Fracture

La lumière douce du matin baignait Los Angeles alors qu'Eddie et Buck marchaient côte à côte dans un parc tranquille, le bruit léger de leurs pas accompagnant leurs confidences. Buck sentait son cœur se gonfler de chaleur chaque fois qu'Eddie parlait. Ces instants suspendus entre eux étaient devenus précieux, un espace sûr où ils pouvaient être eux-mêmes.

– Parfois, j'ai l'impression que Shannon est encore là, dit Eddie, le regard fixé sur un banc vide au loin. Comme si elle me parlait dans mes rêves.

Buck hocha la tête, attentif.

– Elle a dû être quelqu'un de merveilleux.

Eddie sourit, bien que son regard devienne plus sombre.

– Elle l'était. Mais elle est partie trop tôt. Et j'étais là… incapable de la sauver. Elle est morte dans mes bras, Buck. Juste là… et je n'ai rien pu faire.

Buck ralentit, touché par la vulnérabilité dans la voix d'Eddie.

– Ce n'est pas ta faute, Eddie. Parfois, on ne peut pas tout contrôler.

– Je le sais mais ça n'en fait pas moins mal. Et toi ? demanda Eddie en changeant doucement de sujet. Pourquoi ton mariage a-t-il été annulé?

Buck haussa les épaules, un sourire triste se dessinant sur ses lèvres.

– Tommy n'était pas prêt. Il m'a demandé de l'épouser et… Je ne sais pas, j'en ai peut-être fait trop. Il était… gentil et à l'écoute. Mais quelque chose clochait, même si je n'en étais pas conscient à l'époque. J'étais là, à planifier une vie entière avec lui, mais au fond de moi, je savais que ce n'était pas ce que je voulais. Il a dû le sentir et il y a juste mis fin.

Il fit une pause, cherchant ses mots.

– Il a vu ce que je ne voulais pas voir. Je ne savais pas pourquoi jusqu'à récemment. Je pensais que c'était de l'amour, vraiment, que nous étions fait l'un pour l'autre mais je me trompais. En fait, je ne savais même pas ce qu'était l'amour, ressentir ce désir et ce désespoir en même temps. Je ne sais même pas si ce que je raconte à un sens.

– Ça en a, confirma Eddie avec tendresse. L'Amour c'est parfois difficile à exprimer, je crois que c'est parce qu'il n'y a pas de mots assez forts pour faire écho à ce qu'on ressent.

– Je n'ai jamais rien ressentit d'aussi fort avec Tommy et ça me terrorise mais je dois te le dire.

Eddie se stoppa pour lui faire face.

– Avec toi, je…, je me sens... complet.

Leurs regards se croisèrent, et un instant de silence chargé s'étira entre eux.

Puis, comme attirés par une force invisible, leurs lèvres se trouvèrent dans un baiser tendre, mais intense. Tout sembla s'arrêter pour Buck, son esprit vidé de tout sauf du goût d'Eddie, de la chaleur de ses mains qui s'accrochaient à lui.

Ils rentrèrent chez Buck sans échanger un mot de plus, la tension entre eux palpable. Une fois dans l'intimité de l'appartement, ils se laissèrent aller à une passion sincère et désinhibée. Leurs gestes étaient empreints de tendresse, chaque caresse et chaque murmure renforçant leur connexion naissante.

Ce fut une nuit où ils oublièrent tout, une parenthèse où rien d'autre n'existait qu'eux deux.

Le lendemain matin, la lumière qui filtrait par les rideaux réveilla doucement Eddie.

Il regarda Buck dormir, paisible, et un sourire vint effleurer ses lèvres. Mais une angoisse latente restait tapie en lui, comme un rappel qu'il n'avait pas l'habitude de se laisser aller ainsi.

Mais ses craintes s'envolèrent quand Buck lui sourit tendrement et Eddie se lova entre ses bras, espérant ne plus jamais avoir à les quitter.

Alors qu'ils se préparaient pour leur garde, Eddie attrapa le téléphone de Buck posé sur le comptoir pour y enregistrer son propre numéro. Mais lorsqu'il tenta de sauvegarder le contact, il remarqua que son numéro était déjà dans le répertoire, accompagné de plusieurs messages.

Son cœur se serra en reconnaissant ces messages, les siens, envoyés à Shannon.

– Non…, murmura-t-il en ouvrant la conversation.

Les mots qu'il avait écrits, les pensées les plus intimes qu'il avait partagées avec l'ombre de son passé, étaient là, exposées. Son esprit s'emballa.

Pourquoi Buck avait-il ces messages ?

Pourquoi ne lui avait-il rien dit ?

Quand Buck entra dans la pièce, après sa douche, il vit immédiatement l'expression de choc et de douleur sur le visage d'Eddie. Son cœur rata un battement en remarquant son téléphone dans les mains d'Eddie. Son amant fixait l'écran, chaque mot des messages à Shannon creusant un fossé entre eux. Ses mains tremblaient légèrement, mais son regard était glacial.

– Eddie…, tenta Buck, sa voix brisée par l'appréhension.

– Tu savais, murmura Eddie, comme s'il n'en croyait pas ses propres paroles. Tu savais que c'étaient mes messages… pour elle ?

Buck hocha doucement la tête, incapable de parler.

– Et tu n'as rien dit ? continua Eddie, sa voix montant d'un cran. Tu as compris et tu as juste… gardé ça pour toi ?

– Je ne voulais pas te blesser, Eddie, répondit Buck, presque suppliant. Je voulais attendre le bon moment, mais…

– Le bon moment ? répéta Eddie avec amertume. Le bon moment aurait été avant qu'on…

Il s'arrêta, les mots mourant sur ses lèvres.

– Tu m'as trahi, Buck. Ces messages étaient une partie de moi que je n'ai jamais partagée avec personne. Et toi, tu les as lus… Tu les as gardés… comme si… J'espère que tu as apprécier le spectacle.

– Ce n'est pas comme ça, tenta Buck, s'avançant d'un pas. Je voulais… je voulais comprendre ta douleur.

– Comprendre ma douleur ? répéta Eddie avec un rire amer. Tu n'avais pas le droit.

Eddie posa le téléphone sur la table et se dirigea vers la porte.

– Ne me contacte plus jamais, Buck.

Et avec ça, il sortit, laissant Buck seul, dévasté, dans un silence étourdissant.

Eddie se retrouva seul dans sa voiture, les mains tremblantes alors qu'il reprenait son souffle. Il avait envie de hurler, de frapper quelque chose, mais tout ce qu'il pouvait faire, c'était sentir la douleur grandir en lui.

Buck, l'homme qu'il avait commencé à aimer, l'avait trahi de la pire des manières. Il avait ouvert son cœur, laissé entrer quelqu'un après des années de fermeture, pour se retrouver brisé à nouveau.

Et tandis qu'il s'enfonçait dans le siège, Eddie sentit la spirale familière de la dépression l'attirer à nouveau dans l'abime.

De son côté, Buck était inconsolable.

Il relut les messages, se maudissant de ne pas avoir trouvé le courage de dire la vérité plus tôt. Il avait perdu Eddie, et cette pensée le plongeait dans un abîme qu'il n'avait jamais connu auparavant.