Chapitre 11 : Un moyen de s'en sortir

Luka marchait difficilement, tout en prenant encore appuis contre le mur.
Malgré la poche de glace, son genou n'avait pas désenflé. Il la faisait souffrir de plus en plus et la portait de moins en moins. Ses bras, quant à eux, présentaient quelques hématomes mais aucun n'avait enflé, c'était déjà ça.
-"Ah, mon genou me fait vraiment mal." Se plaignit la jeune femme. "Il n'y a vraiment pas assez de lumière par ici, je dois trouver un endroit plus lumineux pour me poser et voir ce que ça devient."
Effectivement, là où elle se trouvait, ne passait que très peu de lumière.
Elle avança comme elle le pouvait dans le long couloir devant elle. Puis elle fini par se stopper quelques mètres plus loin, elle venait de passer à côté d'une porte au dessous de laquelle on pouvait apercevoir de la lumière.
-"Il y aura peut-être suffisamment de lumière pour que je vois bien mes blessures là derrière."
Elle poussa la porte, en se méfiant tout de même de ce qu'elle pourrait trouver derrière. Aussitôt entra-t-elle dans la pièce qu'elle se retrouva éblouie, il y avait bien de la lumière ici, mais définitivement trop pour ses yeux qui s'étaient habitués à l'obscurité.
Elle resta aveuglée quelques temps, avant de pouvoir commencer à distinguer la pièce se trouvant face à elle.
De larges fenêtres laissaient généreusement passer la lumière de la pleine lune. Deux grands escaliers au centre donnaient accès à une mezzanine à l'étage du dessus. De hautes étagères, remplies de livres semblants très anciens, formaient plusieurs rangées alignés dans toute la pièce comme sur la mezzanine. Et, de nombreux fauteuils étaient dispersés ci et là devant les étagères. C'était une grande bibliothèque sur deux étages.
-"C'est immense !" Lança la jeune femme en détaillant chaque recoins de l'impressionante double-pièce s'étendant devant elle. "Au moins, ici il y a suffisamment de lumière."
Elle s'avançât dans la pièce, en prenant appuis sur chaque fauteuil se trouvant sur son chemin et s'assit sur celui se trouvant au plus près d'une fenêtre.
Elle défit le noeud fait avec le fouet et enleva tout doucement la poche de glace de sur son genou.
-"Aie ! Ca fait un mal de chien !"
Luka enleva entièrement la poche de glace, pour ne laisser la place plus qu'à une monstrueuse bosse dont la teinte virait vers le noir.
Mon dieu qu'est-ce que c'est moche ! Pensa-t-elle. Mon genou a plus que triplé de volume ! La glace ne suffira jamais, il me faudrait de vrais soins. Mais ici, pour l'instant, je ne peux rien faire...
La jeune femme enroula cette fois ses trois poches de glace autour de son genou et fixa de nouveau fermement le tout à l'aide du fouet.
Elle devait passer outre la douleur et faire tout son possible pour marcher, si elle restait immobilisée dans ce manoir maudit il ne faisait aucun doute qu'il ne lui arriverait rien de bon.
Elle redoubla d'effort pour se lever du fauteuil où elle était assise et se diriger jusqu'aux escaliers.
Ce n'est pas raisonnable dans mon état, mais j'ai vraiment envie d'aller à l'étage du dessus voir ce qu'il y a...
Elle se hissa péniblement, marche par marche, jusqu'à la mezzanine.
Là-haut, elle se releva grâce à la rambarde et alla prendre appui contre les étagère afin de se déplacer et de pouvoir faire le tour de la pièce, elle était encore plus grande que ce qu'elle pouvait observer d'en bas.
Elle se déplaça ainsi dans la pièce-mezzanine, étagère après étagère, elle venait de remarquer une porte dans le fond et tentait de l'atteindre pour ressortir.
-"Aie !"
Soudain, son genou la lâcha, sa jambe plia et Luka se retrouva au sol. Dans sa chute elle tentât de se rattraper à l'étagère, mais c'était en vain, sa main n'attrapa que des livres qui ne tardèrent pas à la suivre dans sa chute.
L'un d'eux s'était ouvert devant elle. Quelque chose était au milieu des page. Il y avait clairement un trou dans les pages, à la dimension parfaite pour cet objet, comme si cela était fait exprès pour le mettre ici, dans ce livre.
La jeune femme, toujours assise par terre, se saisit du livre et regarda la couverture. "La clé du jeu", y était inscrit en grosses lettres en relief. Elle feuilleta ensuite les pages et lu le chapitre se trouvant juste avant le mystérieux objet.

En mode multijoueurs, chaque joueur doit trouver la clé en forme de demie sphère. Et, les joueurs des deux côtés des parois vitrées doivent coller les demies sphères de même couleur ensembles, pour parvenir à s'affranchir de ces parois.
Les clés peuvent se trouver n'importe où, dans les endroits les plus visibles comme dans les plus difficiles d'accès.

-"Les clés en forme de demie sphère ?... C'est ce truc ?"
Luka se saisit de l'objet glissé dans les page. C'était une demie sphère en verre avec une teinte légèrement violette.
-"Je suis tombée là dessus totalement par hasard, et c'est sûrement la clé qui nous permettra à tous de sortir d'ici ! Ce n'est peut-être pas si mal que mon genou soit dans cet état, si j'avais été capable de marcher correctement je ne serais jamais tombée et n'aurais jamais essayé de me rattraper à ces livres. Quoi qu'il en soit je doit garder ça précieusement avec moi."
Sur ces mots, elle accrocha la demie sphère de verre par la petite chaîne se trouvant en son sommet à une boucle de ceinture sur sa jupe. Puis elle se releva et repris sa marche douloureuse jusqu'à la porte en face d'elle.

-"NE TOUCHEZ PAS A USANO !" Hurla Mayu en brandissant sa hache sur deux Kotsu l'attaquant.
L'un d'eux resta en retrait. Mais l'autre, plus coriace, ne semblait pas avoir l'intention de laisser la jeune fille, sa proie, partir.
Lorsqu'il fut suffisamment près, Mayu lui décocha un violent coup de hache, envoyant voler dans le couloir tous les os du tronc de l'étrange créature ressemblant à un squelette de dinosaure.
Certains os allèrent se cogner jusqu'au plafond avant de disparaître en retombées magiques. Une pierre fissurée se fendit entièrement sous le choc, et il en tomba un étrange objet aux reflets jaunâtres.
-"C'est quoi ce truc ?" Se demanda la jeune fille en l'apercevant.
Mais elle n'eut pas le temps d'y penser longtemps, le second Kotsu s'était décidé à agir et lui fonçait déjà dessus.
-"Mais foutez moi la paix saleté de bestioles !" Cria la jeune fille en le voyant, énervée au plus au point.
Elle souleva sa hache bien au dessus d'elle et, avec toute sa force et sa rage, l'abattue sur le Kotsu, lui fendant le crâne instantanément.
-"Marre !" Lança-t-elle agacée.
S'assurant que le reste des ossements disparaissaient bien tous, elle repris ensuite sa route, de nouveau un peu tranquille.
Un peu plus tôt ils avaient parlé tout les deux avec Gakupo. Mais, se rendant compte que de rester là à discuter d'un côté et de l'autre de la paroi vitrée ne ferait pas avancer les choses, ils avaient décidé de repartir chacun dans leur aire de jeu et d'essayer de se retrouver un peu plus tard pour voir si il y avait du nouveau.
En attendant, la jeune fille comptait bien visiter au maximum la partie du manoir où elle se trouvait, afin de ne pas en revenir au même point que tout à l'heure lors de sa prochaine discussion avec Gakupo. Mais les Kotsu semblaient vraiment l'avoir prise en grippe, ralentissant sa progression. Elle espérait juste que ses camarades s'en sortaient eux aussi face à leurs attaques.

Gakupo, justement, était un peu plus tranquille de son côté.
Il n'avait pour l'instant recroisé aucun Kotsu depuis sa première rencontre avec eux, un peu avant de tomber sur Mayu. Cependant, il gardait constamment une main sur son sabre, au cas où. Il avait galéré un petit moment pour l'attacher autour de sa taille et ne pas avoir à le porter en permanence à la main, mais il avait fini par réussir à le faire tenir d'une façon pratique pour pouvoir le dégainer, du moins il l'espérait.
-"Pfff, ça fait combien de temps que je suis le même couloir là ?" Soupira-t-il. "Il fait quelle taille ce manoir à la fin !? Je me suis engagé dans ce couloir tout à l'heure et depuis il n'y a eu aucune porte et aucune fenêtre."
L'endroit où il se trouvait était tellement plongé dans le noir que, malgré le fait que ses yeux avaient fini par s'habituer à l'obscurité depuis le temps qu'il se trouvait dans ce monde, il n'y voyait absolument rien par ici. Il était obligé de se déplacer à tâtons, palpant les murs pour tenter d'identifier l'environnement.
Ce petit manège dura encore plusieurs minutes, dans un couloir vraisemblablement interminable. Lorsque soudainement, la texture du mur, jusqu'à présent en pierre et poreux, changeât pour du bois. Le jeune homme palpa à deux mains la zone en bois et fini par en poser une sur de l'acier froid, une poignée.
-"Yeah ! C'est enfin une porte !" S'exclama-t-il.
-"Mais, maintenant je suis curieux de continuer dans ce couloir pour voir ce qu'il y a d'autre au bout... Bon ! Réfléchis Gakupo, qu'est-ce que tu veux ? Continuer dans ce couloir ? A savoir qu'il faudra sûrement tout refaire à contre-sens après pour retourner voir Mayu. Ou, ouvrir cette porte ?"
Il hésita un peu sur place, puis il poussa la poignée et ouvrit la porte.
-"Je vais déjà voir ce qu'il y a là. Et après je verrais." Décida-t-il.
La pièce derrière la porte n'était pas éclairée non plus, et forcément sombre elle aussi, mais moins que le couloir. Gakupo cligna quelques fois des yeux et commença à réussir à distinguer des ombres à nouveau.
Cette nouvelle pièce était étrange, elle ne ressemblait pas vraiment à une pièce qui pouvait être utilisée dans un lieu d'habitation.
Le jeune homme était loin de bien y voir, mais, de ce qu'il pouvait distinguer des ombres, il y avait des lits et sortes de fauteuils alignés le long d'un mur. Un grand plan de travail faisait l'angle d'en face, avec des tiroirs et placards tout le long du meuble, ainsi que des étagères murales au dessus. Et puis, Gakupo remarqua ce qui semblait être l'ombre d'un lavabo au milieu du plan de travail. Il s'approcha, s'en était bien un, mais le modèle semblait ancien et le cuivre qui le constituait était cabossé par endroit. Il se saisit d'une des deux petites poignées plates sur les côtés du robinet et la tourna, l'eau coulait ! Gakupo fut d'abord surpris, il s'attendait à ce que ce soit un leurre et que le robinet ne fonctionne pas, puis, lorsqu'il réalisa que l'eau coulait réellement il fut très heureux. Il mourrait de soif depuis un petit moment déjà. Mais il se rendit compte que cette eau était chaude, il tourna alors la deuxième poignée et mit sa main sous l'eau, celle-ci se refroidit petit-à-petit. Le jeune homme se désaltéra longuement sans reprendre son souffle et il se releva ensuite d'un coup en inspirant bruyamment. Il respira fort plusieurs fois de suite, puis sa respiration reprit rapidement un rythme normal.
-"Pfoua! Je mourrais de soif ! J'en ai presque mal à l'estomac maintenant, tellement j'ai beaucoup bu alors qu'il était vide."
Il ouvrit ensuite quelques placards pour essayer de voir ce qu'ils contenaient. Mais il ne réussi qu'à en faire tomber des boîtes en carton, lui semblait-il au bruit, sans pouvoir savoir de quoi il s'agissait. Il faisait définitivement trop sombre pour qu'il puisse lire quoi que ce soit si jamais quelque chose était écrit dessus.
Le jeune homme laissa rapidement tomber son idée d'ouvrir les placards et n'essaya même pas les tiroirs. En se retournant il remarqua une ombre rectangulaire imposante de l'autre côté de la pièce. Il s'y dirigeât, il s'agissait d'un grand congélateur à deux portes. Il ouvrit l'une d'elle, mais la lumière déclenchée à l'ouverture l'aveugla et le froid était saisissant, il referma la porte immédiatement.
-"Bon, je vais arrêter là pour cette pièce." Déclara-t-il à voix haute, pour lui même. "Il n'y a pas d'autres portes donnant ailleurs, alors je vais retourner dans le couloir et le continuer."
En retraversant la pièce en direction de la porte il se cogna la jambe dans un tabouret bas à roulettes, qu'il envoya valdinguer d'un coup de pied.
Une fois de nouveau dans le couloir, il reprit sa longue traversée dans le noir le plus complet.