- O-Otus...?

Tiens, quand on parle du loup... 'fin, de l'harfang des neiges ! Il se tenait juste derrière lui! Il ne portait plus l'uniforme vert qu'il avait durant son sauvetage mais ses habits de tous les jours.

Par instinct, Otus ne pouvait pas s'empêcher de se jeter sur lui pour lui faire des léchouilles au visage et au cou.

- H-Hahahaha! A-Arrête ! Tu me... Tu me ch-chatouilles! Moi aussi, je suis content de te voir, Otus ! Hahaha! Ah... Chuuuut...!

Il pointait quelque chose du pouce, crispé, index sur ses lèvres. Les soldats étaient toujours aux alentours ! Otus avait presque oublié. Il se leva de Solus. Celui-ci se leva aussi.

- J-Je vois que tu as réussi à te transformer... Je pense qu'il est inutile de te demander qui te l'a déclenché...

Il s'avança de quelque pas jusqu'à l'entrée de la boutique et se tourna vers son ami.

- J'ai l'impression que tu as l'air embêté...

Otus soupira en signe de confirmation. Il tenta de faire le langage des signes, il s'assit et communiqua avec Solus mais avec ses grosses pattes, il avait un peu de mal... Il put décrire la disparition de ses affaires comme le dispositif de téléportation et ses gants en métal. Mais aussi les héritages de sa famille et sa cape chouette.

- Je vois..., devina Solus. Tu penses alors que tes affaires sont dans la boutique de Buccanary ?

Otus hocha la tête rapidement pour confirmer.

- Je vais voir si je peux négocier avec elle... Si ils y sont ! Ne t'inquiètes pas, Otus.

Solus entra dans la boutique, Otus l'attendit en se couchant au sol.

Les affaires de son ami étaient bien là, mis en évidence sur les étagères.

- Excusez-moi, m-madame... Bonsoir.

- Ooooh ! Solus! Comment tu vas ?

Otus avait présenté Solus à la vendeuse durant les vacances scolaires juste après qu'elle soit rentrée de ses propres vacances. Cette rencontre avait été surprenante pour Solus qui ne l'avait pas vue se montrer derrière son comptoir, il pensait parler au poisson qui était à côté de la caisse enregistreuse. La femme ne respectait pas Geddy ni Brindille (il s'était un peu vexé par la suite mais ce n'était pas grave d'après lui, il a l'habitude) mais qu'elle soit étrangement aimable avec Alphonse alors que c'était un pirate... 'fin,EX-pirate, c'était suspect. Avec Solus, ça pouvait aller. Elle était toute aussi aimable avec Solus qu'avec Otus.

- B-Bien..., bégayait le jeune harfang des neiges. Je suis venu pour voir des articles en particulier...

- Vraiment ? Montre-moi.

Il pointait du doigt les héritages familiaux, la cape chouette, les gants d'Otus ainsi que le dispositif de téléportation.

- Je sais que ça peut sembler bizarre mais... ç-ç-ça appartient à mon ami Otus... Ils les avait perdu tout à l'heure et il m'a demandé de venir ici car il est encore malade...

Encore un mensonge...

- Je ne s-s-sais pas si vous acceptez le troc ou l'argent mais je suis prêt à négocier pour les récupérer !

D'accord, ça ressemblerait presque à une tentative d'amadouement cependant ce n'était pas volontaire de sa part ! C'était pour informer à la femme de l'incident dont avait été victime Otus !

Heureusement que Buccanary faisait toujours une offre à ses nouveaux clients qui arrivent dans sa boutique pour la première fois (la dernière fois, Solus n'avait rien pris, c'était des présentations), ceux-ci pouvaient choisir un objet de leur choix gratuitement. Les autres, il va falloir donner des pièces Buccanary pour pouvoir les obtenir en échange !

Solus dût faire un choix crucial au vu de l'urgence de la situation. Les gants, ce n'était pas trop important... Les héritages, c'était tout ce que Otus avait de ses parents ! Le dispositif de téléportation... ça servait à faire venir un ami près de l'utilisateur en le téléportant. Ça pourrait être très utile pour appeler des renforts comme Geddy, Alphonse et Brindille. Quant à la cape chouette, comme il était en dragon, son ami n'en avait pas besoin pour l'instant. Solus prit sa décision. Il choisit le dispositif en l'indiquant du doigt.

- Excellent choix !

Pour la mise en scène, Boucanari tira sur une corde qui était à côté d'elle. Le rideau d'une petite pièce du fond de la boutique s'ouvrit. Un Boguin arriva et lui donna l'objet qu'il avait choisi.

- Voilà, monsieur !

- M-Merci mais... 'fin euh... c'est très gentil...

«Ce n'était pas nécessaire de faire cette entrée comme ça... surtout pour épater le client !»

Solus sortit de la boutique, un peu hébété, et montra ce qu'il avait pu récupérer à Otus.

- Les autres sont encore en vitrine, il me faut des pièces Buccanary... Tu les as, Otus, non?

- «C'est Alphonse qui les a, il les garde dans un compartiment comme d'une poche.» répondit-il par signes. «Tu as bien fait de prendre ce dispositif, tu peux le faire apparaître à côté de toi en appuyant sur le bouton... Moi je ne peux pas, mes doigts sont trop gros pour ça...»

L'harfang des neiges examina l'appareil.

- Ce bouton... comme ça ?

Il appuya dessus et le gros automate, ex-pirate, apparaissait derrière lui.

- On m'a appelé ?

Solus sursauta en entendant Alphonse, il se retourna et recula vivement.

- Ah euh... Bonsoir...

Le robot prit un air très surpris en voyant Otus en ne sachant pas que c'est lui.

- Je ne veux pas vous faire peur mais il y a un énorme dragon juste derrière vous!

Puis il dégaina son arme à feu qui peut faire très mal à cause de la déflagration et s'avança vers le soi-disant monstre.

- Ne vous en faites pas, je vais m'en charger.

- Non, Alphonse ! le prit-il par le bras en courant vers lui. Ne faites pas ça ! C-C'est Otus !

- Comment ? Maitre Otus ?

- Oui ! Je vous en supplie, ne faites pas ça ! Il n'a rien fait pour mériter ça !

Pour prouver qu'il n'était pas méchant, Otus se coucha au sol et prit un air tout triste.

- Oh... Comment c'est arrivé ?

- C'est une longue histoire... I-Il n'est pas le seul à devenir un dragon, je peux aussi... en devenir un... E-En fait, je dois vous avouer quelque chose : je ne me suis pas fait tenter d'être dévoré par un monstre, c'était moi, le monstre. Voilà, vous savez...

Il eut un petit moment de silence, Alphonse rangea son arme et croisa les bras, pensif.

- Ah... Ah oui, je vois... Eh bien...

- Je vous en supplie, paniqua Solus, ne dites à personne sur notre secret à moi et à Otus aux villageois ! Je venais tout juste de sortir d'une affreuse cage, il n'y a pas longtemps, et je ne veux pas y retourner ! Je n'ai rien fait de mal... On n'a rien fait de mal !

- Non, non ! le rassura l'automate. Je veux bien vous croire ! Seulement...

- ...Seulement ?

- ... vous êtes deux et vous risquez d'effrayer encore plus les villageois, s'ils apprennent qu'il y a maintenant deux dragons au lieu d'un. Et du coup, vous risquez d'être en danger si les soldats l'apprennent eux aussi...

- On le sait dès à présent et on fera tout pour rester discret et faire en sorte qu'ils comprennent que les deux dragons (donc nous) ne leur feront aucun mal si on fait de bonnes actions comme manger d'autres monstres, d'autres animaux... voire même sauver un villageois ou deux ! Ok, pour cette dernière idée, elle n'est pas très bonne...

Otus faisait les gros yeux. Manger d'autres monstres? Ça a quel goût? Solus avait déjà essayé au moins? Otus avait du mal à imaginer à manger un Gawk... C'est vert, rond et ça semble de ne pas être comestible... Il préférait manger des fruits et des légumes.

- Certes mais ça ne suffit pas ! tenta de convaincre Alphonse. Les gens auront toujours peur de vous quoi que vous fassiez ! Croyez-en mon expérience en tant qu'ex-pirate...

L'automate se souvenait de la façon dont les villageois l'accueillaient alors qu'il disait simplement bonjour, ils refermaient la porte de chez eux, méfiants.

Solus protesta.

- Mais ils ne savent pas que c'est nous !

- Pour l'instant ! Méfiez-vous quand même si votre secret est révélé au grand jour.

Otus donna un petit coup de museau à Solus, inquiet, et lui pointa le ciel. Les soldats étaient toujours en patrouille et le jeune garçon-chouette ne devait pas rester dans les parages tant qu'il est en dragon !

- Ah oui... C'est vrai... Faut te trouver un endroit où tu peux redevenir normal... Mais d'abord... et on doit faire vite...

Il se tourna vers Alphonse.

- Vous avez toujours les pièces Buccanary sur vous? Il faut récupérer le restant des affaires d'Otus.

- Oui, bien sûr.

Il ouvrit le compartiment se trouvant sur son ventre, dedans il y avait des pièces gravés.

Otus posa sa patte sur l'épaule du robot.

- «Elle va penser qu'on a triché...»

- Mais non, ne vous en faites pas, Maitre Otus, je vais accompagner notre cher ami Solus à la boutique ! Vous allez très vite récupérer vos biens.

Solus souriait à son ami pour dire «Alors, rassuré ?».

Quelques minutes plus tard, après comptage, Solus et Alphonse revenaient vers Otus avec ses gants, sa cape chouette et l'héritage de ses parents.

- Tu vois ? Tu n'avais pas à t'inquiéter, elle a été très gentille avec nous !

Gentille... Gentille... C'était un bien grand mot ! Otus avait assisté à différents gags avec Buccanary et son assistant Boguin en ramenant les pièces au fil de ses aventures. Déjà avec le coup du chapeau vert et de la violence dans la voix de cette femme pour que son assistant se bouge les fesses, cela commençait bien. Mais le presque-summum, le presque-pompom, c'était lorsqu'elle avait dégainé son bazooka, assez énorme, et le pointait vers le pauvre Boguin qui ne pouvait rien faire avec son arme toute riquiqui (un pisto-laser amélioré destiné à Geddy) !

Au final, il n'y avait pas eu de blessé mais un énorme fou rire de la part de nos amis, Otus, Geddy et Alphonse (Brindille rejoignait le groupe plus tard), lorsqu'ils étaient sortis puis éloignés de la boutique «Le Grand Magasin Légendaire» après avoir compris ce qu'il s'était passé.

Même chose lorsqu'il fallait «acheter» une amélioration pour l'arme d'Alphonse. Là, c'était le clou du spectacle ! Le Boguin avait joué avec le feu au sens propre du terme que ça avait beaucoup effrayé Buccanary sur ce coup-là ! Elle avait presque cru perdre sa vie ou tous ses biens !

Nul ne savait ce qu'il s'était passé entre la vendeuse et ses assistants (Un soupçon de maltraitance) durant toutes ces années ou si c'était une omerta (tout le monde le sait mais personne ne dénonce) mais le karma frappe toujours quoi qu'il arrive !

En y repensant, Otus avait éclaté de rire, c'était lui qui riait le plus dans le groupe sur la mésaventure de la pauvre vendeuse. C'était vraiment si soudain l'apparition de ces boules de feu que personne n'avait vu venir ! Et la pauvre n'avait pas bougée de sa cachette depuis. 'fin... jusqu'à l'obtention de toutes les pièces Buccanary et de la cape spectrale où elle avait pu prendre des vacances bien méritées.

Otus remuait la queue, heureux. Solus rangea les affaires de son ami dans le compartiment d'Alphonse, c'était un vrai inventaire sur pattes fort utile !

- Maintenant, on doit te trouver un endroit désert...

Solus s'envola, suivi de près par Otus. Alphonse montait sur le dos du dragon-chouette. Nos amis doivent se faire discret pour ne pas trop attirer l'attention des soldats. Il y avait un petit cul-de-sac avec le mur d'une ruine gravée des Chouettes Ancestrales, là-bas, Otus pouvait apprendre à redevenir normal sans consommer l'énergie de l'œuf qu'il avait en lui. Mais là-bas, il y avait un Gawk qui se cachait dans un buisson, Alphonse s'en était chargé. Il avait dû viser correctement pour ne pas brûler la crinière d'Otus accidentellement.