Chapitre 24: Tour de Serdaigle

Les cinq adolescents avaient plusieurs dizaines de mètres d'avance sur moi. Cependant, je les rattrapai sans mal, car en débouchant dans le hall au sortir des cachots, ils s'étaient heurtés à un obstacle inattendu en la personne de Rusard qui débitait sur eux un chapelet d'imprécations et de menaces, et ils hésitaient clairementsur ce qu'il convenait de faire pour s'en défaire. Moi pas. N'ayant pas le temps et encore moins l'envie de discuter, je sortis ma baguette et je stupefixai Rusard ainsi que Miss Teigne deuxième du nom, sans même prendre le temps de m'arrêter.

«Bougez-vous !» houspillai-je le petit groupe qui me regardait avec effarement.

Ils reprirent leur course, derrière moi cette fois, en direction de l'escalier qui menait à l'infirmerie. Arrivés devant la sculpture des trois Parques, sur un signe de celle-ci, Albus et Teddy Lupin aidèrent Delphini Black, la plus menue du groupe, à se hisser sur le socle au milieu des trois mégères, selon les termes du Baron. Sans perdre de temps, elle commença à explorer les statues que Rose Granger-Weasley éclairait d'un Lumos. Le suspens fut heureusement de courte durée. Du cou de la deuxième statue qu'elle inspecta, Delphini Black détacha quelque chose.

«Je l'ai.» Indiqua-t-elle simplement avant de se laisser glisser dans les bras d'Albus pour redescendre.

Un instant plus tard, nous étions six penchés au-dessus de l'amulette posée sur la paume ouverte de Delphini Black et même sept en comptant le Baron qui voletait au-dessus de nous. C'était un simple disque percé d'un blanc immaculé suspendu à un cordon de la même couleur. Pas étonnant qu'il ait pu rester longtemps attaché au cou d'une statue elle-même blanche sans que personne ne le remarque.

«Ce truc a l'air tellement ... banal.» murmura finalement Miss Black.

«Et inoffensif.» renchérit dans un soupir Rose Granger-Weasley.

Quoi qu'il en soit, nous avions trouvé «ce truc» dont je peinais encore à comprendre le danger qu'il représentait, et cette découverte dans un temps record était tout à fait inespérée.

«Baron, notre gratitude vous est acquise.» affirmai-je. «Puis-je abuser de votre temps jusqu'à vous demander d'aller prévenir Madame la Directrice, et son adjoint qui doit se trouver avec elle, que nous montons au sommet de la Tour de Serdaigle pour libérer Victoire Weasley des griffes de Wolfgang Boswell ? Merci de passer par le plafond ou le plancher pour éviter d'être aperçu par Professeur Babbling qui pourrait bien être complice malgré elle de cet individu. Profitez-en d'ailleurs pour dire à Madame la Directrice et au Professeur Lupin de se méfier, car le Professeur Babbling pourrait essayer de les tuer quand ils voudront sortir du bureau.»

Le Baron s'évapora après avoir accepté d'un hochement de tête la mission que je lui avais confiée. Delphini Black empocha sans plus de cérémonie le pendentif. Et je dévalai l'escalier suivi des cinq adolescents, le temps pressait. Dans le hall, Rusard et Miss Teigne étaient toujours étendus sur le sol.

«Je prends par l'extérieur.» indiqua Teddy Lupin en se dirigeant vers la Tour de Gryffondor.

Il n'était plus temps de le rappeler pour essayer de comprendre ce qu'il entendait faire, je fonçai pour ma part vers la Tour de Serdaigle, les quatre autres sur les talons.

A mi-hauteur, après avoir dépassé l'entrée de la salle commune des serdaigles, j'arrêtai ma course. Je conjurai une beuglante que je tendis à Scorpius Malefoy.

«Restez là, Monsieur Malefoy, et, dans quelques instants, ouvrez cette Beuglante. Faites comme si je vous avais surpris dans l'escalier et que vous essayiez de m'empêcher de monter, ça va distraire Boswell.» lui ordonnai-je.

Je jetai un sort sur mes chaussures pour étouffer le bruit de mes pas et, d'un geste, j'indiquai à Albus d'en faire autant. Boswell devrait croire que Delphini Black et Rose Granger-Weasley montaient seules. Albus profita de notre arrêt pour conjurer aussi un serpent de glace. Je le regardai faire avec une certaine circonspection, car je ne partageai pas totalement sa conviction sur le fait «qu'un serpent de glace, ça peut toujours servir». En l'occurrence, Albus n'avait pas tort, car il servit.

Albus avait ordonné à sa création de suivre les deux filles et je pus visualiser à quel endroit Boswell avait installé son sort de protection empêchant d'entrer tout autre que Rose Granger-Weasley et Delphini Black quand le serpent de glace se heurta à un mur invisible. J'avais malheureusement raison de ne pas sous-estimer Boswell en tant que stratège comme en tant que sorcier. Il avait installé sa barrière magique suffisamment en amont pour empêcher un éventuel intrus de voir ce qu'il se passait dans la pièce où il se tenait avec Victoire Weasley et où Miss Black et Miss Granger-Weasley les avaient rejoints.

Ma propre ruse fonctionna aussi fort heureusement. A peine, les deux adolescentes étaient-elles rentrées dans la pièce que Scorpius Malefoy ouvrit la Beuglante qui fit éclater ma voix un peu plus bas dans l'escalier :

«Malefoy, Potter, qu'est-ce que vous fabriquez ici au milieu de la nuit avec des airs de conspirateurs. Eh, vous, Monsieur Lupin, non seulement vous ne faites pas régner l'ordre, mais vous encouragez le désordre. Vous faites honte à votre insigne de préfet, ce qui ne me surprend guère de la part d'un gryffondor !»

«Qu'est-ce qu'il se passe ?» gronda Boswell à voix basse depuis l'intérieur de la pièce.

«J'ai peurque le professeur Rogue n'ait surpris les amisqui nous attendent dans l'escalier.» réponditDelphini Black sur un ton alarmé.

Pendant ce temps, ma voix continuait de tempêter de beaucoup plus bas dans la tour :

«Pourquoi restez-vous en travers de l'escalier ? Vous ne prétendriez quand même pas m'empêcher de monter !»

En espérant que Boswell soit suffisamment distrait par ce qu'il croyait être mes cris, je conjurai un miroir à un endroit stratégique nous permettre à Albus et moi de voir ce qui se passait à l'intérieur de la pièce. Rose Granger-Weasley et Delphini Black faisaient face à un Wolfgang Boswell aux yeux exorbites. De derrière celui Victoire Weasley était couchée par terre, immobile, probablement ligotée par des liens magiques. Un balai, manifestement un balai de course, même si je n'y connaissais pas grand-chose, était posé contre le mur.

Mais il ne suffisait pas que je voie ce qu'il se passait, il fallait aussi que je puisse intervenir au cas oùles choses dégénéreraient. Je m'attaquai au sort qui interdisait l'entrée dans la pièce. Comme je le craignais, il était puissant. J'en avais pour un certain temps d'arriver à l'annuler. Le plus positif était que Boswell ne se rendait pas compte de mes manœuvres, préoccupé qu'il était par ma présence supposée dans l'escalier.

«Bande de petits crétins maladroits ! Comment vos amis peuvent-ils être assez stupides pour s'être faits surprendre par ce mangemort mal repenti de Rogue ? A moins qu'ils ne l'aient fait exprès !» s'emporta-t-il.

«Ils ne l'ont pas fait exprès. Bien sûr que non !» lui assura Delphini Black.

«De toutes façons, vous n'avez pas plus de secours à attendre de Rogue que de vos lamentables complices, car ils seront bien incapables d'entrer ici. Alors maintenant soit vous m'apportez ce que je vous ai demandé, soit je jette Victoire Weasley par cette fenêtre et vous ensuite !» menaça-t-il.

«Inutile de vous énerver et de nous menacer. Nous l'avons.» répliqua Delphini Black en le toisant droit dans les yeux.

Cette réponse n'avait en soi rien de blessante. En revanche, l'adolescente avait mis dans son ton un incroyable mépris. Seule sa mère Bellatrix aurait été capable d'en exprimer autant en si peu de mots. Mais Boswell ne l'avait probablement même pas entendue, car, en même temps qu'elle prononçait ces paroles, elle avait brièvement sortie de sa poche le pendentif qu'elle avait récupéré au cou de la statue pour l'y replonger immédiatement. En l'apercevant, une lueur de folie était passée dans le regard de Boswell.

J'avais eu raison du premier sort lancé par ce taré. Mais immédiatement derrière ce premier périmètre de sécurité, je m'étais heurté à un deuxième sur lequel je travaillais encore, alors qu'à voir le comportement de Boswell, le moment où j'allais devoir intervenir s'approchait à grand pas. A côté de moi, Albus s'agitait. Je ressentais son inquiétude qui montait en même temps que la mienne.

«Donnez-moi cette amulette. Immédiatement !» criait le chef des Langues-de-Plomb sur un ton de plus en plus hystérique.

«D'abord, vous libérez ma cousine.» réclama d'une voix ferme Rose Granger-Weasley en s'avançant de deux pas pour se placer devant Delphini Black.

Ce simple mouvement et cette petite opposition semblèrent faire basculer le peu de raison qui habitait encore Boswell.

«Doloris !» hurla-t-il en pointant sa baguette vers Rose Granger-Weasley.

Celle-ci eut heureusement le réflexe de s'écarter, mais pas assez vite. Le sort l'atteignit à l'épaule. Elle s'écroula à genoux dans un gémissement. Il aurait fallu que j'intervienne immédiatement pour neutraliser ce cinglé, mais j'en étais encore à me débattre avec l'invraisemblable système de sécurité qu'il avait mis en place. A croire que son métier l'avait rendu complètement parano.

Delphini Black s'était précipitée pour soutenir son amie. Elle ne vit pas que Boswell pointait sa baguette sur elle. Je sentis Albus se mettre à trembler à côté de moi.

«Accio Immuable» lança le chef des Langues-de-Plomb.

Et le pendentif blanc quitta la poche de Delphini Black toujours accroupie près de Rose Granger-Weasley pour atterrir dans la main de Boswell. A son contact, il parut rentrer littéralement en transe. Quand il se reprit, ce fut pour tendre la main vers son balai. Se hissant dessus avec une agilité d'ancien joueur de Quidditch, il tendit la main pour ramasser Victoire Weasley tel un paquet de chiffons pour la jeter en travers de son balai.

«Vous avez ce que vous vouliez, alors laissez Victoire tranquille!» s'écria Delphini Black en relevant la tête.

«Tais-toi!» beugla Boswell sur un ton furieux. «Je fais ce que je veux. Maintenant, c'est moi qui décide de tout et pour toujours!»

D'un coup de talon, il décolla. J'enrageai de mon incapacité à l'empêcher de s'enfuir, avec une otage en plus. Heureusement, un instant plus tard, je compris ce que Teddy Lupin entendait par «prendre par l'extérieur». A peine Boswell avait-il franchi la fenêtre que le fils du loup-garou lui asséna un énorme coup qui faisait honneur à ses qualités de batteur au Quidditch, un coup tellement puissant qu'il repoussa le balai et son chargement à l'intérieur de la Tour. Le chef des Langues-de-Plomb tomba lourdement sur le sol en lâchant le pendentif blanc qu'il tenait toujours à la main. En voyant cela, Delphini Black bondit sur ses pieds et, sortant de sous sa cape un objet que je ne reconnus pas dans le miroir, elle se précipita vers le pendentif. Embarrassé par son balai et le corps de Victoire Weasley qui lui étaient tombés dessus, Boswell n'arrivait pas à se lever, mais il réussit à extirper sa baguette de sa poche et la brandit vers Delphini Blacken criant:

«Avada…»

Le serpent de glace d'Albus, libéré par mon annulation du dernier sort de protection de Boswell, referma ses mâchoires juste à temps sur la main de ce fou furieux. Il lâcha la baguette et son sort se termina dans un gémissement de douleur. Alors que qu'Albus et moi rentrions en courant dans la pièce derrière le serpent, le gémissement de Boswell se mua en hurlement, quand Delphini Black abattit sur le pendentif le croc qu'elle tenait à la main, un croc de basilic. L'amulette blanche tomba instantanément en poussière. Lassé des braillements du chef, à mon avis bientôt ex, des Langues-de-Plomb, je lui envoyai un sort pour le bâillonner après l'avoir ligoté.

Pendant que je m'occupais de Boswell, Albus avait délivré sa cousine Victoire de ses propres liens magiques. Teddy Lupin qui était rentré par la fenêtre sur son balai, vint l'aider à relever la jeune fille. A peine sur ses jambes, celle-ci envoya un formidable coup de pied dans les côtes de Wolfgang Boswell, elle s'apprêtait à lui en asséner un second quand je la rappelai à l'ordre:

«Miss Weasley, un peu de tenue, je vous prie!»

«Mais il voulait me jeter par la fenêtre, il a envoyé un Doloris à Rose et essayé de tuer Delphini.» se justifia-t-elle.

«Je sais et c'est pour ça que j'ai fermé les yeux sur le premier coup.» précisai-je.

De leur côté, Scorpius Malefoy et Delphini Black entouraient Rose Granger-Weasley, dont les rictus de douleur montraient qu'elle souffrait encore. Mais j'avais vu suffisamment de gens ayant subi un Doloris, pour savoir qu'il n'y avait rien de grave dans son cas.

Alors que je soupirais de soulagement, la pièce commença d'être envahie. McGonagall et Lupin. Suivis de près des fantômes qui escortaient Flitwick. Pour une fois, le Baron Sanglant avait osé aborder la Dame Grise pour qu'elle aille chercher son directeur de Maison, et celle-ci avait consenti à l'écouter. En chemin, ils avaient rencontré Nick Quasi-Sans-Tête et le Moine Gras qui hantaient tranquillement les couloirs, et ces derniers les avaient aussi accompagnés. Alors que la pièce semblait déjà plus que pleine de gens morts ou vivants, Madame la Ministre débarqua suivi d'Harry et d'une dizaine de ses collègues Aurors. Attiré par le monde, Peeves s'invita pour semer le chaos comme d'habitude. Mais dans le désordre qui régnait en haut de la Tour Serdaigle, toutes ses tentatives pour se faire remarquer restèrent sans effet, et il finit par s'enfuir en nous insultant dans l'indifférence générale.