Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses et plus courageux·ses que Godric lui-même. Celleux qui œuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention : Rated M et relation M/M. Thématique du suicide, de la dépression et de l'addiction. Vous lisez en connaissance de cause.


Des mercis et des bisous Tiph l'Andouille, LaraBlack, Marine0409 (x5, koeur sur toi), feufollet, Elsie.S (x2) et Sun Dae V pour leur review. Vos mots ne manquent jamais de me remotiver ! Keur:keur:keur sur vous !


RàR :

Lara Black:
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Ravie que cette histoire continue à te plaire et merci pour ta fidélité à toute épreuve ! Bonne lecture !


A/N : Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous allez bien en ce retour de printemps ! (Oui, il y a du soleil, j'en profite !)

De mon côté, c'est quasi la fin des cours et je ne cache pas que ça m'emplie de joie !

Niveau écriture, j'ai terminé le chapitre 11 de la suite, ce qui nous amène à février 1997 ! Mon ado terrible n'est présentement pas très coopérative, mais je commence à avoir l'habitude xD


Autre chose, moins sympathique mais de toute évidence nécessaire : la raison principale pour laquelle j'ai mis quatre mois à mettre à jour… et bien c'est vous. Je l'ai déjà dit, et je le répète, mais trois reviews sur le dernier chapitre, ce n'est pas ce qu'on appelle motivant. Clairement, si vous souhaitez des mises à jour plus régulières, va falloir y mettre du vôtre, parce que sinon, c'est quand l'envie me prend et cette envie est fortement corrélée à votre engagement. Donc quand vous vous demanderez « à quand la suite », allez voir le nombre de reviews sur le dernier chapitre. A moins de 10, la réponse sera clairement pas « rapidement ». A bonne entendeur.


Sur ces bonnes paroles, je vous laisse avec la suite. Accrochez vos ceintures, c'est le tome 3 !


Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et ses retours enthousiastes ! Je vais donc redire une fois de plus : sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Spin-Off : Gravity

Chapitre 18

Gravity : A mutual physical force of nature that causes two bodies to attract each other.


Fall 1993 – Spring 1994


Depuis qu'Alexis avait commencé sa sixième année à Beauxbâtons (sa première, comme les français l'appelaient contre toute logique), les dimanches après-midi avaient pris un tournant très studieux qui n'étaient pas sans lui rappeler les soirées passées à la bibliothèque de Poudlard.

Raphaël était installé dans le salon, une collection de livres moldus sur la psychologie ouverts devant lui. Six mois plus tôt, il avait été très surpris par sa décision de quitter les Urgences des Anges sous les conseils de sa psychologue. Il savait à quel point son mari aimait le rythme effréné de ce service et la variété des cas qu'il pouvait y traiter, sans oublier qu'il était attaché à ses collègues. Toutefois, il savait aussi que Raphaël était terrifié à l'idée de perdre à nouveau le contrôle sur son empathie. Les Urgences étaient nerveusement exigeantes pour tout le monde, un grand nombre de patients et de Médicomages allaient et venaient. L'empathie de Raphaël exacerbait tout cela.

Partir avait été le choix de la raison.

Toutefois, Raphaël était juste incapable de se contenter de la tranquillité du service des consultations. Il avait donc choisi de faire des remplacements, comme au tout début de sa carrière, dans l'espoir de trouver une autre branche de la médecine qui saurait l'intéresser autant.

D'une certaine façon, cela n'avait pas été le cas.

D'une autre, ses aller-retours dans les différents services lui avaient permis de réaliser que ce qui manquait aux Anges, ce n'était pas un énième Médicomage capable de réparer des os cassés d'un enfant à la suite d'une chute en balai malheureuse, mais bien quelqu'un à même de prendre en charge le traumatisme psychologique de façon systématique.

La psychiatrie était si balbutiante dans le monde sorcier que les Anges n'avaient même pas un spécialiste digne de ce nom.

Qui mieux qu'un empathe pour soigner l'âme ?

C'était en tout cas ainsi que Raphaël avait conclu son rendez-vous avec le conseil d'administration des Anges, quelques semaines avant leur mariage. D'après dires, le vote avait été serré, mais il avait été autorisé à suivre une formation dans le monde moldu financée par l'hôpital, en échange de quoi il devrait créer le premier service de psychologie magique des Anges.

Pour une fois, il avait pu lui faire remarquer que sa rechute n'avait pas eu que des conséquences négatives et que, peut-être, il allait pouvoir aider plus de personnes de cette façon qu'en continuant aux urgences.

De son côté, il avait enfin reçu l'autorisation qui lui permettait de commencer le processus pour devenir Animagus. Il avait été reçu par trois professeurs en Métamorphose de l'Institut Universitaire Magique de Paris qui avaient certifié qu'il était apte. L'un d'eux – le professeur Pian – l'accompagnerait tout au long du processus, notamment lors de sa première transformation, pour s'assurer que tout se passerait bien – et pour déclarer les particularités de sa forme Animagus au gouvernement français –. Il le rencontrait une fois par semaine à l'Institut. Ils parlaient théorie magique autour d'une tasse de thé. Le professeur Pian prenait un malin plaisir à le pousser dans ses retranchements – aussi bien sa réflexion, que ses connaissances pratiques et théoriques –, puis il lui conseillait de nouvelles lectures pour la fois prochaine. A ce niveau d'exigence, la Métamorphose théorique devenait une forme d'art qui le fascinait et réussir une transformation complexe était grisant.

Le processus pour devenir Animagus était un peu moins plaisant. Étant donné qu'il fallait réunir certaines conditions météorologiques pour réaliser la potion d'Appel, il avait voulu mettre à profit le mois de septembre. Le goût de la feuille de Mandragore était proprement infâme. Elle lui avait si bien coupé l'appétit qu'il avait perdu plusieurs kilos et Raphaël avait détesté chacun des trente jours qui l'avaient empêché de l'embrasser comme il le voulait.

Une chance, le ciel avait été dégagé. Sa potion d'Appel était soigneusement rangée dans une petite boîte prévue à cet effet prêtée par l'Institut. Les orages éclatant rarement sur Paris avant le mois de mai, il ne lui restait qu'à faire preuve de patience et à réciter soigneusement la formule magique à chaque lever et coucher du soleil.

Des bruits de pas sur sa gauche annoncèrent le retour d'Alexis, une feuille à la main, l'air grognon de quelqu'un – de son père – qui avait passé trop de temps sur sa dissertation de sortilèges.

- Ça t'embête de me relire, Regulus ?

Il termina rapidement son calcul de dismorphisme de peur de perdre le fil après, ce qui ne l'empêcha pas de tendre sa main gauche vers lui. Le téléphone sonna au moment où ses doigts se refermaient sur le morceau de papier.

- Je vais répondre !

Ces derniers temps, Alexis passait aussi beaucoup de temps au téléphone avec une certaine Layla, dont la mention le laissait rêveur ou le faisait furieusement rougir. Il n'avait pas eu besoin de l'empathie de Raphaël pour comprendre tout seul qu'Alexis était amoureux. Pour tout ce qu'il en savait, Layla et lui en étaient encore à se tourner autour, ce qui était un spectacle assez amusant à observer.

- Ah, bonjour grand-mère. Non, il est là. Je te le passe.

Il fronça les sourcils quand Alexis lui tendit le téléphone.

Simone n'appelait pas si souvent que cela et, en règle générale, c'était pour parler à son fils. Il craignait d'avoir une petite idée derrière la raison de son coup de fil.

Il prit une profonde inspiration avant de se lever, souhaitant en silence que Sirius ne se soit pas fait tuer.

- Bonsoir, Simone.

- Bonsoir, Regulus. Comment vas-tu ?

Ce n'était pas la première fois qu'il maudissait la tendance des français à s'accrocher à tout un tas de circonvolutions au nom de la politesse au lieu d'aller directement au but, et de faire gagner du temps à tout le monde.

Il s'agissait toutefois de sa belle-mère – une femme qui avait construit une partie de sa vie sur sa maîtrise de tout un tas de protocoles – aussi se plia-t-il à l'exercice. Jusqu'à un certain point, du reste.

- Qu'a-t-il inventé ?

S'il était tout à fait honnête, il était surpris par la discrétion dont faisait preuve son frère. A l'exception d'une moldue écossaise, personne ne l'avait aperçu depuis son évasion. Les Aurors suivaient toujours une piste ténue qui ne leur avait pas permis de le retrouver. Les Détraqueurs qui gardaient Poudlard – ce que Raphaël trouvait inadmissible au regard du fait que des enfants vivaient là-bas – avaient eux aussi échoué à l'attraper.

- Il a attaqué la tour de Gryffindor hier soir.

Il passa une main tremblante sur le bas de son visage, puis serra les paupières, ce qui raviva son mal de tête. Les nuits d'Halloween ravivaient toujours ses démons. L'évasion toute récente de Sirius avait empiré le phénomène. Il n'avait pas beaucoup dormi.

- Quelqu'un a été blessé ?

- Non. Les élèves étaient tous au réfectoire pour la fête d'Halloween. Il s'en est pris au tableau qui garde l'entrée quand celui-ci a refusé de le laisser entrer sans le mot de passe. A l'exception d'une certaine Alya Lestrange, personne ne l'a vu et encore moins attrapé.

Il se répéta les détails pour pouvoir y réfléchir plus tard.

- Alya Lestrange l'a vu ?

- Oui, mais il semblerait qu'il s'agisse d'un concours de circonstance. Il ne lui a rien fait.

C'était sans doute une bonne chose, car Narcissa n'aurait pas hésité à rejoindre Poudlard pour le transformer en descente de lit s'il avait osé toucher à un seul cheveu de sa nièce.

- Autre chose ?

- Non, c'est tout ce qu'on a bien voulu nous dire. Cette attaque semble confirmer qu'il en a après le jeune monsieur Potter.

Il hocha la tête en silence. Ce n'était pas le premier élément qui pointait dans cette direction. Après tout, Sirius avait rejoint l'Écosse et il se cachait à Poudlard.

- Merci de m'avoir prévenue, Simone.

- C'est ce que j'avais promis.

- Vous souhaitez parler à Raphaël ?

- Pas forcément. A moins qu'il y tienne particulièrement.

Il fit un geste de menton en direction de son mari. Raphaël avait interrompu sa lecture et le fixait avec cette intensité qui allait de pair avec son empathie. Il secoua la tête.

- Il a du travail.

- Veille à ce qu'il se montre raisonnable. Bonne soirée.

- Bonne soirée. Bonjour à George.

Il resta planté devant le téléphone après avoir raccroché, encore un peu incertain, et pas tout à fait prêt à affronter les deux empathes qu'il sentait à l'affût derrière lui.

Alexis fronça le nez quand il se détourna enfin.

- Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu vouvoies grand-mère.

- Parce qu'elle est mon aînée et que c'est une marque de respect.

Raphaël fit mine de se remettre à sa lecture, son indifférence soudaine un peu trop appuyée pour être complètement sincère.

- Et parce que ma mère l'intimide.

Alexis échangea un regard complice avec son père. Un large sourire étira ses lèvres.

- C'est vrai qu'elle a cet effet sur quasiment tout le monde !

Il avait assez fréquenté les puissants de la société Sang-Pur pour reconnaître que Simone Bonaccord était de la trempe des leaders. A la différence de ce qu'il avait connu, elle s'évertuait à ne pas mentir et à rechercher la justice. Sa droiture était reconnue par tous les sorciers français.

- Alors, ton frère fait parler de lui ?

- Apparemment, il a essayé d'entrer dans la tour des Gryffindors, dit-il tout en se laissant tomber sur le fauteuil en face d'eux.

Alexis et Raphaël eurent la même expression perplexe. Ils le dévisagèrent, puis échangèrent un regard qui le fit se sentir un peu seul. Raphaël finit par se racler la gorge.

- Tu vas devoir être un peu plus spécifique, Regulus, parce que l'image que je me fais de la scène ne peut pas correspondre à ce qu'il s'est passé. Bien que si quelqu'un peut la rendre réalité, c'est ton frère.

Ce fut à son tour d'être un peu perdu. Alexis, lui, éclata de rire.

- Toi aussi, tu l'imagines se lancer à l'assaut d'un pont levis sur un cheval ?

Raphaël fit de son mieux pour garder son sérieux, mais il fit l'erreur stratégique de glisser un coup d'œil vers son fils. S'ils ne se fichaient pas ouvertement de lui, il se serait sans doute joint à eux, seulement, il y avait des limites à ce que sa fierté pouvait supporter.

- Vous avez une bien étrange vision de Hogwarts, railla-t-il, tandis qu'ils essuyaient leurs joues humides.

- C'est un château super vieux en Écosse qui a des tours ! Il y a au moins des cachots super glauques et des douves pleines de bestioles dangereuses. Peut-être que les élèves de Gryffindors doivent affronter des armures ensorcelées pour rejoindre leur dortoir le soir !

C'était une idée qui aurait ravi Godric Gryffondor à l'époque de la fondation de Poudlard. Il était toutefois hors de question qu'il donne raison à Alexis.

- Non, ils se contentent de donner un mot de passe à un tableau qui en garde l'entrée. Puisque Sirius ne le connaissait pas, la Fat Lady lui a refusé l'entrée.

- Il a essayé de passer par la porte ? Je suis déçu. Ta famille m'a habitué à bien plus de mise en scène.

Parfois, il regrettait de lui en avoir confié autant sur sa famille et sur son enfance. Cela semblait l'avoir conforté dans une vision fantasque des Black, lui faisant oublier qu'ils étaient tous plus ou moins malfaisants – et que les rares exceptions faisaient honte à leurs ancêtres.

- Ce n'est pas drôle, grinça-t-il, peut-être un peu vexé.

Raphaël grimaça, puis retrouva une expression sérieuse.

Triste, presque.

Et un peu en colère.

- Non… Sirius Black s'est introduit dans une école pour tuer un gamin de treize ans.

Il baissa la tête vers ses mains, le rappel comme un coup de poing en pleine poitrine qui raviva sa culpabilité, même s'il n'y était pour rien. Cette histoire avait de moins en moins de sens à ses yeux. La soi-disant obsession de son frère pour le Survivant était un nouvel élément en faveur de la version officielle.

Il n'arrivait toujours pas à l'accepter.

Parce que, malgré tous ses efforts pour regarder la vérité en face, ce n'était pas logique !

- Les élèves étaient tous au réfectoire, reprit-il, plus pour lui que pour Alexis et Raphaël.

- Adèle en soit remerciée.

Il eut un sourire dur.

Peut-être qu'une divinité – ou la bonne étoile de Potter – était derrière cette heureuse circonstance. Ou plus simplement, Sirius avait passé douze ans à Azkaban. Il était censé être dérangé. Il s'était sans doute mélangé les pinceaux dans le calendrier, choisissant la mauvaise soirée – et un plan bancal – pour porter son attaque.

Il aurait aimé que cela soit la seule explication possible.

Toutefois, Raphaël n'était pas d'accord avec cette hypothèse. Il soutenait que le comportement de son frère n'était pas compatible avec celui d'une personne qui aurait perdu tous ses repères. Après douze années à Azkaban – et autant de temps loin de la civilisation -, la cavale de Sirius se passait presque trop bien.

Sirius n'avait pas pu ignorer les décorations d'Halloween qui fleurissaient dans tout le château à cette période de l'année. Il était peu probable qu'il ait aussi oublié que Poudlard organisait un grand banquet à cette occasion, non plus qu'il ait pu ignorer l'heure quand la grande horloge sonnait si fort qu'on pouvait l'entendre jusque dans les dortoirs des Serpentards.

Il se sentait coupable de réécrire l'histoire pour qu'elle innocente son frère – une fois de plus – mais il ne pouvait pas non plus ignorer que quelque chose n'était pas logique, même si à côté de cela, il ne pouvait pas expliquer autrement pourquoi Sirius avait voulu retourner dans la tour des Gryffondors après toutes ces années.

Une main serra son épaule avec douceur, l'arrachant à ses pensées tandis qu'elles se transformaient en un tourbillon de questions sans réponses qui menaçait de lui voler son souffle. Raphaël lui tendait la tasse de thé qu'il avait abandonné sur la table de la cuisine sans un mot. Son regard bienveillant était tout ce dont il avait besoin pour se sentir un peu mieux. Il serra sa main dans un merci silencieux.

Depuis l'autre côté de la table basse, Alexis le fixait, son front plissé et les bras croisés sur sa poitrine.

Contrairement aux Black, Raphaël n'était pas un adepte des secrets, encore moins quand il s'agissait de son fils. Ils avaient eu une longue discussion quelques jours avant la rentrée d'Alexis à Beauxbâtons. Il ne lui avait pas donné tous les détails, mais il avait évoqué son enfance avec Sirius et comment la pression de l'éducation Sang-Pur avait poussé son frère à tourner le dos à sa famille. Il lui avait dit qu'il ne pensait pas que Sirius ait un jour pris la Marque ni qu'il ait pu trahir les Potter. Alexis semblait avoir cru à sa version, mais quelque chose lui disait qu'il était un peu plus sceptique ce soir.

- Je ne comprends pas pourquoi il veut tuer Arry Potter.

- On est deux, marmonna-t-il, avant de prendre une gorgée de son thé.

Il était à peine encore assez chaud pour être bu, aussi ne lui apporta-t-il que très peu de réconfort. Raphaël se percha sur l'accoudoir du fauteuil puis l'attira contre lui.

- D'après ce que ta grand-mère nous a dit, il veut venger Voldemort.

Plus précisément, Lord Voldemort était censé avoir donné des signes de vie au cours des deux dernières années et, à chaque fois, Harry Potter l'aurait empêché de retrouver ses pouvoirs. Il espérait qu'il ne s'agisse que de rumeurs et que les on-dits avaient déformé les faits pour les rendre plus dramatiques.

- Mais il est pas censé être le fils de son meilleur ami ?

De son frère.

Il ferma les yeux.

- Si…

Il revenait toujours au même point, encore et encore. Il commençait à être fatigué de tourner en rond dans sa propre tête, à la façon d'un lion en cage. Sirius était soit le plus grand menteur de l'histoire de l'humanité, soit quelque chose lui échappait.

Le silence s'éternisa dans le salon. Il essaya d'enfermer ses questions sans réponse dans un coin de son cœur, tout en priant toutes les divinités auxquelles il pouvait penser de protéger Harry Potter. Il n'avait pas été le plus grand fan de James – pour tout un tas de raisons – mais on parlait d'un gamin de treize ans qui avait déjà traversé plus d'épreuves que beaucoup d'adultes.

- Peut-être qu'il est vraiment fou et que dans sa tête, il s'est imaginé que les parents de Arry Potter étaient morts à cause de lui ? Ou que le tuer allait les ramener ? Enfin, un truc du genre, quoi...

L'un de ses passe-temps préférés consistait à observer Raphaël. Il reconnut une inquiétude familière sur les traits de son fils. La théorie d'Alexis n'était pas si improbable que cela. Après tout, personne ne sortait indemne d'Azkaban et Sirius ne serait pas le premier Black à devenir un peu cinglé.

Il força un sourire.

- Ou peut-être que je me trompe sur toute la ligne.

Son cœur se serra dans sa poitrine. L'expression d'Alexis s'affaissa. Raphaël resserra son bras autour de ses épaules puis embrassa le dessus de son crâne.

Il se raccrocha à la certitude qu'importe comment l'évasion de Sirius se terminerait et qu'importe qu'il ait eu raison ou tort pendant toutes ces années, il ne serait pas seul à affronter la tempête qu'il sentait arriver.

Le printemps était un peu en avance sur Paris. Le fond de l'air demeurait frais, comme pour rappeler que l'hiver n'était pas si loin, mais le soleil illuminait un ciel sans nuage. Les premières fleurs apportaient quelques touches de couleur au jardin de la résidence des Delacour. Puisque la piscine était chauffée, Sophie, Gabrielle et Clélia n'avaient pas longtemps résisté à un plongeon quand Alexis et Fleur faisaient preuve d'un peu plus de sagesse en restant au sec.

Quelques années plus tôt, il était pourtant difficile de les faire tenir à table lors des repas dominicaux.

Les deux adolescents avaient grandi.

Encore quelques centimètres, et Alexis dépasserait officiellement son père. Fleur, quant à elle, ressemblait de plus en plus à sa mère, mais sa personnalité clamait haut et fort qu'elle était bien la petite-fille de Simone Bonaccord. La fillette de onze ans qu'il avait rencontré le jour des trente ans de Raphaël était désormais une jeune femme brillante et qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Ceux qui imaginaient que son élégance et son visage angélique faisaient d'elle une proie facile ne faisaient cette erreur qu'une seule fois. Il n'était pas rare qu'ils passent plusieurs heures à parler de magie avec Charlie, le mari de Lucie, quand les réunions de famille s'éternisaient.

Au bout de la table, la discussion entre Alexis et Fleur devint un peu plus enflammée. Alexis avait cet air buté familier et l'expression de Fleur était devenue dangereuse. Il ne fut pas vraiment surpris qu'elle se lève.

Un peu plus qu'elle le rejoigne.

- Tout va bien ?

Elle se redressa sur sa chaise, son port de tête digne d'une danseuse étoile ou d'une héritière des Vingt-Huit Consacrée

- Bien sûr. Mon cousin est incapable de reconnaître qu'il a tort, mais il finira par se ranger à mon avis. Je voulais te demander quelque chose, Oncle Regulus.

Il ne se souvenait plus très bien quand il était devenu « Oncle Regulus » aux yeux des enfants de Louis et Lucie, mais il était presque certain que c'était Fleur qui avait lancé la mode.

Il ne se lassait pas de ce titre honorifique.

- Je t'écoute.

- Eugène m'avait dit qu'il connaissait une sorcière anglaise qui travaillait comme briseuse de sort à Gringotts. Tu crois qu'il pourrait faire en sorte que je la rencontre ? J'aimerais lui poser des questions.

Il se tendit un peu malgré lui. Il savait très bien à qui Fleur faisait référence.

Les visites de Madelyn McGonagall à la librairie étaient rares et surtout imprévisibles. Il avait développé un talent certain pour fuir dans la Réserve à la seconde où il la reconnaissait – ce qui n'était pas toujours simple puisqu'elle changeait d'apparence plus souvent qu'une Métamorphomage –. Il avait beau savoir qu'elle avait fait ses études en même temps que Bellatrix et qu'il y avait peu de chance qu'elle le reconnaisse, il avait toutefois préféré rester sur ses gardes la concernant.

Après tout, s'il se fiait aux livres qu'elle recherchait, elle était au moins aussi intelligente que sa tante en plus d'être une sorcière redoutable.

Sans oublier que son œil magique lui donnait l'impression d'en voir bien trop.

- Simone ne connaît personne d'autre ?

Elle repoussa ses longs cheveux blonds derrière son épaule.

- Grand-mère ne connaît que des bureaucrates. Ce n'est pas ce que je veux faire plus tard. En plus, elle pourra peut-être m'aider à faire un stage là-bas.

Ce n'était pas la première fois que Fleur évoquait la possibilité de partir voir le monde une fois qu'elle serait diplômée de Beauxbâtons, ce qui expliquait en partie pourquoi elle envisageait aussi sérieusement une carrière comme briseuse de sorts. Il n'aimait pas trop l'idée de la savoir au Royaume-Uni mais il ne pouvait pas non plus l'en empêcher.

- Je vais en parler à Eugène. Toutefois, de ce que j'ai cru comprendre, il peut se passer plusieurs années sans qu'elle ne donne des nouvelles, alors je ne te promets rien.

Fleur haussa les épaules.

- Si elle accepte que je lui écrive, cela sera toujours mieux que rien.

Elle lui parla un peu de Beauxbâtons et des derniers sujets qu'elle avait abordé en classe, avant de l'abandonner quand Gabrielle réclama son attention. Comme si George avait attendu cette occasion toute l'après-midi, il prit sa place.

- Regulus, Simone aimerait que tu la rejoignes dans son bureau.

Son ton sérieux et son expression pleine de sollicitude lui donnèrent immédiatement une petite idée de ce dont elle voulait lui parler.

De qui.

Il hocha la tête avant de se lever.

Sirius n'avait pas donné de signe de vie depuis son attaque de la tour Gryffondor. Peu à peu, la menace d'une annonce sinistre s'était éloignée. Parfois, il se surprenait à espérer que Sirius ait retrouvé son bon sens et qu'il ait quitté l'Écosse – le Royaume-Uni –. Le reste du temps, il essayait de ne pas trop contempler la possibilité qu'il soit mort de froid au cours de l'hiver.

La porte du bureau de Simone était ouverte. De nombreux dossiers étaient empilés sur sa table de travail, signe que si elle n'était plus Grande Juge, elle ne devait pas vraiment trouver le temps de s'ennuyer. Elle lui fit signe d'entrer quand elle l'aperçut et le rejoignit sur les fauteuils devant la fenêtre.

Il haussa les sourcils face à son silence.

- Il a à nouveau attaqué la tour des Gryffindors la nuit dernière. Cette fois, il a réussi à entrer et à trouver le dortoir de Arry Potter pendant que tout le monde dormait.

Il secoua la tête.

- Y a-t-il des blessés ?

Des morts ?

- Par chance, non. Il semblerait qu'il se soit trompé de lit et qu'il se soit contenté de déchirer les rideaux à l'aide d'un couteau. Le garçon en question a donné l'alerte en se réveillant. Il a réussi à s'échapper une fois de plus.

Un soupir de soulagement lui donna l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement, puis il passa une main sur le bas de son visage.

Il refusa le droit à ses doutes et aux nombreuses questions sans réponses de sortir de la petite boîte dans laquelle il les avait enfermés au fil des mois. Il avait retourné le problème dans tous les sens. Il n'arrivait toujours pas à écrire une histoire qui tienne la route entre ce que ses tripes lui disaient et les dernières frasques de son frère.

Il ignorait qui avait raison ou qui avait tort mais ce n'était pas à lui de percer ce mystère. Tout le département des Aurors britannique était sur l'affaire. L'un d'entre eux finirait bien par trouver une piste qui permettrait d'arrêter Sirius et d'obtenir des réponses.

Ou pas, d'ailleurs, puisqu'il n'aurait pas plus le droit à un procès que lors de sa première arrestation.

- Comment s'y est-il pris pour passer le tableau qui garde l'entrée ?

- Apparemment, il avait récupéré la liste des derniers mots de passe qu'un élève a laissé traîner.

- Vous voulez dire que depuis la dernière fois, rien n'a été mis en place pour l'empêcher de rejoindre la tour Gryffindors pour commencer ?

Simone eut un geste vague de la main.

- Je n'en sais pas beaucoup plus. Cornélius Fudge reste très discret quant aux mesures prises et si j'en sais autant, c'est parce que mes contacts ont des contacts… Je doute que rien n'ait été fait pour assurer la sécurité du jeune Monsieur Potter et quand bien même, ton frère est de toute évidence doué pour les déjouer.

Entre sa connaissance du château et sa forme Animagus, Sirius était surtout là où on ne l'attendait pas, ce qui était sa spécialité.

- Il est quand même inquiétant qu'un seul homme parvienne à prendre en défaut tous ces chasseurs de Mages Noirs, n'est-ce pas ? Ils ont une vague idée de l'endroit où il se trouve, qu'attendent-ils pour accentuer leurs recherches ? Qu'il tue ce pauvre gamin ?

Simone serra les lèvres une brève seconde.

- Je pense que le gouvernement britannique compte beaucoup sur les Détraqueurs en poste à Ogwarts.

- Étant donné que ces derniers ont échoué à le garder à Azkaban, ils font soit preuve de beaucoup d'optimisme, soit ils sont simplement stupides. Puisque l'on parle de Cornélius Fudge, je pencherais pour la deuxième option.

A la fin de la guerre, il avait cessé de s'intéresser à ce qu'il se passait au Royaume-Uni. Même l'évasion de Sirius ne l'avait pas convaincu de reprendre un abonnement à La Gazette. Toutefois, il avait grandi là-bas. Orion Black avait eu un avis bien arrêté sur Fudge du temps où ce dernier travaillait au département des accidents et catastrophes magiques.

Il sentit la colère faire accélérer son cœur, aussi prit-il une profonde inspiration, se répétant plusieurs fois que rien de tout cela n'était son problème. Il ne savait pas plus qu'un autre ce qui se tramait sous le crâne de Sirius. Il n'était pas non plus Auror.

Il était juste un sorcier qui était un peu plus instruit que la moyenne en magie théorique et un libraire doté d'un talent certain pour négocier des trouvailles au meilleur prix.

Dans l'absolu, si Harry Potter se faisait tuer, il refusait d'en prendre la responsabilité. Il avait confié tout ce qui aurait pu aider à le protéger. Ce n'était pas de sa faute si on refusait de l'écouter.

- Autre chose ?

- Rien de plus concernant le dernier événement en date.

Le « mais » alourdit l'air, noua ses entrailles, fit se dresser les cheveux à la base de sa nuque. Il n'aimait pas la tristesse sur les traits de sa belle-mère.

- Incompétent ou pas, Cornélius Fudge est en train de perdre la bataille médiatique concernant l'évasion de Sirius Black. Il a durci son discours.

Il passa une main sur le bas de son visage. Il s'était demandé combien de temps le Ministère tiendrait avant de donner l'autorisation à ses forces de l'ordre d'utiliser tous les moyens nécessaires pour attraper le méchant mage noir, Impardonnables compris.

- Il a autorisé les Détraqueurs à lui infliger leur Baiser quand ils l'attraperont.

Il eut l'impression de recevoir une gifle cinglante. Il serra les dents pour accuser le coup. Même Bellatrix n'avait pas reçu cette sentence après ce qu'elle avait fait aux Londubat – sans même parler du reste de son œuvre -.

C'était injuste.

Ce n'était malheureusement pas une surprise.

Il secoua la tête pour chasser l'image du corps sans âme – son expression vacante, son regard vide – de Sirius.

- S'ils l'attrapent, dit-il froidement, avant de se lever. Merci pour ces nouvelles informations, Simone. J'espère que toute cette histoire se terminera mieux que la fois précédente.

Le sourire de Simone ressemblait à une grimace.

- Moi aussi, Regulus.

La journée se termina sans qu'il ne prête beaucoup d'attention à ce qu'il se passait ou à ce qu'on put lui dire. Il fut particulièrement soulagé de retrouver le calme de son appartement. Il ignora le regard inquisiteur de Raphaël et préféra prendre un bain dans l'espoir de retrouver un peu de sérénité, tout en s'agaçant d'être autant perturbé par les frasques de Sirius.

Il avait décidément le chic.

Raphaël attendit qu'ils soient enveloppés par la nuit et enlacés dans leur lit pour commencer son interrogatoire.

- Tu veux en parler ?

Il serra les paupières. Avec n'importe qui d'autre, il aurait pu feindre d'être déjà endormi, mais un tel mensonge ne prenait simplement pas avec un empathe.

- Parler de quoi ? marmonna-t-il.

- De ce que ma mère t'a dit cette après-midi ?

Il voulut échapper à son étreinte et enfouir son visage dans son oreiller mais Raphaël ne le laissa pas faire. Il se retrouva bien vite immobilisé sur le dos par le poids de Raphaël, ses mains retenues de part et d'autre de son visage.

Il y avait juste assez de lumière provenant de la rue pour lui permettre de voir l'expression satisfaite de son mari au-dessus de lui, ce qui signifiait sans doute que ce dernier ne pouvait pas manquer le regard sombre qu'il lui adressait.

Comme souvent, cela ne lui valut qu'un haussement de sourcil un peu moqueur.

- On sait tous les deux que tu vas être incapable de t'endormir énervé comme tu es et c'est moi qui vais subir les reproches d'Eugène demain…

Il tenta de se libérer, mais entre sa position et l'absence d'une partie de sa jambe, cela ne servit à rien. Il ferma donc les yeux pour mettre fin à cette discussion dont il ne voulait pas.

La pression sur ses poignets s'accentua, le souffle de Raphaël caressa sa joue.

- Regulus, souffla-t-il avant d'embrasser l'angle de sa mâchoire. On a établi il y a longtemps que je suis plus têtu que toi.

Il grogna en réponse, ce qui lui valut un nouveau baiser, encore plus tendre. Raphaël caressa son nez avec le bout du sien, son souffle sur ses lèvres, tandis qu'il relâchait son poignet gauche pour enlacer leur main. Quand il enveloppa sa joue de l'autre, il consentit à rouvrir les yeux, son regard un peu moins hostile.

La tendresse dans l'expression de son mari lui tira un soupir résigné.

- Il n'y pas grand-chose à dire. Mon frère a une nouvelle fois attaqué la tour des Gryffindors et il n'est pas passé loin d'égorger Harry Potter.

Raphaël plissa les yeux.

- Tu es en colère contre lui.

L'émotion en question diffusa une vague brûlante dans ses entrailles. Raphaël haussa un sourcil.

- Il en a après un gamin de treize ans. Bien sûr que je suis en colère contre lui !

Raphaël serra sa main doucement puis posa sa paume juste au-dessus de son cœur. Cette fois, il attendit qu'il reprenne sans qu'il ne lui souffle son texte.

Et puisqu'il était particulièrement obstiné, ils pouvaient passer la nuit à jouer à ce jeu.

Il commença par serrer les dents. S'il était tout à fait honnête, il regrettait parfois l'époque où Raphaël n'insistait pas autant pour lui arracher des confidences et où il pouvait prétendre que sa rancœur – ses regrets, ses peurs, sa colère et tout le reste – n'avait jamais existé.

En règle générale, cela ne servait qu'à nourrir ses démons et ces derniers finissaient par se déchaîner sur lui la nuit venue, mais on ne pouvait pas tout avoir.

Peu à peu, Raphaël avait changé de tactique.

Il avait perdu le compte du nombre de fois où son mari avait nommé ses émotions puis lui avait demandé pourquoi ?

Pourquoi es-tu triste ?

Pourquoi es-tu en colère ?

Pour quoi te sens-tu coupable ?

Entre ça et les projections involontaires qu'il ne cherchait plus à retenir quand ils n'étaient que tous les deux, il avait fini par devenir très fort pour nommer chaque émotion, même lorsqu'elles étaient très emmêlées.

Ce soir, il savait qu'il n'était pas seulement en colère contre Sirius : il se sentait trahi – ce qui était stupide – et terrifié – à raison, sans doute –.

Il se raccrocha aux vas et viens du pouce de Raphaël sur sa joue. Chaque caresse un peu plus hypnotique que la précédente.

- Il était censé être le gentil, grinça-t-il bientôt, vaincu. Il ne s'est pas gêné pour me balancer un coup de poing en plein visage quand il a su que j'avais pris la Marque et aujourd'hui, il cherche à tuer le fils de son soi-disant frère, après avoir vendu ce dernier à Voldemort et tué l'un de ses meilleurs amis quelques jours plus tard.

Sirius Black n'était qu'un hypocrite doublé d'un menteur !

Il sentit ses yeux le brûler et il serra les paupières à nouveau. Raphaël embrassa ses lèvres avec douceur.

- Tu as le droit de pleurer, mon amour.

Il prit plusieurs profondes inspirations précisément pour s'épargner cela. L'air faisait un drôle de bruit dans sa gorge serrée.

Ses larmes ne changeraient rien.

Raphaël se rallongea contre lui, sa tête sur son épaule.

- Il y a peut-être une autre explication, souffla-t-il finalement.

Le bref éclat de rire qui lui échappa lui tordit le ventre et lui donna l'impression de lui déchirer la gorge.

- J'en doute. Et de toute façon, il recevra le Baiser du Détraqueur avant de pouvoir la donner.

Ses paupières redevinrent brûlantes, et comme remplies de sable. Il pressa ses paumes dessus, ce qui ne changea absolument rien.

Raphaël eut un soupir puis lui offrit le refuge de ses bras juste à temps pour qu'il puisse étouffer le sanglot qui lui échappa dans la courbe de son cou.

Il s'endormit bercé par les larmes et les paroles rassurantes de son mari.

A coup sûr, il devait s'agir du deuxième réveil le plus difficile de sa vie.

Tous ses muscles étaient douloureux, son cerveau lui donnait l'impression d'être devenu trop large pour sa boîte crânienne et il devait avoir avalé du sable à un moment pour que sa gorge soit aussi sèche.

Il s'enfonça un peu plus dans le matelas en-dessous de lui avec un grognement, résolu à ne plus bouger pour le reste de sa vie.

Ou jusqu'à ce qu'il se réveille dans de meilleures dispositions.

La douleur et lui étaient de vieilles amies. Elle lui avait tenu la main pendant les longs mois de sa convalescence, quand les marques sur sa peau étaient encore sensibles au toucher et que son moignon ne pouvait pas supporter son poids. Elle était revenue plusieurs fois lui rendre visite par la suite, entretenant une flamme glacée au fond de ses entrailles. Ce qu'il ressentait aujourd'hui n'était pas aussi profond, ce qui était bon signe, mais cela ravivait de mauvais souvenirs tout pareil.

Il serra brièvement les paupières pour éloigner les images de la grotte – de l'eau rougeâtre, des visages décharnés des Inféris –, se raccrochant à l'odeur qui saturait le tissu sous son visage.

Les souvenirs.

Le bruit des éclairs remplaça celui de ses cris, le plafond déchiré de la grotte devint des voûtes régulières, construites par la main de l'homme.

Il s'agrippa à ce premier fil pour faire remonter la succession d'événements qui l'avaient conduit à cette situation.

Il revit les visages souriants de Raphaël, Lucie, Charlie et leurs deux filles. Ils dînaient ensemble quand l'orage avait éclaté, si soudain et si violent qu'il avait tout juste eu le temps de rejoindre la salle réservée à sa première transformation dans les sous-sols de l'Institut Universitaire Magique de Paris.

La dernière chose dont il se souvenait – à part la soudaine souffrance qui lui avait donné l'impression que chacun de ses muscles était arraché à ses os – était d'avoir avalé sa potion. Il n'était même pas sûr que le professeur Pian l'ait rejoint à temps.

Rien ne s'était passé comme prévu…

Le matelas s'enfonça un peu sur sa gauche, puis des lèvres se posèrent sur son épaule.

- De retour parmi nous ?

Le murmure de Raphaël se réverbéra à l'infini dans sa boite crânienne.

- Almost, grinça-t-il.

Raphaël s'allongea contre lui – la chaleur de son corps bienvenue –. Il se crispa quand sa main se posa entre ses omoplates, avant de se détendre peu à peu lorsque la douleur ne vint pas.

- Comment te sens-tu ?

- Sore. Tired. Head throbbing.

- Hmm… J'ai des potions pour ça mais il va falloir que tu te redresses un peu.

Il lui fallut une longue minute pour rassembler son courage – au lieu de céder à l'appel de l'inconscience –. Bouger ne se révéla pas si terrible. A l'exception du peu de lumière qui filtrait à travers les rideaux, la pièce était plongée dans la pénombre. Raphaël ajusta les oreillers derrière lui.

Il n'aimait pas les cernes qui soulignaient ses yeux et ses traits tendus.

- Tu m'as fait une belle frayeur, dit-il.

Il grimaça.

- Sorry.

Le coin des lèvres de son mari frémit.

- Tu ne le penses pas vraiment.

Ce n'était pas tout à fait vrai. Le bonheur de Raphaël était plus important à ses yeux que devenir un Animagus.

- Bois ça. Tu devrais te sentir mieux.

Il avala un petit cocktail de cinq potions différentes. La dernière avait un goût infâme mais elle lui donna l'impression que ses muscles se transformaient en un miel épais qui dégoulinait sur ses os. Raphaël lui tendit ensuite une tasse de thé – agrémenté de lait et sucrée – qui termina de le revigorer tout à fait.

- Alors ?

Un sourire étira ses lèvres. Il n'avait plus besoin de se concentrer pour sentir le deuxième battement de cœur près du sien – son rythme beaucoup plus rapide –. Il pouvait aussi deviner une présence dans le fond de son esprit. Sa forme Animagus était encore craintive. Il lui faudrait plusieurs mois pour l'apprivoiser tout à fait.

Le plus dur était derrière lui.

- Quelque chose qui vole ? Je ne me souviens pas de beaucoup plus.

Il était presque sûr qu'il avait basculé d'une forme à l'autre au rythme des éclairs qui avaient déchiré le ciel parisien.

Raphaël lui offrit ce sourire tendre assorti d'un regard qui ne manquait jamais de lui donner l'impression que son cœur s'illuminait dans sa poitrine. Il se pencha vers lui.

- Félicitations, mon amour, souffla Raphaël contre ses lèvres, juste avant de l'embrasser délicatement.

Il glissa sa main sur sa mâchoire pour l'empêcher de se redresser et lui voler d'autres baisers, chacun plus efficace que les meilleures potions pour effacer les contrecoups de sa première transformation.

Finalement, Raphaël posa sa paume sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur.

- Je ne pensais pas, mais je peux la sentir, dit-il.

Il lui rendit son sourire, puis enveloppa sa main avec la sienne, redessinant les deux bagues à son annulaire avec son pouce.

- Vraiment ?

- C'est comme une ombre qui trouble tes émotions par moment. Ce n'était pas là avant.

Au fil des années, il avait dû lire tout ce qui avait bien pu être écrit sur les empathes. Les auteurs qui en avaient vraiment rencontré se comptaient sur les doigts d'une main et les autres se contentaient de suppositions et de théories – certaines avaient beaucoup fait rire Raphaël et Alexis –. Plus il en apprenait sur ce sujet, plus il était fasciné par le don de son mari.

Il était curieux de voir si Raphaël parviendrait à lire ses émotions quand il serait transformé et s'il pourrait se cacher derrière l'oiseau qui vivait en lui pour manipuler son empathie.

Non pas qu'il ait quoique ce soit à lui cacher – à ce stade, Raphaël le connaissait mieux que personne, lui compris – mais il appréciait de réussir à le surprendre de temps en temps.

- Tout bien réfléchi, je crois que tu avais raison, reprit-il.

- A propos de quelque chose en particulier ou de façon générale ?

Il leva les yeux au ciel. Raphaël eut un bref éclat de rire.

- Il est finalement peu probable que mon frère soit un Animagus. La première transformation n'est pas à la hauteur d'un adolescent.

Il pensait le faire rire à nouveau – sourire, à défaut –, mais Raphaël entrouvrit la bouche avant de la refermer, ses lèvres serrées.

Ses entrailles se contractèrent brièvement.

- Que s'est-il passé ?

Encore.

Raphaël passa une main dans ses cheveux, accentuant un peu plus l'impression qu'il sortait du lit.

- Ma mère a appelé pendant que tu récupérais. Elle voulait savoir quand elle pouvait passer.

Sa gorge redevint douloureuse. Il s'agrippa à la main de son mari.

- Une mauvaise nouvelle ?

Fudge a donné l'ordre aux Détraqueurs de lui infliger leur baiser.

- Non, mais apparemment, c'est compliqué. Je n'en sais pas plus.

Il hocha la tête en silence. Une part de lui voulait lui demander de rappeler Simone et de lui dire de venir maintenant mais il ne se sentait pas vraiment capable d'affronter les frasques de Sirius. La fatigue rendait ses yeux brûlants. Son corps était affaibli, comme s'il sortait d'une méchante grippe. La possibilité que son frère se soit fait attraper ou qu'il ait réussi à se faire tuer existait. Et même si ce n'était pas aussi grave, il aurait besoin d'avoir l'esprit clair pour encaisser les derniers développements de sa cavale.

Il ferma les yeux.

- Je crois que je vais dormir encore un peu. Quoi qu'il ait pu inventer, ça peut sans doute attendre quelques heures de plus.

Ce n'était pas comme s'il avait été d'une quelconque utilité pour donner du sens à ses deux attaques précédentes.

- Je ne serai pas loin, mon amour.

Il sourit. Raphaël embrassa le dos de la main qu'il tenait toujours dans la sienne, puis quitta leur chambre. Le sommeil l'emporta presque aussitôt.

Il ne se réveilla que le lendemain. S'il se sentait encore courbaturé, il avait retrouvé assez d'énergie pour quitter son lit. Il ajusta sa prothèse, ses gestes polis par la répétition. Le monde tourna un peu quand il se hissa sur ses jambes, le sucre du thé de la veille un bien lointain souvenir.

Raphaël était abîmé dans ses livres de psychologie, ce qui ne l'empêcha pas de relever la tête à la seconde où il entra dans le salon.

- Je vois que tu te sens déjà beaucoup mieux.

- Mon Médicomage fait des miracles.

Le regard de Raphaël devint un peu plus pétillant, accentuant les rides aux coins de ses yeux. Il s'installa en face de lui.

- Je n'allais pas tarder à déjeuner. Tu te sens capable de manger ?

L'horloge près de la télévision indiquait presque midi. Le grondement de son ventre répondit pour lui.

Ils déjeunèrent en parlant de sujets sans véritable importance. Eugène avait pris avec philosophie sa soudain convalescence, Alexis avait ouvert les paris pour deviner quelle était l'espèce de l'oiseau en lequel il se transformait et la France s'était qualifiée in extremis pour la Coupe du Monde de Quidditch qui aurait lieu cet été.

Puisque Raphaël et Alexis suivaient les différents tournois avec assiduité, il avait une assez bonne vue d'ensemble sur les différentes équipes pour savoir que l'Irlande était la grande favorite et que la France n'atteindrait jamais les quarts de final.

- Bilal est passé hier. Crois-le ou pas, mais il voulait que tu lui donnes des conseils.

- Pour ?

L'expression de Raphaël devint un brin moqueuse.

- Apparemment, il va demander Samia en mariage et il considère que tu es un expert.

Il secoua la tête. Il avait beau avoir deux demandes à son actif, il doutait d'être la personne la plus compétente. De manière générale, la romance était le terrain de Raphaël.

- Est-ce ta façon de me faire comprendre que tu as des réclamations ?

Raphaël éclata de rire, puis appuya son menton sur sa main, son regard brun débordant d'amour et cette expression éprise qui lui allait si bien.

Il eut l'impression de basculer dans le passé et de retrouver le Raphaël de la photo qu'il gardait si précieusement dans son exemplaire de Beedle le Bard.

- Tu sais très bien que ta demande en mariage était parfaite, Regulus.

Il ne chercha pas à retenir son sourire satisfait, même si ses joues lui donnèrent l'impression de devenir brûlantes. Il avait conservé un souvenir très vif de ce moment et il n'était pas rare qu'il le revisite à l'aide de ses connaissances en Occlumencie.

Il avait même contemplé la possibilité d'acheter une Pensine pour pouvoir s'y replonger, encore et encore.

- C'est toujours agréable de se l'entendre dire.

Raphaël attendit qu'il ait terminé son dessert pour revenir sur la deuxième personne qui avait demandé à lui parler pendant qu'il était inconscient.

- Je n'ai pas eu l'impression qu'il y ait quoique ce soit d'urgent. Personne n'a annoncé sa capture ou sa mort. C'est comme tu le sens.

Il se souvenait nettement que Raphaël lui avait dit que Simone avait qualifié la situation de compliquée, ce qui piquait sa curiosité. Sa belle-mère n'était pas femme facilement impressionnable. Sans plus d'information, il aurait tendance à penser que les Aurors avaient des nouvelles concernant sa nièce mais Sirius était aussi capable d'avoir fait quelque chose de stupide.

Il préférait savoir à quoi s'en tenir.

- Je suis parfaitement remis. Tu peux lui dire de passer quand elle veut.

Raphaël lui conseilla de prendre un bain bien chaud pour terminer de soulager ses muscles endoloris.

Simone Bonaccord et une tasse de thé l'attendaient quand il quitta la salle de bain. Il regretta presque d'avoir préféré un pyjama et une robe de chambre plutôt qu'une tenue plus appropriée.

- Félicitations, Regulus.

- Merci, Simone, répondit-il tout en s'installant à la droite de Raphaël.

Il ne put que remarquer la tension qui creusait les marques sur le visage de sa belle-mère, ce qui était assez rare. Simone avait assisté aux dernières tempêtes qui avaient traversé le monde magique – en France et ailleurs –. Sirius avait beau être capable du pire, il doutait que son frère puisse réellement la décontenancer.

Elle força un sourire, puis se racla la gorge, ses mains croisées devant elle comme pour en cacher le tremblement.

Elle glissa un regard vers son fils, puis se redressa sur sa chaise.

- Sirius Black a été capturé il y a deux nuits de cela à Ogwarts, puis il s'est à nouveau échappé quelques minutes avant de recevoir le Baiser des Détraqueurs. Personne n'est en mesure de dire où il se trouve.

Dans sa poitrine, son cœur lui donna l'impression d'être malmené au bout d'un yo-yo démesuré. Le soulagement – Sirius était toujours vivant, toujours libre, corps et âme intacts – se disputait la première place à l'incompréhension – comment avait-il pu s'échapper, encore ? Les Aurors étaient-ils à ce point incompétents ? –. Au fond de son esprit, il eut la nette impression que sa forme Animagus s'affolait. Raphaël serra doucement sa cuisse. Il saisit l'opportunité pour s'agripper à sa main.

Il prit une profonde inspiration pour se calmer.

- Que s'est-il passé exactement ?

Il en avait plus qu'assez de vivre d'hypothèses et d'incertitudes. Les motivations de son frère étaient tellement nébuleuses et incompréhensibles que les déchiffrer s'apparentait à un exercice de Divination, et il n'était pas encore tombé aussi bas, merci bien.

- Je ne suis pas certaine de le savoir. Fudge n'était pas très fier de l'avoir laissé s'échapper, aussi fait-il tout ce qui est en son pouvoir pour étouffer l'affaire. Ze Daily Prophet n'a même pas évoqué sa brève capture.

- Il n'empêche que les gens parlent.

Tous les sorciers britanniques étaient passés par Poudlard, dont les couloirs offraient une excellente formation en commérage pour tous ceux qui avaient un appétit pour la question.

Simone acquiesça gravement.

- Arry Potter et deux de ses amis se seraient lancés à la poursuite de Sirius Black après l'avoir aperçu dans le parc de Ogwarts. Ils l'ont suivi dans un passage secret qui mène à Ogsmead. Là-bas, ils ont été rejoints par Remus Lupin, actuellement professeur de Défense contre les Forces du Mal. Quand Severus Snape les a retrouvés, ils…

- Severus Snape ? Que vient-il faire dans cette histoire ?

- C'est le professeur de Potions. Il semblerait qu'il ait suivi son collègue et qu'il le soupçonne par ailleurs depuis le début d'être le complice de Sirius.

Ses sourcils migrèrent vers le haut de son front, ravivant son mal de tête. Il but une gorgée de thé pour retrouver un semblant de sang-froid.

- - Tu le connaissais ? lui demanda Raphaël.

Connaître était un peu exagéré. Rogue avait été aussi solitaire que lui, même s'il avait dépensé une énergie folle à le cacher. Toutefois, il avait une idée précise du CV de son ancien condisciple : amateur de Magie Noire, excellent potionniste, ennemi acharné des Maraudeurs.

Mangemort.

- Il était dans la même année que Sirius, à Slytherin. Snape détestait James Potter donc Sirius le haïssait par principe. Il a pris la Marque.

- Comment un ancien Mangemort est-il devenu professeur dans une école ?!

Simone soupira.

- Il aurait changé de camp avant la fin de la guerre, espionnant pour le compte de Dumbledore. C'est ce qui lui a permis d'échapper à Azkaban.

Rogue était un Sang-Mêlé : il était ambitieux et il n'était pas complètement stupide. Peut-être avait-il réalisé que Voldemort ne lui accorderait jamais la place qu'il pensait mériter s'il gagnait la guerre ? Ou peut-être avait-il fini par comprendre, comme lui, qu'il était du mauvais côté ?

Dans tous les cas, il fallait du courage pour espionner Voldemort.

- Et donc ? Les a-t-il interrompus au moment où ils allaient tuer Potter ?

- Pas tout à fait… Il soutient que les trois adolescents étaient sous l'effet d'un sortilège de confusion à son arrivée, qui les a poussés à s'en prendre à lui. Quand il s'est réveillé, il était de retour dans le parc de l'école. Remus Lupin avait disparu, Sirius et les trois adolescents étaient inconscients. Il a mis Sirius hors d'état de nuire et a ramené tout le monde au château. Sirius a été enfermé dans une pièce en attendant de recevoir le baiser des Détraqueurs, d'où il a réussi à s'échapper sans que personne ne sache comment il a pu s'y prendre.

Les muscles de son front frôlèrent la crampe à force de hisser ses sourcils toujours plus hauts.

Il passa une main sur les nombreux plis de sa peau, comme si ce simple geste pouvait réussir à mettre un peu de sens dans ce récit. Il se répéta une fois de plus de s'en tenir aux faits, et que ces deniers pointaient tous dans une seule et même direction.

- A quel moment s'en est-il pris à Harry Potter, exactement ?

Sirius n'était pas le plus grand stratège que la famille Black ait connu, et il venait de passer douze ans à Azkaban, mais même lui était capable de comprendre qu'il n'aurait pas de conditions plus favorables pour assassiner le Survivant. Il avait montré par le passé qu'il se fichait bien de faire des dégâts collatéraux au passage.

Simone serra les lèvres.

- A part le sortilège de confusion, Potter s'en est sorti sain et sauf.

- Vous voulez dire que mon frère s'est échappé d'Azkaban pour jeter un sortilège de confusion à Harry Potter et c'est tout ?! Quelqu'un de compétent a-t-il examiné ce garçon ?!

A quoi cela rimait-il, à la fin ?! Sirius était-il à la recherche d'une information ? Dans ce cas, un sortilège de confusion était loin d'être la méthode la plus efficace pour conduire un interrogatoire. De la part d'un mage noir, il se serait attendu à l'Imperium, le Doloris ou de la Légilimentie.

- J'ai également trouvé cela étrange. Les personnes que je connais au Ministère m'ont rapporté que le témoignage de Remus Lupin n'était malheureusement pas très fiable, ce qui ne permet pas de faire la lumière sur toute cette histoire.

- Pourquoi ? Il a lui aussi reçu un sortilège de confusion ?

- Étant donné qu'il dit avoir vu Peter Pettigrew cette nuit-là, c'est l'hypothèse qui a été retenue.

Ses pensées dérapèrent, comme un disque raillé sous le diamant d'un gramophone. Ses entrailles firent une étrange chorégraphie, formant plusieurs nœuds inextricables.

- Peter Pettigrew is dead, rappela-t-il d'une voix blanche.

- Je le sais bien. La situation est compliquée, Fudge a usé de tous ses pouvoirs et de toute son influence pour verrouiller les informations. C'est tout ce que j'ai réussi à apprendre.

Il se leva d'un bond et se mit à faire les cent pas entre la cuisine et le salon, essayant tant bien que mal de distancer tout ce bazar, déçu de ne pas pouvoir se transformer là, tout de suite, pour prendre de la hauteur.

Il pouvait imaginer – il n'avait pas réussi à s'en convaincre, mais il pouvait travailler avec des hypothèses – que Sirius se soit échappé d'Azkaban pour tuer Harry Potter. Il était peut-être le Mangemort que tout le monde pensait ou il avait perdu tout sens de la réalité après douze ans en prison. Ses deux derniers coups d'éclats avaient le mérite d'être cohérents avec cette hypothèse : Sirius avait essayé de rentrer dans la tour des Gryffondors et n'était pas passé loin d'égorger l'adolescent. L'espace de quelques heures, il l'avait eu à sa merci. Il aurait pu lui faire ce qu'il voulait – ce pourquoi il s'était échappé – et rien ?!

Et que venait faire Lupin, dans toute cette histoire ? Pourquoi ne pas avoir profité de l'occasion pour régler ses différends avec Sirius ? Lui faire payer sa trahison, exiger des réponses, quelque chose ? Pourquoi avait-il déterré Pettigrow après toutes ces années ? Essayait-il de racheter le nom de son meilleur ami, alors même qu'il était responsable de la mort de James et Lily Potter ? Faisait-il parti du coup, à l'époque ? Avait-il rejoint Voldemort aux côtés de Greyback et de sa meute ?

Ses pensées étaient en train de se transformer en un cyclone qui allait emporter sa raison et l'éparpiller à des kilomètres à la ronde.

Il vacilla sur sa prothèse.

Un bras familier encercla sa taille et le guida jusqu'aux fenêtres ouvertes. L'air frais mêlé d'eau fouetta son visage. Il s'agrippa au garde-corps devant la fenêtre, sa tête trop lourde, la nausée métallique dans sa bouche, les battements de son cœur douloureux dans sa poitrine.

Fucking hell.

- Respire, Regulus, souffla Raphaël.

Une rafale de vent projeta de nouvelles gouttes de pluie sur son visage. Il se raccrocha à ça, au métal qui mordait sa peau, à la main de son mari dans son dos qui diffusait une délicate chaleur, à la douleur qui pulsait dans son moignon.

L'énergie sombre qui saturait son corps fit crépiter la magie le long de sa peau, pour la première fois depuis très longtemps.

Il serra les dents pour la contenir.

Échoua.

Il salua le bruit de verre brisé par une série de jurons.

- Sorry, grogna-t-il.

Raphaël passa un bras autour de ses épaules et serra sa main gauche toujours verrouillée sur le garde-corps. Il embrassa sa joue avec douceur.

- Au risque de me répéter, pleurer est un moyen un peu moins violent de réguler tes émotions.

Comme s'il avait attendu le feu vert de son mari pour s'y autoriser, des larmes brûlantes se déversèrent le long de ses joues blêmes. Raphaël l'attira un peu plus contre lui, guidant son visage dans le creux de son cou, là où il pouvait inspirer un air saturé par son odeur, murmurant des promesses et des déclarations d'amour à son oreille, juste pour lui.

La litanie finit par engourdir ses pensées et tout son corps. Il s'affaissa un peu plus contre lui, vaincu.

Raphaël l'attira avec douceur vers le canapé.

- Je reviens.

Simone était partie, les tasses étaient abandonnées sur la table de la cuisine. Raphaël lui prépara un nouveau thé, qu'il agrémenta d'une rasade de Whisky Pur Feu.

- OK ?

Il secoua la tête, ses yeux à nouveau brûlants.

- Rien de tout cela n'a de sens !

Raphaël attrapa sa main délicatement et lui offrit un sourire plein de tendresse, son regard brun agrippé au sien.

- Qu'est-ce qui en a, dans ce cas ?

- Comment ça ?

Raphaël commença à dessiner des cercles réconfortant sur le dos de sa main.

- Ma mère t'a dit tout ce qu'elle a réussi à découvrir. Les autorités britanniques ne vont pas changer de version concernant ton frère, ils perdraient toute leur crédibilité. Qu'est-ce qui fait sens, pour toi ?

- Pour moi ? Ça n'a pas d'importance !

Il était las de trouver une explication logique derrière le comportement de son frère. Sirius était fou et il ferait mieux de se faire à l'idée.

Azkaban avait eu raison de lui.

- Je crois au contraire que c'est le plus important, mon amour. Qu'est-ce qui fait sens pour toi, dans toute cette histoire ?

De nouvelles larmes lui échappèrent, qu'il essuya avec rage de sa main libre. Il affronta malgré tout Raphaël du regard, ses lèvres serrées, décidé à mettre un terme à cette discussion.

Son mari attendit, un sourcil haussé, parfaitement confiant.

Il prit une gorgée de son thé, le liquide rendu encore plus brûlant par l'alcool.

- Regulus ?

Il pesta en silence. Quelle idée avait-il eu, aussi, d'épouser l'homme le plus têtu du pays !

- Il n'est pas un Mangemort, dit-il enfin.

Raphaël hocha la tête.

La délicate mécanique de déduction, forgée dans la logique et la rigueur de la Métamorphose et de l'Arithmancie, se remit en route, focalisée sur un tout autre problème. Sa discussion avec Simone se remit à jouer dans sa mémoire, prête à être disséquée.

- Et il n'en a pas après le fils Potter.

- Étant donné qu'il ne lui a rien fait alors qu'il en avait l'opportunité, je suis tenté de le croire aussi. Mais pourquoi s'échapper ? Pourquoi Poudlard ?

Il n'avait eu de cesse de s'interroger sur ça depuis presque un an. Si les Aurors avaient depuis découvert comment Sirius s'était échappé, Simone n'avait pas eu accès à l'information. Ce qui était toutefois très clair, c'était que son frère avait aussitôt rejoint Poudlard, et qu'il était resté là-bas.

Lupin a vu Peter Pettigrow.

Il ne prétendait pas connaître Remus Lupin, mais qu'aurait-il à gagner à prétendre que Peter Pettigrow n'était pas mort, après toutes ces années ? Parce que si Pettigrow était vivant, alors Sirius était peut-être innocent et…

Son inspiration devint sifflante.

Lupin avait-il vraiment reçu un sortilège de confusion ?

Était-ce cela, le plan de son frère ? Convaincre Potter et Lupin qu'il était innocent grâce à un sortilège de cinquième année, dont les effets ne duraient que quelques heures, tout au plus ?

- Pettigrew, dit-il, au moins pour que Raphaël essaye de démonter son raisonnement.

- Il est mort, lui rappela son mari.

- Je sais !

Raphaël resta silencieux, ses sourcils froncés.

- Comment aurait-il pu ne pas mourir ?

Un goût amer se diffusa dans sa bouche, qu'il essaya de chasser avec une nouvelle gorgée de thé. Merlin, Salazar et même Adèle, en était-il là ? A remettre en question la mort avérée d'un sorcier et de douze moldus ?!

Son frère était fou, c'était la seule explication !

- Ce jeu est une perte de temps ! décida-t-il.

Raphaël le retint sur le canapé, son expression toujours aussi décidée. De la part d'un aspirant psychiatre, c'était presque ironique !

- Ce n'est pas un jeu. Si ce Lupin l'a bien vu comme il l'affirme, comment aurait-il pu ne pas mourir ?

Il fit claquer sa langue dans sa bouche. Il n'aurait pas la paix tant que Raphaël ne serait pas satisfait, quoi que cela puisse signifier.

- Ils n'ont pas retrouvé de corps. Juste un morceau de lui. Un doigt, je crois.

Il avait lu et relu tous les articles qui étaient parus après l'arrestation de son frère, à la recherche de quelque chose qui lui aurait permis de comprendre. Treize ans plus tard, il en était toujours au même point !

- Y a-t-il des sortilèges qui peuvent transformer une personne en confettis ?

Tout Médicomage fût-il, Raphaël était parfois bien naïf quand il s'agissait de magie noire.

- Plusieurs. Les mages noirs ont fait preuve de beaucoup d'imagination au fil des siècles pour tuer.

Pour massacrer, torturer, contrôler, détruire, annihiler… Il avait trouvé quelques sortilèges de ce type, dans des grimoires de magie noire. Il ne manquait jamais de se demander s'il avait enfin trouvé celui que Sirius était censé avoir utilisé.

- Tu en maîtrises un ? Plusieurs ?

Il détourna les yeux. Raphaël avait beau savoir qu'il avait été un Mangemort – qu'il avait tué et torturé –, il s'était bien gardé de tout lui expliquer en détails.

- Non. Bellatrix n'a eu le temps que de m'apprendre les Impardonnables.

Son mari acquiesça, imperturbable.

- Tu te souviens avoir entendu parler que ton frère les avait utilisés pendant la guerre ?

Sirius avait eu sa réputation, comme tous les membres de l'Ordre, les Aurors ou les Mangemorts. James Potter désarmait et capturait ses adversaires, Sirius n'était pas aussi noble. Sans s'être abaissé à utiliser l'Avada, son frère avait tout de même du sang sur les mains.

- Sirius n'a jamais touché à la magie noire. Ou très peu. Pas à ce niveau-là. J'ai plus entendu qu'il distribuait des coups de poings et qu'il utilisait des armes à feu.

- Ce qui est avéré, d'après ce que j'ai cru comprendre. Pas de magie noire, donc a priori il n'a pas pu détruire Pettigrew. Un doigt, c'est loin d'être un organe vital. Dans les films, les gens parviennent à se faire passer pour mort avec bien moins que ç n'était pas du tout le genre d'argument qu'il attendait dans la bouche de son mari.

Il se sentit blêmir.

- Ca voudrait dire que mon frère est innocent, souffla-t-il, sans se permettre d'y croire une seule seconde.

- Je sais.

Son aplomb le désarçonna. Il ne pouvait pas lui faire miroiter des choses pareilles, ou il allait finir aussi fou que Sirius !

- Ce ne sont que de belles hypothèses, Raphaël ! I'm too old to believe in fairy tales!

- Tu crois ? C'est pourtant ce que Lupin a laissé entendre et, si j'ai bien tout suivi, il a toutes les raisons de ne pas prendre sa défense. Ca ne serait pas très surprenant que Pettigrew ait passé toutes ces années à Ogwarts. C'est un endroit qu'il connait, où Voldemort n'a jamais réussi à entrer. Et il est un Animagus, non ?

Cette fois, il refusa de répondre. Sa mâchoire était bien trop serrée pour laisser échapper le moindre son.

Son corps le trahit en rappelant les larmes. C'était comme si ses repères étaient un immense puzzle, dont les pièces étaient mélangées.

- Lupin et toi êtes sans doute les deux seules personnes à l'avoir vraiment connu. Tu m'as dit, il y a des années de cela, que tu pensais que c'était Pettigrew qui avait trahi les Potter. Que c'était la raison pour laquelle ton frère l'avait détruit. Que c'était la seule explication logique.

- C'était avant qu'il ne s'échappe pour tuer le fils Potter !

- Ce qu'il n'a pas fait, alors qu'il en a eu l'opportunité.

Ils tournaient en rond et Raphaël refusait de poser le seul diagnostique qui mettrait fin à cette discussion.

- Mon frère est devenu cinglé à Azkaban, c'est tout.

- Je te demande pardon ?

- C'est la seule explication !

- Certainement pas ! Je crois que je suis assez bien placé pour savoir reconnaître des comportements psychotiques. Ton frère a réussi à s'échapper d'Azkaban, à rejoindre Ogwarts, à s'infiltrer dans le château deux fois. Ce n'est pas le comportement de quelqu'un qui a perdu la tête et ce n'est pas la première fois que je te le dis.

Il aurait dû lire les livres de psychologie qui traînaient dans le salon, peut-être aurait-il eu des arguments recevables à lui opposer.

- Et surtout, ça n'explique pas sa dernière évasion.

- Quelqu'un l'a aidé, c'est évident.

- Qui ? Lupin ?

- C'est impossible. C'était la pleine lune, il y a deux nuits. C'est pour ça que ma première transformation a été si difficile. Même si Lupin prend la potion Tue-Loup – ce que j'espère étant donné qu'il enseigne dans une école –, il n'était pas en état de faire évader quiconque.

- Qui, alors ?

Si Sirius avait été un Mangemort, peut-être aurait-il pu parier sur Rogue, maintenant qu'il savait que son ancien condisciple enseignait à Poudlard, sauf que ça ne collait pas. Rogue haïssait Sirius et il avait changé de camp.

Maintenant, s'il partait du principe que Sirius n'avait pas pris la Marque, son seul allié – Lupin mis à part – était Dumbledore.

Dumbledore, qui se positionnait en champion du Bien contre le Mal depuis des dizaines d'années, qui n'aimait pas les Détraqueurs – encore moins leur Baiser – et qui était connu pour distribuer des secondes chances même aux cas les plus désespérés, preuve en était le passé de deux de ses enseignants actuels.

Raphaël approuva, comme s'il était parvenu à la même conclusion de son côté.

- Je sais qu'il a une réputation assez fantasque, mais pour quelle autre raison aurait-il aidé Sirius à s'échapper ?

Si – et c'était un grand si – Lupin avait vraiment vu Pettigrow cette nuit-là, cela signifiait que Potter et ses amis aussi. Le témoignage des adolescents avait-il été suffisant pour mettre le doute au vieux sorcier ? Assez pour qu'il interroge Sirius ? En avait-il eu seulement l'opportunité ?

C'était pourtant le même Dumbledore qui avait assuré au Ministère que Sirius avait trahi les Potter, à la fin de la guerre.

Ni le thé, ni le Whisky, ne réussirent à éclaircir ses idées.

- Peut-être qu'il a simplement voulu lui éviter le Baiser du Détraqueur. Ca ne colle pas très bien avec sa philosophie humaniste.

- Au point de prendre le risque de lâcher un meurtrier sanguinaire dans la nature ?
- Ta mère a dit que personne ne savait où était Sirius. Dumbledore l'a peut-être enfermé dans un cachot en attendant de trouver quoi faire de lui.

Ca ne serait même pas la première fois que Dumbledore interférait avec les priorités du Ministère de la Magie.

- Les Aurors ont certainement dû fouiller le château.

- Oui, et ils ont démontré leur brillance si souvent au cours de l'année passée qu'il est parfaitement impossible qu'un sorcier aussi puissant que Dumbledore ait réussi à les berner.

Son mari salua son trait d'ironie par un éclat de rire qui allégea l'air entre eux. Il voulut y voir le signe d'une trêve – qu'il espérait aussi longue que possible -. Sans un mot, il réclama une étreinte. Blotti dans les bras de Raphaël, les battements puissants de son cœur contre son dos, sa tasse de thé encore un peu tiède dans les mains, il ferma les yeux, fatigué par les récentes turbulences.

Raphaël eut juste la générosité de le laisser terminer son thé avant de résumer leur conversation.

- Donc, ton frère est peut-être innocent finalement ? souffla-t-il, après avoir embrassé sa joue en guise d'offrande.

Il rouvrit les yeux pour ne pas se laisser emporter par une hypothèse pareille.

- En insistant bien sur le « peut-être ».

Probablement pas, d'ailleurs.

- Et que penses-tu de cette possibilité ? demanda-t-il, tout en pressant la paume de sa main sur sa poitrine, comme s'il ne s'agissait pas d'une question qui avait rythmé leur relation.

- Je serais en colère. Contre ce sale petit rat de Pettigrew pour avoir piégé mon frère et contre Bartémius Croupton pour l'avoir envoyé à Azkaban sans procès !

La colère semblait une émotion trop pâle. Furieux serait peut-être plus honnête, mêlé d'une saine dose de haine, du genre qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps et dont Bellatrix – à part lui-même – avait eu l'exclusivité.

- Et ?

Raphaël était trop au fait des émotions qui bouillonnaient dans son cœur pour qu'une réponse aussi simple le satisfasse.

En général, il acceptait de se plier à l'exercice, mais ce qu'il avait peut-être découvert aujourd'hui lui donnait envie de dépoussiérer ses connaissances pratiques en magie noire.

- Et j'ai eu assez d'émotions fortes pour la journée.

Raphaël resserra ses bras autour de lui, embrassa l'angle de sa mâchoire, sans plus insister. Cela ne voulait pas dire que le sujet était enterré pour toujours – ça serait inédit – mais il lui était reconnaissant de lui laisser le temps de souffler.

Pour la première fois depuis l'évasion de Sirius, il avait enfin l'impression d'avoir réussi à assembler quelques pièces du puzzle. Pas toutes, pas au point de l'avoir terminé et de révéler l'image fragmentée, mais suffisamment pour faire un peu la paix et retrouver quelques certitudes.

Sirius n'était pas un Mangemort. Il n'en avait pas après Harry Potter.

Il n'était pas innocent, mais il était beaucoup moins coupable.

Il avait su s'en contenter pendant plus d'une décennie. Ca lui suffisait pour le moment.


Et voilà pour le tome 3 !

Puisque je sais que vous l'attendiez celui-ci, j'espère m'être montrée à la hauteur (juste 10k pour tout couvrir mais en vrai, il se passe pas grand-chose ^^'')


J'ai bien hâte d'avoir vos impressions sur :

- Regulus, qui passe l'année sur une immense montagne russe, à hésiter entre « mon frère est innocent » et « mon frère, ce sale traître de Mangemort ».

- Raphaël, toujours là pour aider son chéri à surmonter ses épreuves (tout en changeant de carrière au passage !)

- Alexis, toujours aussi chouqui (keur :keur :keur).

- Simone, que certain·e accuse de « harcèlement » envers Regulus (j'avoue qu'elle a pas le beau rôle dans ce chapitre).

- Et puis, bien sûr, la forme Animagus de Reggie !

La prochaine MàJ sera pour Supernova et probablement avant l'été, si j'arrive à me motiver 😉

Avis à celleux qui ont un compte, il faut désormais cocher un truc pour recevoir les alerts et le reste… Pensez bien à le faire si vous ne voulez pas passer à côté du prochain chapitre (ici ou chez les collègues).

Je suis toujours sous le même pseudo du côté d'AO3 ! (et pour info, aussi, vous retrouverez trois textes inédits là-bas, c'est le moment de vous créer un compte sur ce merveilleux site !).

Ah, et je reposte Black Sunset hebdomadairement là-bas, si jamais l'envier de relire le début de l'histoire vous intéresse !

A bientôt !

Orlane.


On n'oublie pas de laisser une review avant de fermer la page ! Sans déconner, ça prend deux minutes !


Mis en ligne le 08/06/2024