L'aube pointait à peine à l'horizon, et le quartier général était encore plongé dans le calme matinal quand Cassie sortit discrètement de sa chambre. Elle avait besoin de bouger, d'échapper aux murs oppressants qui la retenaient comme une prison. La conversation avec Erwin la veille avait ravivé les vieilles tensions, et elle ne savait plus quoi penser. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle devait se vider la tête.
Elle attacha ses cheveux, enfila ses chaussures et quitta rapidement le bâtiment. Courir lui permettait de se libérer de cette énergie négative qui s'accumulait en elle. Elle pris soin de s'éloigner du QG tôt le matin, là où personne ne pourrait la déranger, et surtout, là où elle pourrait réfléchir sans avoir Erwin sur le dos.
Ses pieds frappaient le sol régulièrement alors qu'elle empruntait un chemin à travers les bois environnants. L'air frais du matin emplissait ses poumons, et pour un moment, tout semblait se stabiliser. Mais cette paix fut de courte durée lorsqu'elle entendit des pas derrière elle, réguliers, silencieux mais perceptibles.
Elle se retourna brièvement pour apercevoir Livaï qui la suivait, son expression indéchiffrable, comme d'habitude. Il accéléra le pas et finit par se mettre à son niveau, sans dire un mot.
« Tu me suis ? » demanda Cassie, sans ralentir son rythme.
Livaï haussa un sourcil, jetant un coup d'œil vers elle, mais il ne sembla pas particulièrement concerné par sa question. Il continua à courir à ses côtés, son regard fixé devant lui.
« Simple coïncidence, » répondit-il finalement, son ton indifférent.
Un silence s'installa entre eux, mais il n'était pas inconfortable. Elle savait que s'il était là, c'était pour une raison, même s'il prétendait le contraire.
Au bout d'un moment, ce fut Livaï qui brisa le silence.
« T'es plutôt rapide. Je ne savais pas que tu courais. »
Cassie jeta un coup d'œil furtif vers lui. « J'ai mes raisons. »
Livaï resta silencieux un moment, l'observant du coin de l'œil, puis reprit, sans détour : « Qu'est-ce qui te rend aussi forte ? »
La question la prit au dépourvu. Elle savait que Livaï ne posait jamais ce genre de question à la légère. Elle serra la mâchoire, ne sachant pas si elle devait répondre ou non. Le passé était quelque chose qu'elle n'aimait pas évoquer. Mais devant la curiosité de Livaï, elle se sentit obligée de donner une explication, même superficielle.
« Mon frère, » répondit-elle brièvement.
Livaï fronça légèrement les sourcils, l'incitant à poursuivre.
« Il m'a entraînée. Depuis que je suis petite, » ajouta-t-elle, sans offrir plus de détails.
Mais Livaï n'était pas dupe. Il sentit la réticence de Cassie à entrer dans les détails. Il y avait quelque chose de plus profond, quelque chose qu'elle gardait pour elle, et il le remarqua immédiatement.
« Pourquoi ? » demanda-t-il enfin, sa voix grave brisant à nouveau le silence.
Cassie évita son regard, sentant une boule se former dans sa gorge. Elle ne voulait pas revisiter ces souvenirs douloureux. Les mauvais choix, les mauvaises rencontres, et ce moment où elle avait failli tout perdre avant qu'Erwin ne la retrouve. Elle n'avait jamais vraiment parlé de ce qu'elle avait vécu ce jour-là, et elle ne comptait pas commencer maintenant.
« Ça n'a pas d'importance, » répondit-elle, sa voix plus tranchante qu'elle ne l'aurait voulu.
Livaï haussa simplement les épaules, comme s'il acceptait son refus de répondre. Mais même s'il ne disait rien, Cassie savait qu'il n'était pas dupe. Livaï était perspicace. Il comprenait qu'elle cachait quelque chose, mais il respectait suffisamment les limites des autres pour ne pas pousser davantage. Au moins, pas pour l'instant.
« Erwin t'entraîne depuis tout ce temps, » répéta Livaï d'un ton pensif. « Et maintenant, il veut te marier à un type que tu ne connais même pas. Intéressant. »
Cassie sentit une bouffée de colère l'envahir. Ce plan qu'Erwin avait pour elle… le mariage arrangé, cette idée archaïque de la protéger en la liant à un homme. Tout cela la révoltait. Elle ne pouvait s'empêcher de serrer les poings, ressentant l'injustice de la situation.
« Je ne laisserai pas ça arriver, » murmura-t-elle, la voix chargée de détermination.
Livaï la regarda en coin, mais cette fois, il ne fit aucun commentaire. Il se contenta de courir à ses côtés en silence, respectant la tempête intérieure qui agitait Cassie. Après tout, il connaissait suffisamment bien Erwin pour comprendre qu'il était du genre à contrôler tout ce qui touchait à sa sœur. Et pourtant, quelque chose lui disait que Cassie ne se plierait pas si facilement à ce plan.
Ils continuèrent à courir ainsi, côte à côte, sans un mot, pendant de longues minutes. Quand ils revinrent finalement près des bâtiments du QG, Livaï ralentit légèrement et laissa Cassie prendre de l'avance.
« T'as des tripes, je te l'accorde, » lança-t-il, comme une remarque en l'air, mais qui sonnait presque comme un compliment.
Cassie lui jeta un regard surpris, mais Livaï ne laissa rien paraître d'autre. Il tourna les talons et se dirigea vers le bâtiment principal, les mains dans les poches, comme s'il n'avait jamais eu cette conversation avec elle.
Cassie le regarda s'éloigner, troublée par cet échange. Livaï n'était pas du genre à distribuer des compliments ou à poser des questions sans raison. Pourtant, il avait réussi à gratter la surface de ses vérités cachées, et cela la perturbait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Alors qu'elle tentait de reprendre ses esprits, elle aperçut un groupe de soldats qui couraient dans tous les sens, visiblement agités. Son instinct la poussa immédiatement à aller voir ce qui se passait.
Lorsqu'elle arriva à l'infirmerie de fortune, elle trouva Erwin, le visage fermé, penché au-dessus d'un jeune soldat gravement blessé. Le soldat était allongé, haletant, une large plaie ouverte sur le ventre. Un grappin mal lancé pendant l'entraînement tridimensionnel avait provoqué cette blessure, et le sang s'écoulait abondamment.
« Cassie, viens, » dit Erwin, son ton autoritaire, mais teinté d'urgence. Il savait que sa sœur avait reçu une certaine formation pour soigner les gens, et dans ce moment critique, il ne pouvait pas se permettre de laisser son orgueil familial prendre le dessus.
Sans poser de question, Cassie s'avança, prit une grande inspiration pour calmer ses nerfs et demanda immédiatement qu'on lui apporte des compresses et du matériel de suture. Elle observa la blessure avec précision, remarquant que la coupure était profonde mais encore soignable si elle agissait rapidement.
Elle nettoya la plaie avec une minutie clinique, ignorant les regards anxieux des soldats autour d'elle. Erwin, à côté d'elle, la regardait travailler en silence, conscient du calme qu'elle affichait malgré la gravité de la situation. Ses mains étaient précises, rapides, mais assurées. Elle suturait la plaie en se concentrant totalement sur sa tâche, chaque geste mesuré pour minimiser la douleur et arrêter l'hémorragie.
« Respire lentement, » murmura-t-elle au soldat, dont les yeux roulaient dans leurs orbites, à moitié inconscient sous l'effet de la douleur. Elle continua son travail avec une efficacité implacable, fermant chaque centimètre de la plaie avec des points de suture fermes et réguliers.
Enfin, après ce qui sembla une éternité, elle termina et observa la plaie, maintenant fermée. Le soldat respirait encore difficilement, mais il était sauvé pour l'instant.
Elle recula légèrement et essuya la sueur sur son front avec le dos de sa main. Tous les regards étaient fixés sur elle. Erwin ne dit rien, mais Cassie sentit dans son regard un mélange de soulagement et de fierté silencieuse. Elle avait prouvé, une fois de plus, qu'elle n'était pas simplement la petite sœur à protéger ou à marier, mais quelqu'un de capable, en qui on pouvait avoir confiance.
