Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.


Des mercis et des bisous à Juliette, Tiph l'Andouille, nyanna, feufollet, Sun Dae V, et guest pour leur review. Vos mots ne manquent jamais de me remotiver ! Keur:keur:keur sur vous !


RàR :

Juliette :
Hey hey hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Ravie que cette histoire continue à te plaire ! Oh, crois-moi, ce n'est que le début des liens entre Supernova et Gravity. A mon humble avis, vous n'êtes pas prêt·e·s. Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Nyanna :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Oui, Sirius s'évade enfin ! (fini Azkaban pour ce pauvre bichon, mais il est encore bien loin de se faire innocenter…). C'est sûr que Raphaël n'a pas l'habitude que Regulus lui cache quelque chose, un jour comme celui-ci, ça pique un peu.
Il faudra encore un peu de patience pour que Supernova et Gravity fusionnent, mais ça commence à prendre forme ! Bonne lecture !

Guest :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous allez bien et que vous avez passé un bel été, au moins un peu sous le soleil (mais pas trop non plus) ! J'espère aussi que votre rentrée s'est bien passée !

De mon côté, j'ai trouvé que l'été était définitivement passé trop vite, n'en déplaise aux jaloux qui pensent que les profs ont trop de vacances ! J'ai à peine eu le temps d'écrire, heureusement que mon service est un peu plus léger cette année, ou vous n'étiez pas sorti·e·s des ronces (et moi non plus!).

Autrement, les vacances furent bonnes (bien arrosées sur les terres irlandaises, du reste). Même ma rentrée s'est bien passée (comme quoi, avoir un chef, ça n'a pas que du mauvais!) et je suis d'attaque pour une nouvelle année !

Pour ce qui est de l'écriture, j'ai réussi à boucler le chapitre 6 de la suite de Supernova (presque, mais il faut parfois reporter à plus tard certaines corvées) et il n'est pas impossible que j'ai écris un petit texte bonus, qui finira sans doute par atterrir par ici.

Trêves de bavardages, je crois me souvenir que je vous avais laissé·e·s sur un cliffhanger, il est grand temps que vous puissiez lire la suite ! Bonne lecture !


Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Spin-Off : Gravity

Chapitre 17


Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.


Summer 1993

Il eut l'impression de rester planté sur la plage pendant une éternité, les bras ballants, haletant, tandis que les larmes roulaient sur ses joues.

Stupide, stupide, stupid.

Son cerveau était incapable de formuler autre chose tandis qu'il revoyait, encore et encore, l'expression de Raphaël se décomposer.

Son cœur était un métronome assourdissant dans ses oreilles, qui faisait circuler un sang glacé dans ses veines. Il savait qu'il tremblait. Il savait qu'il était tombé à genoux. Il savait que le goût amer dans sa bouche était celui des regrets.

Stupide, stupide, stupid.

Il attendait que Raphaël revienne – parce qu'il était toujours revenu jusqu'alors – mais le chemin qui menait à leur maison restait désespéramment vide.

Quand le monde qui l'entourait se mit à vaciller et que le grésillement dans ses oreilles commença à diffuser une douleur sourde dans son crâne, il serra à nouveau les paupières et il attrapa deux pleines poignées de ses cheveux à défaut de pouvoir s'accrocher à autre chose.

- Fuck !

Il savait que cela finirait par arriver – qu'il finirait par dire ou faire quelque chose qui mettrait fin aux illusions que Raphaël entretenait à son sujet – mais il n'avait jamais pensé que cela se produirait le jour de leur mariage.

Ou peut-être était-ce ce qu'il méritait. Peut-être était-ce la façon dont il allait s'acquitter de sa dette. Pas d'Azkaban pour lui ou de baiser du Détraqueur, mais la plus cruelle des solitudes à la place de l'union qui devait le sauver.

Son cœur dut se briser car la douleur qui irradiait dans sa poitrine rivalisait avec celle qu'il avait ressenti quand les Inféris avaient essayé de le démembrer. Il faillit se noyer dans la sensation, la laisser le redéfinir, effacer les quatre dernières années en quelques secondes.

Malgré le tumulte sous son crâne, il pouvait entendre une petite voix – celle qui avait les intonations de sa mère – lui souffler de s'abandonner – d'abandonner –.

Lui souffler de partir – de fuir –.

Lui souffler que c'était mieux ainsi, qu'il n'avait jamais mérité Raphaël pour commencer et que s'il l'aimait, il lui rendrait sa liberté, pour qu'il ait une chance d'être vraiment heureux.

Cette voix avait été son seul repère pendant si longtemps qu'il faillit l'écouter, jusqu'à ce qu'une deuxième voix, plus ferme, s'élève à son tour.

Je le connais depuis plus de vingt ans. Je ne l'ai jamais vu aussi heureux que depuis qu'il t'a rencontré.

Il eut l'impression d'être traversé par un éclair venu de nulle part.

Je t'aime tellement, Regulus.

Un peu de chaleur revint dans ses entrailles. Les tremblements s'espacèrent légèrement. La douleur qui l'empêchait de penser devint tolérable.

Tu as assez expié.

Il pouvait abandonner, choisir la facilité, laisser sa lâcheté dicter ses conditions, ou il pouvait être l'homme que Raphaël semblait voir quand il le regardait.

Respirer devint un peu moins difficile.

Il essuya ses joues d'un geste rageur, compta jusqu'à trente en silence pour retrouver un semblant de sang-froid. Il devait cesser de se comporter comme un stupide Gryffondor. S'il avait fait une erreur, il pouvait encore se racheter.

Il devait se racheter.

Il ignorait encore comment il allait convaincre Raphaël de ne pas le quitter – et de l'épouser dans quelques heures malgré tout – mais ce dont il était certain, c'est qu'il ne parviendrait à rien s'il restait là à se morfondre sur son sort. Il devait trouver Raphaël et lui parler.

Son moignon lui donna l'impression de n'être qu'une géante ecchymose quand il prit appui dessus. Il serra les dents pour ignorer la douleur, puis il entreprit de rejoindre la maison, sa démarche semblable à celle qu'il avait eu quand il avait appris à marcher avec une prothèse.

Sur le chemin, il se convainquit qu'il était fort probable que Raphaël l'attende chez eux, parce que même si c'était la première fois qu'il semblait perdre foi en lui, il l'avait habitué à choisir la confrontation plutôt que la fuite.

Il eut l'impression que ses entrailles se liquéfiaient quand il ne le trouva dans aucune des pièces. Ses yeux redevinrent brûlants quand ils tombèrent sur le costume accroché à l'une des portes de l'armoire. Quelques heures plus tôt, cette maison était synonyme de chaleur et portait en elle un potentiel qui lui donnait le vertige. Maintenant, elle semblait trop grande, trop silencieuse.

Il contempla la possibilité qu'il puisse être amené à y vivre seul si jamais il échouait à convaincre Raphaël de lui laisser une autre chance pendant une fraction de seconde.

Il crut qu'il allait vomir.

Cela lui donna une bonne raison pour retourner au rez-de-chaussée et récupérer sa baguette magique, toujours abandonnée sur la table de la cuisine. Puisqu'il ignorait où Raphaël avait bien pu transplaner – bien qu'il espérât que ce ne soit pas à l'autre bout du pays –, il verrouilla la maison puis rejoignit leur appartement parisien, à moitié résigné à le trouver en train de rassembler ses affaires dans de grands sacs poubelles.

Raphaël n'était pas là non plus.

Le salon portait encore les traces de son enterrement de vie de garçon – des bouteilles de bièraubeurre et des cartons de pizza vides sur la table basse, l'odeur écœurante du tabac froid, de nombreux disques sortis de leur pochettes –.

Il décida de ranger – à la moldue – autant pour s'occuper l'esprit que pour faire amende honorable – Adèle en soit témoin, Raphaël était l'expert des tâches ménagères, pas lui –. Il dut toutefois s'arrêter quand il réalisa qu'il était en train de trier la collection de disques par ordre alphabétique, ce qui n'était pas le système de Raphaël.

Il se mit à tourner en rond dans le salon, incapable de déterminer s'il devait attendre ici ou retourner en Bretagne ou alors transplaner chez les parents de Raphaël pour avouer à Simone que Sirius était un Animagus non déclaré. Rien ne lui garantissait que son fiancé n'ait pas trouvé refuge chez Louis, Lucie ou Bilal. Il pourrait appeler, bien sûr, mais il doutait d'avoir assez de courage pour affronter Raphaël, alors il ne pouvait pas se permettre de le gaspiller en expliquant à d'autres pourquoi il était à sa recherche.

Quel genre de couple se disputait le jour de leur mariage ?

En désespoir de cause, il alluma la télévision pour atténuer le bruit de ses propres pensées.

L'évasion de Sirius Black faisait aussi la une dans le journal télévisé moldu.

Il fusilla la photo – immobile – de son frère tout le temps qu'elle fut à l'écran.

Merlin, Viviane, Morgane, Circé et Adèle, c'était de sa faute ! S'il avait eu la décence de mourir à Azkaban, il ne serait pas dans cette situation. A croire que quelqu'un lui avait bel et bien envoyé une invitation pour son mariage et qu'il avait décidé de s'évader pour gâcher la fête.

La chaîne d'information profita du sujet pour faire un retour sur la guerre civile qui avait déchiré le Royaume-Uni pendant les années 70. Il éteignit, de peur de se voir à l'écran.

Finalement, il termina dans leur chambre.

Le costume de Raphaël était, lui aussi, pendu à l'armoire, bien qu'encore dans la housse du tailleur. Il fixa la photo sur sa table de nuit – celle qui avait été prise pendant leur premier voyage en Grèce et que Raphaël lui avait offerte au Noël suivant –.

Il aimait son sourire.

Ses entrailles se contractèrent. Il eut à nouveau envie de vomir. Une moue douloureuse déforma ses lèvres.

Il l'aimait tout court.

Le tiroir de sa table de nuit était mal fermé. Le soleil qui inondait la chambre à cette heure de la journée se reflétait sur les dorures du livre qu'il avait soigneusement rangé là. Il s'installa un peu plus confortablement contre les oreillers. Il massa son moignon de sa main gauche pour atténuer les pulsations dans le muscle de sa cuisse et ouvrit l'exemplaire du livre des Contes de Beedle le Barde de l'autre.

A de nouveaux bons souvenirs,
R.D.

Ses yeux redevinrent brûlants et il n'essaya même pas de ravaler ses larmes. Quelqu'un de très intelligent lui avait dit plusieurs années de cela que ce n'était qu'un moyen de réguler ses émotions. Adèle en soit témoin, il valait sans doute mieux qu'il se laisse l'opportunité de les réguler maintenant. Avec un peu de chance, il aurait les idées plus claires quand Raphaël arriverait – s'il arrivait avant qu'il ne soit trop tard –.

Le livre était bien plus épais que quatre ans plus tôt, quand Raphaël le lui avait offert. Il avait glissé des souvenirs entre ses pages – le ticket du parc aux étoiles, celui de l'opéra, quelques photos de Raphaël, les cartes de visite de certains restaurants où ils avaient mangé ensemble, une liste de ce qu'Alexis aimait ou détestait – et il avait marqué certaines dates sur la dernière page.

Parfois, il avait l'impression que tout cela était ridicule.

Aujourd'hui, il était soulagé de pouvoir se raccrocher à sa petite collection pour rassembler ses idées en vue de sa confrontation avec Raphaël.

Même si, en toute honnêteté, il ignorait ce qu'il allait lui dire.

Il ne comprenait même pas d'où lui venait cette loyauté mal placée envers Sirius. Ce n'était pas comme si Sirius avait donné ses lettres de noblesse au titre de grand-frère pendant les années où ils s'adressaient encore la parole. Il l'avait protégé des autres enfants du monde Sang-Pur quand ils étaient petits et sa rébellion constante contre ses parents lui avait permis de rester dans l'ombre. Sirius attirait l'attention et pas seulement parce qu'il était l'aîné. Il était bruyant, il bougeait partout… De son côté, il avait vite découvert qu'il pouvait jouir de plus de liberté – de tranquillité – s'il se comportait comme un petit garçon modèle devant ses parents.

A mesure que Sirius s'était éloigné – d'abord physiquement en partant pour Poudlard, puis émotionnellement en cessant de leur parler autrement que pour les agonir de reproches –, Walburga s'était rabattue sur lui. Le petit costume de garçon modèle était devenu une seconde peau à son arrivée à Poudlard, puis un carcan quand Sirius avait été renié. Son frère n'avait jamais essayé de le sauver. Il avait trouvé une âme sœur en la personne de James Potter, puis il s'était construit sa nouvelle famille – celle qu'il avait choisi –.

Il lui avait tourné le dos.

Selon toute vraisemblance, il aurait dû le détester pour ça.

Toutefois, plus d'une décennie avait passé. Il n'était plus ce gamin de dix-huit ans qui avait voulu mourir. Il n'était plus cet adolescent qui avait pleuré quand son frère avait été renié. Il n'était plus ce petit garçon qui adulait son grand-frère.

Il avait compris que, d'une certaine façon, Sirius n'avait pas plus eu le choix que lui. Le monde Sang-Pur – Walburga, Orion, Bellatrix – avait essayé de le briser. Il s'était battu tout le temps qu'il avait pu, puis il avait trouvé refuge à Poudlard et il avait pris toutes les décisions qui lui permettraient de fuir – Gryffondor, James Potter, l'Ordre du Phénix –. Il était un enfant qui avait fait de son mieux compte tenu de sa situation. Cela n'avait pas été son rôle de le sauver.

Et même s'il savait qu'il ne lui aurait fallu qu'un mot pour que Sirius lui obtienne la protection de Dumbledore et organise sa fuite pendant la guerre, il ne lui devait rien.

Pourtant, savoir qu'il avait la possibilité de le protéger en se taisant lui donnait l'impression de pouvoir se racheter aux yeux de son aîné.

Il est dangereux.

Sirius venait de passer douze ans à Azkaban, il n'avait pas de baguette, il n'était pas initié à la Magie Noire – il n'avait pas la rigueur nécessaire à la discipline de toute façon –. Sa seule arme était sa forme Animagus et il n'était même pas sûr que cela compte – Lupin était sur la liste -. Il doutait qu'il soit dangereux. S'il lui restait deux sous de jugeote, il allait faire profil bas pendant plusieurs mois, puis il quitterait le pays. Plus personne n'entendrait parler de lui.

Il demeurait toutefois que, comme lui, il était un meurtrier.

Il se pinça l'arête du nez. Il commençait à avoir mal à la tête.

Il feuilleta à nouveau le livre de Beedle le Barde, certain d'être passé à côté de sa photo préférée de Raphaël.

Il l'avait prise le lendemain de ses trente ans avec l'appareil polaroïd qu'il lui avait offert. Ses cheveux pointaient dans tous les sens, sa barbe blonde commençait à se voir. Son menton posé sur ses bras croisés, il l'avait dévisagé pendant ce qui lui avait semblé des heures. Il lui avait dit qu'il ressemblait à un idiot transi et il avait pris une photo pour le lui prouver.

Peut-être pour immortaliser ce sourire tendre qu'il ne réservait qu'à lui et cette façon qu'il avait de le fixer, comme s'il avait mal quelque part quand il le regardait.

Il est dangereux.

Raphaël avait sans doute raison quand il affirmait qu'il aimait son frère – ou les souvenirs magnifiés qu'il gardait de lui – mais si c'était lui ou Raphaël, son choix était catégorique.

Il ne lui devait rien.

Cela ne l'empêcha pas d'avoir l'impression que son cœur se brisait un peu plus, libérant des flots de regrets glacés qui s'infiltrèrent jusque dans ses os – jusque dans son âme –. Il rangea soigneusement la photographie, puis il referma le livre. Il ne tarda pas à basculer sur le côté, son visage enfoui dans l'oreiller de Raphaël à défaut de mieux.

Il dut s'endormir parce qu'il eut la nette impression d'avoir fait des rêves étranges – comme un mélange de souvenirs et d'autre chose – quand il rouvrit les yeux un peu plus tard. Le réveil lui apprit que la cérémonie était censée avoir lieu dans moins de deux heures et que son fiancé était toujours porté disparu.

Si tant est qu'il ait toujours un fiancé.

Il referma les yeux, juste pour être inconscient au moment où il serait trop tard, sauf que cela sembla être l'autorisation qu'attendait son cerveau pour se mettre à passer en revue tous les scénarios possibles, de ce qu'il pouvait encore faire pour rattraper le coup à ce qu'il lui faudrait faire si le mariage était annulé, en passant par ce qu'il ferait subir à Sirius s'il gâchait tout.

Plus ses pensées s'emballaient, plus sa gorge se serra. Ses yeux déjà gonflés devinrent brûlants. L'air se raréfia dans ses poumons.

- Regulus ?

Il crut qu'il avait rêvé, mais son prénom fut suivi de bruits de pas qui venaient dans sa direction.

Il se redressa aussitôt, un peu hébété par le retournement de situation.

Raphaël se stoppa sur le pas de la porte.

Il semblait avoir le souffle court. Ses cheveux étaient hérissés sur son crâne, sans doute parce qu'il avait trop passé la main dedans. Il ne parvenait pas à voir s'il portait toujours la bague qu'il lui avait offerte, aussi préféra-t-il détourner le regard.

Ses mains tremblaient – son corps tout entier tremblait –. Il se sentit un peu plus malade à mesure que le silence s'éternisait, aussi rassembla-t-il le peu d'air qui restait dans ses poumons.

- I'm sorry, souffla-t-il, sans réussir à faire taire les larmes silencieuses dans sa voix.

Il se racla la gorge.

Prit une autre inspiration qui lui donna l'impression d'avoir passé les dernières heures sous l'eau. Il s'obligea à relever la tête pour regarder Raphaël en face.

- Je vais lui dire tout ce que je sais. Il a beau être mon frère, tu es mon… my everything. Je n'avais pas les idées claires tout à l'heure. Juste… N'annule pas le mariage à cause de ça.

Don't leave me.

Le visage de Raphaël resta impassible. Il croisa les bras sur sa poitrine.

La lumière accrocha l'anneau doré à son annulaire gauche.

- Oh, crois-moi Regulus, je compte bien te traîner devant l'autel.

Il s'était tellement bien convaincu qu'il avait tout gâché qu'il lui fallut quelques secondes pour être certain d'avoir bien compris.

- Really ?

Raphaël bascula la tête en arrière et leva les bras au ciel, avant de les laisser retomber le long de son corps dans un clac retentissant.

- Ça fait deux heures que je te cherche partout !

Il ouvrit et referma la bouche plusieurs fois de suite.

- Je t'attendais ici.

- Et tu ne t'es pas dit que ça serait une bonne idée de prévenir quelqu'un ?!

Il le connaissait assez pour savoir qu'il était énervé et qu'il lui en voulait un peu mais, vraiment, la seule chose dont il avait envie là, tout de suite, c'était d'éclater de rire.

Adèle en soit témoin, ils étaient deux idiots.

- C'est toi qui as disparu en premier, lui rappela-t-il.

Raphaël lui adressa un regard sombre. Il se mordit la langue, puis libéra une expiration tremblante, tout en se maudissant en silence.

Rien de tout cela n'avait d'importance. Raphaël était revenu. Lui-même n'avait pas fui à l'autre bout du pays. Ils avaient surmonté bien pire qu'une dispute à cause de son frère.

Il rejoignit aussi adroitement que possible le pied du lit pour s'asseoir en face de Raphaël.

- Je suis désolé, dit-il, en tendant une main dans sa direction.

Raphaël soupira mais fit un premier pas vers lui, puis un deuxième.

- Je suis désolé aussi, marmonna-t-il.

L'aveu fit disparaître le poids écrasant sur sa poitrine. Il se pencha pour attraper sa main. Raphaël accepta de s'approcher un peu plus. Il s'assit à côté de lui, ébouriffant ses cheveux une fois de plus d'un geste las.

- Tu penses vraiment que ton frère n'est pas dangereux, pas vrai ?

Il hocha la tête.

- J'ignore pourquoi il s'est échappé, mais je sais qu'il n'est pas le Mangemort sans âme que tout le monde décrit.

Raphaël plissa les yeux. Il n'essaya pas de résister à son empathie. Si cela était encore possible, il lui ouvrit plus largement la porte de son cœur.

Son fiancé resta silencieux un long moment, perdu dans ses pensées. Il ne put s'empêcher de jouer avec la bague à son annulaire, comme pour se convaincre qu'elle était toujours là.

- Ma mère a beau avoir rassemblé toutes les informations que le Royaume-Uni possède sur ton frère, elle ne le connaît pas. Et elle n'était pas là-bas, pendant la guerre. Tu ne m'as jamais menti sur ton rôle, Regulus. Jamais.

Il hocha la tête. Il ne lui avait pas – encore – confié tous les détails mais il avait mis un point d'honneur à lui dire la vérité – même si ça avait été dans l'espoir de lui faire retrouver la raison, au début –.

Il était l'héritier de la famille Black. Il était le cousin de Bellatrix Lestrange. Il avait été un Mangemort. Il avait tué et torturé. Ce qu'il avait fait pendant la guerre le hanterait jusqu'à la fin de sa vie.

- Douze ans à Azkaban est quelque chose que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi et si tu dis qu'il n'est pas dangereux, qu'est-ce que ça change qu'il soit dehors ? Peut-être qu'il a assez expié, lui aussi.

Il ne semblait pas tout à fait convaincu parce qu'il venait de lui dire mais, une fois de plus, il décidait de lui faire confiance.

D'être de son côté.

- Peut-être que j'ai tort. Les dernières années, on ne se parlait plus du tout. Je crois qu'entre le moment où il a été renié et celui où je suis parti, on a dû s'envoyer deux lettres. Et la dernière fois que l'on s'est vu, je lui ai lancé le Doloris et il m'a tiré dessus…

Les yeux de Raphaël s'arrondirent.

- Il t'a tiré dessus ? Tu veux dire, avec une arme moldue ?

Il fit un geste vague de la main.

- Sirius a toujours mis un point d'honneur à ne pas faire ce que l'on attendait de lui. Pour sa défense, je crois qu'il visait Bellatrix.

Raphaël ferma les yeux quelques secondes.

- Quel est ce grand secret que tu ne veux pas confier à ma mère ?

Il n'hésita qu'une seconde.

- Sirius est un Animagus non déclaré.

Raphaël se frotta le menton de sa main droite.

- Vraiment ?

- Bien sûr. Pourquoi ?

- Parce que d'après Madame Leroy, c'est l'un des trucs les plus difficiles à réussir en Métamorphose. Ton frère est plus jeune que moi.

Ce fut à son tour de plisser les yeux.

- On est très fort en Métamorphose dans la famille.

Raphaël se pencha un peu plus vers lui.

- Et c'est uniquement pour ça que, toi aussi, tu veux devenir un Animagus ?

- Évidemment.

Si son frère y était parvenu quand il était encore à Poudlard, il ne voyait pas pourquoi il échouerait.

Dans tous les cas, il avait comme l'impression que Raphaël ne le croyait pas vraiment. Il secoua la tête en marmonnant quelque chose qu'il ne comprit pas, puis grimaça.

- Je te propose de terminer cette conversation une autre fois, mon amour, parce qu'il est grand temps qu'on aille se préparer si on ne veut pas que Lucie nous écorche vifs.

Un coup d'œil vers sa table de nuit lui apprit que la cérémonie était désormais dans un peu plus d'une heure. S'il ne rejoignait pas la Bretagne maintenant, il risquait fortement de ne pas être prêt à temps. Il empêcha toutefois Raphaël de se lever.

- Est-ce que je peux t'embrasser ? murmura-t-il, tout en retraçant ses traits du bout des doigts.

Son regard brun s'adoucit. Il enveloppa son visage de ses mains.

- Tu es ridicule, répondit-il contre ses lèvres.

Il eut enfin l'impression de pouvoir respirer librement. Chaque pression de ses lèvres contre celles de Raphaël était comme un baume sur son cœur malmené. Il avait eu si peur, un peu plus tôt, qu'il avait juste besoin de quelques minutes pour se convaincre que tout allait vraiment s'arranger. A la façon dont Raphaël le fit basculer sur le matelas pour approfondir leur baiser, il eut la nette impression qu'il n'était pas le seul à avoir paniqué.

- Je vais en tuer un avant la fin de la journée. Peut-être même les deux s'ils n'arrêtent pas de s'embrasser immédiatement.

La voix de Lucie les fit sursauter. Raphaël laissa échapper plusieurs insultes quand son frère commença à proposer plusieurs solutions pour faire disparaître leurs corps.

Ils étaient tous les deux sur le pas de la porte, les bras croisés et l'air impatient. Lucie sortit sa baguette quand elle croisa son regard.

Le morceau de bois tourbillonna entre ses doigts parfaitement manucurés.

- Dix, neuf, huit…

Raphaël se redressa aussitôt. Il déposa un dernier baiser sur sa joue avant de se lever. Il réussit à rejoindre Lucie avant qu'elle n'ait terminé son décompte. Elle se décala pour le laisser passer.

- La prochaine fois que je te dis quelque chose, Raphaël, tâche de m'écouter. Louis, rends-moi service et assure-toi qu'il passe cinquante-sept minutes désagréables.

Le sourire de Louis était une promesse comme une autre.

- Tic, toc, Black.

Ils transplanèrent pour la Bretagne dans un crac retentissant. Il avait laissé la maison vide – sans âme, presque –. Elle était désormais en effervescence. Il aperçut Appoline, Fleur et Sophie dans le jardin, occupées à ajuster la décoration. Des bruits métalliques inquiétants provenaient de la cuisine. Bilal, Alexis et Eugène étaient en plein débat dans le salon – son nom et celui de Raphaël revinrent plusieurs fois –. Lucie les interrompit d'un sifflement strident.

Leur acclamation soulagée rendit ses oreilles brûlantes.

- Où est Raphaël ? demanda Bilal.

- A Paris, avec son frère. Regulus, salle de bain, maintenant.

Elle le poussa sans ménagement vers l'escalier.

- Tu sais que la cérémonie ne commencera pas sans Raphaël et moi, n'est-ce pas ?

- Cette cérémonie commencera à l'heure. Active !

S'il était tout à fait honnête, il n'avait pas imaginé que la journée se déroulerait de cette façon. En théorie, il était censé profiter du calme de la maison jusqu'au déjeuner, puis prendre un bain relaxant et, enfin, se préparer dans les règles de l'art.

L'avantage de tous ces contretemps fut qu'il n'eut pas le temps de réfléchir à ce qui allait se passer dans quelques minutes, ni de repenser à son frère. Lucie devait avoir été une horloge parlante dans une autre vie car elle ne cessa de chronométrer tout ce qu'il faisait – sa douche, son rasage, son coiffage – mais, sans elle, il n'aurait sans doute pas été prêt avec cinq minutes d'avance.

Il observa son reflet dans le miroir. Il avait choisi un costume trois pièces dans le pur style britannique. La veste longue était noire, tout comme le pantalon et la cravate, mais le gilet était taillé dans une jolie soie argentée que Raphaël avait choisie pour lui.

Lucie attrapa son bras et le détailla à son tour dans le miroir. Elle était très élégante dans une longue robe d'un rose très pâle.

- Nerveux ?

Il secoua la tête.

Il avait cru tout perdre quelques heures plus tôt. Il était soulagé d'être là.

Heureux.

- Absolument pas.

Elle eut une moue appréciatrice.

- Tu as tes Promesses ?

Il passa sa main sur la poche de veste pour s'assurer que cela était bien le cas. Le morceau de parchemin crissa sous le tissu. Le cœur battant un peu plus vite, les joues un peu rouges, il hocha la tête.

Très bien. On descend ?

Eugène l'attendait dans la véranda. Avec ses cheveux plaqués en arrière et son costume gris foncé, c'était la première fois qu'il le voyait aussi élégant. Il lui accrocha sa boutonnière – une fleur de lys dont le nom anglais était stargazer – puis sembla le passer en revue, son regard aussi concentré que lorsqu'il faisait les comptes de la librairie.

Dans une autre vie, cela aurait pu être Sirius à sa place, ou même Orion – si les choses avaient été très différentes –.

- Eugène ?

Son patron – son ami, vraiment – releva les yeux vers lui. Il faillit commenter le fait qu'ils semblaient un peu brillants mais il avait la nette impression qu'il ne valait pas mieux. Il serra son bras doucement.

- Merci.

Il réussit presque à lui arracher une larme. Eugène secoua la tête, faussement contrarié.

- N'en fais pas toute une histoire, gamin.

Il serra quand même la main sur son bras avant de s'écarter. Il désigna la porte d'un geste du menton.

Des chaises blanches tournées vers la mer étaient séparées par une allée centrale. Les invités – leurs plus proches – avaient déjà trouvé leur place. Au bout de l'allée, Appoline avait installé une arche recouverte de fleurs de lys. Simone, vêtue de blanc, sa baguette à la main, l'attendait. A sa droite, Louis et Alexis avaient fière allure. A sa gauche, Lucie semblait avoir du mal à cacher son émotion.

Simone lui sourit quand elle croisa son regard, puis fit un geste de la main. Tous les invités se levèrent.

Sophie commença à jouer un morceau à la harpe qu'il entendait à peine derrière le tumulte des battements de son cœur. Eugène le guida le long de l'allée, puis trouva sa place à côté de Lucie. Il prit une profonde inspiration avant de se tourner vers la maison.

Raphaël sortit de la véranda quelques secondes plus tard au bras de son père. Son costume était plus cintré que le sien, le pantalon plus étroit, un nœud papillon plutôt qu'une cravate, mais les tissus étaient identiques.

Et il était magnifique.

Il se redressa un peu plus. Son cœur lui donna l'impression d'être remonté dans sa gorge et il battait sans doute trop vite. Le sourire de Raphaël s'élargit un peu plus à mesure qu'il se rapprochait et, s'il se fiait à ses joues douloureuses, il n'était pas en reste.
Raphaël enlaça son père avant de le rejoindre.

Il serra sa main à lui faire mal. Il fut traversé par une vague d'émotions – bonheur, amour, impatience – qui lui donna le tournis. Les quelques rangées d'invités devinrent floues en arrière-plan. Seul comptait Raphaël, ses joues rouges, le soleil qui faisait ressortir les mèches blondes dans ses cheveux châtain et l'amour qui saturait chacune de leurs cellules.

Il était incapable de lâcher son regard.

Les éclats de rire qui firent voler en éclat leur bulle leur tirèrent le même sursaut.

Simone les fixait, les sourcils levés mais un sourire amusé aux lèvres.

- Je disais donc que j'allais avoir besoin de vos Promesses ?

Il ignorait ce qu'elle avait bien pu dire d'autre ni combien de temps elle avait parlé, pour être honnête. Il sortit le morceau de parchemin de sa veste et il le plaça dans le petit chaudron que Simone lui tendit.

Il tomba sans un bruit sur un mélange d'herbes et de cristaux.

Techniquement parlant, Raphaël et lui n'avaient pas le droit de se marier. La France était un peu plus progressiste que le Royaume-Uni, mais pas encore à ce point. Toutefois, les Promesses d'Adèle était un rituel qui remontait à une époque où les sorciers n'avaient pas encore de baguettes magiques. C'était de l'ancienne magie blanche, dans sa plus pure simplicité.

La légende voulait qu'Adèle ait réalisé ce rituel pour unir toute sorte de couple, ne se souciant que de la sincérité de leur amour.

Alors, ce n'était pas un mariage, mais puisque le gouvernement français n'avait jamais réussi à en encadrer la pratique, c'était ce qui s'en rapprochait le plus.

Ce qu'il avait pu lire à ce sujet au cours des derniers mois avait suffi à le convaincre que c'était sans doute mieux ainsi.

On ne pouvait revenir sur ses Promesses.

Simone conjura une flamme au fond du chaudron, puis le recouvrit avec un tissu blanc. De la fumée commença à s'échapper et, peu à peu, les Promesses apparurent sur le tissu. L'écriture brouillonne de Raphaël se mêla à la calligraphie parfaite que son éducation avait gravé en lui. Il n'essaya pas de les déchiffrer de peur que des larmes lui échappent déjà – encore –.

Simone attendit que la fumée se dissipe complètement pour récupérer le tissu, puis elle tendit un petit couteau en argent à Raphaël. Son sourire vacilla à peine quand il entailla sa paume. Quand ce fut son tour, il ne sentit presque pas la morsure de la lame tant elle était affûtée.

- Joignez vos mains.

Il ne se lasserait sans doute jamais de voir la peau dorée de Raphaël contre la sienne. Simone enveloppa soigneusement leurs mains. Le tissu devint rouge à certains endroits.

- Ces mains sont celles de votre meilleur ami, sûres et fortes et pleines d'amour.

Les mots de Simone lui donnèrent l'impression de basculer dans une pensine. Il revit en une succession de flashs étourdissants comment Raphaël était devenu son meilleur ami pendant cette première année, passant ses défenses comme si elles avaient été faites de papier.

- Ces mains sont celles qui vous aimeront passionnément et qui prendront soin de vous à travers les années.

Quelque chose dans le regard de Raphaël changea. Ce fut à son tour de serrer sa main un peu plus fort. Parler – de ses sentiments, de son passé et du reste – continuait à être difficile. Il avait grandi dans un monde où la parole était une arme – seulement une arme –, par conséquence, leur connexion physique allait bien au-delà du sexe. Il avait sans doute appris à lui dire je t'aime en s'autorisant des dizaines de petits gestes que personne n'avait eu pour lui avant, même quand il en avait eu désespéramment besoin.

- Ces mains sont celles qui vous réconforteront quand la peur ou les angoisses vous tourmenteront celles qui vous donneront de la force quand vous en manquerez et qui vous aideront à réaliser vos rêves qui essuieront sans compter les larmes sur vos joues, que ces dernières soient de tristesse ou de joie.

Ces mêmes larmes firent briller leurs yeux. Ils s'étaient déjà prouvés encore et encore qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre pour affronter les démons de leur passé.

Et sans doute ceux qui ne manqueraient pas de surgir dans leur futur.

Et, enfin, ces mains sont celles qui, même une fois ridées et abîmées par les années, continueront à se tendre vers les vôtres pour vous offrir la même tendresse avec un seul geste.

Il se mordit les lèvres pour les empêcher de trembler, de peur qu'elles invoquent les larmes. S'il n'avait qu'un souhait à adresser à sa bonne étoile, c'était de lui accorder l'honneur de vieillir aux côtés de Raphaël.

- Mes mains, comme celles d'Adèle avant moi, scellent vos Promesses au grand jour, devant des témoins bienveillants. Que votre sang mêlé vous les rappelle dans vos moments de doute et vos moments de joie. Que vos magies ne deviennent plus qu'une, à partir de ce jour jusqu'à ce que la mort vous sépare. Vous étiez deux jusqu'à maintenant. A la fin de ce rituel, vous ne serez plus qu'un. Regulus ?

Il prit une profonde inspiration, ses yeux toujours perdus dans ceux de Raphaël, au point où il avait l'impression de se noyer.

- Je promets d'être toujours là pour toi, de te protéger et de veiller sur ton amour comme sur mon bien le plus précieux. Je te promets de garder tes secrets et de te confier les miens. Je te promets d'honorer la confiance que tu places en moi, de te faire rire, d'être là quand tu pleures, de prendre soin de toi, de t'embrasser tendrement quand tu iras mal. Je te promets d'être ton compagnon et ton ami. Je te promets de t'aimer dans cette vie et dans la suivante. Je te promets de rester, pour toujours.

Les yeux de Raphaël étaient devenus de plus en plus brillants à mesure qu'il récitait ses promesses. Quand il serra les paupières, plusieurs larmes roulèrent sur ses joues. Son empathie s'emballa, transformant son propre cœur en soleil dans sa poitrine, au point où il se demandait si l'organe n'allait pas exploser à la manière d'une supernova.

Il voulut le prendre dans ses bras et l'embrasser.

Il se contenta de raffermir sa prise sur sa main pour le moment.

Raphaël finit par reprendre le dessus sur ses émotions. Il se racla la gorge.

- I promise to love you with everything that I have. I promise my endless strenght that you can count on when you are weak, my heart when yours will be too heavy and my arms when you'll need solace. I promise to be by your side, always, and to protect you against whatever may come. I promise to heal all your scars, even the one you can't see, even the one you don't have yet. I promise to never stop falling in love with you all over again. And I promise never to be afraid. (1)

L'anglais ne lui laissa aucun doute sur les mots de Raphaël et ce fut à son tour de verser quelques larmes.

Simone prononça quelques mots dans une langue qu'il ne sut reconnaître. Le tissu autour de leur main s'illumina brièvement. Une chaleur intense se diffusa dans son corps à partir de la paume de sa main gauche. Sa magie crépita le long de sa peau. Il eut l'impression de vaciller sur ses jambes.

Quand Simone retira le tissu, il avait retrouvé sa blancheur virginale, prêt à être utilisé lors d'un nouveau rituel. Leur main ne portait plus une seule trace de blessure.

Alexis prit la place de Simone, deux bagues dans le creux de sa paume.

Ce fut à nouveau à son tour de commencer.

- Raphaël, je te donne cette bague, symbole de mon amour, comme je te donne tout ce que je suis et comme j'accepte tout ce que tu es.

Raphaël eut un éclat de rire humide quand ils durent s'y reprendre à trois fois avant qu'il ne parvienne à glisser l'anneau le long de son annulaire gauche, jusqu'à ce qu'elle rejoigne sa bague de fiançailles.

Il eut la nette impression que Raphaël n'était pas loin de perdre le peu de sang-froid qui lui restait quand il releva les yeux vers lui.

- Regulus, cette bague est le symbole visible et constant de ma promesse d'être à tes côtés, pour le reste de ma vie.

Il ne devait jamais avoir autant eu envie de l'embrasser que maintenant. Cela dut se lire sur son visage car Simone se racla la gorge bruyamment. Elle posa sa main sur leurs doigts emmêlés avec autorité.

- Au nom de l'esprit d'Adèle, je vous déclare unis. Vous pouvez vous embrasser.

Simone n'eut pas le besoin de le répéter deux fois. L'empathie de Raphaël le traversa avant même qu'ils ne se touchent. La déferlante qui le frappa quand leurs lèvres se trouvèrent le fit vaciller sur sa jambe et lui coupa le souffle. Il se raccrocha comme il put à ses épaules, ce qui sembla le faire rire, avant qu'il ne le serre un peu plus contre lui et enfouisse son visage dans son cou.

Il fit glisser sa main jusqu'à sa nuque et la caressa doucement.

- Je t'aime, souffla-t-il, rien que pour lui, indifférent aux applaudissements des invités et aux sifflets enthousiastes d'au moins Bilal et Lucie.

Il savait que l'excitation générale faisait partie de l'expérience et, pour une fois, il se sentait d'humeur à participer activement à la fête – now or never – mais il aurait aimé qu'on leur laisse quelques minutes de calme pour savourer ce qui avait le goût de revanche.

Raphaël se redressa avec douceur. Il enveloppa son visage de ses mains, ce geste qu'il avait eu cent fois –mille fois – et qui lui donnait l'impression de remonter le temps, d'être en bas de l'immeuble de son ancien appartement, tandis que la chaleur de sa tendresse repoussait la solitude à la manière d'un Patronus.

Aujourd'hui, les yeux de Raphaël étaient de la couleur du cuivre fondu, des paillettes d'or en prime.

Il attrapa ses poignets par habitude. Le sourire de son mari fondit un peu pour devenir celui qu'il préférait d'entre tous.

Celui qu'il considérait comme le sien depuis un moment déjà.

- Je t'aime aussi, mon amour.

Il le savait – il le sentait – mais ça faisait toujours du bien de se l'entendre dire.

Pendant les heures qui suivirent, il eut l'impression qu'il y avait trois fois plus de personnes présentes que d'invités sur la liste officielle tant il fut sollicité. Il y eut de nombreuses photographies de prises – assez pour retapisser l'intérieur de leur chambre avec – et le mot félicitations fut prononcé beaucoup trop de fois.

Deux gorgées de champagne pendant le vin d'honneur suffirent à lui faire tourner la tête et lui donner chaud, sans doute parce qu'il n'avait rien avalé depuis le dîner de la veille.

Le repas était loin du service à la française d'usage lors des mariages Sang-Pur. Chacun se leva pour se servir au buffet. Il y avait du fish and chips, de la Shepherd's Pie et du bœuf Wellington de la bouillabaisse, des croque-monsieurs et des escargots, un large choix de fromages, des macarons, de la tarte au citron et de la glace vanille et caramel.

- Je sais ce qu'on aurait dû demander, lui souffla Raphaël.

Le bonheur rendait son regard étincelant, ses joues rouges et sa peau un peu luisante – à moins que cela soit la faute de l'alcool –.

- Quoi ?

Le sourire de Raphaël s'élargit encore. A la façon dont il agita ses sourcils, il sut qu'il allait dire une bêtise.

- Du tartare de bœuf.

Il détourna la tête en levant les yeux au ciel, plus pour dissimuler le sourire qui démangeait ses lèvres qu'autre chose.

- Je suppose qu'il est trop tard pour que je change d'avis ? ronchonna-t-il, pour le principe.

Raphaël éclata de rire puis il se pencha un peu plus vers lui.

- Bien trop tard. J'ai peur que tu sois coincé avec moi, Monsieur Delacour.

Il eut l'impression que le bouquet final d'un feu d'artifice explosait dans sa poitrine, chaque fusée propulsée par un mélange de bonheur, de soulagement, d'amour et de désir. L'air se bloqua dans ses poumons, le sang quitta son cerveau pour son pénis, le laissant étourdi.

Il y avait un étrange grésillement dans ses oreilles.

Raphaël rit à nouveau, d'une façon plus envoûtante.

- Tu disais ? chuchota-t-il contre sa peau.

Sa main gauche remonta le long de sa cuisse lentement – mais suggestive –. Il dut fournir un effort surhumain pour relancer son cerveau et attraper son poignet.

- I hate it when you do that.

Sa voix sonnait quand même comme une supplique.

- Menteur, répondit Raphaël.

Son assurance lui donna l'impression que chacun de ses muscles venaient de devenir liquides. Sa prise sur son poignet devint lâche.

Le bruit cristallin d'un couvert sur un verre fit éclater un peu cruellement leur bulle.

Louis avait l'air moqueur, comme s'il avait attendu ce moment-là entre tous pour se lever et faire son discours.

- Oh non, grogna Raphaël en se redressant.

Au bout de la table, le sourire de Louis ne fit que s'élargir.

- Oh si, petit frère.

Bien entendu, Eugène se leva à son tour, une expression solennelle qu'il ne lui avait jamais vu. Louis s'inclina à moitié, puis les désigna d'un geste de la main.

- Honneur aux aînés.

Eugène était un Cracmol et c'était sans doute mieux ainsi, car son regard sombre aurait réussi à maudire Louis et ses descendants sur les sept prochaines générations.

- Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas, je suis Eugène Lechat, le patron de Regulus. C'est entièrement grâce à moi que nous sommes tous ici aujourd'hui, puisque sans mon intervention, Regulus serait encore en train de prétendre que tout va bien plutôt qu'accepter de voir un Médicomage, ce qui aurait sans doute fini par me coûter tous nos clients. Pour être tout à fait honnête, j'aurais été profondément insulté s'il avait demandé à quelqu'un d'autre d'être son témoin étant donné que j'ai été aux premières loges de ce qui doit être la plus longue parade nuptiale à avoir jamais eu lieu dans l'histoire de l'humanité. Je ne sais pas ce qui me fascine le plus : la crédulité dont a pu faire preuve l'un ou l'obstination de l'autre. Je ne suis d'ailleurs pas tout à fait décidé sur qui mérite quel adjectif.

Il fit de son mieux pour rester impassible, ce qui incluait de ne laisser que ses oreilles devenir rouges au risque qu'Eugène lui en parle jusqu'à la fin de sa vie. Raphaël se mit à ricaner.

- Oh, il est doué, commenta-t-il. Et il a particulièrement raison.

- La ferme.

Eugène dut entendre la remarque de Raphaël car il leva son verre dans sa direction.

- J'ignore encore quelle déité a permis à cette histoire de devenir ce qu'elle est devenue, mais je lui en suis reconnaissante, et pas seulement parce que Raphaël réussit à faire en sorte que Regulus soit parfois de bonne humeur, ce qui est bien plus favorable au commerce. Cela va faire treize ans l'hiver prochain que j'ai rencontré Nigel Sky. L'homme qu'il est aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le gamin malingre qu'il était à l'époque. J'aimerais pouvoir dire que c'est entièrement grâce à moi mais je crois que Raphaël y a contribué un peu. Dans tous les cas, tous mes vœux de bonheur.

Les yeux d'Eugène étaient un peu plus brillants que d'habitude, ce qui rendit les siens brûlants. Raphaël serra sa nuque doucement et il se racla la gorge pour reprendre le contrôle sur ses émotions.

Son patron avait beau être grognon et acariâtre plus souvent encore que lui, cela n'empêchait pas qu'il lui devait beaucoup plus que ce qu'il était capable de reconnaître.

Louis attendit que les applaudissements prennent fin pour reprendre. Raphaël se tendit, son expression méfiante, ce qui le fit froncer les sourcils. Pour tout ce qu'il en savait, Louis et lui s'entendaient bien.

- Si je suis tout à fait honnête, ça va faire presque vingt ans que j'attends de faire ce discours, devant vous tous, pour cette occasion toute particulière donc merci, Regulus, d'avoir permis que cela soit possible.

A sa gauche, l'expression de Raphaël était devenue rancunière, ce qui lui confirma que quelque chose lui échappait.

A priori, il était passé à côté d'une information capitale.

Louis, lui, souriait encore plus largement, ce qui accentuait sa ressemblance avec son frère. Il se racla la gorge, fit durer le silence une seconde de plus, puis :

- Je te l'avais bien dit.

Raphaël avait croisé les bras sur sa poitrine, mais ses joues étaient carmins, un exploit dont il se pensait le seul capable jusqu'à maintenant.

Louis sortit avec soin ce qui ressemblait beaucoup à un morceau de serviette recouvert d'écritures.

- Mon père peut en témoigner, ce n'est pas rare que des personnes pleurent à un mariage. Ce sont toutefois des larmes de joie et la dernière chose à laquelle je m'attendais le jour de mon mariage avec Appoline, c'était de devoir consoler mon petit frère entre les discours embarrassants des témoins et le moment de découper le gâteau.

A la seule idée que Raphaël ait pu être malheureux, un jour, son cœur lui donna l'impression de se décrocher de sa poitrine et de sombrer dans ses entrailles glacées. A défaut de pouvoir remonter le temps et prendre la place de Louis, il attrapa la main droite de Raphaël et l'enveloppa dans les siennes.

- Et il n'était pas juste ému par la beauté de la fête ou influencé par l'alcool… Il était dévasté.

Il avait beau savoir que l'histoire se terminerait bien – Louis n'était pas cruel -, il se demanda quand même ce qui avait bien pu se passer, cette nuit-là. Certes, Raphaël pleurait plus facilement que lui, et il savait qu'il n'avait pas eu la même maîtrise sur son empathie à cette période-là de sa vie, mais il en fallait beaucoup pour le mettre à genoux.

- J'ai réussi à avoir le fin mot de l'histoire, bien sûr, et je lui ai promis de répéter toutes les conneries qu'il m'a dit quand je ferais mon discours en tant que témoin à son mariage...

- J'avais seize ans !

- Et une promesse est une promesse, frangin.

Louis se racla la gorge, indifférent au regard noir de son petit frère.

- « Personne ne m'aimera jamais comme Appoline et toi vous vous aimez » : je crois que personne n'a besoin d'être empathe pour voir à quel point Regulus est amoureux. Lucie peut en témoigner, tu nous as assez parlé de lui au début pour que je puisse affirmer que c'est tout à fait réciproque.

Dans d'autres circonstances, il n'aurait pas apprécié que quelqu'un fasse remarquer, à tant de personnes, à quel point ce qu'il ressentait pour Raphaël se lisait sur son visage. Toutefois, chacune des personnes autour d'eux les avait entendus échanger leurs Promesses. Ce soir, ça ne servait à rien de nier.

Et, au fond, il n'en avait même pas envie.

Raphaël serra sa main. Il lui trouva cette expression étrange, comme s'il avait mal quelque part mais que ce n'était pas si grave que ça.

L'air se bloqua dans ses poumons.

Cette fête, leur bague, le rituel d'Adèle, les vœux qu'ils avaient prononcés… Ce n'était pas l'essentiel.

L'essentiel, c'était lui, Raphaël et cet amour flamboyant qui les unissaient, comme deux fils dorés qui reliaient leurs cœurs. Il n'aurait jamais pensé qu'il serait un jour aimé comme il l'était par cet homme impossible, pas plus qu'il ne se serait pensé capable d'aimer comme il aimait Raphaël. Il avait longtemps pensé que leur rencontre avait été un monumental caprice du destin, mais depuis plusieurs mois, il se demandait si tout n'avait pas plutôt été écrit d'avance.

S'il n'y avait pas une Prophétie avec leurs noms à tous les deux, quelque part.

- Ma tête ! s'exclama Alexis.

Il sursauta, si fort qu'il faillit donner un coup de tête à Raphaël, accentuant les rires autour de lui et la chaleur au niveau de ses joues.

Il s'avéra que Louis n'en avait pas terminé avec son frère.

- « Mon don est une malédiction. Si je pouvais m'en débarrasser, je le ferais, sans hésiter… Alors l'imposer à quelqu'un ? Ca serait égoïste. » Je vais te redire ce que je t'ai dit cette fois-là : ton don est extraordinaire, Raphaël. Je sais que ce n'est pas toujours facile, mais je suis convaincu qu'il te rend plus humain que nous tous réunis. Je crois aussi que tu fais grandir ceux que tu fréquentes et qu'on a tous de la chance de t'avoir dans nos vies.

Il n'aurait sans doute pas pu dire mieux lui-même – en tout cas, pas devant autant de monde -. Raphaël l'avait sauvé – de lui-même, de la solitude, de ses démons -. Et il l'aimait, tellement, que ça l'avait terrifié, au début – et parfois encore maintenant -. Il emmêla ses doigts à ceux de son mari et il ouvrit en grand les portes de son cœur. Raphaël prit une inspiration sifflante, sa main crispée dans la sienne. La façon dont il serra les paupières libera les larmes que Louis avait conjurées. Il les essuya pour lui, embrassa sa joue et glissa un « je t'aime » à son oreille qui le fit frissonner. Quand il se redressa, il se retrouva hypnotisé par le regard de Raphaël.

Louis dût se racler la gorge plusieurs fois pour mettre fin à l'espèce de transe dans laquelle il basculait, parfois – souvent -.

- « Je finirais seul, dans un endroit complètement coupé du monde et personne ne se rendra compte de rien quand je serais mort ». Premièrement, bonne chance pour te débarrasser de nous. Deuxièmement, cette maison est raccordée au réseau de Cheminette et a même le téléphone. Je crois que je peux ignorer la dernière partie, parce que tu es de toute évidence très mauvais en Divination.

Un frisson remonta sa colonne. Il ne voulait pas imaginer un monde sans Raphaël Delacour dedans. C'était égoïste, mais il espérait vraiment qu'il partirait le premier, maintenant qu'ils avaient établi que tout cet arrangement valait jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Et peut-être que la mort n'y suffirait pas, d'ailleurs.

- Je crois que je n'ai plus besoin de ça.

Louis mit le feu à la malheureuse serviette en papier, qui tombait à moitié en lambeaux. C'était sans doute remarquable qu'elle soit arrivée jusqu'ici.

- Voilà, j'avais raison, tu avais tort. Que toute cette histoire te serve de leçon.

- Oui, je ne me soulerais plus jamais en ta présence.

Louis éclata de rire.

- On en reparlera. Regulus, ma promesse tient toujours.

Il leva les yeux au ciel. L'amour de Raphaël était son bien le plus précieux - et il pouvait prétendre à l'héritage de la fortune des Black -. S'il faisait l'erreur de briser le cœur de Raphaël, il mériterait que Louis fasse disparaître son corps.

- Je vous souhaite d'être toujours si amoureux que ça en est embarrassant pour Alexis. Félicitations à tous les deux !

Sa dernière phrase fut reprise en cœur par les autres invités, et même agrémentés de sifflets enthousiastes de la part de Lucie, Bilal et Alexis. Louis quitta sa place sous les applaudissements des autres invités pour enlacer Raphaël.

Malgré lui, il pensa à Sirius. Son frère, qui était peut-être au fond de la Mer du Nord, et qui, de toute façon, ne serait pas venu, même s'il lui avait envoyé une invitation, parce que leur relation n'était même pas l'ombre de celle des deux frères Delacour.

Raphaël dut sentir son trouble dans ses émotions, car il passa un bras autour de ses épaules, une fois que son frère l'eut libéré.

- Tu vois, ton frère est en cavale, mais ça aurait pu être pire.

Il eut un maigre sourire. Il avait peut-être un peu raison. Sirius aurait été capable de prendre le discours de Louis pour un défi et ça aurait été mille fois plus embarrassant pour lui.

- Ne parle pas trop vite, la soirée est loin d'être terminée.

Plus tard, quand il ne resta presque plus rien du buffet, que les étoiles s'étaient levées et que la seule lumière provenait des guirlandes enchantées par Appoline et Lucie, il se surprit à dévorer la scène autour de lui du regard.

Si Simone était retournée apporter son aide pour gérer la crise Sirius Black, George et Eugène étaient en pleine discussion depuis plus d'une heure déjà – quelque chose à propos d'une période très pointue de l'histoire sur laquelle ils n'étaient pas d'accord –. Louis et Appoline semblaient décidés à passer le reste de la soirée à danser. Bilal allait sans doute embrasser l'une des cousines de Raphaël avant le lever du soleil. Lucie dansait avec Raphaël tandis que Charlie faisait tourbillonner Clélia, sa cadette – de toute évidence infatigable –.

Alexis, Fleur, Sophie et Gabrielle avaient déniché une boîte de jeux de société moldus dans le salon après leur troisième baignade de la journée. De là où il se trouvait, il avait l'impression que les filles s'étaient liguées contre le fils de Raphaël – sans doute pour contre-balancer l'avantage que lui donnait son empathie –.

Pendant une folle seconde, il s'autorisa à imaginer une joueuse supplémentaire – quelques années de plus que Sophie, de longs cheveux noirs, sans doute mauvaise perdante – même si ce n'était qu'une fantaisie – ou le signe qu'il était temps qu'il arrête le champagne –.

Il demanderait des détails à Simone, plus tard, mais il savait déjà que si Bellatrix faisait partie de la liste des suspects, alors sa nièce était morte depuis bien longtemps. Les Illégitimes étaient juste derrière les traîtres au sang sur sa liste des indésirables.

Il revit la photo du corps de cette pauvre fille et il frissonna d'horreur. Il ne voulait pas imaginer ce qu'avait bien pu vivre Sirius, parce que c'était ce qui l'attendait si jamais Voldemort revenait, que Bellatrix s'échappait et qu'elle le retrouvait.

Il chercha son mari des yeux. Raphaël fronça les sourcils en croisant son regard et libéra Lucie pour venir le traîner sur la piste de danse.

Il ne chercha pas à retenir son soupir de soulagement quand il put enfouir son visage dans son épaule. Raphaël le guida jusqu'à la fin de la chanson en silence, avant de l'attirer un peu plus contre lui quand le rythme de la suivante ralentit un peu.

- A quoi pensais-tu ? demanda-t-il finalement.

Son cœur se serra un peu – juste un peu –.

- Que j'aurais aimé que mon frère soit là, avoua-t-il.

Et que tellement de choses soient différentes.

Raphaël embrassa sa joue. Il ferma les yeux et se lova un peu plus contre lui. La chanson se termina, remplacée par quelque chose de bien trop rythmé. Raphaël enveloppa son visage de ses mains, ses pouces caressèrent ses pommettes. Il se perdit pendant de longues secondes dans la douceur de son regard brun avant de l'attirer vers ses lèvres.

Leur baiser eut le goût de trop peu.

Raphaël eut un sourire en coin.

- Que diriez-vous de rentrer à Paris, Monsieur Delacour ?

Il réussit à ne pas perdre le fil sur ses pensées.

Presque.

- Good idea.

Le sourire de Raphaël s'élargit.

Ce fut sans doute un miracle que ni Lucie, ni Louis, ni Bilal, ne les interpellent tandis qu'ils récupéraient leurs vestes de costumes – et leur baguette –. Raphaël l'attira contre lui avant de les faire transplaner.

Il fut surpris de reconnaître le mauvais côté de la porte de leur chambre.

Jusqu'à ce que Raphaël ne passe un bras derrière ses genoux et le soulève du sol avec une facilité agaçante, l'obligeant à s'agripper à ses épaules. Son regard sombre lui arracha un éclat de rire, puis ses traits retrouvèrent cette expression qu'il continuait à avoir, parfois, quand il le regardait.

Comme s'il avait mal quelque part mais que ce n'était pas si grave.

Pas si grave du tout.

- Ça fait très longtemps que j'attends de faire ça, souffla-t-il tout en faisant un premier pas vers la chambre.

Il s'adoucit un peu malgré lui.

C'était une tradition ridicule censée porter chance, mais il n'était pas vraiment surpris que Raphaël s'y tienne.

Il l'embrassa tandis qu'il lui faisait passer le pas de la porte, lui arrachant un soupir tremblant. Sans mettre fin au baiser, Raphaël le déposa doucement au sol, puis l'attira un peu plus contre lui. Son empathie s'emballa, il eut l'impression que son cœur était à nouveau aussi rougeoyant que le soleil.

Le désir bourdonnait le long de ses nerfs à la façon de milliers d'abeilles dont ses entrailles étaient leur ruche. Il n'y avait toutefois pas d'urgence.

Après tout, ils avaient le reste de leur vie devant eux.

Ensemble.

Raphaël repoussa sa veste, ses gestes lents. Déterminés.

Le tissu fit un bruit feutré quand il toucha le sol.

Raphaël abandonna ses lèvres, pour sa joue, la veine qui battait déjà follement à l'angle de sa mâchoire, puis la peau fine derrière son oreille. Il s'abandonna contre la main à l'arrière de son crâne, tandis que Raphaël terminait de le libérer de sa cravate.

Sa tête commençait à tourner. Et c'était peut-être l'alcool, peut-être l'empathie de Raphaël qui lui donnait l'impression de flotter, peut-être le désir qui était en train de ronger sa lucidité.

Raphaël attrapa son menton, son pouce retraça ses lèvres.

Il rouvrit les yeux difficilement.

Raphaël lui souriait tendrement, son visage luisant et ses iris engloutis par ses pupilles.

- Je te veux à l'intérieur de moi ce soir, souffla-t-il.

Il caressa sa joue du bout des doigts.

- Anything you want, my darling.

Raphaël eut une expiration tremblante, qui précéda une larme solitaire.

- Je n'ai jamais été aussi heureux, lui confia-t-il.

Il lui sourit, puis effaça la goutte salée d'un baiser.

- I don't think there's a word to describe how you make me feel. You are my everything.

Depuis leur rencontre, le monde n'avait cessé de se parer de nouvelles couleurs et, aujourd'hui, elles étaient plus vibrantes que jamais.

Raphaël l'embrassa à nouveau, d'abord chastement, juste une pleine pression de leur bouche l'une contre l'autre, puis de plus en plus passionnément à mesure qu'ils reprenaient le fil, que leurs vêtements rejoignaient le sol, que leurs caresses devenaient plus délibérées.

Il n'avait peut-être pas de mots pour décrire ce qu'il ressentait pour Raphaël mais il fit en sorte de le lui montrer et de le graver dans son cœur en laissant tomber toutes les protections autour du sien.

Il put goûter l'orgasme de Raphaël sur ses lèvres et il eut l'impression de boire directement à la source de la fontaine de jouvence.

Quand son propre orgasme lui arracha un cri qui ressemblait beaucoup au prénom de son mari, il ne vit pas seulement des étoiles, mais des galaxies entières bien au-delà de la Voie Lactée.

Il le regarda dormir pendant des heures, luttant contre le sommeil, juste pour savourer ce moment quelques secondes de plus, déterminé comme jamais il ne l'avait été à tenir chacune des promesses qu'il avait prononcées un peu plus tôt.

Je te promets de rester, pour toujours.

Il embrassa les anneaux dorés à l'annulaire de Raphaël – de son mari – et ferma les yeux, un sourire aux lèvres.

(1) Je te promets de t'aimer avec tout ce que j'ai. Je te promets d'être fort quand tu auras besoin de soutien, mon cœur quand le tien sera trop lourd et mes bras quand tu auras besoin de réconfort. Je te promets d'être à tes côtés, pour toujours, et de te protéger contre tout ce qui pourrait arriver. Je promets de guérir toutes tes cicatrices, même celles que tu ne peux pas voir, même celles que tu n'as pas encore. Je promets de ne jamais cesser de tomber amoureux de toi. Et je promets de ne jamais avoir peur.


Regulus Delacour, Ladies and Gentlemen ! J'en connais un qui va être dégoûté de pas avoir pensé à ça pour se débarrasser du nom ancestral !


Comme d'habitude, je suis curieuse d'avoir votre avis sur :

- Regulus, qui revient de tellement LOIN, qui ne fuit plus et qui communique ! (cf les premiers chapitres, pour celleux qui ont oublié le niveau d'où on est parti·e·s !)

- Regulus, qui avoue le vilain petit secret de son frère (et ça fait l'effet d'un pétard mouillé).

- Eugène Lechat, témoin de Regulus Black, son meilleur rôle jusqu'ici.

- Le rituel des promesses d'Adèle (dire que j'ai galéré serait un euphémisme).

- Le discours des témoins (je me suis arrachée les cheveux pour Louis et je ne suis toujours pas convaincue).

- Sirius Black, en invité surprise (au moins dans la tête de son frangin)

- Raphaël et Regulus Delacour, heureux, amoureux, mariés. You're welcome !

Je ne fais pas tout à fait le tour, je crois, alors n'hésitez pas à me faire part de ce qui vous a le plus plu ! (ou le plus révolté, aussi).


La prochaine MàJ sera pour Supernova (je vais essayer de publier un peu plus régulièrement, mais je ne sais pas encore à quelle sauce je vais être mangée cette année donc...)


Avis à celleux qui ont un compte, il faut désormais cocher un truc pour recevoir les alerts et le reste… Pensez bien à le faire si vous ne voulez pas passer à côté du prochain chapitre (ici ou chez les collègues).

Autre info, si jamais ce site venait à disparaître subitement (les rumeurs allaient bon train il n'y a encore pas si longtemps), sachez que vous me trouverez sous le même pseudo du côté d'AO3 !

A bientôt !

Orlane.

On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !

Mis en ligne le 09/09/2023