Le soleil du matin se levait à peine au-dessus des toits du bataillon lorsque Cassie rejoignit Eren, Armin, Sasha et Connie dans la cour d'entraînement. Les quelques rayons dorés se reflétaient sur les pierres froides, mais l'ambiance, elle, était chaleureuse. Cassie s'était toujours sentie plus à l'aise en compagnie des jeunes recrues, dont l'enthousiasme et la sincérité offraient une sorte de répit dans ce monde de manigances et de faux-semblants.

« Alors, cette soirée hier... » lança Connie avec un sourire en coin. « Ce Philippe, quel numéro, hein ? »

Sasha éclata de rire, la bouche déjà pleine de pain qu'elle avait subtilisé dans la cuisine avant l'entraînement. « On aurait dit qu'il ne savait pas où poser ses yeux... ou ses mains ! »

Eren renifla de mépris. « Ce genre de type me donne envie de vomir. Il se croit au-dessus de tout le monde juste parce qu'il a de l'argent. »

Armin, plus mesuré, hocha la tête. « Je ne veux pas juger trop vite, mais il semblait vraiment... disons, insistant. Et c'est inquiétant. » Son regard se posa sur Cassie, qui demeurait silencieuse. « Tu vas bien, Cassie ? »

Cassie haussa les épaules, essayant de dissimuler son malaise derrière un sourire forcé. « Il... Il n'est pas facile à supporter, c'est vrai. Mais je peux gérer. »

Reiner, qui écoutait la conversation un peu en retrait, intervint pour la première fois. « Ce n'est pas que tu as juste "supporté". Tu lui as tenu tête hier soir. Et ça... » Il fit une pause, cherchant les mots justes. « Ça m'a impressionné. »

Cassie sentit un léger rouge lui monter aux joues. C'était rare que quelqu'un la complimente sur ce qu'elle considérait être un simple réflexe de survie. « Merci, Reiner. Je fais ce que je peux. »

Sasha se pencha vers elle en chuchotant assez fort pour que tout le monde entende : « Je parie qu'il a pas aimé que tu danses mieux que lui aussi. »

Tout le monde éclata de rire, et même Cassie ne put s'empêcher de sourire. Le moment de légèreté fit du bien, mais au fond d'elle, l'angoisse restait là, tapie dans l'ombre, comme un serpent prêt à mordre.

Un peu plus tard dans la matinée, Hansi rejoignit le petit groupe, son éternel sourire malicieux aux lèvres. Mais cette fois, il y avait une lueur de sérieux dans ses yeux. Elle salua les jeunes recrues, puis se tourna vers Cassie, la jaugeant du regard.

« Je peux te parler un instant ? » demanda Hansi d'un ton plus doux que d'habitude.

Cassie acquiesça et suivit Hansi à l'écart, près des escaliers menant aux quartiers des officiers. Hansi croisa les bras, s'appuyant contre le mur de pierre. « Je sais que tu es forte, Cassie. Mais ce type, Philippe, il est... » Elle chercha ses mots, les yeux fixés sur Cassie. « Disons qu'il n'est pas le genre d'homme à accepter un refus. »

Cassie fronça les sourcils, sentant une vague de colère monter en elle. « Je peux m'occuper de lui, Hansi. Je ne suis plus une enfant. »

« Je sais. Je n'en doute pas une seconde, » répondit Hansi avec un sourire rassurant. « Mais je parle aussi d'Erwin. Tu sais comment il est, toujours à vouloir te protéger, même parfois à ton insu. Et... tu ne mérites pas de te retrouver piégée dans un mariage avec quelqu'un comme Philippe. »

Cassie baissa les yeux. « Je sais que mon frère pense bien faire. Mais je ne veux pas de cette vie. »

Hansi se pencha légèrement en avant, comme pour capter son attention. « Il est encore temps de lui parler, de le faire changer d'avis. »

Plus tard dans la journée, alors que Cassie se remettait de cette conversation, elle entendit des bruits de pas rapides derrière elle. Elle se retourna pour voir Philippe approcher, un sourire mielleux plaqué sur le visage. Instinctivement, elle sentit ses muscles se raidir. Elle n'avait aucune envie de discuter avec lui.

« Cassie, » lança-t-il en s'approchant, trop proche à son goût. « J'ai réfléchi à notre petite... maladresse d'hier soir. »

Elle serra les dents, essayant de garder son calme. « Maladresse ? »

« Oh, tu sais, la danse... peut-être ai-je été un peu trop... direct. » Il esquissa un sourire forcé. « Je voulais juste m'assurer que tu comprenais que tout ceci n'est qu'une question de temps, tu vois ? Le contrat est signé, après tout. ». Il la tutoyait maintenant.

Son ton condescendant et son attitude de supériorité lui donnèrent la nausée. « Ce n'est pas une question de temps, Philippe. Je ne suis pas intéressée. »

Philippe leva un sourcil, visiblement amusé par sa résistance. « Tu n'as peut-être pas compris. Que tu le veuilles ou non, ce mariage est déjà décidé. Il n'y a rien que toi ou même ton cher frère puissiez faire. »

Cassie sentit une vague de panique monter en elle, mais elle la refoula rapidement, ne voulant pas lui montrer la moindre faiblesse. « Je trouverai un moyen de m'en sortir. »

Philippe éclata de rire, un rire froid et méprisant. « Oh, je doute que tu le puisses. Mais si tu veux te débattre, libre à toi. Ça ne fera que rendre la victoire plus douce. »

Avant qu'elle ne puisse répondre, il tourna les talons et s'éloigna, la laissant seule dans la cour, les poings serrés de rage. Elle le regarda s'éloigner, son cœur battant à tout rompre, et sentit une larme monter à ses yeux. Mais elle la ravala aussitôt. Elle n'était pas faible. Elle ne se laisserait pas faire.

Dans la soirée, Cassie rejoignit les quartiers des officiers, où elle trouva Erwin en pleine discussion avec Hansi. Ils se turent en la voyant entrer, et un silence pesant s'installa.

« Tu m'as fait demander, » dit-elle, sa voix plus ferme qu'elle ne s'y attendait.

Erwin hocha la tête. « Une nouvelle expédition va avoir lieu d'ici deux jours. Nous allons sortir au-delà des murs. »

Cassie sentit une pointe de fierté et d'appréhension monter en elle. Elle avait toujours admiré la bravoure du bataillon d'exploration, mais savait aussi à quel point ces sorties étaient dangereuses.

« Je... je suppose que tu ne m'emmèneras pas, » dit-elle avec un sourire un peu forcé.

Erwin eut un léger sourire, mais secoua la tête. « Non. Mais j'aurai besoin de toi ici. »

Cassie fronça les sourcils, attendant qu'il continue.

« Si tout se passe comme prévu, nous reviendrons dans quelques jours. Mais tu sais aussi bien que moi que cela ne se passe jamais comme prévu. Il y aura des blessés. Beaucoup de blessés. Et tu es la seule ici qui puisse les soigner correctement. »

Un mélange de soulagement et de responsabilité envahit Cassie. Elle acquiesça lentement.

« Je serai prête, » répondit-elle avec détermination.

Erwin la regarda un long moment, son visage grave. « Je compte sur toi. Si quelque chose tourne mal... tu devras agir vite. »

Hansi, qui se tenait en retrait, intervint avec un sourire malicieux. « Pas de pression, Cassie, mais tu pourrais bien être la clé de notre survie. »

Cassie sourit, reconnaissante pour la légèreté que Hansi apportait toujours dans les moments les plus tendus. « Je ferai ce qu'il faut. »

Erwin hocha la tête, son regard empreint de cette même fierté protectrice qu'il avait depuis toujours pour sa sœur. « Très bien. Repose-toi bien ce soir. Nous partons à l'aube. »

Cassie quitta la pièce, son esprit empli de pensées. Elle ne pouvait pas être sur le champ de bataille, mais elle savait qu'elle pouvait aider d'une autre manière. Et cela lui donnait un sentiment de fierté qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps.