Le bataillon d'exploration se préparait à accueillir un événement de grande envergure. Ce soir-là, la haute société se rendait dans leurs quartiers pour une soirée destinée à lever des fonds. Depuis plusieurs semaines, Erwin travaillait d'arrache-pied pour organiser cette réception. Pour lui, il ne s'agissait pas simplement de recueillir des fonds, mais de montrer que le bataillon méritait de continuer à exister malgré les risques qu'il prenait à chaque expédition. Cassie le savait bien, et même si elle ne s'impliquait pas directement, elle ne pouvait nier l'importance de cet événement. Cependant, elle avait bien d'autres préoccupations en tête ce soir-là.

Elle s'observa dans le miroir de la petite chambre qu'elle occupait temporairement au sein du QG. Elle portait une robe simple, mais élégante, que son frère lui avait fait livrer. Le tissu épousait parfaitement sa silhouette, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise. Ce n'était pas elle, pas ce qu'elle voulait. Mais Erwin avait insisté pour qu'elle soit présente, et surtout pour qu'elle rencontre cet homme qu'il lui destinait depuis des mois.

Un léger coup sur la porte interrompit ses pensées.

« Cassie, tout est prêt. Ils sont arrivés. » La voix d'Hansi résonna de l'autre côté.

Cassie prit une profonde inspiration avant de sortir, essayant d'ignorer la boule d'angoisse qui grandissait dans son estomac. Lorsqu'elle rejoignit la grande salle, elle fut immédiatement frappée par l'effervescence de l'événement. Les membres de la haute société, vêtus de leurs tenues luxueuses, discutaient et riaient avec les officiers du bataillon, créant une atmosphère contrastante entre les nobles et les soldats endurcis. Les tables regorgeaient de plats somptueux et de vins fins, destinés à flatter ces invités précieux.

Erwin, debout près de l'entrée, remarqua immédiatement l'arrivée de sa sœur et se dirigea vers elle.

« Tu es magnifique, Cassie », dit-il doucement.

Elle se contenta de hocher la tête, tentant de cacher son malaise. Elle savait ce qui allait suivre.

« Il est là, n'est-ce pas ? » murmura-t-elle.

Erwin la regarda, visiblement embarrassé. « Oui… Je te promets qu'il n'est pas si terrible. C'est un bon parti, quelqu'un qui peut t'offrir une vie sûre. »

Cassie soupira. « Tu sais que je ne veux pas de cette vie, Erwin. »

« Je sais, mais parfois... il faut faire des choix difficiles. » Erwin posa une main sur son épaule. « Viens, je vais te le présenter. »

Elle suivit son frère à travers la foule, les regards se tournant vers elle. Elle détestait être le centre de l'attention, mais ce soir, elle n'avait pas le choix. Finalement, ils atteignirent un groupe de nobles discutant près d'une des fenêtres. Un homme en particulier se détacha du lot. Il était grand, élancé, avec des traits parfaits et des cheveux soigneusement peignés. Il portait un costume impeccable, taillé sur mesure, qui renforçait son allure impressionnante. Cassie ne pouvait nier qu'il était séduisant, mais quelque chose dans son regard, une sorte d'arrogance froide, la mettait immédiatement mal à l'aise.

« Cassie, je te présente Philippe Hagen, » déclara Erwin.

Philippe s'inclina légèrement, un sourire charmeur aux lèvres.

« C'est un plaisir de vous rencontrer enfin, Cassie. Erwin m'a beaucoup parlé de vous. »

Cassie sentit un frisson d'aversion la parcourir. Il était poli, mais il y avait quelque chose de trop calculé dans sa manière de parler, comme s'il jouait un rôle.

« Le plaisir est pour moi, » répondit-elle d'une voix mesurée.

Philippe lui tendit sa main. « Accepteriez-vous de m'accorder cette danse ? »

Cassie n'eut pas le temps de protester qu'Erwin lui fit un signe discret, l'encourageant à accepter. À contrecœur, elle posa sa main dans celle de Philip, qui la guida jusqu'à la piste de danse. Les premières notes d'une valse s'élevèrent dans l'air, et ils commencèrent à tourner doucement au rythme de la musique.

Philippe la regarda d'un air qui oscillait entre intérêt et évaluation. Il semblait jauger chaque geste, chaque réaction de sa part.

« Vous dansez bien, » dit-il après quelques tours. « Je n'avais pas imaginé que vous auriez autant de grâce. »

« Je me débrouille, » répondit Cassie, peu à l'aise. Elle sentait les mains de Philippe de plus en plus insistantes sur sa taille. Elle tenta de reculer légèrement, mais il maintenait son emprise.

« Ne soyez pas si timide, nous devrons nous habituer l'un à l'autre, après tout. » Il sourit, mais son ton avait un sous-entendu désagréable.

Cassie fronça les sourcils. « Rien n'est encore décidé, Philippe. »

Il haussa un sourcil, l'air amusé. « Oh, mais ça l'est. Erwin m'a parlé du contrat. Nous sommes destinés l'un à l'autre, que cela vous plaise ou non. »

Elle sentit un nœud se former dans son estomac. « Rien n'est gravé dans la pierre. »

Philippe approcha encore un peu plus, son visage trop près du sien. « Vous pouvez prétendre le contraire, mais je sais que vous savez comment ce monde fonctionne. Les femmes de votre rang n'ont guère de choix. Vous êtes belle, intelligente, et... mon père a payé une somme rondelette pour cette alliance. »

Cassie détourna les yeux, ses pensées tourbillonnant. Elle n'avait jamais souhaité cette vie, ce mariage, ce rôle d'épouse docile que Philippe semblait attendre d'elle. Mais Erwin l'avait liée à cet homme, et la réalité de sa situation la rattrapait.

« Vous ne me connaissez pas, » murmura-t-elle, tentant de garder son calme.

Philippe éclata de rire, un son froid et désagréable. « Et vous me connaissez encore moins. Mais ne vous inquiétez pas, vous apprendrez. Vous m'appartenez, Cassie. Il est temps de l'accepter. »

La panique monta en elle. Il s'approchait encore, ses mains devenant de plus en plus intrusives. Elle tenta de se dégager, mais Philip resserra son emprise sur sa taille.

« Lâchez-moi, » dit-elle, sa voix se brisant légèrement.

« Allons, ne soyez pas si dramatique, » répondit-il, ignorant complètement son inconfort. « Nous avons toute une vie devant nous pour apprendre à nous connaître. »

Soudain, un bras musclé s'interposa entre eux, forçant Philippe à reculer brutalement. Livaï se tenait là, un regard glacé sur son visage.

« Elle t'a dit de la lâcher. » Sa voix était tranchante, presque dangereuse.

Philippe, surpris, leva les yeux vers lui, visiblement déstabilisé, mais Livaï ne bougea pas d'un centimètre. La tension monta immédiatement, mais Philippe se contenta de lever les mains en signe de paix, son sourire suffisant toujours sur ses lèvres.

« Je ne faisais que danser, » dit-il avec un air faussement innocent.

« Eh bien, la danse est terminée, » répliqua Livaï, son regard perçant transperçant celui de Philippe.

Cassie, encore secouée, se recula légèrement, essayant de reprendre son souffle. Elle croisa le regard de Livaï, y trouvant un certain réconfort inattendu. Livaï tourna à nouveau son attention vers Philippe.

« Si tu veux rester en un seul morceau, tu ferais bien de partir maintenant, » murmura Livaï d'un ton glacial.

Philippe hésita, visiblement vexé par l'intervention. Il jeta un dernier regard vers Cassie, une lueur de colère dans les yeux, avant de s'incliner légèrement et de s'éloigner.

Une fois Philippe parti, Cassie se tourna vers Livaï, encore sous le choc de la situation.

« Merci, » souffla-t-elle, sa voix légèrement tremblante.

Livaï haussa les épaules, gardant son ton cynique. « T'aurais pu t'en sortir seule, mais je suis intervenu avant que ça ne devienne ennuyeux. »