Hello les filles !

Voici la suite ;) Bonne lecture à vous =)

Rar

Guest : La suite dimanche et de bonne heure, grâce au changement d'heure ;) J'adore écrire les passages où Severus ne peut plus jouer de son autorité sur notre petite lionne, lui qui est toujours dans le contrôle, je trouve cela très sympa à travailler x) Bonne lecture !


Elle avait accepté son offre. Et aussi de rester à l'hôpital, de fait.

Jamais elle n'aurait pensé accepter de prolonger son séjour entre ces murs monochromes qu'elle ne supportait plus et pourtant, elle l'avait fait.

Et elle n'en regrettait rien.

Mieux, elle avait l'impression de revivre.

Elle s'était tue pour trouver la paix, presque cinq mois plus tôt, mais n'avait pas réalisé à quel point sa solitude était grande depuis, alors même qu'elle était pourtant constamment entourée à l'hôpital.

Converser avec lui était… grisant. Exaltant. Surréaliste, mais elle commençait à s'habituer à toutes ces choses farfelues que permettait la magie, en continuant de se demander parfois si elle avait réellement fait partie de ce monde un jour, ou si tout ceci n'était pas qu'une vaste supercherie.

Pour l'heure, toutefois, elle se fichait bien de savoir si elle avait véritablement été une sorcière talentueuse ou non.

Après des mois de mutisme, elle avait enfin trouvé quelqu'un à qui parler !

Elle attendait chacune de leur rencontre avec impatience, songeant déjà à ce qu'elle pourrait lui demander ou lui dire pour l'asticoter. Charrier le sorcier était devenu sa nouvelle passion. Son esprit était vif et tranchant, et il maniait l'ironie comme personne. C'était un tel plaisir de converser avec lui, qui ne s'encombrait jamais de politesses inutiles, et ne s'inquiétait pas de dire les choses sans détour.

Toutefois, leurs discussions ne duraient jamais bien longtemps. Quelques minutes, une quinzaine tout au plus. L'usage de cette magie atypique fatiguait rapidement le sorcier, qui était encore lui-même en convalescence, comme le lui avait rappelé Neals au lendemain de sa décision de rester à l'hôpital. L'orthomagiiste n'avait d'ailleurs pas caché ses réticences à l'usage de la légilimancie, inquiet concernant les risques que cela comportait pour elle autant que pour le Serpentard. Ce dernier avait toutefois balayé ses protestations d'une remarque cinglante et le médecin n'avait plus bronché. Hermione avait arqué un sourcil, effarée par l'efficacité de ses sarcasmes. Décidément, il avait un don pour réduire les gens au silence.

- Il n'y a qu'avec vous que cela ne fonctionne pas, malheureusement, avait raillé le Serpentard en avisant son regard impressionné.

- Est-ce que cela fonctionnait, lorsque j'étais votre élève? Avait-elle demandé, curieuse.

Il avait pris le temps de la considérer un instant, et il s'en était fallu de peu pour qu'elle ne rougisse sous son regard scrutateur.

- Pas suffisamment à mon goût, avait-il finalement lâché, un brin contrarié, tandis que la jeune femme se fendait d'un sourire amusé.

Ce jour là, au terme d'une batterie d'examens interminables et d'une séance de légilimancie sous la supervision de Neals, ce dernier avait fini par admettre que l'idée n'était finalement pas mauvaise. De ce qu'il avait pu établir, sa magie ne s'exprimait pas réellement lorsqu'elle communiquait avec le sorcier par le biais de son esprit. C'était surtout Severus qui alimentait la connexion par sa propre magie, ce qui expliquait aussi que l'expérience soit plus éreintante pour lui que pour elle. Toutefois, le médecin avait bon espoir que cela puisse aider au retour de ses pouvoirs. Neals avait finalement donné son aval pour qu'ils puissent user de ce moyen de communication en dehors de sa supervision. Au regard agacé que lui avait lancé l'ancien professeur, il semblait évident qu'il ne se serait pas arrêté à un refus de sa part, néanmoins.

Au fil des jours, Severus lui avait appris à discipliner son esprit, autant pour lui faciliter la tâche que pour éviter qu'elle ne les entraîne tous les deux dans les profondeurs obscures de son subconscient. Hermione s'y était appliquée rigoureusement, répétant sans relâche les exercices de respiration et de concentration qu'il lui avait expliqués.

Évidemment, lui aussi avait posé ses conditions.

La première d'entre elle avait été qu'elle ne devait pas le bombarder de questions. A priori, c'était quelque chose qu'elle faisait très souvent dans son ancienne vie, et cela l'insupportait grandement. Elle l'avait cru bien volontiers, car elle débordait en effet de questions, si bien que cette clause n'était pas facile à respecter.

Aucune ne l'était, en réalité. Car il avait également exigé qu'elle ne fasse pas preuve d'insolence à son égard. De prime abord, elle n'avait pas trouvé là matière à discuter, car elle ne se trouvait pas particulièrement irrespectueuse. C'était toutefois sans compter la susceptibilité de cet homme, qui s'offusquait d'un rien. Combien de fois s'étaient-ils pris le bec pour une remarque un peu narquoise ou un regard moqueur ? Plus de fois qu'elle le pensait possible en une semaine, c'était certain!

Il lui avait également interdit d'essayer d'entrer dans son esprit, comme elle l'avait fait quelques jours plus tôt pour essayer d'établir elle-même la connexion. Elle avait accepté, évidemment, comme le reste. Avait-elle réellement le choix, de toute façon ? Bien sûr que non. Néanmoins, l'idée n'en restait pas moins tentante pour autant. Le soir, quand elle repensait à leurs échanges de la journée, elle se demandait souvent ce qu'il pouvait bien penser, de son côté. Au fond, c'était un peu injuste qu'il soit le seul à pouvoir accéder à son esprit. Il y avait tellement de choses qu'elle aurait aimé savoir à son sujet!

Comment avait-il survécu à toutes ces années d'espionnage dont Harry lui avait parlé, réussissant l'exploit d'être à la fois le bras droit du tyran qui avait terrorisé la société sorcière toute entière, et le pilier de l'ancien directeur de l'école qui avait placé sa confiance en lui? Il fallait être doté d'une force de caractère sans commune mesure pour survivre à cela! D'ailleurs, qu'avait-il prévu de faire, lorsqu'enfin il sortirait de cet endroit? Elle était curieuse de savoir ce qu'un sorcier doté d'une telle puissance pouvait bien envisager de faire de sa vie, après un tel conflit!

D'autres questions, moins officielles, lui trottaient souvent dans la tête également. Avait-il une famille, en dehors de ces murs ? Il ne recevait jamais de visite autre que celle de Minerva, mais peut-être ne s'entendait-il plus avec ses proches, ou les avait-il perdus durant la guerre. Pourquoi était-il devenu professeur, puisqu'il était évident qu'il n'avait pas une once de patience, et qu'il ne regrettait pas le moins du monde ses élèves. D'ailleurs, la trouvait-il vraiment si insupportable qu'il le disait ? Avait-elle été si agaçante que cela, du temps de sa scolarité, ou l'était-elle toujours à présent ? Minerva lui tenait le discours inverse, si bien qu'Hermione ne savait plus à quel Saint se vouer.

D'ailleurs, la nouvelle du report de son départ de St Mangouste avait rapidement fait le tour de l'hôpital, de même que l'autorisation du Docteur Curam concernant l'usage de la légilimancie entre elle et le patient le plus acariâtre de l'hôpital, tous services confondus. Tout le monde y allait de son petit commentaire, à croire que beaucoup oubliaient qu'elle n'était pas sourde, mais seulement temporairement muette.

Les plus jeunes aides-soignantes, qui étaient pour la plupart effrayées par le sorcier, avaient compati, tandis que les plus âgées trouvaient cela tout à fait amusant. Le Docteur Curam ne semblait toujours pas s'être remise de l'affront, elle qui avait passé cinq mois à tenter de convaincre ses parents de la laisser dans son service, tandis qu'il n'avait fallu que cinq minutes au sorcier pour y parvenir. Estella l'avait prévenue que ce n'était pas une raison valable pour passer encore plus de temps au service du premier étage. Allan, pour sa part, semblait beaucoup s'amuser de la situation.

- Eh bien, je vais finir par croire que vous ne pouvez plus vous quitter, tous les deux ! Est-il donc de si bonne compagnie que cela, pour que tu t'obstines à descendre ici presque tous les jours ? Allez, vas-y, je ne dirais rien pour le couvre-feu, avait-il ajouté avec un sourire conspirateur un soir où il l'avait croisée dans les couloirs du premier étage après le dîner. En revanche, chacun dans sa chambre pour cette nuit, c'est clair ? Une fois, pas deux !

Hermione avait piqué un fard, avant de passer son chemin pour rejoindre la chambre du sorcier. Si Allan avait su ! Elle en était déjà à deux nuits hors de sa chambre, en réalité !

Quant à ses proches, eh bien, les réactions avaient été aussi diverses que variées.

Ses parents semblaient contents qu'elle ait quelqu'un avec qui communiquer, même s'il était évident qu'ils auraient préféré qu'elle leur parle à eux plutôt qu'à un parfait inconnu, par esprit interposé qui plus est. Minerva lui avait conseillé, les lèvres pincées et l'expression un peu vexée, mais non dépourvue de douceur, de ne pas se laisser impressionner par le caractère de son collègue et de ne surtout pas hésiter à le remettre à sa place en cas de besoin. Elle avait toutefois précisé, avec une certaine affection dans la voix, que «Severus avait beau avoir l'amabilité d'un troll, il n'était toutefois pas un mauvais garçon». Hermione avait compris que c'était sa façon à elle de dire qu'elle se réjouissait malgré tout de leur association.

Luna, Harry et Neville, qui étaient passés la voir le week-end suivant ses premières discussions par légilimancie, avaient longuement débattu à ce sujet. Neville avait manqué tomber dans les pommes en apprenant que son ancien professeur de potions était de nouveau en mesure dans lire dans les pensées, tandis que Luna s'était perdue dans une phrase tarabiscotée dont personne n'avait saisi le sens. Il y était question de magie dépourvue d'artifices, de masques qui ne pouvaient pas être portés et de liens vertueux. Heureusement que personne n'avait le décodeur pour traduire, parce que le regard malicieux qu'elle avait adressé à Hermione à la fin de sa remarque avait soudain fait craindre à la demoiselle qu'elle n'ait percé à jour le béguin qu'elle nourrissait pour son seul et unique interlocuteur.

Heureusement, Harry avait enchaîné en assurant qu'il avait toute confiance envers le Professeur Rogue, ce qui avait fait perdre à Neville le peu de couleurs qui lui restait, et fait sourire Rémus qui avait accompagné les trois étudiants. Ce dernier, dont on lui avait dit qu'il était loup-garou mais qu'elle n'imaginait définitivement pas couvert de poils et hurlant à la mort à la pleine lune, avait semblé amusé des commentaires qu'il venait d'entendre.

- Vous savez, quand on le connaît un peu, Severus n'est pas si désagréable, avait-il dit en tendant une barre chocolatée à Neville, dans le but de lui redonner un peu de couleurs, sans doute.

- Le souci c'est que Rogue ne laisse personne le connaître, à moins d'y être contraint d'une façon ou d'une autre, avait marmonné Harry.

- Est-ce que l'on peut considérer qu'il y est contraint, avec Hermione, puisqu'ils sont tous les deux obligés de rester ici pour leur convalescence ? Avait interrogé Neville entre deux morceaux de barre énergétique.

- Je ne pense pas, non, avait répondu Luna de sa voix enjouée. Après tout, c'est lui qui a soumis l'idée de la légilimancie.

- Sérieux Hermione, tu pourrais au moins nous dire comment il est, quand vous… échangez ? Avait hasardé le fils d'Alice et Franck, hésitant sur le mot à employer.

La Gryffondor avait ravalé un sourire amusé et avait observé ses amis avec une expression contrite. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas leur parler, vraiment. Pour le coup, elle aurait véritablement aimé participer à la conversation. Mais elle doutait que le sujet serait resté le même si jamais elle avait ouvert la bouche. Nul doute qu'on lui demanderait aussitôt de quoi elle se souvenait, du pourquoi elle avait mis tant de temps à parler, et de comment elle vivait le fait de ne plus avoir de magie. Elle ne voulait pas de toutes ces questions, de l'inquiétude et de la déception qui ne manqueraient pas envahir leurs regards lorsqu'elle leur avouerait qu'elle ne se souvenait toujours pas de leurs années d'étude ensemble. Cette angoisse l'étouffait littéralement, réduisant à néant toute tentative d'articuler trois mots.

- Harry peut nous le dire, lui aussi a testé la magie de l'esprit avec le professeur Rogue, avait dit Luna.

Hermione avait relevé un regard étonné vers son ami, ignorant cette information. Ou peut-être l'avait-elle eue, à un moment donné, et s'était-elle perdue dans les méandres de sa mémoire défaillante.

Le jeune homme avait grimacé. De toute évidence, l'expérience n'avait pas été bonne.

- C'était affreux, avait-il affirmé sans l'ombre d'une hésitation. J'espère vraiment qu'il se montre plus sympa avec toi, Hermione.

- Oh ne t'inquiète pas Harry, je suis certain que tout se passe pour le mieux et que Severus est tout à même de faire preuve de… délicatesse, avec Hermione, avait souri derechef le lycanthrope supposé en jetant un coup d'œil malicieux du côté de la Gryffondor.

De toute évidence, Rémus savait plus de choses qu'il n'en disait, mais quoi ? Elle aurait été bien en peine de poser la question. Connaissait-il le redoutable Serpentard depuis plus longtemps que ses amis ? Elle savait qu'ils avaient été collègues, mais peut-être y avait-il eu plus que cela.

Toujours était-il qu'au mot «délicatesse» associé au prénom du sorcier ténébreux, Harry avait ouvert des yeux ronds et Neville manqué s'étrangler avec sa barre chocolatée. Luna, quant à elle, avait opiné vigoureusement en rendant son sourire à Rémus. Hermione avait baissé la tête pour lisser un pli imaginaire sur son jean, espérant ainsi dissimuler la rougeur qui avait gagné ses joues. Jusqu'à présent, Severus n'avait pas véritablement fait montre d'une grande délicatesse, mais elle savait qu'il n'en était pas dépourvu. Il lui suffisait de repenser à la nuit qu'elle avait passée avec lui, juste après qu'il l'ait sortie de ses cauchemars, trois semaines plus tôt, pour s'en assurer. La façon dont il avait finalement passé un bras autour d'elle avant de s'endormir, et comment il avait plongé son visage dans ses cheveux, le lendemain, lorsqu'il avait retrouvé les sensations dans ses jambes.

Non, vraiment, on ne pouvait pas dire que Severus Rogue était un homme dépourvu de cœur et de sensibilité. Il le cachait juste très bien.

Trop bien, peut-être.

OoOoO

- Encore trois fois, poussez sur ma main. Trois... Deux... Voilà, parfait. Redressez-vous. On va réessayer de passer en position assise sur le bord du lit sans s'aider des bras, à présent.

Peter s'était levé, et avait rapproché le fauteuil roulant du lit de massage où était allongé Severus. Le Serpentard s'était redressé sur son séant, et avait fixé ses jambes un instant, doutant soudain de leur capacité à réussir ce mouvement seules. Il s'était toutefois lancé, et avait réussi sans trop de peine à faire glisser ses jambes jusqu'au bord du lit, où ses pieds avaient basculé dans le vide sans qu'il n'ait eu besoin de s'aider de ses mains pour mobiliser les membres. Il n'avait pu empêché un soupir soulagé de lui échapper. Enfin!

- C'est super ça! S'était enthousiasmé Peter. On va continuer de muscler tout ça quelques jours et si ça se passe bien, je pense qu'on pourra envisager la posture verticale dès la semaine prochaine.

- Et ensuite ? Avait interrogé Severus, dissimulant mal son impatience.

- Ensuite, on passera aux exercices sur les barres de marche, puis sur le pont avec les escaliers, pour solidifier les acquis, et vous pourrez quitter votre fauteuil progressivement pour les béquilles, en fonction de votre progression.

- Les béquilles, avait répété le Serpentard dans un murmure défaitiste.

Peter avait posé un main compatissante sur son épaule. Un bref instant seulement, car il savait son patient allergique aux contacts.

- Cela sera sans doute temporaire, le temps que vous retrouviez votre équilibre et la force de vos jambes. Votre progression est déjà énorme, au vu de votre traumatisme. Sans compter que nous sommes retardés par les crises de douleur régulières, il ne faut pas se précipiter au risque de dépasser votre seuil de tolérance.

L'ancien espion avait acquiescé en silence d'un hochement de tête distrait, tandis que son regard se portait sur les barres de marche, situées un peu plus loin dans la pièce. Après deux mois et demi cloué dans son lit, puis sept semaines de fauteuil roulant, cet appareil était parti pour être son prochain instrument de torture pour les jours à venir.

- Le nouveau remède qu'a tenté le Docteur Ausstein vous soulage t-il davantage ? Avait demandé le kinésithérapeute.

Severus avait de nouveau hoché la tête, négativement cette fois.

- Absolument pas. Il me fait perdre davantage conscience, rien de plus. Je ne me fais guère d'illusion. Sans échantillon exploitable du venin à l'origine des spasmes, il n'y a aucune chance de trouver un antidote efficace, avait-il dit, amer. Tous ces tâtonnements pharmaceutiques ne sont rien de plus qu'une tentative de détournement de la part de vos alchimistes pour justifier le salaire qu'il touche à la fin du mois en prétendant concocter des remèdes efficaces.

Depuis le temps qu'il le suivait en rééducation, Peter commençait à être rodé aux remarques lapidaires du Serpentard à propos de l'incompétence de ses collègues du service R , aussi n'avait-il pas relevé. Il avait toutefois adressé un regard plein de sollicitude à son patient tandis que ce dernier regagnait son fauteuil roulant.

- Neals m'a dit que vous faisiez des progrès remarquables avec votre magie, dernièrement, avait-il repris, désireux d'orienter la discussion sur un sujet positif. Cela facilitera grandement les choses pour votre quotidien, en attendant de pouvoir remarcher normalement.

- Oui, ou jusqu'à la fin de ma vie, si cela n'arrive jamais, avait rétorqué le Serpentard, incisif.

Peter avait levé les yeux au ciel, sidéré de tant de pessimisme.

- Bien-sûr, avait-il répondu, ironique. En tout cas, force est de constater que vos séances de légilimancie avec Hermione ont plus d'un effet bénéfique !

- Je vous demande pardon ? Avait vivement demandé l'ancien espion en faisant volte face.

Peter s'était interrompu, interloqué par son air effaré.

- Eh bien, oui. Cela vous permet d'affiner votre magie en vous exerçant avec elle. Quant à Hermione, il est évident qu'elle semble beaucoup plus en forme depuis que vous avez commencé à communiquer avec elle.

Severus avait été tellement saisi qu'il n'avait rien répondu, se contentant de répondre machinalement quand le médecin l'avait salué pour accueillir son patient suivant. Il avait regagné les ascenseurs sans même prêter attention aux personnes qu'il croisait, perdu dans ses pensées.

Peter n'avait pas tord. Du moins en ce qui concernait l'influence positive de ses séances de légilimancie avec Granger sur sa propre magie. Même si ces sessions étaient courtes, elles n'en restaient pas moins énergivores pour lui, et lui demandaient toute son attention. Il ne s'agissait plus de simplement remplir un verre d'eau avec Neals. En cas d'échec, de perte de contrôle ou de sursaut de magie incontrôlé, le risque ne se résumait pas à faire couler un peu d'eau sur le sol. Le moindre faux pas pouvait leur coûter cher, à Granger comme à lui, aussi se devait-il de dispenser une prestation rien de moins que parfaite.

Cela l'obligeait à se montrer précis et rigoureux. Sa magie, qui avait fait des siennes à plusieurs reprises avec Neals, provoquant plus d'une inondation dans la salle d'entraînement du sous-sol, semblait se canaliser en se projetant vers l'esprit de la jeune femme. Comme si inconsciemment, elle savait qu'il fallait faire attention et se montrer délicate. De fait, les séances avec Neals s'en trouvaient grandement facilitées.

Ces séances de légilimancie étaient d'autant plus efficaces qu'elles s'avéraient être bien plus régulières que ce qu'il avait prévu initialement. Contre toute attente, alors qu'il avait même songé un moment que la jeune femme serait peut-être effrayée de parler avec lui, il n'en était rien. Si leurs premiers échanges avaient certes étaient assez formels et accompagnés de timidité en ce qui concernait la jeune femme, les choses avaient bien vite changé. Une semaine à peine après le début de leur communication non verbale, la Gryffondor avait non seulement gagné en aisance et en agilité dans la pratique de l'occlumancie, mais également en assurance.

Il ne rencontrait plus aucune difficulté à accéder à son esprit, preuve qu'elle avait réussi à dompter le flot tumultueux de ses pensées parasites en un temps record. De son côté, elle ne montrait plus aucune hésitation à l'idée de parler avec lui, si bien que cela avait plusieurs fois mené à quelques tensions. Severus avait posé comme condition qu'elle ne se montre pas insolente, mais force était de constater qu'elle l'était. Ou peut-être était-ce lui qui prenait tout mal, car lorsqu'il avait évoqué le sujet avec Minerva le week-end suivant, l'animagus l'avait gratifié d'un sourire narquois.

- Hermione, arrogante ? Je crois surtout que vous avez passé trop de temps seul ces dernières années, et que vous avez oublié ce qui constitue les véritables conversations, avec des personnes réelles et dénuées de mauvaises intentions. Peut-être auriez-vous préféré communiquer ainsi avec Mr Goyle ou encore Miss Parkinson ? Je ne doute pas que leurs conversations auraient été des plus distrayantes ! Avait-elle raillé, moqueuse.

Severus n'avait pas répondu et s'était renfrogné, ne doutant pas de sa dernière remarque. Etait-il seulement possible d'entrer dans un esprit aussi vide et dépourvu inintelligence que celui du fils Goyle ? Mieux valait ne pas le savoir !

L'esprit de Granger, même s'il comportait quelques trous, était toujours en effervescence. Un peu comme le sien, d'ailleurs, du temps où il disposait de toutes ses capacités magiques et intellectuelles. Hormis le fait que la magie n'y était plus présente, les pensées de la jeune femme étaient toujours en mouvement. C'était d'ailleurs une chance qu'elle se montre si douée en occlumancie, car dans son état, Severus n'aurait pu rester indemne bien longtemps dans le cas contraire.

La demoiselle avait toujours quelque chose à dire. A demander. Une remarque amusée à faire, une question à poser. Elle était curieuse d'à peu près tout, et d'une humeur souvent enjouée qui déstabilisait Severus, guère habitué à ce genre d'attitude ouverte et positive. Même s'il la connaissait depuis de nombreuses années, le Serpentard aurait été incapable de dire si cela lui était naturel ou non. En soi, il n'avait jamais réellement su comment elle était en dehors des cours, et il avait été plutôt difficile de déterminer son humeur lorsqu'elle ne communiquait pas.

Toutefois, de là à mettre son enthousiasme sur le compte de leurs conversations en légilimancie ? Non, vraiment, il n'y croyait pas. Même si Peter et Neals avaient l'air sûrs d'eux, il voyait mal comment quelqu'un, même dans l'incapacité de parler avec d'autres personnes que lui, aurait pu apprécier d'échanger avec lui.

Et pourtant… pourtant ce jour-là, lorsqu'il avait ouvert la porte de sa chambre, il n'avait pas été surpris d'y trouver la jeune femme. Pelotonnée dans le fauteuil près de sa fenêtre où elle avait pris ses habitudes, elle était plongée dans la lecture d'un quelconque bouquin, tellement absorbée par l'histoire qu'elle n'avait même pas prêté attention à l'ouverture de la porte. Severus avait senti une pointe d'agacement le traverser, comme chaque fois qu'il trouvait qu'elle faisait preuve d'insolence. Toutefois, ces fulgurances étaient de plus en plus brèves, et s'il avait roulé des yeux d'un air excédé, cela avait été plus par habitude que par réelle exaspération.

- Qu'est-ce que vous faites encore là ? Avait-il maugréé sans prendre la peine de s'annoncer.

Après tout, il était chez lui! Il n'avait pas à s'inquiéter de la prévenir de son retour ou non. Et puis, c'était bien plus plaisant de la voir sursauter ainsi, lâchant presque son bouquin de surprise avant de le rattraper en catastrophe pour ne pas perdre sa page, marquant l'emplacement d'un signet en papier, avant de relever les yeux vers lui. Le regard qu'elle lui avait lancé n'était ni coupable ni fautif, peut-être un peu contrit, mais c'était tout. Par Salazar, cette gamine était vraiment devenue d'une arrogance sans borne!

- Une certaine «Professeur Vector» est passée me voir, en début d'après-midi, avait-elle expliqué en haussant les épaules. Elle a dit qu'elle était professeur de… d'arithmétique, ou quelque…

- D'arithmancie, avait machinalement corrigé Severus en levant les yeux au ciel.

- Oui, voilà. Je n'ai pas exactement compris en quoi cela consistait mais passons. Je vous épargne le discours habituel sur le fait qu'elle soit désolée pour moi…

- S'il vous plaît, avait-il commenté, ironique.

Lui non plus n'en pouvait plus de la sollicitude et de la pitié dans le regard de tous les gens qu'il croisait de près ou de loin.

- Bref, avec le petit monsieur de la dernière fois, la professeur de botanique et Minerva qui vient régulièrement, j'ai l'impression que tous les enseignants de l'école se sont donné le mot pour me rendre visite. Du coup, je me demandais… j'étais comment, comme élève?

Severus, qui était passé dans la salle de bain pour se rafraîchir après sa séance de kinésithérapie, avait manqué s'étrangler avec sa propre salive à cette question. Heureusement, la Gryffondor n'avait pu remarquer son trouble, depuis le fauteuil où elle était installée.

- Demandez ça à Minerva, ou mieux encore, à Lupin ! Avait-il répondu avec dédain, clairement pas disposé à jouer les psychanalystes.

Malheureusement, en plus d'être arrogante, Granger était d'une opiniâtreté sans égal.

- C'est votre réponse qui m'intéresse. Je soupçonne Minerva de vouloir me ménager en espérant que je retrouve la mémoire plus rapidement. Quant à Rémus, il n'est pas objectif, puisque c'est un ami.

Le Serpentard avait roulé des yeux dans la petite salle d'eau, exaspéré. En même temps, elle n'avait pas tord. Ni Minerva ni Lupin ne seraient objectifs sur la question, tout Gryffondor qu'ils étaient!

- Vous étiez agaçante, avait-il assené sans détour. Toujours à prendre la parole à tord et à travers, même quand vous n'y étiez pas invitée. Vous adoriez ramener votre fraise et étaler votre science à tout va pour vous attirer les louanges de mes collègues, qui étaient encore assez stupides pour tomber dans le panneau. Je ne crois pas avoir eu une élève plus horripilante que vous en quinze ans de carrière!

Tout à sa diatribe, il n'avait pas prêté attention au léger remous qui avait agité le lien psychique entre l'esprit de la jeune femme et le sien, et ce n'est que lorsque le claquement feutré caractéristique de la porte de la chambre lui était parvenu qu'il avait réalisé que l'esprit de la Gryffondor s'était retiré. Lorsqu'il avait avancé jusqu'au seuil de la salle de bain, cela avait été pour constater que le fauteuil près de la fenêtre était vide.

OoOoO

Granger n'avait refait d'apparition ce jour-là, même après le dîner, alors qu'il n'était pas rare qu'elle redescende dans sa chambre pour jouer aux échecs ou aux cartes avec lui. Severus s'en était trouvé étonnamment agacé. Quatre heures après sa disparition, alors qu'il semblait évident qu'elle ne pointerait plus le bout de son nez pour la journée, il avait tenté de se convaincre qu'il se fichait bien de l'avoir vexée. Qu'elle fasse la gueule si elle voulait, après tout! Cela lui ferait des vacances, et il pourrait enfin se reposer sans avoir à utiliser sa légilimancie.

Seulement voilà, l'agacement l'avait envahi à ce constat. Par Merlin, voilà que Granger était susceptible en plus d'être exaspérante! A quoi s'était-elle attendue, au juste, en lui posant ce genre de question? Si elle n'avait pas compris, après toutes ces semaines passées en sa compagnie, qu'il n'était pas du même acabit que Minerva ou Lupin, c'est qu'elle n'était décidément pas futée!

La matinée du lendemain s'était écoulée sans qu'aucune tignasse brune ne passe le pas de sa porte. Lorsqu'il avait rejoint sa chambre après sa séance avec Neals, il avait presque été déçu de constater que le fauteuil à côté de la fenêtre était vide. Seulement presque, néanmoins. Il ne fallait pas exagérer, non plus.

Peter, qui avait un nouvel assistant depuis quelques jours, était passé pour superviser une dernière fois le massage quotidien de ses jambes, dispensé par le jeune apprenti. Ce dernier, tout à son travail, n'était guère bavard. Peter, en revanche, avait tout le loisir de discuter, à présent qu'il n'avait plus qu'à faire inspecteur des travaux finis. Le sorcier était d'ailleurs entrain d'évoquer ses vacances à venir quand la porte de la chambre s'était ouverte brusquement après deux coups rapides frappés contre le panneau, sans que personne n'ait pris le temps d'attendre la permission de rentrer.

Le pas de la porte s'était obscurcie de la silhouette d'une infirmière entre deux âges, sans doute pas beaucoup plus âgée que Severus, mais qui partageait avec lui son air austère et sévère. Ses cheveux bruns coupés courts venaient renforcer les traits anguleux de son visage, lui conférant une expression plus furieuse encore que celle qu'elle arborait présentement. Car il avait été évident pour les trois hommes présents dans la pièce qu'elle n'était pas de bonne humeur.

- Estella, qu'est-ce que…? Avait commencé Peter, surpris, tandis que son apprenti interrompait ses soins.

- Vous ! Avait grondé la soignante en se dirigeant droit vers Severus, pointant sur lui un doigt accusateur. Qu'est-ce que vous êtes encore allé dire à Hermione?

Le Serpentard s'était hérissé de tout son être à la seule vue de cet index dénonciateur orienté vers lui. Il avait même cru un instant que l'infirmière de Granger allait pousser l'audace jusqu'à lui enfoncer son doigt dans les côtes, mais elle s'était heureusement arrêté à deux pas de distance du lit, sans doute tempérée dans son courroux par l'expression ahurie du stagiaire de Peter.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? Avait-il grondé en fusillant l'infirmière du regard.

- Oh ne faîtes pas l'innocent avec moi ! avait rétorqué la petite brune sur le même ton. Vous connaissant, vous avez encore dû lui servir l'une de ces remarques acerbes dont vous avez le secret! Cette pauvre jeune fille a à peine touché à son assiette ce midi, ou même ce matin !

- Vous ne me connaissez pas, avait sifflé Severus en retour, furieux.

L'infirmière avait émis un reniflement dédaigneux et suffisant.

- Bien-sûr que je vous connais ! Tout le personnel vous connaît, Monsieur-le-résident-le-plus acariâtre-de-l'hôpital ! Tout le monde, sauf Hermione, peut-être, puisque qu'elle ne garde aucun souvenir de vous et de votre caractère exécrable. Peut-être serait-il bon pour vous de ne pas lui remémorer trop vite à quel point vous pouvez être venimeux, Mr Rogue ? Sans mauvais jeu de mots avec ce qu'il vous ait arrivé, bien-sûr, avait-elle ajouté, dégoulinante d'ironie, avant de faire demi-tour et de sortir de la pièce dans un claquement de porte agacé.

Derrière elle, la température avait semblé baisser de plusieurs degré dans la chambre du Serpentard, tant le regard de ce dernier était devenu glacial aux mots de l'infirmière. Jason, l'apprenti de Peter, lui avait lancé un coup d'œil hésitant, visiblement anxieux à l'idée de reprendre ses manipulations à présent qu'il était d'une humeur massacrante. Peter, avec sa nonchalance habituelle, avait mis les deux pieds dans le plat.

- Qu'est-ce que vous avez dit à Hermione ? Avait-il demandé, curieux.

Severus lui avait lancé un regard sombre, agacé par son air indubitablement amusé.

- Rien de moins que la vérité. Elle m'a demandé quel genre d'élève elle avait été à Poudlard et je lui ai dit ce que j'en pensais, avait-il répondu, agacé.

Peter avait échangé un coup d'œil avec son apprenti.

- A savoir ? Avait-il interrogé encore.

- Quelle agaçante Je-Sais-Tout elle avait toujours été!

Le kinésithérapeute avait laissé échapper une exclamation sidérée tout en levant les yeux au ciel, manifestement ahuri par sa réponse.

- Oh bon sang, vous n'avez quand même pas dit ça ?! Severus, pardon mais… parfois je me demande si vous n'êtes pas aussi un petit peu handicapé des relations humaines !

- Je vous demande pardon ?! Avait vivement réagi le Serpentard, aussi saisi que furieux.

Peter avait lancé un regard à son apprenti, cherchant son soutien devant l'ampleur de ce qu'il allait devoir expliquer. Jason avait détourné les yeux, peu disposé à l'aider sur ce point. Le kinésithérapeute avait soupiré, exaspéré de ce manque de courage.

- Enfin ce n'est pas compliqué à comprendre, si ? Hermione passe presque tout son temps libre avec vous, et vous êtes le seul avec qui elle a accepté de communiquer, jusqu'ici…

Il avait fixé l'ancien espion avait insistance, semblant espérer qu'il additionnerait deux et deux et comprendrait… comprendrait quoi, au juste ? Bon sang, mais ce qu'ils pouvaient être agaçant, tous ces médecins et autres infirmiers, à se mêler de ce qui ne les regardait pas ! Ce n'était pas parce qu'il était coincé ici avec eux depuis des mois qu'ils étaient légitimes à mettre leur grain de sel partout, nom de Dieu !

En face de lui, Peter avait semblé se décomposer davantage, ce qui avait mis Severus d'humeur encore plus chafouin. Pour un peu, il avait presque eu l'impression d'être face à un professeur atterré par le niveau de bêtise de l'un de ses élèves, et cette analogie n'avait pas été pour lui plaire!

- Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Avait-il âprement demandé, excédé.

- Doux Jésus, je vais finir par demander une nouvelle analyse de vos capacités intellectuelles !

- Je ne vous permets pas ! Avait sifflé le Serpentard, ulcéré.

Peter l'avait ignoré, indiquant plutôt à son jeune apprenti la fin de la séance, puisqu'il semblait évident que Jason comme Severus n'étaient plus en état de poursuivre le massage, le premier étant bien trop effrayé par la colère du second. Le jeune kinésithérapeute avait rangé son matériel sans se faire prier, et avait même devancé son maître d'apprentissage dans le couloir. Peter avait lancé un regard entendu à son patient, dont les yeux sombres et emplis d'une colère sourde étaient fixés sur lui.

- Écoutez Severus, avait-il fini par soupirer, comme s'il se décidait enfin à faire l'explication de texte. J'ignore quels étaient vos rapports avec Miss Granger avant votre séjour ici _ bien que j'ai ma petite idée sur la question, au vu de votre réputation_ mais si vous n'avez pas compris qu'à présent vous avez revêtu une attention toute particulière à ses yeux, c'est que vous n'avez définitivement pas retrouvé vos plaines capacités cognitives. Ou que vous êtes idiot, ce dont je doute, avait-il précisé sous le regard scandalisé de son patient. Ou définitivement pas doué avec les femmes, ce qui est une éventualité non négligeable, avait-il encore ajouté avec un sourire amusé avant de sortir.

OoOoO

De toute évidence, elle était susceptible.

Cela lui faisait une belle jambe, de prendre conscience de cela. Elle ignorait si cela datait de son ancienne vie, de son ancienne elle, mais force était de constater que son actuellement version d'elle-même l'était. Oh! Ce que tous ces questionnements de double-personnalité commençaient à l'agacer! Passerait-elle le reste de sa vie à se demander si elle avait toujours était trop ceci ou pas assez cela, ou arriverait-il un jour où elle accepterait simplement d'être elle-même, avec ou sans mémoire?

Elle n'en savait fichtrement rien.

En attendant, elle avait été blessée malgré elle. Ce qui était ridicule, puisque c'était elle qui avait posé la question. Ne l'avait-elle d'ailleurs pas posée pour s'assurer que Minerva, Rémus, ainsi que tous les autres professeurs qu'elle avait vus défiler dans sa chambre n'exagéraient pas les choses? C'est qu'ils étaient bien gentils, à tous lui dire qu'elle avait été une élève modèle, mais cela ne l'aidait pas à s'en souvenir pour autant. Pire encore, elle ne prenait aucun plaisir à bachoter dans les livres de cours qu'on lui avait laissés dans sa chambre. Elle ne pouvait nier que tout cet univers qu'elle découvrait était intéressant, bien-sûr. Mais, eh bien, elle ne se sentait toujours pas concernée. De la même façon qu'elle écoutait les récits de Luna, Neville ou Harry avec politesse, sans trop y croire toutefois, comme une mère aurait écouté les récits fantastiques de son enfant en fin de journée.

Alors, devait-elle réellement croire qu'elle avait été une élève studieuse et disciplinée ?

De fait, elle avait posé la question au seul susceptible de lui livrer une version objective des faits, qui était également le seul avec qui elle acceptait de communiquer, soit dit en passant.

Elle connaissait son caractère taciturne et l'âpreté de ses remarques à l'emporte-pièce. Elle n'aurait pas dû être surprise de la réponse, au fond. Alors pourquoi ses mots lui avaient-ils tant pesé sur le cœur ? Elle l'ignorait. Toujours était-il que depuis la veille, elle avait perdu l'appétit et était d'humeur morose, ce qui n'avait pas échappé à Estella. Son infirmière, qui avait une fille de quelques années plus vieille qu'elle, semblait s'être attribué le rôle de mère de substitution en l'absence de ses parents, car elle veillait sur elle comme un dragon sur ses œufs. Et autant dire qu'à ses yeux, Severus Rogue ne semblait pas être quelqu'un de fort recommandable. Peut-être avait-il traumatisé sa fille à l'école, ou bien avait-elle déjà eu affaire à lui précédemment, car il était clair qu'elle voyait d'un très mauvais œil le temps qu'Hermione passait avec le ténébreux sorcier.

- Je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouves d'intéressant ! Ne cessait-elle de répéter chaque fois qu'Hermione revenait de sa chambre, parfois après qu'elle ait été elle-même l'y chercher pour lui rappeler ses rendez-vous. Il est cynique et méprisant. Crois-moi, si c'est de la compagnie que tu cherches, il y a bien mieux que lui! Ne voudrais-tu pas que je rappelle ton petit-ami ?

Hermione s'était hérissée tout à fait à la mention de Ron, et le souvenir houleux de leur dernière entrevue lui était revenu, clairement pas en faveur d'un rappel du rouquin. Elle avait décliné toutes les propositions d'Estella d'appeler ses amis, ou du moins ceux qui se disaient être ses amis, et dont elle ne se rappelait toujours pas dans quel contexte elle les avait connus.

L'infirmière avait chaque fois serré les lèvres dans une expression sévère digne de Minerva, mais n'avait pas manqué réagir en remarquant que sa protégée avait le moral dans les chaussettes après l'une de ses visites chez le Serpentard, trois étages plus bas. Hermione avait eu beau tenté de la retenir, elle s'était précipitée comme une furie dans la chambre de ce dernier dès le lendemain matin en scandant «il va m'entendre, ce bougre d'imbécile» !

Après ça, la jeune femme n'avait plus osé redescendre voir le sorcier, craignant sa réaction s'il s'était ainsi fait sermonner comme un enfant insolent. Cela lui avait encore plus miné le moral, de devoir rester dans sa chambre ou d'errer comme une âme en peine à travers l'hôpital, à la recherche d'une occupation ou de quelqu'un qui saurait lui changer les idées sans l'assaillir de mille questions sur son mutisme ou sa mémoire défaillante.

Par dépit, elle avait même pris le temps de lire un journal sorcier abandonné par son propriétaire à une table du salon de thé. Cela ne l'avait guère aider à se changer les idées, au vue des nouvelles pas toujours reluisantes qui y étaient narrées, notamment concernant la cavale de plusieurs anciens partisans de ce sorcier fou qui avait tenté de dominer le monde. L'image animée de l'une des sorcières extrémistes, qui illustrait l'article, lui avait fait froid dans le dos, et elle avait vivement refermé le canard, peu désireuse de s'attarder sur les autres informations qu'il contenait.

Son rendez-vous de l'après-midi avec le Docteur Curam, trois jours après sa dernière discussion avec le Serpentard, avait été un fiasco pire encore que les fois précédentes et le soir même, ses cauchemars étaient revenus.

OoOoO

Comme chaque fois, elle s'était retrouvée dans cette immense bibliothèque lugubre, pleine de vide et de craquements sinistres. Comme d'habitude, seule l'obscurité de la nuit était visible à travers les grandes fenêtres, et les éclairs qui striaient le ciel au dehors zébraient les rayonnages de raies lumineux par intermittences, soulignant les défauts du bois des étagères et les formes biscornues des livres posés dessus.

Depuis toujours, Hermione avait toujours aimé les livres et les bibliothèques, ces endroits tranquilles et un peu délaissés, regorgeant pourtant d'histoires et d'aventures pour qui prenait le temps de s'intéresser aux ouvrages que l'on y trouvait. Mais cette bibliothèque lui donnait plus envie de se carapater vite fait que de flâner entre les vieux grimoires. Pourtant, malgré cela, elle était incapable d'en sortir. Pire encore, elle semblait attirée comme un aimant vers le fond de la pièce, passant sans plus y faire attention devant tous ces représentations d'elle-même et tous ces mannequins, dont elle ne savait même plus s'ils étaient inspirés de personnes réelles ou sortis tout droit de son imagination.

Une fois de plus, elle s'était retrouvée devant la chaîne métallique qui séparait cette partie de la bibliothèque du reste de la pièce, à observer avec une angoisse grandissante les éclats lumineux qui émanaient du gouffre d'obscurité qui démarrait juste après cette maigre séparation. Il n'y avait ni cadenas ni verrou, et quelque chose lui soufflait qu'aucune alarme ne se déclencherait si elle franchissait cette barrière. Et pourtant, elle était restée plantée devant, tremblante de peur à la simple idée de détacher le lien qui barrait l'accès.

Ce n'était pas possible. Elle ne pouvait pas avoir réellement participé à tout ceci. Pas elle. Pas à son âge. Dans quelle école envoyait-on des élèves se battre contre des adultes plus expérimentés? Dans quelle école apprenait-on à se battre, pour commencer? Tout ceci était insensé, au moins autant que tous ces récits qu'on lui répétait, et dans lesquels elle était censée avoir joué un rôle capital. Ils se trompaient forcément. Elle n'était pas une sorcière, elle ne faisait pas partie de leur monde farfelu.

Le scénario de ce cauchemar étant toujours le même, on aurait pu penser qu'elle se ferait à l'idée et qu'au fil du temps, elle aurait eu le courage de passer outre ce cordon. Mais il n'en était rien. Pire encore, elle était toujours aussi effrayée par les cris et bruits de combat qui émanaient du fond de la pièce. Par ces voix suppliantes et ces cris barbares qui la hantaient même des heures après qu'elle se soit réveillée. Il y avait ces sanglots déchirants, ces murmures gémissants, et puis…

Et puis elle l'avait entendu. Ce rire dément et sadique, presque démoniaque, tout droit sorti de l'Enfer. Son corps s'était crispé tout entier en un réflexe de défense impossible à contrôler. Tremblante près du cordon, Hermione avait fixé le fond de la bibliothèque avec effroi, tandis qu'une silhouette semblait soudain prendre forme dans les volutes de fumée noire. Haute et maigre, elle avait émergé de l'obscurité sous une forme éthérée, tel un énième mannequin sans visage, habillé de sombres haillons . Les doigts étaient fins et pourvus d'ongles longs et taillés en pointe, et les dernières bandes de fumées accrochées au crâne s'étaient finalement enroulées pour former une longue crinière de boucles noires, emmêlées telles les branches d'un nid d'oiseau.

Il s'agissait de la femme du journal.

Hermione avait senti son cœur se glacer de terreur. Avant même que la silhouette ne soit sortie totalement de l'obscurité, elle avait fait demi-tour et avait couru. Le plus vite possible, sans se retourner. Elle avait pris ses jambes à son cou, bousculant l'armée de mannequins plus ou moins anonymes qui erraient dans son esprit amnésique, ignorant les regards curieux que ses doubles avaient levé sur elle. Elle avait tenté de s'éloigner de cette chose issue tout droit des tréfonds de sa mémoire tourmentée, mais chaque allée qu'elle empruntait la ramenait toujours vers la réserve et vers ce monstre qui s'approchait inexorablement du cordon de sécurité.

Avec une panique grandissante, elle avait forcé le pas, manquant trébucher plusieurs fois en passant à travers les nuées de notes volantes affolées par sa propre angoisse, et avait finalement percuté de plein fouet une étagère de livres qui s'était renversée en criant.

OoOoO

Severus n'avait pas vu Granger durant les jours suivants le sermon de son infirmière, et si dans un premier temps cela lui avait paru être une très bonne chose, il s'en était bien vite agacé. Par Merlin, elle commençait vraiment à lui courir, à se vexer ainsi pour un rien!

Et puis, deux jours après les paroles farfelues que lui avaient servies Peter, et alors qu'il était prévu qu'il se repose pour sa séance de kiné du lendemain et les premiers essais de postures verticales, Alice avait débarqué dans sa chambre. Il avait aussitôt compris en la reconnaissant que Granger était de nouveau perdue dans ses cauchemars. Avait-il songé un instant à se retourner dans son lit et à laisser la Gryffondor se dépêtrer avec ses songes? Absolument. Après tout, il ne lui devait rien. Et puis elle venait de passer trois jours à l'ignorer, et Dieu sait que Severus détestait être ignoré!

Évidemment, il n'avait pas fallu bien longtemps pour qu'il change d'avis, et se résigne à passer dans son fauteuil pour rejoindre le quatrième étage. Granger s'agitait déjà dans ses draps, mais seuls quelques gémissements plaintifs s'échappaient de sa chambre quand il était arrivé. Le Serpentard avait lancé un coup d'œil à Alice, saisi par cette faculté qu'elle semblait avoir de deviner quand la Gryffondor était au bord d'une nouvelle crise de terreur nocturne.

Comme la fois précédente, la mère de Neville Londubat l'avait abandonné sur le pas de la porte, refusant d'entrer tant que la jeune femme n'était pas réveillée. Severus avait pris soin de refermer derrière lui, cette fois, et s'était approché du lit sans dessus-dessous qui, s'il n'avait pas été renforcé par des enchantements de sécurité, n'aurait jamais pu retenir la demoiselle qui s'y débattait férocement.

Contrairement à la première nuit de cauchemars à laquelle il avait assisté, Severus avait contrôlé sa légilimancie, cette fois. Sans trop de surprise, il avait de nouveau atterri dans la bibliothèque de Poudlard, ou du moins ce qui s'en approchait le plus. L'orage grondait fort à travers les fenêtres de la pièce, signe que l'esprit de la jeune femme était particulièrement agité. Il n'avait pas pris le temps de s'étonner de la présence des mannequins anonymes qui déambulaient toujours entre les rayonnages, et avait chassé d'un revers de main les notes volantes qui l'avaient aussitôt assailli.

Granger ne se trouvait pas devant la réserve, cette fois.

En revanche, derrière la chaîne qui en barrait l'entrée, une silhouette familière avait attiré l'attention de Severus, qui s'était figé net, tous les sens en alerte. L'espace d'une seconde, dans un réflexe de défense dicté par vingt ans d'expérience, il avait cherché sa baguette dans sa manche, avant de se rappeler que tout ceci n'était pas réel, et qu'il n'était guère plus qu'une projection dans l'esprit de son ancienne élève. De la même façon que ce mannequin dont les traits, bien qu'un peu abstraits, représentaient sans erreur possible ceux de Bellatrix Lestrange.

Severus avait dégluti avec gravité. Il commençait à comprendre de quel genre de traumatisme souffrait Granger, à présent. Connaissant Bellatrix, son sadisme et sa haine des nés-moldus, il n'était pas difficile de deviner ce que sa présence dans l'esprit de la Gryffondor signifiait.

Circonspect, il avait observé l'alter ego de l'aînée des Black errer à l'orée du nuage de fumée qui masquait la bataille qui se déroulait au fond de la réserve. Parfois, le mannequin s'approchait de la chaîne qui séparait la bibliothèque en deux, sans jamais chercher à l'ouvrir. Au contraire, le cordon semblait jouer le même rôle qu'un repousse-moldu, car l'ersatz de Bellatrix repartait systématiquement dans la direction opposée dès qu'il arrivait près de la barrière. Ce petit manège, qui s'était répété plusieurs fois successivement, avait fait prendre conscience à Severus de ce que ce ridicule cordon représentait réellement dans l'esprit de Granger.

Sa barrière d'occlumancie.

Le verrou qui maintenait scellé sa mémoire, ses souvenirs, et peut-être même sa magie, et que son subconscient avait lui-même appliqué à son esprit dans un mécanisme d'auto-défense complexe.

Pour le féru du sciences occultes qu'était Severus, tout ceci était fascinant. D'autant plus en sachant que Granger n'avait jamais eu, à sa connaissance, aucune compétence en occlumancie. Qu'elle ait réussi, inconsciemment de surcroît, à déployer tant d'énergie et de pouvoir dans le seul but de préserver sa sainteté d'esprit, était remarquable.

Néanmoins, cela ne résolvait pas le problème de Granger, bien au contraire. La seule fois où il avait tenté de toucher le cordon, elle avait frôlé l'hystérie, et il comprenait mieux pourquoi, à présent. Faire sauter ce verrou demanderait non seulement une magie puissante et d'une précision chirurgicale à celui qui s'y essaierait, mais risquerait surtout d'anéantir la conscience de la jeune femme. Si son cerveau ne supportait pas la libération des souvenirs et des pouvoirs qui étaient enfermés là, Granger risquait de sombrer, au choix, dans le coma ou dans la folie pure et simple.

Severus en était là de ses réflexions quand un mouvement à la périphérie de son champ de vision avait attiré son regard vers une étagère toute proche. Il avait juste eu le temps d'apercevoir un fauteuil roulant tourner à l'angle d'un rayonnage avant que son double ne disparaisse de sa vue. Le Serpentard s'était raidi. Décidément, il ne se ferait jamais à l'idée de se voir ainsi diminué, même s'il ne s'agissait que de la représentation mentale que Granger se faisait de lui. Toutefois, et malgré le sentiment de malaise que le mannequin handicapé suscité chez lui, cela avait été plus fort que lui. Délaissant la réserve, il avait suivi son ersatz entre deux rangées de livres.

Son double s'était arrêté un peu plus loin, marquant une pause avant de reprendre son chemin, sans but réel, semblait-il. A côté des autres figurations plus ou moins complètes qui erraient dans l'esprit profond de Granger, Severus n'avait pu que constater à quel point son alter ego ressemblait à un véritable humain. Quand les autres mannequins qui l'entouraient étaient flous et abstraits, seulement pourvu de cheveux et de traits physiques grossier, celui qui le représentait était… une copie conforme de lui-même.

Il ignorait ce qu'il en était des autres personnes que Granger côtoyait depuis son amnésie mais pour sa part, il était évident qu'elle n'avait aucun doute le concernant. Tout était là. Son corps diminué, cloué dans cette satanée chaise médicale. Ses cheveux sombres, peut-être un peu plus longs qu'à l'accoutumée. Cette fichue cicatrice qui barrait la peau pâle de son cou. Troublé malgré lui, et alors qu'il fuyait comme la peste les miroirs depuis son réveil du coma, trois mois plus tôt, Severus avait observé cette vision de lui même sans fard et sans mensonge. Granger le voyait tel qu'il était. Handicapé et stigmatisé. C'était là la dure réalité avec laquelle il allait devoir apprendre à vivre, une fois sorti de St Mangouste.

Une note volante avait frôlé l'épaule du Serpentard, tourbillonnant un instant autour de lui avant de faire de même avec son double, puis de s'éloigner pour trouver quelqu'un d'autre à annoter de son qualificatif. Cette distraction avait rappelé à Severus la façon dont l'esprit de Granger triait les souvenirs qu'elle avait des personnes qu'elle croisait, et il s'était approché d'un pas supplémentaire, soudain curieux de voir ce qu'il en était de son double.

Il n'avait toutefois pas eu l'opportunité de distinguer quoique ce fut. Des pas précipités lui avaient fait tourner la tête vers le fond du rayonnage à l'intersection duquel il se tenait, trop tard cependant. Avant qu'il n'ait pu réagir, Granger _ la vraie Hermione Granger, et pas l'un de ces doublons égarés _ s'était précipitée droit sur lui sans regarder où elle allait. Severus n'avait eu que le temps d'ériger ses barrières d'occlumancie pour éviter le choc avec son esprit avant qu'elle ne le heurte de plein fouet. Cela n'avait toutefois pas suffi, et la violence de l'impact l'avait éjecté sur le champ de la tête de la jeune femme.

OoOoO

Cette rupture fort peu académique de sa session de légilimancie avait laissé le Serpentard pantelant, une fois de plus. Il n'avait toutefois pas eu le loisir de retrouver ses esprits. Tandis qu'il s'affaissait sur le dossier de son fauteuil roulant, sonné par le choc, la Gryffondor s'était réveillée en hurlant, se redressant comme un automate dans son lit immaculé. Le souffle court, elle avait haleté, cherchant de l'air pour remplir ses poumons tandis que les larmes ruisselaient sur ses joues.

Avant que Severus n'ait pu réagir, elle s'était jetée dans ses bras, manquant tomber du lit pour se pendre à son cou. Le Serpentard en était resté tellement saisi, encore étourdi de la claque qu'elle venait de lui mettre en l'expulsant ainsi de son esprit, qu'il s'était figé. Tel un oiseau qui bat des ailes pour apprendre à voler, Severus, qui n'avait jamais été féru des contacts humains, n'avait pas su quoi faire de ses bras. Il les avait levés en vue de la repousser avant qu'elle ne s'approche de trop près, mais force avait été de constater qu'elle l'avait pris de court.

Au bout d'un instant qui lui avait semblé interminable, et comme la Gryffondor ne semblait pas décidée à bouger, mais plutôt à humidifier son T-shirt jusqu'à ce que ses larmes tarissent, il avait maladroitement refermé ses bras sur elle, tapotant maladroitement son dos tout en essayant de la repousser un minimum, clairement pas friand de cette proximité.

- Miss Granger… c'est fini. Ce n'était qu'un cauchemar. Est-ce que vous pourriez… me lâcher, à présent, avait-il grimacé en se hérissant tout à fait quand la jeune femme avait resserré sa prise autour de lui.

Elle avait enfoui son visage dans son cou, ses cheveux en bataille venant chatouiller la mâchoire du Serpentard, tandis que leur parfum fruité emplissait ses narines. Les tressautements de ses épaules trahissaient les sanglots qu'elle ne parvenait pas à contenir, et qui le mettaient dans un embarras sans précédent. C'est que, de tout temps, Severus avait toujours été celui qui déclenchait les larmes, et non qui les consolait.

La porte de la chambre s'était ouverte dans le même instant sur un jeune aide-soignant qui avait fait irruption dans la pièce, l'air paniqué.

- Tout va bien ici? J'ai entendu crier, est-ce que quelqu'un est blessé?

De toute évidence, il était nouveau dans le service, et personne ne l'avait averti des terreurs nocturnes de la demoiselle. Severus avait soupiré, quelque peu agacé par toute cette situation _ pourquoi fallait-il toujours qu'il se retrouve mêlé à ce genre de plan foireux?.

- Non, juste un cauchemar qui a mal tourné, avait-il maugréé en tentant une nouvelle fois de faire reculer la jeune femme accrochée à son cou. J'imagine que vos collègues n'ont pas trouvé bon de vous mettre au courant? Non, évidemment, avait-il conclu en avisant l'expression perplexe du jeune soignant. Maintenant que vous êtes là, rendez-vous utile et occupez-vous d'elle, que je puisse finir ma nuit ! S'était-il exclamé, impatient.

Le jeune homme avait observé le Serpentard un instant, saisi. De toute évidence, il n'avait pas non plus été averti du caractère tranchant de ce patient.

Heureusement, même s'il était fraîchement débarqué dans le service, il semblait dégourdi. Du moins suffisamment pour faire ce qu'on lui demandait. Il s'était précipité pour récupérer la jeune femme, l'écartant de Severus pour la réinstaller dans son lit. Ainsi libéré, l'ancien espion s'était écarté, autant pour être certain qu'elle ne récidiverait pas cette étreinte humide que pour reprendre contenance. C'est qu'il venait quand même de se faire méchamment sortir de sa tête, après tout!

- Ça va aller, Mademoiselle. Je vais aller chercher un médecin et…

- Donnez lui une dose de Philtre de paix et deux de sommeil sans rêve, cela devrait suffire à la calmer jusqu'au petit matin. Pour peu que vos alchimistes soient plus doués pour les potions de soin que pour les anti-venin, avait lâché le Serpentard, un brin dédaigneux sur les derniers mots, avant de sortir de la chambre.

OoOoO

De toute évidence, cela n'avait pas suffi. Ou alors les alchimistes de Saint Mangouste étaient vraiment mauvais, et avaient eu leur diplôme dans une pochette surprise, ce qui n'aurait guère étonné Severus, au vu de leur incompétence à trouver une solution à ses petits problèmes de venin persistant.

Toujours était-il qu'il n'était pas recouché depuis quinze minutes quand la porte de sa chambre s'était ouverte. Il tournait alors le dos au couloir, couché en direction de la fenêtre, mais avait clairement perçu le grincement discret des gonds, ainsi que le raie de lumière qui avait filtré sous le lit avant de disparaître quand la porte s'était refermée. Les pas furtifs qui avaient traversé la pièce, le bruissement des draps, le poids qui avait affaissé le matelas juste derrière lui, et qui n'aurait jamais dû être si familier. Pas plus que ce parfum fruité qui avait titillé ses narines pour la deuxième fois de la nuit.

- Granger, avait-il soupiré sans même prendre la peine de se retourner, lassé. Avec tous les patients que compte ce maudit hôpital, vous ne pouvez pas trouver quelqu'un d'autre à qui pourrir la nuit ? Avait-il demandé, plus pour la forme que pour le fond, car il connaissait depuis longtemps la réponse à cette question.

La jeune femme n'avait pas répondu, évidemment, et comme Severus était définitivement trop fatigué pour faire de nouveau usage de la légilimancie cette nuit là, le silence avait perduré entre eux. Le corps chaud et tremblant de la Gryffondor s'était blotti contre son dos, les battements encore affolés de son cœur résonnant à travers le corps de Severus. Il s'était raidi, comme chaque fois qu'on le touchait, mais n'avait pas cherché à remettre de la distance entre eux, cette fois. A la faveur de l'obscurité qui régnait dans la pièce, cette proximité lui semblait plus tolérable et moins embarrassante qu'en pleine lumière.

- Tâchez au moins de partir avant le petit-déjeuner, cette fois, avait-il finalement soupiré avant de s'endormir pour de bon.