27 Décembre : Vies
Boya avait été stupéfait lorsqu'il était tombé sur le premier livre chez un bouquiniste de la capitale. Pas stupéfait que le livre existe mais que son ami ne lui en ai jamais parlé.
Boya avait acheté le rouleau dès qu'il avait reconnu l'écriture de QingMing pour le lire tranquillement dans ses petits appartements de JingYun.
C'est roulé en boule sous sa couverture, les joues brulantes et le rouge au front qu'il avait lu jusqu'au dernier caractère la nouvelle érotique sortie de l'esprit fébrile de son camarade.
Après cette première découverte, Boya était retourné régulièrement chez le bouquiniste, toujours à la recherche des écrits de son ami du nord. Ils étaient rares et, si Boya connaissait assez QingMing, sans doute ancien. Le style, la graphie, tout concourait vers des œuvres de jeunesse.
Le bouquiniste avait tôt fait de reconnaitre son nouveau client ainsi que son obsession pour les quelques auteurs qui l'intéressaient. Même si les divers livres n'étaient pas sous le même nom, Boya savait qu'il n'y en avait qu'un seul.
Il les voulait tous.
Le bouquiniste confirma. En effet, il s'agissait de livres assez anciens. Il était bouquiniste, pas libraire. Ce qu'il vendait étaient des ouvrages de seconde main au mieux. Mais si Boya voulait, Il pouvait tenter d'en obtenir davantage du nord. Il fallait du temps pour qu'ils arrivent jusqu'à eux. Il pouvait aussi aller voir son père qui tenait une respectable librairie, bien plus huppée que son petit commerce, et qui recevait des livres plus récents, plus vite.
Boya l'avait remercié. Il achèterait tout ce que l'homme pouvait lui obtenir du même auteur qui soit ancien. Pour le récent, il avait été voir comme proposé ce qu'avait la librairie.
Elle était effectivement dans le quartier marchand le plus huppé de la capitale. Les prix n'y étaient pas les mêmes, la qualité non plus.
Si les premiers livres étaient des rouleaux écris à la main, ceux qui se cachaient dans les rayonnages de la librairie étalent des livres de feuilles reliées et surtout, imprimées avec des illustrations. Boya connaissait assez le talent de Kuang HuaShi maintenant pour y reconnaitre sa patte. Il comprenait mieux aussi le prix des ouvrages. Non seulement leur qualité était remarquable, mais les illustrations seules de Kuang HuaShi, même si ce n'étaient que des copies de copies, valaient déjà une coquette somme.
Le libraire avait été semblait-il prévenu de son intérêt par son fils puisque l'homme avait préparé tout ce qu'il avait des même auteurs et les avait mis à part pour Boya.
Le Chasseur le plus connu de la Capitale ne s'intéressait pas jusque là à la littérature, mais s'il était intéressé par un auteur en particulier, autant profiter de ses gouts pour en faire de l'argent.
Boya avait sans doute dépensé bien trop d'argent dans ses achats. Encore un peu plus pour s'offrir une bibliothèque digne de les porter et encore un peu pour un fauteuil confortable pour les lire. Avec le temps, les livres érotiques s'étaient espacés pour des livres de détectives, des histoires de cultivateurs, des romances adorables ou des fables piquantes. Il y avait même des livres pour enfant adorablement illustrés dont une suite de petits contes avec un jeune renardeau comme héros qui découvrait le monde avec ses amis le papillon, la poupée qui parle, le corbeau blanc et le pêcher sauvage sous les branches duquel ils dormaient souvent. Boya n'avait pas besoin d'aller très loin pour savoir de qui venait l'inspiration des personnages. Et s'il n'avait jamais rencontré Peach Blossom, Il savait qu'elle existait mais était trop timide pour avoir exprimé le désir de le rencontrer.
A force de recherches et d'argent, Boya avait réussi à se constituer ce qui devait être la bibliothèque la plus complète des œuvres de QingMing. Il y avait aussi des traités de cultivation, de chimie, d'astrologie, d'astronomie, et bien sûr, un énorme pavé sur la culture démoniaque, les diverses espèces et races ainsi qu'un autre livre consacré aux esprits. Le dernier en date était une recherche historico-cultuelle sur Zhuque et les trois autres Dieux-Gardien dans lequel Boya avait apprit qu'il n'était pas le premier à avoir sacrifié sa vie à un dieu-Gardien mais qu'il était le premier à y avoir survécut.
Si Boya était fasciné par tout ce que QingMing avait pu écrire, il ne comprenait pas trop pourquoi son ami lui avait caché ce talent. Ho. Il pouvait comprendre pour ses œuvres adolescentes. Et encore. Elles n'avaient rien de honteux. Elles étaient même particulièrement piquantes et bien écrites pour de simples bouquins de cul.
Il y avait même une histoire qui se tenait et qui ne se limitait pas à vouloir emboiter des trucs dans des machins sans s'éloigner de plus de cinq centimètres de son sujet. Pour ce genre d'ouvrage, c'était remarquable. Mais pour les autres ?
Alors il avait pris plusieurs livres avec lui lorsque QingMing l'avait invité à sa Maison la fois suivante.
"- Tu as l'air dans tes pensées, Boya."
"- Ha, pardon, QingMing. Rien de bien méchant juste..." Boya fouilla dans sa poche qiankun pour en sortit quelques rouleaux et livres.
Lorsqu'il leva les yeux sur son ami, QingMing était blême.
"- Ha... Boya..."
"- Peux-tu me les dédicacer?"
Le nordiste en fut visiblement déstabilisé. Il n'avait signé que les livres respectables de son nom. Les autres étaient sous des pseudonymes, un pour chaque type d'œuvre. Il fallait être un coutumier de son style autant que de son écriture pour comprendre qu'ils étaient tous de la même personne.
"- Te... les dédicacer?"
"- Bien sur! Et j'aimerai aussi comprendre pourquoi tu ne m'as jamais parlé de cette partie de toi. Ton écriture est incroyable. Quelque soit le sujet. J'ai autant apprécié tes œuvres de jeunesse." QingMing rougit. Il remercia intérieurement la délicatesse de Boya de ne pas lui balancer à la figure ses bouquins de fesses. "Que tes études sur la cultivation ou tes contes pour enfants. Ils sont tous incroyables ! J'en ai montré certain à Sa Majesté, il a exigé une édition spéciale des contes pour ses enfants."
QingMing en resta bête. Vraiment ? Et bien...
"- Je demanderai à Kuang HuaShi de faire des copies."
"- Je te servirai d'intermédiaire pour les vendre à la cour si tu le souhaites." Souriait largement Boya.
QingMing en fut touché.
"- Merci."
"- Mais j'aurais une question. Pourquoi tout ça ?"
"- Ha... Boya, tu sais, on à qu'une vie alors... Ce serait dommage de n'en vivre qu'une. Autant les vivre en les écrivant toutes." Souriait encore le renard-démon, les yeux dans le vague. Boya hocha la tête. S'il ne comprenait pas totalement le souffle de l'écriture, il pouvait comprendre l'évasion de la lecture.
"- J'espère que je n'aurais pas besoin de ravager les librairies de la capitale pour avoir les prochains."
"- Je te garderai les épreuves annotées à la main."
Boya avait déjà hâte. S'il aimait les traités de cultivation et avait apprécié grandement les livres érotiques, il préférait encore les histoires du petit renard et de sa famille adoptive. Peut-être pouvait-il espérer qu'un jour, un petit piaf noir au caractère ronchon les rejoigne ?
