« À ta tête, ça ne s'est pas très bien passé. »

« Tu crois ça ? » lui répondit sarcastiquement le jōnin en noyant sa frustration dans l'alcool. « Il habite carrément chez lui en ce moment ! C'est plus que mort niveau rapprochement, là ! »

« Faut pas voir les choses comme ça, » lui répondit Kurenai, optimiste. « Au moins, maintenant vous savez que vous vous plaisez. C'est déjà ça. »

« Oui, alors il y a vraiment que ça à en tirer, hein ! » s'agaça-t-il en commandant un autre verre. « Sérieusement, j'ai l'impression que le ciel m'envoie juste un signe… Il le fait exprès ou quoi ?! C'est quand même fou d'être toujours présent au moment le plus inopportun ! »

« Eh bien justement, maintenant que tu le dis… »

« Quoi ? Tu penses quand même pas sérieusement que Naruto ferait ça consciemment… Restons sérieux deux minutes. »

Déjà, quel intérêt aurait-il à comploter contre lui ? Ensuite, le garçon était loin d'être une lumière. Il n'était même pas fichu de monter un plan d'opération convenable, alors réussir à saboter sa relation avec Iruka ? Deux ninjas plus expérimentés que lui ? Sans qu'ils ne s'en rendent compte ?

Aucune chance.

Et puis, il faudrait encore qu'il remarque l'attirance qu'éprouvaient les deux adultes l'un envers l'autre, et il était clairement trop jeune et naïf pour comprendre ça.

« Non, je dis juste que c'est curieux. C'est tout. » acheva Kurenai.

« Au pire, invite Iruka chez toi. » proposa Asuma.

« Tu crois qu'il laisserait seul Naruto chez lui tard le soir ? »

« Il a douze ans et a toujours vécu tout seul… » lui rappela son interlocuteur.

« Justement. Pour une fois qu'il peut lui offrir un peu de compagnie, il ne va certainement pas découcher… »

Il commençait à un peu trop bien le connaître maintenant…

« Et puis, ça ferait bizarre d'abandonner un invité chez soi… » admit-il.

« Au pire, adresse-toi directement à Naruto, » proposa Kurenai. « Explique-lui que-… »

« Que quoi ? Que j'aimerais beaucoup culbuter son ancien sensei, mais que j'ai un peu de mal quand il est dans les parages ? Sérieusement, Kurenai… J'ai pas de comptes à rendre à un môme. Et encore moins quand il est question de ma vie sexuelle. »

Asuma toussa.

« Enfin, de ma future vie sexuelle. » corrigea le gris avant d'avaler d'une traite son verre. Il en commanda un quatrième.

« Au pire, épuise-le. » proposa Gai.

« C'est-à-dire ? »

« Naruto est bien ton élève, non ? Entraîne-le. Intensivement. Le soir, comme Lee, il s'endormira comme une souche, et à toi une soirée tranquille avec l'élu de ton cœur ! »

« Ouais, je vois l'idée, mais non. » déclina Kakashi.

« Comment ça, "non" ? »

« Je sais pas, ça me bloque de faire l'amour tout en sachant qu'il y a quelqu'un dans une autre pièce. »

« Arrête, ce n'est pas comme s'il allait débarquer dans votre chambre au milieu de la nuit non plus… »

« Nan, ce que t'as pas compris, c'est qu'il lui a prêté SA chambre. » appuya Kakashi, révélant la source du problème. « Tout ça parce que monsieur corrige des copies jusqu'à tard le soir dans le salon, et que du coup, pour ne pas déranger le sommeil du "pauvre garçon en pleine croissance", il a rien trouvé de plus judicieux que de dormir lui dans le salon ! »

Lui, donc eux.

« Et crois-moi que je n'ai aucune envie d'être surpris en plein acte pendant que le gamin part se chercher un verre d'eau… »

« Ah, coup dur… » admit Asuma et terminant son fond de verre. « C'est vraiment pas de pot, ce problème de plomberie… T'es sûr et certain qu'il cherche pas à te saboter ? »

« Crois-moi, il ment tellement mal que je m'en serais aperçu… Et de toute façon, pourquoi il ferait un truc pareil ? On se déteste pas. »

Pas du tout même. Il le regardait toujours avec autant d'admiration, prenait plaisir à s'entraîner avec lui. Et lui-même appréciait assez sincèrement le garçon. Il était travailleur, drôle malgré lui, et plutôt gentil bien que pas très adroit ou futé. C'est sûr qu'il faisait pas partie de la fine fleur de Konoha d'un point de vu intellectuel, mais il n'en demeurait pas moins attachant.

Et puis, il restait le fils de son défunt sensei, surtout.

Non, vraiment, il n'avait aucun mobile pour faire une chose pareille et se lancer dans des escarmouches.

« Peut-être qu'il te voit comme un rival. » finit par déclarer Gai, en pleine réflexion.

« Il a déjà "son" rival. Crois-moi… »

« Nan, mais je veux dire, son rival en amour. Tu sais, le printemps de la jeunesse… »

« Nan, par pitié, tais-toi. » le coupa Kakashi, ne voulant pas en entendre plus.

« En soi, ce n'est pas si idiot. » commenta Asuma. « Peut-être qu'il éprouve des sentiments amoureux pour son professeur et qu'il essaie de t'en tenir loin pour le monopoliser. »

« Au risque de me répéter, il a douze ans ! C'est un enfant, et un garçon qui plus est ! Je pense qu'il est encore un peu jeune pour éprouver ce genre d'attirance. »

« Roh Kakashi, tous les enfants tombent un jour "amoureux" de leur professeur. C'est un amour innocent et platonique qui passe aussi vite qu'il arrive, mais c'est une forme d'affection quand même qui peut pousser à la jalousie. »

Évidemment que ça ne donnerait rien. Mais ça pourrait expliquer une potentielle animosité s'il devait y en avoir une. Et puis, Iruka étant une des rares personnes à lui octroyer de l'attention, ce ne serait vraiment pas étonnant.


« Qu'est-ce qui va pas, Naruto ? »

« Bah en fait, je trouve la mission pourrite. »

« On dit "pourrie", espèce d'âne… » le reprit Sakura.

« Oui, Naruto, une mission de rang D, ce n'est pas bien passionnant, mais ce n'est pas franchement nouveau entre nous… » lui accorda Kakashi, déjà blasé en bouquinant.

Mais ça faisait des stats, alors c'était déjà ça de pris.

« Mais du coup, est-ce que vous pensez que je pourrais partir plus tôt ? » demanda-t-il en se grattant la tête nerveusement.

« Quoi… ?! Ah non ! Ne me dis pas que tu comptes nous lâcher ! » s'invectiva Sakura. « Moi non plus, ça m'enchante pas de nettoyer les gouttières ! »

Sasuke ne dit rien, mais il consentit silencieusement à ce que disait sa coéquipière. Lui aussi avait franchement mieux à faire, comme tout le monde ici.

« Hé les gars, relax ! Ce n'est pas contre vous, vraiment… Mais j'ai rendez-vous avec le propriétaire de mon appartement pour l'assurance et la fin des travaux. Et puis je dois aussi récupérer mes affaires chez Iruka-sensei et-… »

« Attends… ? Tu rentres chez toi ? » le coupa Kakashi en essayant de cacher son enthousiasme sous sa surprise.

« Oui. Je ne vous l'avais pas dit ? À moins que je confonde avec Iruka-sensei… »

Alors ça, c'était la meilleure nouvelle de la semaine. Finis les compromis : il avait enfin le champ libre, et le chūnin pour lui tout seul !

Kakashi 2-1 Naruto

« Pas de souci, part dès que ça t'arrange, je te remplacerai. » lui répondit son professeur étrangement conciliant.


« Pas maintenant, j'ai encore des copies à corriger… » déclina gentiment Iruka, en lui grattant la nuque, comme pour l'encourager à "Patienter encore un peu".

Kakashi, respectueux de son travail, s'arrêta de l'embrasser pour l'aguicher, un peu déçu.

Il s'avoua vaincu et, sagement, il décida de prendre son mal en patience, défaisant ainsi leur tendre et chaude étreinte.

« Et si je te donnais un coup de main ? » lui proposa-t-il en se munissant d'un de ses précieux stylos rouges.

Iruka vit clair dans son jeu.

« Ces examens sont importants. La correction ne peut pas être bâclée, Kakashi, » l'avertit-il.

« L'opinion que tu as de moi me vexe, » se plaignit-il, faussement blessé. « Je sais me montrer sérieux, tu sais. »

« Oui, et bien ça aussi, c'est un problème… » lui avoua-t-il. « Si je te laisse corriger, personne ne risque d'avoir ne serait-ce que la moyenne… »

« En même temps, tu offres même des points pour le nom… C'est ça, l'avenir du monde shinobi ? Des ninjas qui ne savent même pas écrire le nom du village d'où ils viennent… » jugea-t-il en jetant un regard rapide à l'une des copies sur la pile.

« Kakashi, ils ont huit ans. » soupira-t-il en levant les yeux au ciel.

Ce n'était pas si grave d'oublier un kanji, si… ?

« Très bien. Je te laisse corriger, je ne dis plus rien. »

À la place, il sortit son livre favori pour entamer une énième lecture.

« Tu vas vraiment lire ça devant moi ? »

« Je le lis bien devant mes élèves, alors oui, je ne vais certainement pas faire d'état d'âme pour toi. »

Iruka lui lança un regard dubitatif.

« Tranquille. Je ne leur fais pas la lecture non plus… » crut-il bon de lui apprendre.

« Mais j'espère bien ! »

« En revanche, je peux bien t'en lire quelques passages, cela nous fera gagner un peu de temps sur les préliminaires… »

En guise de seule réponse, le chūnin lui lança un stylo en pleine tête, stylo que Kakashi ne prit même pas la peine d'éviter.

« Laisse-moi travailler tranquille. Plus vite je finirai, et plus vite je serai à toi. »

Le jōnin hocha la tête docilement, regardant avec un empressement à peine dissimulé la pile rétrécir à vue d'œil.

Puis la dernière copie se posa enfin sur la pile, annonçant la fin de sa terrible et lente agonie. Les feuilles rangées dans leur pochette respective, Kakashi sourit voracement, prêt à dévorer ce corps.

Il était peut-être minuit passé, mais qu'importe.

Avec grande tendresse, il passa ses bras autour de la taille d'Iruka, posant ses lèvres contre sa nuque malgré son masque.

Réceptif, le plus jeune se laissa faire, sentant ses doigts se balader au niveau de ses hanches pour soulever son haut et jouer avec l'élastique de son pantalon.

Et tout aurait pu continuer ainsi si de violents coups à la porte n'avaient pas retenti.

« Laisse, ça doit être l'orage, c'est tout. » lui souffla le jōnin dans le creux de son oreille.

Mais Iruka savait encore reconnaître la météo et quelqu'un s'acharnant sur sa porte.

Il fit signe au gris d'arrêter sa progression, et partit ouvrir l'entrée de son appartement.

« Naruto ? »

Et voilà ! Le gris leva les yeux au ciel. Après deux semaine de répit, les problèmes étaient de nouveau là.

Le garçon, trempé et en pleurs, plongea sur Iruka, l'enlaçant par la taille. Le plus âgé verrouilla l'étreinte, inquiet.

« Hé là, qu'est-ce qu'il se passe ? » lui demanda avec bienveillance, son ancien instituteur.

L'enfant dut prendre sur lui quelques secondes pour réussir à articuler quelque chose.

« Il... Il est encore là ! » sanglota-t-il, pris de panique evidente.

Le brun lui offrit une caresse délicate dans les cheveux avant de le bercer contre lui, doucement.

« Tout va bien, je suis là. » mumura-t-il d'une voix rassurante.

Il défi l'étreinte pour se mettre à son niveau, et passa un pouce sur ses joues pour sécher les larmes qui avaient coulé.

« Tu es trempé, je vais te passer une serviette et un pyjama pour la nuit. D'accord ? Attends-moi dans la salle de bain, j'arrive. »

L'enfant hésita quelques instants, visiblement terrifié, avant d'y aller et de laisser les deux adultes dans la pièce.

Puis Iruka porta enfin attention à son amant pour la première fois depuis de longues minutes.

« Dis... Ça me dérange de te demander ça, surtout par ce temps, mais est-ce que tu crois que tu pourrais passer chez lui vérifier qu'il a bien fermé la porte ? »

À cette remarque, le jōnin comprit que ce n'était probablement pas la première fois qu'une telle scène arrivait.

« Parce qu'il va passer la nuit ici ? » ne put que répondre Kakashi.

Son très clair manque d'enthousiasme transparaissait dans sa voix.

« Ça vaut mieux, oui. »

« Nan mais, s'il y a un intrus chez lui, je le fous dehors et on en parle plus, hein ! » se dévoua le ninja copieur.

Si sa soirée coquine ne tenait qu'à ça, croyez-le bien que ce ne serait ni la pluie ni un squatteur qui allait l'arrêter.

« Tu ne trouveras personne, Kakashi. » lui avoua Iruka d'un ton monotone et presque désolé.

Le gris laissa échapper son incompréhension.

« C'est juste un "cauchemar", si on peut appeler ça comme ça… » lui expliqua-t-il à la recherche de mots adéquat.

« Attends un peu… T'es en train de me dire qu'il nous dérange pour un cauchemar ? »

En clair, strictement aucun danger immédiat ?!

« Rassure-le et renvoie-le chez lui enfin ! Il n'a plus huit ans… »

Au regard courroucé de son amant, il comprit qu'à nouveau, il venait de s'enterrer.

« Ça ne marche pas comme ça. » lui rétorqua incisivement le chūnin. « Ce garçon vient de traverser tout le village, en pyjama, un soir d'orage. Il n'a pas juste peur, il est terrorisé, Kakashi ! Et tu n'es pas étranger à cette situation ! » ajouta-t-il.

Ça y est, ça allait carrément être de sa faute à présent…

« Je ne vois vraiment ce que je viens faire dans cette histoire… »

Iruka fronça les sourcils.

« Tu sais ce qu'il voit plusieurs soirs par mois ? Toi. Toi en train de transpercer la poitrine de ce pauvre adolescent. Un ninja de Kiri. Il le voit agoniser dans la mort. Il le voit, lui et son partenaire, se pencher sur son lit, le regarder avec insistance, lui promettant un sort funeste. »

Le ton tournait carrément à l'accusation.

« Et tu sais quel est son premier réflexe lorsqu'il se réveille en sursaut ? Fuir. Fuir jusque ici sans se soucier de l'heure ou du contexte, ne prenant même pas la peine de refermer la porte derrière lui ! Il n'a parfois même pas conscience d'avoir quitté son rêve. Et tu voudrais que je lui donne une tape sur l'épaule et que je le renvoie ?! »

« J'ai pas exactement dit ça… »

« Mais c'est ce que tu aimerais ! »

Secrètement, oui, un peu. Il est vrai.

« Non, ce que j'aimerais, c'est que Naruto prenne un peu moins de place entre nous. J'ai conscience que tu éprouves beaucoup d'affection pour lui, et c'est tout aussi mon cas. Seulement, j'ai l'impression que tout tourne autour de lui, et qu'il fait littéralement la pluie et le beau temps dans notre relation. »

Au moins, c'était dit.

Iruka resta bouche bée.

« T'es en train de me dire que tu es jaloux de l'attention que je porte à un enfant ? »

« Pré-adolescent. » rectifia Kakashi, se voulant plus juste.

Peut-être que par la même occasion il ouvrirait enfin les yeux sur la situation...

« C'est grotesque et tu es puéril. Je me retrouve à devoir réparer les pots cassés par ta faute, et tu trouves encore le moyen de te plaindre d'une situation dont tu es responsable ? »

Alors, "responsable", c'était vite dit là aussi. Ce n'était pas de sa faute si la mission avait été mal étiquetée, ni la sienne si le garçon s'était jeté sur sa trajectoire. Enfin… Il estimait que, à ce niveau, ce n'était que du détail pour le chūnin.

« Nan Iruka, il n'est pas seulement question de ce soir, mais de toutes les autres petites choses également. Mis bout à bout, ça fait beaucoup. Et c'est franchement limite, un peu bizarre, cette proximité entre un élève et son professeur… »

Voyant le plus jeune afficher un visage rouge de colère, il comprit qu'à nouveau, il venait de perdre une belle occasion de la boucler...

« Comment oses-tu faire passer ça pour quelque chose de malsain ?! Tu n'es vraiment qu'une espèce de… Carrément, les mots me manquent pour t'insulter ! » ragea-t-il en ramassant ses affaires de cours.

« Attends, ne le prends pas comme ça… »

« Et je dois le prendre comment ?! Tu m'insultes pratiquement d'être un détraqué sexuel, ce qui est franchement ironique de ta part, admettons-le ! De toute façon, avec toi, c'est toujours pareil : tout tourne toujours autour de la ceinture. Tu ne sais pas ce que c'est qu'aimer. Et je parle bien d'aimer avec un grand A ! Tout le monde dans ce village sait que Naruto est comme un fils pour moi, tout le monde sauf toi, de toute évidence ! »

Il fit claquer son pot à stylo sur sa table basse avant de partir dans sa chambre et de revenir avec une couverture et un oreiller.

Il lui jeta le tout sur le canapé.

« Je dors avec Naruto ce soir. Toi, tu fais comme tu veux. »

« Ah oui, carrément… »

« Oui, carrément oui ! Toi, tu as besoin de moi pour te vider les couilles. Lui, il a besoin de moi tout court. Tu ne m'en voudras pas de prioriser. » rétorqua-t-il sarcastique avant de claquer la porte.

Kakashi disqualifié - Victoire pour Naruto.