Résumé du chapitre précédent :

C'est la stupeur pour le groupe d'amis ! les Rosier jusque là silencieux suite aux révélations sur Evan Rosier, exigent un droit de réponse auprès du magazine Harry dans une radio. James doit alors faire face aux retombées négatives de sa décision. Il est sidéré par le comportement de la police et ne comprends pas pourquoi une enquête n'est pas ouverte alors que les faits reprochés à Rosier sont très graves. En se rendant au bureau de poste non magique, James croise Marlene qui a commencé son travail pour payer sa dette à la société. La jeune femme trouve doucement ses repères, mais culpabilise toujours de s'en être si bien sorti.

De son côté Pamela apprend par son avocat que grâce à l'enregistrement de Nott senior et de son avocat qui avoue entre autres la culpabilité de Nott Junior, ils sont enfin en mesure de gagner le procès, même si la partie adverse refuse le veritasérum. Avec une preuve de cette ampleur, les Nott sont finis. Si c'est un véritable soulagement pour la Serdaigle qui a longtemps lutté, c'est un véritable choc pour Nott qui pensait s'en sortir impunément. Il redoute al réaction de son père et se demande ce qu'il va devenir.

Plus légère, Pamela tente enfin de profiter de sa jeunesse et se sent soutenue par ses amies. Marlene en parallèle cherche encore sa place. Après avoir avoué son crime à ses amies, une distance s'est installée. Elle peut néanmoins se conforter grâce à sa récente relation avec Maugrey. Les deux sorciers ont finalement décidé d'arrêter de se tourner autour et de se donner une chance. Tout comme Remus et Sirius qui après une séparation qui leur a paru trop longue à chacun se retrouve enfin, plus amoureux que jamais.

Regulus quant à lui sombre de plus en plus. Il a un mauvais pressentiment et repense aux mots de Padfoot. Quel est donc le destin funeste auquel il serait promis ? Sa santé décline et les médecins sont incapables de lui donner un diagnostic correct. Il tente de trouver une oreille attentive auprès de James qui ne semble pas réaliser l'importance de ce qui se prépare. Regulus est d'autant plus inquiet que des gens manigancent pour tenter d'éviter à Jedusor le baiser du détraqueur.


Chapitre 68: Les abysses

.

C'était le grand jour!

Rita se sentait à la fois excitée et anxieuse. La veille, elle avait discuté longuement avec son père qui l'avait conseillé. Elle savait qu'elle n'était pas vraiment journaliste, mais il fallait qu'elle soit la plus professionnelle possible. La jeune femme voulait à tout prix éviter que les Rosier puissent lui reprocher son approche et s'en servir pour éviter les questions.

Rita avait l'impression que l'époque où elle courait après les potins était bien loin. Parfois, ces moments lui manquaient et elle ne pensait pas pouvoir y renoncer complètement. C'était à l'opposé de ce qu'elle faisait actuellement, mais elle aimait ça. Et puis, les secrets adolescents avaient son lot d'excitation et de drames. Pour autant, en travaillant avec James, elle s'était rendue compte qu'elle n'avait pas besoin de faire du sensationnel et de mentir pour qu'on s'intéresse à elle et à ses écrits. Il fallait simplement savoir vendre ses nouvelles et maintenir une part de mystère pour rendre le lecteur accro.

En procédant ainsi, elle arrêterait également de se faire des ennemis.

James Potter n'était pas forcément un génie, mais il savait fédérer. Il arrivait bien à cerner les gens et surtout, il savait vendre. Rita ne lui dirait jamais en face, mais elle l'aimait bien. Il lui avait redonné confiance en elle et ils s'entendaient bien.

C'était la première fois depuis longtemps qu'elle se sentait bien dans un groupe. Les Rosier ne savaient pas sur qui ils étaient tombés. Rita accueillait les Rosier dans une chambre d'hôtel. C'était neutre, confortable, et ils étaient sûrs d'être tranquilles. Il était impossible pour les Rosiers de rencontrer Rita à Godric's Hollow, notamment pour préserver l'anonymat des membres de Harry.

La Serdaigle sourit en ouvrant la porte au couple.

-Nous sommes interrogés par une amatrice à peine adulte, jeta immédiatement madame Rosier.

-Avec une réputation de menteuse et un nom inconnu du grand public, continua son mari.

Loin de se vexer des piques lancées, Rita continua à sourire. Elle avait l'habitude de ne pas être prise au sérieux, ou pire dénigrée. Contrairement à ses anciens camarades de Poudlard qui le faisaient par habitude, les Rosier adoptaient ce comportement pour tenter de la déstabiliser. Jusqu'à aujourd'hui, la blonde n'avait jamais eu à faire à eux et vice-versa. Cet entretien n'allait pas être simple.

Rita le savait, cette interview pouvait confirmer l'ascension du magazine Harry et lui permettre de se démarquer des autres qui traitait du même sujet! Elle s'était proposée pour le faire et s'en sentait complètement capable. Les Rosier la sous-estimaient, elle allait vite leur montrer de quoi elle était capable. On parlait de plusieurs plaintes déposées contre leur fils pour agressions sexuelles, violence physique et morale, menaces et même viol. Il n'y avait pas de preuve solide pour l'instant et la police enquêtait toujours. Le journal Harry et l'opinion publique avaient réussi le tour de force de faire ouvrir une enquête alors que les autorités étaient jusque-là pourtant réticentes à traiter une affaire dont le suspect était déjà mort.

Rita espérait pouvoir leur donner plus de raison encore de chercher la vérité. Les résultats de l'enquête seraient rendus, mais il n'y aurait pas de procès car il était impossible de poursuivre Evan Rosier.

-Je vous remercie d'être là aujourd'hui et d'avoir accepté les conditions de Harry.

-Comme si nous avions le choix! pesta l'époux. Pouvons-nous commencer, nous sommes pressés! Nous avons un vrai travail!

-Je vous rappelle que l'intégralité de l'entretien sera enregistrée et que je ferais une sélection pour le magazine. Je vous enverrai une copie avant publication.

-Nous le savons très bien. Avez-vous besoin de vous répéter comme un perroquet ou pensez-vous que nous soyons stupides?

Une fois de plus, Rita Skeeter préféra ne pas répondre. Madame Rosier avait moins de patience que son époux et se pinçait les lèvres de rage lorsque la blonde décidait de ne pas lui répondre. Elle les invita à s'asseoir et posa les questions sélectionnées par l'équipe du magazine. Elle débuta tranquillement pour endormir leur méfiance avant d'entrer dans le vif du sujet.

-Récemment, votre fils qui a perdu la vie durant l'attaque de Poudlard, a été accusé de plusieurs faits graves. La police a même ouvert une enquête.

-Tout cela est ridicule! s'énerva une fois de plus la mère.

-Toutes ces filles parlent après sa mort! C'est irrespectueux de calomnier un héros de Poudlard ! ajouta son mari.

-De plus, elles colportent des mensonges simplement dans le but d'obtenir de l'argent! Notre famille est l'une des plus riches de Grande-Bretagne. Et nous avions une très bonne réputation avant toutes ces sottises!

Rita sourit.

-Mme et Mr Rosier, vous ne vous êtes sans doute pas suffisamment intéressés à toutes les supposées victimes de cette histoire, mais il n'y a pas que des femmes, loin de là. De plus, certaines sont plutôt jeunes. Toutes les personnes ayant témoigné et celles ayant porté plainte décrivent toutes le même comportement, le même mode opératoire.

-C'est un complot, balaya l'époux.

-Peu de ces supposées victimes se côtoyaient, contra Rita. La plupart se connaissaient seulement de vue grâce à Poudlard. De plus, les personnes se disant victimes de viol ou d'agressions sexuelles n'obtiennent pas de dédommagement à la hauteur de ce qu'elles ont subi. Je ne connais personne qui oserait dire le contraire.

La mère de famille, qui s'apprêtait probablement à le faire, se tut.

-Notre fils était exemplaire! Il faisait notre fierté et est mort en héros ! répéta inutilement l'homme.

-Ces professeurs étaient prolifiques en compliments à son sujet et ses débuts en société étaient fantastiques, ajouta sa femme.

-C'est exact, mais ce sont deux choses différentes, nuança Rita.

-Vous n'êtes pas là pour porter un jugement! Nous voyons très bien de quel côté vous êtes. Je vous rappelle que vous êtes là pour que nous puissions démentir ce que votre horrible torchon a publié il y a de cela plusieurs semaines ! répliqua alors la mère de famille.

-Je suis là pour vous apporter une contradiction, mais également vous permettre de vous exprimer, précisa la blonde. De plus, Harry n'a fait que donner la parole à ceux qui souhaitaient s'exprimer sur une affaire importante. Car elle l'est, même si vous semblez le minimiser.

-Ce n'est pas ce que nous faisons, c'est tout le contraire !

-Vous défendez votre fils, ce qui est tout à fait normal. Mais pour l'instant, je ne vous ai pas entendu avoir un mot pour les victimes. Vous avez déclaré que tout cela n'était que des sottises.

-Comment voulez-vous qu'on réagisse autrement? C'est nous qui payons les frais de cette stupide vendetta motivée par l'appât du gain !

Rita acquiesça comme pour leur donner raison et passa à la suite. Plus le temps passait, plus elle avait de la matière pour son article. C'était la première fois que les Rosier étaient confrontés à une affaire de cette ampleur. Et au lieu de se faire conseiller pour la traiter, ils faisaient face seules sans avoir consciences des répercussions que cela engendrerait. Pour qu'ils ne se rendent pas compte de l'importance des propos tenus, et pour que les Rosiers ne soient pas tentés de claquer la porte, Rita évoqua ensuite des sujets moins électriques. Ils parlèrent de la manière dont la famille vivait l'emballement médiatique, et d'autres éléments qui leur tenaient à cœur.

xXx

La nouvelle lui était tombée dessus plutôt brutalement. Pourtant, Marlene avait toujours su que ce jour arriverait. Le bureau allait communiquer sur la tragédie de Poudlard. Il allait rendre public l'entière vérité de ce qu'il s'était passé ce terrible jour.

Marlene en avait d'abord été soulagée. Cela lui évitait de raconter ce qu'elle avait fait à ses proches, elle qui trouvait encore si peu le courage de le faire. Mais à présent que le moment fatidique approchait, elle stressait. Le rapport faisait plus de 30 pages et au fond d'elle, elle avait ce petit espoir que quelques lignes à son sujet passeraient inaperçues. Elle assumait sans vraiment le faire. Elle redoutait surtout les jugements. Personne ne la comprendrait. Au vu de la clémence du bureau, celui-ci pourrait également se retrouver en porte à faux. Sa sentence était légère, même si pour elle, ne pas pouvoir quitter la Grande-Bretagne et voir sa famille était un crève-cœur.

Elle avait aussi l'inquiétude que tous passent au-dessus de cette information. Elle vivrait alors avec des gens qui ignoreraient tout du rôle qu'elle avait joué dans cette histoire. C'était comme mentir. Elle se sentait notamment toujours coupable vis-à-vis de Frank. Elle espérait que ce rapport lui offrirait une porte de sortie tout en angoissant. Maugrey, qui lui avait appris la nouvelle, lui avait assuré que personne ne lisait jamais ce genre de rapport dans son intégralité. Il avait tenté de la rassurer, mais la jeune femme avait vu qu'il était encore plus angoissé qu'elle.

Elle avait été touchée par son inquiétude. Tant qu'elle s'était permise de le prendre dans ses bras. Elle en avait eu besoin. Cependant, Maugrey s'était crispé, peu habitué à ce type de contact physique. Mais il l'avait laissé faire et cela l'avait apaisé.

Elle espérait que le travail lui changerait les idées. Ce matin-là, elle fut ainsi prête en même temps que Maugrey et il en fut le premier surpris. Habituellement, il devait tant l'attendre qu'il s'impatientait et finissait par partir sans elle.

-J'ai commencé à regarder pour des appartements, lui apprit-elle.

Ce n'était qu'à moitié vrai. Une grosse partie du salaire de la sorcière était prélevé par le bureau en tant que dédommagement pour les méfaits commis. Avec le peu qu'il lui restait, elle pouvait se nourrir et s'offrir quelques plaisirs, mais c'était tout. Comme elle ne payait pas de loyer et d'autres charges annexes, elle ressentait peu le manque d'argent mais si elle se retrouvait dans la situation où elle devait se prendre en charge seule, cela deviendrait compliqué.

Maugrey le savait. Il l'avait plus ou moins invitée à rester il y a quelques semaines. Mais à présent que leur relation avait évolué, Marlene voulait s'assurer que tout allait bien entre eux et qu'il ne voyait pas d'inconvénient à habiter avec sa petite-amie.

Petite-amie. À chaque fois qu'elle le disait, l'agent fronçait les sourcils, comme s'il se demandait de quoi elle parlait. Maugrey ne se faisait toujours pas à ce mot. Parfois, elle se demandait même s'il était au courant.

-Jamais personne ne t'acceptera. À part pour les logements insalubres, les propriétaires regardent les fiches de paye et la tienne ne fait pas rêver.

-Je le sais bien, mais je ne veux pas avoir l'impression de m'imposer chez toi indéfiniment. Surtout que je commence à me sentir chez moi ici, plaisanta-t-elle.

-Depuis le temps que tu y vis et tout ce que tu fais, c'est sans doute le cas.

Marlene sourit, elle était contente de la réponse du châtain. Elle n'en avait pas espéré tant. Elle avait envie de l'embrasser mais comme ils étaient dehors, Maugrey la rejetterait probablement ou alors la surprise lui ferait avoir une réaction étrange. Elle se contenta donc de lui prendre la main. Il tressaillit, mais la laissa faire.

-Ça veut dire que je peux rester?

-On a déjà eu cette discussion, non? Je n'ai pas changé d'avis si c'est ça qui t'inquiète.

-Je ne m'inquiète pas, j'avais juste envie de te l'entendre dire.

L'Auror leva les yeux au ciel mais le sourire qu'il tenta de dissimuler n'échappa pas à la jeune femme.

xXx

Dawlish fulminait et il avait du mal à cacher son agacement devant le diplomate russe qui était venu prêter main-forte à son allié. L'Auror avait du mal à y croire, mais l'exécution de Jedusor qui avait été décidée dans le plus grand secret et qui aurait dû être rendue publique avant l'automne avait été annulée. Pas simplement repoussée, mais annulée.

L'agent détestait toutes ces magouilles politiques auxquelles il ne comprenait pas grand-chose. Ce qu'il savait, c'était que le 1er ministre avait fait marche arrière parce que les deux diplomates avaient fait des offres qu'il n'avait pas pu refuser. Dawlish savait que la Grande-Bretagne traitait beaucoup avec l'est et était dépendante d'eux pour se fournir certaines matières premières. Il n'était pas difficile d'imaginer le marché qu'ils avaient passé. De plus, la Russie avait dans ses prisons magiques des ressortissants anglais que leur pays se désespérait de récupérer. Les familles faisaient toujours pression auprès du gouvernement pour revoir leur proche. Surtout que les prisons russes jouissaient d'une réputation pire que celle d'Azkaban…

Cela le frustrait.

Des mois d'enquête, des semaines de traques et des efforts inimaginables pour capturer ce qui était à ce jour le 2ème criminel le plus sanglant de l'histoire du pays. Tout cela pour qu'il échappe à la peine capitale. Dawlish savait comment le 1er ministre comptait faire passer la pilule. D'abord, mettre en avant ce qu'il avait obtenu contre l'annulation de la peine de Jedusor. Puis rappeler que le psychomage n'avait tué que très peu de personnes de sa propre main ou plutôt baguette. Mais surtout, que même si Jedusor ne recevait pas le baiser du détraqueur, il resterait enfermé à vie.

Mais jusqu'à quand?

Dawlish était certain que les diplomates ne tiendraient pas parole. Jedusor serait libéré à la première occasion. Sinon, pourquoi le vouloir auprès d'eux? Enfermé, il ne leur servait à rien. Dawlish ne connaissait pas les détails de la vie du psychomage avant de venir enseigner à Poudlard, mais les rapports de Maugrey avaient été inquiétants. Il avait pu se construire un réseau solide comme pouvait le constater l'Auror.

Le bureau avait décidé de faire publier dans un long communiqué les conclusions de l'enquête sur l'attaque de Poudlard. L'agent espérait qu'une fois la population sorcière au courant de l'intégralité des crimes et manipulations du brun, le ministre comprendrait qu'aucun compromis n'était possible.

-Je vous prie de me suivre, lâcha Dawlish après avoir rendu leur autorisation aux deux hommes.

À contrecœur, il précéda les diplomates pour les conduire jusqu'à la cellule hautement gardée du prisonnier. Le russe et le bulgare n'étaient pas autorisés à rester seuls avec Jedusor. Le sorcier restait un dangereux criminel et ne pouvait être laissé sans surveillance. Peu importe l'insistance des deux hommes. Toute discussion devrait se faire devant l'agent. Et celui-ci ne s'en plaignait pas. Il se méfiait des trois hommes et connaissait la détermination de Tom Jedusor à s'échapper. En plus d'avoir réussi à faire évader des prisonniers d'Azkaban, il n'avait pas hésité à tuer des innocents pour tenter de couvrir sa fuite et ainsi échapper à son arrestation.

Une fois devant le seul prisonnier présent à l'étage, Dawlish expliqua les règles aux deux diplomates.

-Il vous sera interdit de l'approcher à moins de 1m50 et de tenter tout contact avec lui.

-Vous nous autorisez à le voir mais on ne peut même pas l'approcher et devons respecter tout un tas de règles absurdes, se plaignit le plus grand des deux hommes.

-Il s'agit d'un dangereux criminel, d'un tueur de masse, messieurs. Le bureau prend toutes les précautions nécessaires.

Dawlish vit dans les yeux du plus grand qu'il ne partageait pas son avis. Le russe reprit la parole, tentant de faire bonne figure.

-Nous comprenons et ne souhaitons pas créer de problème. Si à l'avenir nous voulons obtenir d'autres entrevues, nous n'aurons d'autre choix que de nous plier à vos règles.

L'Auror acquiesça.

-Je dois toujours voir vos mains et l'utilisation de la magie est proscrite à l'intérieur de la cellule. Il y a des détecteurs partout dans l'étage. Au moindre signe de magie non enregistré, tout le périmètre sera bouclé et le bureau sera en droit de procéder à votre arrestation pour complicité de tentative d'évasion.

-De bien grandes mesures pour un homme qui a l'air si démuni, souffla le russe.

-Mr Nikolai, le mal qu'a fait Tom Jedusor à notre pays et à notre communauté est encore trop frais. Nous nous méfions de lui et vous devriez en faire de même.

-Il est étonnant de voir que nous avons des manières de penser totalement différentes, sourit le bulgare. Pourra-t-il nous répondre bâillonner ainsi?

-Non, admit-il. Vous avez demandé à le voir, dans ces conditions et avec un délai aussi court, c'est tout ce que nous pouvons faire.

Dawlish put voir une fois de plus la désapprobation chez les deux diplomates. Il était certain qu'ils demanderaient un autre rendez-vous en prétextant le manque de qualité de celui-ci. Ils désiraient un échange avec celui qui avait fait parler de lui dans le monde entier par sa cruauté, mais aussi par ses idées qui étaient de plus en plus partagées. Il avait pour ancêtre l'un des plus puissants sorciers, Salazar Serpentard. Certains le voyaient comme un symbole.

Et à présent, qu'il le veuille ou non, il allait en devenir un.

L'Auror laissa les deux diplomates expliquer la situation à Tom Jedusor, qui ils étaient et pourquoi ils avaient tant cherché à le rencontrer. Dawlish les observa, analysa, mais il n'y eut rien de suspect. Même le psychomage ne s'agita pas. Enfermé depuis des semaines, privé de sa magie et de ses sens, il était possible qu'il ne réalise pas encore ce qu'il était en train de se passer.

Cependant, il ne lui faudrait pas longtemps pour comprendre que des hommes puissants, des alliées, désiraient l'aider. Et alors, il saisirait la chance qui se présentait à lui. Le pire scénario possible serait que le 1er ministre soit obligé de régler cette histoire en passant un marché.

Qu'il cède au chantage et que pour assurer la prospérité de son pays, il libère le mal.

L'agent en frissonna d'horreur.

À présent, tout était entre les mains des politiques.

xXx

Pamela Alton avait gagné. Enchainant verre après verre, Nott broyait du noir. Son père ne lui parlait plus et sa mère était inutile, comme toujours. Même ses amis ne voulaient plus rien avoir à faire avec lui. À eux, Nott n'arrivait pas trop à en vouloir. Ils faisaient bien de préserver leur réputation. Tant qu'il n'était pas condamné, ils pouvaient encore le défendre, dire qu'il était innocent et qu'ils étaient fidèles. À présent que la vérité avait éclaté au grand jour, aucun d'eux n'était assez stupide pour dire qu'ils étaient amis avec un violeur.

Titubant alors qu'il essayait de ramasser le mouchoir qu'il venait de faire tomber, Nott se sentait au plus mal. De peur de s'écraser lourdement par terre, il préféra laisser le tissu où il était. Il était sûr que personne n'accourrait pour lui venir en aide. Ce mouchoir, aussi cher soit-il, ne valait pas une humiliation de plus.

Le brun tendit son verre vide au barman qui le resservit sans même le regarder. Il devait le dégoûter, mais restait un client comme un autre. Un client qui buvait plusieurs verres de sa bouteille la plus chère, et ce depuis plus de deux heures. Le jeune homme sentait les autres clients le regarder, parler de lui. Il détestait ça, mais que pouvait-il y faire?

À présent, ce serait sa vie. Les jugements, le dégoût, l'isolement.

Le magazine Harry avait rendu une partie de son histoire visible. Pamela s'était battue jusqu'au bout. Il avait cru qu'il s'en sortirait. Grâce à son nom, son argent et tant d'autres facteurs encore. Il avait fait attention le jour où il était passé à l'action. Au lieu, au moment et même à sa victime. Et pourtant, ça n'avait pas suffi.

Ironiquement, c'était à Pamela qu'il en avait le plus voulu au début. Nott avait trouvé injuste que sa vie soit gâchée à cause d'une fille dans son genre. Elle s'était acharnée sur lui alors que par son attitude, elle avait toujours provoqué les garçons. Parce qu'elle s'était fait des amis, elle avait eu envie de devenir respectable! Puis il en avait voulu à ce fichu magazine. Le rôle d'un magazine et surtout d'un magazine sur le sexe était de parler du Kâmasûtra et de tous ces trucs débiles pour aider les puceaux. Pas de dévoiler les agressions sexuelles et la manière dont la société les traitait!

Nott en avait voulu à tout le monde, à ses amis qui avaient souvent plaisanté de ce qu'ils feraient à Alton s'ils pouvaient coucher avec elle, de leurs fantasmes en générale sur les filles. Il avait même renvoyé la faute sur Rosier qui s'avérait être un plus gros psychopathe que lui et qui l'avait souvent inspiré pendant leurs années à Poudlard. Mais aussi et surtout, il en avait voulu à son père qui du fait de son éducation lui avait toujours fait comprendre que la femme était inférieure à l'homme et que ce qu'il voulait, il devait le prendre par la force si nécessaire.

Ils avaient tous joué un rôle dans son passage à l'acte. Ils avaient construit la personnalité du Nott d'aujourd'hui. Mais à présent que le brun se retrouvait seul, malheureux et abandonné, il comprenait que le seul responsable, c'était lui. Il en avait voulu à Pamela alors qu'elle avait seulement tenté de se défendre. Il avait fait quelque chose d'impardonnable et s'il avait su se maîtriser, sa vie ne serait pas fichue.

Quand il repensait à cette nuit, il repensait à ses cris, ses suppliques, la terreur dans ses yeux. Ça l'avait excité et dégouté en même temps. Il l'avait ensorcelée pour qu'elle soit avilie, qu'elle arrête de lui renvoyer cette image qu'il ne voulait pas voir. Celle d'un monstre. Et alors, il avait pu laisser libre court à la part sombre en lui. Aujourd'hui, il en payait les conséquences. C'était facile de regretter après coup. Nott le savait, s'il n'y avait pas eu de condamnation, jamais son discours n'aurait changé.

Il s'en sentait d'autant plus minable.

Il avait écopé d'une lourde amende, de travaux d'intérêt général et d'une interdiction d'approcher la victime à vie. Son père avait obtenu qu'il purge sa peine en dehors de la Grande-Bretagne chez des cousins lointains. Nott savait que c'était pour que sa disgrâce ne le contamine pas.

Si cela l'avait déboussolé dans un premier temps, Nott se disait finalement que c'était une bonne chose. Il pourrait ainsi échapper au jugement, tenter de recommencer une nouvelle vie ailleurs. Jusqu'à ce que ce qu'il ait fait le rattrape.

Nott demanda un autre verre. Le barman lui en servit un sans le regarder à nouveau.

Le brun se promit que ce serait son dernier. Après, il devrait rentrer. Demain, ou plutôt dans quelques heures, il quittait définitivement le pays.

xXx

Le rapport sur les évènements de Poudlard était sorti depuis quelques heures seulement et tout le monde se l'était procuré. Frank ne faisait pas exception. Il s'était pourtant juré la veille de ne pas le faire. Pas parce qu'il ne le désirait pas, mais parce que depuis la mort d'Alice, il commençait enfin à aller mieux. Il ne ruminait plus, ne pensait plus constamment à elle, sortait de nouveau, faisait des projets. Mais surtout, son image le faisait sourire et non plus pleurer.

Il avait compris qu'il avait enfin commencé à faire son deuil. Il allait mieux et il redoutait sa réaction en apprenant la vérité sur la tragédie de Poudlard. Il ne se sentait pas prêt. Plus tard, quand il serait en paix avec lui-même et qu'il ne sentirait plus qu'il pouvait flancher à tout moment, il voudrait connaître la vérité. Il avait longuement parlé avec Dorcas. Elle se trouvait dans une situation similaire et Frank avait voulu connaître son positionnement. Elle avait été sur la même ligne que lui, même s'il avait senti qu'elle ne lui disait pas tout. Ce qu'il pouvait comprendre. C'était un sujet intime et les deux amis n'étaient pas si proches. Dorcas était surtout l'amie de Alice et Franck celui des Maraudeurs. Ils s'étaient néanmoins rapprochés grâce ou à cause du drame qu'ils avaient traversé et en plus de James, l'ancien gardien avait trouvé en Dorcas une bonne confidente.

Alors même s'il avait le rapport, Frank ne comptait pas le lire maintenant. Il le rangea au-dessus d'un des placards de la cuisine, se disant qu'il pourrait le reprendre à tout moment. Il espérait simplement qu'on ne lui imposerait pas une vérité qu'il n'était pas encore prêt à entendre. En lisant ce rapport, il contrôlerait la manière dont il apprendrait la vérité. Dans le cas contraire, il prenait le risque que la vérité, dure, cruelle, lui tombe dessus.

Pour que ces pensées ne tournent pas en boucle dans sa tête, il avait prévu de sortir. Il irait voir James et Sirius. Il les voyait rarement en dehors des réunions de Harry et il trouvait cela dommage. Peut-être que c'était sa faute. Il avait l'impression de ne pas avoir fait beaucoup d'efforts pour les voir, se rendre disponible. Les Black avaient traversé de difficiles épreuves dernièrement. Sans parler du pauvre James qui était devenu orphelin…

Frank espérait que cette visite inattendue ne les dérangerait pas. Si jamais il trouvait porte close, il pourrait toujours laisser un mot et aller se balader à Godric's Hollow. C'était un beau village qui avait beaucoup à offrir. Il ne perdit donc pas de temps pour se mettre en route.

Lorsque Frank s'approcha de la maison des Potter, il entendit du bruit provenant du jardin. Il sourit, heureux de constater que ses amis étaient présents. Plus il s'approchait, plus il lui était facile de reconnaître les voix. Il s'agissait de Sirius… et de Remus. Frank fronça les sourcils, étonné que le châtain soit présent. Il voulut s'annoncer, mais eut l'impression que ce n'était pas le bon moment. Les deux amis semblaient être dans une discussion plutôt tendue. Ou plutôt, Sirius semblait sur les nerfs et Remus tentait de le calmer.

Frank avala difficilement sa salive devant la scène qui se jouait devant lui.

Sirius était dans les bras de Remus et s'accrochait au châtain de toutes ses forces. Il semblait dévasté et le calme et la tendresse de Remus étaient tout ce qui lui restait pour rester debout. Ils étaient beaux. Ce fut tout ce que put penser Frank. Il savait rien qu'en les regardant qu'il y avait quelque chose entre eux au-delà de l'amitié. Au fond de lui, malgré tout ce qu'il avait toujours pu dire à Sirius concernant les rumeurs qu'il propageait sur Remus, Frank avait toujours pensé que c'était peut-être vrai. Puis lorsque les deux jeunes hommes s'étaient rapprochés, il en avait été content car il appréciait Remus. Avant de se dire qu'il n'était pas impossible que Remus développe des sentiments pour le beau brun et se fasse des idées quant aux intentions du Gryffondor. Car jamais de sa vie Frank ne s'était imaginé un jour que Sirius puisse ressentir quoi que ce soit pour un homme.

Sirius avait toujours côtoyé beaucoup de filles. C'était un charmeur qui n'avait jamais porté la moindre attention à un garçon. Tout était embrouillé dans la tête de Frank. Il trouvait le spectacle de ces deux personnes qui semblaient s'être trouvées et se soutenir avec tant d'amour et de bonté, beau. Et pourtant, il ne reconnaissait pas son ami…

Comment avait-il pu autant changer? Ou était-ce là sa vraie nature et il ne s'était jamais senti suffisamment à l'aise pour être lui-même? Frank n'avait pas vu les signes de ce changement. Pendant un instant, il s'en voulut. Il avait été un piètre ami et continuait de l'être. Puis il en voulut un peu à Sirius. Pourquoi ne lui en avait-il jamais parlé? Frank avait toujours su que James et Sirius avaient noué une amitié particulière et unique. Mais ces derniers mois, Frank avait pensé qu'ils s'étaient rapprochés tous les trois. Si Sirius ne s'était pas senti suffisamment à l'aise et en confiance pour se confier à lui, c'était qu'ils n'étaient pas aussi proches qu'il l'avait pensé.

Finalement, Frank fit demi-tour. Le timing ne se prêtait plus à une visite de courtoisie.

xXx

Sirius se sentait anéantie. Il allait de plus en plus mal au fur et à mesure que l'état de son frère déclinait. Il ne savait pas comment les choses avaient pu dégénérer ainsi. L'amener à St-Mangouste avait été une bonne idée. On leur avait enfin dit que c'était autre chose que de la fatigue ou une grippe. Ce qui était aussi rassurant qu'inquiétant.

Regulus avait subi tout un tas de tests pour tenter de déterminer la cause de la déclinaison de sa santé. Sirius et James avaient attendu plus d'une demi-journée pour enfin avoir les résultats des analyses. C'était la première fois que l'ainé des Black se retrouvait dans cette situation et ça avait été différent des difficultés de Lily. La jeune femme avait eu des réponses et de l'espoir, eux nageaient encore dans l'inconnu. Si les médecins n'avaient pas de piste, ils s'étaient quand même lancés dans des suppositions. Regulus devrait refaire des tests prochainement en espérant qu'ils soient plus probants. En attendant, il avait dû rentrer, faute de place disponible à l'hôpital.

Alors que tout devait enfin aller mieux, Sirius se désespérait de voir cette éclaircie que Padfoot leur avait promise après l'arrestation de Jedusor.

-Et s'il mourait? chuchota-t-il.

Il craignait qu'en le disant trop fort, cette prédiction se réalise. Remus, qui l'avait suivi jusqu'au jardin, ne sut quoi dire. James était resté aux côtés de Regulus dans la chambre. Depuis quelques jours, il ne quittait plus son chevet. Regulus dormait beaucoup et même dans son sommeil, il semblait souffrir. Lorsqu'il était réveillé, il demandait toujours son journal. Sirius était bien en mal de comprendre ce besoin, mais il savait que son frère ne faisait rien sans raison. D'une manière ou d'une autre, cela devait le soulager. L'ancien Gryffondor ne s'y trompait pas, Regulus devait être le plus effrayé, mais ne le montrait pas.

Sirius avait l'impression que quelque chose clochait sans arriver à mettre le doigt dessus. À St-Mangouste, on lui avait demandé s'il y avait des antécédents de maladies rares ou héréditaires dans sa famille. L'ancien Gryffondor n'avait pas su quoi répondre. Il ne savait pas grand-chose de sa famille, à part qu'ils étaient tarés et obnubilés par la pureté de la lignée. Devait-il aller voir Orion pour lui demander si Regulus pouvait avoir développé une maladie héréditaire dont personne ne leur avait parlé ? Mais rien que d'y penser, il en avait la nausée. Il ne voulait plus rien avoir à faire avec les membres de sa famille.

Mais c'était pour Regulus…

Le médecin qui s'était chargé de les recevoir à l'hôpital avait dit qu'il convoquerait Orion pour en parler. Cela avait soulagé Sirius sur le coup, mais une fois rentré chez lui, il avait de nouveau été assailli par le doute. On parlait d'Orion Black, il ne se préoccupait de rien sinon de lui-même. Après le procès, il pourrait décider qu'il n'en avait rien à faire de la santé de ce fils qui avait témoigné contre lui. Et alors St-Mangouste ne pourrait pas faire grand-chose si le sang-pur décidait de les ignorer.

-J'aurais préféré que ce soit moi, lâcha-t-il.

Remus lui prit les mains et les serra si fort que le brun ressentit tout le mal que ses mots lui avaient fait.

-Ne dis pas ça. Plus jamais, s'il te plait.

Sirius baissa la tête, incapable de le lui promettre.

Entre Regulus et lui, ça avait toujours été compliqué, mais c'était son frère et il l'aimait de tout son cœur. Le voir souffrir, être inutile, cela lui était insupportable. Le Maraudeur savait tout le mal qu'avait traversé son frère, tout ce par quoi il était passé. Il était celui qui comprenait le mieux sa douleur et vice-versa. C'était son sang, son nom et sa famille.

-Il faut au moins que l'un de vous deux y croit, Sirius. Regulus en a besoin, il ne peut pas se battre seul.

James ne parlait plus, il était étrange depuis plusieurs jours. Il avait vu la santé de son amoureux décliner et le verdict du médecin de St-Mangouste l'avait comme assommé. Il se plongeait dans le même mutisme que pour ses parents. C'était mauvais signe, mais au moins n'avait-il pas encore retouché une bouteille. Sirius le savait, si Regulus les voyait baisser les bras, avoir peur, il ferait de même.

Le pauvre ne pouvait plus quitter le lit. Sirius avait pensé faire une demande pour l'admettre à St-Mangouste où il recevrait les soins appropriés. Le personnel soignant avait déclaré que son état ne le nécessitait pas mais Sirius n'était pas d'accord. Cependant, comme Regulus avait également refusé, même en tant que grand frère, il n'avait pas pu y faire grand-chose.

-Je suis sûr que ça fait longtemps qu'il souffre comme ça. Et je n'ai rien vu, comme d'habitude…

-Mais non, si ça avait été le cas, Regulus nous aurait fait part de son état bien avant, tenta Remus.

-Tu te trompes, soupira Sirius en se passant les mains sur son visage. Il serait temps de l'intégrer, Regulus n'est pas comme nous. Il ne dit jamais rien. C'est vrai qu'il peut se montrer cassant, mais ce n'est qu'avec les gens qu'il ne connaît pas, avec qui il n'a aucun lien ou dont il n'est pas proche. Il ne sait pas comment agir alors il montre qu'il peut être dangereux pour ne pas être blessé. Mais quand il doit faire face à des gens qu'il estime, qu'il ne veut pas décevoir, il ne dit rien, même s'il est blessé. C'est comme ça qu'il a été élevé. Walburga et Orion lui ont toujours dit de ne pas être une déception. Cela fait tout juste un an qu'il n'est plus sous leur emprise, tout ça s'est ancré en lui. Il a beau savoir qu'il peut nous parler, se reposer sur nous, il a encore du mal à le mettre en œuvre. Le pire, c'est que les rares fois où il essaie de le faire, il ne reçoit pas les réponses qu'il attend. Face à 16 ans de bourrage de crâne, c'est dur de lutter. Surtout que Regulus n'a eu conscience que récemment qu'il était maltraité. Avant, tout ce qu'il a subi, il pensait que c'était normal.

-Ne ressasse pas le passé t-

-Qu'est-ce que je devrais faire alors!? explosa Sirius.

Il s'en voulut aussitôt d'avoir crié. Remus n'y était pour rien après tout. La colère l'aveuglait. Il était ridicule de s'inquiéter pour Regulus alors qu'il l'avait ignoré pendant des années. C'était d'ailleurs pour cette raison que le Serpentard était parfois distant avec lui et ne se confiait pas.

Sirius s'étouffait avec sa culpabilité.

-Je ne vais pas attendre que son état se dégrade ! Il n'a que moi alors je ne vais pas le laisser tomber !

Regulus l'avait choisi lui lorsqu'il en avait eu le plus besoin. Sirius se sentait redevable, ce n'était pas une dette de vie, mais c'était tout comme.

-Sirius, attends! l'arrêta Remus. Tu devrais prendre le temps de réfléchir.

-C'est déjà tout vu.

-Qu'est-ce que tu comptes faire?

Sirius se mordilla les lèvres.

-Je vais voir Orion.

La surprise put se lire sur le visage du châtain.

-Tu n'es pas obligé de faire ça.

-Je sais, mais je vais devenir fou si je ne fais rien.

Remus ne put que soupirer.

-Je t'accompagne.

-Ne te sens pas obligé.

-Ce n'est pas le cas, lui assura Remus.

Sirius voulut refuser, mais il avait besoin de lui s'il ne voulait pas craquer.

-Merci.

xXx

Depuis que sa maîtresse était enfermée, plus rien n'était comme avant au Square Grimmaurd. En fait, cela faisait longtemps que plus rien n'allait dans cette grande maison. Depuis le jour où les deux frères avaient fui. Au début, Kreattur n'avait pas compris pourquoi. C'était une manière bien ingrate de remercier des parents qui avaient tant sacrifié pour leurs enfants, qui leur avaient donné tous les atouts pour réussir leurs vies. Même Regulus Black, son préféré, l'avait déçu. Il avait essayé de se dire qu'une fois de plus, son aîné l'avait entraîné dans ses bêtises. Mais c'était dur à croire étant donné qu'ils se parlaient peu à l'époque. De plus, il n'était pas facile d'obliger le Serpentard à faire quoi que ce soit.

L'elfe de maison avait dû se rendre à l'évidence : son Black préféré l'avait abandonné et avait rejeté tout ce qui faisait de lui quelqu'un d'exceptionnel. Il en avait été déçu. Kreattur n'était qu'un pauvre elfe, un domestique, mais il s'était permis de juger un sorcier. Un de ses jeunes maîtres.

Puis le temps avait passé et Kreattur avait réalisé que ce n'était pas de la déception ni de la colère qui l'habitait, mais bien de la tristesse. Il avait pendant longtemps considéré Regulus Black comme un ami. Il le savait, c'était absurde, et s'il le disait à qui que ce soit, on se moquerait de lui. Il devrait se mutiler pour se faire pardonner! Probablement même que Regulus ne le pensait pas et il aurait alors l'air ridicule de s'être imaginé ça tout seul dans son coin. Mais le jeune maître avait toujours été gentil avec lui, il lui parlait plus que nécessaire. Kreattur avait toujours eu l'impression que Regulus Black avait aimé passer du temps avec lui…

Mais il était parti sans même le prévenir. Il n'avait jamais cherché à le revoir non plus. De quoi convaincre l'elfe de maison qu'il n'avait jamais rien représenté de plus qu'un elfe pour le brillant sorcier.

Walburga Black, la sorcière qu'il estimait le plus au monde, était en prison. Elle allait être exécutée. Il ne pouvait rien y faire, sinon lui faire honneur en prenant soin de la maison. Nettoyer était ce qu'il faisait de mieux. Le maître Orion était bizarre alors Kreattur faisait tout pour ne pas être dans ses pattes. Le père de famille était du genre taiseux et Kreattur n'avait que peu d'interaction avec lui habituellement.

Depuis le départ de Walburga, il arrivait à Orion de fixer le vide pendant des heures, de marmonner dans son coin ou de pleurer. Voilà ce qui restait de l'illustre famille. Cela peinait l'elfe, mais il ne pouvait rien y faire alors il continuait à lustrer l'argenterie sans rien dire. C'était son devoir.

Lorsqu'on sonna à la porte, il sursauta. Plus personne ne rendait visite aux Black. Orion, assis dans son fauteuil au salon, ne bougea pas. L'elfe n'était pas sûr qu'il ait entendu quoi que ce soit. Il était dans son monde. Kreattur se pinça les oreilles et se dandina d'un pied sur l'autre. Son maître n'était pas en état de recevoir de la visite. Mais c'était son rôle de recevoir et d'accueillir dans le plus grand professionnalisme les visiteurs. C'était la réputation de la maison Black qui était en jeu.

Après s'être trituré les doigts, Kreattur trouva enfin le courage d'aller ouvrir la porte. Sirius Black, le regard noir lui faisait face. Derrière lui, l'ami du traitre attendait, anxieux.

-Le traître à son sang, marmonna Kreattur.

L'elfe n'avait jamais pu apprécier l'aîné de la famille. C'était un ingrat en plus d'être un traître. Petit, il avait souffert d'une santé défaillante. Ses parents avaient veillé sur lui, ils avaient tout tenté pour que son état s'améliore et leurs efforts avaient payé. Mais il ne leur avait montré aucune gratitude. Pire que cela, il avait été celui qui avait précipité leur fin.

-Je veux voir Orion, exigea Sirius.

Il ne le salua pas et ne perdit pas de temps en conjoncture inutile. Ça n'avait jamais fonctionné entre eux deux.

-Le maître n'est pas disponible, répondit Kreattur.

Il tenta de refermer la porte, mais Sirius la bloqua. Le pauvre elfe commença à paniquer et se tapa la tête contre le mur. Il entendit le châtain hoqueter et tenter de l'arrêter, mais le méchant Sirius lui dit de ne pas faire attention à lui.

-Orion! hurla le brun.

Comme Sirius pénétrait dans la maison, Kreattur paniqua. Il ne voulait pas assister à ça, il avait failli dans son rôle. Il devait aller se punir. L'elfe déguerpit, à la recherche d'un bâton pour se flageoler.

xXx

Sirius sentait la colère bouillir en lui.

-Sirius, je t'en prie, calme-toi! Ce n'est pas comme ça qu'on obtiendra des réponses ! le supplia Remus.

Sirius le savait, mais lorsqu'il regardait Orion assis tranquillement sans rien faire, c'était plus fort que lui. Il s'était promis de ne plus jamais revenir ici et il avait déjà rompu deux fois cette promesse. À chaque fois pour Regulus.

-Bonjour, je suis Remus Lupin, je m'excuse pour notre intrusion, se présenta Remus.

Il n'eut aucune autre réaction qu'un regard ennuyé.

-Si nous sommes là aujourd'hui, c'est pour Regulus, il va très mal. Vous avez dû recevoir une lettre de St-Mangouste, n'est-ce pas? tenta le châtain.

Orion garda le silence, faisant fulminer Sirius.

-Vous perdez votre temps, soupira finalement le père de Sirius.

-Vous voulez dire que vous ne pouvez pas nous aider ou que vous ne voulez pas?

-Vous êtes censé être intelligent, monsieur Lupin. Enfin, contrairement à vos parents de basse extraction.

-Je t'interdis de lui parler comme ça!

Sirius avait envie de le frapper. Même dans ce genre de situation, il se permettait de la ramener et de répandre ses idées xénophobes et racistes. Son père le regarda et sourit. Depuis le début de la journée, Sirius se sentait marcher sur un fil. Il était sur les nerfs et faire face à son père dans ces conditions ne faisait qu'exacerber sa rage. Son père le savait, malheureusement il le connaissait très bien. Il jouait là-dessus pour le déstabiliser. S'en prendre à Remus, c'était le plus facile et le pire, c'était que Sirius tombait dans le panneau.

Orion se décida à enfoncer le clou.

-Tu fais le fier maintenant, mais le jour du procès, tu étais si misérable.

Il souffla puis se leva. Affronter son fils lui avait donné un regain d'énergie. Orion l'observa, puis Remus, et une expression de dégoût se dessina sur son visage. Sirius serra les poings, se préparant à la prochaine salve.

-Tu t'es plaint devant tout le monde, mais tu t'es bien gardé de dire que Walburga et moi avions raison sur une chose.

-S'il vous plaît, nous sommes là pour parler de Regulus, tenta Remus.

Les propos de Orion Black lui étaient insupportables. Néanmoins, il devait garder son calme et se rappeler la raison de leur présence. En présence de son père, Sirius n'avait plus les idées claires et Orion n'avait qu'une idée en tête : blesser cet enfant qui lui avait planté un couteau dans le dos.

C'était dur de regarder deux membres d'une même famille se haïr à ce point.

Sirius l'entendit à peine, tout comme Orion. Même après tout ce qu'il s'était passé, ils avaient encore des choses à régler. Son père ne voulait pas se taire et Sirius n'attendait qu'une excuse pour dégainer sa baguette.

-Ce qu'on craignait tant est finalement arrivé. Même cet homme que tu appelais monstre n'a pas réussi à te dégoûter de ta nature profonde. Un pédéraste ne pourra jamais changer.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Tu devrais déjà apprendre à faire la différence entre homosexualité et pédophilie ! Mais je doute que ton cerveau atrophié y arrive…

-Allons-y, Sirius, c'était une mauvaise idée de venir.

Remus tenta de lui tirer le bras, mais Sirius résista. Il était à deux doigts de sauter au cou de son père. Pourquoi donc s'en était-il si bien tiré?! Finalement, seule Waburga avait tout pris. Remus continuait de l'appeler, Orion à sourire. Tout ce qui se passait défilait dans un rythme électrique dans la tête de l'ancien Gryffondor. Il avait l'impression d'être en dehors de son corps, de s'observer sans pouvoir agir, de perdre le contrôle. Tout allait trop vite. Les esprits s'échauffaient et il ne retenait que le bruit et la rancœur.

La scène n'était qu'un capharnaüm dont le brun ne pourrait rien tirer. Puis soudain, il entendit la voix de Remus qui perça le voile de colère qui l'animait. Et Sirius se souvint qu'il se fichait de cet homme pathétique. Il se remettait de ses traumatismes d'enfance, avait des amis formidables et le meilleur copain au monde. Il avait des objectifs et n'avait peut-être pas de rêves, mais ce n'était pas grave.

Il se détourna. Remus avait raison, ils n'auraient pas dû venir. Orion ne chercha pas à le retenir. Il s'en retourna à sa misère. Il ne se sentait grand que lorsqu'il pouvait piétiner les autres.

-Inutile de vous fatiguer pour lui, il va mourir de toute façon, lâcha-t-il finalement.

-Quoi? fit Sirius en se retournant.

Il n'était pas sûr de ce qu'il avait entendu.

-Il va mourir, ce n'est plus qu'une question de temps et tout ça, c'est ta faute! Ta faute, ta faute, ta faute, ta faute ! Pas la mienne, non pas la mienne, je suis innocent! Je ne veux pas…

Il continua à murmurer et se griffa soudain le visage. Sirius recula d'un pas, choqué. Il n'avait jamais vu Orion ainsi. Son père avait toujours été un homme inébranlable, stoïque à chaque instant. Pendant longtemps, il avait même pensé que son père était incapable de ressentir la moindre émotion. Qu'il était simplement un bloc de pierre. Devant cette scène surréaliste, il ne sut quoi faire. Remus semblait aussi perdu que lui.

Le Maraudeur ne savait pas si Orion ne les aidait pas parce qu'il ne le pouvait pas ou ne voulait pas. Mais ce dont il était sûr, c'est qu'il avait déjà condamné Regulus et que de ce fait, il ne comptait pas faire quoi que ce soit pour l'aider.

Pour se préserver et parce qu'ils avaient perdu assez de temps comme ça, le couple quitta le Square Grimmaurd. Kreattur, l'elfe loyal aux Black, finirait bien par venir en aide à son maître adoré. Ce n'était plus le problème de Sirius. Son père était devenu fou et préférait visiblement se concentrer sur la haine qu'il lui vouait plutôt que sur la santé fragile de son fils cadet.

Comme Sirius l'avait prédit, cette visite avait été une catastrophe.

xXx

Le mois d'août était déjà bien entamé. Il faisait chaud et comme chaque année, le village accueillait son lot de touristes. Il y avait du bruit et de l'animation, de la vie partout sauf dans la demeure des Potter. Les jours passaient et se ressemblaient. King continuait à perdre du poids et tenait bien son rôle auprès de son maître. Sirius avait même réussi à obtenir les premiers rendez-vous pour la formation de son chien. Il avait déjà été vu par le dresseur et aurait besoin de 10 à 15h pour arriver à détecter les crises d'angoisse avant qu'elles n'arrivent et savoir comment y réagir.

Lily avait débuté depuis deux jours seulement sa préparation physique pré opération. Les Evans, heureux pour leur fille, n'avaient pas pu s'empêcher d'en parler à James quand celui-ci était venu leur rendre visite. Il avait promis de garder le secret, comprenant que Lily préférait ne pas se mettre la pression avec les attentes de ses proches pour l'instant.

Remus quant à lui partageait son temps entre son travail à mi-temps, ses quelques sessions de révision en commun avec Severus et son petit-ami. Le châtain faisait de son mieux pour soutenir les frères Black et James. Il avait toujours été celui qui les gardait à flots, et aujourd'hui encore, c'était le cas.

Severus, pour sa part, profitait des derniers jours qu'il avait avec Lily. Il avait même choisi d'arrêter son contrat au salon de thé. Il pouvait ainsi profiter de ses amis et de sa petite-amie avant de commencer sa formation. Il ne voulait pas non plus passer toutes ses vacances à travailler comme il avait l'habitude de le faire. Il faisait également de son mieux pour conserver son niveau et ne pas être perdu le jour de la rentrée.

Marlene continuait son travail pour le bureau et se débrouillait plutôt bien. La nouvelle avait vite fait le tour de son cercle d'amis. Cela en avait surpris beaucoup, surtout ceux qui savaient le rôle qu'elle avait joué dans l'attaque de Poudlard. Et ils étaient de plus en plus dans ce cas-là. Marlene ne voulait pas y penser, mais le jour où elle ne pourrait plus se cacher approchait.

Sirius était égale à lui-même. Il ne se plaignait pas et tentait de rester fort. Ses séances avec sa psy l'aidaient beaucoup.

James l'admirait. Lui, il n'y arrivait tout simplement pas.

Très vite, il avait été plongé dans des ténèbres desquelles il ne parvenait pas à se sortir. Il voyait l'état de Regulus se dégrader de jour en jour. Il était à présent si maigre que l'ancien Gryffondor avait peur de le casser rien qu'en le touchant. Les médecins, qui s'étaient pourtant montrés rassurants au début, n'étaient plus aussi prompts à tenir ce genre de propos. James comprenait dans leur silence ce qu'ils n'osaient encore dire. Orion Black n'avait pas répondu aux sollicitations de St-Mangouste. Walburga Black, qui devait bientôt être exécutée, ne pouvait recevoir aucune communication de l'extérieur. Une nuit, alors qu'il devait se penser seul et à l'abri des regards, James avait entendu Sirius pleurer. Il avait pleuré toutes les larmes de son corps, comme un enfant qui comprend qu'il est impuissant et qu'il va perdre une personne importante.

Frank gérait le magazine car James en étant incapable. Harry était son bébé alors James s'en voulait de le négliger, surtout qu'avec la publication prochaine du numéro comportant l'interview des Rosier, ils étaient attendus au tournant. Il s'était battu pour que l'affaire Rosier soit sur toutes les lèvres, qu'enfin on écoute les victimes et qu'on arrête de minimiser ce qui leur était arrivé. Et là, alors qu'il touchait enfin au but, il n'en avait plus rien à faire.

Il ne faisait définitivement pas un bon chef.

Il se sentait vide, sans énergie. Rien ne l'intéressait et ne le faisait réagir. Toutes ses journées se déroulaient de la même manière. Il regardait Regulus mourir et était soulagé lorsqu'en ouvrant les yeux au petit matin, il constatait qu'il était toujours vivant.

Il n'éprouvait pas de joie, juste du soulagement. Il se disait juste qu'il avait encore un jour de plus avec lui.

Mais parfois, lorsqu'il se sentait vraiment à bout, il se demandait combien de temps encore il allait pouvoir supporter cette situation. Il avait l'impression qu'on le tuait à petit feu. Regulus n'était pas le seul à s'éteindre. James se rappelait alors l'état dans lequel il avait fini à la mort de ses parents. Il ne voulait pas revivre ça, mais il s'y dirigeait inéluctablement.

Et James était déterminé à ne pas retomber dans ce gouffre. Il ne pouvait pas souffrir encore à cause de la perte d'un être cher. On ne parlait pas de n'importe qui. C'était Regulus.

Il passait son temps à observer son visage endormi. Parfois, il était paisible, d'autres fois, beaucoup trop, il souffrait. Dans ces moments-là, James repensait à ce qu'il avait vécu. L'attaque de Poudlard avait été soudaine. Il avait perdu tant d'amis et il avait vu l'horreur. Mais l'ancien Gryffondor avait affronté la catastrophe avec ceux qui restaient, ils avaient partagé ce fardeau. Les cauchemars, la peur, les regrets… Pour ses parents, cela avait été pareil. Soudain et traumatisant. James en pleurait encore et n'était toujours pas capable de regarder des photos de famille ou n'importe quel objet ayant appartenu à son père ou à sa mère.

Concernant Regulus, James avait le temps de s'y préparer, de se faire à l'idée. Mais ça n'en restait pas moins insupportable. Il souffrait tant et voulait juste que tout s'arrête. L'ancien Gryffondor ne se pensait pas capable d'affronter la mort d'un proche une fois de plus. James avait l'impression qu'il aimait inconditionnellement, d'un amour trop grand, pur et sincère. C'était pour toutes ces raisons que la trahison ou la perte pouvaient le briser.

-Je ne peux pas te regarder t'en aller à petit feu…

Non, il en était incapable. James n'avait parlé de son mal-être à personne. Surtout pas à Lily qui se préparait pour son opération et qui n'avait pas besoin de mauvaises ondes. Et encore moins à Sirius. Comment James aurait-il pu aller se plaindre auprès de lui alors que Sirius souffrait autant voire plus de la situation ? Il le savait, son ami se sentait coupable d'être passé à côté de la santé déclinante de Regulus. Mais il n'y était pour rien. Le concernant cependant, James ne pouvait se montrer aussi catégorique.

Regulus lui avait fait part de ses craintes. Il lui avait parlé de ce vers quoi il pensait se diriger.

«J'ai peur de mourir».

Une fois de plus, James n'avait pas été à la hauteur. Il avait balayé ses craintes d'un revers de main, pensant que Regulus exagérait. Il était si persuadé que rien de mal ne pourrait leur arriver. Après tout ce qu'ils avaient déjà vécu, il n'avait pas vu les signaux d'alarme. Pourtant, il était bien placé pour savoir que le malheur pouvait frapper à tout instant et que personne n'était à l'abri.

Regulus avait dû avoir l'impression de ne pas être écouté, de s'imaginer des choses. Et alors qu'il commençait tout juste à se confier, James l'avait coupé dans son élan. Peut-être que s'il l'avait écouté, les choses auraient pu se dérouler autrement. Regulus aurait pu lui parler, se confier… À la place, il avait écrit dans son journal. Il avait ainsi pu déverser tous ses sentiments, sa peur, sans jugement et sans frein.

Regulus aurait pu tenter de parler à quelqu'un d'autre. À son frère, mais il ne l'avait pas fait parce qu'après des années de rapports compliqués, Regulus avait perdu l'habitude de trouver du refuge et une oreille attentive auprès de son héros. Il y avait Severus, qui était son meilleur ami. Mais James voyait très bien pourquoi il ne l'avait pas fait. Severus avait souffert toute son enfance auprès d'un père violent. Aujourd'hui, il était heureux, il était avec son amour d'enfance et s'apprêtait à commencer une nouvelle vie en apprenant le métier de ses rêves. Regulus avait dû penser que lui parler de ses tracas serait comme un frein à son épanouissement. À quoi bon l'inquiéter avant son départ?

Il avait voulu partager ses peurs avec une seule personne, son petit-ami. Et une fois de plus, James n'avait pas été à la hauteur.

Il se sentait terriblement coupable. C'était un peu le sentiment qui prédominait dans cette grande maison. Il ne parlait plus beaucoup avec Sirius. Il n'y avait qu'un seul sujet de conversation et si ce n'était pas pour avoir de bonnes nouvelles, James préférait rester dans son coin. Qu'est-ce que cela lui aurait apporté de discuter avec quelqu'un ? Au bout du compte, aucun d'eux n'avait de solution miracle. Regulus allait mourir et il ne voulait pas assister à ça.

Baisser ainsi les bras ne lui ressemblait pas. Ses amis l'auraient dissuadé de prendre une telle décision s'ils avaient pu. Mais James ne voulait pas qu'on lui dise qu'il faisait fausse route. Il ne voulait pas non plus de parole compatissante ni de promesses irréalistes. Il voulait être seul, il voulait arrêter de souffrir.

Il fuyait, il en était bien conscient. Mais, et alors? Il ne pouvait pas toujours être fort, il n'était pas ce roc inébranlable que son entourage imaginait. Il voulait couper tous les liens car s'il était seul, il ne souffrirait plus jamais. Plus personne ne pourrait lui faire du mal, que ce soit volontairement ou non. Il ne craindrait de perdre personne.

James se pencha sur le corps endormi du malade. Il déposa un baiser sur son front et renifla pour ravaler ses larmes. Il se redressa, ramassa sa baguette et laissa un mot sur le bureau pour Sirius. Il observa une dernière fois le jeune homme endormi, le cœur brisé. Même dans la maladie, Regulus restait magnifique.

-Je t'aime. S'il te plait, pardonne-moi.

Il quitta la pièce avant que le courage ne lui manque. La maison était vide et il en était heureux. Il avait choisi ce jour précis pour cette raison. Qu'aurait-il fait s'il avait dû faire face à son meilleur ami? Comment aurait-il réagi?

Il pensait à ce que ressentirait Sirius en rentrant et en ne le trouvant pas. Il savait que c'était cruel de sa part et que ce n'était pas un simple mot qui allait adoucir son geste. Mais il connaissait son ami, il savait qu'un jour, il lui pardonnerait. Pas tout de suite mais un jour, il pourrait le comprendre et lui pardonner. Sirius et lui étaient liés par un fil rouge invisible.

Ils ne pouvaient rester loin l'un de l'autre et en attendant, Sirius ne serait pas seul. Il avait des amis, et surtout Remus.

James finirait par revenir, que ce soit dans 1 mois, dans 1 an ou dans 10 ans. Et il le ferait parce qu'il aurait la conviction que son meilleur ami, son frère, l'attendrait.

Quitter la maison familiale ne l'attrista pas. Ces derniers mois, il avait souvent eu le besoin de s'isoler. Elle était chargée de souvenir et même les plus heureux le faisaient souffrir. James ne regarda pas en arrière et s'éloigna. Il évita le centre pour ne croiser aucun villageois. Il disparut à travers les hautes herbes, sans un regard en arrière, dans un silence libérateur.

xXx

Lily venait d'apprendre par Sirius que James était parti. Elle n'en revenait pas. Elle ne comprenait pas son départ. C'était si inattendu! Elle avait bien vu qu'il allait mal, mais elle n'avait pas pensé que c'était à ce point-là. Combien de temps avait-il souffert en silence avant de craquer et de partir parce qu'il ne pouvait plus le supporter?

Était-ce à cause de l'état du frère de Sirius? De la mort de ses parents ou était-ce un tout? La dernière fois que les deux amis s'étaient vus, Lily avait surtout parlé d'elle et en bon ami, James lui avait souri, l'avait réconfortée et faite rire. À Poudlard, Lily avait souvent été en désaccord avec le brun, trouvant souvent à redire sur certaines de ses actions, mais s'il y avait bien une chose qu'elle ne pouvait pas dire au sujet de James Potter, c'était qu'il était égoïste.

Il avait un cœur énorme et était capable de se remettre en question lorsqu'il y avait un problème. Il aimait aider les autres et ne se sentait supérieur à personne malgré tout ce qu'il possédait. Il ne lui avait jamais reproché leur rupture ni la manière dont elle l'avait mis de côté après. Il ne l'avait jamais faite se sentir mal à l'aise lors de leurs moments intimes malgré ses blocages.

En y repensant, Lily était heureuse d'avoir pu sortir avec un garçon comme lui. Il avait été respectueux avec elle et lui avait permis de connaître une véritable relation amoureuse. Elle s'était souvent demandée à l'époque pourquoi elle n'avait pas réussi à passer le cap avec James. Elle savait au fond d'elle que perdre sa virginité avec un garçon tel que lui l'aurait comblée et permis de vivre une première belle expérience.

Ils en avaient parlé ensemble il y a quelques semaines. James avait souri en la remerciant du compliment caché. C'était bien lui ça, s'enorgueillir du moindre compliment fait à son égard.

-Si tu étais si sûre que ce serait super, pourquoi ne pas être allée au bout? Moi, j'étais plus que partant! avait-il lâché en rigolant.

Lily avait rougi, mal à l'aise, en repensant à sa timidité de l'époque.

-Je ne sais. Je n'étais pas… à l'aise. À chaque fois, j'étais anxieuse. Je pense que je n'étais pas prête.

-Mouais, avait marmonné James, peu convaincu. Et là, tu te sens plus prête avec Severus?

Lily était restée figée. Elle n'y avait jamais pensé et ne savait pas quoi répondre.

-Je ne sais pas. Peut-être. Je n'y ai pas vraiment pensé jusque-là, avait-elle déclaré, désireuse de changer de sujet.

-Tu sais quoi, à mon avis, ce n'est pas que tu n'étais pas prête, mais que tu n'en avais pas envie.

-Mais non, je t'assure que ce n'est pas ça!

-Tu peux le dire, je ne me vexerai pas. Ça arrive, tu sais.

Devant le regard perplexe de la rousse, James avait continué à parler.

-Ça arrive de ne pas désirer quelqu'un. Ce n'est pas parce que tu es une femme que tu es obligée d'avoir du désir pour un homme. Et inversement. On a tous des préférences et heureusement, on n'a pas envie de sauter sur tout ce qui bouge.

-Tu es bien éloquent, probablement parce que tu maitrises le sujet, avait blagué Lily.

-Assez oui. Mais ça n'a rien à voir avec de quelconques connaissances poussées. Chacun est différent et le plus important, c'est surtout de s'écouter. Si tu n'avais pas de désir pour moi, je suis content qu'on ne soit pas allé plus loin et je suis désolé d'avoir pu paraître insistant.

-Ça n'a pas été le cas, je t'assure.

James avait souri et Lily avait fait de même, mais elle était curieuse.

-Ça doit être bizarre, lâcha-t-elle, l'air de rien.

-De quoi?

-De…

Elle avait baissé la tête, gênée.

-De ne pas ressentir de désir pour la personne qu'on aime.

-Tu ne ressens pas ça pour Snape?

Lily avait pris le temps d'y réfléchir.

-Non, avait-elle enfin osé avouer.

Elle était amoureuse de Severus, mais la vérité était que ce qu'ils avaient lui allait très bien. Elle ne s'était jamais imaginée aller plus loin. Et ça avait été le cas à chaque fois qu'elle avait été en couple.

-Je suis amoureuse pourtant, avait-elle bredouillé, perdue.

-Ça ne veut rien dire. Je tiens à le préciser, mais l'amour et faire l'amour sont deux choses différentes. Tu peux coucher avec quelqu'un sans avoir de sentiment comme tu peux aimer quelqu'un sans éprouver de désir sexuel. C'est comme ça.

-Tu dis ça juste pour que je n'aie pas l'impression d'être bizarre.

-Je t'assure que non. Lily, t'as le temps d'apprendre à te connaître. Et puis, c'est ta vie privée, tu fais ce que tu veux. Il n'y a pas qu'un seul schéma dans la vie. Ça ne regarde que toi. Et Snape!

Lily avait soupiré profondément.

-Ça va être compliqué pour moi de rester en couple si je suis incapable d'avoir des relations sexuelles…

-À mon avis, Snape se fiche bien du sexe. Si vous êtes heureux comme ça, tant mieux.

Cette discussion avait rassuré Lily. James ne l'avait pas jugée et ils avaient parlé franchement. Elle avait ressenti toute sa maturité. Elle lui avait promis d'en parler avec Severus. La rousse avait retardé le moment et à présent que James était parti, elle sentait que son courage l'avait quitté. Toutes ses pensées étaient tournées vers son ami. Il ne lui avait pas dit au revoir. Bien sûr, elle imaginait bien pourquoi, mais cela l'attristait. Il lui manquait tellement.

Avec le départ de son meilleur ami, Sirius devait affronter encore plus de problèmes et devait se sentir très seul. James devait lui manquer aussi.

Lily papillonna des yeux pour chasser les larmes qui menaçaient de couler.

-Je ne comprends pas comment il a pu partir dans un moment pareil, pesta Severus.

Lily lui jeta un coup d'œil. Elle n'était pas surprise par sa réaction. Il n'avait jamais été un grand fan de James. Il se retenait probablement de dire tout ce qu'il pensait du brun. Malgré tout, il était là pour elle, pour la soutenir. Malheureusement Lily n'avait pas envie de parler. Severus allait bientôt commencer son apprentissage et elle se sentait coupable de gâcher leurs derniers instants ensemble.

-Je suis désolée, je suis de mauvaise compagnie…

-Tu n'as rien fait de mal, c'est normal d'être triste.

Lily se tritura les doigts, angoissée.

-Son départ, ça me rappelle celui de Marlene. Encore une fois, on reste sans réponse, juste bon à s'inquiéter.

-Il va revenir, tout comme Marlene l'a fait.

Lily l'espérait, mais ça ne la rassurait pas pour autant. Si James avait été là, il lui aurait dit de ne pas s'en faire et de rester focalisée sur son opération et son couple. La rousse sentit Severus poser sa main sur son épaule. Le pauvre ne savait pas quoi dire, il était maladroit, mais touchant.

Lily prit une grande inspiration pour tenter de trouver le courage nécessaire d'avoir la discussion qu'elle avait trop longtemps repoussée.

-Severus, il faut qu'on parle de quelque chose d'important.

Le brun devint blême, s'imaginant le pire. Elle lui prit alors les mains et lui sourit tendrement.

-Ne t'inquiète pas, ce n'est rien de grave. Je t'aime et je ne remets pas notre couple en doute.

Elle passe une main dans ses cheveux.

-Mais ce ne sera peut-être pas ton cas.

-Qu'est-ce que tu veux dire?

Lily repensa aux mots de James et se lança. Elle aimait Severus et avait envie que ça marche. Même s'ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde concernant des points importants pour leur couple.

xXx

Les dernières analyses de Regulus étant très mauvaises, le médecin chargé de ses soins avait pris la décision de l'hospitaliser. Après avoir repoussé autant que possible, il n'avait pas eu le choix. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait fait dès le début, mais sa direction lui avait répété qu'il n'avait pas de lit disponible.

Un jour après son entrée à St-Mangouste, Regulus avait arrêté de respirer et on avait dû le placer sous appareil respiratoire avec des sorts de conservation et de morphine en complément. Le Dr Milton ne comprenait pas ce cas. C'était la première fois qu'il avait un patient souffrant d'une telle pathologie. Il avait des symptômes bénins, mais avec des répercussions terribles sur sa santé.

Aujourd'hui, Regulus Black ne respirait que grâce à des machines et le Dr Milton ne voyait pas comment faire pour le soigner. Il était dans une impasse. L'hôpital était surchargé et il savait que s'il ne trouvait pas rapidement une solution, il serait amené à prendre une décision difficile et à la faire accepter à la famille. Cela faisait malheureusement deux semaines qu'il suivait le cadet des Black sans arriver à comprendre son état.

Il serait compliqué de faire accepter un échec ou même un abandon à Sirius Black. Lorsque Regulus Black avait été hospitalisé, le frère aîné s'était montré plutôt virulent avec le personnel hospitalier. S'ils avaient fait leur travail, ils auraient pu éviter ça, avait-il vociféré. Le Dr Milton ne lui tenait pas rigueur de son énervement, surtout qu'il n'avait pas tort. Mais il n'était pas des surhommes, ils faisaient ce qu'ils pouvaient.

-David, j'aimerais te laisser le dossier du patient de la 605, fit le docteur.

David Memberk et Harrison Milton avaient fait leurs études de médecine ensemble. Ils étaient amis et étaient entrés en même temps à St-Mangouste. Ils n'avaient cependant pas les mêmes spécialités. Le docteur Memberk était chirurgien et suivait notamment Lily Evans. Dans quelques jours, il allait d'ailleurs l'opérer.

-Le garçon avec la mystérieuse pathologie?

-Oui. On passe notre temps à faire des tests mais si on en croit les résultats, il aurait une simple anémie et de la fatigue. C'est quand même étrange pour un patient qui a fait un arrêt cardiaque !

Le docteur Memberk fronça les sourcils.

-C'est étrange, oui. Aucune pathologie au cœur ou un corps étranger? Il s'agit peut-être d'un empoisonnement.

-Comme pour le jeune Lupin?

-Pourquoi pas? C'est arrivé à Poudlard et le patient de la 605 fréquente également cette école.

-Je vais me renseigner.

-Très bien, je vais regarder les analyses et voir si j'arrive à voir quelque chose de nouveau.

-Je te remercie.

Le docteur Milton se passa une main dans les cheveux avant de se laisser lourdement tomber sur une des chaises de la salle de repos. Un empoisonnement n'était pas à exclure. Il n'avait rien trouvé lors des différentes analyses, mais c'était parce qu'il était difficile de trouver quelque chose lorsqu'on ignorait ce que l'on cherchait. Pouvait-il s'agir de la même chose qu'avait contracté Remus Lupin? L'avait-il attrapé lors de ses cours à Poudlard? Ce serait vraiment problématique si c'était le cas. Poudlard se devait de protéger ses élèves, mais il y avait déjà eu tant de déconvenues, de catastrophes.

-Comment ça se passe pour toi? demanda Milton.

Son ami sourit.

-Je survis malgré le manque de sommeil et le travail qui ne diminue pas. Mais les vacances approchent alors je tiens le coup.

-Je ne savais pas, c'est dans combien de temps?

-Une semaine. J'opère la jeune femme qui a été mordue par un Basilic et puis direction la mer, le sable blanc et les grasses matinées, rigola-t-il.

-Ah oui, ça me dit quelque chose. C'est encore une élève qui a été blessée à Poudlard.

-A mon époque, ce n'était pas comme ça. Ce n'est plus pareil qu'à l'époque d'Albus, soupira Memberk.

-Je ne sais pas si on peut dire ça. L'attaque de Poudlard a eu lieu sous sa direction.

-C'est sûr… En tout cas, avec Lucie, on a décidé d'envoyer nos enfants à Beauxbatons.

Milton n'ajouta rien. Il pouvait comprendre les craintes du père de famille. Poudlard traversait une crise depuis des mois dont elle peinait à se sortir. C'était triste, mais lui n'avait qu'une chose à faire, continuer à soigner ses patients.

xXx

Sirius relisait en boucle le mot laissé par James. Quelques mots écrits avec une écriture soignée laissés sur le bureau de la chambre de Regulus, près du journal de celui-ci. Il n'avait même pas eu le courage de l'attendre, de le lui dire en face.

Je pars.

Juste deux mots qui avaient anéanti Sirius. Il avait compris tout de suite que ce « je pars» était définitif. James ne reviendrait pas. Il l'avait abandonné lui et tous ceux à qui il tenait et qui tenaient à lui. Laissé son magazine qu'il avait pourtant eu tant de mal à démarrer. Mais surtout, il avait laissé tomber Regulus qui était en train de mourir.

Et au milieu de tout ça, Sirius ne savait toujours pas quoi faire. Il était en colère, mais trop fatigué pour l'exprimer. Il pouvait comprendre James quelque part. Il avait eu envie de faire pareil. Partir, laisser derrière lui tout ce mal. Mais en réalité, il n'en aurait pas été capable une seconde.

Godric's Hollow était chez lui maintenant, il s'y sentait bien. Il ne pouvait abandonner son frère, ni même Remus, son amour.

Mais James avait pu et c'était difficile à accepter. Il en avait informé l'équipe de Harry car c'était eux qui allaient galérer à gérer ce que le brun avait laissé derrière lui. Il en avait aussi parlé à Remus et à Lily. Ensemble, ils avaient essayé de réfléchir aux pourquoi, mais aussi à où. Ils avaient cherché partout, sans résultat. James n'était dans aucun hôtel, ni même dans la maison de vacances de ses parents. La police n'avait pas voulu lancer de recherche. James était majeur après tout. Aux yeux de la loi, il n'était pas porté disparu. Ce qui était vrai, il avait dit qu'il partait. Sirius aurait dû voir les signes. Peut-être que s'il avait eu autre chose à faire que de s'inquiéter de la perte de poids de son frère, de son état inquiétant, il aurait pu.

Mais ça n'avait pas été le cas.

Lui aussi avait eu ses propres problèmes à gérer, sa propre inquiétude.

James était parti et il ne voulait pas être retrouvé. Il reviendrait quand il le voudrait, s'il revenait un jour.

-Sirius, appela Remus depuis le rez-de-chaussée.

Sirius s'empressa de sortir de sa chambre pour rejoindre son copain en bas. Ils devaient aller à l'hôpital ensemble pour voir Regulus. Sirius s'y rendait tous les jours. Depuis que la vie de Regulus ne tenait qu'aux machines et aux sorts qu'on lui prodiguait, il ne voulait manquer aucun instant à ses côtés. Lorsque Remus le pouvait, il l'accompagnait. Il venait soit avant d'aller au boulot, soit après.

-Ça va? Tu veux que je dorme ici ce soir? Tu dois te sentir seul, s'inquiéta Remus en le voyant.

-Si tu passes tout ton temps ici, tes parents vont commencer à me détester. Ils veulent passer du temps avec toi eux aussi.

Remus sourit.

-Je suis adulte, il n'y a rien d'étonnant à ce que je quitte le nid. Surtout que là, ce n'est pas définitif.

Sirius se racla la gorge.

-J'ai King, je t'assure que ça va.

-Je vais prévenir mes parents que je passe le week-end ici, dit-il quand même.

Sirius sourit. Il était reconnaissant au châtain de le comprendre si bien, même dans ses silences.

-On y va? demanda ensuite l'ancien Poufsouffle.

Sirius acquiesça. Il avait la boule au ventre. Les animaux n'étaient pas autorisés à St-Mangouste, King garderait donc la maison. Sirius ne pensa à rien pendant le trajet. Il devait faire le vide dans sa tête et se préparer à ce qui allait suivre.

Ils s'annoncèrent à l'accueil une fois arrivés et dès qu'on leur donna l'autorisation, ils montèrent dans la chambre de Regulus.

-Sirius, Remus! les héla quelqu'un de loin.

Sirius en resta bouche bée en voyant le français dans le couloir de l'hôpital. Mais surtout en présence de Fumseck qui semblait bien fatigué.

-Mais pourquoi lui il a le droit et pas moi? marmonna Sirius à l'intention de Remus qui ne put que rire.

-Bonjour, le salua le châtain. Que fais-tu là?

Hugo se gratta les cheveux, gêné, avant de repositionner Fumseck dans ses bras.

-J'avais des choses à faire, répondit-il.

-Et ils t'ont autorisé à amener Fumseck pour des broutilles ?

-Je ne pouvais pas venir sans lui. Mais vous, que faites-vous là? demanda-t-il pour changer de sujet.

-On vient voir Regulus, lui apprit Sirius.

Il sut alors à la tête du français que Regulus ne l'avait pas tenu au courant de ses problèmes de santé avant que ceux-ci n'empirent. L'ancien Gryffondor dut donc lui parler de ce qui était arrivé à son frère ces dernières semaines.

xXx

Godran aimait son travail d'infirmier. La plupart du temps, il y avait des fois où c'était dur, où le manque de reconnaissance et la manière dont les patients ou les familles le traitaient l'agaçaient. Heureusement il était payé correctement et arrivait à s'arranger avec ses collègues lorsqu'il voulait prendre des jours de vacances.

Le plus intéressant était les rencontres, car il en faisait pas mal. C'était comme ça qu'il avait rencontré Remus Lupin et son précédent partenaire. Le nouveau patient dont il devait s'occuper était aussi très mignon. Malheureusement, il avait été plongé dans le coma et ne pouvait donc pas interagir avec lui.

Il s'agissait de Regulus Black. Il avait beaucoup fait parler de lui avec le procès Black contre Black. Comme tout le monde, le jeune infirmier s'était passionné pour cette histoire. Il était d'ailleurs assez étonné de voir que le sorcier se retrouvait dans cet état. Comme il avait beaucoup souffert, il était déterminé à prendre soin de lui et à se montrer très doux lors de la toilette. Godran avait des restrictions quant à la manière dont il devait s'occuper de Regulus Black. Pour utiliser la magie, il fallait d'abord en faire la demande, notamment pour ne pas perturber les sorts appliqués pour le garder en vie. Depuis son arrivée et après un traitement d'urgence, le brun avait repris du poids et des couleurs. De quoi encourager l'infirmier à continuer ses efforts en espérant que le rétablissement du Serpentard ne soit qu'une question de jours.

Godran déshabilla Regulus, amenant près de lui le nécessaire de toilette et après avoir mouillé le gant, il commença par nettoyer son bras gauche. En se saisissant du bras du jeune homme, il ne put que constater la douceur de sa peau. Il était mince, mais grâce aux soins, reprenait lentement des forces. Sa peau était blanche et ses lèvres roses ressortaient sur sa peau pâle.

Il était jeune, il était beau, il avait toute la vie devant lui. Comment avait-il bien pu finir dans cet état? Godran tenta de se concentrer. Depuis le temps qu'il travaillait là, il avait eu affaire à des cas compliqués, il savait qu'il devait garder de la distance. Il ne connaissait pas Regulus Black, mais il aurait aimé que ce soit le cas. Il esquissa un sourire à cette pensée.

La porte s'ouvrit, interrompant le roux, et il se retourna pour voir pourquoi il était dérangé. Il haussa les sourcils en voyant Remus Lupin accompagné de deux hommes. Décidément, il tombait tout le temps sur lui alors qu'il s'en serait bien passé.

-Je suis désolé, les visites sont momentanément interrompues lors des soins des patients.

Godran avisa la porte. Il avait oublié de mettre la pancarte, tant pis. Il remonta ensuite légèrement le drap du brun pour cacher sa nudité.

-Des soins? s'énerva Sirius. Pourquoi est-ce que mon frère est nu?!

-Il devait le laver, répondit Hugo. On a qu'à attendre à la cafétéria qu'il finisse.

-Et laisser mon frère seul avec ce dégénéré, hors de question!

-Sirius! tenta de le raisonner Remus. Mais qu'est-ce qui te prend? Il fait juste son travail. C'est lui qui s'est occupé de moi, il est compétent !

-Ah ouais ça, pour s'être occupé de toi, il s'est occupé de toi, grinça l'aîné des Black.

Godran observa l'échange, stupéfait. Cette espèce d'énergumène n'était pas différent de certains proches de patients qui ne savaient que vociférer et pensait savoir mieux que lui comment faire son métier. Sirius Black était canon, pour sûr, mais qu'est-ce qu'il était con. Le roux esquissa un sourire, amusé par la jalousie du brun. Car c'était bien de cela qu'il était question. Il avait déjà observé le duo ensemble lorsqu'il était parti régler ses comptes avec Remus.

-Pas la peine d'en faire toute une histoire, murmura-t-il.

Il ne pensait pas être entendu mais apparemment, Sirius avait une ouïe très fine. Il semblait prêt à se jeter sur lui et Godran put presque l'entendre grogner. Pour ne pas empirer la situation, il préféra s'éclipser. Il pourrait toujours finir la toilette du patient plus tard.

-Je reviendrai plus tard, dit-il en quittant la pièce.

-Désolé, s'excusa le blond.

Godran le dévisagea un instant, se disant qu'il était très beau. Il regretta alors de ne pas avoir prêté plus attention à la seule personne qui le méritait vraiment dans cette pièce. Une fois la porte fermée, il resta un instant derrière, tentant d'entendre le reste de la conversation. Peut-être pourrait-il apprendre le nom du beau blond…

-Tu n'aurais pas dû agir ainsi. Tu vas te faire mal voir du personnel soignant et ce n'est pas bon pour ton frère. Notamment lors des visites ou pour la communication concernant ses soins…

-Je n'en ai rien à foutre, répondit Sirius.

Quelle vulgarité, pensa le roux. Et il ne fut pas le seul.

-Je peux savoir ce que t'a fait cet infirmier? fit le blond, curieux.

-A moi, rien.

Il y eut un silence et le roux se demanda pourquoi plus personne ne parlait.

-Si… si c'est par rapport à moi, ce n'est pas la peine. Je ne veux pas que tu fasses comme mon père, je t'assure que je n'ai pas besoin d'être défendu. Cette histoire est derrière moi et en dépit de ce qu'il s'est passé avec Godran, il reste un bon professionnel.

-Hum, eh bien, j'ignore de quoi vous parlez, mais tu me sembles bien à cran, Sirius.

-Il a raison, ça ne te ressemble pas d'exploser ainsi.

Il y eut un silence et Godran se demanda si les deux amis du brun avaient réussi à remettre un peu de plomb dans la cervelle du jeune homme.

-J'ai l'impression d'avoir perdu tous mes repères. Regulus est… et James est parti. Pour moi, tout s'effondre…

-Tu n'es pas tout seul, fit le blond.

Il y eut encore un silence, plus court cette fois-ci.

-Je ne suis pas là longtemps, mais pour les quelques jours qui me restent, je peux veiller sur Regulus. C'est mon petit protégé. Et il a quelques amis qui aimeraient également pouvoir le soutenir. Ça te laisserait du temps pour toi, te reposer un peu. Ce n'est pas facile, mais il faut parfois savoir prendre de la distance. Tu ne l'aides pas en étant en souffrance.

-Je sais… Je fais de mon mieux, c'est tout.

Une collègue sortit de la chambre d'un patient situé plus loin dans le couloir et pour ne pas être pris à écouter aux portes, le roux s'empressa de quitter son poste d'écoute.

xXx

Frank avait encore du mal à y croire. James était parti. Du jour au lendemain, sans prévenir personne. C'était un coup dur à encaisser. Il ne comprenait pas pourquoi, d'autant plus qu'il n'avait pas choisi le bon moment. Regulus Black était apparemment très malade et le prochain numéro était déjà parti à l'impression. L'ancien Gryffondor soupira. Ce magazine était à James, il avait l'impression de devoir le remplacer et ne s'en sentait pas vraiment capable. Lui qui avait commencé simplement en mémoire de sa bien-aimée s'était finalement pris au jeu, tout en imaginant que ça ne durerait pas.

Il n'était pas comme ses collègues qui possédaient une plume exceptionnelle et un talent hors norme pour parler sans tabou de sujets compliqués. Harry avait permis d'accomplir tant en si peu de temps. Lui, son rôle était différent. Il était un homme de l'ombre qui s'occupait de la logistique. James lui disait souvent que sans lui, il n'aurait pas pu créer Harry. Frank n'en était pas sûr. Il pensait que si son ami disait ça, c'était simplement pour l'encourager, le réconforter.

James avait tant fait pour lui. Frank avait la pression, il ne voulait pas gâcher le travail que son ami avait si durement accompli. Qui sait quand il reviendrait? L'ancien Gryffondor ne pouvait imaginer comment devait se sentir Sirius. Depuis qu'il avait surpris ses deux amis si proches dans le jardin des Potter, Frank s'était fait discret, ne donnant que peu de nouvelles. Il avait l'impression d'avoir appris quelque chose qu'il ne devait pas et ne savait pas s'il devait en parler avec Sirius.

-Tu as l'air bien tourmenté, jeune homme! fit sa mère.

Frank la regarda s'affairer à faire la poussière au salon. Malgré les services d'un elfe de maison, la mère de famille s'échinait à briquer la maison de fond en comble. Apparemment, elle aimait ça, c'était apaisant. Le jeune homme avait du mal à le croire.

L'ancien Gryffondor fut soudain attiré par le meuble que sa mère nettoyait. Il se leva brusquement et fit un pas vers elle.

Il observa le haut du meuble et y passa la main comme s'il cherchait quelque chose.

-Qu'y a-t-il? Si tu cherches à m'aider, ce n'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre, rigola-t-elle.

La main de Frank avait beau tâtonner, bouger, il n'y avait rien.

-J'avais laissé un gros document ici. Tu ne l'as pas vu? demanda-t-il.

Sa mère fronça les sourcils.

-Je n'en sais rien, moi. Je t'ai déjà dit mille fois de ne pas laisser traîner tes affaires.

-Mais…mais, bégaya Frank, à court de mots.

Comment expliquer à sa mère que ce document était justement à ranger!

-Ne fais pas cette tête, il est probablement à la poubelle. Tu sais très bien que je n'aime rien voir traîner. Si c'était si important, il fallait le laisser dans ta chambre.

Et sur ces mots, elle s'en alla continuer son ménage. Frank avait envie de hurler, mais le pouvait-il? Sa mère avait raison, elle était une maniaque du rangement qui avait déjà mis nombre de ses affaires à la poubelle. De plus, ce rapport du bureau sur l'attaque de Poudlard, il l'avait depuis des semaines. Combien de fois l'avait-il regardé sans oser le feuilleter? Peut-être était-ce un signe pour qu'il tourne définitivement la page. Savoir ce qu'il s'était exactement passé allait peut-être en aider certains, mais ce n'était pas son cas. De plus, il n'aurait jamais eu la patience de lire les 30 pages et cela l'aurait plus démoralisé qu'autre chose.

Frank retourna s'asseoir.

La vérité venait de lui échapper, mais il n'était pas en colère. Il se sentait au contraire étrangement libéré. Il n'avait plus à se torturer pour prendre une décision. Le hasard s'en était chargé pour lui.

xXx

Assis au bureau dans la chambre de son petit frère, Sirius avait le regard perdu dans le vide.

Où es-tu, James?

Pourquoi m'as-tu abandonné?

Sirius se passa une main fatiguée dans les cheveux. Il ne voyait pas d'issue. Cela faisait deux jours qu'il n'était pas allé à l'hôpital. Comme promis, Remus avait passé le week-end avec lui. Il avait veillé sur lui et n'avait pas pris ombrage de son humeur de plus en plus sombre.

Il avait l'impression de se battre contre le vent. Est-ce que ce qu'il faisait servait à quelque chose? Regulus n'était-il pas déjà condamné? Sirius laissa traîner son regard dans la chambre. Elle était remplie d'affaires de son petit frère, de livres, de vêtements et de quelques produits de décoration ainsi que de quelques objets pour rappeler son amour du Quidditch. Sur le bureau, son journal traînait encore. Sirius sourit en le prenant en main. C'était étonnant de la part de son frère de ne pas l'avoir rangé à l'abri. Il était si suspicieux, n'ayant aucune confiance en James et lui pour respecter son intimité. Mais avec la maladie, il avait sûrement été plus négligent les derniers jours.

Qu'avait-il bien pu écrire dedans? Se confiait-il sur ses peurs face à la maladie? L'incompréhension de ce qui lui arrivait? Il en avait si peu parlé avec lui.

Machinalement, il tenta de l'ouvrir sans penser pouvoir y arriver. Regulus le protégeait avec un sort après tout. Sirius fut surprit quand, contrairement à ce qu'il pensait, il ne rencontra aucune résistance. C'était étrange. Ce n'était pas le genre d'oubli que pouvait commettre son frère.

Mais maintenant que le fameux journal qui avait toujours intrigué Sirius était ouvert, que devait-il faire? Le lire, c'était bafoué la vie privée de son frère. Pourtant, s'il le lisait, Sirius pourrait sans doute mieux comprendre les sentiments de ce frère qui s'exprimait si peu. Après une hésitation, Sirius commença à feuilleter les pages du journal.

Regulus n'avait commencé à tenir un journal que depuis quelques mois. Il parlait de sa relation avec James, de ses sentiments qu'il avait eu du mal à accepter. Il parlait beaucoup d'Orion et de Walburga. Il s'exprimait avec une certaine fragilité qui toucha Sirius. Regulus était partagé entre ses émotions, des émotions contradictoires.

Une grande partie de son journal était réservé à Padfoot. Cet autre lui qui avait su être là pour Regulus quand il en avait eu le plus besoin. Sa perte l'avait attristé. Les dernières pages ne comportaient pas de texte avec une si belle prose. Il se confiait sur sa maladie, sa peur et sa douleur.

Est-ce que je vais mourir?

J'ai peur…

Je n'ai encore rien vécu et pourtant, mon heure approche.

Les regrets que je nourris, je devrais les emporter avec moi dans l'au-delà.

Je m'en veux du mal que je cause à mes proches…

Comment c'est la mort? Est-ce que ça fait mal?

Je pense qu'une partie de moi s'est faite à l'idée de disparaître, de retourner au néant.

Padfoot me l'a toujours dit, j'ai un destin funeste. Celui de mourir à ma majorité…

Et ce dans toutes les réalités possibles. À bien y penser, c'est probablement pour cette raison qu'à la boutique photo, seul le portrait vieilli de James apparaissait.

Je n'ai plus peur. J'ai fini par l'accepter. Depuis le début, tout était écrit. Je ne pouvais pas vivre, les conditions n'ont jamais été réunies.

Sirius fronça les sourcils. Il ne comprenait pas… Regulus n'était pas censé vivre? C'était quoi ces conneries?

Il se rappela alors les mots de son père. Des mots décousus lancés pour lui faire mal, avait-il pensé au début.

C'est ta faute! C'est ta faute! Pas la mienne, je suis innocent, ce n'était pas ma faute !

Il va mourir, c'est déjà trop tard.

Comment son père avait-il pu prévoir que l'état de son frère se dégraderait autant plusieurs jours à l'avance ? Pire que ça, il avait dit que c'était trop tard, qu'il allait mourir. Sirius craignait de comprendre…

J'ai un destin funeste. Tout était écrit… Les conditions.

Une larme échappa à Sirius. Tout petit, il avait eu une santé fragile, on le disait condamné. Et un beau jour, à la naissance de son frère, son état s'était miraculeusement amélioré. Il repensa aux mots de son père.

C'est ta faute!

Ils n'avaient pas fait ça!? Sirius ne pouvait pas le croire! Ses parents avaient-ils sacrifié son frère pour le sauver lui?! Avaient-ils eu un autre enfant seulement pour sauver leur héritier?

Le dégoût cloua l'ancien Gryffondor sur place.

Il venait peut-être de mettre le doigt sur un terrible secret de famille.