Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.


Des mercis et des bisous à Tiph l'Andouille, feufollet, tzvine, Sun Dae V, Miss MPREG et LaraBlack pour leur review. Vos mots ne manquent jamais de me remotiver ! Keur:keur:keur sur vous !


RàR :
LaraBlack :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Tes compliments m'ont fait super plaisir et ça fait toujours chaud au cœur de savoir que cette histoire continue à plaire ! Je suis assez sûre que le nouveau chapitre devrait faire (au moins en partie) l'unanimité, alors je te laisse à sa lecture !


Bonjour à toutes et à tous !

Comment va la vie de votre existence ?

La mienne, comme en témoigne le temps écoulé depuis la dernière mise à jour, est un peu trop chargée ! On ne le dit pas assez, mais quelle plaie, ce capitalisme de merde !
J'ai toutefois bon espoir que le rythme se calme un peu une fois que les épreuves de spécialité seront passées. Je ne promets pas des mises à jour plus régulières, mais peut-être moins espacées, et ça serait déjà pas mal !

J'ai réussi à avancer depuis la dernière fois. La suite de Supernova compte désormais quatre chapitres et le cinquième est en marche pour les 30k, parce que personne n'est bien raisonnable !

Ceci étant dit, je vous laisse avec la suite des aventures de mes deux idiots internationaux ! Au programme, des larmes, mais pas que de tristesse (on ne se refait pas).

Bonne lecture !


Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Spin-Off : Gravity

Chapitre 15


Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.


Spring 1993


Les semaines qui suivirent lui prouvèrent que Lucie avait eu raison. Raphaël commença à aller mieux.

Sa première séance chez la psychologue – un domaine qui n'était que balbutiant chez les sorciers – fut éprouvante. Raphaël resta assez vague, mais la femme ne s'était pas laissée impressionner, ni par son passé, ni par son empathie, ni par le fait qu'il soit en couple avec un autre homme ou qu'il avait eu un enfant hors mariage. Pouvoir se confier à quelqu'un d'autre – quelqu'un d'objectif, quelqu'un qui pouvait regarder les derniers événements d'un œil neuf – lui avait fait du bien, même si cela l'avait vidé de son énergie.

Il avait dormi pendant une journée entière, rattrapant toutes les heures de sommeil qu'il s'était refusé la semaine passée.

A partir de là, il commença à le retrouver.

Raphaël reprit ses interminables footings, ses séances de yoga et la méditation. Tant que Bilal ne l'avait pas jugé apte à reprendre le travail, il s'était rendu tous les jours à une réunion des Narcotiques Anonymes.

Il avait peu à peu retrouvé un appétit normal.

Les nuits étaient plus délicates. Il y avait les cauchemars ou les insomnies et, que ce soit l'un ou l'autre, il mit un point d'honneur à être à ses côtés, parce que lorsque leurs places étaient échangées, Raphaël ne quittait pas les siens.

Il s'avéra aussi que Raphaël avait tort.

Il avait été persuadé que cette maudite nuit de janvier signerait la fin de leur histoire, qu'il cesserait de l'aimer – quand bien même il ne parvenait plus à se souvenir de ce à quoi une vie sans Raphaël Delacour ressemblait – et qu'il le quitterait.

Les semaines qui les séparaient de leur quatrième anniversaire ne firent que les rapprocher.

Peut-être était-ce le fait qu'il avait vu Raphaël au plus bas. Peut-être était-ce parce que les insomnies de Raphaël – et certains de ses cauchemars – furent propices aux confidences. Peut-être était-ce l'influence indirecte de la psychologue moldue.

Ou peut-être n'avaient-ils jamais pris le temps de le faire avant et que ce temps leur était imposé.

Raphaël lui parla plus de son addiction en quelques jours qu'en quatre ans. Il lui raconta comment il avait découvert le cannabis l'été de ses treize ans pendant des vacances au bord de la mer. C'était le premier été où Louis n'avait pas suivi sa famille. Il avait fait la connaissance d'autres jeunes moldus, un peu plus âgés, qu'il retrouvait le soir. Il avait fumé sa première cigarette, puis son premier joint.

La drogue avait atténué la netteté de son empathie. Il avait eu l'impression d'être normal.

Il avait d'abord fumé quand il se sentait sur le point de perdre le contrôle, puis après une mauvaise journée, puis tous les jours. Le cannabis avait fini par perdre en efficacité – comme les Filtres de Paix avant lui –.

L'héroïne était arrivée quand il avait eu seize ans et, à partir de là, l'emprise de la drogue avait été totale.

- Mon empathie n'était qu'une excuse. La vérité, c'est que tu deviens incapable de penser à autre chose que le prochain fixe. Avant mon overdose, je ne parvenais plus à me concentrer sur rien, j'oubliais de manger et mes souvenirs des derniers mois sont particulièrement flous.

- Personne n'a rien remarqué à Beauxbâtons ?

Raphaël passa une main sur son visage, puis prit une nouvelle bouffée de tabac.

- Tu ne t'es jamais demandé pourquoi j'étais si doué en Illusions ?

Il avait supposé que Raphaël avait des facilités dans ce domaine de la même façon qu'il était doué en Métamorphoses.

D'une certaine façon, il avait fait la même chose pour échapper à son statut d'héritier Sang-Pur.

Il prit une gorgée de thé.

- J'ai comme l'impression que j'aurais aussi été très doué en Illusions si on me l'avait enseigné à Hogwarts.

Raphaël le dévisagea avec intensité le temps de terminer sa cigarette. Il ferma la fenêtre puis vint le rejoindre sur le canapé. Il entoura ses épaules de son bras droit tandis qu'il ajustait le plaid autour de lui.

Parfois, il regrettait que leur appartement n'ait pas de cheminée.

- Au contraire, je crois que tu n'es pas du tout fait pour devenir un bon illusionniste. Il ne s'agit pas de savoir mentir aux autres, il faut aimer se mentir. Je voulais tellement être normal que j'avais réussi à me convaincre que la drogue allait finir par me guérir de mon empathie. Comme s'il s'agissait d'une défaillance dans mon cerveau et que le bon dosage psychoactif allait y pallier.

- Tu n'es pas défaillant, souffla-t-il.

Tu es extraordinaire.

Raphaël eut une grimace douloureuse.

- Maintenant, je le sais, mais l'ado que j'étais ne voyait pas du tout les choses comme ça...

Il resserra son bras autour de ses épaules, embrassa ses cheveux, garda les yeux fermés pendant plusieurs inspirations.

- La Métamorphose change la structure profonde des objets, reprit Raphaël. C'est durable. Les Illusions… Ce n'est qu'un écran de fumée.

Il n'était pas vraiment convaincu qu'il y ait une grande différence. Tout ce qu'il savait c'était qu'ils avaient été deux adolescents dépassés par les événements. Ils s'étaient raccrochés à ce qu'ils avaient pu.

Et, dans tous les cas, c'était du passé et il était près de trois heures du matin.

- Le plus important, c'est que tu n'as plus besoin ni de l'une, ni de l'autre, pas vrai ?

A la façon dont Raphaël sembla s'installer plus confortablement contre lui, il doutait qu'ils regagnent leur lit. Il l'observa s'endormir, puis il pensa à la bague qu'il avait acheté, quelques jours plus tôt, et à combien il avait hâte de prouver à cet homme ridicule que, tout comme lui, son passé lui importait peu.

Tout ce qui l'intéressait était le futur.

Le problème avec les confidences murmurées au cœur de la nuit, les heures de sommeil aléatoires et l'empathie à fleur de peau de Raphaël, était qu'il s'agissait d'autant d'appâts qui attiraient ses propres démons hors des limbes de son esprit.

Il eut plusieurs fois l'impression de sentir les souvenirs rôder dans son esprit et dans son cœur. Ses exercices d'Occlumancie ne lui semblaient pas aussi efficaces que d'habitude.

Il détestait encore plus cette sensation qu'il ne pouvait pas se permettre d'accabler Raphaël avec ses propres problèmes. Il avait assez à gérer de son côté.

Il fit de son mieux pour écraser ses pensées sombres et garder ses souvenirs sous clé.

Vraiment.

Cela ne lui permit que de reculer l'inéluctable.

Le cauchemar était toujours le même. Il se trouvait sur l'île, au milieu du lac.

Seul.

Il n'avait gardé que des souvenirs flous entre la première gorgée de potion amère et celle d'eau salée qui avait suivi. Il savait qu'il avait eu l'impression de devenir fou, qu'il avait vu Sirius, qu'il avait eu de plus en plus envie de mourir à mesure que Kreattur le faisait boire.

Quand les Inféris l'avaient attrapé, il ne s'était pas débattu tout de suite. Il ignorait encore ce qui avait réveillé l'instinct de survie au fond de son cœur. Il ignorait aussi comment il s'était débarrassé des Inféris, comment il avait transplané jusqu'à Londres.

La seule différence majeure était qu'il savait désormais pour quoi il avait survécu.

Pour qui.

La sensation brûlante dans sa poitrine – comme si quelqu'un y avait caché le soleil – chassa le froid glacial de l'eau et lui permit de respirer à nouveau.

Il rouvrit les yeux dans un sursaut. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître sa chambre, et encore quelques-unes de plus pour réaliser qu'il s'était agrippé à la main que Raphaël avait posée sur son cœur.

Son souffle était erratique, son corps était trempé de sueur, sa tête tournait et ses yeux le brûlaient.

Raphaël caressa sa joue avec douceur, son expression sereine malgré le fait que ça, maintenant, ne devait pas être facile à encaisser.

- Tu es en sécurité, mon amour.

Il déglutit. Sa gorge serrée lui donna l'impression que l'on venait tout juste de lui enlever le tube qui l'avait raccroché à la vie dans cet hôpital moldu.

Son moignon pulsait au rythme des battements de son cœur.

Raphaël se rallongea, son menton se cala sur son épaule et son visage était si proche que le bout de son nez effleurait sa joue.

- Tu veux en parler ?

Il serra les paupières jusqu'à faire danser des flashs multicolores dans le noir. Il avait perdu le compte du nombre de fois où Raphaël lui avait posé cette question – parce qu'il avait perdu le compte du nombre de fois où l'un de ses cauchemars les avait réveillés, tous les deux –.

Malgré les années, sa réponse était restée la même, et pas seulement parce qu'il avait peur que mettre des mots sur les souvenirs ne serve qu'à les graver plus durablement encore.

Raphaël avait beau soutenir que ce qu'il avait fait pendant la guerre ne changeait rien, une part de lui redoutait qu'il change d'avis s'il commençait à tout lui raconter dans le détail.

Bien sûr, ces raisons-là ne s'appliquaient pas vraiment à son accident. Il ne regrettait pas d'avoir fait ce qu'il avait fait, même s'il n'était pas sûr de l'avoir fait pour les bonnes raisons et qu'il n'arrivait pas à se défaire de son sentiment d'inachevé.

Avec tout ce qu'il avait réussi à découvrir sur les Horcruxes depuis ses dix-huit ans, une part de lui doutait que Kreattur ait réussi à le détruire, ce qui signifiait qu'un bout de l'âme de Lord Voldemort était dans la nature.

Les bons jours, il se répétait que l'hypothèse d'Herpo l'Infâme n'avait jamais été testée. Ses conclusions étaient somme toute théoriques. Qui plus est, cela faisait plus de douze ans que personne n'avait plus entendu parler de Voldemort. Il avait soit disparu, ou alors il n'était plus qu'un spectre condamné à errer pour l'éternité.

Les mauvaises nuits – les nuits comme celle-ci – ses démons lui chuchotaient que Voldemort attendait son heure, qu'il finirait par retrouver ses pouvoirs, par libérer Bellatrix et que sa cousine lui ferait payer ses trahisons au prix fort.

La terreur qui le saisissait alors était pire que celle dont il avait gardé le souvenir et qui revenait le hanter au cœur de ses pires cauchemars. Respirer requerrait toute son énergie, penserétait compliqué.

Parler, impossible.

- Tu es en sécurité, mon amour, souffla Raphaël au creux de son oreille. Inspire profondément, hum ?

L'air était épais et gras, il dégoulina difficilement dans sa gorge, mais puisqu'il était saturé par l'odeur de Raphaël, il retrouva un semblant de lucidité au bout de la deuxième bouffée.

Tandis que les battements de son cœur se calmaient sous la main de Raphaël et que les muscles de son moignon se détendaient, il repensa à la bague qu'il avait acheté, à ce qu'il comptait demander à Raphaël, à ce que cela signifiait.

For better or for worst.

Le pire ne pourrait jamais surpasser ce jour-là, ni l'année qui l'avait suivi, mais Raphaël méritait de savoir.

Il pivota sur le côté pour lui faire face. Raphaël glissa sa main sous le haut de son pyjama. La chaleur de sa peau lui donna l'impression de laisser une marque entre ses deux omoplates.

Il se noya dans son regard brun pendant de longues secondes pour rassembler son courage.

- Ce que j'ai volé se trouvait sur une île, au milieu d'un lac, dans une caverne le long de la côte.

Le pouce qui caressait l'une de ses cicatrices se stoppa. Raphaël écarquilla les yeux, puis se racla la gorge, comme pour reprendre ses esprits.

- D'accord.

- Je… Voldemort y avait emmené mon Elfe de Maison, une fois, et il a bien failli le tuer. C'est comme ça que je l'ai découverte…

Il se souvenait encore de l'état de Kreattur quand il était apparu dans la cuisine du Manoir Black. Le pauvre Elfe était à peine cohérent – à peine vivant –. Il était resté inconscient pendant plus de deux semaines, durant lesquelles il avait oscillé entre des moments où il délirait, en proie à une fièvre que rien ne réussissait à faire baisser, et d'autres moments où sa poitrine se soulevait si peu qu'il donnait l'impression d'être déjà mort.

Il avait dû utiliser la Légilimencie pour en apprendre plus. La potion avait altéré les souvenirs de l'Elfe seulement, Voldemort était convaincu que Kreattur mourrait. Il lui avait expliqué son plan. Les quelques brides qui lui étaient parvenues n'avait pas laissé l'ombre d'un doute sur le fait que le médaillon était un Horcruxe.

Probablement un parmi d'autres.

- J'ai dû boire une potion pour récupérer ce que j'étais venu chercher. Je n'ai jamais réussi à découvrir de quoi il s'agissait mais elle était faite pour embrouiller l'esprit de celui qui la buvait. Je ne me souviens pas de tout, mais je sais que j'avais soif.

Si soif.

Comme s'il était resté des jours dans un désert brûlant sans une seule goutte d'eau.

- Bien sûr, c'était fait exprès, parce que Voldemort avait pensé à tout. Il savait que si quelqu'un réussissait à boire la potion qui recouvrait son médaillon, alors cette personne serait plus obsédée par la nécessité de boire de l'eau que de le voler.

Il se mit à trembler malgré lui. Kreattur avait essayé de l'en empêcher, mais il n'avait pas pu résister. Il avait eu l'impression que sa gorge était faite de sable et il était entouré de toute cette eau...

Raphaël embrassa son front puis l'attira un peu plus contre lui.

- L'eau du lac ? proposa-t-il dans un souffle.

- L'eau du lac, gardée par des dizaines d'Inféris.

Il sentit les poumons de Raphaël se bloquer.

Les émotions qui passèrent de son cœur au sien était un étrange mélange de colère, de peur et de douleur.

Toutefois, pas de surprise.

Il eut l'impression que ses muscles fondaient quand Raphaël le serra avec davantage de force. Ce fut à son tour de se racler la gorge.

- Vu tes cicatrices, je me doutais que tu avais eu à faire à des Inféris, souffla-t-il.

Que pouvait-il dire ? Raphaël était intelligent et il était un Médicomage. Il avait vu passer des patients affligés de blessures plus exotiques les unes que les autres. Les créatures magiques qui pouvaient laisser des marques semblables à celles gravées dans sa chair n'étaient pas nombreuses.

- Dix points pour Gryffindor, ironisa-t-il.

- Gryffindor ?! Ce n'était pas Hufflepuff ?

Raphaël sembla plus choqué par ce détail que par tout ce qu'il venait de lui dire. Il sourit contre son épaule.

- Tu m'as récemment confirmé que je m'étais trompé sur mon prognostic.

- Je ne veux pas le savoir. Réparti, c'est réparti. Je me suis attaché à ma maison !

Des années de cela, Raphaël avait fait la moue quand il lui avait raconté l'histoire de la fondation de Poudlard, les valeurs que chacun avait voulu promouvoir, le blaireau qui servait de symbole aux Poufsouffles, la rivalité entre Serpentard et Gryffondor.

Raphaël lui avait dit qu'il trouvait tout ça un peu stupide, qu'il ne comprenait pas l'intérêt de séparer des enfants de onze ans, encore moins pourquoi personne ne les empêchait de se dresser les uns contre les autres au nom d'un club.

Il n'avait rien eu de très profond à lui répondre. C'était juste comme ça depuis plus d'un millénaire, et la répartition à Poudlard était devenue une tradition qui structurait une partie de leur société. C'était une différence de plus entre la France et le Royaume-Uni.

Les français étaient un peuple fier mais le seul drapeau qui trouvait grâce à leurs yeux était celui de leur pays, et la seule devise, celle du Ministère. Il n'était pas empathe, mais il doutait un peu de la sincérité de Raphaël.

- Rappelle-moi quelles en sont les couleurs ?

Raphaël hésita.

- Bleu et orange ?

Il éclata de rire, Raphaël avec lui. Peut-être qu'il avait fait exprès, peut-être pas. Il se fichait d'avoir la réponse à cette question.

Ils s'installèrent plus confortablement. Raphaël éteignit la lumière. Si leur rire avait emporté une partie de leur tension, il le connaissait assez pour savoir qu'il n'allait pas laisser passer une occasion d'en apprendre un peu plus.

Ce qui était plus surprenant, c'était que cela ne le dérangeait pas.

Je t'aime.

Raphaël lui avait prouvé, encore et encore, que ses secrets étaient en sécurité avec lui.

- Ils ont essayé de te noyer, pas vrai ?

- Entre autres choses, oui.

L'horreur qui le traversa lui fit serrer les paupières. Seules quelques images de ses derrières minutes dans la caverne avaient survécu à son coma et aux années. Son imagination s'était chargée de combler les trous pour former un scénario cohérent. Il était probable que la réalité ait été bien plus effroyable que ses cauchemars.

- J'imagine que ça devait vraiment être un objet important pour qu'il en fasse autant…

C'était exactement ce qu'il s'était dit quand Kreattur était revenu et c'était la raison pour laquelle il avait fini par accepter que les souvenirs de son Elfe contenaient une partie de la vérité. Voldemort avait accès à de nombreux coffres de haute sécurité à travers les familles de Vingt-Huit Consacrées qui lui avaient juré allégeance. Les cambriolages étaient très rares à Gringotts les voleurs qui sortaient vivants des sous-sols de la banque l'étaient davantage.

Si Voldemort avait pris la peine de chercher un endroit aussi secret, pour le protéger ensuite d'une façon si complexe afin d'assurer la sécurité de ce médaillon, c'était qu'il était de la plus haute importance que personne ne puisse mettre la main dessus.

Entre le moment où il avait pris la Marque et celui où il était mort, il n'avait vu le Seigneur des Ténèbres qu'une poignée de fois. Il ne faisait pas partie de son cercle intime de fidèles, il ignorait ce qu'il leur racontait. Toutefois, Bellatrix répétait religieusement toutes les promesses qu'il avait pu lui faire. Ces dernières avaient été nombreuses, Bellatrix aimait exagérer les choses, mais elle était convaincue que son Maître régnerait pour les siècles et les siècles à la façon d'un Dieu.

Il doutait encore, parfois, de ce qu'il pensait avoir deviné. En plus de dix ans, il avait pourtant échoué à trouver une autre explication.

- Sais-tu ce qu'est un Horcruxe ? dit-il finalement.

- Jamais entendu parler.

Le contraire l'aurait surpris. L'enseignement de la Magie Noire était interdit à Beauxbâtons et Raphaël n'avait jamais montré la moindre curiosité concernant cette branche de la Magie.

Il disait même qu'il ne pouvait pas toucher les vieux grimoires qu'il ramenait parfois à l'appartement à cause de son empathie.

- C'est un artefact magique qui contient une partie de l'âme d'un sorcier.

- Comme une malédiction ou... ?

Il secoua la tête.

- D'après ce que j'ai pu lire, l'âme d'un sorcier se fracture lorsqu'il commet un meurtre. Il existe un rituel qui permet de transférer l'un de ces morceaux dans un objet de son choix.

- Tu veux dire que certains sorciers ont fait ça, de façon volontaire ? Pourquoi ?

C'était ce genre de réflexion qui lui rappelait que la magie de Raphaël était sans doute plus pure que celle tous les Sangs-Purs du Royaume-Uni. Il n'était pas naïf au point de penser que la magie ne pouvait servir qu'à faire le bien, mais il ignorait tout des subtiles nuances d'horreur qu'elle pouvait créer.

- C'est une très vieille pratique, presque une légende… La théorie veut qu'ainsi, même si le corps du sorcier est attaqué ou détruit, il ne peut pas mourir, car une partie de son âme reste liée à la terre, intacte.

Il pouvait presque voir les rouages de l'esprit de Raphaël tourner à plein régime.

- Tu es en train de me dire que, ce que tu as volé, c'est un bout de l'âme de Lord Voldemort ?!

Il serra les dents.

Raphaël se redressa brusquement. Il eut un clic qui précéda le retour de la lumière dans la chambre. Il s'assit à son tour, sans réussir à relever les yeux vers lui.

Stupide, stupide, stupid.

Il en avait – enfin ? – trop dit.

La panique n'eut pas le temps de prendre son cœur en otage, parce que Raphël l'embrassa, le début d'un éclat de rire sur ses lèvres.

- Tu es ridicule, marmonna-t-il, avant de le pousser contre les oreillers à nouveau.

Quand il rouvrit les yeux, Raphaël le dévisageait encore, un léger sourire sur les lèvres. La demi-pénombre donnait l'impression que les rides aux coins de ses yeux étaient plus marquées que d'habitude.

- Quoi ?

Raphaël essaya de retrouver une expression sérieuse, sauf qu'il y avait cette lueur au fond de ses yeux dont il avait appris à se méfier – même s'il aimait l'allumer –.

- Je comprends un peu mieux pourquoi il pourrait vouloir se lancer à ta poursuite. Surtout que tu lui as laissé un mot...

Il tourna la tête vers le plafond, espérant que le manque de lumière dissimulerait ses joues rouges. A la façon dont Raphaël se mit à ricaner bêtement – d'une façon qui n'était pas sans rappeler Alexis –, ce n'était sans doute pas le cas.

Il faillit attraper sa baguette pour les replonger dans le noir.

- Je savais que je n'aurais pas dû t'en parler, grogna-t-il.

Raphaël rit à nouveau, à peine moins moqueur. Il attrapa son menton avec douceur pour l'obliger à tourner la tête vers lui.

Son regard sombre le laissa de marbre.

- Et pourtant, tu n'as pas pu t'en empêcher, souffla-t-il. Je me demande bien ce que je dois en penser.

Qu'il l'aimait. Et qu'il était la seule personne à qui il faisait aussi aveuglément confiance.

Peut-être même qu'il avait envie de tendre la main vers sa table de nuit, là, tout de suite.

- La ferme, ronchonna-t-il à la place, ses pommettes juste un peu plus brûlantes.

L'expression de Raphaël s'adoucit, ses traits emprunts de tendresse. Sa main glissa le long de sa joue pour envelopper ses cicatrices.

- Si je résume bien, tu as décidé de te sacrifier à dix-huit ans pour voler son Horcruxe à Voldemort ?

Il hocha lentement la tête. Raphaël haussa un sourcil.

- Mauvaise nouvelle pour toi, tu n'as plus le droit de dire que tu t'es comporté comme un lâche fini pendant la guerre.

Il semblait le mettre au défi de le contredire, ce qui signifiait sans doute qu'il n'écouterait qu'à moitié ses arguments. Il n'avait pas fait ce qu'il avait fait pour sauver le monde sorcier. Il s'était contenté de récupérer un artefact. Il ne l'avait pas détruit. Il n'avait même pas été fichu de prévenir qui que ce soit de ce qu'il pensait avoir découvert.

Pour tout ce qu'il en savait, l'Horcruxe de Voldemort était peut-être perdue à jamais. Si la théorie d'Herpo l'Infâme était juste, cela signifiait que personne – jamais – ne parviendrait jamais à le tuer tout à fait.

Son petit acte de bravoure – digne d'un Gryffondor sans cervelle – ne ramènerait pas les moldus qu'il avait tués à la vie.

Raphaël dut sentir les remords dans son cœur, car il plissa les yeux – menaçant – avant de se pencher un peu plus au-dessus de lui.

- Arrête de te torturer comme ça, tu me donnes mal à la tête.

Et puisqu'il le connaissait par cœur – qu'il connaissait son cœur – il l'embrassa pour le distraire – ce qui avait prouvé son efficacité –. Une délicate chaleur s'alluma bientôt au creux de ses entrailles – repoussant ses démons dans leur abîme –. Raphaël salua les frissons qui le secouèrent par un soupir appréciateur. La main qui retraçait ses cicatrices sous ses vêtements fut remplacée par des lèvres, comme pour le convaincre qu'elles étaient sacrées.

Cette fois, il décida d'y croire.

...

C'était une journée comme celle-ci qui le laissait penser que, finalement, il n'allait pas regretter les Urgences.

Les patients se bousculaient à l'accueil depuis son arrivée. Il avait passé une heure à rattacher plusieurs membres sur un même corps, sauver deux personnes d'un empoisonnement dû à une erreur de potion, un cas de Dragoncelle avait bien failli contaminer tout le service – et les patients encore en attente – et, pour couronner le tout, il avait dû gérer un bras cassé chez un enfant – et sa mère inquiète –.

Bien entendu, une infirmière était malade et Bilal avait disparu depuis au moins une heure. Le service était désorganisé, ses collègues étaient plus stressés que d'habitude, ce qui stressait les patients. Le tout ajoutait une pression supplémentaire sur son empathie dont il se serait bien passé.

Et dire qu'il n'était pas censé travailler aujourd'hui pour commencer !

Les dernières semaines avaient été chaotiques. Il se rendait deux fois par semaine à une réunion des Narcotiques Anonymes. Ses séances chez la psychologue que Lucie lui avait trouvé le laissaient vidé émotionnellement parlant. Il se forçait à aller courir, à faire du yoga et à méditer dès que son emploi du temps le lui permettait. De son côté, Regulus essayait de se racheter aux yeux d'Eugène en s'occupant de l'ouverture et de la fermeture de la librairie tous les jours.

Si les moments qu'ils partageaient au cœur de la nuit avaient peu à peu réussi à le convaincre que Regulus ne comptait pas fuir de sitôt – qu'il restait, contre tout bon sens -, il avait voulu qu'ils passent la journée de leur anniversaire ensemble, loin de Paris. Il ignorait si sa cheffe de service avait une dent contre lui ou si le destin s'acharnait, mais sa demande de congé pour aujourd'hui avait été perdue – soit disant –. Il se consolait comme il pouvait en se répétant que, de toute façon, Regulus n'avait pas réussi à convaincre Eugène de se passer de lui.

Et tout cela deviendrait anecdotique s'il tuait quelqu'un d'ici la fin de sa garde.

- Aaaaah, Raph ! Je te cherchais ! J'ai vraiment besoin de ton avis sur un de mes patients salle 3.

Bilal était étrangement excité, ce qui signifiait qu'un patient encore plus étrange que tous les siens réunis depuis ce matin avait été admis pendant qu'il prenait le temps d'avaler un café.

- Tu me cherchais ?! Ça fait plus d'une heure que tu as disparu !

Bilal le dévisagea, un étrange sourire aux lèvres.

- J'étais avec mon patient.

Il attrapa son bras et le tira vers la porte de la petite salle du personnel où il avait trouvé refuge.

- Ramène-toi, Delacour ! C'est ton dernier jour ici et je m'en voudrais que tu loupes un cas pareil.

Il abandonna sa tasse sur la table en grommelant, au moins pour la forme. Et dire que ce crétin allait être en charge de tous les Apprentis à partir du lendemain…

- Est-ce que je peux voir le dossier ? demanda-t-il.

- Ouais, ouais, deux secondes.

Il y avait plus de monde que d'habitude dans les couloirs, ce qui les obligea à slalomer. A un moment, il crut qu'il allait se faire vomir dessus par une femme au visage vert et recouvert d'écailles.

Bilal lui plaqua le dossier sur le torse, ouvrit la porte de la salle numéro 3 et le poussa à l'intérieur sans un mot.

Le rideau qui entourait la table d'auscultation était tiré, ce qui devait être une première. Son empathie lui donna l'impression d'être une radio réglée sur une mauvaise fréquence, le laissant incapable d'analyser les émotions de son patient.

Il n'aimait pas ça en général, encore moins quand l'expérience lui avait appris que ce phénomène allait de paire avec des personnes pas complètement humaines - ce que Bilal aurait pu lui préciser -. Il ravala une malédiction puis ouvrit le dossier pour au moins trouver un nom, et peut-être se donner une idée de ce qui – ou quoi – l'attendait.

Il se racla la gorge, souleva plusieurs feuilles – un jour, Bilal serait organisé –.

- Bonjour, je suis le Médicomage Delacour et je…

Son cœur rata un battement quand il trouva enfin la bonne page.

Nigel Sky

Il releva la tête juste à temps pour voir le rideau s'ouvrir sur Regulus.

Il n'eut pas besoin de le détailler pour être certain qu'il n'était pas tombé malade entre la nuit dernière et maintenant. Regulus n'aurait jamais pris la peine de s'habiller sur son trente-et-un pour venir aux Anges.

Il n'arrivait toutefois pas à sentir ses émotions de façon nette, ce qui était inédit le concernant. Non pas qu'il n'avait pas développé une ou deux astuces pour manipuler son empathie au fil des années, mais il y avait autre chose.

Regulus lui rendait son regard scrutateur, son visage lisse de toute expression qui aurait pu lui permettre de palier les défauts de son empathie.

Il referma le dossier et croisa les bras sur sa poitrine.

Quelque chose lui échappait.

- Que fais-tu ici ?

Regulus eut ce sourire en coin qui lui donnait un air arrogant qu'il aimait peut-être un peu trop. Pour toute réponse, il claqua des doigts.

La lumière s'éteignit.

Il secoua la tête face à la mise en scène, un sourire amusé aux lèvres, qu'il dissimula tant bien que mal derrière la paume de sa main.

- Tu sais que je suis censé travailler et qu'on a…

L'air se bloqua dans ses poumons quand son empathie revint en ligne, à la façon d'un prodigieux coup de poing. Il y avait cet Amour, unique, qu'il pourrait reconnaître au milieu d'une foule compacte. Il y avait aussi autre chose, mais les médicaments moldus qu'il prenait ces derniers temps l'empêchait d'être aussi fin que d'habitude.

- Regulus ? souffla-t-il quand même.

Des petits points de lumières apparurent autour de lui, comme des dizaines d'étoiles tombées du ciel. Ils semblaient attendre que ses yeux s'habituent à la luminosité pour grossir. Il crut d'abord que Regulus se cachait toujours dans la pénombre avant qu'il ne baisse les yeux et le trouve devant lui.

Un genou à terre.

Son cœur s'emballa, les battements si rapides que la pièce vacilla et qu'il eut l'impression que l'organe allait sortir de sa poitrine en passant par sa gorge, propulsé par de l'adrénaline pure.

Il serra les paupières une brève seconde. Quand il les rouvrit, Regulus le fixait encore, le gris de son regard hypnotique, plus clair que d'habitude.

Un peu brillant.

Il lui donnait toujours l'impression de voir jusqu'à son âme quand il le fixait de cette façon – et il ne s'habituerait peut-être jamais à être mis à nu aussi facilement -.

Regulus se racla la gorge, le ramenant à ce qui était en train de se passer – à moins qu'il ne soit en train de rêver, ce qui n'était pas impossible -.

- Raphaël...

Sa voix se brisa sur le tréma de son prénom. Dans le cœur de Regulus, ses émotions étaient en train de s'emballer, au point où il était incapable de suivre.

Regulus prit une profonde inspiration – qui sonna comme un râle -. Ses mains se mirent à trembler.

- Quand je t'ai rencontré, je pouvais à peine marcher et j'étais convaincu que le monde serait bien meilleur sans moi.

Il hocha la tête au souvenir. Il avait rarement rencontré quelqu'un qui se haïssait autant que la première fois où il s'était approché de Regulus. L'émotion avait été si intense – brûlante – qu'il avait failli se barricader dans la salle de repos.

Ce jour-là, comme aujourd'hui, leur équipe n'était pas complète et il n'avait pas eu le choix.

Adèle en soit remerciée.

- Tu m'as sauvé, de toutes les façons qu'une personne puisse être sauvée. Et je t'aime. Tellement que, parfois, cela me terrifie.

Sa voix n'était plus qu'un souffle tremblant. Il pouvait sentir son amour faire vibrer le sien. Il serra un peu plus les bras sur sa poitrine, le dossier qu'il avait ouvert ce jour-là, une ancre en papier, ses yeux de plus en plus brûlants.

- D'après tous les livres que j'ai lu, et malgré le fait qu'il semblerait que ce soit illégal, je crois qu'il est temps que je te demande ce que j'aurais dû te demander il y a bien longtemps. Raphaël Alexis Delacour, love of my life, will you marry me ?

Il eut un sourire douloureux tandis qu'une première larme lui échappait. Il attrapa la main de Regulus avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir le petit coffret de velours bleu, puis tira dessus pour l'inciter à se lever.

Il l'embrassa pour l'empêcher de protester.

Les bras de Regulus autour de lui étaient raides, il pouvait sentir la tension dans ses muscles quand il enveloppa sa nuque d'une main.

Cela ne l'empêcha pas de répondre à son baiser avec enthousiasme.

Il eut vaguement conscience que son empathie faisait des siennes et peut-être que Regulus avait du mal à tenir sur ses jambes.

Et peut-être que leur baiser était un peu salé.

Ils finirent enlacés, le souffle court.

- Je vais avoir besoin d'une réponse, Delacour, murmura Regulus après un long silence.

Puisque Regulus n'essayait plus de dissimuler ses émotions et qu'il connaissait son cœur mieux que le sien après toutes ces années, il ne put que le serrer un peu plus contre lui quand il reconnut l'anxiété et la peur dans le cocktail explosif formé par ses émotions.

Dans quelle réalité alternative pouvait-il répondre autre chose que « oui » à une telle question ?

Adèle en soit témoin, il l'aimait plus que tout.

Tous les ans, à cette date, il remerciait le destin, les étoiles, Eugène Lechat et toutes les déités de l'univers d'avoir fait entrer cet homme impossible dans sa vie.

Pourtant, si les choses avaient été différentes, cinq ans plus tôt – si Regulus s'était tenu à ses principes de raison, si Eugène ne l'avait pas forcé à se présenter aux Anges – il aurait rencontré un pur produit du monde Sang-Pur britannique – réfléchi, froid, rigide, arrogant - et, empathie ou pas, peut-être qu'il en serait resté là.

Cinq ans plus tôt, l'homme qu'il avait ausculté avait le visage brillant de sueur, ses cheveux pareils à un nid d'oiseau, sa cravate à moitié défaite et son costume trois pièces maculé de suie.

Il avait vu un homme que la douleur physique avait mis à genoux devant ses démons intérieurs. Ses émotions – la douleur causée par son moignon, la haine qu'il se portait, la colère d'avoir été traîné de force à l'hôpital, les remords qui ne quittaient jamais son cœur – avaient été à vif.

Au début, il avait juste eu envie de l'aider.

Il se souvenait encore de sa surprise quand Regulus – Nigel Sky – était venu à son rendez-vous, une semaine plus tard, pour qu'il contrôle l'état de son moignon et qu'il puisse prendre les premières mesures pour sa nouvelle prothèse. Même avec ses béquilles et l'absence criante d'une partie de sa jambe gauche, il lui avait donné l'impression de sortir d'un film de James Bond avec son costume trois pièces impeccable et ses cheveux coiffés à la boucle près. Ses émotions avaient été intenses ce jour-là – la honte et les remords en tête – parce qu'elles l'étaient toujours, mais il aurait pu toucher le verrou de la prison dans laquelle il essayait de les enfermer.

C'était la première fois qu'il rencontrait quelqu'un aussi décidé à se couper de ses propres émotions.

Loin de le décourager, les quelques réponses sarcastiques qu'il avait réussi à lui arracher pendant qu'il l'examinait, avaient attisé sa curiosité.

Quand il avait compris que Nigel Sky préférait les hommes – c'était sans doute une conséquence de son empathie, mais il ne se trompait jamais à ce jeu-là –, il s'était dit que, peut-être, il pouvait tenter sa chance.

Il n'avait pas prévu qu'il tomberait un peu plus sous son charme à chaque nouvelle discussion, encore moins anticipé qu'il se prendrait à son propre piège. Qu'à force de chercher à passer les murailles que Regulus avait dressé autour de lui, il serait obligé de faire tomber les siennes en retour.

Il n'avait pas non plus imaginé que séduire Nigel Sky se révélerait aussi compliqué quand il avait refusé ses avances, les unes après les autres ni aussi douloureux quand il avait commencé à comprendre qu'il était peut-être – sans doute – amoureux et qu'il ne parvenait pas à sentir l'ombre d'une réciprocité dans le cœur de Regulus.

C'était une bonne chose qu'il soit buté, finalement, parce qu'il serait passé à côté de l'histoire d'amour de sa vie.

Cinq ans plus tard, il était de retour dans cette même salle numéro 3 et Regulus Arcturus Black venait de le demander en mariage d'une façon si romantique – parfaite, vraiment – qu'il avait l'impression de retomber amoureux encore une fois.

Que ce même idiot puisse imaginer une seule seconde qu'il allait répondre autre chose que « oui » – un million de fois oui – dépassait son entendement.

Pour quelqu'un qui se vantait régulièrement d'être très intelligent – brillant, même –, Regulus pouvait parfois se montrer stupide.

Il inspira son odeur à pleins poumons – ce mélange de parchemin neuf, de cire et de thé – qui pouvait calmer ses pires angoisses, puis il s'écarta juste assez pour pouvoir envelopper le visage de Regulus. Son petit-ami s'accrocha aussitôt à ses poignets, exactement comme la première fois où il lui avait avoué qu'il l'aimait – et qu'il avait eu peur de l'avoir brisé au passage –.

Il se perdit dans le gris de ses yeux pendant de longues secondes.

Il lui sembla que Regulus se noya dans les siens.

- Raphaël…

Sa voix se brisa à nouveau.

Il était assez proche pour sentir les battements affolés de son cœur dans sa poitrine. Sa peur et son soudain manque de confiance contractèrent ses entrailles.

Sa gorge se serra.

- A une condition, dit-il finalement tout en balayant ses joues de ses pouces.

Regulus déglutit bruyamment. Il se pencha jusqu'à ce que leurs nez se touchent.

- Anything, répondit-il, sa voix proche d'un coassement.

Il caressa son nez du bout du sien. Savoura le frisson qui le secoua.

- Que tu portes un smoking le jour de la cérémonie.

Regulus éclata de rire – ce qui devait être la seule musique dont il serait incapable de se passer – dont il goûta les dernières notes à même ses lèvres, avant d'y mêler le sien.

- That's a « yes », right ?

Il aimait son accent britannique distingué quand il était si troublé qu'il retombait dans sa langue maternelle.

- Bien sûr.

Regulus serra sa nuque avec force, l'embrassa avec une telle passion – et tellement d'amour – que l'air se bloqua dans ses poumons exactement comme la première fois.

Il gémit légèrement.

Regulus abandonna ses lèvres pour sa joue, puis la peau fine juste derrière son oreille. Ce fut à son tour de vaciller sur ses jambes.

- Je suis sûr que tu peux faire un peu mieux que ça, darling, murmura-t-il

Un jour, son cœur arrêterait de louper un battement quand il utilisait ce mot, mais ce n'était pas encore pour cette fois.

- Oui, je veux t'épouser, mon amour.

Il sentit son sourire étirer ses lèvres contre sa peau, juste avant qu'il ne s'écarte, les joues rouges, le regard brillant.

Il n'avait pas besoin d'être un empathe pour savoir que Regulus était douloureusement heureux.

Il l'observa en silence tandis qu'il semblait avoir du mal à ouvrir le petit coffret en velours bleu.

Les petites sphères qui flottaient autour d'eux réussissaient presque à lui faire oublier qu'ils se trouvaient toujours aux Anges. Leur lumière se refléta sur l'or brillant de la bague. Regulus l'arracha si vite de l'écrin qu'il n'eut pas le temps d'en voir plus.

- Donne-moi ta main, dit-il.

Une autre fois, il aurait sans doute relevé la pointe autoritaire dans sa voix. A la place, il obéit sans un mot.

Sa main était aussi tremblante que celles de Regulus, ce qui ne l'empêcha pas de réussir à enfiler la bague sur son annulaire du premier coup.

Et, vraiment, il y avait des avantages à son éducation d'héritier Sang-Pur.

La bague était magnifique – en or jaune, assez large pour que personne ne puisse l'ignorer – mais ce fut la délicate gravure qui la rendait parfaite.

La constellation du lion ornait désormais sa main comme elle ornait son cœur. A la place de l'étoile la plus brillante, il y avait un petit diamant.

Regulus se racla la gorge.

- J'ai pris la liberté de faire graver la date de notre rencontre à l'intérieur.

Il releva les yeux vers lui.

Regulus était particulièrement satisfait.

- Je dois avouer que je suis très impressionné par tant d'attentions romantiques pour une même journée.

Regulus haussa les épaules avec une nonchalance étudiée. Son sourire en coin, assorti à un regard définitivement magnétique.

Il arqua un sourcil. De nouvelles étoiles naquirent dans les yeux de Regulus, juste avant qu'il ne réponde.

- Et bien, mon fiancé m'a bien appris.

Cette fois, son cœur loupa plusieurs dizaines de battements. Il explosa et il implosa en même temps.

Mon fiancé.

Il eut l'impression qu'il venait de faire un saut dans le vide, ce qui n'était pas grave parce qu'il était sans doute capable de voler.

A la façon dont Regulus le déshabilla du regard, son sang se mit à bouillir dans ses veines.

Il se pencha pour l'embrasser mais Regulus s'esquiva, préférant serrer sa main gauche dans la sienne quand il fronça les sourcils.

Regulus se racla la gorge.

- J'ai promis à Bilal de ne pas monopoliser cette pièce donc, si tu le veux bien, on va garder ça pour quand nous serons chez nous.

Il ignora comme il le put sa déception.

- Je suis encore très loin d'avoir terminé mon service.

Regulus eut un nouveau sourire en coin.

- Personne ne t'a dit que ta cheffe de service t'avait accordé ton après-midi ?

Il serra les paupières une brève seconde.

Évidemment.

- Depuis combien de temps manigances-tu ça, exactement ?

Son clin d'œil n'était pas une réponse. Il se promit de lui arracher la vérité d'ici à ce qu'ils prononcent leurs vœux.

Sans vraie surprise, Bilal était appuyé contre le mur en face de la porte, les bras croisés sur sa poitrine. Il agita ses sourcils quand il croisa son regard.

- J'en déduis que des félicitations sont de rigueur ?

Il ne réussit qu'à hocher la tête. Son ancien Apprenti – son premier Apprenti – lui sourit largement. Son expression se fissura juste après.

- Tout va bien ?

Bilal se frotta le visage.

- Oui, je… C'est juste que je viens de réaliser que, ça y est, on ne travaille plus ensemble.

Il sentit son cœur se serrer en réponse à la tristesse teintée de nostalgie qu'il sentit. Il serra doucement l'épaule de son collègue – de son ami -.

- Tu vas me manquer aussi, Bilal… Mais ne crois pas pour autant que tu as complètement réussi à te débarrasser de moi. Je change juste de service.

- Ça ne sera plus pareil quand même.

Il avait raison, bien sûr. Et c'était d'ailleurs le but. Il ne pouvait pas prendre le risque que ce qui s'était passé se reproduise. Les réunions et les rendez-vous avec sa psychologue moldue lui avaient fait réaliser que, même s'il adorait travailler aux Urgences, le stress inhérent à ce service rajoutait trop de pression sur son empathie. Les consultations généralistes seraient un bon compromis jusqu'à ce qu'il retrouve complètement pied. Il aurait tout le temps de trouver ce qui lui convenait après.

Bilal donna l'impression de se secouer de l'intérieur. Il redevint l'homme enjoué avec lequel il travaillait depuis sept ans.

- Dans tous les cas, c'était parfaitement exécuté, Nigel. J'attends avec impatience mon invitation, parce que j'adore les mariages !

Il tapota son épaule, puis commença à s'éloigner.

- Bilal !

Le Soigneur le regarda par-dessus son épaule.

- Merci.

Bilal porta deux doigts à sa tempe, dans une moquerie de salut militaire qu'il avait souvent utilisé, du temps où il avait été son Apprenti, puis il se détourna.

Il le suivit du regard jusqu'à ce qu'il ait disparu au bout du couloir.

Regulus porta sa main gauche à ses lèvres, comme pour le ramener gentiment à la réalité.

- Ça va aller ?

Il se surprit à regarder autour de lui comme s'il découvrait le couloir pour la première fois. De tous les services où il avait fait des stages pendant sa formation, c'était celui-ci qu'il avait préféré et il y était revenu dès qu'il avait obtenu son diplôme.

Il était vraiment devenu Médicomage ici.

Adèle en soit témoin, il était devenu adulte ici.

Alexis était même né dans la salle d'examen numéro 7, parce qu'il avait fallu que Lucie perde les eaux pour qu'il accepte l'idée qu'elle soit véritablement en train d'accoucher.

Il avait rencontré Regulus ici.

A priori, il s'était fiancé ici.

Il sourit à nouveau. Ses joues commençaient à être douloureuses.

Il n'avait pas imaginé que sa dernière journée ici se terminerait de cette façon, mais la bague à son annulaire était une excellente excuse pour ne pas se lamenter sur son sort.

- Oui, je crois que ça va aller, souffla-t-il. On rentre ?

- Bien sûr. On devra toutefois faire un arrêt à la librairie avant.

Il fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

- Parce qu'Eugène exige la preuve qu'il ne m'a pas donné ma journée pour rien.

Il retint difficilement un éclat de rire.

- Il t'en veut toujours, pas vrai ?

Regulus marmonna quelque chose qui ressemblait beaucoup à une malédiction. Il ne put résister à l'envie de passer un bras autour de ses épaules pour l'attirer contre lui, puis de l'embrasser, juste pour chasser l'expression rancunière sur son visage.

Ce qui marcha plutôt bien.

Regulus lui donna l'impression de savourer leur étreinte, puis il le poussa gentiment en direction de la salle de repos. Il se laissa guider.

Il se laisserait guider jusqu'au bout du monde si Regulus le lui demandait.

C'était aussi simple que ça.


Et on refait tous·tes « Awwwwww » en cœur, non ?

Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :

- Raphaël, qui remonte la pente difficilement mais pas tout seul (c'est un travail d'équipe mais c'est Reggie qui est en tête de cordée).

- Regulus qui avoue enfin les circonstances de son accident à Raphaël (tant de progrès, je suis émue).

- La demande en mariage (comme promis). Je ne sais pas si vous, mais je trouve que Raphaël n'aurait pas été en mesure de faire mieux (et c'est lui l'expert d'habitude xD).

- Bilal, enfin, que j'aime beaucoup aussi.

Si je devais découper cette histoire en parties, je dirais que ce chapitre en clos clairement une. Au-delà de la demande de Regulus et du choix de Raphaël de quitter les urgences des Anges, vous comprendrez un peu mieux là où je veux en venir à la prochaine mise à jour.

En attendant, je peux vous donner un indice :

Summer 1993.

A vos hypothèses !


La prochaine MàJ sera du côté de Supernova. Avis à celleux qui ont un compte, il faut désormais cocher un truc pour recevoir les alerts et le reste… Pensez bien à le faire si vous ne voulez pas passer à côté du prochain chapitre (ici ou chez les collègues).

Autre info, si jamais ce site venait à disparaître subitement (les rumeurs allaient bon train il n'y a encore pas si longtemps), sachez que vous me trouverez sous le même pseudo du côté d'AO3 !

A bientôt !

Orlane.


On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !


Mis en ligne le 19/03/2023