tu as. Okay?
James encadra le visage de son petit-ami avec ses mains et posa son front contre le sien. Regulus hocha doucement la tête.
James avait déjà perdu tellement d'amis lors de l'attaque de Poudlard. Il avait perdu ses parents, il n'imaginait pas un seul instant perdre également Regulus. Il n'y survivrait pas. Pour lui, Regulus stressait et avait peur face à l'inconnu. Mais ce n'était rien de grave, il allait s'en sortir.
-Je t'aime, souffla James avant de l'embrasser.
xXx
L'agent Dawlish accepta la fouille réglementaire avant d'entrer dans la zone sécurisée du bureau. C'était là que les Aurors gardaient en cellule les criminels les plus dangereux en attente d'un jugement. Seul Tom Jedusor y était présent pour l'heure.
C'était la première fois que Dawlish s'y rendait. Il aurait préféré ne jamais y mettre les pieds. Jedusor y était gardé sous restriction magique, privé de ses sens. Il était toujours là et c'était un soulagement en soi. Si Dawlish s'était contraint à lui rendre visite alors qu'il ne le désirait pas, c'était à cause des remous que son arrestation avait causés. Le gouvernement Bulgare semblait décidé à se battre pour le faire extrader dans leur pays. Dawlish ne comprenait pas les raisons d'un tel acharnement. Maugrey, qui avait visité la Russie, avait déclaré qu'il y bénéficiait d'une réputation grandiose. Jedusor générait la sympathie, l'admiration presque maladive chez ceux qui tombaient sous son charme.
Il avait surement dû faire des passages en Bulgarie et noué des liens avec quelques membres du gouvernement. Cela n'avait rien d'étonnant, ils partageaient les mêmes idées. Maugrey, Marlene et Dawlish avaient eu du mal à rassembler les preuves suffisantes pour arrêter le psychomage. Sans compter ce qu'ils avaient dû sacrifier pour l'arrêter, les victimes…
L'agent ne pouvait imaginer qu'il s'en sorte, pourtant cela en prenait le chemin. Pour autant, pour l'instant, il était enfermé et ne représentait plus aucune menace. Mais cela pourrait changer. Le futur serait alors incertain.
Information importante : Il reste deux chapitres + l'épilogue avant la fin de cette histoire. Je suis choquée rien que d'y penser !
J'espère que la fin sera à la hauteur.
