Chapitre 9 : Après le chaos


Adegoke marchait d'un pas précipité à travers les immenses couloirs du palais royal. Toute la Cité était en effervescence après l'évanouissement de la seconde reine lors de la cérémonie de passation au temple d'Orunmila. La nouvelle s'était répandue comme de la poudre à canon. À présent, tout le monde savait que des ombres mystérieuses s'en prenaient à leur communauté et entrainaient un coma après des larmes de sang. Le nom de Fatumbi était sur toutes les bouches. Et les habitants qui naviguaient avec aisance dans le monde des Petites-flammes avaient compris qu'elles aussi étaient poursuivis.

Il était difficile de continuer à cacher le danger qui les guettait tous. Les prêtres, prêtresses et étudiants se voyaient déjà donner leurs premières directives. Ils devaient retrouver la source de toute cette folie.

Adegoke frappa à la porte du Roi avec fébrilité.

«Entrez, déclara une voix forte qu'il ne connaissait que trop bien.

—Votre Altesse. » salua le garde en pénétrant dans les quartiers royaux.

Le souverain ne le regardait pas mais avait les yeux rivés sur les jardins adjacents. Entouré de tout ce faste qu'était sa chambre décorée de pièces boisées, d'ivoire et de bronze, il rayonnait dans sa tenue royale d'une blancheur implacable.

Son souverain était la personne à qu'il avait décidé de donner sa vie. Ils avaient tout vécu ensemble. La révolution, les coups bas politiques. Ils avaient affronté la mort à de nombreuses reprises. Mais cela faisait des lustres qu'Adegoke ne l'avait pas vu arborer une expression si soucieuse et peinée.

« Est-ce que Tiwa va mieux ?

— Oui votre Altesse. Elle se prépare pour assister à votre discours.

— Elle n'est pas obligée de m'accompagner. Elle peut rester avec les enfants. La petite Anike est encore trop jeune pour garder la face alors que sa mère est dans cet état.

— Vous savez qu'elle ne l'aurait jamais accepté . Elle voudrait que vous vous souteniez.

— Ibukun a toujours été la plus forte de nous trois. »

Il était vrai que depuis que le Roi s'était marié avec Ibukun. Toute la cité s'était habituée au trio royal. Contrairement à d'autres configurations de ce genre, la relation que le Roi entretenait avec les deux femmes de sa vie était d'une beauté singulière. Et elles ne se haïssaient pas. Peut-être s'aimaient-elles comme des amantes ? Ou bien comme des sœurs. Adegoke n'avait jamais trop su même s'il était aux premières loges de leur affection. Les souverains divisaient le travail royal en fonction de leurs capacités et de leurs titres de façon harmonieuse. Et tout le monde avait été surpris que le couple de la reine et du roi se renforce à l'arrivée d'Ibukun.

Adegoke aida le roi à mettre sa couronne perlée si lourde sur sa tête avant de lui tendre son épée magique.

« J'ai prévenu Kayin de la conduite à tenir s'il m'arrivait quelque chose, déclara le roi.

— Pourquoi prévenir votre fils si tôt ?

— Cette nuit, j'ai été poursuivi par des ombres dans mes rêves. C'est triste. Le nom de Fatumbi ne me dit rien du tout.

— Beaucoup de monde est mort lors du règne de votre père, le rassura Adegoke.

— Et l'avoir tué n'était pas suffisant. Même avec toutes ces réformes, tant de choses ne sont toujours pas réglées. Nous sommes obligés de nous cacher, pour toujours. Et je ne comprends pas les appels de Ces ombres. Avons-nous fait assez Adegoke ? Nous nous sommes battus pour notre royaume mais pas pour tout notre peuple perdu. Et des Petites-flammes continuent de mourir de manière injuste en dehors de nos murs et de ce monde. Parfois j'ai l'impression que mon passage sur ce trône a été inutile.

— Nous avons fait et continuons de faire de notre mieux. Les Petites-flammes ont leur moyen de bataille et nous ne pouvons pas changer le passé.

— Tu as sans doute raison mais…

— Si je ne croyais pas en vous, vos politiques et à cette jeunesse capable que vous avez construite , je ne vous aurais pas suivi votre Altesse, déclara Adegoke.

— Je ne voulais pas qu'ils aient à se battre de la même façon que nous, soupira le roi, dépité. Je les trouve bien faibles. On a peut-être trop chouchouté nos jeunes Flammes.

— Ils seront bien obligés de se requinquer. » lui répondit Adegoke.

Lorsqu'ils sortirent tous les deux de la pièce, le couloir semblait infiniment long. Le garde trouvait son Altesse peu pressée dans son pas et dû ralentir à plusieurs reprises. Sans crier gare, le roi s'arrêta devant une fenêtre et observa un oiseau entrer dans son nid pour nourrir ses petits. Le spectacle avait un côté apaisant.

« Adegoke. Est-ce qu'on pourrait s'arrêter une minute ? J'aimerais oublier quelques secondes que je suis roi. »

Il lui laissa le temps de se recueillir devant cet instant de vie presque magique. Par réflexe, Adegoke fit dévier les rayons de soleil qui l'ennuyait pour en faire une sorte de couronne solaire éclairant ces animaux capables de voler. Après quelques minutes, il dut arrêter cet exercice magique et ramener son ami à son rôle de guide et de souverain.

« Olumide. On doit y aller.»

En entendant son nom, l'homme plus vieux de quelques années lui sourit. Adegoke crut revoir le sourire qu'il lui avait lancé lorsqu'il avait été promu. Ce jour d'été où il s'était agenouillé sur une terre souillée par le sang de leurs frères, Adegoke s'était promis qu'il se battrait aux côtés d'Olumide. Il lui prêtrait allégeance s'il continuait de servir son peuple avec la même abnégation avec laquelle il avait mené la révolution qui avait tué l'amour de sa vie.


Tous les prêtres des différents temples et les membres éminents de la garde avaient été réunis dans la plus grande salle du palais royal. Les cent personnes se trouvaient autour de la table ronde. La situation était tendue et tout le monde avait son attention perchée aux lèvres de la prêtresse en chef du temple de Yemaya.

« D'après une analyse de différentes équipes, l'être responsable de ses ombres est sans doute une âme qui n'est pas passée de l'autre côté et a aussi refusé de devenir un orisha.» expliqua la femme la plus âgée.

Elle fit apparaître devant eux une simulation magique avec des extraits des différents incidents ayant eu lieu avec des ombres. Dans le monde des Petites-flammes et le leur. Dans toutes ces visions, Famuyiwa reconnut l'incident dont lui avait parlé Ayaba avec son amie. Alors que les images défilaient devant ses yeux, son regard croisa celui préoccupé de son prétendant. Akinola était à l'autre bout de la pièce, juste en face d'elle. L'expression soucieuse d'Akinola laissait transparaître les stratégies et questionnements qui bouillonnaient dans sa tête. Dès que l'Aînée finit de prendre la parole, il leva la main pour poser une question:

« Personne n'a trouvé pour l'instant un moyen de protéger les bâtiments et de limiter les dommages matériels ?

— Ce sera votre rôle en tant que garde de trouver les sorts les plus adéquats pour protéger notre cité mais également les lieux de vie des Petites-flammes les plus sensibles.

— Est-ce qu'on a des pistes sur l'identité de la créature responsable de ça ?

— Le chef de la garde, Adegoke a eu des pistes. Il s'agirait d'une certaine Fatumbi, tué par l'ancien roi en 1972.

— On a des informations sur elle, de la famille ici ou ailleurs ? demanda Joseph.

— Nous n'avons trouvé aucun descendant. Nous ne savons rien de sa vie. Chacun de vous selon vos orishas aura un rôle à jouer. Il sera nécessaire qu'en tant que sorciers liés à Eshu, vous recherchiez dans les lignes du Destin et des voyages où est-ce que cette femme a pu passer. » expliqua-t-elle aux prêtres de l'orisha farceur.

La cheffe donna ses directives à chacun des membres des différents temples. Lorsque son regard translucide se posa sur Famuyiwa et ses camarades, elle ne put empêcher un frémissement de la traverser.

« La chute de la reine a eu lieu dans votre temple. Je ne sais pas si c'est un signe du Destin ou non. Mais vous devez réussir à trouver à travers les lignes du temps, la raison de ce danger. Que veut Fatumbi et comment trouver un moyen de l'arrêter. » déclara la vieille femme avec emphase.

Tous les prêtres hochèrent la tête comme un seul homme avant de sortir de la salle pour rejoindre la cour dans laquelle le Roi ferait son annonce à toute la population.

Famuyiwa avait une boule au ventre. Toute la situation l'inquiétait. Et ses dernières visions avaient été plus que stériles. Elle ne savait pas comment Ayaba finirait poursuivie par des ombres, ni comment arrêter ce qui les précipiterait peut-être tous vers leur chute.

« Famuyiwa ! » l'interpela Akinola à quelques mètres.

Il prit congé de l'un de ses amis qui les fixait d'un sourire goguenard et Famuyiwa ignora comme elle le pouvait tous les regards admiratifs, curieux ou jaloux qui les couvaient alors qu'Akinola la rejoignait.

« Oui ? demanda-t-elle, confuse.

— Je voulais savoir comment tu allais. Ce n'est pas forcément la meilleure façon de finir sa cérémonie. Et je ne crois pas avoir eu le temps de te féliciter pour ta nomination, répondit-il en baissant les yeux, gêné.

— C'est très gentil. C'est vrai que c'était surprenant et pas très agréable de finir comme ça, répondit Famuyiwa, touchée par sa prévenance.

— Ta famille va bien ?

— Tout le monde était inquiet mais personne n'a été attrapé par les ombres près de chez nous. Je suppose que tu n'as pas pu beaucoup dormir.

— Pas trop. On est en vigilance rouge. Et tout le monde est tendu au palais.

— Je ne sais pas si on arrivera à avoir des informations sur cette Fatumbi.

— On travaillera ensemble. Vous ne serez pas tous seuls dans cette affaire. » la rassura Akinola alors qu'il avançait.

C'était vrai. Ils étaient au moins une centaine d'érudits sur le coup et la population commençait déjà à faire attention de leur côté. Même si la deuxième reine était tombée, tout n'était pas perdu.


Leurs parents étaient déjà partis à la principale place de la cité pour écouter le discours du Roi. Omilaye attendait qu'Oyeniran et Ayaba ne finissent de se préparer pour qu'elles partent ensemble.

Depuis la chute de la Reine, tout le monde évitait de se déplacer en ville seul, surtout la nuit. Personne ne savait exactement comment l'on devenait la cible de Fatumbi. Et il serait idiot de s'évanouir et d'être emporté par les ombres sans aucune aide. Omilaye repensa à Will et Nick qui étaient encore hospitalisés pour contrôle. Les deux Petites-flammes seraient déchargés le lendemain. Le fait qu'ils auraient pu mourir pour une histoires qui impliquaient des créatures magiques lui faisaient froid dans le dos.

Oyeniran arriva, prête et habillée avec soin. Elle lui lança un timide sourire avant de jouer avec son opele, pensive. Sa soeur avait fini par lui parler après la cérémonie qui n'avait pas pu se finir par la petite fête qu'elle avait préparée. Il restait encore énormément de nourriture non entamée dans le frigidaire. Et elles avaient dû tout ranger ensemble.

« Qu'est-ce que fout Aya ? s'agaça Omilaye.

— Aucune idée… soupira Oyeniran. Tu crois qu'elle a un problème ?

— Je vais la chercher. Elle va nous mettre en retard…»

Leur petite cousine était de plus en plus étrange. La veille, elle avait dormi une bonne partie de la journée et s'était réveillée avec des cris. Ayaba avait perdu le contrôle de ses pouvoirs plusieurs fois au cours de son séjour et ça allait en empirant. Pour l'instant, cela n'était pas fâcheux mais elle continuait de dire qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter. Omilaye finirait par lui sortir les vers du nez si Famuyiwa gardait le silence. Elle ouvrit la porte de la chambre d'Ayaba sans prendre la peine de frapper. Sa surprise fut grande lorsqu'elle la trouva accroupie devant son armoire avec dans chacune de ses mains, une baguette et son corps à plusieurs mètres du sol pris dans un vent magique des plus étranges. Elle n'était pas une adolescente en chaleur, une enfant ou une créature alors qu'est-ce que ça voulait dire ?

« Aya ! » l'appela Omilaye interpelée et agacée.

La jeune femme s'arrêta d'un seul coup et s'écroula au sol.

« Euh oui…

— On t'attend depuis tout à l'heure. Qu'est-ce que c'est ce délire ?

— De nouveaux sorts… bredouilla-t-elle en remettant sa robe en place.

— Peu importe… Viens.» soupira Omilaye, décidée à laisser passer son mensonge pour cette fois.

La place était bondée alors qu'elles se frayaient un chemin pour avoir une vue potable de la scène. En voyant les hommes et femmes oiseaux s'élever dans les airs en faisant fi du droit de vol sorcier, Omilaye en fut jalouse. C'était tellement plus pratique d'être au dessus de l'assemblée plutôt que d'être plongé dans cette foule mouvante.

Lorsque le Roi apparut enfin accompagné de la première Reine et d'Adegoke, un silence sans précédent se répandit dans la foule.

Il commença à parler de la menace qui planait au dessus de leur tête. Il leur parla de la présence floue de Fatumbi. Pour être honnête, ce qui marqua Omilaye ne fut pas la première partie du discours mais les mesures qui avaient été prises pour protéger toute leur communauté. Des mesures dignes d'un temps de guerre.

« Nos frontières seront renforcés à partir de demain. Tout sorcier sans ascendance Yoruba ne pourra plus mettre les pieds à l'intérieur de notre Cité. Ils devront quitter les lieux. Les états Igbo, Haoussas et Peuls ont déjà décidé de fermer leurs propres frontières par mesure de sécurité. Les voyages chez les Petites-flammes ne sont plus autorisés par nos portes habituelles et pour les créatures. Des missives ont déjà été envoyées à tous les membres Grandes-flammes de la diaspora. Nous ne retiendrons personne qui voudraient quitter les lieux mais sachez que chaque force de ce pays sera nécessaire pour nous permettre de vaincre ce fléau inexpliqué.

Pour l'instant aucun cas d'ombres a été aperçu en dehors de nos terres mais sachez que quel que soit l'endroit où vous vous trouver, il faudra rester solidaires et sur vos gardes. En tant que Roi, tout ce que je peux vous dire est que si le temps finit par me faire défaut, vous devrez tous porter allégeance et aider le futur souverain Kayin. »

Le Roi présentait à la foule son successeur comme s'il pouvait disparaitre à n'importe quel moment, comme sa femme. Cette action ne rassurait en rien la population. Omilaye sentit l'anxiété la gagner alors qu'elle voyait le jeune prince prendre la parole pour les assurer que les érudits étaient déjà sur l'affaire. Omilaye était loin mais elle put observer le regard fixe de sa soeur assise juste à côté d'Enitan. Famuyiwa portait déjà avec une force tranquille la robe de sa profession et elle ne trembla pas aux paroles fortes du jeune prince.

Alors que les discours se succédaient, Omilaye se demandait s'il ne serait pas préférable pour Ayaba de retourner en Angleterre.

En rentrant dans leur quartier sans Famuyiwa, toute la famille se figea alors qu'ils se rendirent compte que leur porte avait été brûlée par une poussière noirâtre. Sa mère se précipita à l'intérieur de la batisse et tout ce que put entrevoir Omilaye avant qu'elle ne disparaisse était une étrange ombre humanoide qui avait saccagé une partie du restaurant.


Tout le petit groupe de Famuyiwa avait passé le reste de la journée à faire des rituels magiques et à tenter de trouver des informations dans leurs prédictions et leur voyage dans le temps. En vain.

Elle était épuisée. La plupart des lumières étaient éteintes alors qu'elle entrait à l'intérieur de chez elle. Famuyiwa se braqua en sentant une étrange énergie à l'intérieur du restaurant. Elle fit apparaître une boule de lumière au creux de sa main. Tout semblait avoir subi un sort de réparation mais malgré un nettoyage minutieux, l'atmosphère était lourde et étouffante.

« Des ombres sont passées, expliqua sa mère sur le pas de la porte de derrière.

— Comment ?

— Aucune idée. Mais la maison de notre voisine a aussi été mise sans dessus-dessous.

— Tout le monde va bien ? s'alarma Famuyiwa.

— Pour l'instant, Viens prendre du thé. Il faut qu'on parle. » déclara sa mère avant de l'inviter dans la cuisine.

La demande de sa mère ne lui disait rien qui vaille alors qu'elle la rejoignait. Généralement, demander de parler signifiait discuter de sujets lourds, difficiles que l'on préferait cacher sous un tapis plutôt que d'y faire face. Sa mère n'arrivait pas à cacher sa lassitude alors qu'elle préparait deux tasses de thé. Le châle sur ses épaules flottait alors que son énergie de sirène toujours son contrôle vibrait sous sa peau. Famuyiwa ne pensait pas que sa mère était sans faille mais elle réussissait toujours à se tenir droite malgré les intempéries. Donc l'entrevoir si vulnérable l'angoissait. Famuyiwa avait déjà tellement de choses en tête.

« Qu'est-ce qu'il y a, Maman ?

— Je ne suis pas sûre qu'il me reste beaucoup de temps. Je voulais donc te dire qu'il fallait que tu sois prête à être la cheffe de cette famille comme je t'ai appris à le faire.

— Quoi ? Pourquoi tu dis ça d'un seul coup ? C'est pas parce qu'il y a toute cette histoire d'ombres que tu vas forcément t'endormir Maman, se rétracta Famuyiwa.

— Et moi je sens que je pourrais être la prochaine ! rétorqua sa mère, la voix forte. Est-ce que tu tiendras bien cette famille Famu ? Tu n'abandonneras pas tes soeurs ? Tu feras en sorte que tout se passe bien pour elles. Je peux te faire confiance n'est-ce pas ?

— Mais comme d'habitude ! Je vois pas le rapport ! s'agaça Famuyiwa.

— Bien. »

Famuyiwa n'avait plus soif. Le poids des responsabilités lui étaient jetés en pleine face et malgré l'habitude, elle trouvait cela injuste. Elle venait enfin d'imaginer un futur, loin de toutes ces attentes difficiles et alors qu'elle imaginait que son entrée en tant que prêtresse serait emplie de joies et de liberté. Alors qu'elle voyait cette chambre d'un bleu pur qui l'attendait, la réalité froide et implacable lui avait mise des ombres entre les pattes et un danger pour toute sa communauté. C'était terriblement difficile. Elle ne savait pas si elle pourrait arriver à devenir un arbre sur lequel tout le monde pourrait se réfugier ou s'accrocher. Famuyiwa ne le désirait pas vraiment . Mais avait-elle vraiment le choix ? On comptait sur elle.

Famuyiwa prit à peine le temps de dire bonne nuit à sa mère. Elle n'avait pas la force de la serrer dans ses bras ou de la réconforter. Elle avait déjà du mal à se consoler elle-même. Elle sortit dans leur petite cour et fut surprise de tomber sur Ayaba. Sa petite cousine contemplait les étoiles et se retourna dès qu'elle l'aperçut.

« Tu viens de rentrer Famu ? demanda Ayaba.

— Oui…» répondit Famuyiwa encore chamboulée.

La prêtresse devait se reprendre. Il ne manquerait plus qu'elle inquiète l'une des personnes qu'elle voulait protéger.

« Pourquoi tu ne dors pas ?

— J'ai un peu de mal. Ma mère m'a appelée. Elle aimerait que je les rejoigne en Angleterre avec toute cette histoire, expliqua Ayaba.

— C'est peut-être mieux. Je vois bien que tu as de plus en plus de mal à contrôler tes pouvoirs à cause de cette histoire d'âme-soeur. Tu devrais le rejoindre.

— Je ne pense pas que c'est une bonne idée… En plus, j'aurais l'impression de vous abandonner.

— Ne dis pas de bêtise… Ce n'est pas parce que tu es ailleurs que tu ne peux pas aider et c'est normal que ta mère s'inquiète. » soupira Famuyiwa en posant sur son épaule une main rassurante.

Ayaba avait toujours aimé le contact physique lorsqu'elle était anxieuse surtout quand elle était enfant. Famuyiwa se rappelait encore des moments où elle lui avait appris à lire les constellations pour se repérer lors des perditions dans l'espace ou le temps.

« Même… J'ai envie de rester. Je veux être utile et puis… J'ai l'impression que ce qui m'attend avec Edward n'est pas forcément plus rassurant. Je le sens. Dans mes visions, dans nos connexions, il y a du sang partout. » avoua-t-elle en se recroquevillant sur elle-même.

C'était la première fois que sa cousine appelait son âme-soeur par son nom mais Famuyiwa ne releva pas.

« Et sinon, ça va toi ? Avec tout ça ? demanda Aya.

— Bien sûr que ça va, ricana la plus âgée avant de la serrer dans ses bras. Ne t'inquiète pas pour moi. Je gère. »

Il le fallait. Famuyiwa se le promettait. Elle ferait en sorte qu'ils s'en sortent tous. Pour ses proches, elle ne faillirait pas.


« Alors, tu comprends mieux pourquoi j'ai accepté de prendre un rendez-vous avec ce fournisseur suédois ?

— C'est vrai que dit comme ça, c'est plus logique. Merci pour l'explication Monsieur Zabini.

— Merci d'avoir accepté ma proposition Mohamed. Et appelle-moi Blaise. Combien de fois je vais devoir te le répéter ?

— Trop. Je ne pense pas m'y habituer. » avoua le jeune homme alors qu'il rangeait ses affaires.

Il lui dit rapidement au revoir avant de s'enfuir pour profiter du beau temps. Blaise avait accepté de participer à un programme de tutorat imaginé par McGonagall et Neville Londubat pour permettre à certains sorciers aux profils particuliers et aux difficultés personnelles d'obtenir des bourses d'étude spécifiques. Ce fut au cours d'une de ses participations qu'il avait remarqué ce jeune Gryffondor taciturne mais engagé qui faisait tout pour accéder à son indépendance et s'échapper de sa famille moldue toxique. Blaise avait rapidement vu ses capacités en informatique et sa fougue. Et les rêves de Mohamed lui avait fait penser aux siens à son âge. Il avait donc décidé de l'engager en tant qu'assistant personnel à la sortie de ses études. Blaise avait arrangé son emploi du temps pour qu'il puisse suivre en parallèle des études d'économie sorcière et de recherche. Il était certain qu'il pourrait aller loin. Et Blaise ne misait que sur les meilleurs pour son entreprise. Ayaba ne semblait pas vouloir reprendre les rênes. Il devait donc assurer ses arrières.

Blaise soupira de fatigue alors qu'il se trouvait seul dans son bureau. Il fixa la missive qu'il avait reçu par courrier dans une de ses propriétés moldues qu'il louait en banlieue londonienne. Elle venait du palais royale d'Ife. Cette histoire de Fatumbi le minait et l'angoissait au plus haut point. Mais contrairement à Pansy, Blaise sentait qu'il ne servait à rien de demander à Ayaba de venir à Londres.

Même à des kilomètres de sa terre natale, les ombres le poursuivaient déjà. Et lorsque Blaise fermait les yeux, il voyait à l'intérieur de lui le regard acéré et impénétrable de Fatumbi. Prête à lacérer n'importe laquelle de ses failles pour le faire sombrer.